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 The sound of silence

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MessageSujet: The sound of silence    Ven 20 Mai - 21:25

Il était parti, silencieusement, à l'inverse de son entrée. Il était arrivé avec sa grande gueule, et son flux incessant de paroles, et il était reparti avec des pas feutrés et des lèvres scellées. Elias était reparti plus lourd qu'il n'était arrivé, portant sous un bras sa mallette de cuir, et sous l'autre le secret de sa sœur.
Il avait laissé derrière lui ce même silence, ce vide, ce froid qui avait enveloppé la maison. Maison qui était devenue un véritable tombeau, toutes les couleurs donnaient désormais l'impression d'un vieux linge décoloré, et toutes les pièces sentaient le désespoir. Comme un parfum d'ambiance, comme une musique d'ambiance. Tout était teinté par cette grisaille poisseuse qui refusait de s'en aller. Ils mangeaient grisaille, buvaient grisaille et vomissaient grisaille.
Même Allie s'était calmée, elle avait arrêté de cogner ses chaînes métalliques contre le sol, elle avait arrêté de remuer et de gémir.

Louiza faisait les cent pas, tournait en rond, s'asseyait à peine cinq minutes avant d'être prise d'une furieuse envie de marcher. Elle ne tenait pas en place, paniquée à l'idée d'avoir révélé leur sale secret, même s'il s'agissait d'Elias. Elle essayait de se convaincre que s'agissant de son frère, elle ne risquait rien. Elle, eux, Allie ne risquait rien. Qu'il devait comprendre, car il aurait pu vivre une situation similaire – parce qu'il vivait presque une situation similaire. Parce que c'était son frère, putain. Et pourtant, elle ne pouvait s'empêcher de crouler sous les remords, et se demandait comment elle allait annoncer la nouvelle à Rhys, car l'idée de ne pas le faire ne lui venait même pas à l'esprit. Elle imaginait tous les scénarios possibles, quel ton elle devait adopter, quelle image qu'elle devait donner pour atténuer l'effet de la nouvelle. Devait-elle inventer une machinerie machiavélique afin d'accuser Rhys d'être la raison pour laquelle elle avait fini par cracher le morceau ? Et ainsi prendre le risque de le titiller un peu trop, pour risquer un véritable fracas ? Ou alors devait-elle jouer la carte de la mère désolée ?
Elle l'était, au fond. Ce n'était pas un rôle à jouer, Louiza était réellement désolée et craignait la réaction de Rhys. Elle s'attendait au pire, elle méritait le pire, se disait-elle.

Finalement, elle s'était épuisée et avait fini par passer quelques heures dans le canapé, le regard dans le vide, visiblement immobile, les yeux mi-clos. Elle attendait Rhys, c'était la première fois depuis longtemps qu'elle attendait véritablement Rhys. Et lorsque qu'elle entendit enfin le son métallique de la clé s'introduire dans la serrure, ce petit son caractéristique auquel elle s'était habituée au fil des années, elle ouvrit les yeux, se redressa un peu.
Elle ne sut quoi dire, elle avait perdu la capacité de lui dire bonjour de façon banale, de lui demander comment ça allait. Ils avaient perdu ces petites choses-là, ces attentions que s'offraient banalement les couples qui tenaient encore l'un à l'autre. Alors elle demeurait ainsi, plus redressée mais encore un peu avachie, appuyée sur son bras gauche. Elle le regardait avec les yeux de quelqu'un qui avait quelque chose à reprocher, quelque chose à confesser, en silence.
Elle aurait aimé lui dire quelques mots en guise d'introduction, une de ces phrases suspectes que les autres personnes arrivaient à prononcer. Ces mots mielleux qui demandaient comment la journée s'était déroulée, s'il était fatigué. Mais Louiza n'y arrivait pas, et se contentait de le regarder.

Après quelques très longues secondes, elle finit par marmonner : « Uhm, Rhys... Faut que je te dise quelque chose. » Et avant de poursuivre, elle posa ses yeux sur le parquet, sur ses pieds nus, sur la table basse et les tasses qui étaient restées, marquées par le café qui avait séché. « Euhm, je... Elias est passé tout à l'heure, il voulait me demander quelque chose par rapport à son divorce et donc il est venu, et on a discuté, on a... on a pris un café » ; elle montra d'un geste rapide et vague la table devant elle avec les témoins dessus, « et donc il était là et... » ; elle s'arrêta. C'était comme les quelques secondes de répit avant que la tempête n'éclate. C'était le minuscule laps de temps qui s'égrenait entre l'éclair et le tonnerre qui gronde. C'était ce mauvais silence, celui-ci qui préfère les grandes tempête. « Elle a commencé à faire du bruit... » incapable de prononcer proprement son nom, « Et elle s'arrêtait pas et... Elias... » Puis elle leva enfin les yeux sur Rhys.
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MessageSujet: Re: The sound of silence    Sam 4 Juin - 19:26

Aucune parole n’avait filtré de ses lèvres en entrant dans le salon. Ni marque de tendresse, ni formule de politesse. Il ne prenait même plus la peine de faire semblant de s’intéresser à ses journées, tout comme elle lui épargnait les interrogations inutiles. Deux ombres qui ne faisaient plus que se frôler, quand leur animosité réciproque ne les poussait pas à se déchirer. A s’entretuer. La rage au fond du cœur et des remords entaillant les viscères. Elle le débectait. Cela faisait des jours qu’il ravalait ses accusations, qu’il les mastiquait furieusement pour éviter de détruire leur entente précaire. La lecture du dossier médical de son ancien amant l’avait littéralement pétrifié. L’amertume n’en finissait plus de ravager sa misérable carcasse. Il n’avait trouvé qu’une seule manière de contenir sa colère, au risque de la faire démesurément croitre et pourrir. Se taire et l’ignorer. Ne plus lui adresser la parole que pour le minimum vital, et éviter autant que possible de la croiser. Jusque-là, la méthode s’était avérée plutôt concluante, leur évitant une confrontation qu’il savait d’avance destructrice. Méprisante, sa femme ne lui accordait de toute manière plus la moindre attention depuis longtemps.

Ce soir-là, les prunelles sombres s’accrochaient pourtant à sa nuque comme un harpon. Il pouvait les sentir effleurer sa silhouette, ne pas perdre une miette du plus infime de ses gestes. Elle ne le fixait pas avec convoitise. Pas avec le désir brûlant que leur mariage raté avait fini par étouffer puis éteindre complètement en s’enlisant dans la routine. Non, elle le fixait avec l’air d’une gamine qui a commis une terrible bêtise et qui cherche comment l’annoncer à ses parents sans se faire trop punir. Il la sentait chercher ses mots, compter ses souffles, et son hésitation l’agaçait déjà prodigieusement. Le milicien ne fit rien pour l’aider, faisant mine d’être trop absorbé par le fonctionnement de la cafetière pour remarquer sa détresse. Il avait envie de lui cracher d’accoucher, de ne lui offrir que sa vulgarité et sa mesquinerie pour se venger de la mort de son créateur. Puéril comme jamais. La curiosité le tenaillait néanmoins. Louiza n’était pas du genre à prendre des gants avec lui, ou ne l’était plus. Une boule d’anxiété se formait déjà dans le creux de son ventre, raclant les chairs à vif pour s’y lover confortablement. Ainsi, même si l’envie de se comporter comme un sale gosse le tiraillait, l’islandais lui accorda toute son attention lorsque sa voix légèrement cassée s’éleva dans l’air. Les rétines acérées détaillèrent enfin la silhouette son épouse, cherchant vainement à s’accrocher aux prunelles sombres. Fuyantes, elles préféraient balayer le parquet poussiéreux. Aggravant inévitablement son mauvais pressentiment.

La mention de son frère lui fit le même effet qu’une tige de verre insérée dans sa colonne vertébrale, raidissant dangereusement ses vertèbres. L’eau avait eu beau couler sous les ponts, la blessure restait toujours aussi béante et infectée. Il ne s’était pas remis de la perte ni de la trahison de celui qui avait si longtemps été un pilier dans sa vie. Les sphères polaires suivaient les mouvements de la grecque, recréant la scène qui s’était déroulée dans son salon. Des sueurs froides se répercutaient contre ses membres à mesure qu’il comprenait où elle voulait en venir. De violents frissons dégringolaient son échine, le tétanisant cruellement. S’il n’avait pas fait son tour habituel par le garage, il y aurait certainement couru à toutes jambes sans attendre la suite. Il aurait dévalé les marches comme un fou pour s’assurer que rien n'était arrivé à Allison. Mais il l’avait fait. Il s’était heurté aux grognements macabres, aux crissements insupportables de la mâchoire de l’enfant. Qu’importe le nombre de fois où ils la nourrissaient, elle paraissait toujours aussi affamée. Dévorée par une faim si vorace qu’elle en écrasait tout le reste. Sa joie de vivre, son humanité, ses sentiments. Toutes les qualités rares qu’elle possédait avant qu’un monstre n’arrache son épiderme avec ses ignobles griffes. Toutes les petites choses qu’ils espéraient seulement profondément enfouies, et non perdues à jamais. La terreur se lisait dans ses pupilles translucides et ses jambes pliaient presque sous son poids. La nausée remontait par vagues et pendant de longues secondes, il fut incapable de prononcer le moindre son. Le sang figé dans ses veines peina à repartir, à irriguer à nouveau ses artères. Le visage blême, il passa sa main contre son torse, comme pour masser l’organe endolori et le contraindre à repartir.

