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 Death Sentence (Andreï)

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Laugh like a jackal

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MessageSujet: Death Sentence (Andreï)   Mar 19 Avr - 20:01


« L'amitié c'est être frère et sœur, deux âmes qui se touchent sans se confondre, les deux doigts de la main.” (Victor Hugo) »



Andreï & Mikkel
featuring

Je ne me suis jamais senti proche de personne. Ni d'un père, ni d'un frère, ni de qui que ce soit. Sans pour autant me sentir isolé, j'étais tout de même toujours un étranger, incompris, secret, lointain, différent. Mon père m'avait sciemment arraché à ma mère, lui interdisant tout contact avec moi. Il m'avait gardé pour lui seul, sans pour autant m'offrir l'affection qu'un enfant était en droit d'attendre car je n'avais reçu qu'une éducation exigeante et stricte. J'avais grandi en cherchant continuellement à lui plaire, sans succès. Et puis il avait rencontré une autre femme, il avait eu d'autres enfants. Je ne les détestais pas, ni ne les jalousais, au contraire, je tenais à eux comme à la prunelle de mes yeux. Ils étaient ma chair, mon sang, ma famille, ils étaient tout ce que je possédais. Mais nous étions différents, nous n'avions rien en commun. Le petit Colin, la jeune Lizzie. Je les voyais toujours comme des enfants, trop jeunes, trop purs, trop innocents. Trop loin de moi. Mais ce n'était pas grave, n'est ce pas ? Je m'en foutais d'être isolé, je n'avais besoin de personne, moi. Alors, je souriais à la vie, de toutes mes dents blanches.

« Hey Mikky… pourquoi il nous dévisage comme ça, ce mec ? » Je relevai vers mon petit frère un regard complaisant. C'était l'une de ces rares fois où nous sortions ensemble et on avait rejoint un club pour y jouer au billard. Je tenais ma queue entre mes mains, penché sur la table pour tenter un joli coup. Cet endroit n'était pas censé être dangereux, autrement je n'y aurais jamais emmené le jeune Colin et pourtant… A bien y regarder, suivant la direction du regard de mon frère, je remarquai un mec étrange. Sans lui répondre immédiatement, je jouai, poussant ma boule dans l'espoir de marquer et je suivis des yeux la boule noire qui s’arrêta à quelques centimètres du trou. Loupé. Me redressant lentement, je croisai le regard d'un type, grand et assez large de stature qui nous observait sans vraiment s'en cacher. Je fronçai les sourcils.  «Bah j'en sais rien. Il doit être émerveillé à cause de mon jeu. T'as vu ? C'est abuser comme j'suis bon. » J'affichai un demi rictus auquel Colin répondit par un léger rire. « Tu l'as dit, attend c'est mon tour... »

On jouait. Jusqu'à ce que l'étrange gros type nous rejoigne. Je le sentais mal mais bien-sûr, je n'allais rien montrer devant mon p'tit frangin. L'inconnu se rapprocha de moi, suffisamment pour me frôler et je l'évacuai, d'un ton aussi léger que possible. « Hey man, je joue avec mon frère là, tu peux te trouver une autre table ? » Ce fut à ce moment qu'il m'arracha ma queue des mains, dans un geste brusque. Je le dévisageai avec surprise quand il se posa près de Colin pour lui attraper la nuque. « J'ai envie de jouer avec vous. J'ai des trucs à régler avec les Ievseï... » Colin écarquilla les yeux, ne sachant que rétorquer, tandis que de mon coté, je sentais mon estomac se contracter. Quand on me disait ce genre de choses, c'était rarement amical et je commençai à flipper dangereusement. « Laisse tomber, tu vas jouer avec moi, dans ce cas là. » Une impulsion . Impossible de mêler mon petit frère à des emmerdes, quelles qu'elles soient. « Ah oui ? » Il écrasa la nuque de Colin de sa poigne et le gamin essaya de s'en libérer dans un grognement surpris. Avant qu'il ne poursuive, je m'étais déjà interposé, et mon poing venait de rencontrer douloureusement le nez de notre agresseur. J'avais lancé les hostilités

« Fous le camps, Colin ! »
« Oh merde… Mikkel ! »

Trop tard. J'étais emporté par ce type hors de la salle. Après avoir accusé le coup, il avait rétorqué, bien sûr, plus vif que l'éclair. Et m'attrapant par la tignasse, il me tirait vers la sortie, jusqu'à rejoindre une ruelle où il me balança contre un mur. Je m'y écrasais, le souffle coupé, avant de me forcer à me redresser. Où était le gamin ? J'eus le temps d'entendre les mots de l'inconnu avant qu'il ne se mette à me tabasser. « Un message pour Andreï. Fais passer. » J'eus juste le temps de protéger mon visage mais les coups dans mon estomac se mirent à pleuvoir. Mon petit frère arriva juste à temps, un peu paumé mais assez résolu pour se jeter sur mon agresseur. Bordel, Colin… Il n'était pas de taille et fut écarté d'une simple beigne, renvoyé comme un fétu de paille. Entre deux coups de poings j'eus la force de gueuler. « Va chercher Andreï, vas-y vite ! »

Deux autres gars sortaient déjà de la pénombre, comme pour dissuader Colin de répliquer. Non, il n'était décidément pas de taille et il le savait. Alors, il fit demi tour et couru comme un dératé jusqu'à la maison, dans l'espoir de trouver notre grand-père et le ramener vite fait.

Je ne me suis jamais senti proche de personne. Ni d'un père, ni d'un frère, ni de qui que ce soit. Que Colin foute le camp, c'était le plus important parce que je réglais toujours mes problèmes seul. Mon ordre n'avait eut pour but que de l'éloigner, je ne pensais pas qu'Andy puisse venir à temps pour m'aider, en réalité. Il faisait nuit. La lune se levait dans le ciel. Et quelque part, j’espérais que le chacal puisse m'aider à me battre, parce qu'il était désormais mon seul espoir de salut.




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MessageSujet: Re: Death Sentence (Andreï)   Sam 23 Avr - 15:28

Death Sentence

Mikkel & Andreï

La fusillade résonne autour de moi, l’odeur de la poudre, du brûlé, du carbonisé, de la chair consumée, du sang, des plaies, de la sueur, des cris, de la peur et de la tension… je cours, je me cache. Et une balle dans la poitrine noie mes poumons, me fait suffoquer. Je suis acculé dans une ruelle, sans échappatoire. Cul de sac, cercueil, je vais mourir mais je n’arrive pas à savoir si je vais mourir parce que mes poumons se sont transformés en sac de sang ou parce que l’hémorragie va avoir raison de moi. Je suis fait comme un rat, et le rat n’est plus là. Les rats m’entourent, en revanche, avec leurs yeux rouges et leurs crocs sortis. L’étau se ressert, le goût métallique de mon sang est teinté de pourriture. Plus dense, il n’obstrue pas simplement mes voies respiratoires, il les englue, les verrouille. Et des mains se posent sur mes épaules pour me secouer.

« Andreï ! Papy, réveille toi ! » Je me redresse en sursaut, repoussant par réflexe et surtout dans un mouvement de panique toute personne autour de moi. Dans les faits, j’envoie valdinguer la petite voix fluette qui m’a extrait avec force de ce cauchemar. « Papy ! Tu m’as fait mal ! » Il me faut quelques secondes pour émerger complètement, m’asseoir sur le bord du canapé où j’ai élu domicile ce matin lorsque je suis rentré de mon escapade nocturne. Il me faut quelques secondes pour me rendre compte que j’ai envoyé promener Lizzie sur la table basse et qu’elle ne semble pas avoir apprécié le choc. « Raaah, putain… » Son regard sévère se pose sur moi, comme pour mieux me rappeler que Roman n’aime pas quand je jure de la sorte, et que Roman va encore moins apprécié que j’aie fait du mal à sa si précieuse fille. A ma petite fille. Je me passe une main dans les cheveux, puis sur le visage pour mieux tirer mes traits. « Désolé poupée, c’était pas volontaire. » J’ai encore l’impression de sentir dans ma gorge mon sang bouillant. Mes doigts passent sur mon torse, totalement indemne pour une fois. « Cauchemar ? » « A ton avis ? » Je suis agressif bien malgré moi. Je soupire. Encore lorsque c’est Roman qui se prend ma mauvaise humeur, ou Mikkel, je n’essaye même pas de m’excuser, autant quand c’est Lizzie, ou Colin… Ils sont si différents de mon fils, si différents de leur frère aîné que je me demande parfois si ce sont des vrais Ievseï. Je grogne en me prenant la tête entre les mains avant de lui faire signe de s’asseoir à côté de moi. « Désolé, c’était vraiment pas volontaire. » Son sourire timide, alors qu’elle se cale contre moi et pose sa tête sur mon épaule, me désarme totalement. Même si on peut se demander si c’est vraiment une Ievseï, lorsqu’elle sourit comme ça je retrouve bien trop de Lara pour douter davantage. « Tu veux en parler ? » J’étouffe un éclat de rire. C’est mignon, la gamine qui veut consoler son grand père qui a fait un cauchemar. Mais c’est foutrement le monde à l’envers, aussi. « Nan, t’inquiète, ça va passer. T’es rentrée il y a longtemps ? » Parce que dans mes souvenirs, j’étais tout seul lorsque je me suis échoué dans l’appartement. « Papa est dans sa chambre. On est rentré il y a une demi-heure. Il veut te demander où sont Mikky et Colin. » Je fais une grimace, mes yeux filant d’eux même en direction de la chambre de mon fils. Je n’ai pas trop de mal à imaginer sa tête lorsqu’il est rentré pour me voir roupiller sur le canapé. Ce n’est pas que je ne fais rien de mes journées, c’est que j’occupe plus facilement mes soirées. J’hausse les épaules. Mikkel et Colin vivent leur vie, moi… je n’en ai aucune idée. Mais s’il y a bien une chose que je sais, c’est que maintenant que maintenant que je suis réveillé, il est plus ou moins hors de question que je me retrouve confronté à Roman maintenant. Pas avec la fusillade qui résonne encore dans mes oreilles et mes nerfs à fleur de peau. Je repousse délicatement Lizzie qui me suit avec un regard anxieux et interrogatif lorsque je me lève. Je considère la veste que je n’ai même pas enlevée pour dormir, hausse les épaules à moi-même et vais me chercher un bout de pain du côté de la cuisine. « Je vais prendre l’air. » « Papy… » « Quoiiii ? Qu’est ce que tu veux, Lizzie ? » Oh, je sais bien ce qu’elle veut. QU’on soit une famille unie, soudée, le genre de conneries dont j’ai rêvé à son âge. Je crois. Je lève les yeux au ciel lorsqu’elle croise les bras en se foutant devant la porte. J’attrape ses épaules pour la décaler avec un sourire aux lèvres. Elle n’essaye même pas de résister. Je l’embrasse sur le front. « Promis, je discute avec ton père en rentrant. » Discuter, c’est mignon, mais de quoi ? Je n’en sais foutre rire. Mais le sourire éclatant qu’elle me lance me fait sentir que j’ai dit ce qu’il fallait.

Je sors de l’appartement, fais trois pas et me prends un Colin dans la figure, essoufflé d’avoir visiblement couru. « Andreï ! C’est Mikkel, il… on s’est fait agresser, des mecs, au bar… » Mon sang ne fait qu’un tour. Mikkel ? « De quoi ? Où ça ? Putain… rentre dans l’appart, dis rien à ton père, je vais le chercher… » J’ai déjà atteint l’étage du dessous lorsque Colin me crie le nom du bar, je suis en bas de l’immeuble en moins de temps qu’il ne faut pour le dire et je cours chercher mon petit fils. Dans quelles emmerdes s’est il encore fourré, le petit con ?

Lorsque j’arrive, il me suffit de me concentrer sur mon ouïe et sur mon odorat pour débouler dans la ruelle où Mikkel est à terre. Et il me suffit d’un seul coup d’œil pour… « Oh putain… » Je connais le mec. Je connais aussi les trois bouledogues qui se tiennent derrière lui. Je jette à peine un regard à Mikkel. C’est un skinchanger, il survivra, il se soignera tout seul comme un grand, je n’ai pas besoin de m’inquiéter. « Grant, c’est moi que tu cherches ? » Je fais craquer mes articulations en calmant mon cœur qui bat la chamade. « Laisse le mioche tranquille, il a rien à voir avec ça. Qui est-ce qui t’envoie ? Vixen ? » Bien sûr que ça ne peut pas être Vixen. Elle est morte, je crois, aux dernières nouvelles. Mais si ce n’est pas elle… j’avais promis à Mikkel de ne pas s’en faire, que j’allais régler le problème du gros lard du Gouvernement à qui je devais de l’argent. Sauf que j’ai complètement oublié de régler le problème. Et que ce soit… Le rat me chuchote que Mikkel va survivre, qu’un ou deux bleus ne le gêneront pas et que c’est l’occasion de régler le problème. « Mikky, lève toi, fais pas ta tapette. » J’ai pas envie de m’en occuper maintenant. Demain à la rigueur, mais là… j’ai vraiment pas envie. C’est peut être pour ça qu’au lieu de jouer le grand père poule avec mon petit fils, je joue plutôt au patriarche. Ou au con. « Je crois que le monsieur a un problème avec les Ievseï. » Bon, avec moi, mais à partir du moment où je suis un Ievseï, on va dire que tous les Ievseï sont concernés.

Spoiler:
 

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MessageSujet: Re: Death Sentence (Andreï)   Jeu 12 Mai - 20:07


« Death Sentence »

Andreï & Mikkel
featuring

Ce que je vivais n'était pas un rêve. La douleur martelait mes chairs alors que les coups se répétaient avec un acharnement impitoyable dans mon estomac. La nausée me retournait les sens et je suffoquais, essayant tant bien que mal de me redresser. Je n'étais pas un mec habitué à la castagne, même si j'étais bien bâti et que je bénissais d'ailleurs mes heures de sport journalières qui m'avaient construit des abdo en béton. Moi, ma spécialité, c'était la tchatche, la rhétorique, ma grande babaille et si je me sentais capable d’entourlouper les gens en les enrobant de belles paroles, le langage des poings m'était bien moins familier. Je tentai bien une contre-offensive, en chargeant comme un bélier en direction de mon adversaire, dans l'espoir de le repousser ! Qu'il se casse la gueule dans ces poubelles là derrière, j'en profiterais pour me tirer vite fait ! HA !

Mais non, non Mikkel, qu'est ce que tu croyais ? Je ne lui avais pas plus tôt foncé dessus que deux des colosses qui l'accompagnaient me rattrapaient, chacun par un bras. Et de me balancer contre le mur sale que mon crâne rencontra durement, dans un souffle estomaqué. Pour le coup, je chancelais sur le sol, ramassant mes deux bras contre mon visage pendant que les marrons et les châtaignes pleuvaient contre mes tempes. Les étoiles brillaient devant mes yeux, je voyais double ou même triple, ma tête tanguait comme si on m'avait placé à l'intérieur d'une cloche géante et que mon crâne en était le battant. N'étaient-ils pas armés de poings américain ? Je ne comprenais pas pourquoi je ressentais ces brûlures cuisantes, lorsque les beignes touchaient ma peau, non protégées par mes fringues. Mes joues, mon front et mes avant bras étaient recouverts d'ecchymoses bleuâtres et sanguinolentes, la douleur était si aigue… J'allais crever putain, j'allais crever tout seul dans cette ruelle paumée des bas quartiers. Au dessus de moi, la lune s'affichait en un croissant argenté entre les toits des maisons. Même le chacal ne pourrait pas m'aider, j'allais mourir comme j'avais vécu, fier et solitaire…

A demi-groggy, je gisais le nez dans le caniveau, ramassé sur moi-même, incapable de trouver la force de me redresser. Si je disparaissais, tout le monde s'en foutrait de toute façon. Oui, tout le monde... Je divaguais dans mes délires mortifères sans m'apercevoir immédiatement que les coups avaient cessé. Et une voix bien connue s'insinua dans mes tympans pour y trouver ma conscience qui les décrypta avec quelques minutes de retard. J'entrouvris les paupières, relevant péniblement ma tête pour redresser un visage incertain. Andy ? C'était sa voix que j'avais reconnue et je passais rapidement une main tremblante devant mes yeux pour les essuyer du sang qui les souillait, plissant les paupières pour me concentrer sur cette silhouette trouble, dressée dans la ruelle tel un symbole d'espoir. Papy, mon héros ! Et il me traitait de tapette. Pour un peu, j'en aurais laissé échapper un rire nerveux mais ce ne fut qu'un glapissement faiblard qui sortit de mon clapet. Doucement, mon majeur se redressa dans sa direction en une réponse muette. Voir Andreï et mourir, non mais sérieusement.

M'aidant du mur, je me relevai plus ou moins souplement, surveillant avec appréhension les mouvements des ennemis qui nous encadraient. Celui qui semblait être le chef de la bande, Grant, ainsi que l'avait nommé mon grand-père, se mit à ricaner entre ses dents.  « Tiens donc, qui voilà… Tu ne sais même pas qui m'envoie, tu trahis donc ta parole si souvent que ça, Ievseï ? Les russes n'ont donc pas d'honneur, tous des foutus cloportes. Et je n'hésiterai pas à écraser sous mon talon tous les morveux de ta famille, tant que tu n'auras pas remboursé ta dette. » Il fit un geste en claquant des doigts dans la direction de ses hommes et les trois types aux visages de crapules se dirigèrent froidement vers Andreï en retroussant leurs manches.

