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 Where I used to end was where you start [PV Carley]

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↳ Date d'inscription : 14/04/2014
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↳ Avatar : Milo Ventimiglia
↳ Age du Personnage : 35 ans
↳ Métier : Créateur et rédacteur en chef du Blackbird
↳ Opinion Politique : Anti-gouvernement
↳ Niveau de Compétences : Nv. 1 / 2 en détection de mensonge
↳ Playlist : Keane - Crystal Ball / Twenty one pilots - Car Radio / Daughter - Medicine / Greg Laswell - This Woman's Work / Foals - Spanish Sahara / Sleeping at Last - Light / Coldplay - Don't panic / Daughter - Doing the right thing PLAYLIST YOUTUBE
↳ Citation : "They may torture my body, break my bones, even kill me. Then, they will have my dead body. Not my obedience."
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MessageSujet: Where I used to end was where you start [PV Carley]   Dim 29 Mai - 23:30

Where I used to end was where you start

○And in time, as one reminds the other of past, a life lived much too fast to hold onto. How am I losing you ? A broken house, another dry month waiting for the rain. And I had been resisting this decay. I thought you'd do the same. But this is all I ever was. And this is all you came across those years ago. Now you go too far. Don't tell me that I've changed because that's not the truth. And now I'm losing you. Fragile sound. The world outside just watches as we crawl. Crawl towards a life of fragile lines. And wasted time.


Le pas chancelant, l’esprit décomposé et les nerfs à vif. Un état pratiquement permanent depuis une poignée de jours maintenant. Facile de simuler le déni quand on ne prend plus connaissance de la moindre date, quand les saisons se détraquent, dissipent la sensation des mois s'échappant et que les préoccupations se chargent de tenir les pensées éloignées. Il s’est appliqué à fermer les yeux sur le temps, à le penser à tout jamais figer depuis que tout a basculé. A force de fuir ses réalités, elles finissent par s’articuler brutalement, glissent sous les semelles du vagabond pour former un abysse sans fond dans lequel il lui ne reste déjà plus qu’à sombrer. Gouffre temporel dans lequel il se laisse chuter volontairement. Un an depuis l’accident. La date symbolique dépassée quelques quarante-huit heures auparavant. Il s’abreuve autant d’alcool que de souvenirs depuis, laisse les remords le traquer la nuit, le condamner le jour. Les démons s’adonnent à leur art, l’obligent à se replier chez lui, à vivre dans un silence encombrant, qu’il ne supporte plus. Mais qui semble nécessaire. Son châtiment parait bien trop doux. Lui qui ne se tourne que très rarement vers la solitude pour panser ses maux, se retrouve cloitré, ne sort plus, ne voit personne. Il fait passer des messages au journal via son voisin ignorant. Il s’est accordé vingt-quatre heures supplémentaires avant de laver sa misère. Et en attendant, il la ressent sans apposer le moindre filtre, sans se trouver d’excuses. Pour l’instant, il a envie de croire que le monde ne tourne plus, juste assez pour mesurer la perte et le crime. Ses vices se mêlent de plus en plus dangereusement dans cette dérive insensée. Les antidouleurs et la liqueur le font péniblement traverser cette période critique. Du moins, c’est qu’il croit. Trop abruti par ce cocktail improbable, tiré vers le bas par cette compensation détestable. Du temporaire, il s’en est convaincu sans jamais conscientiser sa dépendance aux médicaments. Ou plutôt, en l’évaluant moindre en temps normal. Sa seule échappatoire à la douleur constante de sa foutue guibole droite, souffrance trop souvent psychologique, non réelle.

Le damné vacille, se rattrape maladroitement au canapé, butte contre quelques bouteilles abandonnées. Son grognement attire l’attention du labrador. Allongé à l’autre bout du salon, le chien observe son maître avec beaucoup d’intérêt sans chercher toutefois à déranger son égarement, sans jamais interrompre ses marmonnements inaudibles. Elias échoue dans le fauteuil, s’offre à la somnolence et s’endort ensuite quelques minutes seulement. Un cauchemar le rattrape. Toujours le même depuis un an maintenant. Les phares, les bruits de ferraille et les cris de Bran. Puis le vide, ce vide qui l’étreint encore quand il ouvre les paupières, affolé. Il cherche à rattraper des fantômes de ses mains tremblantes et se butte au néant. Le peu de force qu’il lui reste s’évapore. Son crâne rejoint ses paumes, il les laisse ramasser la sueur et les larmes qui lui ont échappées. Le tourment écartèle ses côtes, écrase ses poumons. Il respire mal, vite. Encore une crise de panique. Ses doigts s’allongent vers cette vieille plaquette délaissée au fond d’un tiroir. Des calmants. Une certaine limite à ne pas outrepasser en temps normal. Il en a déjà avalé un peu plus tôt. Les secondes font marche arrière, chaque geste se pare d'une lenteur maladive, la tête devient plus lourde. Il hésite, la gélule déjà dans la main. Sa nuque rencontre le dossier du siège dans lequel il repose. Il n'est déjà plus qu'un déchet qui édulcore une tragédie en endormant les plaies maladroitement, mettant en péril aussi bien sa lucidité que sa santé. Qu’est-ce qu’il est en train de devenir ? Il repose l’objet du doute, décide de se redresser. Il titube jusqu’à la cuisine, écarte la vaisselle sale de l’évier pour mieux se passer un peu d’eau froide sur le visage. Pathétique jusqu’au bout des ongles. Tout ça ne lui ressemble pas, se laisser abattre, vivre prostré dans le noir, à ne faire que se pencher sur sa misère.

D’un geste désespéré, il ouvre les volets face à lui, regagne d’une démarche toujours mal assurée le séjour pour répéter l’action mais se heurte en chemin à un jouet mal rangé de Clementine, sans doute déplacé par la créature velue qui ne cesse de le détailler depuis son pan de la pièce. Toute sa volonté s’effrite, il finit par s’asseoir de façon inopinée sur la table basse, les bras ballants et l’échine courbée. Gustave s’approche alors lentement, glisse son museau contre la paume pendante de son maître. Le grec hisse ses doigts sur la tête de la bête, emmêle ses poils d’une caresse et fracasse l’absence d’un soupir éprouvé. Le chaos se replie sur sa carcasse, il envisage la prise de ce maudit tranquillisant quand la porte d’entrée émet un son inquiétant. L’animal a déjà bondi pour protéger son territoire ou accueillir l'invité. Le propriétaire des lieux, quant à lui, réagit plus lentement et ne parvient qu’à se hisser difficilement sur ses jambes, accusant les lancements dérangeants de son membre défaillant. Le cœur remonte lentement la gorge tandis qu’il reconnait dans la pénombre imposée, la silhouette familière de Carley.

