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 Next Girl / Grayson

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MessageSujet: Next Girl / Grayson   Dim 17 Avr 2016 - 20:51


« How to give up ? How to pass away ? »

NEXT GIRL
Grayson & Moïra

Deux tours en haut, un tour en bas et les portes de la librairie étaient verrouillées sans qu'un visiteur ne franchisse leurs pas de la journée. C'est sans aucun regret sur cette clientèle absente que Moïra éteins son petit commerce oublié. Car ce soir, tout serait différent. Elle prend soin de tirer chaque rideaux donnant sur l'intérieur, de renverser la pancarte du côté « close » et, avant de quitter les lieux, abaisse chaque interrupteur. La librairie s'endort.

Il faut une dizaine de marche pour atteindre l'étage sous-terrain, un passage accessible que part les deux habitants de la bâtisse. Moïra fait glisser sa main sur la rambarde en bois pour descendre, plus par souci de grâce que par prévention du danger. La cave beigne encore dans l'obscurité, seule la lumière provenant de l'étage la guide dans sa marche. Elle remue son nez pour s'accorder de l'odeur persistante de la vielle. Quelques foulées et, devant le mur froid bétonné, ses doigts relèves chaque interrupteur. Le Bones se réveille.

La rouquine a le plaisir de voir que la plus part des employés ont pris le temps de remettre le club en ordre avant de finir leur service. Au début, personne n'en voyait la nécessité. Mais en comprenant que les soirées pouvaient commencer plus tard pour eux, on lui donna enfin raison. Elle faisait passer ça pour du bon sens mais c'est surtout qu'elle ne supportait pas s'endormir en sachant sa cave dans un foutoir monstre. Elle ne fait donc qu'une inspection de routine, se contentant de balayer du regard les lieux pour s'assurer que tout était en ordre. Elle déambule entre les tables, appréciant toujours le calme avant la tempête. La voilà presque qui rêvasse quand plusieurs tâches sur le mur l'interpelle. Elle n'a même pas besoin d'y salir ses doigts pour reconnaître le sang noircit sur le mur gris. Ses épaules se raidissent, son visage se referme. Elle détestait les tâches de sang. Quoiqu'un peu moins que les brûlures de cigarette. Personne n’est arrivé et Grayson ne semble pas dans le coin. Aussi elle s'empresse de ratisser le Bones cette fois plus minutieusement. Ses doigts glisse sur le comptoir, les tables, les chaises, les poutres et elle va même jusqu'à chercher le moindre reste oublié au fond de la Fosse. Elle ne relève que des détails sur lesquels elle aurait pu fermer les yeux mais à cause d'une erreur irritante, ils seront ajoutés à la liste des fautes.

La rouquine s'arrête devant une porte, presque invisible tant la lumière n'étant pas assez forte pour éclairer le coin. « Grayson ? » Sa voix s'élève suffisamment pour traverser la porte. Elle ne l'avait pas vu de la journée. Peut-être s'était-il terré ici, comme à son habitude ? Sans réponse, Moïra toc par simple respect et entre sans attendre. Puisqu'elle inspectait toute la cave, autant qu'elle passe aussi ici. Rare était les fois où elle entrait dans son antre, cela n'empêchait pas qu'elle y passe quelques fois. Elle y rentre à pas feutré, comme si, malgré son intrusion, elle essayait de se faire discrète. Sans surprise, c'est le désordre. Tant pis, soupire-t-elle à elle-même. C'est les cages qui l’intéressent. Toute pleine pour son plus grand plaisir. Elle se tient à distance raisonnable, suffisamment pour que les bras désarticulés qui tentent de l'agripper ne battent que dans le vide. Si elle a une confiance aveugle en son choix de zombie, ses pas s'arrêtent néanmoins devant une cage mise à l'écart. Il avait beau être l'expert, il n'en fallait pas plus qu'elle pour se rendre compte que, ce monstre-là, il n'avait rien à faire ici.