Pendant ce temps j'écarquillais les yeux, ne sachant que faire, le sang coulait toujours le long de mes tempes, rendant les mèches de mes cheveux poisseuses. Les types n'avaient plus l'air de faire attention à moi et se concentraient sur mon grand-père pendant que Grant reprenait, de sa voix agressive. « Tu as trahi Vixen. Si elle a disparu, ça ne t'épargnera rien parce que moi, je suis là. Tu avais un contrat pour lequel tu as reçu une avance. Un contrat qui n'a pas été rempli. Alors soit tu butes ce mec une fois pour toutes, soit tu me rend le fric, soit… je t'écrase de la même manière que j'ai écrasé ton morpion. »

Tandis que ce gros lard discutait avec Andy, je fouillais la ruelle du regard, les sens affolés mais l'esprit aussi clair que possible. Il y avait des détritus de tous genre qui traînaient dans les parages, des poubelles, de vieux cartons, des morceaux de mobiliers abîmés et même un vieux fauteuil élimé. Ce qui attira mon regard fut cette grosse barre de fer qui traînait dans un coin, non loin du groupe d'hommes. L'idée qui s'alluma aussitôt dans mon esprit hagard me dopa comme une prise de came. J'inspirai une franche inspiration avant de m'avancer vers eux, d'une démarche incertaine, les traits angoissés, les yeux brillants. « Oh putain, s'te plait mec... » Le ton de ma voix était larmoyant et Grant haussa les sourcils avant de se retourner vers moi, d'un air méprisant. Je me jetai aussitôt à ses pieds dans un sanglot tremblant, tombant à genoux, le front bas, le ton sourd. « Il te remboursera c'promis… on fera tout c'que tu veux... » Le mec riait déjà, cherchant le regard complice de ses hommes qui se bidonnaient tout comme lui. Symbiose du groupe, fusion de la saloperie, union des corniauds pour se complaire à se moquer du faible. Distraction impardonnable. Jugez salaud. Perdez.

Aussi vif que l'éclair, je ramassai la barre de fer pour la lui balancer en plein dans sa sale gueule. Le sang gicla. Je bondis sur mes pieds, profitant de l'effet de surprise pour lui asséner un deuxième coup, de toutes mes forces, au risque de lui briser le crâne. Encore un coup, encore un, je le martelais et le type chancela pour échouer sur le sol. « Dépêche, sale vieux rat ! Casse-leur la gueule ! » Je hurlais en russe à l'intention d'Andy, sans cesser de démolir ce type, de lui asséner un coup après l'autre. Mais ferme ta gueule connard avec tes histoires d'honneur ! C'est pour les faibles tout ça, pauvre con ! Je vomis sur l'honneur, je crache sur vos principes, je me fous de vos si candides attentes. Pauvres naïfs que vous êtes, vous n'y connaissez rien à la saloperie, rien au vice, rien à la corruption. Je vous dégueule. Et sur un dernier fracas, ma voix rauque évacua des mots d'une colère vivifiante. «Les russes t'emmerdent.» La rage me faisait trembler, j'oubliais tout, même la douleur qui brisait mes muscles.



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MessageSujet: Re: Death Sentence (Andreï)   Lun 16 Mai - 11:03

Death Sentence

Mikkel & Andreï

D’après pas mal de gens, je ne suis qu’un pauvre connard, crevard, enfoiré et j’en passe. Et en toute honnêteté… et bien c’est quand même pas totalement faux. Ce n’est pas de ma faute : je suis ce que ma vie a fait de moi, dans ma violence arrogante, dans mon indifférence immature, dans mon détachement glacial. On aurait pu croire qu’en voyant mon fillot à ce point mal à en point, ensanglanté, roulé en boule, à terre, dans le caniveau, un grand père normal aurait soit tourné de l’œil, soit se serait précipité à ses côtés en hurlant oh mon loukoum, oh mon petit garçon, est ce que tu vas bien ou une connerie dans le genre. Mais je ne suis pas un grand père normal et je pars aussi du principe que Mikky étant à moitié un chacal, il trouvera bien un moyen de survivre et de se soigner comme un grand, comme moi j’étais capable de le faire lorsque j’étais complètement un rat.

Oui, je suis une enflure, oui je suis un crevard, oui je m’adresse en premier lieu à l’imbécile qui a osé provoquer un Ievseï et qui se croit suffisamment malin pour y survivre avant même de m’intéresser plus que ça à la silhouette de mon petit-fils. Allez, Mikkel, fais pas ta princesse et lève toi, j’ai pas envie de te ramasser et j’ai encore moins envie d’avoir à justifier quoique ce soit à ton père. Que je revienne le visage en sang, ça passe encore, mais que je te ramène amoché… Roman ne me le pardonnera pas. Il ne faut pas croire, le glapissement qu’il émet en guise de ricanement me fait bien plus mal que de le voir comme ça, mais le majeur qu’il lève dans ma direction me rassure suffisamment pour que j’étouffe cette inquiétude qui me ronge et risque de me déconcentrer. J’ai laissé traîner cette merde, il faut que je la règle avant que ça dégénère davantage. Je suis allé trop loin dans ma connerie, j’aurais du régler tout ça bien plus vite, comme je l’avais promis à Mikky. Je suis allé trop loin dans ma désinvolture, et je le paie. Brutalement. Du coin de l’œil, j’observe mon petit fils qui se relève comme il peut, s’aide du mur, avant de me reconcentrer sur ce petit enfoiré de Grant. J’ai déjà eu affaire à lui. Plus d’une fois. Une armoire à glace, un mec potentiellement aussi dangereux que moi. « Tiens donc, qui voilà… Tu ne sais même pas qui m'envoie, tu trahis donc ta parole si souvent que ça, Ievseï ? Les russes n'ont donc pas d'honneur, tous des foutus cloportes. Et je n'hésiterai pas à écraser sous mon talon tous les morveux de ta famille, tant que tu n'auras pas remboursé ta dette. » Je grince des dents avant de faire craquer une nouvelle fois mes phalanges lorsque ses larbins s’avancent vers moi. Inconsciemment, ou presque, je fais un pas en arrière pour me mettre en garde, laissant des années d’expérience prendre le pas sur le reste. « Essaye un peu de nous écraser, tu te briseras la cheville. » A noter que si je ne réponds pas à sa remarque sur ma loyauté inexistante c’est bien parce que… elle est inexistante. Je retrousse mes manches en miroir, avant de les regarder d’un air glacial. Animal. Le rat est peut être mort, je reste un animal, dans ma manière d’être, de penser, d’agir et de réagir surtout. Le rat est peut être mort, mais je suis un monstre bien plus effrayant. « Tu as trahi Vixen. Si elle a disparu, ça ne t'épargnera rien parce que moi, je suis là. Tu avais un contrat pour lequel tu as reçu une avance. Un contrat qui n'a pas été rempli. Alors soit tu butes ce mec une fois pour toutes, soit tu me rends le fric, soit… je t'écrase de la même manière que j'ai écrasé ton morpion. » Là… j’éclate de rire, avant d’esquiver un premier coup. Il parle pour me distraire, mais parler le distrait : et tous mes sens me hurlent de continuer à attirer son attention pour mieux le détourner de Mikky. J’esquive un deuxième coup, envoie mon poing percuter la rate, utiliser son inertie pour l’envoyer avec violence dans un autre chien de garde avant d’aligner un enchaînement et mettre KO le troisième. Oh, je l’ai juste sonné, ces machins sont trop habitués à encaisser pour ne pas se remettre d’un nez explosé et d’un foie douloureusement percuté mais… ça me laisse le champ libre. Et j’en impose un peu, malgré ma silhouette différente des armoires à glace trapues que l’on m’oppose. Je ne quitte pas Grant du regard. « J’ai une meilleure idée, Grant. Je te bute et vous me laissez tranq… » On me ceinture, j’envoie mes coudes heurter des côtes à plusieurs reprises, je sens des craquements, j’inspire de l’énergie et je tourne le dos à Grant pour m’occuper des trois connards qui reviennent à la charge. Je peux les gérer, je le sais. Bon. Je vais potentiellement moins bien gérer le couteau qu’il vient de sortir, celui là. Et encore moins gérer l’arme que cet autre, là, vient de dégainer à son tour. Un coup, je laisse le couteau s’enfoncer dans ma cage thoracique pour bloquer son poignet. Menton, trachée, menton, uppercut, le mec recule et j’arrache la lame de mon torse pour la retourner contre lui. Un en moins. La détonation hurle, presque à bout portant, effleure mon oreille pour mieux me rendre sourd mais je ne lui laisse pas le temps de tirer une deuxième fois, le poignard s’abat une seconde fois. Sauf que la plaie, loin de rester béante, se régénère comme la mienne. Oh, putain, un inhumain. Méta ou zombie comme moi, aucune idée mais… « Dépêche, sale vieux rat ! Casse-leur la gueule ! » Je tourne la tête en direction de Mikkel, connerie numéro un.

Je blêmis en le voyant s’acharner sur le cadavre de Grant, ou ce qui ne devrait pas tarder à s’en approcher : deuxième erreur. J’en oublie les deux gus restant, celui au nez cassé, celui aux pouvoirs surnats aussi relous que les miens : troisième erreur. Heureusement que leur QI est inversement proportionnel à leur masse corporelle, il ne vise pas ma tête. Juste mon dos et mon épaule. Putain le bâtard. « Démerde toi comme un grand, Mikky, mais ne l’achève pas tout de suite. » Je me décide à lui répondre, en me retournant une nouvelle fois vers les deux qui s’approchent. Le poignard vole, éjecte de sa main son arme à feu. J’en ai marre, sérieux j’en ai marre de toujours finir par me faire tirer dessus. Au moins, cette fois, la balle a traversé et je sens déjà mes chairs se re constituer. Mais ça pisse le sang, ça fait mal, et je commence à sérieusement m’énerver de cette situation. Surtout que Mikky n’avait pas l’air franchement de respirer la santé et que lui, il ne peut pas pomper l’énergie des mecs pour se régénérer comme je suis actuellement en train de le faire. Et celui qui se soignait… je le draine. En un clin d’œil. Des flots de souvenirs que j’écarte comme des parasites, je le draine jusqu’à la dernière goutte, sans me soucier une seule seconde de le tuer. De toute manière, ce n’est pas comme si j’avais une autre idée en tête à la base… Et une fois drainé jusqu’à la dernière goutte d’énergie, j’achève violemment le troisième lascar qui partait en courant d’une balle dans le dos. «Les russes t'emmerdent.» « Les cloportes vous emmerdent, même. » Les seules traces qui subsistent de mes blessures sont les traînées de sang, dessous ma chair est comme neuve lorsque je me précipite auprès de Mikkel pour lui arracher la barre de fer des mains. Sans aucune douceur, je le prends par les épaules pour le décaler avant de saisir ce qu’il reste de Grant au col et de lui cracher à la gueule ce que je pense de lui. Littéralement. « La prochaine fois que t’as un truc à régler avec moi, tu le règles avec moi. » Un coup de poing le renvoie à terre. « Mikky, tu choisis : on l’achève ou on en fait un exemple. » Une chose est claire dans mon regard aussi froid et bestial que mon attitude sait être puérile dans d’autres circonstances : on ne touche pas aux Ievseï.

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MessageSujet: Re: Death Sentence (Andreï)   Ven 3 Juin - 13:44


« Death Sentence »

Andreï & Mikkel
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Je me laissai faire lorsque Andreï se jeta sur moi. Mon regard était toujours fixé sur le corps ensanglanté du salaud. Mon cœur palpitant dans ma carcasse à un rythme endiablé, me laissait tremblant et pantelant. J'étais pareil à une poupée de chiffon sous la poigne assurée de mon grand-père qui me repoussait en arrière sans que je ne lui rétorque rien. Je ne luttai pas, je reculai sans dire un mot. Mon regard pétrifié se voila, je toussai légèrement pendant que la nausée me recouvrait, me laissant blanc comme un linge. Mon regard désorienté se promena sur l'ensemble de la scène. Des morts, du sang, il y en avait partout dans cette ruelle. Andreï s'était pris plusieurs balles ainsi que des coups de couteau mais il était parvenu à se défaire de nos ennemis. Il ne restait plus que cet homme, le chef de la bande apparemment, qu'Andy malmenait d'un dernier coup de poing avant de me demander de choisir. Choisir ? Je portai ma main à mes lèvres en secouant doucement la tête. Cette fois, c'était sûr que j'allais dégueuler.

Je fermai les yeux deux secondes pour me reprendre avant de répondre, presque sans réfléchir. « Laisse-le partir. Viens, on fout le camps. » Sans plus attendre, j'avais déjà fait volte face pour courir aussi vite que me le permettaient mes jambes faiblardes. L'émotion et la trouille me donnaient l'impression de marcher dans du coton, un peu comme dans ces cauchemars on l'on voudrait se sauver à toute vitesse mais où nos pieds restent arrimés sur le sol… Mais je ne faisais pas du sur place, je courrais vraiment et de plus en plus vite, happant l'air, avec l'envie de m'éloigner le plus possible de cette scène. Qu'est ce qui m'avait pris d'emmener Colin dans ce quartier de merde ? Je n'avais jamais rencontré de problème dans ce bar et je pensais que c'était peinard et qu'on risquait rien à faire une partie de billard tranquillement. Mais dès qu'on tournait le coin de la rue, on se retrouvait dans une zone de non-droit, un quartier laissé pour compte où la milice était invisible et laissait la délinquance s'installer. Je m'arrêtai de courir deux rues plus loin, m'affalant entre deux poubelles pour remettre mon dîner. Putain de merde.

Je fermai les yeux, me redressant en chancelant pour aller m'asseoir sur une vieille caisse en bois et reprendre mon souffle. Même si c'était peu vraisemblable, je n'avais pas envie que les peacekeepers nous tombent dessus, alertés par les coups de feu, et nous reprochent ce massacre. Je supposai qu'Andreï m'avait suivi et je relevai un peu la tête pour sonder les ténèbres. Il faisait bien sombre dans la rue où j'avais aboutis mais le manque de lumière n'était plus un problème pour moi désormais, ma vue de nyctalope perçait la pénombre et me permettait de détecter les moindres mouvements. Tout comme mon ouïe percevait les moindres sons. Andreï m'avait confié que les skinchangers possédaient la faculté de se régénérer à une vitesse stupéfiante et de guérir de blessures superficielles bien plus vite que la normale. A l'entendre, cela se faisait presque instantanément. Pourtant, force était de constater qu'il s'était trompé. Mes tempes et mes joues étaient toujours aussi bleues et douloureuses, comme mes côtes, marquées des coups qu'on m'avait assénés. A croire que la mémoire du papy déraillait. Il avait sans doute gardé à l'esprit ses propres facultés du temps où il était un rat. Mais il ne se rendait sans doute pas compte que la guérison était loin d'être instantanée et encore moins sur un novice comme moi. Il n'avait jamais été du genre grand-père poule de toute façon et à vrai dire, je m'en contre-foutais, j'avais pas besoin d'être dorloté. Oh que non, j'étais trop indépendant pour ça moi !

Je repris une inspiration en le voyant arriver, satisfait d'avoir réussi à ne pas dégueuler à ses pieds. Au moins, il n'avait rien vu et je pouvais donc reprendre un visage lisse et détendu, l’accueillant d'un rictus de chacal condescendant. « J'ai cru que je t'avais semé, t'es toujours aussi lent en course. » Je fis craquer doucement les articulations de ma nuque, prenant soin de me recoiffer doucement entre mes doigts en attendant que le papy daigne venir à ma rencontre. « Si t'as laissé ce fils de pute se tirer, il pourra raconter à ses chefs comment ils se sont fait démonter la gueule. Ça refroidira leurs ardeurs. » Du moins, je l'espérais mais après tout, la réponse qu'Andy leur avait offerte était assez fameuse pour qu'ils y réfléchissent à deux fois. Je me relevai doucement pour venir vers lui et me planter juste en face, le dévisageant avec une certaine hésitation. « A nous deux maintenant. » Je constatais le sang noir qui souillait sa chemise, mais comme il avait l'air de bouger normalement, je supposais qu'il avait déjà cicatrisé. Pas comme la dernière fois. « Je suppose que j'aurai pas à te recoudre, ce coup ci hum ? Tu te débrouilles formidablement bien tout seul, de toute façon. Tu te débrouilles très bien pour nous mettre dans la merde aussi, d'ailleurs. On peut savoir ce qui s'est passé ? » Je ne lui laissai pas le temps de répondre. « Non, attends, laisse moi deviner. »

Je n'avais pas envie de lui passer un savon, je n'étais pas Roman, moi. Mais quand même, bordel, j'avais des raisons d'exiger des explications vu la raclée que j'avais reçue, non ? Je ne pouvais cependant me départir d'un sourire en coin, clairement fouteur de gueule, alors que je transformais ma colère et mes émotions en boutades, comme toujours, posant une main sur ma hanche quand mon doigt tapotait mes lèvres, singeant une intense réflexion. « Tiens par hasard, t'aurais pas oublié de buter un mec ? Il me semble que c'est ça, oui… Genre tu vas m'dire : oups, ça m'est sorti de la tête, pardon Mikky, j'suis trop distrait. Mais pas grave, je peux me faire casser ma gueule, j'suis un méta maintenant, j'suis résistant, c'est cool ! » Je pris une inspiration, me frottant les yeux d'un geste pondéré. « Non bien-sûr, me demande pas comment je vais, c'est la forme, tout est au poil, détail, papy, détail. »Le principal c'était que Colin aille bien, après tout. Putain, oui, on avait échappé au plus grave. Je secouai un peu la tête dans une légère moue, le regard toujours mi-rieur mi désenchanté, reprenant d'un ton exagérément léger, comme si tout cela n'était qu'une funeste blague. «Mais si tu veux bien, parlons de l'aspect pratique. Alors, vas-y, tu comptes le remplir quand ce foutu contrat ? A la saint glinglin, peut-être, si t'es pas trop occupé ? Faudrait pas trop te déranger non plus, évidemment. » Rions tous ensemble, chez les Ievseï on a de l'humour à revendre.