Il retient de justesse une injure mal venue, se déteste davantage pour s’être autant laissé aller. Son apparence ne joue pas en sa faveur, la barbe mal taillée, les poches sous les yeux, les traits tirés par le manque de sommeil et pire que tout, son état général, ivre, confus. Cette femme est la dernière personne sur cette terre qui aurait dû le voir comme ça. L’idée qu’elle le malmène davantage, se serve de cette vision décousue contre lui par la suite, le rend un peu plus malade. Mais il n’y a déjà plus que lui à blâmer. Il n’aurait jamais dû se permettre une telle posture. Désespérément, il tente de se recomposer un masque et de revêtir une assurance tout à fait factice. « Il est vrai que prendre dix secondes de ton temps pour t’annoncer t’aurait, sans nul doute, tuée. » balance-t-il amèrement d’une voix rauque, abimée par les excès et la fatigue. « J’aurais pensé que t’avais jeté la clé depuis tout ce temps, à défaut de venir mettre le feu à la construction, s’entend. Moi compris dans l’incendie bien sûr. Tous tes problèmes envolés, une pierre, deux coups. » L’attaque comme seule défense. Plus facile de se montrer effroyablement acide quand on ne cohabite plus qu’avec sa peine. Quand elle se fait impérieuse dans les réminiscences à endurer. Qu’y a-t-il encore à perdre ? Il l’a déjà perdue, elle. Et leur famille, il perdra sans doute Clementine aussi. Et désormais, il n’a plus la moindre dignité. Dès lors, les coups sont gratuits. Comme des cris qui percent la nuit mais n’atteignent pas la moindre oreille. Un coup porté aux spectres, qui ne peut toucher l’invisible. Inutile, épuisant mais essentiel pourtant.

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    Stuck along a road of sadness with nowhere to go. Here's hoping that the signs are real. And tomorrow with a spring in my heel. Somewhere on the road of sadness lies a better deal. I know that my hardened heart is beating still. I drove it to the point of madness just to feel something real.
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MessageSujet: Re: Where I used to end was where you start [PV Carley]   Lun 30 Mai - 9:46

where i used to end was where you start
Carley jouait distraitement avec les cheveux de sa fille, les yeux dans le vide. Elle avait l’air si bien, si paisible, si calme. Tout le contraire de sa mère, qui se battait jour et nuit avec elle-même pour garder un semblant de dignité, avoir un semblant de contrôle. Si elle était capable d’exercer ce contrôle sur sa propre personne, c’était grâce au petit bout qui dormait sur ses genoux. Sa petite poitrine s’élevait et s’abaissait lentement au rythme de sa respiration. Carley, constamment sur ses gardes, toujours convaincue qu’elle allait finir par blesser sa fille d’une façon ou d’une autre, tentait de calquer sa respiration sur la sienne pour calmer ses nerfs. Inspire, expire. Inspire, expire. Ces quelques instants de sérénité lui faisaient du bien, mais la laissaient enfin seule avec ses propres pensées. Elle avait fait exprès pour s’occuper le plus possible l’esprit, ces derniers jours. Elle avait fait des gardes supplémentaires à l’hôpital, elle avait passé beaucoup de temps avec Ange et tous ses temps libres avec Clementine. Elle rencontrait son avocate pour trouver de nouvelles façons de convaincre un jury qu’elle devrait obtenir la garde exclusive de la petite. Elle ne pouvait pas se permettre de perdre ce procès. On ne pouvait pas décemment lui enlever Clementine. On ne pouvait pas lui enlever la seule personne qui lui permettait de se lever le matin, la seule personne qui lui donnait la force de mettre un pied en avant d’un autre. La seule personne qui la poussait à se rattacher à ce qu’il restait d’humain et de vrai en elle. Sa fille faisait de Carley une meilleure personne, et elle craignait plus que tout que, si on osait la lui enlever, elle serait terrorisée par celle qu’elle deviendrait nécessairement. Alors, elle se battait, et elle continuerait à le faire jusqu’à ce que le juge accepte sa demande.

Elle avait demandé à Ange de venir passer quelques heures avec Clementine en fin de soirée, pour qu’elle puisse passer à son ancienne maison pour voir si c’était là que sa fille avait égaré son toutou préféré. Elle avait pleuré une partie de la soirée, car elle n’arrivait plus à le retrouver, et avait fini par s’endormir d’épuisement. Carley avait, elle aussi, des raisons de retrouver ce petit chien en peluche. Elias et elle l’avait acheté à Bran, qui l’adorait. Il le traînait partout dans la maison et avait toujours refusé de s’en séparer. Il dormait avec lui, il mangeait avec lui, il refusait de monter dans la voiture sans lui. Ce petit manège avait perduré jusqu’à la naissance de Clementine. Lorsqu’Elias et Carley l’avait ramenée à la maison, il était venu la voir, titubant, traînant encore son petit chien dans ses bras. Il a observé sa petite sœur quelques instants, puis son petit chien, et il l’a mis dans son berceau, en disant à ses parents qu’il allait la protéger. Carley avait toujours trouvé le geste adorable, et cette peluche représentait pour elle les quelques mois de bonheur en tant que famille qu’ils avaient réussi à extirper à la vie. Alors, pas question d’égarer la peluche.

Carley se demandait souvent comment Elias et elle avaient réussi à concevoir des enfants si purs et innocents, avec un cœur grand comme l’univers. Comme si tous leurs travers avaient été oubliés dans la distribution des gènes, et qu’ils n’étaient fait que des meilleurs côtés de leurs parents. Pourtant, ils auraient pu hériter de tant de caractères odieux, autant d’un côté que de l’autre. Le cynisme de Carley, sa témérité et sa virulence. L’impatience d’Elias, son impulsivité, son insolence. Leur haine, à tous les deux. Leur propension à faire de mauvais choix. Leur fierté mal placée. Leur fougue, pour le meilleur et pour le pire. Et le fait qu’ils n’arrivaient pas à lâcher prise, jamais. Clementine gémit dans son sommeil, se retourne sur les genoux de sa mère. Carley caresse doucement sa joue, embrasse son front d’un baiser, l’apaise en silence. Peut-être faisait-elle les mêmes cauchemars que Carley.