La panique le faisait passer des flammes de l’enfer au froid de l’iceberg à une vitesse vertigineuse. Et pour ne pas perdre pied, il se raccrocha à ce qu’il connaissait le mieux depuis la fin de son adolescence. La haine. Ses traits se fermèrent et il abandonna l’appui salutaire du plan de travail pour rompre la distance qui le séparait de la cardiologue.  « - T’es en train de me dire qu’il l’a vue ? » Siffla t’il, la voix blanche. Devant l’absence immédiate de réponse, l’hostilité monta d’un cran et il agrippa la brune pour la secouer, meurtrissant ses épaules. « - C’est ça que t’es en train de me dire ? Que t’as laissé entrer cette petite fouine chez nous et voir Allie ? » Il la relâcha aussi subitement qu’il l’avait agressée, tournant dans la pièce comme un lion en cage. « - Putain de merde, mais dis-moi que c'est pas vrai ! T’es devenue complètement inconsciente ! Tu te rends compte de ce que t’as fait ? » Ses phalanges se pressèrent contre ses tempes douloureuses, tentant vainement d’atténuer les bourdonnements qui lui cisaillaient sauvagement le crâne. Le fauve s’arrêta soudain net, dévisageant la mère de sa fille. « - Qu’est-ce qu’il a dit ? Comment il a réagi ? » Il ne pouvait pas poser une question plus stupide. Comment pouvait-on réagir à une telle atrocité ? Mal, forcément. Et il ne faisait absolument pas confiance à son ami d’enfance pour garder un secret si lourd à porter. « - On ne peut plus la laisser là… » L’évidence qui s’imposait naturellement, qui pendait au-dessus d’eux comme une épée de Damoclès.

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MessageSujet: Re: The sound of silence    Sam 11 Juin - 19:15

Elle n'avait pas réussi à terminer sa phrase, mais elle en avait déjà assez dit. Le ton, les quelques mots clés qui les faisait frémir de peurs, quelques neurones restants pour faire les dernières connexions. Elle en avait assez fait. Il n'y avait pas besoin de rajouter davantage de phrase pour lui faire comprendre qu'elle avait accueilli Elias et qu'il était reparti avec ce qu'ils essayaient tant bien que mal de cacher. Elle n'avait pas besoin d'articuler plus de mots pour que Rhys monte sur ses grands chevaux, le nom d'Allie combiné à un ton inquiet suffisait à mettre la machine en route.
Louiza ne dit rien de plus lorsque Rhys lui posa ses premières questions. Il était en droit de réagir ainsi, et elle aurait fait exactement pareil. Alors elle pressa ses lèvres, resta silencieuse. Elle était en faute et dans de rares moments de lucidité, elle savait que remuer le couteau dans la plaie n'était pas la meilleur façon de cicatriser.
Elle grimaça lorsque ses mains vinrent attraper ses épaules, et grimaça d'autant plus lorsqu'il la secoua. Elle lui lança un regard noir, en essayant tout de même de rester silencieuse. Elle n'avait pas envie de se lancer dans une énième bataille, épuisée. Elle était prête à accepter ses hurlements et tous ses reproches, elle était prête à rester silencieuse, et essayer de le calmer, s'était-elle répétée. Elle était prête car elle était celle qui avait foiré, celle qui les avait mis dans ce pétrin pour commencer comme le disait si bien Rhys, et une fois de plus, elle avait foiré. Mauvaise mère, lui soufflait une voix. Mais malgré toute la bonne volonté qu'elle essayait d'y mettre, la force avec laquelle elle maintenant ses lèvres collées l'une contre l'autre, l'unique présence de Rhys venait remettre en question tous ses efforts. Elle s'était répétée les phrases avec lesquelles elle le lui dirait, de bonnes phrases bien construites. Elle avait essayé de maîtriser sa voix, le ton. Mais il suffisait que Rhys passe le pas de la porte pour que toutes ces précieuses préparations s'envolent.
Elle ne supportait plus sa voix, plus ses grands yeux menaçants. Elle ne supportait plus sa silhouette, sa bouche qui se déforme lorsqu'il lui gueule dessus. Les veines gonflées qui naissaient du dos de sa main, et qui allaient courir sur son avant-bras. Son habitude de la prendre pour une écervelée.

« Je lui ai pas ouvert toutes les portes de la maison avec des panneaux indiquant où elle était. » grinça-t-elle, la voix basse. Elle essayait de garder son calme, et garder son calme passait d'abord par ne pas hurler comme des déments. Ne pas imiter Rhys actuellement.
« Écoute, je sais que j'ai merdé, et je sais que... » elle faillit dire ''que tu m'en veux'' ou que ''tu ne me pardonneras jamais''. Quelque chose dans ces tons-là, mais elle se retint. Ça n'avait plus de sens, car il lui en voulait déjà, et il ne semblait pas être prêt à lui accorder son pardon. Et la liste des choses pour lesquelles il la détestait se faisait longue. « Je comprends ta réaction, mais oui je sais ce que j'ai fait, et je sais ce que ça veut dire, je ne suis pas aussi conne que tu le penses. »

Tout s'était enchaîné à une vitesse incroyable, Louiza avait perdu le contrôle d'Elias au moment où il entendit ce petit son métallique et régulier pour la première fois. Le reste n'était plus qu'une question de temps, de seuil de saturation atteint déclenchant la machine infernale qu'était sa curiosité sans fin. Comment avait-il réagi... Comment pouvait-on réagir en découvrant sa nièce à moitié vivante à moitié morte enchaînée dans le garage ?
Elle haussa les épaules en secouant la tête, car il n'y avait pas de réponse à cette question. Mais elle se précipita pour répondre à celle qui suivit : « Non, non... Il m'a promis. Elias m'a promis qu'il ne dirait rien, à personne. Il me l'a dit, alors non on ne la déplacera pas Rhys... On peut pas la déplacer. Et Elias ne dira rien, crois-m... Je sais que c'est compliqué entre vous, entre nous, mais c'est mon frère, et il a été comme un frère pour toi. » Elle voulait le convaincre, et le rassurer aussi – tout en essayant de se convaincre qu'ils ne risquaient effectivement rien avec Elias. Mais comme elle le disait, c'était compliqué, ça l'avait toujours été. « Il ne dira rien, à personne... » répéta-t-elle.
« Il faut qu'on la garde ici Rhys, elle est mieux ici qu'ailleurs. Elle est mieux ici avec nous, elle doit rester avec nous. Ça ne sera pas vivable si elle est à des kilomètres d'ici, si elle est seule toute la journée et qu'on n'est pas à proximité. Et le fait qu'Elias soit au courant... ça ne la met pas plus en danger que les soirs où elle crie jusqu'à tomber de fatigue et perdre la voix. Il l'aime, c'est sa nièce et la notion de famille, ça signifie quelque chose pour lui. Alors je sais ce que tu penses de lui, et je sais ce que tu penses de moi aujourd'hui mais crois-moi lorsque je te dis que la dernière chose sur laquelle on tombe encore d'accord, c'est Allie. Et que je ne ferai jamais quelque chose qui lui nuirait. »
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MessageSujet: Re: The sound of silence    Dim 19 Juin - 0:47

Il pensait pouvoir lui faire confiance sur ce point. Au moins sur ce point. Ils se déchiraient pour tout, supportaient à peine de respirer le même air, mais il n’y avait pas plus soudés qu’eux lorsqu’il était question d’Allison. Il ne se souvenait plus qui avait eu l’idée le premier de la maintenir dans cet état déplorable, entre la vie et la mort. Il se rappelait seulement qu’ils n’avaient pas pu la tuer, lorsqu’ils étaient enfin parvenus à la maitriser. Elle ressemblait à un être possédé, les traits déformés par la faim qui s’agrippait sauvagement à ses viscères. Elle n’avait plus rien de l’enfant calme et affectueuse qu’ils connaissaient. Mais aucun des deux n’avait eu la force de renoncer à la retrouver. Ils n’étaient pas prêts à faire leur deuil, ils ne le seraient sans doute jamais. Et il ne voulait pas l’être. Une existence sans la prunelle de ses yeux n’aurait plus le moindre sens, il refusait de l’envisager. La simple perspective de la perdre pour de bon le détruisait. Il ne se sentait pas assez fort pour ça, il ne s’en remettrait pas. Il préférait jouer à l’autruche, rester en sursis. « - Il t’a promis mais alors ça change tout ! Tu aurais dû commencer par ça. » Un ricanement amer, nerveux, s’extirpa de sa trachée. La gorge douloureuse, comme brûlée à l’acide. L’anxiété grimpait, griffait ses nerfs jusqu’à dangereusement les effriter, à mesure qu’il prenait consciences des risques et des conséquences.

