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 L'ébauche de soi - Azzura

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MessageSujet: L'ébauche de soi - Azzura    Mer 28 Nov - 21:25



Le doute qui s'immisçait lentement, chaque fois un peu plus, irritant dangereusement ses nerfs, la réduisant en une pauvre lunatique à l'esprit particulièrement volatile, expulsant hors de sa bouche des mots qu'elle aura oublié aussitôt. Esquissant à l'aide de ses doigts écorchés les gestes les plus doux pour n'affliger qu'une vérace indifférence à la minute suivante. La personnification même du combat qu'elle était à elle toute seule, tiraillée par deux extrêmes, et se contentant de vibrer, indécise, entre les deux pôles – voilà ce pour quoi elle était prise dernièrement.
Et elle avait presque fini par y croire, par se remettre en question, en trifouillant à mains nues dans les décombres de sa mémoire, dans ses souvenirs les plus enfouis et les plus frais. Se demandant intensément si elle avait réellement oublié toutes ces choses, si elle avait pu faire des gestes qui prêtaient à grande confusion, si elle n'était finalement pas en train de perdre la tête. Mais ces moments de doutes ne duraient jamais bien longtemps, convaincue de sa raison, de sa personne. Persuadée qu'elle n'était pas responsable de l'incohérence de toutes ces situations sans queue ni tête, mais incapable de comprendre pourquoi elles avaient pourtant lieu. Elle se torturait l'esprit avec, se répétant sans relâche pourquoi, pourquoi, et comment ? Sans parvenir pour autant à atteindre ne serait-ce que des bribes de la solution. Toutes ses hypothèses semblaient relever de la science fiction, ou alors incluait la dégénérescence précoce de sa mémoire. Et ni l'un ni l'autre ne lui plaisait, quoiqu'elle fut plus ouverte à croire à la première option plutôt qu'à la deuxième.
C'en était devenu insupportable, ayant l'intolérable sensation d'avoir perdu tout contrôle, son propre contrôle. Maniaque aux airs farouches alors que cette envie de domination n'était que le reflet d'une peur profondément ancrée ; l'installation d'une tyrannie à peine déguisée allant en ce sens. Elle avait assimilé qu'on ne pouvait pas avoir la mainmise sur la vie tout entière, que de façon générale, on ne décidait pas nous-même ni de notre naissance ni de notre mort – et les suicides ne sont peut-être que des vaines tentatives pour briser le caractère aléatoire de la vie ; mais elle voulait malgré tout croire qu'elle n'était pas qu'un vulgaire pion. Une minable marionnette entre les doigts sadiques de dieux imbus d'eux-même et las de leur quotidien moelleux. Elle voulait croire qu'il y avait effectivement des aspects à modeler à son image, et cette sensation lui était devenue nécessaire. Contraignante à son plus jeune âge, elle avait fini par se tatouer à sa peau ; et la tournure prise des choses lui donnait presque la sensation de s'arracher l'épiderme.

C'était donc elle. Avec ses courbes enchanteresses et sa peau de satin, ses épaules dénudées, ses doux genoux et son petit pied qui virevoltait sur l'estrade. Elle aurait pu la trouver charmante dans d'autres circonstances, et sans cette immondice rose qui englobait son crâne ; mais rongée par sa mauvaise foi, et par l'image qu'elle s'était faite d'elle au préalable, à ses yeux elle n'était qu'une pauvre dinde secouant comme mécaniquement ses hanches, balançant ses bras comme s'ils étaient trop encombrants, se débarrassant du peu de jeu de scène qu'elle possédait. Elle se dandinait et tentait de faire onduler sa taille sans grands résultats. Se dire qu'il s'agissait d'elle, cette danseuse dont l'habillement était d'un mauvais goût affolant, qui volait son identité allumait la révolte en elle, bien qu'elle eut un peu de pitié à son égard également. Elle s'était forgée une idée atrocement péjorative de cette usurpatrice, une odieuse frustrée qui avait trouvé comme dernier passe-temps favori celui de se glisser dans la peau d'autres et notamment la sienne, pour tenter d'échapper à la morosité de sa propre existence. Elle ne parvenait pas à comprendre pourquoi elle l'avait choisie elle, elle la banalité incarnée intoxiquée par des vices tout aussi banals. Elle aurait peut-être compris, si elle était une de ces créatures merveilleuses qui semblent presque irréelles dans leur terrible imperfection humaine, se rendant malheureusement compte que ces créatures étaient tout aussi réelles que les licornes, les satyres et les fées.
Roxanne s'était faite des histoires à la pelle, pour expliquer un tel comportement bien qu'il n'en ressortait qu'une unique conclusion : c'était absurde et grossier. Et face à sa silhouette, elle n'arrivait pas à se détacher de ses préjugés, bien qu'elle fut consciente que l'observation de cette danseuse ne confirmait pas tout à fait les descriptions exhaustives qu'elle s'était susurrée à elle-même.

La confrontation était nécessaire, il n'y avait pas de doute. La regarder se déhancher sous les yeux émerveillés du public n'était pas suffisant. Elle voulait lui faire comprendre sèchement qu'elle n'était pas de celles qu'on prenait et qu'on rejetait sur le bas côté comme un vulgaire déchet. Elle n'était pas de celles qui se laissaient marcher sur les pieds, et qui s'excusaient en plus de cela. Qu'on finissait par s'en prendre en pleine figure si on osait la considérer comme la dernière des idiotes, car elle était absolument tout sauf ça. Affront suprême que d'avoir osé se faire passer pour elle, laissé derrière elle son âpre signature qu'étaient les carnages qui lui tombaient dessus un à un ; et elle n'allait pas en sortir indemne. La fierté touchée n'y aidant pas ; la délicatesse n'était pas un paramètre qu'elle prenait en compte dans ses plans, bien qu'elle ignorait comment elle allait s'y prendre précisément.
Optant finalement pour quelque chose un brin subtil, ou du moins qui n'était pas totalement dans le registre du rentre-dedans brutal et incontrôlé. Mandant un serveur, en le priant aimablement d'aller voir la fameuse danseuse qui portait le nom d'Azzura, et lui dire qu'on l'attendait dans la salle numéro 3 ; prenant soin de préciser qu'elle préférait qu'il se contente d'un ''un fervent admirateur'' si jamais sa prétendue autre faisait preuve de curiosité. Elle voulait la piéger à son tour, lire sur son visage l'expression qui était sienne toutes les fois où elle l'avait embarquée dans une situation sans dessus dessous, dans lesquelles elle ne savait rien faire à part grimacer et aboyer qu'elle n'avait rien dit ou fait de ce qu'on lui attribuait.