Un an. La pire année de sa vie, même si les précédentes n’avaient pas été des plus joyeuses. Comme si la vie avait testé sa résilience et avait décidé qu’elle pouvait en prendre plus. Un an que son fils était dans un profond coma, maintenu artificiellement en vie par des machines. Médicalement parlant, elle savait que ce choix n’était pas rationnel. Bran demandait des soins, du temps, un lit. Des soins, du temps et un lit qui pourraient être donnés à un patient qui avait bien plus de chances de survivre que lui. De plus, après tout ce temps, même si Bran se réveillerait, il aurait des séquelles irréparables et sa vie ne serait plus jamais comme avant. Elle savait, tout cela, bien sûr. Elle ne croyait pas aux miracles depuis bien longtemps, et elle savait que la science ne pouvait plus rien pour lui. Mais entre savoir que c’était la fin et entre signer le papier disant qu’elle acceptait de le débrancher ? Il y avait un abysse. Un univers. Une infinité. C’était la seule chose sur laquelle Elias et Carley s’étaient entendus depuis l’accident. On ne le débranche pas. Pas maintenant. Pas bientôt. Pas question.

Des cognements discrets attirent son attention. Elle déplace lentement Clementine pour la coucher sur le divan et l’emmitoufler dans une couverture. Elle va ouvrir la porte et sourit, lasse et fatiguée, à Ange. « Merci de prendre soin d’elle. Je rentre bientôt, » promet-elle. La blonde hausse un sourcil. Carley sourit faiblement. « Ne t’inquiète pas, il ne sera pas là. Pas ces jours-ci. Enfin… Tu sais. » La douleur, la souffrance, toute cette année d’horreur transparaissait dans sa voix. Sa vulnérabilité, sa faiblesse, tout ce qu’elle tentait de cacher dès qu’elle se retrouvait face à Elias. Carley était convaincue qu’Elias éviterait sa maison pendant quelques jours, histoire de ne pas rendre ce temps de l’année encore plus difficile qu’il ne l’était déjà. Des photos de Bran étaient encore disposées dans des cadres, dans le salon. Sa chambre était encore intacte : aucun d’entre eux n’a jamais réussi à y mettre les pieds. Chaque pièce de cette maison qui avait jadis abrité leur famille contenait des souvenirs. Les premiers mots de Bran, ses premiers pas, ses éclats de rire, ses crises spectaculaires. Juste l’idée d’y retourner lui faisait froid dans le dos, mais Clementine voulait cette peluche, et elle ne pouvait qu’être d’accord avec elle. Cette peluche était nécessaire et elle valait toute la douleur que Carley ressentirait en entrant dans cette maison.

Elle n’arrive pas à se souvenir de la dernière fois où elle y a mis les pieds.

Carley prend son auto, la démarre, et roule jusqu’à la maison. Il lui restait encore une clé, qu’elle avait gardé au cas où. Prenant une grande inspiration, elle finit par se lever, sortir de la voiture et se diriger vers la maison. Dans l’entrée de garage, elle s’arrête. Bran qui fait du vélo. Clementine assise dans le gazon qui joue avec Gustave. Elle ferme les yeux, se prend la tête dans les mains, continue d’avancer. Met la clé dans la serrure, ouvre la porte, qui, en s’ouvrant, fait rouler des bouteilles d’alcool vides. La maison est littéralement un dépotoir. Carley l’entend avant de le voir. « Il est vrai que prendre dix secondes de ton temps pour t’annoncer t’aurait, sans nul doute, tuée. » Elle a un rictus. Il réveillait en elle le côté qu’elle tentait désespérément de cacher à sa fille. « Je voulais te faire une surprise, mon amour, » ironise-t-elle. Elle écarte du pied une bouteille qui avait roulé dans sa direction. Elle était surprise de le voir là, mais son état n’était guère étonnant. Elle pouvait bien dire ce qu’elle voulait, le ridiculiser autant qu’elle le voudrait, Carley ne pouvait pas se mentir : c’est elle qui aurait eu l’air de ça si c’est Elias qui avait eu la garde de Clementine. « J’aurais pensé que t’avais jeté la clé depuis tout ce temps, à défaut de venir mettre le feu à la construction, s’entend. Moi compris dans l’incendie bien sûr. Tous tes problèmes envolés, une pierre, deux coups. » Carley laisse échapper un rire. Ça aurait probablement pu être drôle si la situation n’était pas si dramatique. « Ça aurait réglé tes problèmes, tu veux dire. Comme ça, t’aurais pas besoin de boire la moitié de l’alcool disponible aux États-Unis pour oublier ce que tu as fait à notre fils. » Elle s’approche de lui, pour reculer brusquement la tête, agressée autant par l’odeur que par la triste vision qu’il présentait. « Qu’est-ce que t’as pris ? » Le médecin en elle prend le dessus. Alcool, bien sûr. Mais encore ? Elle se penche pour regarder la table du salon, qu’elle inspecte rapidement. Elle trouve la boîte de calmant, qu’elle lui agite sous le nez. « Des calmants. Quoi d’autre ? » Sa voix est ferme, inflexible, précise. Médicale. Elle tenait à savoir ce qu’il avait ingéré, au cas où il s’évanouissait et qu’elle devrait s’occuper de lui. Pas question qu’il s’échappe de ce monde cruel et se soutire à la souffrance qui la consumait chaque jour. Puis, poursuivre un gars mort en justice, c’est beaucoup moins drôle.

La scène est pathétique. Carley se relève, calmants en main, et retourne devant Elias. Elle le détaille. Il a l’air horrible. Il a l’air fatigué, confus, brisé, détruit. Souffrant. Il tient à peine debout, ne s’est pas rasé depuis un moment et n’est plus l’ombre de lui-même. L’homme qu’elle a déjà aimé est bien loin sous cette couche de crasse, sous l’odeur entêtante d’alcool, sous ses yeux vitreux qui peinent à rester ouverts. Toutes les insultes du monde lui montent aux lèvres. Tant de choses qu’elle aurait pu lui dire pour le blesser. Elle aurait pu lui dire qu’elle allait utiliser ce moment et son état déplorable pour gagner la garde de Clementine. Elle aurait pu lui dire, bien fière de son coup, parce que c’était tout à fait ce qu’elle comptait faire. Personne n’oserait donner la garde d’un enfant à un homme qui se laisse aller à ce point. Elle aurait pu lui dire, mais il le savait déjà. Il savait déjà que sa débauche venait de lui coûter sa fille. Elle aurait bien des occasions de lui rappeler, de lui redire, de tourner le couteau dans la plaie. Toute la haine qu’elle a pour cet homme, tout le dégoût qu’elle ressent à le voir ainsi, tout cela la quitte soudainement. Ses épaules se relâchent, sa tête retombe, elle n’est plus hautaine, fière, féroce. Elle est juste fatiguée, lasse, déçue. En deuil. En deuil de leur fils perdu, de la relation qu’ils avaient eue, de leur bonheur éphémère, de l’homme qu’elle avait aimé.