L’argument ultime de la chirurgienne pour le rassurer manqua de le faire s’étrangler tant il était mensonger. Ils n’avaient jamais été aussi étrangers que depuis qu’ils appartenaient à la même famille. « - Il a été comme un frère pour moi ?! Et à quel moment exactement, au cours de ces vingt dernières années ? Quand il m’a cassé la gueule pour avoir osé te toucher ? Quand il a tout fait pour bien me faire comprendre que je n’étais qu’un pauvre minable qui ne méritait pas d’avoir épousé sa petite sœur ? Toutes les fois où il a tenté de te convaincre de me quitter ? » Son beau-frère n’avait jamais accepté leur relation, tous les moyens avaient été bons pour le lui faire comprendre. Il pensait qu’il s’adoucirait au fil du temps, mais la situation critique n’avait fait qu’empirer. Leur précieuse complicité n’était plus qu’un ramassis funèbre de cendres depuis des années. Ils ne se toléraient même plus. « - Ou bien quand il s’est empressé de tout te répéter pour Calyxte, alors que je l’avais supplié de me laisser tout t’avouer avant ? » Même prononcer son prénom lui faisait mal. Tout l’édifice tremblait systématiquement, agrandissant la faille meurtrière qui lui déchirait la cage thoracique. Menaçant l’intégrité des fondations. Comme s’il suffisait d’un misérable coup de vent pour que la statue de marbre s’effondre, s’émiette aux pieds de l’épouse trompée. C’était le cas, d’une certaine manière. Les rétines voilées par le chagrin entaillaient celles de sa compagne, leur envoyant silencieusement tous les reproches qu’il gardait pour lui depuis l’annonce fatidique. Les lignes édifiantes du rapport médical dansaient encore derrière les prunelles de glace, cisaillaient le crâne jusqu’à lui provoquer une atroce migraine. Elle aurait pu le sauver. Elle aurait dû le faire. Au moins tenter d’enrayer la chute. Les restes d’orgueil et de jalousie mal placés de la brune étaient incompréhensibles pour lui. Quel intérêt de compromettre la santé de l’ancien amant alors qu’elle ne paraissait plus ressentir qu’une profonde répugnance pour son mari ? Que la plaie soit encore ouverte n’était pas une excuse recevable selon lui. Pas quand leur couple se résumait à présent à un vulgaire bout de papier, à un nom partagé. Elle aurait dû accepter de le soigner. Les cardiologues ne couraient plus les rues désormais.

« - Ne prétends pas que tu ne ferais jamais rien pour lui nuire. Tu viens justement de prouver le contraire. Tu n’aurais pas dû lui ouvrir, le laisser rentrer alors qu’il est toujours à l’affut du moindre scoop. » La main balaya l’air avec dédain. Elle connaissait la curiosité insatiable d’Elias, elle aurait dû anticiper. Le laisser sur le pallier, quitte à le vexer. « - Il te dit qu’il comprend, il te jure qu’il ne dira rien maintenant, mais sur le long terme ? Ce n’est pas sa fille, c’est sa nièce. Il ne peut pas comprendre ce qu’on vit, même en essayant de toutes ses forces. Il finira par s’en mêler, par estimer que cette situation n’est pas la meilleure pour elle ou pour toi et par prendre les devants comme il sait si bien le faire. » Il ne lui accordait plus aucun crédit. Il le croyait capable de tout, au nom de ses idéaux, au mépris de leurs convictions. Et au-delà, il n’était pas juste de faire peser sur ses épaules une partie de leur fardeau. De l’obliger à cautionner une décision que certains auraient aisément qualifié d’inhumaine. « - C’est déjà un choix difficile à maintenir pour nous, alors pour lui... » Qu’est ce qui leur assurait que leur volonté ne le travaillerait pas au point de vouloir y mettre un terme ? La parole de l’homme ne valait rien face à des enjeux aussi graves. Il pouvait décider d’abréger les souffrances d’Allie, faire primer la volonté de la protéger sur l’aveuglement des parents fous de désespoir. Même si de son côté, l’islandais ne se serait jamais vu interférer dans le choix de son beau-frère d’éteindre ou de maintenir les machines maintenant son fils en vie. « - La notion de famille, ça signifiait quelque chose quand il a conduit ivre avec son fils dans la voiture ? Qui te dit que sa langue ne se déliera pas dès qu’il aura un peu trop abusé de la bouteille d’ailleurs ? Tu fais confiance à un alcoolique toi ? Pas moi. » D'autant moins qu'il ne valait pas mieux que lui à ce niveau-là. Les remords s’insinuèrent néanmoins quasiment immédiatement dans son palpitant, raclant violemment la chair à vif. Une erreur, aussi dramatique soit-elle, ne justifiait pas une telle débâcle. De se montrer si virulent gratuitement.

« - Plus ce secret est partagé, plus il y a de risques qu’il soit éventé. » L’inquiétude transperçait littéralement ses cordes vocales, altérant sa voix. Cassée, ébréchée, presque méconnaissable. L’oiseau de mauvais augure refusait de continuer tête baissée, jugeant trop périlleux que le grec ait été mis dans la confidence. Mais elle avait raison sur un point. L’éloigner d’eux et prier pour que personne ne la découvre n’était pas vivable. Les phalanges secouées de frissons du soldat se posèrent contre le meuble le plus proche, en quête d’un appui pour ne pas vaciller. « - On peut toujours déménager. On arrêterait d’alimenter les envies de meurtre du voisin d’en face, ça nous serait peut-être même salutaire. » Lâcha t’il subitement, persuadé de tenir la solution miracle alors qu’il ne s’agissait même pas d’une alternative réellement envisageable au fond. A croire qu’il tenait à éviter de croiser si régulièrement l’ami trahi au nom de la milice. Celui dont il avait froidement assassiné la femme sur ordre d’un de ses supérieurs. Comme si ne plus le voir pouvait suffire à faire disparaitre la culpabilité qui lui dévorait sournoisement le cœur.

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MessageSujet: Re: The sound of silence    Lun 27 Juin - 22:34

Elle pinça ses lèvres lorsque Rhys lui donna quelques exemples de la liste très exhaustive qu'il pouvait avoir sur le sujet d'Elias, agissant en tant que grand frère, et surtout, Elias, agissant comme un imbécile. Il n'avait pas tort, Elias n'avait pas été facile, il était lourd, et insistant. Il était cette petite fouine qui tenait son morceau et qui ne lâchait rien, jamais. Et Louiza lui en avait voulu, de ne pas être capable de partager ses choix de vie et ses choix d'être heureuse avant tout, car elle l'était. Elle était heureuse avec Rhys, elle avait retrouvé celui qu'elle avait aimé pendant des années et qu'elle ne croyait jamais revoir un jour. Elle lui en voulait, de ne voir que le mauvais côté des choses et des personnes, de mettre le doigt sur les moindres petits défauts et erreurs, et en faire une montagne. Elle lui voulait d'essayer de les séparer, car elle voyait ça comme une tentative de la rendre malheureuse, elle le trouvait égoïste à mourir, constamment présent pour lui rabâcher qu'elle valait mieux que Rhys, et qu'elle était assez intelligent pour s'en rendre compte. Elle lui en avait voulu, longtemps, même lorsque leur mariage commençait à partir en lambeaux, et c'était sans doute à ce moment-là qu'elle lui en avait voulu le plus. Elle pensait que c'était de sa faute, que ses petites paroles insidieuses avaient fini par trouver leur chemin et avaient fait leur effet. Qu'il était responsable de l'état de leur relation, comme leurs parents étaient responsables des misérables personnes qu'ils étaient devenues. Il suffisait de répéter assez de fois à un enfant qu'il n'était bon à rien, rien de plus qu'un échec, le répéter encore et encore pour que les mots finissent par se tatouer dans son esprit.

Elle n'avait rien à rétorquer à ça. Et elle était prête à ne rien dire de plus au sujet d'Elias si seulement Rhys avait eu la jugeote de fermer sa grande gueule. Le nom de Calyxte mit le feu aux poudres. « Arrête, tu ne m'aurais rien dit. Tu crois vraiment que si Elias n'avait pas été au courant et pris l'initiative de me le dire, tu te serais levé un matin avec assez de culpabilité pour me l'avouer ? Tu ne m'aurais rien dit, et t'aurais peut-être même continué à coucher avec lui, et à adorer me prendre pour une idiote, et ricaner tous les deux à chaque fois qu'il viendrait me voir en consultation. » Elle l'avait toujours en travers de la gorge... et ne se doutait pas qu'elle était finalement dans le rôle de l'idiote qu'elle méprisait. Elle n'était pas mieux, elle n'était au courant que d'un pauvre centième de l'histoire, et avait l'impression d'avoir été celle qui avait arrêté sa petite coucherie. Elle ne se doutait de rien, ignorait qu'elle avait été trompée bien plus longtemps qu'elle ne le croyait. « Alors oui, c'est vrai qu'Elias n'a pas toujours été très agréable avec toi ces dernières années, c'était un bon connard même pour être franche. Il a été con de venir te casser la gueule, de venir me répéter que tu n'étais qu'un minable, que je commettais une grossière erreur en m'engageant avec toi. Il a été con d'essayer de nous mettre des bâtons dans les roues. Je lui en ai voulu, tu sais, parce que ce qu'il me racontait me semblait faux, et que ça allait bien entre nous, et que l'horrible portrait qu'il dépeignait de toi était tellement loin de la réalité. Ça n'avait rien à voir avec le Rhys que je connaissais. » Elle avait dit ces dernières phrases avec son beau sourire, un peu mélancolique, un peu nostalgique, et surtout très cynique. Elle le dévisageait, parcourait sa silhouette de haut en bas, avec dégoût et mépris et ne s'en cachait pas. « Mais faut croire que j'avais tort en fin de compte, et qu'Elias avait raison depuis le début. »