Installée dans le canapé prévu pour les fervents admirateurs désireux d'un peu plus d'intimité avec la créature qui provoquait le plaisir de leurs yeux, elle attendait. Trépignant intérieurement de patience, elle attendait qu'elle franchisse enfin le seuil de la porte. Accoudée, sa main soutenant le poids de sa tête, elle la vit enfin débarquer. Après quelques secondes de silence – du moins, ce qu'il pouvait y avoir de plus silencieux ici, c'est à dire des vagues échos de musique entraînante frappant au dehors de ces murs ; elle lui lança, le plus calmement possible : « Tu ne danses pas ? T'as décidé de faire la timide, ce soir ? Il faut pas tu sais, surtout pas avec moi. On est un peu... disons, en famille, n'est-ce pas ? » Un demi sourire se traça sur ses lèvres, et elle reprit : « Tu préfères que je t'appelle Azzura, ou Roxanne ? » Elle prit le soin d'articuler chacune des syllabes de son nom, posant le problème dès l'entrée de jeu.
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MessageSujet: Re: L'ébauche de soi - Azzura    Mer 5 Déc - 17:50

Les éclats orangés qui se dissipaient dans les cieux étaient devenus ses pires fardeaux. Ils signaient son asservissement à l’autorité du gouvernement. L’air nocturne pénétrait dans ses poumons à mesure que ses talons s’écrasaient brutalement contre ce sol détestable. Le bitume luxueux. Le tabac venimeux s’ancrait dans ses veines. Le souffle d’une mort libératrice. Elle errait, laissant ses pensées vagabonder en vue de trouver des solutions à son problème. Ses prunelles se perdirent sur la façade de Rikers Island. Réminiscences poussiéreuses. Un flot d’émotions dévastatrices inonda sa psyché. Elle imaginait les cris déments des prisonniers. Ils incendiaient ses sphères et lapidaient ses tympans. Elle fut désireuse d’emprunter ce couloir macabre dans le but d’essayer de leur porter secours. Elle pouvait entendre le rire torve de Cora résonner dans ses oreilles. Ses propos médisants continuaient d’anéantir son empire. Si elle avait perçue ses intentions, elle l’aurait probablement traitée d’éternelle optimiste masochiste. Peut-être aurait-elle associée ses élans héroïques risibles à un égoïsme débordant. En offrant ses services aux plus démunis, elle s’éloignait d’Elle et la laissait s’engouffrer dans les ténèbres. Elle n’avait pas complètement tort. Ces constatations la ramenaient vers le chemin de la décadence. Pour plusieurs raisons, réintégrer ces cellules était une mauvaise idée. Elle ferait preuve d’une impulsivité maladive qui la conduirait définitivement à sa perte. Si la mort de Zaira lui avait fait perdre toute raison de vivre, Ils l’amenaient à persévérer et à se fier à ses pulsions de survivance. En écho à ses paroles, elle se résigna et fit demi-tours. Elle avait cette impression morose d’incarner une marionnette qui agissait machinalement, dépourvue de lucidité et de discernement. Ses convictions n’avaient plus aucune importance et elle laissait Son influence perdurer, la fragilité prenant le pas sur la détermination. Tendances qui étaient en désaccord avec sa personnalité, ce qui lui donnait l’envie d’entretenir sa dépendance à la magie noire. Ses membres tremblaient incessamment. La sueur se répandait sur son front. Accéder à la rédemption de son âme n’était pas une mince affaire.

Elle reporta son attention sur les astres lumineux. Elle pria pour que Zaira ne contemple pas ses actes emplis de dépravation. Elle avait encore la possibilité de retourner dans les zones voisines et d’échapper à sa sentence. Elle prendrait l’apparence de Roxanne et demeurerait introuvable. Toutefois, elle n’était pas naïve. Elle savait pertinemment que le masque tomberait tôt ou tard et qu’il n’était pas aisé d’échapper au courroux ravageur des membres du gouvernement. Son ADN et sa puce la trahiraient. Un sourire carnassier se forma sur ses lèvres. Il fit contraste avec ses traits candides. Elle aurait souhaité se confondre avec elle, à cet instant où tout l’enchaînait au Paradisio. Oublier durant un court laps de temps qu’elle courbait l’échine et se situait de l’autre coté de la barrière, faisant cadeau de ses courbes à ces hommes d’affaire intransigeants ayant signé un pacte avec le diable. Oublier qu’elle devait encore faire son deuil. Oublier la dissociation. L’attrait de ses excès et du surnaturel. S’accaparer la vie de cette inconnue n’était pas seulement bénéfique pour ses actes de résistance. Elle était parfois parvenue à chasser ses maux. Ayant emmagasiné suffisamment de nicotine, elle traina des pieds jusqu’à sa loge. Elle crut apercevoir le regard vicieux de Judas parcourir sa silhouette. Elle fronça les sourcils et retint une injure. Dans cet endroit, elle se sentait souillée et violée. Néanmoins, elle ne regrettait pas les actions qui l’avaient conduite jusqu’ici. En rejoignant l’estrade, en présence de la foule, elle eut cette sensation abracadabrante d’être semblable à une flamme ardente dansant dans une cheminée. La chaleur s’associait à la dépendance et au manque qui en résultait. Ainsi, cette atmosphère engendrait un état de déréalisation. Elle se sentit suffoquer, presque soulagée à l’idée de rejoindre cet antre privé répugnant.