« Qu’est-ce que je vais bien pouvoir faire de toi ? »
(c) AMIANTE
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MessageSujet: Re: Where I used to end was where you start [PV Carley]   Mer 1 Juin - 3:31

Sa présence inopinée instaure inéluctablement le chaos dans cet environnement déjà bien trop ravagé. Autant d’ombres se propageant dans le repère du misérable, l’antre des vices. Le sanctuaire à leur vie gâchée, perdue. Autant de ténacité pour les réminiscences de ce lieu marqué par une tragédie, par l’échec. Au-delà de la douleur, du deuil et de la perte, il y a cette foutue rature. Ce mariage brisé, ce couple scindé. Pendant si longtemps, il a cru qu’ils pourraient réparer les brèches sans jamais se battre pourtant. Peut-être que tous deux attendaient patiemment le premier prétexte pour la rupture. Il aurait préféré quitter le cocon familial sans le moindre heurt, plutôt que d’en arriver là. Le volant entre les mains, la colère remuant les entrailles et l’alcool se diluant dans le sang. A cette passion violente essoufflée par le poids des années, par la somme des épreuves, il dédie plus d’un regret. Toutefois, ils se font de plus en plus muets. Parce qu’il n’y a déjà plus rien à déplorer. Quand ses prunelles atteignent celles de son ex-femme, il n’y puise déjà plus qu’une souffrance encombrante, foutrement tangible. Assassine par chacune de ses nuances. Elle s’accumule dans la cage thoracique, se presse contre les côtes, ne demande qu’à s’extirper de cette prison de chair. Qu’à fendre le squelette, le délivrer d’un mal insoutenable. La certitude de n’être plus rattaché à elle que par un paquet de souvenirs et principalement par leurs enfants. Peut-être encore par des convictions communes dans le meilleur des cas. A force de la recroiser à intervalles irréguliers, en de rares occasions, moments succincts chargés de fiel, une drôle d’impression s’est développée. Une sensation inquiétante, celle d’une familiarité étrangère. C'était comme de rencontrer un membre de sa famille qu'on a jamais connu. Qu’il ne reconnaît pas ou plus dans son cas. Il ne se reconnait déjà plus lui-même dans cette relation décomposée, dans ce regard qui l’a si souvent rattrapé par le passé. Qui l’aidait à se dépasser. Plus aucun espoir dans l’iris adverse, seulement une multitude de cauchemars. Elle lui rend la vie dure. Elle fait saigner chaque veine. Elle le piétine alors qu’il est déjà à terre. Non contente du résultat, elle revient donc le hanter à la plus mauvaise période de l’année. Pas sournoise par essence. Seulement par les circonstances.

Les mots de son ancienne épouse sectionnent très vite son masque, il tente de s’en reconstruire rapidement un nouveau avant de lui offrir cette vulnérabilité qu’il traine pitoyablement depuis que le calendrier lui a dévoilé son funeste secret. Les apparences brimées par l’évidence et pourtant, il se raccroche à tout ce qu’il peut pour préserver un égo déjà affreusement éventré. L’ironie interpelle l’insolence. « Ta compassion me réchauffe le cœur. Sincèrement, je suis touché par ta sollicitude et suis tout à fait ravi de constater que tu es toujours aussi perspicace, ma tendre moitié. » La langue claque avec amertume. A ce petit jeu de sarcasme, lui aussi peut exceller. Bien que chaque terme lui râpe le palais et invoque davantage cette maudite mélancolie qui l’oblige parfois encore à chercher la main de son ancienne compagne, la nuit tombée. Ce n’est pas tant l’absence de son ex-femme à proprement parlé qui lui pèse mais plutôt le vide qu’elle a laissé. Après une décennie à partager un quotidien bien organisé, réapprendre la solitude n’a pas été aisé. Surtout pas dans ces conditions extrêmes. De quatre, il s’est retrouvé brutalement seul du jour au lendemain. Seul avec ses démons. Ceux-là même qui prennent une forme particulièrement embarrassante, se pressant contre leurs pieds, sur les surfaces planes. Bouteilles vidangées et cachets éparpillés. Inutile de penser, ne fusse qu’un seul instant, qu’elle ne remarquera rien. Il s’attend à une énième attaque, les poings serrés et la posture de plus en plus incertaine. Les vertiges l’obligent à remuer pour réajuster son équilibre précaire. Triste spectacle qu’il déteste dispenser.

La honte lui lacère la poitrine, il détourne les yeux et mobilise assez de bravoure pour chasser la peine de sa voix. « Depuis quand ça t’intéresse ? Tu veux en dresser la liste pour la soumettre au juge ? Me faire passer pour un alcoolo doublé d’un drogué dépressif ? Tu veux un test sanguin peut-être, histoire d’apporter preuves et véracité à tes paroles ? Fais-toi plaisir, il doit te rester du matériel médical à l'étage. » Un soupir, la lassitude reprenant le dessus. Sa paume coulisse contre ses traits fermés. Ses pensées embrumées, il ne les trie même pas. Aucun filtre avant d’ouvrir la bouche pour expulser les sons. Il n'y a que ce mal être qui n’en finit plus de croître, qui s’alimente du retour du médecin en ces lieux pour ramener la vérité. Un foyer qui prend des airs de purgatoire. Le passé se manifestant autrement que sous forme d’échos entêtants. Parce qu’elle est bien là dans leur salon. Elle s’y tient comme autrefois. Autrefois, quand ils étaient encore une famille. Ou un simulacre, pour ce qu’il en sait maintenant.

L’interrogation tout à fait rhétorique de son vis-à-vis lui arrache un rire amer, ponctué d’amertume et d’ironie. « Voyons, Carley, je t’en prie. Ne sois pas modeste comme ça. Nous savons tous les deux que tu as déjà planifié mon avenir avec soin et précision. D’abord, il faut que je sois totalement fauché histoire de ne plus pouvoir m’offrir le luxe d'un avocat. Ensuite une fois que tu auras gagné, tu effaceras mon existence de la vie de notre fille, tu lui mentiras peut-être pour mieux me dépeindre comme l’homme qui a fui ses responsabilités jusqu’au bout. Je ne sous-estime pas ton pouvoir de persuasion, tout autant que ta créativité que j’ai toujours reconnu, légendaire. » Il peut déjà visualiser les dialogues entre Clementine et sa génitrice à ce propos. Une mauvaise propagande qui justifiera l’absence constante de son paternel. Est-ce que sa fille finira par l’oublier ? Par le renier quand elle sera en âge de comprendre ? S’il ne peut plus du tout être là, comment pourra-t-il se défendre ? Comment pourra-t-il faire en sorte qu’elle lui accorde une seconde chance, qu’elle comprenne qu’il ne se résume pas cet horrible crime ? Cette seule et simple idée projette sur son visage, le spectre du désespoir. Il se ressaisit avant de reprendre la parole. « Et puis, sans doute, espères-tu que dans un acte désespéré, je ne décide d’en finir avec la vie, un soir où je ne supporterai plus ce vide constant, la culpabilité ou toute autre raison que la milice pourra dénicher quand ils ramasseront mon cadavre. Peut-être déjà à moitié dévoré par Gustave, qui sait. » L'exagération pour rendre grotesque tout ce monologue qui expose pourtant, ses craintes les plus profondes. Celles qu'il ne s'avoue pas. Les bras se croisent sur la poitrine tandis qu’il vacille dangereusement.