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MessageSujet: Re: Death Sentence (Andreï)   Dim 19 Juin - 20:55

Death Sentence

Mikkel & Andreï

J’ai mal au dos. J’ai mal au ventre aussi. J’ai mal à l’épaule. Des douleurs résiduelles, juste ça, mais c’est largement suffisant pour me mettre en rogne et faire couiner le rat de colère. Ma respiration est courte, l’énergie fourmille dans mes veines comme indomptée, tout juste drainée d’un des chiens chiens de l’homme de main de Vixen ou quelque chose dans le genre. Je sens qu’il va me falloir quelques temps pour qu’un retour au calme et à la civilisation soit possible, j’en profite pour récupérer mon fillot, le mettre sur pied et surtout l’écarter du corps de l’imbécile qui a osé s’en prendre à un Ievseï. Paye ta crédibilité de grand-père sénile après ce carnage, vraiment. Paye aussi ta crédibilité de mercenaire : mon poing percute la mâchoire du mec, un crachat atterrit sur sa tronche, ma menace tombe comme un couperet. Et une question, une seule, est finalement dirigée vers Mikkel. C’est lui qui choisit, moi je préfère me contenter d’exécuter. De nous deux, de toute manière, c’est Mikkel qui s’occupe de la stratégie et de la réflexion, je préfère largement me cantonner au rôle des muscles et de la violence, ça me ressemble bien plus. Un silence, je manque de perdre patience. Il faut que je le frappe, et que je le frappe encore, que je lui rende au centuple les coups qui se résorbent beaucoup, beaucoup trop lentement sur le visage de mon petit-fils. Et certainement pas que sur le visage. Putain, Roman va me tuer s’il sait que je suis mêlé à tout ça. J’attends. Encore. Allez, Mikkel, choisis, merde, sinon je prends la décision comme un grand et je te rappelle qu’il doit y avoir un couteau et un flingue qui traînent ce qui me laisse l’embarras du choix. « Laisse-le partir. Viens, on fout le camp. » Hein ? Je me redresse immédiatement, d’un bond, lâchant ma proie sans aucune douceur. Il est sérieux là ? « Mikk… » Le petit con, il se barre en courant, me laissant avec des cadavres sur le dos et un mec qu’il veut que… je laisse partir ? A quel moment exactement il a cru que je comptais le laisser partir sans l’amocher davantage encore ? Un coup de poing, je le cloue à terre. Un pas, deux, trois, je récupère l’arme blanche, reviens pour le saisir au col et le plaquer contre le mur le plus proche, marionnette entre mes mains. Marionnette dont on aurait sacrément bien coupé les fils, d’ailleurs. La lame pénètre son épaule pour le clouer au mur. Le décompte se fait dans ma tête, signalant l’imminence d’un trop tard qui laisserait à Mikkel le temps de m’échapper. « Ecoute toi, je vais te laisser filer, mais tu t’approches encore d’un Ievseï autre que moi, et tu le regretteras. Et toute ta famille le regrettera. » D’un coup de couteau, je tranche son oreille comme en guise de paiement, insensible à son hurlement. Lorsque je quitte la ruelle au pas de course, c’est sans un regard pour Grant tombé à genoux à terre.

L’affaire est classée, il faut que je retrouve Mikky. Et que je m’assure qu’il aille bien. Et accessoirement que je retrouve des fringues potables avant de sortir des rues basses et de revenir à la civilisation la plus primaire. Sans essoufflement, je laisse le monstre que je suis devenu chercher l’odeur de mon petit fils, je laisse mon instinct me portait dans la direction la plus logique, la plus plausible, la plus… « Mikkel ! »

Il est là, à quelques pas, c’est aussi évident que… j’arrête de courir dès que je l’aperçois, roule des épaules pour me décrisper le temps que je retrouve ma respiration, à peine modifiée. Son sourire, son visage, j’ai comme l’impression qu’il y a quelque chose d’artificiel dans l’ensemble mais dans l’incapacité d’en avoir le cœur net, je préfère choisir de m’en foutre éperdument. Il tient sur ses jambes, il est prêt à courir le marathon : qu’il sourie comme un demeuré s’il veut, je n’en ai plus rien à faire. La seule chose qui puisse m’inquiéter, c’est… « J'ai cru que je t'avais semé, t'es toujours aussi lent en course. » … ce sont ses bleus. Mais ils finiront par disparaître. Même si d’après mon expérience, ils auraient déjà dû disparaitre. Ou au moins un peu. Dans tous les cas, il recommence à parler pour raconter de la merde, c’est que son crâne n’a pas été amoché, miracle. « Qu’est ce que tu veux, ton grand-père est plus tout jeune, gamin » Je ne vais pas l’emmerder avec les détails de mon retard, je préfère plutôt répondre dans un demi-sourire. Alors que tous mes muscles sont encore contractés sous l’adrénaline et mes sens surexcités cherchent encore dans tous les recoins une menace sur laquelle s’abattre. « Si t'as laissé ce fils de pute se tirer, il pourra raconter à ses chefs comment ils se sont fait démonter la gueule. Ça refroidira leurs ardeurs. » Refroidira leurs ardeurs… c’est vite dit : j’ai comme le sombre pressentiment que bien au contraire, ça va puer pour nous toute cette histoire et que loin de les refroidir, ça risque de sonner à leurs oreilles, ou leur oreille pour certains, comme une déclaration de guerre des plus classiques. Mais je n’ai pas le temps de rectifier Mikkel que déjà il bouge, comme pour rajouter quelque chose. « Quoi ? Un souci ? »  « A nous deux maintenant. » Je n’aime pas tellement ce ton là. Ni son regard. « Je suppose que j'aurai pas à te recoudre, ce coup ci hum ? Tu te débrouilles formidablement bien tout seul, de toute façon. Tu te débrouilles très bien pour nous mettre dans la merde aussi, d'ailleurs. On peut savoir ce qui s'est passé ? » Un soupir de ma part, je lève les yeux au ciel.  « Non, attends, laisse moi deviner. » Son doigt tapote ses lèvres, je pousse un nouveau soupir, exaspéré… « Mikkel… » Je n’arrive pas à déterminer si mon accent russe tente son prénom d’une mise en garde ou juste du petit côté affectueux un peu trop lié aux prénoms de mon fils et de mes petits enfants. « Tiens par hasard, t'aurais pas oublié de buter un mec ? Il me semble que c'est ça, oui… Genre tu vas m'dire : oups, ça m'est sorti de la tête, pardon Mikky, j'suis trop distrait. Mais pas grave, je peux me faire casser ma gueule, j'suis un méta maintenant, j'suis résistant, c'est cool ! Non bien-sûr, me demande pas comment je vais, c'est la forme, tout est au poil, détail, papy, détail.  Mais si tu veux bien, parlons de l'aspect pratique. Alors, vas-y, tu comptes le remplir quand ce foutu contrat ? A la saint glinglin, peut-être, si t'es pas trop occupé ? Faudrait pas trop te déranger non plus, évidemment. » Je fronce les sourcils. Si au début, je n’ai été qu’exaspéré face à ses singeries et sa prestation, plus que potable, en tant que comédien, le ton qu’il emploie à la fin de sa diatribe me fait un peu trop penser à Roman pour que je parvienne à le prendre avec le sourire. Et les accusations à peine voilées qu’il porte sont… putain, sont extrêmement véridiques. Ce qui est un chouilla agaçant. Il veut se la jouer comme ça ? Je ne tente même pas de simuler ou de feindre quoique ce soit. J’ai certainement clairement l’air d’un gamin lorsque je commence à répondre par un « Rooooh, ça va… » plus qu’éloquent. « Fais pas genre tu vas crever, tu tiens suffisamment debout pour courir apparemment donc bon, hein… et puis, t’es un Ievseï, t’es forcément costaud. Donc n’essaye pas non plus de me faire culpabiliser, hein, ça ne marchera pas. » Parce que si c’est le cas et bien… je suis bien trop têtu pour me faire avoir. Et même je culpabilise déjà un peu, beaucoup, j’essaye juste de ne pas trop en tenir compte pour le moment. Mikkel est en vie, en un seul morceau, pareil pour Colin. No big deal, pas de quoi en faire un drame. Quant au gros lard que j’étais supposé abattre il y a une éternité… « Et puis, ça arrive à tout le monde d’oublier potentiellement de tuer quelqu’un, non ? Et d’ailleurs, pour une fois que c’est moi qui déconne un chouilla… je te ferais remarqué que d’ordinaire je suis plutôt occupé à réparer tes conneries. » Je ne sais pas pourquoi mais je sens que le fait de parler révèle contre mon gré la culpabilité qui grandit dans mes veines et que je n’assume pas vraiment. Il n’a pas tort : j’aurais dû m’occuper du gars bien avant. Mais… mais je ne mens pas non plus quand je dis que j’étais occupé. Et mes occupations ne tiennent qu’en un mot : Seraphina. « Ecoute Mikkel, déjà, si tu n’avais pas foutu les pieds dans ce quartier, parce qu’avoue que pour le coup, tu as été particulièrement fouille-merde, rien de tout ça ne serait arrivé. Et quel besoin t’avais de traîner le petiot là dedans, hein ? Vous pouviez pas aller jouer à la pétanque en centre-ville, comme tout le monde ? »


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MessageSujet: Re: Death Sentence (Andreï)   Ven 19 Aoû - 18:10


« Death Sentence »

Andreï & Mikkel
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Il me faisait délirer avec sa façon de m'appeler gamin et de jouer les vieillards. Si à la base je me sentais extrêmement en colère contre mon grand-père, ma course m'avait permis de me calmer un peu. J'avais toujours adoré ça, courir, ça me permettait de me défouler, de laisser sortir mon énergie nerveuse. De son coté, Andreï préférait libérer sa rage avec ses poings et je n'osais même pas imaginer la gueule de notre ennemi à présent. Car si mon grand-père lui avait laissé la vie sauve à ma demande, il ne l'avait sûrement pas laissé partir en bon état… mais ce serait bien fait pour la sale gueule de ce connard. Éprouver de la pitié, moi ? Jamais.

Je soupirai légèrement en observant Andy. A mesure que je lui lâchais mes sarcasmes, je pouvais me rendre compte à quel point il était encore contracté et prêt à se battre, comme s'il n'aurait pas demandé mieux que de nouveaux ennemis surgissent des coins d'ombre, rien que pour le plaisir de poursuivre ce jeu de massacre. Mais non, nous étions seuls dans cette rue sale, du moins pour l'instant. Il n'y avait que nous deux, face à face, et en voyant l'expression boudeuse d'Andy, j'eus soudain l'impression d'être en train d'engueuler un gosse. Un sale gosse, qui plus est. Je plissai les yeux à ses réparties, me pinçant les lèvres. Alors comme ça, je n'allais pas le faire culpabiliser ? Je repris d'un ton posé, sans le lâcher de mes yeux brillants.

« Quoi, "ça va" ? Non ça ne va pas. Je ne suis debout que par la simple force de ma volonté mais tel que tu me vois, je souffre atrocement. Par TA faute. Et tu fais bien de le remarquer,  je fais honneur au nom des Ievseï et au sang russe qui coule dans mes veines, un sang précieux qui s'est répandu honteusement sur ces pavés dégueulasses, par TA faute. »

J’exagérais concernant ma douleur, j'avais morflé sur le coup et certaines des plaies sur mon visage étaient moches mais ça allait encore. Heureusement que les Ievseï étaient costauds, comme il le disait si bien. Mais tout de même, ils n'étaient pas invulnérables et il fallait qu'Andy arrête d'être aussi jem'enfoutiste, qu'il se rende compte que ses oublis pouvaient avoir de graves conséquences. Me priver de ma beauté par exemple. Merde, j'allais rester défiguré combien de temps ? « Ils ont utilisé un truc bizarre pour me frapper, ça m'a fait un mal de chien. » Ou de chacal.  J'ajoutai ces mots d'une voix plus faible avant de soupirer tristement. « Quand tu me fous toutes les responsabilités du monde sur le dos comme ça, j'ai l'impression d'entendre mon père... J'ai une gueule à jouer à la pétanque ? Sérieux, papy, c'est dégueulasse de me rappeler sans cesse que c'est moi l'connard, Roman le fait suffisamment.» Sur un dernier regard chargé de peine, je me détournai brusquement pour aller m'appuyer contre un mur sale. Je n'étais pas spécialement triste en réalité, il m'en fallait beaucoup pour saper mon moral d'acier. Mais avec Andy, il suffisait que je joue les pauvres gamins paumés et innocents pour qu'il se la ferme. C'était rare qu'il me fasse des reproches d'habitude mais quand il faisait mine de commencer à râler, cette technique le calmait directement. En plus, il y avait le russe, cette langue que je n'utilisais plus qu'avec lui et qui symbolisait notre lien familial, nos racines, notre complicité. Je n'employais plus cette langue pour parler à mon père et Andreï le savait très bien. Ce n'était sans doute pas très correct de manipuler mon pauvre grand-père mais je le faisais quand même, je savais qu'il tenait autant à la famille que moi. Pourtant, dans ce cas ci, c'était bien lui le fautif et je ne me priverais pas de le lui rappeler.

L'avantage de ce quartier misérable dans lequel nous nous trouvions, c'était qu'on ne risquait sûrement pas de tomber sur des joueurs de pétanque. Storyville regorgeait de bars clandestins qui n'ouvraient qu'à la nuit tombée et où on pouvait se saouler sans craindre la milice. Mon gosier sec me rappelait à quel point j'avais envie de descendre quelques bières bien fraîches. Je lançai un regard de biais à mon grand-père. Ce n'était pas avec la bière qu'il recouvrerait son énergie lui, il aurait eu besoin d'une autre sorte de substance pour recharger ses batteries. A moins qu'il ne se  soit servi sur nos ennemis mais il ne cracherait sûrement pas sur une dose d'énergie supplémentaire. De toute façon, on n'allait pas rester dans cette rue crasseuse à se balancer des reproches à la gueule tout le reste de la nuit. Cela n'aurait rien eu de constructif, il faut bien le reconnaître. Je gardai donc le silence un moment pendant que je méditais sur les événements de la soirée. Andy avait oublié d'exécuter sa cible. Même si mon grand-père était le mec le plus maladroit que j'avais jamais vu, il ne rechignait pas à la tâche et abattre un mec, quel qu'il soit, ne lui causait pas de souci en général. Alors pourquoi avait-il tant reporté sa mission ? Pourquoi prendre le risque que ce type se venge, non seulement sur lui mais sur tout le reste de notre famille ? Il y avait quelque chose d'anormal dans son comportement. Après ces quelques minutes de silence, j'ajoutais d'une voix plus sereine.

«Bon. On va aller se requinquer un peu, j'crois qu'on en a tous les deux besoin, non ? Et t'en profiteras pour m'expliquer ce qui t'arrive en ce moment... t'es pas devenu distrait à ce point sans raison...»

Andreï ne me faisait jamais de reproches mais justement, s'il m'en faisait ce soir, c'était peut-être parce qu'il avait des choses à cacher de son coté ? Dans ces cas là, c'est tentant de reporter la faute sur les autres, on évite ainsi de parler de soi-même... Tout à ces réflexions, je me détachai du mur, fouillant mes poches à la recherche de mon paquet de clopes que je découvris tout écrabouillé. Le pauvre avait été salement malmené au cours de la bagarre et les quelques cigarettes qui y restaient n'avait pas belle allure, toute croquées et bonnes à jeter. Je le constatai dans une légère grimace en y jetant un œil. Impossible de fumer ça et je le balançai d'un mouvement dépité en direction du tas de détritus qui jonchaient déjà le trottoir.

« Tes clopes ont survécu toi ? »


Dis-je à l'intention de grand-père querelleur. Il fallait espérer que oui. S'il m'en donnait une, ce serait toujours ça de gagné, il avait intérêt à se rattraper maintenant s'il voulait que je lui pardonne et qu'on fume ensemble un genre de calumet de la paix. Je m'avançai de quelque pas pour dépasser le coin de la rue et admirer celle qui nous faisait face. Il faisait sombre, la plupart des réverbères ne fonctionnaient pas mais on apercevait les silhouettes des putes qui erraient le long des trottoirs. Si Andy bouffait l'énergie de l'une d'elle, personne ne viendrait protester. De toute manière, la plupart des bars de ce quartier étaient réservés à la prostitution et les clubs de strip-tease abondaient, tous plus insolites les uns que les autres. Un peu plus loin justement, j'apercevais des gens rentrer et sortir d'une bâtisse qui me paraissaient accueillante. Du moins en proportion par rapport au reste des bâtiments délabrés du coin. Tout était relatif. Je fis un geste dans la direction de ce bar en lançant un coup d’œil interrogatif à Andreï.

«Ça t'inspire ? Sinon, j'peux toujours t'emmener dans un salon de thé, tu trouveras sûrement des partenaires pour la pétanque, papy. »

Je lui offris un sourire de chacal en attendant sa réponse. Une fois à l'intérieur de ce bar, il pourrait peut-être m'expliquer ce qui le rendait aussi distrait, au point d'oublier d'exécuter ses contrats...