Elle était fatiguée d'entendre ces mêmes reproches encore et encore, elle avait l'impression qu'on lui enfonçait dans l’œsophage un vieux plat de nouilles, toujours les mêmes, toujours trop salées, auxquelles on rajoutait un semblant d'épice supplémentaire à chaque fois pour lui faire croire qu'elles étaient différentes. C'était toujours la même chose, et dans tous les cas, elle se trouvait fautive. Elle était responsable d'Allie, et elle avait échoué. Voilà tout ce que Rhys savait dire aujourd'hui.
« Tu crois que je lui ai ouvert la porte en espérant qu'il trouve Allie ? Tu crois vraiment que j'essaie de la mettre en danger ? Si je voulais le faire je n'aurais pas attendu aussi longtemps. Si je voulais juste qu'on la trouve et qu'on l'abatte j'aurais pas attendu aussi longtemps. Va te foutre Rhys, si tu crois que tu es le seul à savoir ce qui est mieux pour elle, et que tout ce que tu fais tu le fais pour elle. C'est facile d'avoir le beau rôle lorsque t'es jamais là, trop occupé à enculer le premier venu, pour rentrer la voir deux minutes et demi et aller te planquer et te saouler dans la chambre. »

Elle avait les tempes en sueur, les mains moites. On dit que parler pouvait aider, aider à se sentir mieux, à évacuer ce qui nous tracasse. Louiza n'arrivait cependant pas à confirmer ça. Elle venait de cracher sa bile sur Rhys, car ça faisait bien trop longtemps qu'elle ne l'avait pas fait et que sa rancœur s'était accumulée jusqu'au point de non retour. Elle lui vomissait tout ce qui grouillait en elle, tout ce qu'elle essayait de garder silencieusement contenu en ignorant Rhys à chaque fois qu'il mettait les pieds à la maison, à chaque fois qu'elle le croisait en sortant de la salle de bain, à chaque fois qu'elle devait rester plus de cinq secondes à ses côtés.
Elle grimaça lorsque Rhys évoqua le fils d'Elias, cloué à la lit d'hôpital à cause de lui. C'était un bon point, et elle ne pouvait le nier – et c'était bien ça le problème, elle ne pouvait pas nier qu'Elias avait ses démons et qu'il n'était pas toujours dans le contrôle, mais elle ne pouvait pas admettre que ses vices remettaient en question toute sa personne. Elle ne pouvait pas se permettre de douter de lui, car elle avait beaucoup trop à perdre – elle avait Allie, à perdre.
« Je lui fais confiance. » grogna-t-elle. « Je lui fais confiance, et je me fous de savoir si tu partages mon avis ou non. Tu peux t'en aller, tu peux prendre tes affaires, et te barrer d'ici. Tu peux reposer tes prétendues responsabilités de père et t'en aller, ça ne changera rien à la situation actuelle dans la mesure où t'es jamais là de toute façon. Mais je resterai ici, et Allie restera ici avec moi. Et ce n'est pas une suggestion. »
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MessageSujet: Re: The sound of silence    Mer 6 Juil - 18:48

Oiseau de mauvais augure ou ancien ami particulièrement lucide, Elias ne leur avait épargné aucune prédiction désastreuse durant leur mariage. Il avait voulu le détromper. De toutes ses forces. Il avait mis tout son cœur dans la réussite de leur mariage, il s’était attelé à la rendre aussi heureuse qu’il le pouvait en atténuant ses vieux travers. Il avait renoncé à beaucoup de choses, embrassé un rêve qui n’était au fond pas vraiment le sien. Se marier, fonder une famille, mener une vie paisible. C’était Louiza qui y aspirait, pas lui. Mais il était parvenu à se persuader qu’il le voulait également, qu’il parviendrait à se ranger. L’illusion avait fonctionné pendant un temps, avant de voler en éclats, mutilant gravement au passage l’attachement qu’ils pouvaient se porter. Il s’en voulait d’avoir échoué. D’avoir donné raison à son frère, de lui avoir prouvé qu’il n’était qu’un pauvre minable indigne d’elle. Il n’avait jamais ressenti de honte plus cuisante que lorsqu’il l’avait surpris en train de dévorer les lèvres de son amant, se livrer sans la moindre pudeur à l’adultère dans l’obscurité des archives. « - Peut-être, mais c’était différent, qu’Elias soit au courant ne me laissait plus le choix. Tu aurais au moins pu l’apprendre de ma bouche et pas de la sienne. » Cela n’aurait pas changé grand-chose, il en avait bien conscience. Mais il aurait voulu choisir ses mots, le lui avouer sans intermédiaire. Il blâmait le grec parce que c’était plus simple, plus facile que de reconnaitre combien il avait été lâche. Il aurait dû le faire dès le premier soir, bien avant d’atteindre le point de non-retour et d’être incapable de mettre un terme à sa liaison. Il aurait dû le faire avant de les perdre tous les deux.

Le dialogue de sourds n’en finissait plus. Ils ne savaient que se renvoyer la balle, avec toujours plus de haine, toujours plus de violence. Trop bornés pour cesser stupidement de se déchirer. Les mots de sa femme le blessaient cruellement, s’enfonçaient comme des tisons chauffés à blanc dans ses plaies ouvertes. Toutes celles qui s’infectaient depuis des années, qu’ils n’avaient jamais laissé cicatriser, trop occupés à s’en faire de nouvelles. L’image sordide qu’elle avait de lui l’humiliait, le faisait frissonner de rage en constatant qu’elle réussissait encore à le rabaisser plus bas que terre. Il voulut fermer le poing mais c’est toute sa main qui trembla. Chaque coup le démunissait de ses forces, tout en renforçant le ressentiment viscéral qu’il éprouvait pour elle. « - Arrête de transformer tout ce que je dis à ton avantage en te déchargeant de tes torts. Evidemment que c’est aberrant présenté comme ça. T’aurais jamais dû le laisser entrer et au fond t’en as conscience, sinon t’en aurais mené plus large tout à l’heure. Mais je ne prétends pas que tu veux lui faire du mal, je sais que tu ferais n’importe quoi pour elle. Je t’accuse juste d’avoir été négligente. Encore une fois. » Il ne lui pardonnait pas d’être sortie seule avec Allie pendant les émeutes, de ne pas avoir mesuré le danger extrême que cela représentait. Elle aurait dû rester confinée avec leur fille, ne pas sortir tant que les rebelles sévissaient, mettaient les rues à feu et à sang.

La vulgarité de son épouse en évoquant Calyxte le fit blêmir, souillant de manière affreusement crue sa mémoire. Il dut se retenir de lui en coller une, tant ce n’était pas l’envie de lui décrocher la mâchoire qui lui manquait. « - C’est tout ce que t’as à la bouche hein ? Que je me barre ? Mais va-y, fous-moi à la porte si t’y tiens tant, assume putain au lieu d’essayer encore une fois de me faire passer pour le pire des salauds ! T’es sans arrêt en train de jacter mais t’assume rien Louiza. T’es pas foutue de me mettre dehors, alors tu te jette sur le moindre prétexte. Tout ce que tu sais faire c’est me cracher à la gueule sans te salir les mains. » Siffla t’il, le dégoût rivé aux prunelles. Presque menaçant, il se rapprocha d’elle, la poussant à reculer sous le coup de l’énervement. Désireux de la coincer contre le mur, sans échappatoire. « - Et après tu viendras pleurnicher ? M’accuser d’avoir abandonné le domicile conjugal ? Mon image de marque en est plus à ça près tu me diras. » Ironisa t’il, l’amertume dans la voix.