Le zombie (la zombie ?) agonise au fond de sa cage dans un état lamentable. Rien qui égale ceux en état de se battre. Ça en est ridicule, absurde. Grayson était-il vraiment responsable de sa présence ? Elle a du mal à y croire. Pourtant, debout devant cette cage à l'écart, Moïra cherche à comprendre. Elle fait face au zombie, dans sa robe turquoise soigneusement portée qui fait mieux ressortir sa chevelure de feu. Un drôle de contraste donc. La porte grince à nouveau derrière elle, la sortant de sa contemplation. Elle sait que c'est lui, il n'y a que lui qui peut rentrer ici. « C'est toi qui a amené ça ici ? » Questionne-t-elle le plus simplement du monde.


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MessageSujet: Re: Next Girl / Grayson   Mar 19 Avr 2016 - 0:32


« Corpses in motion, cruelty in kindness »

NEXT GIRL
Moïra & Grayson

Je ne l’ai pas entendue arriver. Je suis sûr pourtant que ses souliers ont claqué sur le béton, et si j’avais été attentif, j’aurais pu déceler, la précédant, l’effluve capiteux de son parfum. Mais j’étais trop focalisé sur mon ombre. Un petit exercice donné par Kyran… Il sait pertinemment que je ne m’intéresse qu’à la thanatologie, mais insiste lourdement pour que je ne néglige aucun aspect de son entraînement spartiate. C’est très pénible et je ne manque jamais de le lui faire remarquer… Mais nous savons tous les deux qu’en dépit de mes protestations d’usage, je m’astreindrai à cette discipline. Autant que ça m’arrache la gueule de l’admettre, Kyran n’est pas un mauvais mentor.

Et pour couronner le tout, après des heures d’intense concentration pour réussir à déplacer mon ombre et l’inciter à soulever un cendrier posé au sol, je commence enfin à capter les avantages de maîtriser cette capacité. Si je parvenais à contrôler totalement cette flaque de ténèbres, je n’aurais plus à m’emmerder avec des collets et autres lassos… Pour transférer mes rôdeurs de leur cellule aux cages de combat, il me suffirait d’enrouler la poigne de ce spectre obscur autour de leur gorge, et les guider ainsi sans contact et sans crainte de les voir m’échapper.

Pour l’instant, ma pratique est encore bredouillante : je suis capable de décoller l’ombre de la prise de mes pieds, arrive plutôt aisément à lui imposer des déplacements dans un périmètre restreint, mais dès lors qu’il s’agit de la faire influer sur la matière, comme soulever ce foutu cendrier, l’entreprise s’avère beaucoup plus hasardeuse. Ça fait près de deux heures que je m’acharne à faire bouger l’objet de métal et le transporter jusqu’à l’étagère à outils, à trois mètres de là… L’expérience n’a fonctionné qu’à trois reprises. Le reste du temps, j’étais incapable de maintenir assez longtemps le degré de concentration nécessaire et, à mi-parcours, le bibelot chutait au sol dans un fracas métallique.

La tête commence à me tourner et je sens la faiblesse caractéristique de l’appétit ramper dans mes entrailles, mais je choisis d’ignorer ces symptômes pathétiques, poursuivant mes exercices jusqu’à ce que la voix de Moïra se love autour de mes tympans, assourdie par la porte qui nous sépare encore. Une fois de plus, le cendrier explose sur le ciment dans un bruit de casserole. Un juron m’échappe, mais je suis déjà sur mes pieds. Sans que j’y prenne garde, une sorte d’empressement enfantin s’est logé sous ma peau. J’ai tôt fait de le réprimer, retrouvant la démarche paresseuse du pseudo mâle alpha.

Mon corps se coule entre les cages, silencieux, avec la fluidité d’un vieux chasseur. Je veux la surprendre, voler le tableau de son apparition, avant qu’elle ne puisse à son tour poser les yeux sur moi et modifier son port en conséquence. Les femmes portent constamment sur leur silhouette le regard du monde. Dès leur plus jeune âge, elles sont contraintes à le subir tout en feignant de l’ignorer, et développent ainsi un réflexe, une tension particulière, le bouclier impeccable d’une apparence sans cesse décortiquée. Les femmes comme Moïra, joyaux d’une génétique aveugle, endurent doublement cette malédiction, car elles sont admirées.