Spoiler:
 


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MessageSujet: Re: Death Sentence (Andreï)   Mar 6 Sep - 21:20

Death Sentence

Mikkel & Andreï

J’aime parler russe. Ce n’est peut être pas ma langue maternelle, mais c’est un souvenir de… de stabilité en quelque sorte. De famille. J’aime parler russe, j’aime sentir entre mes dents grésiller cette langue aux sonorités à la fois douces et rugueuses, si différente du français méditerranéen et de l’allemand germanique qui coulent à part égale dans mes veines. J’aime parler russe, ça c’est une certitude et plus encore j’aime entendre Mikkel partager ça avec moi, comme une complicité reportée sur le petit fils à défaut d’exister avec le fils. Mikkel, ce fils par procuration parce que mon vrai fils me rejette. Mais si j’aime parler russe, l’entendre utilisé contre moi pour me faire des reproches… je me ferme, je me crispe, je me contracte à chaque reproche un peu plus. Hors de question de le laisser me faire culpabiliser, j’ai des tonnes de raison pour ne pas être inquiet et plus encore pour refuser de considérer tout ça comme une erreur grave de ma part. C’est un Ievseï, c’est un costaud, voilà tout ce qu’il y a à retenir. « Quoi, "ça va" ? Non ça ne va pas. » Je lève les yeux au ciel. « Je ne suis debout que par la simple force de ma volonté mais tel que tu me vois, je souffre atrocement. » Ne pas le regarder dans les yeux, soupirer ostensiblement, s’adosser contre un mur et mettre ses mains dans les poches. Ne pas, ne surtout pas le prendre au sérieux et se laisser atteindre. Je garde la mâchoire crispée, les dents serrées, plus pour le retenir de rétorquer quelque chose que par réelle colère. « Par TA faute. Et tu fais bien de le remarquer,  je fais honneur au nom des Ievseï et au sang russe qui coule dans mes veines, un sang précieux qui s'est répandu honteusement sur ces pavés dégueulasses, par TA faute. » Et pourtant, la colère… elle est là. Elle est là, belle et bien là, envenimée par l’adrénaline, obscurcie par cette culpabilité qui croît et ce sentiment d’injustice qui s’incruste, sans qu’il n’ait rien à faire dans mes pensées. « Ma faute ? Tu es sérieux, là, Mikkel ? » Bien sûr qu’il l’est. Il me reproche quoi, au juste ? D’être un peu distrait, un peu tête en l’air ? Et alors, même pas un merci grand-père pour être venu lui sauver la mise dès que Colin a appelé au secours ? Même pas un heureusement que tu es réactif ou bon sang papi, tu es définitivement mon héros ? Non, bien sûr que non, ce serait trop demander, tout ce qu’il voit, lui, c’est que j’ai merdé quelque part.

S’il n’avait pas traîné Colin dans ce trou à rats, hein, on n’en serait peut être pas là et je ne me gêne pas pour le lui faire remarquer, déchargeant sur lui toute responsabilité. Il peut me reprocher tout ce qu’il veut, mais moi, je l’invite pas venir prendre le thé avec moi chez des miliciens ou une connerie dans le genre. Bon, d’accord, j’ai peut être enfoncé les Ievseï dans leur ensemble dans une vendetta mafieuse mais… « Ils ont utilisé un truc bizarre pour me frapper, ça m'a fait un mal de chien. Quand tu me fous toutes les responsabilités du monde sur le dos comme ça, j'ai l'impression d'entendre mon père... J'ai une gueule à jouer à la pétanque ? Sérieux, papy, c'est dégueulasse de me rappeler sans cesse que c'est moi l'connard, Roman le fait suffisamment.» J’ai l’impression d’entendre mon père. Ah ben putain, il sait où frapper, le morveux, pour que je réagisse. Déjà que de base, ce n’est pas plus compliqué que ça de me faire sortir de mes gonds, mais mentionner Roman… c’est bas, c’est très, très bas. Et efficace. Je me redresse instantanément, piqué au vif. « Ouais, t’as raison, t’as pas la gueule de quelqu’un qui joue à la pétanque, t’as la gueule de quelqu’un avec qui la pétanque a joué, mais c’est pas une raison pour mentionner ton père, okay ? Ecoute, Mikkel, j’suis désolé, j’ai merdé, voilà. Mais ne me compare pas à Roman, n’essaye même plus de le faire. Jamais. Si Roman me ressemblait, ça s’saurait... » Ma voix hurle la déception au même titre que mes yeux ou que ce crachat qui s’écrase au sol, sans aucune classe. La déception, mais aussi cette culpabilité que je maintenais jusque-là loin, très loin, avec un savoir-faire que j’ignorais posséder. Elle a surgi de nulle part, quelque part entre la souffrance que Mikkel me balance à la tronche et ses reproches, incessants et insistants. Irritants. Qu’est-ce qu’il croit ? Que je vais me jeter à ses pieds en lui suppliant de me pardonner ? Que je vais aller le border et lui préparer un chocolat chaud ? Que je vais lui faire un câlin et un bisou magique sur ses bobos ? Qu’est-ce qu’il attend de moi ? Un claquement de langue traduit mon exaspération. « Allez, Mikkel, ça va quoi… t’as vraiment mal, encore maintenant ? » Oui, je commence à m’inquiéter un peu. « T’es une chochotte à ce point ? » Gentil, Andreï, gentil. Je suis un peu dépassé. L’énergie, je peux la lui voler, pas la lui donner. « J’vais m’en occuper, du vieux. » Si j’oublie pas une nouvelle fois. Ce qui n’est absolument et malheureusement pas à exclure. « Je te promets. » Promesse lancée sans aucune conviction, comme un os à ronger à un chien affamé. Ce que je sais faire de mieux. Je n’aime pas les silences.

Surtout lorsqu’ils m’obligent à me rendre compte des dizaines de moments où j’ai passablement fait de la merde ces derniers mois, parce que j’avais la tête ailleurs et parce que je n’avais aucune envie de perdre mon temps à réfléchir, anticiper sur l’avenir, prévoir les conséquences, et tutti quanti. Je n’aime pas les silences, encore moins ceux que m’imposent Mikkel. J’ai beau l’ausculter du regard, je n’ai pas l’impression que ses plaies se guérissent aussi rapidement qu’elles ne le devraient. Les miennes, à l’époque, disparaissaient à l’œil nu, même la plus grave des fractures n’était plus qu’un vieux souvenir en cinq minutes. Je suis trop occupé à fixer une plaie ouverte pour me rendre compte qu’il s’apprête à parler. Ce qui explique mon sursaut à son « Bon. » que je n’avais pas entendu venir. « Quoi ? » « On va aller se requinquer un peu, j'crois qu'on en a tous les deux besoin, non ? Et t'en profiteras pour m'expliquer ce qui t'arrive en ce moment... t'es pas devenu distrait à ce point sans raison...» Je fronce les sourcils. Sans savoir sur quel pied danser. « Ca veut dire que… on fait la paix ? » Oui, je suis un peu simplet parfois. Je le suis du regard, préférant ne pas penser à ce qu’il vient de dire. Tu n’es pas devenu distrait à ce point sans raison. Non, pas sans raison. Mais ai-je vraiment envie de parler de Sera à Mikkel ?

« Tes clopes ont survécu toi ? » Sans réfléchir, je fouille mes poches, extirpe de mon paquet écrasé une clope miraculeusement indemne et le lui balance sans même regarder s’il en reste d’autres. Je la cale dans ma gueule pour activer le briquet, que je lui lance immédiatement après. A croire que je préfère garder une distance respectable entre lui et moi. Je n’arrive pas à comprendre son brutal… si on oublie le silence, revirement de situation. « Ça t'inspire ? Sinon, j'peux toujours t'emmener dans un salon de thé, tu trouveras sûrement des partenaires pour la pétanque, papy. » Je penche la tête dans la direction qu’il indique en visant le bar. Si ça m’inspire ? « J’te jure, Mikkel, que si tu parles une nouvelle fois de pétanque, je t’apprendrai à y jouer à la grecque. » Aucune idée de s’il va comprendre l’idée, mais j’imagine que mon ton, à mi-chemin entre le sarcasme et le sérieux, va lui donner suffisamment d’élément pour qu’il ne soit pas dupe. « Je vois pas de quoi tu parles, quand tu dis que je suis plus distrait qu’avant. J’ai toujours été distrait. » Pas à ce point, mais j’aime bien être de mauvaise foi, il parait que ça entretient l’esprit vif. Ce qui n’est pas du luxe dans mon cas. Dans un haussement d’épaule et une bouffée de cigarette, je file vers le bar en espérant que ça va dissuader Mikkel de rétorquer quoique ce soit.

Pendant un instant, le brouhaha du bâtiment couvre jusqu’à mes pensées, le temps que je m’y habitue, et que le rat-fantôme cesse de couiner son mécontentement, je sème des gens chancelant tout autour de moi, on dira que c’est la faute à l’alcool, en me ressourçant par ci, par là, sans le moindre scrupule, avant de me laisser tomber sur une chaise calée contre le mur, isolée du reste. « Colin n’a rien, au fait. ‘Fin rien de grave. Je l’ai envoyé dans sa chambre quand il est arrivé. Tu sais te transformer tout seul ? Quand tu jappes, tu te soignes mieux. » Je tire un peu plus sur la nicotine, avant de souffler lentement la fumée dans sa tronche, et surtout dans un demi-sourire. Histoire de tâter le terrain. « Ca va mieux ? Qu’est ce qu’il t’a dit, le gros lard, exactement, avant que j’arrive ? »

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MessageSujet: Re: Death Sentence (Andreï)   Mar 27 Sep - 17:03


« Death Sentence »

Andreï & Mikkel
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Comparer Andreï à Roman : l'insulte la plus abjecte et choquante du monde entier. Je n'hésitais pas à la lui infliger en toute connaissance de cause sans que le moindre scrupule ne m'étouffe. A en voir la réaction instantanée que mes paroles créaient chez lui, je savourais intérieurement ma basse vengeance et je me tâtais déjà à en rajouter quelques couches supplémentaires. Néanmoins je me contentai de hausser un sourcil éloquent suite à son ordre. N'était-ce pas ce que mon père faisait toujours ? Se montrer directif, imposer sa vision des choses et sa loi ? Je sentais bien d'Andy bouillait de rage et qu'il avait un mal fout à reconnaître ses torts, ça devait lui faire bien mal de s'excuser à demi-mots.

Ce fut avec un égoïsme de gosse capricieux que je le laissais mariner, me murant dans le silence avec la dignité des martyres qui souffrent énormément mais n'en soufflent pas un mot. Je fermai un moment les yeux, comme pour mieux maîtriser courageusement cette douleur qui m'élançait, sans prendre la peine de répondre à sa question. Mon masque de tragédien affirmait ma résistance admirable, tandis que je le fusillais du regard. Une chochotte, moi ? « Tu n'auras qu'à graver ça sur ma tombe, grand-père indigne. » Je sondais son regard alors qu'il m'offrait des promesses - à prendre avec des pincettes,-  sans rien ajouter, laissant ainsi ce silence l'écraser sans vergogne.

Ainsi, satisfait de lire la culpabilité dans ses yeux, j'estimais que papy en avait assez pris dans la gueule. L'heure était venue de se rincer le gosier et tandis que je l'annonçais à Andreï, il m'offrit un air paumé du plus haut comique auquel j'eus un mal fou à résister. Ma lèvre supérieure frémit dans un rictus alors que je m’efforçais de conserver un air grave à sa question. « Ouais, on fait la paix.» Je lui répondis d'un air mutin avant d'ajouter avec complaisance. « Et tu ressembles pas tant que ça à Roman, t'inquiète, personne le bat dans son domaine. »

M'accordant enfin un sourire cynique, j’attrapai son paquet où se cachait une clope miraculeusement survivante et me la fichai entre les lèvres avant de profiter de son briquet que je saisis au vol. La flamme eut tôt fait d'allumer ma cigarette dont j'inspirais une profonde bouffée salvatrice. Ma proposition de rejoindre le bar eut l'air de lui plaire et cette fois, je ne pus empêcher un éclat de rire à sa répartie sur la pétanque grecque. « Arrêtes, ça risquerait de me plaire. » Je lui offris un air salace dans un gloussement narquois avant de relâcher la fumée hors de mes poumons. Impossible que je reste réellement fâché contre ce type là plus de deux minutes. J'avais beau jouer sur la corde sensible en le manipulant, par profit ou par vice, je tenais à notre complicité familiale et je ne voyais aucune raison qu'elle se brise. Cependant, si Andreï croyait me convaincre en faisait celui qui savait pas de quoi je parlais, il se fourrait le doigt dans l’œil et je lui offris un regard méfiant. Mais ce salopard filait déjà en direction du bar, m'empêchant de lui opposer quoique ce soit.

Une fois dans la place, je savourais la dépravation de l'ambiance avec son odeur d'alcool frelatée, son brouillard de fumée de cigarette et ses tables sales sur lesquelles se trémoussaient des filles dénudées. Si pour ma part, je me foutais complètement de ces pétasses, elles attiraient le regard égrillard d'une masse hétéroclite de clients venus se rincer l’œil. J'en vis chuter quelques uns au passage d'Andreï, les corps des ivrognes roulant sous les tables sans que personne ne s'en soucie. Quelque chose me disait pourtant que mon grand-père n'était pas étranger à ces pertes d'équilibre mais si c'était bien le cas,  j’espérais qu'une fois requinqué, il se montrerait un peu plus bavard au niveau de ses explications. Tout en le suivant, une main dans la poche et l'autre promenant ma clope, j'enjambais les corps avachis ou repoussait distraitement ceux qui vacillaient de mon coté, me frayant ainsi un chemin jusqu'à cette table, un peu isolée.

M'installant face à lui dans le coin qu'il avait choisi, j'esquissai une moue en l'entendant me parler de Colin. Mais genre, "rien de grave". Je notai cette précision avec un léger agacement et si je n'avais pas su qu'Andreï n'était pas du genre à glisser des sous-entendus sournois, j'aurais bien pu croire qu'il cherchait à me culpabiliser à mon tour. J'avais tout fait pour que Colin ne soit pas blessé dans l'affaire justement, je m'étais bien assuré qu'il dégage rapidement en attirant la violence de nos ennemis uniquement sur ma pomme. Evidemment qu'il allait bien, je n'avais même pas envie d'imaginer le contraire. « Okay. J'irai le voir quand je rentrerai. Il t'a pas posé de questions ? » Les autres membres de la famille n'étaient pas censés connaître nos magouilles ni nos emmerdes...

Je soupirai nerveusement à sa question suivante, me contentant d'un bref « Nan. » avant de me taire. Quand tu jappes, tu te soignes mieux. Mieux valait entendre ça que d'être sourd. « Génial, c'est tellement sexy de japper en plus, faudra que j'essaie à l'occasion » Je me frottai le visage suite à mon sarcasme en oubliant mes blessures ce qui eut l'effet de me faire tressaillir dans une grimace. Et l'autre qui me soufflait à la gueule… Je balayai la fumée d'un geste las de la main en secouant la tête. Je savais bien qu'il disait ça pour m'aider et même si j'étais un type hyper débrouillard qui n'avait besoin de personne, c'était quand même cool de profiter de celle d'un grand-père, parfois... Pourtant son conseil me semblait quasiment impossible à mettre en pratique, je détestais me transformer et je n'avais jamais été consentant à chaque fois que ça m'était arrivé. Pourtant, ce qu'il me disait faisait sens et expliquait qu'il ait pu cicatriser plus rapidement, vu qu'il passait sans doute plus de temps que moi sous sa forme animale. Pour ma part, même si je cicatrisais plus rapidement qu'un simple mortel, ce n'était pas non plus instantané et la guérison totale était parfois relativement lente. Dans ce cas ci, c'était encore pire que d'habitude.

Je lui répondis néanmoins dans un léger sourire. « J'ai mal uniquement quand je rigole. Bah, ça pique mais je survivrai je suppose. » Puis dans un soupir, je me retournai pour faire signe à la serveuse, une fille qui arborait des seins ornés d'une simple petite étoile auto-collante. « DEUX PINTES ! » Gueuler pour surmonter le bruit ambiant ça me défoulait au moins et ça me laissait le temps de me reprendre. Je détestais parler de ma malédiction, ça me foutait toujours hyper mal à l'aise, même avec Andreï.