Et subitement, il se demanda ce qui le retenait. Ce qui le poussait à entretenir si ardemment un mensonge qui ne sauvait pas pour autant leur mariage. Si elle devait continuer à le détester, autant qu’elle le fasse pour les bonnes raisons. « - C’était pas le premier venu. » Lâcha-t-il, en s’immobilisant net. « - Je l’ai connu à l’armée juste après m’être engagé. J’ai eu une relation de presque un an avec lui, et elle se serait surement poursuivie si j’avais pas été muté parce que ça faisait désordre, deux soldats qui couchent ensemble. » Un ricanement acerbe lui échappa en songeant à l’esprit étriqué de l’armée, à la façon écœurante dont ils leur avaient fait comprendre que leurs penchants étaient une tare. Il venait d’ouvrir la vanne et n’arrivait plus à s’arrêter. En dépit du chagrin qui s’amassait dans sa gorge, formant une boule de plus en plus étouffante. Il n’avait plus de filtre. « - Je l’ai revu à New York et ça a repris comme si ça c’était jamais arrêté, pendant quatre ans. C’était pas une aventure d’un soir. Je l’aimais. Je me suis persuadé que j’avais commencé à te tromper pour me venger du quotidien de merde auquel tu m’avais condamné mais au fond, c’était peut-être là aussi qu’un prétexte pour faire exactement ce dont j’avais envie. » Confessa t’il d’un trait. Le milicien sentit un intense soulagement s’emparer de lui, au même titre qu’une sensation terrible d’immense gâchis. C’était la première fois que le métamorphe admettait l’importance de son créateur à voix haute, et même tout court. Il préférait se leurrer, le ramener à une vulgaire dépendance, à une ignoble histoire de vengeance. Mais la vérité était qu’il se sentait mort sans lui, que tout était devenu terne et sans saveur depuis. Qu’il était pitoyable de ne le réaliser que maintenant qu’il était définitivement trop tard. Elle le révulsait de l’avoir privé de tout espoir de le revoir. « - Je l’aimais et tu l’a tué. A quoi ça t’a servi ? C’était jouissif de l’envoyer au diable, de te dire qu’il allait crever ? Qu’est-ce que ça pouvait bien te foutre au point où on en était tous les deux ?! » Hurla t’il, les rétines brillantes de larmes qui refusaient de couler. De colère, de peine. Il venait de tout réduire à néant. Son semblant de détachement vis-à-vis du géant. Le simulacre de confiance que son épouse daignait encore lui vouer. Le masque qui tombait avant de se faire engloutir par le creux abyssal qui s'élargissait déjà dans sa poitrine. Il se sentait comme une coquille rêche, asséchée. « - J’ai surement gâché ta vie mais tu vois, t’as pas arrangé non plus la mienne. » Conclut-il cyniquement, retrouvant le ton froid et monocorde qui le caractérisait en temps normal, empreint d’une lassitude à son paroxysme. Il venait de tout réduire à néant, et il ne ressentait pourtant plus rien. L’âme comme détachée de sa propre enveloppe. Il ne ressentait plus que le vide. Effroyable. Vertigineux. Monstrueux. L'abîme au bord de laquelle il tanguait, il vacillait dangereusement. Le néant qui ne tarderait probablement pas à se faire happer par la culpabilité de s’être montré si égoïste en lui révélant tout.

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MessageSujet: Re: The sound of silence    Lun 11 Juil - 16:27

Elle se sentit révoltée lorsque Rhys lui répondit qu'elle n'avait qu'à lui foutre un coup de pied à la porte, tout en lui faisant comprendre qu'il ne l'en pensait pas capable. Car elle s'en pensait capable, car elle n'était pas la femme frêle et fragile qui ne saurait vivre sans le support de son mari. Elle n'avait pas besoin de Rhys pour continuer à vivre, elle le faisait bien sans lui depuis de longs mois déjà. Ils étaient devenus d'horribles colocataires, se détestant et s'ignorant, continuant à habiter ensemble car d'une certaine façon, cela les arrangeait. Voilà à quoi ils ressemblaient, des colocataires aigris qui ne supportent pas les habitudes de l'autre, et qui persistent sous le même toit, de façon insensée, pour des raisons qui ne sont certainement pas les bonnes.

Elle bouillait, frétillante comme l'eau sifflant dans sa bouilloire. Une approche calme ne menait à rien, et elle l'avait constaté une énième fois. Elle n'était pas capable d'accrocher un air doux et fabriquer une voix mélodieuse pour se faire pardonner, elle n'en était pas capable lorsque Rhys devant elle n'était foutu que d'aboyer comme un chien enragé. Elle n'était pas prête à faire concessions sur concessions lorsque Rhys n'était pas prêt à en faire ne serait-ce qu'une.
Mais la suite de son discours lui fit l'effet d'une douche froide. Ses premiers mots, banals, n'étaient que l'ouverture d'une suite sombre, une vérité bien laide qu'elle n'avait jamais imaginée. Calyxte, pour elle, ce n'était qu'une belle gueule au cœur foutu avec qui Rhys avait eu une relation d'un soir. D'un soir. C'était ce qu'il lui dit, assuré, répété. Ce n'était qu'un écart, un faux pas, une erreur unique. C'était une erreur, et elle était unique. Elle l'avait cru, et c'était déjà trop – car elle ne comprenait pas. Elle ne comprenait pas comment on pouvait appeler ça une erreur, comment on pouvait déraper pendant de longues minutes si ce n'est plus, et appeler ça une erreur. Comment on ne pouvait pas s'entendre dire que c'était une putain d'erreur, et continuer à s'envoyer en l'air dans les archives.
Et Rhys venait lui apporter cette explication – ce n'était pas une erreur, c'était une aventure qui s'était prolongée. C'était un homme qu'il avait rencontré bien avant, avant elle d'une certaine manière. Lorsqu'elle était cette piteuse petite Nora qu'il avait abandonnée, et qui avait essayé de se faire à l'idée qu'elle ne le reverrait plus.
Chaque mot qu'il prononçait firent l'effet d'un couteau qui se plantait dans son ventre, créant une plaie et qu'il élargissait à mesure qu'il parlait. Et il venait rajouter du sel sur ces plaies à chaque silence qu'il laissait.

Quatre ans. Je l'aimais.

Elle aurait préféré que ce ne soit qu'un écart unique.
Elle se sentit petite et honteuse. Elle avait honte d'avoir été aussi aveugle, d'avoir cru qu'elle avait été plus maligne en l'obligeant à avouer qu'il l'avait trompée une fois, d'avoir eu l'impression de contrôler la situation. Se rendre compte qu'il l'avait dupée depuis des années était dur à avaler, elle se demandait véritablement si Calyxte ricanait lorsqu'il venait en consultation, s'il allait ensuite partager son moment avec Rhys, et s'ils riaient d'elle ensemble. Elle se demandait si Rhys passait ses journées avec lui, et revenait vers elle le soir comme si de rien n'était – non elle ne se demandait pas, elle le savait. Il devait passer des journées palpitantes avec son amant, et revenir le soir à sa vie morose, embrasser sa fille et enfiler le costume du rôle de père de famille dans une petite maison de banlieue chic. « Tu me trompais avec lui lorsque... lorsqu'on essayait d'avoir un enfant ? Lorsque je t'ai annoncé que j'étais enceinte d'Allie ? Pendant toute la grossesse, lorsqu'elle est née ?! Pendant tout ce temps... ? »

Je l'aimais et tu l'a tué.

Elle avait une moue de dégoût saupoudrée d'une tristesse infinie. Elle n'avait plus entendu le verbe aimer dans la bouche de Rhys depuis longtemps. Et l'entendre associé à Calyxte deux fois dans la même minute était bien plus difficile à encaisser qu'elle ne l'aurait imaginé. Elle se sentait comme la fille qu'on épousait pour des raisons familiales, et qui faisait tâche dans le décor de leur grand amour. Pas méchante, pas cruelle, juste tâche. Cette femme qui se présente aux réunions de famille, tient un large sourire et de beaux cheveux impeccables, celle qui fait bonne figure auprès des autres et celle avec qui on donne l'impression de famille rangée et heureuse. Mais celle qui à la maison fait sacrément chier parce qu'elle ne comprend pas pourquoi son mari à elle ne l'aime pas comme elle l'aurait souhaité ou simplement comme il l'aimait auparavant. Celle femme un peu idiote qui n'y voit que du feu, pendant que la partie intéressante de l'histoire se déroule dans son dos. L'histoire de ces deux soldats qui s'aiment en silence.

« Tu me répètes constamment que j'aime te donner le mauvais rôle et me garder le bon, mais est-ce que tu t'entends parler ? » elle fronça les sourcils, et cracha avec dédain « Il allait crever, de toute façon. » Elle se sentit horrible, pendant une fraction de seconde. Elle était au courant de sa mort, elle ne s'était pas sentie soulagée ni joyeuse de l'apprendre, mais elle ne s'était certainement pas sentie peinée. Mais pendant cette fraction de seconde, elle se sentit presque satisfaite de pouvoir lui cracher cette phrase.
« J'avais pas à supporter l'amour de ta vie en consultation tous les trois mois, et je ne l'ai pas laissé partir sans rien. Contrairement à ce qu'il voulait croire, il y a encore des cardiologues n'ayant pas le nom de Steinsson qui pratiquent, et s'il n'a pas voulu se faire suivre ailleurs et arrêter tous ses traitements, je pense qu'après autant d'années, il savait à quoi à il s'exposait. Alors n'essaie pas de rejeter sa mort sur moi, et arrête de penser que j'irai tuer quelqu'un pour te récupérer... ou pour me venger, je n'ai pas cette théâtralité là. »

J’ai sûrement gâché ta vie mais tu vois, t’as pas arrangé non plus la mienne.