Son attention se pose sur la boîte qu’elle a dérobée à son océan de papiers éparpillés sur la table basse. Il se satisfait d’avoir planqué les antidouleurs que Mackenzie lui a apportés à l’étage. Penser à la dealeuse lui procure un semblant de réconfort, une émotion particulière qui déloge la mort pour inviter la vie. Il s’y agrippe férocement afin de surmonter les prochaines minutes. « Que me vaut l’honneur de cette charmante visite de courtoisie, j’ai le droit de savoir ou je dois passer par ton avocat ? Je pensais que tu pouvais plus la voir en peinture cette baraque, autant que ma tête d’ailleurs.  Et sur ces deux points, j’arrivais encore à te suivre, tu vois. » Le grec fait un pas dans sa direction sans ôter ses prunelles des siennes, les heurtant avec toute la force de son accablement. « Tu veux récupérer la maison peut-être ? Bien sûr, ajoutons la mention SDF à la liste de mes nombreux problèmes. Après tout, soyons fous, entretenons les clichés les plus ennuyeux et prévisibles du père indigne. » Il s’avance un peu plus vers elle pour tendre la main et lui arracher abruptement les comprimés. « Comme si t’avais besoin de ça. » Un ricanement et la tristesse réinvestit déjà l’expression bien trop changeante. Incapable de maintenir la réserve, incapable de convertir l’harassement en hargne ou en fausse indifférence. L’ébriété ne lui permet pas d’être malin ou réfléchi, il ne subsiste que le ressentiment mais surtout, le néant. Ce trou gigantesque provoqué par l’accident, par tous ces espaces inoccupés dans cette maison bien trop grande. Ces chambres vides, aussi vides que peut l'être sa carcasse maudite.

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MessageSujet: Re: Where I used to end was where you start [PV Carley]   Dim 5 Juin - 8:58

where i used to end was where you start
Elle ne savait plus quoi répondre à Clémentine lorsqu’elle demandait à voir son père. Il existe un nombre fini d’excuses possibles pour empêcher un enfant de voir son géniteur, et dire que c’était parce qu’elle en voulait à son père d’avoir conduit la voiture ayant plongé son frère dans un profond coma n’était pas l’une d’entre elles. Elle lui disait que son père travaillait fort, qu’il lui était impossible de venir la voir pour le moment, mais qu’il pensait très fort à elle. C’était sûrement vrai. Carley ne lui cachait pas non plus qu’elle et Elias avaient des problèmes, mais elle avait décidé de lui raconter l’histoire complète seulement lorsqu’elle serait en âge de comprendre et de porter son propre jugement sur les évènements. Pour l’instant, elle devrait se contenter de demi-vérités et de mensonges par omission. Carley voulait que sa fille se sente aimée et qu’elle ne se sente pas abandonnée par son père. Ce père qui l’avait pourtant délaissée pendant les premières années de sa vie, fuyant ses responsabilités paternelles, pour mieux revenir à la charge lorsqu’il s’est soudainement rappelé comment être père. Elle tentait le plus souvent d’éviter le sujet en la couvrant de baisers et en lui disant qu’elle l’aimait, qu’elle l’adorait, qu’elle était sa princesse. C’est juste nous deux, maintenant, ma puce.

Elle regardait l’épave qui était son ex-mari avec une drôle de sensation dans le creux du ventre. Est-ce que ça en valait la peine ? Est-ce qu’abandonner tous ses rêves de jeunesse pour fonder une famille avec lui l’avait rendue assez heureuse pour qu’elle puisse désormais supporter toute cette souffrance en se disant que si c’était à refaire, elle le ferait ? Les bons jours, elle disait oui. Oui pour ses enfants, qu’elle adorait sans limite, pour qui elle ferait tout. Et il y avait ces jours où la douleur la rattrapait, où la solitude la frappait de plein fouet, où elle se recroquevillait dans son lit, seule, avec Clémentine dans la chambre à côté et où elle sanglotait en silence, et chuchotait tout doucement, la voix brisée : non. Elle avait si honte de ce non mal assumé, caché de tous. Ce non qui la rongeait de l’intérieur, qui lui donnait l’impression d’être une mère indigne. Petite, elle s’était souvent imaginée la famille parfaite qu’elle aurait en vieillissant. Un mari, avec lequel elle serait follement en amour. Deux enfants, parfaitement heureux et épanouis. Un monde parfait, un monde dans lequel la souffrance n’existait pas, où le doute n’avait pas sa place, où tout n’était que certitude et clarté. Elle était bien loin de ses fantasmes enfantins. En long et pénible processus de divorce, se battant pour la garde de sa vie, son fils entre la vie et la mort. Voulait-elle recommencer tout cela ? Carley n’échangerait sa fille pour rien au monde, et pourtant… N’aurait-elle pas pu s’assurer de lui accorder un meilleur futur ? N’aurait-elle pas pu tenter de se réconcilier avec Elias, de le tolérer à défaut de l’apprécier pour que Clémentine ait encore un père ? N’aurait-elle pas pu être mieux, faire mieux ? Oui. Oui, mais Carley n’avait pas cette force. Elle n’avait pas cette grandeur d’âme. Voir Elias lui rappelait violemment Bran et, en l’expulsant de la vie de sa fille, elle espérait secrètement l’expulser de la sienne, pour qu’enfin elle puisse échapper à ces yeux qui l’accusaient des pires malheurs et qui ne faisaient qu’alimenter la culpabilité qu’elle ressentait, ce manque qui la tenaillait et ce vide qui ne se remplirait jamais.