Me retournant vers lui, je réfléchis un moment à sa question avant de hausser les épaules. « Il m'a dit qu'il avait des trucs à régler avec les Ievseï. Ensuite il m'a dit qu'il avait un message pour toi et il m'a envoyé une rafale de mandales. Il m'a pas fait une conférence en fait.» Je fis une pause, inspirant songeusement une bouffée de nicotine, mes coudes posés sur la table entre nous. « Donne moi ton avis d'expert. Si j'ai des blessures aussi moches, ce serait pas lié à une arme en argent ? Genre, ce coup de poing américain là… ça me brûlait à mort, un truc de dingue. Si c'est un fait exprès et qu'ils savent ce que j'suis et mes points faibles, ça voudrait dire qu'on nous surveille. Ils savent peut-être où on crèche… ? » Et ce n'était pas très rassurant. Une raison de plus pour les éliminer une bonne fois pour toutes, ce qui me ramenait à la fameuse distraction de mon grand-père que je fixais avec curiosité. « T'as toujours été distrait, ça c'est sûr mais là, tu avoueras que c'est de la grosse distraction d'oublier un ennemi pareil. » Mes mots ne sonnaient plus comme des reproches, j'avais laissé mes talents d'acteur dramatique au vestiaire et je le regardais avec sincérité, presque inquiet pour lui malgré moi. « Sérieux, il se passe quoi dans ta vie en ce moment ? T'es pas comme d'habitude, me la fait pas, j'le sens. Je t'ai jamais connu comme ça, t'es bizarre, tu fais des trucs chelou… Bon allez, accouche. »



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MessageSujet: Re: Death Sentence (Andreï)   Mer 19 Oct - 23:23

Death Sentence

Mikkel & Andreï

J’imagine que la plupart des pères sont fiers de leur fils. Ca se tient. Mieux encore: la plupart des pères aiment être comparés à leur rejeton, la plupart des rejetons aiment être comparés à leur père, tout le monde vit dans un monde de bisounours et de free hugs. Le problème, c’est que ce n’est pas mon cas, que ce n’est pas celui de Roman et que, de toute évidence, la seule chose qui relie les Ievseï entre eux, c’est cette déception réciproque qui nous habite. En d’autres circonstances, je pourrais éventuellement être ravi de voir que mon fils est devenu quelqu’un qui a à coeur d’être respectable, honnête et de confiance. En d’autres circonstances. Là, tout ce que j’arrive à voir lorsque je croise le regard de Roman, c’est qu’il est faible, insipide, et que je ne l’ai pas élevé parce qu’on m’a éloigné de lui, contraint au meurtre, asservi, parce qu’on m’a envoyé de l’autre côté du monde à l’époque où mon fils balbutiant commençait à peine à articuler des papa qui m’étaient bien évidemment destinés. Alors ouais, forcément que je le prends mal qu’il me compare à son père, forcément. Comment est-ce que les choses pourraient en être autrement ?

Et s’il pense qu’en se la jouant souffreteux et en visant les cordes sensibles, il va me faire culpabiliser, et bien… et bien j’espère qu’il se trompe parce qu’il est hors de question que je me fasse avoir. N’est-ce pas ? Je le traite de chochotte, je ne peux pas m’empêcher de m’inquiéter un peu, malgré tout. « Tu n'auras qu'à graver ça sur ma tombe, grand-père indigne. » Je fronce les sourcils, en l’auscultant comme je peux, sans cesser un seul instant les comparaisons avec mon expérience de métamorphe. Moi, à sa place, j’aurais déjà guérir. Moi, à sa place, aussi, je serais déjà un rat, à me terrer dans un coin. Moi, à sa place… Je me gifle mentalement, lui fais une promesse que je compte tenir, peut être, éventuellement, si je ne pense pas à autre chose d’ici là.

Une promesse, c’est tout ce que je peux lui donner. Une promesse jetée, comme un os à ronger. Une promesse qu’il laisse en plan dans un silence qui me donne la gerbe. Je n’aime ni son regard, insistant, ni son silence. Sans compter que son bon tombe comme un cheveu sur la soupe, comme un Peacekeeper dans un bordel: il n’a rien à foutre là. Je fronce les sourcils, sans comprendre immédiatement ce qu’il sous entend. On fait la paix ? « Ouais, on fait la paix. Et tu ressembles pas tant que ça à Roman, t'inquiète, personne le bat dans son domaine. » Je fronce d’autant plus les sourcils que je pressens qu’il se fout ouvertement de ma gueule. Pas réellement convaincu, en ayant l’impression de marcher sur des sables mouvants, je grogne un vague « Sale môme »

La clope au bec, on se replie dans un bar, alors que ses questions tournent dans mon crâne comme une volée de charognards en quête de morceaux de lard à grappiller. Moi, distrait ? Jamais. On va dire ça. Je veux croire ça. De coups d’épaules en vol plus ou moins discrets, je me faufile à la suite de Mikky tout en faisant gratuitement le plein, avant de me laisser tomber face à lui, soufflant un peu de nicotine. Et tentant magistralement de changer de sujet, d’amoindrir cette culpabilité nauséabonde qui me cause des haut-le-cœur et me ronge comme des asticots dans un cadavre. Bon appétit à vous aussi. Colin va bien. Les asticots vont bien. Et je les broie dans ma main comme l’autre connard a tenté de broyer mon petit fils. « Okay. J'irai le voir quand je rentrerai. Il t'a pas posé de questions ? » J’hausse les épaules. Eloquent à ma façon. « Il a pas eu le temps. Je me suis barré direct pour venir te border et te faire des pansements pirates. » D’ailleurs, à ce propos, pourquoi ne s’est-il toujours pas transformé ? Il ne sait pas le faire tout seul, comme un grand ? « Nan. Génial, c'est tellement sexy de japper en plus, faudra que j'essaie à l'occasion » J’hausse un sourcil. Je rêve ou ce petit con est en train d’insulter son alter-ego chacal ? Est-ce que j’ai déjà insulté mon rat, et maintenant son fantôme qui me hante et me couine des conneries au visage, comme des réminiscences d’un instinct inscrit dans ma chair au même titre que cet asservissement qui a réduit ma vie à néant ? « C’est moins sexy que de couiner, j’avoue, mais au moins, si tu te décides à faire la manche plutôt à jouer, tu nous ramèneras du fric, avec Colin pour tenter de faire des yeux de chien battu, et toi qui fais réellement des yeux de chien battu. » Je plaisante, bien sûr.

Bien sûr ? On va dire ça. Dans tous les cas, je fronce les sourcils en le voyant grimacer. Un soupir exaspéré. Je ne me souviens pas avoir été aussi… ridicule. Et pourtant, j’ai de l’expérience en la matière. Mais pas sur le plan des bastons, des blessures. Mikkel me fait l’effet d’être faible, aussi faible que son père. Deux véritables lavettes, tous les deux. Et Colin et Lizzie ne doivent pas être mieux, lorsqu’on creuse un peu. En fait, je suis en train de me demander si parmi mes descendants, il n’y aurait pas que Lizzie à avoir des couilles. Je souris au sourire de Mikkel, à des années lumière de ce qu’il peut chercher à dire. « J'ai mal uniquement quand je rigole. Bah, ça pique mais je survivrai je suppose. » Je n’écoute déjà plus. En fait, mon sourire est dû plus ou moins au spectacle de la serveuse, et mes oreilles se sont éteintes au profil de mes yeux. J’entends vaguement Mikkel gueuler « DEUX PINTES ! », je le vois vaguement bouger, répondre à mes dernières questions alors que je me reconcentre sur ma clope qui s’atrophie à chaque bouffée. « Il m'a dit qu'il avait des trucs à régler avec les Ievseï. Ensuite il m'a dit qu'il avait un message pour toi et il m'a envoyé une rafale de mandales. Il m'a pas fait une conférence en fait. Donne moi ton avis d'expert. Si j'ai des blessures aussi moches, ce serait pas lié à une arme en argent ? Genre, ce coup de poing américain là… ça me brûlait à mort, un truc de dingue. Si c'est un fait exprès et qu'ils savent ce que j'suis et mes points faibles, ça voudrait dire qu'on nous surveille. Ils savent peut-être où on crèche… ? » J’hausse les épaules à mon tour. Rien à foutre qu’il lui ait fait une conférence, tout le reste est la conférence, finalement. Vraiment. Des mandales, ça c’est du détail. Le message pour moi, c’est qu’il est capable de trouver mes petits-mioches. Et qu’il est capable, visiblement, de se renseigner sur eux. « Peut être. » Qu’est ce qu’il croit ? Bien sûr qu’ils savent où on crèche. Qu’ils savent ce qu’on bouffe, ce qu’on chie, les insultes qu’on se balance et l’amour fou qu’il y a entre Roman et moi, Roman et lui,… bref, au sein des Ievseï. Bien sûr qu’ils savent tout. Et bien sûr que j’ai bien merdé en laissant les choses traîner. Sauf que… « T'as toujours été distrait, ça c'est sûr mais là, tu avoueras que c'est de la grosse distraction d'oublier un ennemi pareil. » Je lève les yeux au ciel. Ses mots sonnent moins comme des reproches que comme de l’inquiétude. Ce qui me pousse à concéder un tout aussi sincère « Je sais. » presque coupable. « Sérieux, il se passe quoi dans ta vie en ce moment ? T'es pas comme d'habitude, me la fait pas, j'le sens. Je t'ai jamais connu comme ça, t'es bizarre, tu fais des trucs chelou… Bon allez, accouche. » Je fixe Mikkel.

Ce qu’il se passe dans ma vie ? J’ai envie de passer une main dans mon cou pour aller loger sur mes omoplates, sur l’omoplate qui est gravée d’un tatouage. J’ai envie de savoir ce que j’en pense, j’ai envie d’aller retrouver une certaine blonde, de la laisser occulter tout le reste, de me perdre dans ses lèvres, de parcourir son corps, de reconnaître ses courbes, de me perdre en elle, avec elle. Et en même temps, je veux la détester, je veux la haïr, dégueuler ses traits bien trop fins, bien trop princiers, je veux honnir ses pas, sa grâce, je veux la haïr pour tout ce qu’elle est, pour tout ce qu’elle représente, pour broyer entre mes doigts ce médaillon qui m’a volé ma vie, volé mon fils, volé ma femme. Et mon libre-arbitre. Je serre le poing, le regard perdu dans le vide. « Je suis pas bizarre. C’est juste que c’est pas mal la merde, actuellement, dans ma vie. » Pas mal la merde ? Je suis mignon, avec mes euphémismes à en vomir. « Ton père t’a raconté quoi sur moi ? Sur… mon boulot… d’avant ? Tu as bien connu ta grand-mère ? Elle t’a parlé de moi ? » Aucune envie de parler de Seraphina. Mais parler de Lara, ça… je tente de me raccrocher, d’éloigner la blonde, ma harpie de blonde, le plus loin possible de moi. Autant que faire se peut. Autant que… « Elle me manque pas mal. Ce qui fait que je déconne, un peu. Je la cherche. Je pensais pas retomber amoureux de quelqu’un d’autre qu’elle. Je n’ai de souvenirs d’elle qu’au sommet de sa beauté. Tu tiens d’elle, Roman aussi. Un peu. » J’évite le regard de Mikkel comme je peux. « Si c’était de l’argent, de mémoire, tu dois sentir tes blessures pulser, comme si tu sentais ton rythme cardiaque, je sais pas comment te dire. Si tu veux, je t’entraînerai pour t’endurcir. Il faut aussi que tu apprennes à japper comme un grand. Faut pas que Colin se retrouve sans défense la prochaine fois. » Je me recroqueville derrière une violence qui a toujours été une seconde peau, chez moi. Comme pour hier le reste. J’ai encaissé la haine de ma mère et de mon village en frappant, en fuguant. J’ai encaissé l’armée rouge, le KGB en tuant, en devenant le meilleur, en me cachant derrière une désinvolture à la limite de la psychopathie. Et maintenant ? « Faudrait aussi que j’apprenne à Colin et à Lizzie à tuer. J’ai déclenché une guerre. Je crois. « J’en suis sûr. Une guerre contre les Ievseï. A notre échelle. A l’échelle de ma connerie.


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MessageSujet: Re: Death Sentence (Andreï)   Ven 28 Oct - 21:21


« Death Sentence »

Andreï & Mikkel
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Avachi sur ma chaise avec nonchalance, je savourais le plaisir simple de cette clope en essayant de me débarrasser des derniers vestiges de stress. Mes muscles se détendaient et, alors que je me plongeais dans l'ambiance malsaine de ce bar, rempli de dégénérés, de crapules et de vicelards, je me sentais paradoxalement bien plus rassuré que dans les quartiers chics. Sans doute parce que je me sentais comme un poisson dans l'eau dans ce genre de contexte où aucune limite n'était fixée. On pouvait se saouler jusqu'au coma éthylique, danser à poil sur les tables bras dessus dessous avec des putes, envoyer son poing dans le pif de son prochain si l'envie nous en prenait ! Bien-sûr que c'était dangereux mais putain, on était libres ! Et voilà de quoi j'avais besoin dans ce monde étriqué par des règles si étroites qu'elles m'écrasaient jusqu'à ce que j'en devienne dingue à force d'étouffer. J'avais déjà vécu avec un père psychorigide au possible, toujours d'une injustice crasse avec moi, alors j'aurais pu crever de plaisir en me vautrant dans cet antre de la liberté, comme un acte d'héroïsme pur ! Sale gosse qu'il me disait et pour le coup, je prenais ça pour le plus beau de tous les compliments.

L'opinion que mon grand-père pouvait bien avoir de moi ne me contrariait que très modérément. Qu'il me traite de chochotte, de princesse ou autre surnom débile, censé froisser mon orgueil de mâle, c'était chiant évidemment. Et si mon impulsivité colérique me donnait à chaque fois l'envie de lui rétorquer par un coup de boule sans sommation, j'essayais quand même de me modérer. Pour l'instant, il se contentait de me charrier avec ses histoires de pansements pirates mais après ma grande scène du quatre, c'était de bonne guerre. J'inspirai une grosse bouffée de clope en roulant des yeux. En tous cas, il faudrait bien affronter les questions que Colin ne manquerait pas de nous poser quand on rentrerait à l'appart. Je réfléchissais déjà à une histoire bidon à lui inventer quand Andreï m'amena sur le thème douloureux de ma malédiction. Ses conneries m'inspirèrent un regard lourd quand je soufflai doucement ma fumée de clope dans sa gueule. Chacun son tour. Mais de toute façon, ça ne servait à rien que je poursuive la conversation. Je voyais bien à son air niaiseux que mon vieux pervers de papy ne m'écoutait plus, trop occupé qu'il était à mater la poule à moitié nue qui se trémoussait juste devant nous. J'inclinai la tête dans un demi-rictus.

« C'est bon, j'te dérange pas trop ? La vue est belle par là on dirait hum ? »

S'il n'en avait rien à foutre de parler de mes emmerdes, on n'avait qu'à parler des siennes. Moi au moins, je ne risquais pas d'être déconcentré par les gros nibards de ces greluches, c'était l'avantage. J'étais donc totalement à l'écoute de ses explications, le fixant avec un intérêt sincère alors que je détectais une nuance de culpabilité dans ses yeux. Andreï avait l'air complètement paumé, il fixait le vide et sa clope se consumait au bout de ses doigts sans qu'il n'ait l'air de le remarquer. Je ne savais pas trop à quoi m'attendre mais sûrement pas à ce genre de questions… Il me les énonçait une à une, comme s'il pataugeait dans la gadoue et qu'il ne savait par où commencer, ce qui ne faisait qu'attiser ma curiosité sans que je ne le relâche d'un regard attentif. Et même si de son coté, il évitait de me regarder dans les yeux, je m'attachai à capter les siens, inclinant la tête pour venir les cueillir. L'entendre me parler de sa vie amoureuse, c'était carrément une première. J'aurais pu me foutre de lui si le souvenir de ma grand-mère ne m'attristait pas moi même. La façon dont elle avait été tuée, quelques années auparavant, nous avait cruellement mis sous les yeux la nouvelle vérité du monde dans toute son atroce injustice. Je cillai légèrement quand il m'annonça que je tenais de Lara et je lui concédai un demi-sourire.

« C'est la merde partout mec… j'sais bien. » Je tirai une bouffée de clope dans une légère moue. C'était un putain de sujet délicat et je ne sais pas trop ce qu'Andreï attendait comme réponse alors je la lui servis toute crue. « Bah tu connais Roman, le tableau qu'il m'a dressé de toi était plutôt merdique m'enfin... il t'a pas connu. Il a juste essayé de me foutre la trouille en insistant sur le coté sinistre de ton job, comme quoi tu massacrais les gens et que ça n'avait rien d'héroïque. Genre : fais gaffe Mikkel hein, ne va pas l'admirer surtout, et ne deviens pas comme lui. Enfin, tu t'en doute qu'il kiffait pas ton passé… non ? » J'ai presque la sensation d'être un connard en lui répétant tout ça. A la fois, pourquoi j'aurais menti ? Okay, quelque part, ça me foutait mal de mettre en valeur l'angoisse totale de mon paternel à la simple idée que je puisse ressembler à Andreï et mal tourner, comme lui. A quoi ça servait à part lui faire du mal et remuer la merde ? Mais foutre dieu, ce n'était sûrement pas mon job de les aider à se réconcilier. J'en avais rien à cirer qu'ils se détestent, après tout bordel ! Mon père n'était qu'un sale con. Je soupirai avant de poursuivre, manipulant ma clope entre mes doigts. « Bien-sûr, j'ai bien connu mamy. J'allais souvent chez elle quand j'étais gosse ! Elle m'a toujours parlé de toi en bien… Elle me montrait tes photos… elle me  racontait des trucs marrants sur toi, comme quoi t'étais maladroit et que t'avais un humour à la con. » Un sourire s'afficha sur mon visage. « Elle avait pas tort... »

Moi j'aimais bien quand ma grand-mère me parlait de l'Europe. Roman était trop jeune quand ils avaient dû fuir la Russie, il ne s'en souvenait pas vraiment. Je sentais parfois sa peine quand elle me racontait la manière dont mon grand père avait disparu, les laissant seuls et dans le danger. Elle n'avait jamais accablé Andreï de reproches, même si elle me répétait à quel point elle était heureuse avec son second mari. Plus heureuse ? En sécurité en tous cas. Bien-sûr, ça, je le passerais sous silence, inutile de raconter ça à mon pauvre vieux grand-père. Merde… il me faisait de la peine, sincèrement. « En quoi je tiens d'elle… au niveau de sa grande beauté tu veux dire ? J'pensais que je tenais de toi à ce niveau ! » Mon rictus de chacal se mua en ricanement orgueilleux, histoire de ramener un peu de légèreté dans la conversation. Bien-sûr que Lara devait lui manquer, ça avait dû lui faire un fameux choc de savoir qu'elle était morte et puis… de voir des photos d'elle, si âgée, alors qu'il gardait des souvenirs d'une femme de son âge.