Un ricanement sourd s’extirpa de ses lèvres à la vue de cette intruse. Etat de stupeur momentané. Yeux exorbités. Elle savait que la vérité s’échapperait tôt ou tard. Cependant, elle n’avait pas envisagé l’idée d’une rencontre avec son double en ces lieux. Comme si temporairement, elle avait laissé l’empathie et la générosité au placard, absorbée par ses propres tourments. Ayant laissé ses pulsions mortifères l’envahir et prendre le commandement de son esprit. Son état physique se dégradait toujours sous le poids de la privation. Le sarcasme et les penchants délirants prenaient possession de son être. Ces similitudes insolites étaient-elles intégrées à son monde fantasmatique ? Avaient-elles un sens ? S’agissait-il d’une descendante ? Une jumelle cachée ? Dans la pénombre, elle avait l’impression d’être confrontée à sa propre personne. A croire qu’elle se laissait happer par la folie. Telle une charogne animée, elle laissa cette vague de mépris la submerger.

« A voir ta tenue vestimentaire, j’ai plutôt envie d’opter pour Azzura. Je tiens à mes pourboires. S’est-on levée du mauvais pied ? Puisque nous jouons franc jeu, je tiens à te donner quelques petits conseils. Le style négligé attire seulement les malfamés tels que Wayne. Ceci dit, je le trouve très habile. Plus sérieusement, tu devrais remercier le ciel de t’avoir donné ces traits. Mets-les en valeur »

Elle feint l’indifférence, optant pour une attitude provocatrice en réponse aux attaques de son interlocutrice. Gestes déplacés qu’elle n’avait jamais utilisé en compagnie de Wayne. Elle usait de ces allusions en vue de tester les réactions de Roxanne. Elle la rejoignit sur le divan, ses doigts jouant avec les mèches rosés de sa chevelure. Mécanisme de séduction qu’elle était forcée d’appliquer en temps normal, qui fut destiné à alimenter sa colère. Timbre de voix mielleux.

« Si tu es venue pour une démonstration privée, sache que mes services ont des limites. Il existe au moins un élément qui nous distingue : je suis plutôt intéressée par les hommes. Toutefois, je retiendrai ta proposition »

Elle esquissa un sourire énigmatique. Mille questions l’assaillirent et la paranoïa calcina chacune des cellules de son cerveau. A présent, elle était menacée et tous ses plans semblaient ruinés. Elle ne demandait qu’à connaître l’identité du traître qui l’avait probablement dénoncée.

« Alors ? Comment tu m’as démasquée ? »

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MessageSujet: Re: L'ébauche de soi - Azzura    Jeu 6 Déc - 23:09

Elle observa avec un léger rictus sur les lèvres la surprise qui s'était inscrite dans ses yeux, écartant ses paupières, se logeant contre le creux de ses joues et tirant sur les commissures de ses lèvres. Grimace fugace qui disparut aussi rapidement qu'elle fut apparue. Et Roxanne était là, le bout des doigts posés contre la ligne de sa mâchoire, se forçant de garder cet air satisfait, alors qu'au fond, elle voulait qu'elle accouche enfin. Qu'elle lui dise pourquoi, pourquoi et comment, car ces interrogations la taraudait toujours ; mais il était hors de question de perdre la face. Il fallait être celle qui était indifférente, détachée, et non pas la furie sans limites qui ne supporte pas l'idée qu'on l'ait trompée si facilement. Sa voix, son ton, sonnèrent faux à ses oreilles. Car paradoxalement, malgré l'histoire qu'elle lui avait inventée, elle s'était imaginée en même temps une femme qui lui ressemblerait étrangement. Cette ressemblance frappante qui vous pénètre dès le premier coup d’œil, avec des détails presque authentiques. Intimement fascinée par l'envoûtante idée qu'il y ait sur cette misérable Terre une personne qui soit à quelques grammes près votre propre personne. Elle se détestait pour ça, pour avoir cette faiblesse en elle qui l'amenait à penser qu'une usurpatrice telle qu'Azzura pourrait lui être bénéfique. Oscillant alors entre la curiosité presque infantile et la fureur qui l'animait, incapable de trouver le juste milieu. Et les sons qui s'insinuaient en dehors de sa bouche n'avaient rien avoir à ceux que ses propres cordes vocales produisaient, et elle fut à la fois frappée et perturbée par ce contraste.

Sa réplique lui étira les traits, souriante face au mépris qu'elle avait décidé de lui accorder. Elle aurait pourtant désiré qu'elle se plie sans broncher, s'excusant platement et faisant la promesse de ne plus jamais recommencer, avant de retourner déhancher son corps devant une foule affamée. Et ainsi disparaître comme elle était apparue : sans qu'elle ne le sache. Mais au fond, elle aurait sans doute été déçue de se rendre compte que celle qui avait eu l'audace de se faire passer pour elle ne possédait pas un caractère un peu plus trempé que ça. C'est pour cette raison que la réaction d'Azzura ne fit pas bouillir ses nerfs, se contentant de les effleurer délicatement mais suffisamment, afin qu'elle se décide à jouer au ton sur ton, adoptant ainsi le mépris qui enduisait ses propos : « Je pourrais te retourner le conseil ; contente toi de poudrer tes propres joues et farder tes propres paupières, et tu auras déjà fait un grand pas en avant. »
Elle ne prit pas la peine de répondre à sa remarque concernant Wayne. Si celle-ci était censée être une provocation, elle ne fit pas son effet. Laissant Roxanne de marbre, si ce n'est moqueuse. Si cette potiche croyait qu'il y avait de grands sentiments nobles entre eux deux, elle se trompait sur toute la ligne. La noblesse ne faisait pas partie des vertus incluses dans le pacte qu'ils avaient scellé à deux – comme s'il y en avait. Il était volage et bien plus encore, et elle le savait parfaitement – puis au final, qui l'ignorait ? Elle n'allait pas jouer à celle qui s'étonnait ; imaginant au contraire la scène qui aurait pu se dérouler entre eux. Le malaise profond qui aurait pu s'emparer d'elle une fois qu'elle se serait rendue compte à quel point le malsain avait pourri le socle de leur relation. Car si elle parvenait à duper sans la moindre difficultés les gardes entre les zones, et diverses personnes de son entourage, Wayne faisait partie de ceux avec qui son petit manège n'aurait pas marché. Leurs nombreuses étreintes charnelles, insultes dégueulasses et tortures odieuses lui avaient au moins laissé la faculté de la reconnaître les yeux fermés. Surtout les yeux fermés.