Il y a donc un plaisir coupable et voyeuriste à saisir ces précieux instants, lorsqu’elle ne se sait pas observée, que sa posture se détend et cette zone de son esprit s’éteint momentanément. Les mouvements qu’elle esquisse alors sont l’expression naturelle de son essence, sans fard ni conscience de soi. Mes sens aiguisés traquent le froissement du tissu, une respiration, la friction d’une semelle sur le sol. Je l’aperçois bientôt, au détour d’une cloison grillagée. Ses cheveux sont détachés et ruissellent en ondulations cuivrées sur ses épaules. Elle se tient droite, un tressaillement d’impatience dans la cheville. Je ne distingue que son profil, l’expression sévère et perplexe naturellement adoucie par les courbes de son visage, puis réaffirmée par sa tenue de bourgeoise irréprochable.

J’aime bien quand elle descend sur mon territoire. Certes, c’est légalement le sien. L’espace du Bones réservé au public – le casino, le bar, la fosse de combat – porte sa griffe dans les moindres détails, le vernis d’élégance soigneusement appliqué sur ce tripot sauvage… Mais je suis seul à avoir investi l’arrière salle, dédiée au stockage des zombies, des cadavres, et à mes expérimentations douteuses. Ma patte y est donc imprimée partout, et la présence de Moïra dans ce foutoir mortuaire semble toujours subversivement incongrue. Comme une fleur éclose sur un tas de fumier… Une farce cruelle qui ne fait que souligner nos différences, le gouffre entre nous.

L’instant volé est déjà écoulé. Reculant furtivement vers la porte qu’elle vient de franchir, je la fais grincer à mon tour sur ses gonds, annonçant ainsi ma présence dans une mise en scène mensongère. J’apparais à l’orée de sa vision, négligemment incliné sur mon avant bras, appuyé contre une cage vide. L’ombre d’un sourire roublard aux lèvres. Avec ma concision habituelle, je réponds en différé à mon prénom par le sien.

— Moïra.

Sa question ne m’émeut pas immédiatement, mais je suis machinalement la courbe de son regard et tombe durement sur Norah. Comme pour souligner l’intensité dramatique du tableau, cette dernière  exhale un gémissement éraillé et se tend sur ses moignons, le tronc en appui précaire sur un bras décharné, l’autre cherchant à se faufiler entre les barreaux.

À ce moment, je perds un peu de ma superbe et juge bon de retrouver la stabilité de mes deux pieds, dans une attitude plus diligente. Un embarras irrationnel crochète ma tranquillité d’esprit et je me lance dans une explication aussi spontanée que coupable en me grattant l’arrière du crâne.

— Oh, elle, hum, c’est…

Merde, j’aurais dû dire « ça ». Ça, pas Elle. Achever de la déshumaniser, lui refuser toute identité. Je pourrais tenter un rattrapage bancal, mais l’éloquence n’a jamais été mon point fort, et je suis mauvais menteur. Entendons-nous bien, je n’éprouve ni scrupule ni difficulté à servir des salades à un peacekeeper, ou tout autre individu que je n’estime pas. Mais pas à Moïra. Même si j’essayais, elle me connaît suffisamment pour déceler mes bobards à la seconde où ils franchiraient mes lèvres.

Non, ma meilleure stratégie est désormais de rester dans le flou, et compter sur l’excuse de ma nature réservée et lapidaire. Sur un raclement de gorge, je me rapproche lentement de ma patronne, invitation silencieuse à détourner son regard de Norah pour retrouver le mien, dans lequel j’imprime toute la force de ma conviction. Je sais à quel point il est difficile d’infléchir l’acier de ses prunelles. Ou même, parfois, simplement de les soutenir.

— Mh, ramenée de ma dernière chasse. Une connaissance de… d’avant. Pas pu la laisser là-bas.