Andreï me parlait de retomber amoureux et bien-sûr, j'avais tilté… ce serait donc ça qui le tracasserait en ce moment ? Il aurait des rêves bleus en tête ? En tous cas, si c'était le cas, ça devait pas être une meuf accessible, vu la gueule qu'il tirait. Et à vrai dire, en écoutant la suite de ses paroles, je me disais que notre merdier actuel était déjà bien assez profond pour ne pas en rajouter. Dire que j'essayais de le comprendre et de montrer un peu d'empathie envers ses histoires de cœur… mais quel con. Mon regard se durcit quand il me reprocha à demi-mot de ne pas avoir assuré la défense de Colin. « Ptain. Ça c'est un coup bas. Va te faire foutre, tu sais ? J'ai assuré sa défense, j'ai fait tout ce que j'ai pu…. » Non c'était faux. Je me pinçais les lèvres. Si j'avais maîtrisé mes pouvoirs de skinchanger, j'aurais sans doute été plus fort, j'aurai sans doute pu me débarrasser de ces salauds, sans être obligé d'attendre qu'Andreï vienne nous secourir. Mais j'avais repoussé le chacal, je lui avais craché dessus, j'avais tout fait pour l'ignorer, le neutraliser, l'oublier !! Et si jamais Andy n'avait pas pu être là à temps ? Et si Colin n'avait pas réussi à se sauver ? J'étais à présent maudit depuis quatre mois et je n'avais encore jamais réussi à me transformer de moi-même. J'étais prêt à parier que Andreï trouvait ça pitoyable. Lui, il était si fortiche qu'il devait être un rat de concours en son temps, le genre à jongler avec des boulettes de fromage et à se gausser devant les pièges à souris, dès le premier mois !

En parlant de souris, la serveuse aux gros seins nus faisait les yeux doux au papy en remuant des fesses près de nous. Heureusement pour mon moral, elle revenait en effet avec deux mousseuses imposantes et quand elle déposa la mienne sous mon nez, j'y plongeai sans attendre. Une bonne rasade de bière bien fraîche plus tard, je me sentais plus disposé à répondre au Bourreau des cœurs de manière un peu plus sereine. Est ce que je sentais mes blessures pulser ? « Mouais. Bah on s'en tape de l'argent. C'est ça, entraîne moi. Tant que j'y suis, bordel de merde, autant y aller à fond. Buvons à ça tiens ! Les Ievseï sont des durs, ils chient pas dans leur froc, ils glapissent pas comme des trous du cul ! Cheers. » Putain.

Après avoir englouti en de longues rasades, l'entièreté de ma pinte, quasiment cul sec, je me redressai sur ma chaise, les narines palpitantes, l’œil farouche. J'avais cru péter une durite en l'entendant m'exposer ses plans, vis à vis des mioches. Les sourcils froncés, un renvoi sonore de ma part vint ponctuer sa sentence sinistre. Une guerre ? J'essuyai ma bouche du plat de la main avant de l'asséner sur la table, le poing fermé. «  Y'a pas à mêler les gosses à tout ça, t'es dingue ou quoi ? Non mais… t'es puissant, j'veux dire, t'as défoncé une troupe de gars à toi tout seul y'a moins d'une demie heure ! Tu les as bouffé bordel ! Tu vas réussir à l'étouffer cette guerre, tu sais faire ça non ? » Qu'il me dise que oui ! Je l'interrogeais du regard, tout en rappelant la serveuse en claquant des doigts pour me commander de suite de quoi me noyer dans l'alcool. On s'en foutait qu'elle nous écoute, de toute façon, on parlait en russe entre nous, elle capterait rien. Moi j'étais avide d'entendre la suite. « Tu me parles de Lara mais t'as quelqu'un d'autre de sérieux dans ta vie là, c'est ça que tu cherchais à me dire ? L'amour ça craint, Andy, ça craint un max, tu l'sais. Tripote les miches de cette nana, si ça peut te détendre mais bordel, fais moi un peu confiance pour une fois. C'est quoi exactement ce nouveau merdier où tu t'es mis, explique…  »



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MessageSujet: Re: Death Sentence (Andreï)   Sam 26 Nov - 10:36

Death Sentence

Mikkel & Andreï

Lara ne me l’a jamais reproché ouvertement. En revanche, elle m’a souvent fait comprendre que ce besoin d’affection insatiable qui se traduisait chez moi par une tendance à me laisser hypnotiser par tout ce qui avait des courbes féminines, un peu de poitrine et un regard aguicheur ne lui plaisait pas plus que ça. Mais ça ne m’a jamais fait revoir mon comportement ou seulement lorsqu’on sortait tous les deux en ville et qu’elle menaçait au moindre regard un peu trop insistant de non seulement me castrer, mais en plus de le faire d’une manière exagérément douloureuse. Je laisse mon regard dériver sur la serveuse sans pouvoir m’en empêcher, je me fais happer par sa silhouette sans chercher à en détourner les yeux. Sans plus écouter, non plus, ce que mon fillot peut avoir à me répondre. Plus sexy de couiner que de japper, faire des yeux de chien battu, je délaisse mes insultes pour me perdre dans des pensées aussi primaires que simplistes. « C'est bon, j'te dérange pas trop ? La vue est belle par là on dirait hum ? » Je lui lance un regard noir, en m’avachissant sur le dossier de la chaise, dans un mouvement que je veux le plus désinvolte. Elle s’éloigne, je la suis du regard dans un haussement d’épaule. « Plus belle que ta gueule, ça c’est certain » Je grommelle pour la forme et surtout pour ne pas lui laisser le dernier mot.

Donne moi ton avis d’expert, d’expert de quoi, de métamorphose animale ?  D’infidélité, de connerie, d’assassin ? Je suis expert dans bien trop de domaines, et Mikkel dans si peu, que j’ignore par quoi je suis supposé commencer. Je n’ai pas envie de m’étaler sur le sujet, pour la simple raison que si je suis devenu un expert dans ce que j’étais ce n’est pas parce que j’ai passé ma vie le nez dans un bouquin ou à écouter ce qu’on pouvait me baver sur le sujet. On apprend par l’expérience, on progresse par l’expérience, et à force de se prendre des coups, un jour on finit par les rendre. Et à termes, on en prend de moins en moins, on en rend de plus en plus et on finit même pas en donner gratuitement à son tour. Je me demande si ce ne serait pas ça, le problème de Mikky : il ne s’est pas assez pris de mandale dans la tronche. Comme Roman en son temps. Pas assez de mandale, trop de chouchoutage.

Ce qui fait que me materner doit lui sembler excessivement logique. Sa question, ses remarques, son interprétation de ma situation me prend totalement au dépourvu. T’es pas comme d’habitude. Bien sûr que je ne suis pas comme d’habitude. La question est Pourquoi ?, et je ne suis pas certain de vouloir y répondre. Mes doigts veulent aller écorcher mon omoplate pour dénaturer ce tatouage qui dicte et contrôle ma vie. T’es bizarre. Plus que d’habitude ? Je ne suis pas bizarre. Mon comportement n’a rien d’incohérent, rien d’inexplicable si on connaît tous les éléments que je dois prendre en compte. Ma vie est un carnage, ma vie est un champ de ruines, je suis une décharge et tout le monde suppose que tout va bien dans mon crâne parce que j’ai encore un cœur qui bat dans ma poitrine et une gueule de gamin malgré mes soixante-dix ans. Seulement, c’est faux, seulement, je ne sais plus ce que je dois faire, où je vais, ce que je suis et ce qu’on attend de moi. Je chute de désillusion en désillusion, j’erre de cadavres en cadavres, je respire le coup de putes et j’exsude la trahison par tous les pores de ma peau. Quand il y avait encore la mafia russe à laquelle me raccrocher, ça allait mais depuis… Lara me manque, de plus en plus, dernier vestige dans ma mémoire de rocher auquel me raccrocher. Un rocher qui a volé en éclat bien avant que je ne puisse la revoir, la serrer dans mes bras et effleurer sa joue. « C'est la merde partout mec… j'sais bien. » Lara me manque, son souvenir s’étiole, j’ai besoin de le raffermir, j’ai besoin d’en parler, j’ai besoin d’arrêter de réfléchir parce que j’ai jamais été très doué pour ça.

« Bah tu connais Roman, le tableau qu'il m'a dressé de toi était plutôt merdique m'enfin... il t'a pas connu. Il a juste essayé de me foutre la trouille en insistant sur le coté sinistre de ton job, comme quoi tu massacrais les gens et que ça n'avait rien d'héroïque. Genre : fais gaffe Mikkel hein, ne va pas l'admirer surtout, et ne deviens pas comme lui. Enfin, tu t'en doutes qu'il kiffait pas ton passé… non ? » Je continue de fixer Mikkel sans trop d’autre expression sur la gueule qu’une infinie détresse désabusée. « J’ai jamais massacré de personne. Mes cibles étaient toujours bien définies, et… » Je cherche des excuses pour me défendre d’accusations portées à juste titre à mon encontre par ma propre progéniture. C’est lamentable. « Bien-sûr, j'ai bien connu mamy. J'allais souvent chez elle quand j'étais gosse ! Elle m'a toujours parlé de toi en bien… Elle me montrait tes photos… elle me  racontait des trucs marrants sur toi, comme quoi t'étais maladroit et que t'avais un humour à la con. Elle avait pas tort... » Je souris. J’entendrais presque l’accent de Lara raconter ça, poursuivre en anecdotes, s’étendre en railleries à mon encontre que je n’ai jamais pu mal prendre tant elles étaient toutes plus justifiées les unes que les autres. Je pioche dans ma poche une nouvelle clope, que j’allume sans plus tarder pour m’occuper les mains. J’ai envie de retrouver Lara, plus que jamais à cet instant. La mort est tout de même une sacrée pute, quand on y pense. Un aller simple et définitif dans une dimension à laquelle je n’ai pas accès tout en me laissant ici, seul, effroyablement seul et démuni au milieu de ma descendance.

Elle me manque pas mal, un aveu qui jaillit sans crier gare, à la première pensée que j’ai en direction de Seraphina, une harpie qui risque un peu trop de se transformer en rédemption. Elle, Lara, encore Lara, comme un bouclier formé d’une fidélité qui aura mis bien des années à éclore. Je la retrouve dans Lizzie, bien évidemment, je la retrouve dans Colin, je la retrouve dans les yeux de Roman, dans l’attitude de Roman, dans la droiture de Roman, aussi, mais je la retrouve inexplicablement dans mon petit-fils qui est devant moi. Il tient d’elle, c’est indéniable, même si je minimise comme je peux cette ressemblance. « En quoi je tiens d'elle… au niveau de sa grande beauté tu veux dire ? J'pensais que je tenais de toi à ce niveau ! » J’ai un sourire, discret ; pas vraiment la tête à ça. « Je sais pas, j’te dis, je la vois partout, c’est… tu as son humour, tu as sa manière de parler, tu as un peu de sa silhouette. » Je finis par hausser les épaules avant d’éviter son regard et de changer brutalement de sujet de discussion.

On a traité de ma bizarrerie du moment, traitons maintenant de ce qu’il vient de se passer. Et de ses questions précédentes que j’avais esquivées sans plus attendre. Je me cache derrière ces questions, je me cache derrière une violence que je projette devant moi pour faire écran de fumée. Je me cache, aussi, derrière une certitude : je n’ai aucune raison d’être là, sans Lara, sans KGB, sans mafia russe à laquelle me raccrocher. La seule chose qui puisse justifier ma présence, c’est indirectement Mikkel, qui me ressemble bien trop, et le reste de ma famille. La descendance d’un assassin, qui lui-même descendait d’un violeur : notre sang charrie une odeur rance de pourriture. « Ptain. Ça c'est un coup bas. Va te faire foutre, tu sais ? J'ai assuré sa défense, j'ai fait tout ce que j'ai pu…. » J’arque un sourcil. « Crois c’que tu veux, ça chang’ra rien. » Ca ne changera rien ni à la situation, ni à ma nouvelle détermination.

Cette fois, j’ignore la serveuse, en fixant Mikkel avec intensité. L’ombre de Lara est posée sur mes épaules, je la sens même prête à me foutre un coup de genou astral dans les parties au moindre regard de travers. En parler a ravivé son souvenir à mon esprit malmené par un sorcier, dans lequel les pensées deviennent réalité, les menaces tangibles et le surnaturel une constante présence. Je réceptionne la pinte sans en avaler une gorgée, trop occupé à inspirer une bouffée de nicotine et à finir par la faire, la conférence qu’il me réclamait. Les blessures à l’argent sont caractéristiques et reconnaissables, parce que la régénération naturelle des métas est bloquée par le métal. Une pulsation, c’est toujours comme ça que je l’ai ressentie. Une pulsation, un combat entre ma nature et l’agresseur, pour savoir qui allait l’emporter sur l’autre. « Mouais. Bah on s'en tape de l'argent. C'est ça, entraîne moi. Tant que j'y suis, bordel de merde, autant y aller à fond. Buvons à ça tiens ! Les Ievseï sont des durs, ils chient pas dans leur froc, ils glapissent pas comme des trous du cul ! Cheers. » Je me prête au jeu, sans parvenir à déterminer s’il est en train de se foutre de ma tronche ou d’être d’accord avec moi. «  Y'a pas à mêler les gosses à tout ça, t'es dingue ou quoi ? Non mais… t'es puissant, j'veux dire, t'as défoncé une troupe de gars à toi tout seul y'a moins d'une demie heure ! Tu les as bouffé bordel ! Tu vas réussir à l'étouffer cette guerre, tu sais faire ça non ? Tu me parles de Lara mais t'as quelqu'un d'autre de sérieux dans ta vie là, c'est ça que tu cherchais à me dire ? L'amour ça craint, Andy, ça craint un max, tu l'sais. Tripote les miches de cette nana, si ça peut te détendre mais bordel, fais moi un peu confiance pour une fois. C'est quoi exactement ce nouveau merdier où tu t'es mis, explique…  » J’inspire à fond.

« Je suis sérieux, putain, gamin ! Tu m’demandes pourquoi je suis bizarre, pourquoi je fais des trucs chelous ? Mais tu ne vois pas ? Vous êtes des larves et des lopettes, je ne sais pas comment vous avez pu survivre jusque là,… » peut être parce qu’ils se sont abstenus de se mettre toutes les mafias à dos, «,… mais quand je parle d’entraîner les gosses, c’est pas une option. Je sais pas si tu vois le problème, mais tu es une machine à tuer, là. Tu es devenu une machine à tuer, et écoute moi bien, Mikkel : le mec ou la meuf qui t’a foutu en l’air, s’il le décide, il peut te contraindre à tous nous égorger. Tu es sa marionnette, tout comme tu es la foutue marionnette de ton putain de chacal. Parce que je serai pas toujours là pour vous sauver la mise, merde. » Il n’y a aucune logique à mon brutal emportement, aucune logique autre que celle d’un aveuglement subit, juste parce qu’on a parlé d’amour et que, putain, c’est ridicule. Et que tout comme j’ai perdu mon libre-arbitre à l’instant où on m’a transformé en animal, et que ce libre-arbitre, je ne l’ai toujours pas retrouvé, et bien de la même manière, Mikkel est sur la brèche.

Je n’y avais pas pensé avant.
« Il n’y a personne d’autre de sérieux dans ma vie, personne tout court. Il y a juste des putains d’allégeance que je ne suis pas capable de briser, et des allégeances encore plus vicieuses qu’avant. » Je refuse d’être amoureux de Seraphina, je refuse obstinément de ployer sous le joug d’un syndrome de Stockholm dénaturé, je refuse obstinément de remplacer Lara d’une quelconque manière et je refuse d’être doublement sous le contrôle d’une petite gourdasse du Gouvernement. C’est quoi exactement ce nouveau merdier où tu t’es mis. « J’ai les mains liées, fillot. J’ai les mains totalement enchaînées de partout. Tu sais pourquoi j’suis jamais revenu de mission ? Parce que mon putain de créateur s’est fait abattre, parce que j’étais coincé sous la peau d’un rat. Et tu sais pourquoi je suis parti en mission ? Parce qu’il a menacé d’abattre Lara et Roman, et qu’il les a torturés sous mes yeux. Maintenant, imagine le potentiel d’un combo créateur-Lara, dans mon crâne ? Tu m’as demandé pourquoi j’étais distrait ? » Je suis sérieux, extrêmement sérieux. « Parce que j’ai la trouille, Mikkel. J’ai la trouille de ce qui va arriver, si vous êtes pas capable de vous défendre. J’ai la trouille de voir qu’on peut m’ordonner de tous vous égorger et de savoir que je serai incapable de désobéir. Et j’ai la trouille de me rendre compte qu’une simple cruche peut faire ce qu’elle veut avec moi parce qu’elle combine mes deux plus importantes faiblesses. »

Non. Pas mes deux plus importantes faiblesses : deux de mes faiblesses. Parce qu’il y a Mikkel, aussi, a qui je viens de tout déballer sans y penser, parce que je ne peux pas garder pour moi le cyclone qui me broie les tempes et me rend totalement inopérant. Parce qu’en lui faisant confiance, je m’expose totalement. Et que maintenant, lui aussi il a une emprise sur moi.