Elle ne la lâcha pas des yeux lorsqu'elle se rapprocha d'elle, prenant place à ses côtés sur le canapé. Elle lui infligea alors ce regard qui la caractérisait si bien, et qu'elle adressait à bon nombre de gens sans même s'en rendre compte parfois, rempli à ras-bord d'arrogance. Elle lui faisait presque pitié, assise là à enrouler comme une petite sainte ses cheveux synthétiques.
Elle aurait peut-être préféré être un peu plus attirée par les femmes peut-être. Ou en tout cas, un peu moins par les hommes qui parsemaient sa vie. « Ne t'inquiète pas, j'ai bien compris que tu étais plutôt intéressée par les hommes, j'en ai fait les frais. Tu sais, il y a une limite entre être attirée par les hommes et être incapable de se contrôler, parce que tu allumes vraiment n'importe qui. Je sais pas quels propos salaces tu tiens avec eux, et je m'en passerai bien, mais il faut que tu arrêtes. T'es en train de franchir cette fine barrière qui délimite l'attirance de la maladie, ma pauvre. » Elle accompagna ses propos par cette grimace de compassion semblable à une vulgaire caricature du regard que médecins accordaient à leur patient atteint d'une maladie grave et dont il n'existait à ce jour aucun de remède. La mort était la seule issue, et annoncer à quelqu'un que la sienne avait soudainement perdu son caractère aléatoire n'était généralement pas la meilleure des nouvelles qui soit.
Roxanne exagérait les choses, mais elle s'était effectivement retrouvée avec des situations quelque peu embarrassantes avec des individus venant se frotter à elle comme des chiennes en chaleur, sortis de nulle part. De vagues connaissance à qui elle n'avait jamais parlé qui venait lui évoquer des promesses qu'elle n'avait jamais faites.

L'esquisse de sourire qui avait flotté sur ses fines lèvres depuis qu'elle avait pénétré dans la salle s'étira d'un coup lorsqu'elle demanda à savoir ce qui l'avait trahie. Car dans sa tête, tout devait être parfait et clair. Son jeu d'actrice excellent, elle devait imaginer qu'elle s'était empeignée du personnage jusque dans les moindres détails. Il fallait croire qu'elle s'était trompée, qu'elle n'était pas si douée qu'elle le croyait être, commettant l'ultime erreur de se présenter face à des personnes réellement proches de Roxanne. Mais c'était sans doute une étape supplémentaire, une fois qu'elle avait remarqué qu'elle pouvait effectivement tromper les vagues connaissance, elle voulait s'attaquer au niveau supérieur, pénétrant dans une sphère quelque peu plus intime. Folle qui fonça tête baissée dans le centre même de la sphère, se heurtant à Connor qui n'avait pas eu besoin de plus de deux secondes pour se rendre compte qu'il ne s'agissait pas de la furie qu'il avait l'habitude de confronter. « Il faut croire que t'as pas été à la hauteur de l'habileté de Wayne. » finit-elle par lui répondre, en haussant des épaules ; refusant catégoriquement de se rabaisser au point de lui dire la vérité. « Tu me déçois, je pensais que celle qui avait eu le culot de se faire passer pour moi aurait eu un peu plus de jugeote que ça... Une véritable erreur de débutante. »

L'ultime question demeurait cependant, gisant au milieu de leurs sarcasmes qui les faisait stagner. Elle fut pourtant incapable de les abandonner, renchérissant : « Le rôle de la potiche qui se déhanche lascivement ne te suffit plus ? Je comprends, je pense qu'à ta place j'en aurais eu marre depuis bien longtemps. » En effet, elle pouvait parfaitement concevoir la saturation provoquée par ce dit métier. La nécessité d'être une beauté lisse, d'avoir le visage souriant et les courbes envoûtantes. Être souple, être gracieuse, et plaire au plus grand nombre dans l'espoir de rafler quelques pourboires supplémentaires. Mais cela ne justifiait en rien les choses. « Tu as trouvé ton compte dans ma vie, au final ? Qu'est-ce qui te plaît tant chez moi et que tu n'as malheureusement pas, Azzura ? »
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MessageSujet: Re: L'ébauche de soi - Azzura    Dim 27 Jan - 17:56

Ces vagues orageuses inondaient ses sphères à mesure que sa voix cristalline résonnait. Ses sarcasmes étaient semblables à des poignées de terre s’insinuant douloureusement dans ses rétines. De nouvelles désillusions la frappaient de plein fouet. Elle s’était peut être trompée d’adversaire. Ses prunelles s’ancraient dans les siennes avec plus d’insistance, comme si elle avait pour volonté de pénétrer dans ses cellules nerveuses dans le but de découvrir quels étaient ses démons. Qui sait, Roxanne était peut-être également condamnée. Voilà qu’à son contact, elle se sentait fébrile, réalisant l’absurdité de ses gestes. Elle ne parvenait pas à se défaire de ce sourire narquois qui cachait la honte suscitée par cette cuisante défaite. Il ne s’agissait pas d’orgueil. Elle ne souhaitait plus se contenter de son insuffisance. Paradoxalement, le besoin de se glisser dans la peau d’une autre devenait de plus en plus oppressant. Elle oublierait cette rencontre et continuerait de se voiler la face. Malheureusement, l’espoir d’être exempt de toute souffrance se réduisait en un tas de poussière. Il n’y avait plus de place pour l’euphorie dans ce monde. Les individus terrés derrière leur façade blanche avaient aussi leur lot de malheurs. Lorsqu’elle se dirigeait vers l’aire de jeux abominable de la zone quatre, les rires enfantins ne se logeaient plus au creux de ses oreilles. Les êtres humains loyaux, droits et souriants en toutes circonstances existaient seulement dans les fictions. Et encore. A dire vrai, le gouvernement ne permettait pas d’accéder à ce genre de rêveries. Les réalisateurs préféraient opter pour des scènes macabres, afin d’alimenter le sentiment d’effroi et de panique. Ces pauvres sots répondaient aux demandes des hommes d’état. Au grand jamais il n’avait été question de films traitant de la résistance ou de la plénitude. Du moins, Azzura n’en avait pas pris connaissance, préférant se fondre dans une autre réalité façonnée. Dans tous les cas, ces images auraient été censurées.