« Tu sais que si tu arrêtais de faire des mauvais choix de vie, je pourrais arrêter d’en profiter, n’est-ce pas ? Arrête de me prouver que j’ai raison, tu rends ça vraiment trop facile. » Ça. Le détester, le blâmer, lui retirer le droit de voir sa fille. S’empêcher de le prendre en pitié, se forcer pour ne pas s’inquiéter, oublier ce qu’il représentait pour elle, ce qu’il représente pour sa fille. Elle l’écoute parler, patiente. Il avait le don d’utiliser bien des mots, bien des phrases, surtout pour l’insulter. Ils savaient désormais quoi dire pour faire tiquer l’autre. Il savait qu’elle se remettait constamment en doute en tant que mère, qu’elle tentait plus que tout de se détacher de l’ombre maternelle qui planait au-dessus de sa tête, qu’elle voulait représenter tellement plus pour sa fille que ce que sa propre mère avait représenté pour elle. Elle voulait être un modèle et non pas une déception et un poids. Elle savait qu’elle avait encore bien du chemin à parcourir pour ne serait-ce qu’oser atteindre son idéal maternel, mais elle n’arrêterait pas d’essayer et ce, dès qu’elle obtiendrait sa garde. Après l’obtention de la garde, évidemment, parce qu’il ne faut pas se le cacher, soutirer un enfant à son père n’entre définitivement pas dans la définition d’une bonne mère. Elle se doutait qu’il remettrait en doute son intégrité, les enseignements qu’elle voudrait transmettre à Clémentine et, bien sûr, la version de cette histoire qu’elle lui ferait. Il était bien tentant de romancer le tout, de raconter à sa fille que les torts de son père en oubliant les siens. Pourtant, dans l’optique d’être une meilleure mère, elle voulait être transparente. Sa fille avait le droit de savoir. Peut-être la détesterait-elle lorsqu’elle connaîtrait tous les tenants et aboutissants de cette histoire. Peut-être jugerait-elle ses choix, ses décisions. Peut-être remettrait-elle aussi en question sa capacité à être mère. Carley savait qu’endurer tout cela serait comme perdre son deuxième enfant, mais si elle devait perdre Clémentine pour s’assurer qu’elle était intègre, qu’elle avait les valeurs à la bonne place, qu’elle avait du jugement, qu’elle pouvait penser par elle-même et qu’elle serait libre de croire et de faire confiance à ceux qu’elle jugerait dignes, alors peut-être que Carley réussirait son devoir de mère. La liberté d’expression et de pensée était ce qu’elle pouvait livrer de plus beau à sa fille. Elle s’était battue toute sa vie pour qu’elle puisse vivre dans un monde juste, dans un monde libre, et elle ne s’arrêterait pas ici. Si elle pouvait transmettre cet esprit libre et critique à sa fille, alors elle saurait qu’elle lui a donné tout le nécessaire pour réussir sa vie et la vivre comme bon lui semblait, en y incluant ou pas sa mère. « Je ne lui dirai que la vérité. Je suis sûre qu’elle a assez de jugement pour se faire sa propre idée du genre d’homme que tu es. » Sa voix est calme, posée, et elle ne fléchit pas. Le contraste avec Elias est grand, entre tous ses mots, toute sa grandiloquence. Carley reste simple, concise, et pourtant ses mots blessent tout autant, sachant pertinemment bien que le jugement de Clémentine importait bien plus à Elias que le sien.

En finir. Elias en parlait comme si c’était banal, en exagérant bien ses paroles pour rendre cette idée grotesque et impossible. Convaincue qu’il y avait pourtant déjà pensé, qu’il avait réellement peur que tout ce qu’il ressentait aurait enfin raison de lui, elle s’inquiète, l’espace d’un instant. Déformation professionnelle. Peu importe toute la haine et la rancune que Carley pouvait entretenir à son égard, elle ne lui souhaiterait jamais la mort. « C’est quand même dommage que le sarcasme n’efface pas le mal de vivre. Tu irais déjà beaucoup mieux. » Cette remarque valait autant pour lui que pour elle.

« Je me fous de la maison, Elias. Je n’en veux pas. Je ne veux pas ton argent, je ne veux pas ternir ta réputation, je ne veux pas te dépeindre comme un alcoolo doublé d’un drogué dépressif, même si de toute évidence, c’est pas très loin de la réalité. Je veux Clementine. Et si je dois obtenir tout le reste avant de pouvoir avoir sa garde, je le ferai. » Elle s’adoucit alors qu’il la ramène à la raison de sa présence dans cette maison. Son regard quadrille rapidement le salon : des déchets, des bouteilles, quelques jouets éparpillés. Puis, en-dessous d’un fauteuil, une patte poilue. Elle fait quelques pas et s’accroupit pour attraper la peluche, pour la tenir devant ses yeux. C’était bien elle, pas de doute. Elle reconnaîtrait ce jouet n’importe où, tellement elle l’avait vu, tellement Bran l’avait traîné partout. Elle avait adoré ce jouet, voyant qu’il rendait ses enfants particulièrement heureux pour une raison inconnue. Elle avait détesté cette peluche, car elle avait souvent tendance à disparaître dans des endroits incongrus et elle avait causé bien des crises de larmes avec ses disparitions inopportunes. Maintenant, elle ne lui inspirait plus que nostalgie et lui faisait ressentir avec acuité le vide qu’avait laissé Bran en elle. Carley se relève, les yeux toujours rivés sur le chien en peluche. Elle se tourne vers Elias, et lui esquisse un sourire faible, le premier depuis bien des mois. « Clémentine a pleuré tout l’après-midi parce qu’elle l’avait égaré. » Pause. Elle lui montre la peluche, cherchant dans ses yeux les relents d’un souvenir, les relents d’un temps révolu. « Tu t’en rappelles ? »
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MessageSujet: Re: Where I used to end was where you start [PV Carley]   Sam 11 Juin - 2:51

L’obscurité resserre l’étau autour de sa gorge. Les échos se superposent à la toile, des couleurs qu’il réinvente, revoit aux endroits où l’anthracite s’attarde encore. Il se souvient de leur emménagement ici, de la détresse éprouvée en passant le seuil. L’espoir ébranlé par l’apocalypse, par ce qui se profilait à l’horizon. Délogés de New-York et forcés de s’installer dans la ville natale d’Elias. Il se rappelle avec quelle vigueur Bran lui serrait la main quand ils sont arrivés dans l’entrée, de cette voix fluette qui lui a demandé pourtant calmement s’ils seraient en sécurité ici. Ils avaient toujours partagé une proximité particulière, un lien inébranlable. Le grec s’était doublement occupé du bambin quand il n’était encore qu’un nourrisson. Quand Carley refusait d’endosser son rôle de mère. Même lorsqu’il s’éloignait, son fils ne lui en tenait pas spécialement rigueur. Ce gosse lui pardonnait toujours tout. Le regard de l’ivrogne suit une trajectoire incertaine, il croit pouvoir le redessiner dans le hall, le poursuit dans les escaliers qu’il grimpait toujours deux par deux. Le cœur se retourne, ses épaules s’affaissent. Les fantômes réinvestissent les lieux, emportés et apportés par celle qui lui fait encore face. Sa seule présence amplifie les dégâts, alourdit la culpabilité. Rien qu’en se tenant là, plus forte que lui ne pourrait l’être désormais, elle réduit à néant le moindre optimisme à mobiliser. Rien qu’en se drapant des ombres et en respirant le même air, son ex-femme le met devant ce qu’il a fait. Devant ce qu’il a perdu. Elle possède encore sa dignité, sa droiture et sa ferveur. Pourquoi en serait-il autrement ? Quand elle rentre chez elle tous les soirs, elle sait que les bras de sa fille entoureront sa nuque. Lui ne reçoit aucune autre étreinte que le vide apparent, la froideur des réminiscences courant contre son épiderme pour lui laminer le moral, l’estime. Partout, dans cette maudite bâtisse, la perte et l’absence jubilent. Des rires qui se heurtent aux parois, piégés à tout jamais entre ces murs. Une douleur en continu qu’il contemple, rassemble et conserve précieusement. C’est tout ce qu’il lui reste de cette réalité. Leur réalité.