Elle secoua la tête. Ils étaient tout aussi têtus l'un que l'autre.
« Tu t'es fait ça tout seul Rhys. Pourquoi est-ce que t'es resté ? Pourquoi est-ce que t'es pas parti pour vivre ton idylle, hein ? Et ne me dis pas que c'est pour Allie. Pourquoi est-ce que t'es revenu, la première fois ? Pourquoi est-ce que t'as essayé de te faire pardonner, pourquoi est-ce que t'as voulu qu'on ait une deuxième chance lorsque tu savais qu'il y avait mieux ailleurs ? Pourquoi est-ce que tu t'es accroché à moi comme si tu m'aimais pendant autant de temps ? J'étais quoi, ton lot de consolation pour avoir perdu Calyxte ? »
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MessageSujet: Re: The sound of silence    Lun 25 Juil - 23:33

Il venait de tout avouer. Cette vérité horrible qui l’empoisonnait depuis des années, qui gangrénait sournoisement son palpitant. Celle qui le brûlait ardemment dans ses pires moments de colère, mais qu’il ravalait constamment. Parce que c’était trop tard, et qu’elle ne méritait pas ça. Elle aurait mérité de l’entendre immédiatement, ou qu’il ne la trompe pas. Pas d’apprendre que l’époux qu’elle avait accepté à nouveau dans son lit continuait de lui mentir effrontément. De croire que sa vie entière était basée sur un mensonge. Il venait de tout lui avouer, et s’il se sentit délesté d’un poids l’espace d’une minute, il le regretta presque instantanément. Toute la haine qu’il éprouvait pour elle n’était pas suffisante pour contrebalancer son égoïsme. L’aveu ne servait à rien, si ce n’est à achever de la détruire. Porter le coup de grâce à une union qui battait de l’aile avant même son adultère. Qu’est-ce qu’on pouvait bien faire ou dire après ça ? Ce n’était pas rattrapable. C’était le genre de bombe qui une fois lâchée, décimait tout sur son passage. Ne laissant que désolation, poussière et ruines. On ne pouvait rien sauver des décombres, pas même la liberté taillée au couteau le jour de leur mariage. C’était le genre de confession qui remettait tout le reste en question. Elle ne pourrait plus croire une seule de ses paroles désormais.

Les interrogations un brin affolées lui firent froncer les sourcils, suscitant son étonnement. Il n’avait plus jamais été infidèle lorsqu’il était devenu père. S’il avait longtemps pris le risque de perdre sa femme si elle apprenait sa liaison, il n’avait jamais eu la même audace avec leur enfant. Il n’aurait pas supporté que son côté dépravé lui coûte la prunelle de ses yeux. « - Quoi ? Mais non, lorsque tu m’as annoncé que tu étais enceinte, c’était déjà terminé. Et ça a commencé bien après qu’on ait plus ou moins renoncé à avoir un enfant. Allie était… un accident, et tu le sais très bien. » Ils faisaient partie de ces couples qui se marient trop vite, trop jeunes, sans réfléchir. Sans réellement confronter leurs objectifs de vie, sans suffisamment se connaitre. Ils n’étaient que deux gosses lorsque l’islandais lui avait dérobé son premier baiser, et ils n’étaient pas beaucoup plus matures lorsqu’il lui avait passé la bague au doigt. La décision d’agrandir leur famille s’imposait comme une suite logique, et il n’avait pas eu le cran de lui confier ses doutes. De lui avouer qu’il n’était peut-être pas fait pour ce quotidien-là. Pour la jolie maison, le gentil chien et les marmots qui gambadent joyeusement sur la pelouse. Pour tout ce confort matériel qui ne remplirait jamais le vide dans ses entrailles. Il se sentait indigne d’être père. L’idée de transmettre le patrimoine génétique de son violeur de géniteur le révulsait. Il s’était senti soulagé de voir que leurs efforts pour procréer étaient vains. Le ventre empli d’une terre stérile, inapte à s’arrondir. Ils avaient fini par y renoncer au fil des années, à mesure qu’ils s’embourbaient dans une routine mortifère. L’annonce de la grossesse inespérée, presque simultanément à celle de son abjecte infidélité, l’avait totalement pris par surprise. Mais il avait fait un choix, celui de rester avec Louiza pour élever leur fille si elle acceptait de le reprendre, et il s’y était tenu. Elle l’avait sans doute fait pour de mauvaises raisons, par crainte d’assumer une telle charge seule, mais il s’était efforcé de tenir ses engagements.

Il allait crever de toute façon. Ignoble, tranchante, l’affirmation macabre glaça les os jusqu'à la moelle. Les relents de haine se renforçaient, s’échouaient contre sa piètre carcasse avec une hargne inégalée. Il ne supportait plus le mépris flagrant qu’elle lui crachait, qu’elle lui jetait à la figure sans fin. Elle avait certainement raison, mais le constat faisait affreusement mal. Se persuader que Calyxte était forcément condamné aurait pourtant surement été salutaire pour lui, qui se blâmait d’avoir participé à la chute du géant. Il entendait encore résonner la sonnerie d’alarme stridente de la machine qui mesurait son pouls, celle qui s’était emballée en sa présence une poignée de semaines avant sa mort. Il lui avait brisé le cœur une énième fois, alors qu’il n’en restait déjà plus que de misérables débris. Et tout ça pour quoi ? Pour ne pas trahir à nouveau une épouse qu’il débectait de toute manière profondément. Il aurait mieux fait de rompre son engagement. « - Bien sûr, traite-le d’imbécile ignorant tant que tu y es. Tu ne crois pas que s’il avait eu un autre choix, il serait allé consulter quelqu’un d’autre ? Tu imagines combien ça a dû être difficile de venir te supplier, en sachant qu’il n’y avait quasiment aucune chance que tu acceptes après ce qui s’était passé entre nous ? » Il savait que ses interrogations ne serviraient qu’à jeter de l’huile sur le feu, qu’à l’énerver davantage. Ils s’étaient engagés dans un dialogue de sourds, où l’un et l’autre se rejetaient violemment leurs torts. Que le milicien ait piétiné sa fierté pour demander de l’aide ou non devait lui faire une belle jambe. Le peacekeeper ne voulait pas admettre non plus que l'américain ait pu renoncer comme elle le disait, s'exposer de manière suicidaire à une issue fatale. « - J’aurais préféré que ce soit pour me récupérer ou pour te venger tu vois. T’aurais eu une vraie raison au moins. Mais t’es juste bouffée par l’orgueil, constamment en train de siroter ton propre venin. » Les prunelles claires vinrent se heurter aux sphères sombres, embrumées par le ressentiment et le chagrin. Il n’osait pas imaginer ce qu’elle devait penser de lui, quand elle avait été incapable de pardonner une incartade isolée.

Une grimace amère écorcha ses lippes lorsque la grecque le pressa de s’expliquer, d’arracher au néant les justifications qu’il lui devait. Elle fouillait au creux de ses viscères de sa main glaciale, désireuse d’en extirper des vérités qu’il refoulait lui-même. Il aurait mille fois préféré une crise de rage, qu’elle lui lance des objets à la figure, qu’elle le frappe. Elle restait terriblement calme et froide. Impériale dans sa gestion des émotions, même s’il voyait le masque se craqueler. « - Pour quoi d’autre, si ce n’était pas pour elle ? Qu’est-ce que tu veux m’entendre dire ? C’est notre priorité et notre excuse pour tout depuis qu’elle est née, évidemment que je suis resté pour elle. » Un bref haussement d’épaules accompagna la tirade qui coulait de source. Ils se raccrochaient à Allison comme à une bouée de sauvetage en pleine tempête. « - Je n’étais pas encore… accroché à lui la première fois. C’était pas sérieux. Je pensais encore à toi. Tout le temps. J’étais convaincu que c’était toi l’amour de ma vie, quand je suis revenu. » Souffla t’il, presque honteux de se montrer sincère avec elle. Il rêvait d’être avec elle depuis qu’il était gamin, elle n’était pas son lot de consolation. Jamais. Mais ils s’étaient l’un comme l’autre trop idéalisés, inaptes à se montrer à la hauteur de leurs illusions. Ils s’étaient abimés, entaillés, jusqu’à qu’à muer les étincelles d’antan en vulgaires cendres. « - Mais t’as essayé de me changer. Tu ne voulais pas rester avec un courant d’air mais c’est tout ce que t’as récolté en m’obligeant à choisir entre toi et l’armée. Du vent. Je m’ennuyais à crever, j’avais jamais eu autant de temps pour réfléchir et ça me rongeait. » Elle avait raison sur un point. Il aurait pu, il aurait dû refuser. Elle ne lui avait jamais mis le couteau sous la gorge. Tu t’es fait ça tout seul Rhys. Diable qu’il aurait voulu que ce ne soit qu’un mensonge. « - C’était probablement pitoyable d’aller chercher ailleurs ce qui me manquait au lieu de tenter de recoller les morceaux mais je t’en voulais tellement… » La rancœur n’avait cessé de croitre, au point de finir par se changer en une animosité corrosive. L’archiviste n’était plus rationnel, tout ce qu’elle pouvait dire ou faire le hérissait à l’époque. Il la jugeait alors responsable de tous ses malheurs, sans chercher à améliorer leur quotidien. Avec du recul, ils auraient pu parvenir à un compromis, conjuguer les ambitions de l’un et de l’autre sans que l’un des deux se sacrifie. « - Je ne sais pas pourquoi je suis resté. Par lâcheté surement. Parce que je n’avais pas d’avenir avec lui non plus. Je voulais que ça s’arrange, repartir à zéro. Tu peux comprendre ça non ? Toi non plus tu ne m’as pas quitté après ce que je t’ai fait. Et pourtant, même passer au-dessus d’un petit écart, c’était trop pour toi.  Je ne peux plus m’approcher de toi sans te faire frissonner de dégoût depuis. Alors pourquoi tu m’as laissé rester ? T’as pas été beaucoup plus courageuse que moi. » Il s’était senti coupable, au début. Les premières incartades avaient le goût délicieux de l’interdit, mais elles lui laissaient de l’amertume en travers de la gorge quand il rentrait chez eux, le goût d’un autre encore sur la langue. Puis il s’était habitué. La culpabilité s’était estompée jusqu’à disparaitre. Jusqu’à ce qu’il ne puisse plus vraiment discerner s’il était infidèle envers elle ou envers lui.