Au premier abord, elle avait perçue Roxanne comme une de ces guerrières existant seulement dans des romans de bas étage qu’elle avait lus, telle une assoiffée de savoirs. Elle ne se contentait pas de se battre de la même manière qu’elle. Elle était en haut de l’échelle. Chef de rang et leader, elle gérait son armée. Elle ne connaissait pas le sentiment de dépendance. Peut-être n’avait-elle jamais commis d’écarts irréparables. Elle a tes traits. Mais elle n’enfreindra jamais les lois de la nature. Elle entendait encore les murmures assassins d’Aida, sachant pertinemment qu’elle serait hantée pour le restant de ses jours. Parallèlement, les effets du manque perduraient, laissant place à l’irritation qu’elle ne parvenait pas à contenir. La ferme ! Je ne l’ai pas voulu ! Elle regretta aussitôt ses paroles. Elle avait une dette envers la défunte, se devant de demeurer silencieuse face à ses remarques fabuleuses. Ses paupières s’étaient fermées durant un court laps de temps. En reportant son attention sur son interlocutrice, elle aurait du se sentir embarrassée. En temps normal, un brasier aurait calciné les pores de sa peau. Dans cette situation, elle n’attacha pas d’importance au regard d’autrui, préoccupée par ses propres tourments Si sa sœur avait eu vent de ses réactions, elle aurait pu la traiter d’égoïste avec pertinence. Elle enfila le masque de la désinvolture, sous les traits de la femme obscure.

« Que crois-tu ? Je me nourris de la colère des autres. Près de huit cent ans et pas une seule once de légèreté ! Tu es devenue mon amuse gueule. Je n’aurais manqué ta réaction pour rien au monde. Je dois dire que tu me valorises. Habituellement, quelques siècles sont nécessaires afin que les premières rides apparaissent sur le visage de mes victimes. Dans cette situation, je n’ai même pas eu à sourciller. Je vais devoir endurcir mes traits. »

Elle fronça ses sourcils, oubliant presque que demeurait en elle la femme gracieuse, innocente et inoffensive, qui ne demandait qu’à se manifester. Elle espérait que Roxanne croirait en ses balivernes. Elle souhaitait également se convaincre elle-même qu’elle n’était pas au bord du gouffre. La vérité était plus difficile à accepter. Avoir pris l’apparence de son Autre avec des intentions sournoises était plus valorisant étant donné qu’elle prenait l’apparence d’une écervelée assumant ses actes. A bien y réfléchir, il n’existait aucune alternative qui lui permettrait d’accéder à une tranquillité d’esprit momentanée. Néanmoins, fuir ce regard arrogant aurait été bénéfique. Roxanne n’était pas naïve. Maintenant qu’elle se confrontait à elle, elle prenait conscience de ses imperfections. Elles se piétinaient mutuellement, tentant de dissimuler leur vrai « moi » derrière l’odeur prononcée de la fumée de cigarette et des répliques mortifères. Si semblables et dissemblables à la fois. Voilà pourquoi Azzura avait mal choisi son adversaire. Son regard était marqué par des douleurs lancinantes.

« Moi qui avait pensé que tu apprécierais ce petit numéro. Me voilà navrée. J’étais désireuse de te les apporter sur un plateau d’argent afin de mettre un terme à cette frustration chronique qui émane de toi. Je te présente mes excuses. »

Elle se donna une allure de femme fatale inadéquate. Cependant, elle se retint d’aller plus loin dans la provocation et chassa de nouvelles idées perfides qui s’imposèrent dans son esprit. Il était hors de question de laisser ce venin s’immiscer dans l’intégralité de ses chairs. Cependant, Roxanne aurait sûrement mérité un châtiment de cette importance. En évoquant ces étreintes fictives, elle raviva ses blessures et la renvoya à son deuil pathologique. Son sourire torve s’effaça. Jamais elle ne pourrait les trahir –Zaira et Rafael-. Elle esquissa un mouvement de recul puis s’immobilisa sous le poids de cette déchirure. Si Roxanne partageait une partie de ses émois, l’incarner lui permettait d’oublier leur absence et cette déraison qu’elle lui criait sans scrupules. Asservie à l’autorité du gouvernement, elle restait passive, jouant un rôle qui ne lui correspondait pas. La femme obscure se fondit dans les cieux nocturnes. La noblesse et la franchise l’étreignirent à nouveau.

« Pour être honnête, je te donnerais ma place avec grand plaisir. J’ai volé la tienne car tu me semblais beaucoup plus libre. Et je ne parle pas seulement d’une liberté matérielle… »

Elle se figea sur place et s’empêcha de lire dans ses prunelles, devant faire face à cette impression regrettable de s’être mise à nue.

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MessageSujet: Re: L'ébauche de soi - Azzura    Lun 18 Fév - 20:22

Cette fille là avait définitivement l'air d'une cinglée. Roxanne croyait que ces vols d'identité ne se faisaient que dans les émissions policières et les polars à succès, dans lesquels on multipliait les justifications loufoques et les péripéties sans queue ni tête. Au mieux, cela arrivait aux autres : ceux à qui on pouvait envier l'argent, le succès, le luxe, la réussite. Ceux qui avaient de véritables raisons d'être jalousés, n'importe qui, mais surtout pas elle. Et là, Azzura se présentait à elle avec le gros lot : des actions qui n'avaient visiblement pas lieu d'être, et un discours qui ne tenait pas la route. Puis, qui était-elle ? Comment avait-elle appris tant de chose sur elle, comment avait-elle réussi à berner tant de monde ? Quel plaisir tirait-elle de ce grotesque manège, puisqu'il semblerait que la Résistance ne soit pas sa cible principale ? Elle avait tout d'abord pensé à sa position au sein de ce groupe, imaginant Azzura comme une taupe qui essayait d'infiltrer le réseau pour mieux le démanteler. Se servant de cette troublante ressemblance avec celle qui se positionnait en haut de la hiérarchie pour être certaine de récupérer toutes les informations qu'elle désirait. Pourtant, elle ne semblait pas avoir pour objectif suprême de réduire à néant ce mouvement de résistance. Alors que cherchait-elle, en fin de compte ?
Roxanne fronça les sourcils, lorsqu'elle évoqua ses ''huit cent ans'' et ses ''quelques siècles'', incapable de comprendre où elle voulait en venir ; se contentant d'être excédée par le terme d'amuse-gueule. Si elle se nourrissait effectivement de la colère des autres, alors elle devait littéralement exploser sous la quantité de puissance qui frémissait en elle. Roxanne était un véritable puits à colère, à ressentiment, à n'importe quoi, un rien suffisait pour déclencher cette bombe à retardement qu'elle avait toujours été. Fulminante et volcanique.
Elle, qui était venue pour régler ses comptes, donner une leçon à cette sale effrontée, semblait se retrouver dans un tourbillon qu'elle n'était pas apte à saisir. « T'es vraiment cinglée. » siffla-t-elle, incapable de trouver les bons mots tant ce qu'elle disait lui semblait manquer de sens. « Mais tu aurais dû voir ta tête également, je crois que le spectacle était également très satisfaisant de mon côté. »