Le journaliste tangue, le désespoir grignotant la concentration nécessaire à l’immobilité. La fatigue pèse de plus en plus. Chaque seconde passée à débattre avec la californienne lui arrache un peu plus de patience, de bravoure. Le jugement lui est difficile à encaisser. Surtout de sa part. A une époque, elle était sa seule alliée. La seule personne lui permettant de croire qu’il n'était pas défini par les causes de sa naissance. Qu’il pouvait dépasser ses problèmes familiaux, les séquelles laissées par le manque d’attention que ses propres parents lui portaient. Au final, tout ce passé l’a rattrapé. D’une façon ou d’une autre, il a agi comme eux. Et maintenant, elle le voit, elle aussi. Maintenant, elle comprend ce que ça impliquait d’être avec lui, de porter un tel nom. Au moins, peut-elle s’en défaire maintenant. Voué à n’être qu’un échec, conditionné à ce seul fait depuis que ses premiers cris ont été poussés. Il n’a pas réussi à sauver Nora. Et maintenant, il a tué Bran. Blessé Carley, perdu Clementine. Il serre la mâchoire, aspire avec difficulté l’air, cherche la colère là où il peut la trouver pour ne pas s’effondrer. Pour ne pas s’élancer dans une crise d’angoisse qui ne finit qu’avec son corps recroquevillé contre le parquet, les poumons endoloris. « Tu m’en vois désolé. Désolé de simplifier ton petit jeu de pouvoir, de te dérober ta seule source d’amusement, semblerait-il. Dis-moi à quel point est-ce que ça te divertit de me voir ramper à tes pieds pour essayer de voir ma fille ? Ça te soulage, j’espère, de me voir souffrir comme ça ? Ça rend ton quotidien plus supportable, rassure-moi ? » La voix se brise. L’harassement l’empêche de conserver la distance observée d’ordinaire, à contenir une agressivité qu’il avait appris à refouler une fois l’adolescence passée. Il ne trahit presque rien quand ils se croisent à l’hôpital, doivent se voir au tribunal ou à d’autres occasions ayant impliqué le divorce ou les enfants d’une quelconque façon. Mais ici, dans ce qui avait été leur foyer, il lui semble difficile d’oublier ce qu’il évince dans d’autres endroits impersonnels, des lieux qui ne leur ressemblent pas. Ne témoignent pas de leur vie commune.

La frustration martèle la chair enivrée, elle le pousse toujours plus à ressembler à ce qu’il n’est pas, n’a jamais vraiment été. Il se reconnait à peine dans cette peine grandissante, souffrant de toutes ces plaies qu’elle s’acharne à rouvrir. Son ancienne épouse entretient adroitement son sang-froid, fait figure de force, rendant l’éclopé d’autant plus minable, plus petit que jamais. C’est une chose que le damné ne supporte pas. Pas après l’avoir vécu toute son enfance durant. « Je serais curieux de savoir ce que tu lui répondras quand tu devras justifier le fait que tu aies épousé ce genre d’homme. » Ses inspirations sont plus pesantes que jamais, sa gorge se resserre. Il se sent de plus en plus mal tandis que le dialogue continue, le fait vaciller davantage. « T’en as encore beaucoup des remarques inutiles comme ça ? Non parce que tu vas battre un record à ce rythme-là. » Un soupir. Il lutte pour rester debout tandis qu’elle disperse ses doutes sur la raison de sa présence. Il accuse sa vérité amèrement, grimace pour la forme.

Elle s’éloigne et il l’observe sans comprendre exactement ce qu’elle fait là, ce qu’elle fait tout court en cet instant. Il ouvre la bouche et la referme aussitôt devant la découverte de la brune. Ses yeux effleurent la peluche avec une mélancolie déjà bien trop vivace. « Je suis ivre, pas amnésique. Bien sûr que je m’en rappelle. » Déjà plus qu’un murmure instable. La rancœur s’estompe juste assez pour qu’il ne puisse plus soutenir son propre poids, il titube jusqu’au fauteuil dans lequel il se laisse choir sans plus de cérémonie. Il n’enchaîne pas immédiatement, attend simplement de retrouver un peu pied. La nausée le menace tandis qu’il ramène un bras contre ses yeux un instant. Position de faiblesse qu’il ne s’octroie que par nécessité, sous peine de s'écrouler à cause du décor remuant. La pièce semble continuellement tournoyer autour de lui pourtant, même avec les paupières closes. « Comment va-t-elle ? Elle doit se poser beaucoup de questions … » l'interroge-t-il d’une voix bien plus posée, bien plus douce en imaginant sa gamine tirer sur la jupe de sa mère pour lui poser une horde de questions aux réponses compliquées, douloureuses. « Tu lui justifies comment mon absence ? » Ça lui échappe. Aucune accusation pourtant, simplement une profonde inquiétude. Des séquelles que laissera cette absence prolongée sur sa cadette. « Oublie. Je ne suis pas certain de vouloir le savoir. » Il retire le membre de son visage et bascule vers l’avant, les coudes sur les genoux et le regard rivé sur la table basse. Toutes ses pensées sont dédiées à sa benjamine. Ce qui lui reste de relation avec Carley semble être pour une fois assez tangible pour oser plaider sa cause. Elle a interpellé sa mémoire. Il aimerait pouvoir en faire de même. « Tu sais qu’elle ne peut pas grandir sans père. Un jour ou l’autre, ça risque de se retourner contre toi, Carley. Si elle sait que tu la prives volontairement de moi un jour, si elle le comprend… Elle va peut-être t’en vouloir. » Il ne cherche même pas à la menacer. Il anticipe seulement. La visualisant adolescente, si prompte à défier sa génitrice.