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MessageSujet: Re: Death Sentence (Andreï)   Mer 14 Déc - 20:47


« Death Sentence »

Andreï & Mikkel
featuring

Les répliques brutasses de mon grand-père ne motivaient que des rictus cyniques sur ma face, sans que je ne sois dupe pour autant de cette désinvolture qu'il se plaisait à afficher. Pour ma part, je ne savais pas trop sur quel pied danser avec lui et j'essayais de m'adapter à ce que je pensais qu'il attendait de moi, dans une souplesse naturelle, attentif aux moindres de ses paroles ou de ses gestes. J'ignorais ce qu'il voulait que je lui dise au sujet de Roman, alors que mon paternel et moi-même, on ne communiquait que par le biais d'engueulades ou de provocations. On ne pouvait pas dire que j'étais le mieux placé pour lui dire ce que Roman avait dans l'esprit…  Nos conversations se tenaient toujours sur le fil du rasoir, prêtes à sombrer dans des disputes plus ou moins violentes selon les humeurs et elles n'avaient rien à voir avec des confidences entre un père et un fils... Sourde douleur qui ne me quittait jamais et sur laquelle je n'avais pas envie de me pencher. En tous cas, si j'en croyais les réparties d'Andreï, il n'avait jamais massacré de personnes et ses victimes étaient apparemment des cibles bien définies. Est-ce qu'il disait vrai ? Je haussais les épaules, reprenant d'un ton prudent, le surveillant du regard. « Il m'a dit qu'il venait juste d'apprendre ce que tu faisais dans ton passé… ça a dû lui foutre un choc. M'enfin, il a toujours tendance à partir sur ses grands chevaux quand il me cause, il a sans doute exagéré. J'sais pas. Moi, j'en savais rien non plus de tes activités, Mamy est toujours restée évasive sur le sujet. Je l'ai su quand tu m'en as parlé et j'aurais rien dit à Roman, j'ai appris que tu l'avais mis au courant y'a pas très longtemps… Comment ça s'est passé d'ailleurs, il a mal réagi ? »

J'inspirai une bouffée de clope songeusement, me remémorant tous les souvenirs du passé avec Lara, au temps on on vivait encore à New-York, avant que le monde ne se transforme en cauchemar géant et que tout ne finisse par devenir chaotique. Je me doutais bien qu'elle lui manquait et je conservais un léger sourire, sans excès d'apitoiement  parce que je savais qu'il n'apprécierait pas. C'était pas trop le genre de mec à aimer parler de ses sentiments. Un peu comme moi en somme. Dans un sens on se ressemblait sur bien des points. Mais ce n'était pas parce qu'on n'en parlait pas qu'on n'en possédait pas, bien au contraire. Et à qui aurait-il bien pu parler de Lara à part avec moi ? Lizzie et Colin étaient trop jeunes et Roman… on ne savait tout simplement pas discuter avec lui. Je soufflai doucement la fumée, heureux malgré tout de ce qu'il me disait sur ma ressemblance avec Lara, c'était plutôt une fierté parce que j'aimais beaucoup ma grand-mère et à moi aussi, elle me manquait, évidemment. Même si je me focalisais sur les vivants, sur mon frère et ma sœur qui avaient perdu successivement leur grand-mère et leur propre mère. Nous n'avions plus aucune figure maternelle dans la famille mais même si leur absence avait creusé un gouffre en moi, je devais prétendre que ça ne m'atteignait pas, c'était ainsi.

Pourtant, les accusations d'Andreï me soufflèrent et c'est ma propre culpabilité qui s'éveilla quand j’essayais de me défendre. Il était persuadé que je n'étais pas capable d'assurer la défense de Colin et je me sentis piqué à vif, aussi blessé que vexé par ses affirmations. Je me sentais perdu dans une tornade et quand je tentais de reprendre le contrôle, de me façonner l'image du petit-fils courageux et fort qu'il aurait fallu que je sois, je ne pouvais pas faire autrement que de dériver dans les sarcasmes. Non pas que j'étais en désaccord avec lui, pas vraiment, je pensais ce que je disais. J'aurais voulu oublier ma peur, me débarrasser de mes angoisses de ne pas être à la hauteur ! Mais j'avais beau essayer de me convaincre, de faire le fanfaron devant Andreï pour attiser autre chose que son mépris pour une fois, ça me paraissait presque foutu d'avance. Preuve en était de sa tirade suivante qui me fit me raidir, les poings serrés à ces nouveaux reproches cinglants, qui sortaient avec tellement d'intensité et de violence dans sa bouche qu'ils me choquèrent assez pour me priver de voix pendant un moment. Assez pour le laisser aller jusqu'au bout sans l'interrompre, la honte et la colère se bataillant dans mes entrailles pour prendre le dessus dans une déferlante de douleur et de nausée. Mon écœurement connu son apogée quand il évoqua ma malédiction qui faisait de moi une machine à tuer. Cette expression m'inspira un haut le cœur alors que mes joues s'empourpraient légèrement, baissant les yeux dans une grimace. Ces avertissements suivants me firent tressaillir et j'abandonnais ma cigarette dans le cendrier face à moi pour me frotter le visage de mes paumes, comme pour chasser cet écrasant malaise qui me tombait dessus à ces annonces.

J'éludais les saloperies qu'il m'avait balancée à la gueule pour me centrer sur le problème qu'il me crachait si brutalement, lui lançant un regard paumé en secouant un peu la tête. « Une marionnette, bordel de merde… J'veux pas devenir une putain de machine à tuer, non ! J'ai pris des médoc pour essayer d'empêcher ça, de revenir en arrière… je devrais peut-être tenter le coup encore. » Même si j'avais failli en crever. Mais Isak devait bien avoir ces foutues pilules miracles en stock, de celles qui garantissaient de redevenir des humains normaux ! Et si ça n'avait juste servi qu'à me rendre malade comme un chien la dernière fois, peut-être qu'ils avaient fait des progrès, peut-être que je pourrais guérir cette fois !

Je soupirai, posant mes coudes sur la table en réfléchissant désespérément. « J'suis même pas sûr de l'identité du mec qui m'a fait ça. J'étais un peu… défoncé ce jour là. Mais j'crois bien que c'est un de ces sales type du gouvernement. J'ai qu'un rêve pour preuve mais j'pense que j'me suis fais choper par un ministre. T'en penses quoi, ça pue ou quoi ? » Je me rendais bien compte que ça avait l'air con ce que je racontais et je renfonçais ma tête dans mes épaules, comme si je m'attendais à ce qu'Andreî me foute une trempe. En tous les cas, il avait l'air sacrément paumé lui-même, assez embourbé dans ses idées noires pour répondre à mes questions sur sa vie amoureuse avec un accent de sincérité. J'écoutais ses explications, le front plissé et le regard attentif, mes bras posés sur la table, sans même plus toucher à ma bière. Avec tout ça, j'avais oublié que lui-même n'appréciait plus les nourritures ou les boissons des humains, quelle misère… Ce que j'avais en face de moi, cet homme d'apparence jeune mais à la mémoire si ancienne, n'avait plus qu'un sang noir et visqueux dans les veines. Voilà ce que nous étions tous les deux, des êtres maudits. Et il me parlait d'allégeances vicieuses qu'il ne pouvait pas briser, me faisant ressentir avec effroi le désespoir qui se dégageait de ses paroles quand il me disait que ses mains étaient liées. Alors, ce n'était pas des histoires de cœur ?

Je le questionnai dans un souffle, scrutant ses prunelles. « Mais quelles allégeances ? Pourquoi… ? » Il me parlait de sa mission et je secouais négativement la tête à ses questions avant qu'il ne me parle de son créateur. Non je ne savais rien de tout ça et je frémis en l'entendant parler de tortures. « Que… quoi ? Lara et Roman ont été torturés… ? » Je secouais la tête encore une fois, perdu par ce qu'il m'apprenait. « J'comprend pas... » Non je ne pigeais rien mais son ton et son expression étaient si sérieux que je flippais grave, des frissons glacés courant sur ma colonne alors que j'oubliais la colère qu'il m'avait inspiré quelques minutes auparavant pour me concentrer sur ces menaces qui hérissaient tout les poils de mon corps. Si Andreï, lui, le mec intrépide sans peur ni reproches, le héros tout puissant, me disait qu'il avait la trouille, alors on était cuits. J'écarquillai les yeux en l'entendant prononcer la suite, incapable de rétorquer quoique ce soit sur le moment, jusqu'à ce que j'intègre toutes les horribles prédictions qu'il venait de m'asséner. Je n'arrivais pas à croire à ce qu'il m'annonçait et je bafouillais un moment avant de me reprendre, essayant de raisonner en gardant mon sang froid. L'avantage d'être insouciant, c'était que je ne prenais rien au sérieux, ou pas grand chose. J'avais donc tendance tout naturellement à estimer qu'il exagérait, ce qui m'aidait à me rassurer un tant soit peu.

« Putain… okay attend, non mais… c'est pas possible ça, t'es plus un rat maintenant, pourquoi tu serais encore soumis à ce genre de trucs ? Et ton créateur, j'pensais qu'il était mort ? C'est qui exactement cette cruche dont tu parles ? Il doit y avoir un moyen de contrôler ça, tu vas pas égorger ta famille, merde, c'est pas possible hein. Et moi non plus d'ailleurs... comment ça fonctionne tout ça, on ne sait vraiment pas lutter contre ? » J'en savais si peu sur la malédiction qui me touchait, à force de faire comme si elle n’existait pas, de renier le chacal, j'étais bien trop ignorant et je m'en rendais durement compte. J'inspirais profondément avant de me frotter le front. « Et genre… c'est ça qui te fait peur, qu'on soit pas capable de se défendre contre… contre toi ? » Pour le coup, je ramassai son verre qu'il n'avait pas touché pour en descendre une lampée, histoire de me remettre les idées en place. Sans grand succès. Si j'étais d'accord pour faire l'effort de m'entraîner un peu, même si le fait d'assumer cette horrible malédiction me dégouttait tout autant qu'elle attisait une angoisse sourde en moi, là c'était autre chose. Parce qu'il était bien évidemment hors de question que je m'imagine une seule seconde en train de me bagarrer avec lui. Et encore quoi ? « Ecoute, j'ai bien pigé que je… que tu nous vois comme des larves, des lopettes et… merde. Tu cherches à faire quoi là, à me pousser à bout ? Parce que t'as beau être un sale connard de vieux grippe-soul doublé d'un espèce de rat à moitié crevard, tu restes mon grand-père et j'ai aucune envie de me battre avec toi ! Pas moyen donc tu oublies. On va faire autrement et trouver un moyen de nous protéger. Genre… en s'associant à des mafias ? En formant la nôtre... Mais sans Lizzie et Colin. Tant qu'on peut éviter de foutre les gamins dans ce merdier... j'veux leur éviter ça. » Je réfléchissais tout haut mais le but évident c'était qu'on reste soudés car en dépit de nos oppositions et de nos différences, je savais qu'Andreï partageait les mêmes valeurs familiales que moi.



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MessageSujet: Re: Death Sentence (Andreï)   Sam 31 Déc - 21:51

Death Sentence

Mikkel & Andreï

« Comment ça s'est passé d'ailleurs, il a mal réagi ? » Mon fils ne me connaît pas. S’il a un jour cru me connaître, il a désormais la preuve indéniable que je ne ressemble en rien à l’image qu’il a pu un jour se forger de moi-même, l’image d’un père potentiellement respectable, d’un patriote, d’un homme d’honneur ou que sais-je encore, d’un héros ? Roman est tout mon contraire sur bien des plans, à commencer par son rapport à la légalité. Je tue, il sauve ; je provoque, il tempère ; j’abandonne, il protège. Et, pire que tout : je suis absent et lui présent. S’il a mal réagi en ouvrant le placard et en découvrant les centaines de cadavres entassés à l’intérieur ? S’il a mal réagi en soulevant le tapis et en mettant les pieds dans une flaque de sang encore humide et quelques billets troqués contre des vies ? « Il a pas trop apprécié le concept. » C’est le moins qu’on puisse dire, après tout. D’un côté, à une époque, j’aurais aimé qu’il ait autre chose qu’un assassin pour père, mon Roman. Mon propre père est un violeur, mon propre père est un meurtrier, mon propre père est une engeance de démon couplé à un connard sans identité autre que Lucifer. D’un côté, à une époque, je voulais offrir à mon fils ce que moi, je n’avais jamais eu. Un peu de fierté. Mais d’un autre côté… la vie est une garce, et je suis toujours un assassin. Qui n’a jamais massacré personne, juste éliminé des cibles au choix et abattus quelques otages gênants, tout en passant parfois par la case torture lorsque mes ordres le stipulaient. Je suis un outil, pas un psychopathe. Je suis une arme, pas un sociopathe. Et je suis aussi les fragments brisés d’un portrait que Lara a dû dépeindre à bien des gens, à commencer par Roman et ses foutus gosses. Le portrait d’un homme maladroit, avec un humour particulier…

J’inspire un peu de nicotine dans une clope en fin de vie. Remuer les cendres d’un passé consumé n’est pas vraiment quelque chose à faire. C’est sûr. Il y a quelque chose de bizarre dans la tournure que prend notre conversation. Il y a une trentaine de minutes, Mikkel se faisait tabasser, et maintenant il me pose des questions sur ma santé mentale du moment. Et moi je lui en pose sur des sujets qu’on n’a jamais dû vraiment prendre le temps d’aborder depuis que j’ai retrouvé ma descendance. Pourtant, c’est une vraie question, une vraie interrogation que tout ça. Un vrai souci. Roman ne m’a pas connu. Le seul lien entre lui et moi, entre moi et lui, entre le père et le fils, c’est sa mère, c’est ma femme, c’est Lara qui a vieilli, trahi, et qui est morte maintenant. Une Lara que je ne connais plus, un fils que je ne connais pas. Un petit-fils que j’apprends à connaître. Je me protège, en posant ces questions et en ne répondant qu’à moitié à celles que m’assène Mikkel. Je me protège, j’agresse aussi. Ma vulnérabilité est un ulcère, et même si le rat est mort, il sait encore couiner et montrer suffisamment les crocs pour faire tourner la balance et accuser l’incapacité ridicule et presque dangereuse de Mikkel à servir à quelque chose. L’entraîner, peut-être. Le pousser à exploiter son chacal, bien sûr. Le remettre à sa place en lui faisant comprendre que d’une, je ne serai pas toujours là pour les protéger et leur sauver la mise, et que de deux : non seulement je suis un danger constant pour les Ievseï mais que lui aussi, de par sa condition de foutue créature asservie à une seule personne.  Entraîner les deux mioches, ce n’est pas une option. Clairement pas. Et surtout pas depuis ce soir. « Une marionnette, bordel de merde… J'veux pas devenir une putain de machine à tuer, non ! J'ai pris des médocs pour essayer d'empêcher ça, de revenir en arrière… je devrais peut-être tenter le coup encore. » Je secoue la tête, en crachant mon mépris face à une quelconque médication. « Chougne pas. Et on ne peut pas revenir en arrière : une fois la transformation faite, j’crois qu’il y a qu’une solution pour corriger le tir : devenir moi. » Et encore : je suis certain d’être encore sous la coupe de mon sorcier, certain que si je le recroise un jour, son influence sur moi sera la même qu’avant. Les soupirs de Mikkel pourraient m’apitoyer, me pousser à compatir et à lui tapoter l’épaule en lui disant t’en fais pas, ça va aller, si je n’étais pas moi. Là, tout ce que j’ai envie de faire, c’est de lui balancer ce qu’il reste de ma bière à la tronche ou lui balancer juste mon poing, pour faire simple. On ne m’apprivoise pas avec des soupirs.

« J'suis même pas sûr de l'identité du mec qui m'a fait ça. J'étais un peu… défoncé ce jour-là. Mais j'crois bien que c'est un de ces sales type du gouvernement. J'ai qu'un rêve pour preuve mais j'pense que j'me suis fait choper par un ministre. T'en penses quoi, ça pue ou quoi ? » Il enfonce sa tête entre les épaules, j’ai le visage de mon propre sorcier qui s’impose à mes rétines. Si ça pue ? « On est encore plus dans la merde que prévu. » Et encore, je reste gentil. Ça pue. Autant pour lui que pour moi. Je me rends compte à cet instant que ma dernière connerie en date, à savoir ne pas tuer les bonnes personnes au bon moment, n’est qu’une merde de plus sur un tas aussi haut que le Government Building d’emmerdes qui vont nous tomber dessus à un moment ou à un autre. On est des Ievseï, on sait encaisser, on sait riposter, mais avec deux machines à tuer sur un effectif de cinq, si nos sorciers respectifs se mettent en tête de récupérer leurs jouets… finalement, il n’y a rien d’autres que des putains d’allégeances dans ma vie. Des allégeances qui peuvent tout détruire, détruire tout ce qu’il me reste.

Mes aveux surgissent, sans que je n’y prenne garde. J’ai les mains liées. Et un poids sur la poitrine. Si Mikkel ne comprend pas encore à quel point notre situation pue, il va bientôt en avoir une idée assez claire. « Que… quoi ? Lara et Roman ont été torturés… ? J'comprends pas... » Normal qu’il ne comprenne rien : mes propos n’ont aucun sens puisqu’ils ne suivent aucune pensée cohérente. C’est un amas d’informations, c’est un amas de douleur, un amas de regrets, un amas de confession que je lui balance à la tronche sans même prendre la peine de les organiser voire de trier un peu. J’ai les mains liées par ma connerie, par mon incapacité à séparer et dissocier tous ces éléments qui se mélangent dans ma caboche d’idiot. J’ai les mains liées, et j’ai transmis toutes mes chaînes aux autres Ievseï. Et je ne peux même pas dire que c’était totalement inconscient. J’ai la trouille. En voilà une belle vérité lâchée au milieu de ce flot d’ordures. Aucun mensonge dans le lot, mais un aveu bien sincère se détache. J’ai la trouille. Et je n’arrive pas encore à savoir ce qui me fait le plus peur entre être un jouet dans les mains de Seraphina, dans celles de mon créateur ou voir mon propre fillot devenir une marionnette entre les mains d’un taré.