« Mauvaise actrice et hypocrite. Tu as décidément tout pour toi ma belle. Je te remercie de t'inquiéter pour moi, et de la frustration chronique qui émane de moi, pour reprendre tes termes, c'est très touchant. Mais comme tu sembles prétendre me connaître très bien, tu devrais savoir que je n'ai absolument aucune raison d'être frustrée » Milliers d'amants que Wayne incarnait à la perfection, se glissant tantôt dans le rôle de l'agneau, tantôt dans le rôle du grand tyran. Comme un schizophrène, il faisait défiler les rôles, les comportements. Tantôt ceci, tantôt cela. La frustration sexuelle n'était en effet pas un véritable problème lorsqu'on devenait le péché attiré d'un tel homme. « Puis de nous deux, je te rappelle que tu es celle qui se fait passer pour ce qu'elle n'est pas ; alors je pense qu'il y a bien plus frustré et insatisfait que moi. Et pas besoin de chercher très loin. » Elle disait ça en ignorant le plaisir et la jubilation que ces échanges d'identité pouvaient parfois procurer. S'imaginant ne jamais y goûter, ne jamais se rabaisser à ces jeux minables, car c'était ainsi qu'elle les voyait. Elle ne cherchait pas à comprendre ce qui pouvait pousser quelqu'un à faire ça, elle ne désirait pas savoir quels étaient les misères qu'avait connu Azzura pour qu'elle se jette comme une chienne affamée sur cette opportunité, qui n'en était finalement pas une. Elle était égale à elle-même, bonne à lui cracher son venin au visage, rien de plus. « Je me demande comment t'as réussi à berner tout ce monde avec un manège aussi grotesque et si mal tenu. Et après tu t'étonnes qu'on t'ait démasquée... Laisse-moi rire. »

La confrontation se muait une espèce de désagréable introspection. Ce qu'elle semblait être ne reflétait pas ce qu'elle était véritablement. La liberté qu'elle lui attribuait n'était pas sienne, ce n'était qu'une de ces nombreuses facettes qu'elle laissait le monde apercevoir, pour mieux cacher tout le reste. Sa place de leader au sein du groupe de Résistance lui permettait de sauver les meubles, la faisait apparaître comme cette femme puissante, déterminée, confiante, qui n'aspirait qu'à la paix et au retour d'un gouvernement démocratique. Celle qui était muée par des valeurs dignes, dont le courage représenterait un espoir possible. Elle excellait dans ce rôle-là, née pour être de ceux qui dirigent plutôt que de ceux qui obéissent bêtement. Trop débordante pour réussir à se résigner en silence. Elle avait besoin de cette armée souterraine. De cette révolution sourde. Ils en avaient tous besoin. Et si Azzura avait été bernée aux premiers abords, elle voyait toute son image s'effondrer sur elle-même au moment même où elle lui parlait.
« Je m'en passerai bien, j'aime bien lorsqu'on a des rôles très bien délimités, c'est à dire lorsque tu te cantonnes au rôle de la potiche allumeuse. T'es sans doute bien plus douée que moi pour ça. Et si ça ne te plaît pas... et bien la meilleure des solutions n'est pas de se glisser dans la peau de quelqu'un d'autre – du moins pas la mienne. Ce n'est pas en te faisant passer pour moi que tu obtiendras cette liberté que tu m'attribues. » Ce n'était pas en restant passif et en priant intérieurement une entité supérieure que le cours des choses allait se retrouver chamboulé. Il y avait la chance, le hasard, l'attente sans fin, ou l'action. Roxanne prêchait l'action comme une religion, récitant ses discours comme des passages de la Bible. Elle y croyait, véritablement, et si elle s'efforçait de le penser, elle n'était certainement pas celle qui respectait le mieux cette philosophie-ci. Elle trouvait ses élans rapidement arrêtés, la laissant mariner dans l'insatisfaction la plus totale, la frustration lancinante. Voilà tout le résumé de sa vie : un ensemble de possibilités resté à l'état embryonnaire, et l'amer constat d'un enchaînement peu glorieux. Elle avait toujours envie de plus, plus que ce qu'elle pouvait, ce qu'elle était. Et rien n'était jamais suffisant, elle n'atteindrait jamais un sentiment de satisfaction de soi. Ce n'était pas possible, repoussant sans cesse la barre vers le haut, encore et encore, pour conserver le goût d'un idéal qui lui avait toujours glissé entre les doigts, car c'était ce qu'il y avait de plus familier. « Tu ne sais rien de moi, Azzura. Et j'aimerais que ça continue de la sorte. »
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MessageSujet: Re: L'ébauche de soi - Azzura    Mar 26 Fév - 18:28