Mes intentions sont passées sous silence. Je sais bien qu’il faudra prendre une décision. L’achever, dans un avenir proche. Lui accorder ce mythique et intangible repos éternel, celui qu’elle mérite et auquel je ne crois plus. Qu’est-ce qu’on en sait, qu’elle sera mieux de l’autre côté ? Et d’abord, de quel foutu au-delà parle-t-on ? Incapable de poursuivre cette réflexion et d’envisager la possibilité de cette séparation définitive, je préfère tenter une diversion.

— Besoin de quelque chose ? Tu veux voir les champions de ce soir ? J’ai capturé de beaux spécimens…

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MessageSujet: Re: Next Girl / Grayson   Mar 19 Avr 2016 - 3:16


« How to give up ? How to pass away ? »

NEXT GIRL
Grayson & Moïra

Le grincement de la porte n'a rien d'anodin. Sinon un prédateur comme Grayson n'aurait jamais volontairement annoncé sa présence. A défaut de faire des pièces qui l'occupait une véritable déchetterie, il était d'une discrétion quasi effrayante. Au moins, elle ne pouvait pas lui reprocher ça. Moïra sourit en le sentant à quelques pas d'elle. Elle ne savait si c'était dû à l'intention qu'il avait mit pour ne pas la surprendre ou l'évocation de son nom en entier. Mais parce qu'aucune de ses deux raisons ne la convient, elle pince ses lèvres, profitant du rideau qu'offrait sa crinière pour rattraper cet écart.

Pourtant le zombie devant elle a tout vu. Et soudain, son sourire carnassier parait la narguer quand avant elle n'y voyait que de la chair putride. Cette chose devait mourir. Elle n'avait de toute façon rien à faire en ces lieux. Si Moïra pardonnait son arrivée ici, elle ne tolérerait pas de un instant de plus sa présence. Les mauvais cadavres lui rappelaient toujours les blagues du mauvais goût du légiste.

Il s'agite. Elle ne le voit pas mais elle le ressent. Ses mots hasardeux lancés que trop spontanément ne font que confirmer le doute qui l'envahit. Grayson était un animal, un chasseur au sommet de la chaîne alimentaire peut-être, mais il restait animal. Avec les connaissances nécessaires, l'observer suffisait à comprendre ses moindres faits et gestes. Et elle tirait un certain plaisir coupable d'avoir tant de transparence sur son comportement. C'est donc avec un regard aussi attentif qu'intrigué qu'elle l'accueille à ses côtés. Une intimité se forme, une proximité qui lui plait mais dérangée par l'intrus dans cette cage.

Aucun mensonge ne suit mais ce n'est pas pour autant que tout reste vrai. C'est si peu habile que Moïra elle-même ne dissimule pas l'amusement qui la prend soudainement. Pourtant elle demeure silencieuse, ne prêtant pas attention à sa diversion. Il devait comprendre avait même d'avoir essayé. Il se lance quand même. Pourquoi pas. Ça ne lui retire pas le demi-sourire qu'elle aborde, preuve qu'elle l'a démasqué dans sa vulgaire mascarade.

Ses deux talons claquent contre le béton quand elle se tourne vers lui. Il n'y a plus qu'eux, plus de zombie. « Grayson. » Ca sonne presque comme un avertissement. Un enfant a qui on laisserait une dernière chance de se confesser. « Fais-moi croire à autre chose qu'à un soudain élan de conscience. » Elle l'imaginait mal gaspiller temps et énergie pour une simple connaissance. Il était déjà dur de concevoir l'homme avec des proches, alors une connaissance. La rouquine inspire, finalement lasse. Elle voulait la vérité, pas une autre tentative d'esquive.

« Tu sais que je virerais pour moins que ça. » Ce n'est pas une menace, mais elle doit bien avouer que ça sonne tout comme. Lui-même doit savoir que jamais elle n'oserait. Du moins elle osait espérer qu'il avait conscience de son importance ici. Pour le Bones et pour elle, aussi. On ne pouvait pas néanmoins lui retirer son intransigeance. « Si tu veux rester exhaustif... Soit. Mais ça ne peut rester là plus longtemps. » Qu'importe la raison de sa venue.