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MessageSujet: Re: The sound of silence    Sam 30 Juil - 23:32

Le gros problème des révélations est qu'il est impossible ensuite de savoir où tracer la ligne entre ce qui est vrai et ce qui est faux. Trois secondes et demi pour se rendre compte que les dernières années étaient parsemées de mensonges. C'était comme souffler sur un vieux meuble recouvert d'une poussière vieille de décennies, Louiza avait l'impression que tout était parti en fumée.
Elle ne savait pas si ce qui traversait désormais les lèvres de Rhys n'était qu'un fil de plus dans son tissu de mensonge, ou s'il disait vrai. Elle ne savait pas s'il essayait d'alléger la révélation ou s'il restait une once d'honnêteté. Elle essayait de replacer les événements, se demandant ce qu'il s'était passé à ce moment-là, si elle aurait pu le deviner plus tôt au lieu de se laisser traîner dans la boue comme la dernière des idiotes. Si elle était fautive, si c'était à cause d'elle qu'il était allé voir ailleurs. S'il avait perdu tout amour, toute affection envers elle, toute force envers eux, après les années d'échec à tomber enceinte. C'est peut-être ma faute, pensait-elle tout bas, honteuse même de le penser.

La mort de Calyxte lançait un autre ton. Plus agressif, plus venimeux, plus tranchant. Moins contrôlé, moins fataliste. Ce n'était pas un constant, c'était des accusations qu'il lui lançait. Étonnant comment il arrivait presque à garder son calme lorsque Rhys ne faisait que parler d'elle, d'eux, de leur couple décrépi, et comment sa voix s'emballait lorsqu'elle venait chanter les louanges de son amour mort pendant qu'il l'habillait de la robe de la mauvaise épouse, grande méchante sorcière qui essaie de conserver son empire de ruines en anéantissant le beau prince à la chevelure de blé.
« Combien ça a été difficile pour lui de venir me supplier ? Ici l'imbécile ignorant c'est toi. Tu crois vraiment qu'il est venu me voir et me supplier sur ses deux genoux de continuer à le prendre en charge ? T'étais pas là, t'en sais rien, et tu inventes une version des faits qui t'arrange. Parce que ça t'arrange que je sois responsable, ça t'arrange de pouvoir me détester encore plus que tu ne le fais déjà, ça t'arrange de te dire que ton Calyxte est mort à cause de quelqu'un, et moi de surcroît, et non pas simplement parce qu'il était con et têtu. » Elle brûlait de colère, parce qu'elle savait que ce n'était pas une bataille qu'elle pouvait gagner. Parce qu'il était mort, et que c'était la réponse suprême à tout ce qu'elle pouvait dire. Il est con et têtu d'avoir refusé de consulter ailleurs – oui, mais il a payé le prix fort, il est mort. Il ne m'a pas suppliée comme tu le penses, il a essayé de me forcer – oui, mais à quoi bon, il est mort. « Ca n'avait pas l'air très difficile pour lui de venir me voir, contrairement à ce que tu crois. Il s'est même excusé, il m'a dit que c'était un malentendu, une grossière erreur. Qu'il ne savait pas que tu étais marié. Tu sais quoi, je suis désolée, c'était un malentendu, une grossière erreur. Je ne savais pas qu'il était aussi bête et si susceptible de mourir. » Elle venait simplement d'illustrer les propos de Rhys, elle sirotait furieusement son venin dans une coupe en cristal. Ce sirop n'avait cependant pas le goût de la victoire ni même de la satisfaction. Elle était blessée, car elle savait que c'était de ces luttes interminables et perdues d'avance. Elle était blessée, car Rhys ne faisait que défendre son Calyxte bien aimé, mettre le doigt sur les prétendues erreurs et manque de professionnalisme de Louiza, mais il ne s'était jamais remis en question. Il ne s'était jamais demandé dans quelle position il l'avait mise.

Le reste se déroula difficilement. A chaque fois qu'il s'arrêtait, à chaque fois qu'il reprenait la parole. Tout était difficile à entendre, à avaler et digérer. C'est peut-être ma faute, pensait-elle encore, avant qu'il ne lui balance qu'elle avait essayé de le changer, teintant son quotidien de la monotonie dont elle avait toujours rêvée.
C'était peut-être la première fois depuis longtemps qu'il lui parlait honnêtement.
« Je t'ai laissé rester, et je suis restée, parce que je voulais que ça marche, parce que tu m'as juré que ce n'était qu'une erreur, une seule fois. Et parce qu'il y a eu Allie, et pendant un moment, ça allait mieux. Ça avait l'air d'aller mieux. » Puis l'attaque a eu lieu, et toute cette petite bulle avait fini par éclater.
Les mots s'entremêlaient, elle ne savait pas griffer des noms à ce qu'elle ressentait, à arranger ses émotions et les communiquer. Elle s'était habituée à refouler tout ce qui pouvait provoquer un peu de sueurs, un peu de larmes, un peu d'aigus douloureux – tout ce qui était plein de sincérité, et qui l'exposait. Elle n'était plus capable que de cynisme et d'arrogance dans les moments où elle se sentait vulnérable, et faire l'effort de poser des mots et ravaler un peu son acide arrogance, n'était pas chose aisée.
« C'était pas parfait, mais ça m'allait. Je pensais que le pire était passé, puis... » Puis Allie a failli mourir à cause de moi. « Puis avec ce qui s'est passé avec Allie... Je sais que tu ne m'as jamais pardonnée, et que tu le feras sans doute jamais, j'ai bien fini par le comprendre à force. Et je t'ai détesté pour ça... Je me sentais déjà assez coupable et tu prenais un malin plaisir à remuer le couteau dans la plaie et verser du sel dessus. » Depuis que Louiza s'était réveillée, encore humaine, avec seulement une faim insatiable, tandis que leur petite fille restait dans cet état sans nom et presque sans vie, les tensions avec Rhys n'avaient fait qu'augmenter. Et le terme ''tensions'' était un véritable euphémisme. « Et à chaque fois que je te croisais tu me lançais ce regard qui m'accusait d'être ici tandis qu'on était obligé de la garder en bas. J'aurais préféré qu'elle se réveille, elle, plutôt que moi. »
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MessageSujet: Re: The sound of silence    Jeu 11 Aoû - 11:30

Le semi-mensonge de son amant dessina l’ombre d’un sourire amer sur les commissures de ses lèvres. A peine, trop furtif pour être vraiment remarqué. S’il s’agissait sans doute d’une manipulation pour enjoindre son épouse à embrasser sa cause et à accepter de le soigner, il ne pouvait s’empêcher d’y discerner également une forme de honte. Une manière de se faire pardonner pour l’offense, d’avoir été son complice lors de l’assassinat pur et simple de son mariage. De se racheter auprès de la cardiologue. Il se remémorait les ultimatums, les nombreuses ruptures ayant jalonné leur liaison. La glace meurtrie qui ravageait les prunelles lorsque le géant était saisi d’un sursaut de vertu, et l’enjoignait à ne plus l’approcher sans les papiers du divorce signés. Les séparations éphémères, trop répétées pour rester de véritables menaces. Rhys savait qu’il finissait toujours par le laisser revenir, vaincu par le manque qui les rongeait tous les deux. Il se souvenait de l’alliance qu’il devait constamment retirer lors de leurs rendez-vous clandestins. Le militaire refusait de laisser sa peau se brûler à l’anneau, comme une façon totalement hypocrite de préserver de la sorte un semblant de morale. Il ne prenait la mesure de l’attachement de l’américain à son égard et de ses sacrifices qu’à présent qu’il était trop tard. Sa femme avait certainement raison. Il préférait l’ériger en unique responsable plutôt que de blâmer un mort qu’il avait contraint à souiller ses principes. L’accabler car la colère était toujours préférable au gouffre de chagrin et de culpabilité qui menaçait de le happer. Chacun de ses mots l’écorchait. Il détestait l’entendre parler si mal de Calyxte, principalement car le Major n’était plus en mesure de se défendre. Elle ne faisait que piétiner vainement un cadavre, le salir comme une forcenée. Il ne pouvait rien lui dire quand elle entrait dans ce genre d’état hystérique, rien à par lui intimer d’enfin se taire.