Semblable à une femme de glace, Roxanne l’aspirait au fin fond de son lac gelé. Elle lui infligeait mille supplices. Ce châtiment était sans doute amplement mérité. Grelotement. Paralysie de ses membres. Sensation d’étouffement. Gémissements inaudibles. Les aiguilles venaient faire irruption dans ses tissus nerveux, la déraisonnant plus encore. Son interlocutrice reposait au dessus de cette surface congelée. Elle restait sourde à ses sollicitations. Habile, elle ne semblait pas croire en ses balivernes, se rapprochant de la vérité comme si elle avait dévoré son âme. Elle la réduisait au rang d’ombre incandescente et insignifiante. La partie saine de son esprit était flottante. Les attaques du double étaient justifiées. Toutefois, ses sarcasmes ne reconstituaient pas son système cérébral. Ils ne faisaient qu’aggraver la dissociation. D’ordinaire, elle aurait été décontenancée par tant de rigidité, mais elle n’aurait pas été fermée à l’idée de lui tendre une main. A présent, elle laissait son animosité la contaminer, à la manière d’un pantin pitoyable. Elle empruntait les couloirs sombres d’un lieu symbolique –l’hôpital psychiatrique-, répondant à l’appel de la démence. L’idéalisation portée s’évaporait, à mesure qu’elle lui ingurgitait son poison mortel par le biais de paroles délabrées. En lui volant son identité, elle avait creusé sa tombe avec plus de profondeur. Elle en prenait conscience. Il n’y avait plus que Zaira pour causer sa perdition, lui donnant la volonté de s’éloigner plus encore de son existence infâme. Ayant réintégré son enveloppe psychique, elle était confrontée à l’intégralité de ses démons. Elle se sentait partir, replongeant dans ses souvenirs terreux. Ceux qui tournaient en boucle dans son esprit malade. Ils avaient broyé les os de son enfant. A partir de là, elle avait toutes les raisons du monde de laisser les émotions dévastatrices la consumer à son tour. Les joutes ne faisaient qu’attiser ce feu qui brûlait en elle, détruisant le peu de rationalité qu’il lui restait.

A ce moment là, Roxanne portait la responsabilité de son fardeau. Associer ses traits à tant d’intransigeance lui tiraillait les nerfs. Leur dissemblance la frappait de plein fouet. La voix d’Aida vagabondait dans sa conscience. Spectre intrusif continuant de jouer avec sa culpabilité, engendrant l’envie de massacrer sa chair dans le but de s’auto punir. « As-tu été intransigeante avec moi ? » . « Cette fois ci, tu ne m’arrêteras pas » pensa t-elle. Elle maudissait les sorciers virulents tels que Wayne. Ceux qui se focalisaient sur la rancœur, tuant des êtres innocents qui ne les avaient pas conduits jusqu’au bûcher. Paradoxalement, elle devenait esclave de ces mêmes pulsions. Delaney incarnait une figure offensive. Elle émettait le souhait qu’elle se morde la langue afin d’empêcher la création d’un nouveau bain de sang. Elle ne supporterait pas l’idée d’avoir succombé à ses tendances ombrageuses à nouveau. Son front s’engloutissait de sueur, ses muscles se contractaient, la fièvre la rendait comateuse. Elle était engourdie par la douleur et le dysfonctionnement de ses organes, ayant rompu le contact avec les substances magiques. Besoin viscéral de briser cette fiole qu’elle avait eu le malheur de garder auprès d’elle. Cette dépendance lui donnait le vertige. Elle cherchait des yeux Son misérable sauveur. Celui qui l’avait poussée dans la décadence mais qui avait toujours été là pour la retenir lorsqu’elle débordait. Noah. Il était absent. Comme sa cadette, il avait rejoint l’Antre des ténèbres. Stupidité sans nom. Ces actes étaient impardonnables. Ils avaient été à l’origine du génocide. Les membres du gouvernement s’étaient servis de la frayeur des uns, de la soif de pouvoir des autres. Ils étaient fiers de permettre à leurs moutons de s’attrouper. C’était réellement la manière dont ils les considéraient. L’intolérance et l’intransigeance étaient également à l’origine de ses blessures physiques et morales. Les individus porteurs de ces traits avaient tué Zaira.

Les accusations de Roxanne la détraquaient. Voilà qu’elle associait son attitude à celle que son paternel avait eue envers ses sœurs, déclencheur des futures hostilités. Elle sentait le regard de Stain incendier la moindre parcelle de son être, ayant pour souhait de la réduire en cendres. Elle observait les hommes d’église fulminer en silence, avant de mettre en lumière cette haine indicible. Elle redevenait cette bête de foire méritant une nouvelle dose d’humiliations. Qui était-elle ? Pourquoi refusait-elle de lui dévoiler son monde intérieur ? S’agissait-il d’une machination ? Etait-elle réellement du bon coté de la barrière ? Elle pouvait très bien jouer un rôle. Ainsi, la prochaine étape consistait à dénoncer tous ceux qui faisaient partie du clan de résistance. Paranoïaque à ses heures. Telle une inquisitrice, elle lui faisait son procès. Ses dents se serrèrent sous le poids de l’irritation. Son flacon fut projeté sur le sol. Une substance surnaturelle s’en échappa. La créatrice d’illusions infernale prit place, murmurant son incantation. Elle modifia l’apparence de Roxanne, lui donnant l’illusion d’être transformée en une nonne âgée. Un rire dément s’extirpa de ses lèvres. Elle ne souhaitait plus se confronter à ses propres traits.

« Regarde-toi. En tant que sainte, tu es beaucoup plus crédible vêtue ainsi. Ceci dit, pour bien faire, il te manque quelques amis inquisiteurs. »

Son sentiment identitaire devenait fragile. L’assassinat de Zaira restait gravé dans sa mémoire, accentuant la rancœur éprouvée. L’effet du manque perdurait et provoquait une déréalisation. Comment chasser le traumatisme ? Bouillonnante, elle lui lança des propos accusateurs, ayant la sensation que son enfant aurait été également en danger avec les individus issus de cette époque.

« Malheureusement, tu es arrivée trop tard : elle est déjà morte »

Que Cora et Noah l’arrêtent. Que ses tendances excessives disparaissent et n’atteignent plus jamais les autres. Tel fut son souhait le plus cher. Elle n’était pas une meurtrière dont les conduites étaient déviantes. « Attention ! » lui clama t-elle. Tentative de protection, alors que la rage continuait de grimper. Elle était raisonnée et altruiste. Il le savait. Il la surveillait d’en haut. Pourquoi ne me protèges-tu pas de ces pulsions insensées ? Pensa t-elle. Aussitôt, la sueur disparut. Ses muscles se détendirent. La fièvre tomba. Les désirs assassins et l’aliénation s’évaporèrent. Miracle dont Il avait la clé ?

« Je suis désolée. Je ne comprends pas ce qui m’arrive…»

Curieusement, elle lui témoignait du respect. Changements de comportements intempestifs. La guérison et ses conséquences la guettaient.