Contre toute attente, son visage s'adoucie, elle soupir. Il a ce je-ne-sais-quoi sur l'épaule qu'elle vient retirer du bout des doigts. Toute maniaque qu'elle est, elle préfère ne pas s'attarder sur la nature de ce bout de lambeau. Elle balaye aussitôt son épaule et ses prunelles reviennent à lui. Alors ? demandait-elle du regard.



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MessageSujet: Re: Next Girl / Grayson   Mar 10 Mai 2016 - 16:31

Grayson Hawk a écrit:

« Corpses in motion, cruelty in kindness »

NEXT GIRL
Moïra & Grayson

Je sais que je suis foutu à l’instant où elle pose ses yeux sur Norah. Le temps se fige lorsque leurs regards se croisent. Celui vif et limpide de Moïra contre l’orbite creuse et l’expression absente de Norah. Et pourtant. Je ne peux m’empêcher de les trouver belles. Toutes les deux. La seconde a certes perdu de son éclat, mais les souvenirs s’immiscent dans la chair rongée, comblent les vides que la Mort et les intempéries ont emportés. La mémoire a ceci de merveilleux. Elle est capable de redonner forme à ces pommettes ciselées, d’insuffler dans cet œil vide la vie que je lui ai autrefois connue, de recomposer sa silhouette aux lignes rondes.

Mais je ne suis pas seulement ébloui par ces illusions dérobées au passé. Non, je la trouve belle aussi maintenant, dans toute sa déliquescence. J’étais toujours seul à la distinguer. Cette esthétique funèbre de la décomposition… Une poésie de la ruine, à la fois exubérante et tragique. À elle seule, elle inspire un malaise douceâtre, une fétide mélancolie. Mais à deux… Elles forment un tableau captivant, dont j’ai le plus grand mal à me détacher.

Moïra et sa silhouette précise tout juste adoucie par le flot souple de ses cheveux. Les couleurs vives et contrastées ; velours lacté, cuivre poli et tissu lagon. Elles ne pourraient être plus différentes, plus opposées. La splendeur de Moïra semble rehaussée par la décrépitude des lieux et de ses résidents, tandis que la pauvre carcasse de Norah n’en devient que plus cauchemardesque.

Entre les deux… Je me sens juste con. Un pied dans chaque monde et pas foutu de choisir mon camp. Les mots s’égrainent péniblement, quittant ma gorge tout à la fois à regret et sans contrôle. Moïra était probablement la seule personne qui provoquait cela chez moi. Sous son regard glacé, un besoin un peu puéril de me justifier, quand je ne le ferais pour personne d’autre.

Je discerne une mimique d’impatience, qui s’infiltre jusque dans la manière dont elle prononce mon nom, et mes muscles se tendent instantanément. Je ne sais pas au juste quel est ce réflexe. Celui d’une rébellion instinctive luttant contre l’envie de plaire et mon incapacité chronique à répondre à ses attentes. Mes yeux s’en vont explorer le plafond. Effectivement, je ne suis pas le type le plus vertueux du coin. Mais sa façon d’écarter aussi catégoriquement la possibilité d’un cas de conscience en viendrait presque à me vexer. Comme si j’étais toujours le dernier des salopards. Peut-être bien, après tout… En la ramenant, je ne pensais pas vraiment au bien-être de Norah. Seulement à moi-même.

Les bras croisés sur mon torse, je n’émets qu’un grognement sceptique. J’ai pas envie de commencer à me défendre, mais l’envie de la détromper me démange. C’est souvent comme ça, avec Moïra. Je ne sais pas sur quel pied danser, mais la réplique qui flanque son soupir finit par me faire rapidement pencher. Retrouvant toute l’assurance de ma sale gueule, je me rapproche dangereusement d’elle. Assez pour la frôler. Assez pour que son parfum me monte à la tête et me donne envie d’absorber tout l’air autour d’elle. J’incline légèrement la tête pour la scruter avec impertinence.

— Ouais ? Et qu’est-ce qui t’en empêche ?