« Putain… okay attend, non mais… c'est pas possible ça, t'es plus un rat maintenant, pourquoi tu serais encore soumis à ce genre de trucs ? Et ton créateur, j'pensais qu'il était mort ? C'est qui exactement cette cruche dont tu parles ? Il doit y avoir un moyen de contrôler ça, tu vas pas égorger ta famille, merde, c'est pas possible hein. Et moi non plus d'ailleurs... comment ça fonctionne tout ça, on ne sait vraiment pas lutter contre ? Et genre… c'est ça qui te fait peur, qu'on soit pas capable de se défendre contre… contre toi ? » En l’écoutant, je me rends compte qu’il est vraiment pas aidé, comme gosse. Qu’il ne sait rien. Vraiment rien sur rien. Et que s’il ne sait rien, c’est en partie parce que j’ai été suffisamment débile pour ne rien lui apprendre sur sa nature, et sur ce qu’il est devenu. Moi, à sa place, j’avais mon créateur pour professeur, j’avais mon créateur pour me faire comprendre l’obéissance en me lacérant l’esprit et le corps juste pour s’amuser, juste pour se distraire, juste pour m’imposer des piqûres de rappel complètement superflues. « Je suis plus un rat, mais honnêtement, j’ai pas envie de tenter le sort. Qu’est-ce qu’on en sait, au juste, qu’il aura plus sur moi son influence ? » Je me penche sur la table, en ignorant sa main venir se servir dans mon verre encore rempli. « Mikkel, écoute-moi bien : si un jour tu croises le mec qui t’a foutu en l’air : tu cours. Direct. Parce que ouais, Lara et Roman ont été torturés, mais c’est clairement pas le pire que ces mecs-là puissent faire. Putain, je pensais que tu l’savais ça… » Le rat me chuchote un sarcastique et comment il aurait pu le savoir ? que je préfère ignorer pour le moment. « Et sinon, ouais, il y a encore plein d’autres moyens de soumettre un homme. Si un jour on me demande de vous massacrer, au mieux tu retrouveras mon cadavre éparpillé façon puzzle dans la ville, au pire ce seront vos cadavres qui redécoreront le macadam. » En toute modestie. Je soupire en me laissant aller contre le dossier du siège. Mes doigts tapotent sur la table, à la recherche d’une occupation. La discussion a vraiment pris une tournure inqualifiable mais clairement pas agréable.

« Ecoute, j'ai bien pigé que je… que tu nous vois comme des larves, des lopettes et… merde. Tu cherches à faire quoi là, à me pousser à bout ? Parce que t'as beau être un sale connard de vieux grippe-sou doublé d'une espèce de rat à moitié crevard, tu restes mon grand-père et j'ai aucune envie de me battre avec toi ! Pas moyen donc tu oublies. On va faire autrement et trouver un moyen de nous protéger. Genre… en s'associant à des mafias ? En formant la nôtre... Mais sans Lizzie et Colin. Tant qu'on peut éviter de foutre les gamins dans ce merdier... j'veux leur éviter ça. » Je lui lance un regard noir. Connard, Crevard, Grippe-sou, il n’y va pas de main morte au niveau des qualificatifs, mais en soi, je ne peux même pas l’accuser d’exagérer. Je les mérite tous et j’en mérite aussi bien d’autres, et pas des aussi gentils et softs. « T’es d’mon sang, minus. Et Roman aussi. J’ai pas envie de me battre contre toi non plus. » Que les choses soient bien claires entre lui et moi. « On est un clan, tous les cinq. Le clan Ievseï. J’aime bien ton idée de faire notre propre mafia. Ça évite les trahisons. » Et comme je me suis mis à dos plus ou moins la moitié des mafias qui existent dans la ville, il vaut mieux pour le coup faire cavalier seul là-dessus. Je pense. « Bien sûr que je veux te pousser à bout, Mikky. Je veux te faire rentrer trois trucs clés dans ta caboche, que ton paternel ne semble pas vraiment intégrer pour le moment. De un : » Je prends une pause, pour organiser mes pensées pour une fois. « à un moment donné, tout va péter. Que ça vienne de moi, de toi, ou d’un karma foireux, à un moment, tous les Ievseï vont s’en prendre plein la gueule. Même la gentille et mignonne petite Lizzie. De deux… à ce moment-là, je pourrais pas buter tout le monde. Et personne d’autre qu’un Ievseï ne bougera le petit doigt pour sauver nos peaux. Donc faudra que tous les Ievseï se sortent les doigts du fion et fassent exploser des cervelles. De trois… toi et moi, on est clairement les plus puissants du lot. Mais on est aussi clairement les deux grenades dégoupillées qu’on a jetées au milieu d’un baril de poudre. » Et ça, je l’ai un peu oublié, ou du moins j’ai un peu pensé qu’à ma gueule, mais on n’a plus intérêt à l’ôter une seule seconde de l’équation. « Je sais que ça te plait pas, j’vois plus ou moins pourquoi, mais les mioches sont déjà dans la merde jusqu’au cou. A partir du moment où on a merdé, toi et moi. » Je lève les mains, pour lui montrer que je suis ouvert à toutes les propositions, lorsque je rajoute pour conclure : « Après, si tu veux, on leur en parle pas, on essaye de gérer ça tout seul. Mais si tu retrouves un jour la jambe de Colin au pied de l’Adventist Hospital, et le reste de son corps dans le fleuve, t’auras pas à venir t’en prendre à moi. »

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MessageSujet: Re: Death Sentence (Andreï)   Jeu 2 Fév - 17:54


« Death Sentence »

Andreï & Mikkel
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Les réponses évasives d'Andreï concernant la réaction de mon père m'inspirèrent une moue blasée. Les problèmes de communication dans la famille ne dataient pas d'hier, et j'étais bien placé pour le savoir, mais si ça me consternait, je ne faisais rien pour arranger les choses. Bien au contraire, parce que là encore, ça me saoulait tellement que j'avais bien envie de les envoyer chier tous les deux, foutant père et grand-père dans le même panier. J'observais ma cigarette se consumer dans le cendrier face à moi, les yeux un peu hagards, trop bouleversé pour me soucier du mépris qui imprégnait encore ces mots russes, servis par mon impitoyable aïeul. Les médocs que j'avais pris étaient sans doute une belle saloperie mais j'avais envie de m'accrocher à l'espoir qu'il existe une issue, un remède, un plan de secours pour ne pas devenir une machine à tuer ! Un glapissement m'échappa malgré moi, suite à la solution qu'il me balançait, dans une grimace impulsive de ma part. Devenir lui ? Putain de merde, si c'était ça le seul moyen de sortir de ma propre malédiction, ce serait encore plus dégueulasse. Ma voix roula gravement au fond de ma gorge. « T'es sinistre, papy, tu l'savais ? » Je soupirai en arquant un sourcil. «  Te vexe pas hein, j'te jure que ça aurait été un honneur de devenir comme toi. Mais malheureusement, j'ai aucun zombie parmi mes relations, dommage !» Je balayai mes conneries d'un geste vague de la main avant de secouer la tête.

Évidemment, on était enfoncés dans une sacrée bourbe, bien puante avec ça et bien poisseuse, le genre à s'accrocher au point de nous piéger à mort. Mais mieux valait qu'on se tienne au courant, même si c'était pas la conversation la plus réjouissante qu'on ait pu avoir depuis qu'on se connaissait. Il fallait dire qu'on prenait rarement le temps de bavasser, mon grand-père et moi, comme si ça avait été une faiblesse de se laisser aller à trop se faire de confidences. On se disait les info minimales et basta. Mais ce qu'il me révélait ce soir était d'autant plus déconcertant et entre autres, ses histoires d'influence des sorciers sur leurs skinchangers me dépassaient totalement. Je dodelinai de la tête à ses réponses où planait l'ombre du doute, dans un soupir frustré. Pour ma part, je ne comprenais toujours rien aux allégeances dont il parlait et tout ça se mélangeait dans mon esprit pour créer une foutue mélasse. Qu'est ce qu'on en savait sur ces putain d'influence ? Mais rien bordel, absolument rien. Et donc quoi ? Qu'est ce qu'on devait faire maintenant ? Il m'avait dit qu'il avait la trouille et bordel, j'aurais aimé être capable de trouver la réponse pour le rassurer, mais au lieu de ça, je me retrouvais à ne lui offrir que mon ignorance. Parce qu'à part être méfiant en permanence jusqu'à frôler la paranoïa, je ne voyais pas comment nous protéger de ces dangers invisibles qui planaient autour de nous. Des dangers venant de nos ennemis mais également de nous-même et de nos propres natures.

Quand il se rapprocha de moi pour me prodiguer ses précieux conseils, je manquai de m'étrangler avec ma bière. Courir ? Pour un peu, je lui aurait ri au nez nerveusement. S'il y avait bien une chose dans laquelle j'étais doué, c'était de m'enfuir à toutes jambes.  « Personne ne me bat jamais à la course, pas même un foutu sorcier vicelard et obsédé d'allégeances à la con ! » Je laissai retomber le verre que je lui avais piqué, le délaissant sur la table en m'essuyant consciencieusement la bouche contre ma manche, les yeux fermés pendant quelques secondes. Il faudrait que j'aille le trouver ce salaud de Liam Wiggins et savoir ce que je risquais en l'affrontant en face à face. Je n'aurais jamais la patience d'attendre qu'il me tombe sur le râble par surprise un beau jour. Mais ce n'était pas la peine de faire part à Andreï de mes intentions alors que je n'étais même pas certain moi-même de la manière dont je m'y prendrais, je verrais ça plus tard. En attendant, il n'aurait qu'à se persuader que je lui obéirais en courant à toutes jambes, comme un brave petit Forest Gump. Cours Mikkel, cours ! Non, je n'avais pas envie de rire. Lara et Roman torturés... cette annonce me restait collée dans la tête comme un mauvais rêve, je n'imaginais pas qu'ils aient pu souffrir autant dans leur passé, surtout pas mon père, qui avait toujours mené une vie si droite et sage. « Ils m'ont jamais rien dit là dessus... et toi, à part grommeler de temps en temps entre tes dents, on peut pas dire que tu sois bavard. » Surtout pas sur son passé.  A croire qu'on collectionnait les secrets de famille chez les Ievseï, ça devait être une spécialité.

Je roulais un peu des yeux, écrasé par le malaise que provoquait cette foutue conversation. Il risquait sa vie tous les jours mais visiblement on ne s’habituait pas au danger. Je l'écoutais avec horreur m'exposer la perspective qu'on l'oblige à massacrer sa propre famille, qu'on le menace de nous tuer ou bien de l'éliminer lui-même s'il n'obéissait pas. A croire que quoiqu'il se passe, l'issue serait toujours désastreuse et sanglante. Je le fixais un moment, un peu réchauffé par la bière que j'avais ingurgitée mais sûrement pas rasséréné pour autant. « Ouais, j'ai bien compris que ces mecs-là sont des sales raclures, j'vais gérer le mien t'inquiète. Et sinon, t'en as encore d'autres des prédictions de merde comme ça, Nostradamus ? T'es foutrement en forme ce soir, j'suis épaté. A croire que t'as des actions dans les usines de cordes à potence ! Alors j'sais pas si c'est ça ou si t'as bouffé du pessimisme concentré mais j'ai pas spécialement envie de me laisser gagner par ta morosité. On va trouver des solutions, voilà ce qu'on va faire.» Je supportais sans baisser les yeux le regard noir qu'il m'avait lancé. Bien-sûr que j'avais aucune envie de le voir mort, ni de risquer la peau des autres membres de la famille ou de la mienne. Mais c'était vrai qu'on commençait à avoir un fameux paquet d'ennemis aux fesses.

L'idée du clan Ievseï me rendit pourtant une nouvelle chaleur alors que ce mot résonnait dans ma tête. Il aimait cette idée de mafia, que j'avais plus ou moins lancée en l'air mais l'entendre me le répéter me laissa songeur. Je restai silencieux durant un moment, le temps de ramasser ma clope mourante dans le cendrier et de la rallumer au moyen du briquet que je sortis de ma poche, le plus posément possible, tout en essayant de calmer les battements un peu trop stressés de mon palpitant. Il fallait trouver une solution, ouais mais est-ce que c'était la meilleure ? La moins pire ? « Le clan Ievseï... t'y penses sérieusement ? » Manifestement oui, il l'était, et je le regardais en fumant nerveusement, ramenant mes cheveux en arrière dans un geste fébrile. Il reconnaissait au moins qu'il faisait tout pour me pousser à bout et je plissai le front ironiquement. « Sans blague. » Mais quand il me parla de mon père, je me la fermai et j'attendis la suite avec une curiosité mêlée d'inquiétude, croisant une de mes jambes avant de décider que non et la reposer sur le sol. Les pieds bien à plat, le torse plus droit, un vrai Ievseï couillu, non de dieu.

A un moment, tout allait péter, voilà ce qu'il me disait et force était d'admettre qu'il n'avait pas tort. Je suivis ses réflexions avec attention sans l'interrompre, mes yeux d'un gris-vert, pareils à ceux de ma mère, braqués dans les siens. Je ne baissai le regard que lorsqu'il évoqua la mutilation de mon pauvre frangin, dans une image gore dont il était si spécialiste. Quel salaud. Je me pinçai les lèvres avant de pomper sur ma clope, comme un désespéré, au point d'en avoir les yeux qui me piquaient. Et si ce n'était pas à cause du tabac dont je me nourrissais sans modération depuis mes onze ans, c'était peut-être dû à autre chose. La culpabilité par exemple ? Merde.  « Je confirme : t'es le roi des crevards. Mais... t'as raison. » La fumée s'échappa de mes lèvres dans un soupir agacé. Oui, ça m'arrachait la gueule de l'admettre, ça me bousillait les tripes de trouille en songeant aux risques de mêler les gamins à tout ça, tout autant que de l'appréhension de ce qui allait se passer, si jamais on racontait nos vies au reste de la famille. Mais je n'allais pas nier l'évidence. Je repoussais les cendres de ma clope dans le cendar, d'une pichenette de l'index.  « Mouais... c'est sûr que ça va péter tôt ou tard, j'suis conscient de ça. » En vérité, je ne voulais pas l'être et je faisais tout pour me voiler la face habituellement, remettre à plus tard, mentir comme je savais si bien le faire, mentir pour cacher les problèmes. Mais Isak avait déjà menacé de s'en prendre à Lizzie sans parler de la mercenaire brune qui parvenait à me suivre à la trace, mois après mois, et qui savait où je bossais et où je créchais. Je m'étais mis à dos trop de gens et eux aussi pourraient savoir où j'habitais, très facilement. Ne parlons même pas des gus qui ne rêvaient que de voir Andreï en morceaux sanguinolents, détachés violemment les uns des autres.

Je crachai ma fumée en pestant avant de retrouver son regard. «Putain. Ça ne me plaît carrément pas de leur en parler, c'est rien de le dire. En plus, je sais déjà que la réaction ne serait pas très belle à voir. Si ça se trouve, Roman va juste nous foutre dehors, ça lui ressemblerait assez. Quand aux gamins... bah mais même s'ils sont au courant, que veux-tu qu'ils foutent ? Tu voudrais faire quoi, les entraîner au combat ? Leur apprendre à se servir d'une arme ?» Je haussai les épaules. Même moi, je ne savais pas tirer, et même si je savais où dégoter des flingues grâce à mes contacts, je ne me voyais pas en train d'en offrir une à Lizzie. Si Roman nous foutait dehors, il aurait sans doute raison de le faire, ce serait peut-être la meilleure façon de mettre les deux gosses à l'abri que de les emmener loin d'Andreï et moi. Quoique dans l'immense merdier qu'était devenu le monde, je doutais sérieusement qu'il existe encore un endroit où on puisse être réellement en sécurité.  « Qu'est ce que t'as dit à Roman jusqu'ici exactement ? De mon coté, il sait pas grand chose... On a eu une petite conversation y'a quelques semaines et il se doute que j'suis dans la merde mais il imagine pas à quel point. J'lui ai dit que j'étais au courant, pour lui... » Je m'interrompis en l'interrogeant du regard. Bon sang, il y avait tellement de secrets dans cette famille, je ne savais même pas si Andreï savait que mon père était un sorcier. J'écrasai ma cigarette dans le cendrier. Dire que je m'étais pris une branlée à peine quelques temps plus tôt dans la soirée et au lieu de prendre le temps de m'en remettre, j'étais obligé de prendre des décisions impossibles. Heureusement que je cicatrisais vite, Andreï avait eu raison pour ça aussi, je n'avais plus que de légers hématomes à présent. Une bonne chose au milieu de cet océan de soucis. Je hochai gravement la tête. « Si tu veux qu'on s'organise, il va d'abord falloir passer par la phase confession et ça risque de chier salement. Mais okay, on peut courir le risque et voir si la possibilité d'un clan Ievseï est faisable. » Ou si les révélations l'auront fait éclater en mille pièces.



_________________
The Jackal comes, blood lust on his lips. He craves the dead, our lives in his grips. He's after our hearts, he'll chew and swallow. Blood pours from his mouth, our lives will soon follow. Death comes to those who wait, He feels this.
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Death Sentence (Andreï)

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