Puis le calme succéda à la tempête. Vidé, à court de haine, il n’avait plus la force de mentir. C’était comme de retirer un énorme morceau de verre en travers de son palpitant, en sachant bien que ça ne pourrait mener qu’à une hémorragie fatale. Cela soulageait sur le moment, mais ne servait qu'à agrandir démesurément la plaie. Ils ne pouvaient pas revenir en arrière, effacer tout le mal qu’ils s’étaient fait. Aucun avenir ne les attendait, pas plus ensemble que séparément. Une part d’eux, sans doute la plus importante, était morte en même temps que leur fille. Enchainée comme elle à cette cave lugubre, en les tirant toujours plus profondément vers le bas. Ils étaient responsables de leur propre calvaire, sans aucune chance d’accéder à l’absolution. L’islandais s’attendait à recevoir une nouvelle salve de reproches, mais sa femme semblait finalement aussi éreintée que lui. Fatiguée d’entretenir les apparences, de trembler de peur. Epuisée d’en vouloir à celui qui se trouvait être à la fois son meilleur allié et son pire ennemi. « - Tout est dans les mots que tu choisis… ‘Ça avait l’air’. On s’est tous les deux accrochés à nos illusions, on s’est raconté une histoire mais c’était surement pas réparable. » Cela aurait pu pourtant continuer longtemps ainsi, sans l’accident d’Allie. Il n’avait pas regretté de les avoir choisies elles plutôt que son amant. Il s’était accommodé à leur vie de famille, à ce bonheur apparent. D’un naturel profondément égoïste, il ne pensait pas qu’on pouvait aimer autant son enfant. Aussi désespérément et inconditionnellement. Rien ni personne n’avait compté davantage pour lui à partir du moment où elle était née.

Un long silence enveloppa les confessions de Louiza, durant lequel il fut incapable de trouver quoi lui répondre. Il ne pouvait nier aucune de ses accusations. Mais il n’avait pas envie pour autant de relancer les hostilités. « - Tu me l’aurais pardonné toi ? On sait tous les deux que tu aurais été encore moins clémente que moi. J’arrive pas à passer au-dessus, j’arrive pas à l’accepter. Chaque fois que j’essaie, la scène me repasse dans la tête et je repense à ce que t’aurais dû faire pour l’éviter. » Le ton employé était exceptionnellement dénué d’animosité, il ne faisait pas preuve de franchise pour remettre de l’huile sur le feu. Rocailleuses et ébréchées, les notes s’extirpaient de sa trachée en la lacérant grièvement. Reparler de l’incident le faisait souffrir. La vérité était qu’il s’en voulait autant à lui-même qu’à elle pour ce qui était arrivé. Il se reprochait de ne pas avoir été présent, de ne pas les avoir protégées. « - Même si… Même si un remède finit par être trouvé, elle reviendra surement jamais comme elle l’était, ya trop de séquelles maintenant et… » Son timbre grave s’émiettait. Les rétines claires se baissèrent un instant, balayèrent le sol alors qu’il trébuchait sur les mots. Exprimer ses doutes à voix haute brisait sa cage thoracique, déchirait son palpitant en mille morceaux. Il retrouva le contact visuel avec les prunelles sombres, s’y amarra en se sentant partir sérieusement à la dérive. « - Je suppose que c’était plus facile de te détester et de rejeter l’entière faute sur toi, ça me faisait surement tenir, étrangement. » La haïr lui permettait de se focaliser sur ses griefs contre elle plutôt que sur l’état de santé catastrophique d'Allison. Il s’y accrochait au seuil des enfers. « - Je suis désolé. Pour tout. » Souffla-t-il, temporairement dénué de cette rancœur corrosive qui leur empoisonnait l’existence. « - Et je ne sais plus quoi faire, on est dans une impasse. On ne peut plus continuer à se détruire comme ça, on doit arrêter de se faire la guerre. » Ils allaient toujours droit dans le mur et il était conscient qu’ils ne parviendraient pas à s’en détourner. Il s’agissait uniquement de limiter les dégâts, de ralentir la collision. De signer une trêve salutaire avant de s’éparpiller en lambeaux.

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MessageSujet: Re: The sound of silence    Lun 22 Aoû - 20:58

Tu me l'aurais pardonné, toi ?

Non.

Elle n'avait pas réfléchi, le seul mot, la seule réponse à cette question qui lui était venue instinctivement, était négative. Elle n'en dit rien cependant, mais c'était ces trois petites lettres qui s'étaient mises à clignoter dès lorsqu'elle avait entendu la question.
Non, elle ne l'aurait sans doute pas pardonné. Elle n'aurait pas réussi, et peut-être même pas essayé. Elle ne lui aurait pas pardonné d'avoir mis en danger leur fille, de l'avoir emmenée dans une situation qui lui a coûté la vie – car s'ils n'osaient pas le dire, ni même le penser, c'était ça. Elle n'était plus vivante, là, enfermée et enchaînée, grognant comme une bête en cage. Non, grognant comme une carcasse en cage, car n'importe quelle bête paraissait être remplie de plus de vie.
Elle ne l'aurait pas pardonnée, comme elle ne s'était jamais pardonnée.
Elle avait beau se défendre toutes les fois où Rhys l'accusait violemment, essayant d'alléger ses torts, et tentant de mettre en avant le fait qu'elle avait fait tout son possible pour la protéger ; intimement, elle se disait qu'elle avait tué Allison.
L'idée était insupportable. Tout ce qui gravitait autour d'Allison était devenu insupportable, car plus rien n'était teinté de joie pure et simple. Les petits moments de joie, si on pouvait appeler ça comme ça, ne faisait que souligner l'atrocité de la situation. Les fois où elle était plus calme, lorsqu'on parvenait à déceler une petite étincelle de la petite fille qu'elle avait été – et encore, c'était ces moments que Louiza ressentait de temps à autres, de moins en moins fréquemment désormais, biaisés par son rôle de mère et biaisés par l'horrible envie de retrouver son enfant. Comme des mirages. Lorsqu'elle semblait articuler un son qui ressemble étrangement à un mot monosyllabe, et que Louiza pense qu'elle a réellement prononcé un mot. A chaque petit pic d'espoir, de réjouissance, elle ne pouvait que par la suite réaliser à quel point c'était ridicule. Ce n'était pas une bataille gagnée, ce n'étaient que des petits coups d'épées que des petits soldats distribuaient, ou des esquives qu'ils réalisaient. Voilà tout ce que c'était, et ça n'avait pas d'importance car la bataille était déjà perdue. La guerre aussi.

Lorsque Rhys formula à haute voix l'absence d'espoir pour Allison, Louiza se referma. Ses lèvres devenaient plus pincées, sa bouche plus sèche, les yeux s'enfonçaient et s'assombrissait. Ses épaules eurent un léger mouvement vers l'avant, sa poitrine reculant.
C'était incroyablement difficile, et pourtant elle était arrivée au même constat depuis longtemps.
« Alors pourquoi on fait ça ? » souffla-t-elle. Ce n'était pas bourré de colère ni d'impatience, comme elle en avait l'habitude. Elle était épuisée, par la journée et épuisée par le tournant désastreux que son quotidien avait pris tout simplement. Et si elle était toujours la première à titiller les aigus et à se montrer incroyablement arrogante, ce soir était une exception. « Pourquoi est-ce qu'on s'acharne à la maintenir ici, si de toute façon... Elle ne récupérera jamais, elle ne redeviendra jamais Allison, alors pourquoi est-ce qu'on continue ? » Ce n'étaient pas de vraies questions qu'elle adressait à Rhys. Elle connaissait déjà sa réponse – car sa réponse était aussi celle de Louiza.

« Y a pas de solution ; je ne veux pas partir, tu ne veux pas partir. »
Elle avait presque accepté ce chaos, elle avait arrêté de se débattre. De réellement se débattre. Elle remuait encore ses bras et ses jambes, par automatisme, mais elle n'essayait plus de s'en sortir – elle avait compris qu'elle n'y arriverait pas. Et parfois, lorsqu'elle finissait par étouffer, elle se surprenait à penser l'impensable : peut-être que ça ira mieux lorsqu'Allie ne sera plus là. Peut-être que ça ira mieux si un jour, elle descendait les quelques marches du garage, et se retrouvait plongée dans un étrange silence, enveloppant toute la pièce, et enveloppant le petit corps inerte de ce qui fut sa fille. Mais il fallait que cette mort soit naturelle – qu'elle n'ait aucune action à entreprendre, qu'elle se contente de le découvrir. Et peut-être, peut-être qu'à ce moment là, ça ira mieux.
Mais très rapidement, elle se rendait compte que l'absurdité et l'horreur de sa pensée, et se mettait à répéter en boucle qu'il y avait toujours un espoir pour Allie, et qu'il y en aura toujours un tant qu'elle reste vivante – personne n'avait encore trouvé de remède, mais personne n'avait encore réellement compris ce qui s'infiltrait chez les victimes et quels mécanismes régissaient cette transformation. Personne ne savait rien, et personne ne savait que c'était irréversible.

Après de longues minutes de silence, elle ouvrit la bouche, presque hésitante. C'était une des rares fois où ils arrivaient plus ou moins à communiquer, sans avoir de belles choses à se dire, car c'était ainsi, mais c'était sans doute la première fois depuis longtemps qu'ils arrivaient à prononcer des mots avec un peu d'honnêteté. Plus d'honnêteté que de sarcasme. Le résultat était peut-être le même malgré cela, les mots se révélaient être terriblement blessants. Les révélations aussi calmes étaient-elles, étaient encore plus douloureuses que les piques lancées dans cet unique but.
Première fois depuis longtemps et possiblement la dernière.
« Je pensais réellement qu'on était fait pour de belles choses, j'y ai cru pendant longtemps. Je ne sais pas quand est-ce que j'ai arrêté d'y croire. » Ce n'était pas une provocation. Elle était désolée.


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The sound of silence

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