Je le sais pertinemment, aussi bien qu’elle. Les mecs suffisamment atteints pour aller crapahuter de l’autre côté des murs et ramener sans encombre plusieurs rôdeurs ne se trouvent pas sous le sabot d’un cheval. Personne n’est irremplaçable, clament de concert la logique corporatiste et l’impitoyable mafieuse, mais il n’empêche que certaines qualifications sont plus rares que d’autres. Dans un sens, il est rassurant de me dire que je suis indispensable au Bones, à défaut de l’être pour Moïra.

J’ai besoin de ce job et des connexions qu’il m’apporte pour ne pas redevenir la créature déconnectée du monde que j’étais devenu lorsqu’elle m’a trouvé. J’ai besoin d’elle aussi. Je me fous un peu de savoir dans quelle mesure c’est réciproque, tant que notre arrangement tiendra. Ou en tout cas, je peux le feindre. Le souci, c’est que cet accord risquerait d’être mis à mal si j’avais l’idée de lui désobéir. En refusant de me débarrasser de Norah, par exemple. Ce qu’elle vient très précisément de me demander. Il me semble qu’un silence de plomb vient de s’abattre sur les sous-sols.

— Moe…

Je sais que je ne pourrais pas l’amadouer comme ça. Ou tout court. Mais c’est plus une supplique qu’autre chose, pronconcée d’une voix un peu trop grave. Je sais que je suis dans une impasse. Je ne suis pas complètement stupide, je me doute bien que je ne pourrais pas la garder là indéfiniment, et je savais également que je ne pourrais pas la cacher longtemps à ma boss. C’était un acte irréfléchi, de bout en bout. Un vieux réflexe dont il me faut maintenant affronter les conséquences. Pourtant, je suis toujours incapable de m’y résoudre.

Mon regard glisse à nouveau sur la créature mutilée, à l’écoute de ses râles affamés. Moïra ne pourrait pas comprendre. Et je ne suis pas sûr d’avoir envie de lui expliquer, de lui donner ainsi un aperçu de mon passé. Pour elle, j’aimerais qu’il n’existe pas, qu’elle ne me voie jamais que dans un éternel présent. Le Bones, ma vie, avant ça le néant et après nous le déluge. Mais la réalité vient bel et bien de me rattraper, et je n’ai d’autre choix que de lui offrir la vérité. Je lui dois bien ça. Notre relation a toujours été basée sur une confiance mutuelle.

Ça ne signifie pas que les mots sont pour autant faciles à sortir. Toujours trop proche d’elle – proche à l’effleurer, proche à l’embrasser –, je passe deux larges mains sur mon visage, tentant d’en effacer l’expression soucieuse. Je ne sais pas trop ce que je crains, qu’elle ne me prenne pas au sérieux peut-être, rejetant mon explication comme elle a écarté tout à l’heure la simple notion de ma morale. La confirmation de n’être à ses yeux que cette grosse bête rustique juste bonne à faire le sale boulot dans son business. Je sais que c’est pas le cas mais… En fait j’en sais rien. Un soupir m’échappe.

— Je peux pas faire ça. Pas tout de suite. Besoin d’encore un peu de temps.

Elle ne se contentera pas de ça. Je dois aller jusqu’au bout. Mes yeux coulent sur sa main, qui vient brosser légèrement un truc sur mon épaule. J’ai bien envie d’attraper ses doigts, mais je me retiens. Je suis sûr qu’elle n’apprécierait pas que je la salisse de mes grosses pognes. Je redresse finalement les épaules et étire ma posture, dans l’idée un peu naïve de paraître plus imposant.

— C’est mon ex, ok ? Je pouvais pas… l’abandonner une deuxième fois. Je secoue doucement la tête, n’accordant à Moïra qu’un regard de biais. Je ferai le nécessaire… Mais laisse-moi quelques jours.

Peut-être que d’ici là je trouverai une autre solution. Ou que ce répit sera suffisant pour trouver la force de la voir disparaître enfin. Si près de Moïra, j’ai presque l’impression d’en être capable. Cédant à l’envie qui me démange depuis plusieurs minutes, j’écarte délicatement la mèche fauve qui ne cesse de retomber devant ses yeux et en profite pour la sonder du regard, cherchant à prédire sa réaction.

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