_________________
    burn let it all burn
    There is a fire inside of this heart and a riot about to explode into flames. No matter how many breaths that you took you still couldn't breath. No matter how many nights that you'd lie, wide awake to the sound of poison rain.
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MessageSujet: Re: L'ébauche de soi - Azzura    Mar 12 Mar - 23:18

Cette conversation la rendait folle. Elles n'étaient que deux et pourtant Azzura semblait parler à trois autres personnes inexistantes, divaguant comme une bonne démente, tenant un discours qui n'avait ni queue ni tête. Elle en avait connu, des fous, des excessifs, des passionnés, mais Azzura dépassait ce qu'elle avait vu jusqu'à présent – dans tous les sens du terme. Lui nourrissant une haine vivace, profonde, et ancrée, comme si cela faisait des siècles qu'elles se détestaient, le sceau de la fureur inscrit sur les âmes, qui ne s'en va pas malgré les réincarnations. Vouées à se haïr jusqu'à leur dernier souffle, à se retrouver pour mieux se détester. Et en même temps, sournoisement mêlé à cette rage destructive qui brûlait en elle, il y avait cet attachement, fort, ce mystère qui émanait de cette femme qui trouverait sans doute parfaitement sa place dans un hôpital psychiatrique. Elle refusait de se l'avouer mais elle s'y retrouver en elle, lorsqu'elle détaillait chaque partie de son visage, lorsqu'elle scrutait ses yeux, et les mouvements de sa bouche. Étrange et terriblement insupportable, Roxanne était cependant incapable de n'éprouver que du mépris à son égard. Et si elle était plus que ça ? Et si elle faisait partie de ces personnes qui, pour une raison inexpliquée, nous touche dès la première rencontre ? Ces rencontres qui semblent être évidentes, ces personnes qu'on a l'impression de connaître depuis des années alors qu'elles ne sont rentrées dans nos vies que depuis quelques jours seulement. Elle s'en retrouvait toute perturbée, cela n'allant pas en s'améliorer lorsqu'Azzura décida de lui donner l'apparence d'une vieille nonne. Roxanne fronça les sourcils – ceci étant la seule chose qu'elle était capable de faire avec son visage depuis qu'elle était rentrée dans cette pièce, avant de se découvrir dans le miroir toute transformée. Elle eut un mouvement de recul, s'enfonçant le souffle court dans le sofa, avant de reposer ses yeux entourés de ridules sur la sorcière. Elle avait perdu tous ses sarcasmes, devenue muette sous la peur et l'étonnement, donnant sans doute à son interlocutrice un spectacle encore plus appréciable que le dernier. La décomposition soudaine de son visage, marqué par le temps, et la récupération impossible de ses petits muscles. Ils ne semblaient plus lui répondre, trop figés par la surprise et par cette découverte monstrueuse qu'elle avait fait à travers le miroir.

Elle ne l'entendait plus qu'à moitié, trop concentrée sur sa propre personne. A se demander ce qu'elle lui avait fait, et surtout qui elle était. Sortant petit à petit de sa paralysie, elle reposa un regard médusé sur Azzura, qui semblait avoir regagné toute la confiance qui s'était effilochée. Si l'apparence s'était retrouvée totalement modifié, sa force était toujours là : et d'un bond, elle se releva pour se jeter sur Azzura. « Qu'est-ce que tu m'as fait ? Hein ? Réponds, qu'est-ce que tu m'as fait ?! » Elle exigeait des réponses, mais elle exigeait surtout qu'elle lui enlève cette apparence-ci. Et qu'elle n'ait plus jamais avoir affaire avec elle. Elle forçait sur sa voix et crachait ses poumons sur Azzura, tandis que ses mains la tenaient fermement, n'hésitant pas à la secouer pour lui faire comprendre ses intentions. Elle continuait à vociférer avec sa voix brisée, se fatiguant pour une cause perdue, avant de sentir sous ses doigts le corps d'Azzura se défendre. La tension qui s'évaporait, comme ça, sous ses mains. Son corps qui devenait plus souple, moins crispé. De la même manière, Roxanne parvint à se calmer un peu, voyant que la sorcière avait relevé son sort.
Elle se laissa tomber de l'autre côté du canapé, le plus loin possible d'Azzura, essoufflée et encore secouée par ce qu'elle venait de vivre. Roxanne avait toujours été très terre à terre ; de celles qui ne croyaient pas aux miracles, et encore moins à la magie. Cette nouvelle ère avait bouleversé ses certitudes, se perdant ainsi entre ces sorciers diaboliques qui mettaient leur pouvoir au profit d'une boucherie toujours plus sanglante, et humains qui n'en étaient plus trop, partageant leur corps avec des animaux monstrueux. Même si ce n'était pas la première fois qu'elle était confrontée à ces illusions, c'était surtout la première fois qu'elle était directement touchée par celles-ci, se contentant généralement d'être simple témoin.

« Moi non plus. » lâcha-t-elle sèchement, fatiguée d'être confrontée à une pareille instable. L'adjectif cinglée qu'elle avait utilisé plus tôt ne semblait même pas assez puissant pour qualifier l'état mental d'Azzura. Peut-être était-elle une de ces femmes brisées qui n'avaient trouvé refuge que dans l'impulsivité, peut-être était-elle à plaindre, son passé était à pleurer. Tant de suppositions qui pouvaient se révéler vraies, et pourtant. Cela ne justifiait en rien et surtout, n'excusait absolument pas son comportement. « Ne me refais plus jamais ça. Ne... Ne m'approche plus, je veux pas avoir affaire avec toi. Est-ce que tu le comprends ça, ou alors t'es trop désolée et surtout trop bouchée pour assimiler des notions élémentaires de ce genre ? » Ses excuses avaient l'air sincères, mais ce n'était pas suffisant. Elle n'était pas venue ici pour signer un traité de paix, bien au contraire – aussi puéril que cela pouvait être, elle était venue avec des idées très arrêtées au sujet d'Azzura et était convaincue qu'elle allait repartir avec celles-ci. « Épargne moi ce petit numéro, c'est ridicule. Le coup de la fille perdue, désolée et aux bords des larmes ça marche pas avec moi, d'accord ? Tu sais, si tu fais ça à toutes les personnes qui ont le malheur de croiser ta route, faut pas s'étonner d'avoir une vie bien misérable. »

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L'ébauche de soi - Azzura

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