Toute sa retenue et sa délicatesse retrouvées volent aussi vite en éclat. Il se retrouve debout soudainement sans savoir comment, ni pourquoi. La hargne en bannière. Passant d’un état à l’autre sans la moindre transition, effet secondaire de sa cuite. « Bordel, c’est aussi ma fille. Ça n’y changera rien que tu m’empêches de la voir grandir. Tu crois que je referais la connerie de la mettre en danger ? Tu crois que j’ai voulu ce qui est arrivé ? Tu sais très bien que si je pouvais, je troquerais ma vie contre celle de Bran. J’aurais mieux fait d’y crever, moi. Je le sais très bien. Tout comme je sais très bien ce que j’ai fait. Je sais que le fait que je survive, fait de moi, un monstre à tes yeux. Je ne peux pas te blâmer pour ça. Mais tu sais aussi ce que j’étais avant tout ça. Et j’ai pas changé, bon sang. » Du moins, il tente de s’en convaincre parce que cette version de lui ne peut pas être la définitive, ça ne peut pas être ce qu’il est vraiment. Ce qu’il a toujours été. Il ne peut pas s’être perdu à ce point non plus. Non, on ne peut pas jamais changer en profondeur. La détresse déforme son ténor rocailleux, elle l’oblige à se casser contre chaque ponctuation suggérée par l’intonation. « Qu’est-ce qu’il faut que je fasse pour que tu entendes raison ? Rien du tout ? Tu ne peux pas attendre ça de moi, Carley. Je ne peux pas te laisser me reprendre Clem’ sans rien faire. Je ne peux pas abandonner. A moi aussi, c’est tout ce qu’il me reste. » Ses doigts glissent contre sa poitrine tandis qu’il se met à éprouver quelques difficultés à respirer. Pas de crise de panique, pas maintenant se répète-t-il en crispant sa paume contre son buste pour calmer les battements irréguliers, fourbes, assassins de son cœur en pleine agonie. Comment pourrait-il convaincre Carley alors qu’il lui démontre par tous les moyens qu’il ne parvient même plus à se gérer lui-même ?

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    Stuck along a road of sadness with nowhere to go. Here's hoping that the signs are real. And tomorrow with a spring in my heel. Somewhere on the road of sadness lies a better deal. I know that my hardened heart is beating still. I drove it to the point of madness just to feel something real.
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MessageSujet: Re: Where I used to end was where you start [PV Carley]   Mer 15 Juin - 10:17

where i used to end was where you start
Supportable ? Un quotidien supportable ? Comme si tout ce qu’elle pouvait lui faire subir pouvait ne serait-ce même qu’atténuer la douleur qu’elle ressentait. Comme si la colère et la haine qu’elle nourrissait avec ferveur à son égard pouvaient lui faire oublier d’où venait ces violentes émotions. Supportable. Comme si elle avait eu un semblant de vie normale depuis un an, alors qu’elle arrivait à peine à garder la tête hors de l’eau, à se composer un visage, à garder le peu de dignité qui lui restait pour être une bonne mère pour Clem. La mère qu’elle n’avait jamais été capable d’être pour Bran. Supportable. Comme si la simple idée de son fils dans le coma ne lui donnait pas envie de mourir sur le champ, d’échanger sa place avec la sienne, de lui permettre de vivre sa vie alors qu’elle pourrait pourrir sur un lit d’hôpital. Comme si chaque fois qu’elle croisait le regard de son ex-mari, elle ne voyait pas son jeune garçon, son aîné, son amour. Supportable. Comme si elle ne voyait pas Bran dans chaque patient qu’elle perdait, dans chaque patient qu’elle sauvait. Comme si elle ne se demandait pas à chaque jour comment elle avait pu en arriver là, comment elle avait pu laisser cette horreur lui arracher les dernières parcelles d’elle-même. Comme si elle n’était pas débordée par un rôle de mère qu’elle ne savait endosser, comme si elle n’avait pas besoin de son support, de celui qu’elle avait eu durant toutes ces années, malgré tout ce qu’elle avait pu faire qui aurait pu déchirer leur famille de l’intérieur. Supportable. Comme si elle ne cherchait pas sa présence dans son lit vide la nuit, comme si elle ne souffrait pas d’entendre Clementine l’appeler lorsqu’elle faisait un cauchemar. Comme si après cette année d’horreur, sa vie pouvait avoir une quelconque normalité. Supportable, vraiment ? La gifle part si vite que Carley écarquille les yeux, surprise de sa réaction. La colère reprend pourtant rapidement le dessus et assume la spontanéité de son geste. « Supportable, Elias ? Supportable, vraiment ? Parce que, bien sûr, tu as le monopole de la souffrance ! Ton monde s’est écroulé, le vide te dévore de l’intérieur, la vie n’aura plus jamais la même saveur ! C’était mon fils aussi ! » Sa voix se brise tout d’un coup, n’est plus qu’un murmure alors qu’elle baisse les yeux, tremblante, perdue dans un océan de souffrance et de haine, ne sachant même plus comment s’en sortir. « C’était mon fils aussi. Et à chaque fois que je te regarde, c’est lui que je vois. Te voir souffrir ne me soulage pas, ne me divertit pas, ne rend pas mon quotidien plus supportable, crache-t-elle avec dégoût. Ta perception de l’importance que je t’accorde est probablement bien au-delà de la réalité. »

Il la mettait hors d’elle. Tout son sarcasme, son cynisme, il savait exactement quoi dire pour la faire exploser. Leurs disputes se ressemblaient toutes. C’était du pareil au même. Ni l’un ni l’autre n’étaient prêts à accepter leurs torts, parce que rejeter la faute sur l’autre était la seule façon qu’ils avaient trouvée de survivre avec cette étouffante douleur qu’ils ignoraient comment gérer. Elle était la seule qui puisse apaiser sa douleur si elle se décidait à accepter de partager la garde de Clementine. Il était le seul qui aurait pu la rassurer sur son rôle de mère et qui aurait pu la supporter dans ses choix et ses décisions qui affectaient la vie de leur fille. Si elle s’y était pris avec plus de délicatesse dès le départ, peut-être n’en seraient-ils pas là, un an plus tard, avec ces plaies toujours aussi vives. Aucun n’avait eu le temps de faire leur deuil et le sujet était aussi sensible que si l’accident avait eu lieu la veille. Ses paroles la mettaient hors d’elle, l’empêchaient de voir clair, étouffaient la voix de la raison en elle qui lui disait de se calmer, de demander une trêve pour le bien-être de leur fille. Pourquoi ne pouvaient-ils pas se tolérer à défaut de s’apprécier ? Elle ne ressentait qu’un fouillis d’émotions qu’elle était incapable de démêler. Tout ce qui n’en ressortait n’était que haine, colère, souffrance. Il n’y avait plus de place pour la peine, le manque, la nostalgie. Cette douleur plus profonde, moins vive et peut-être moins intense qui témoignerait du début de son deuil. Cette douleur, elle ne pouvait pas la vivre, pas tant qu’elle ne s’était pas débarrassée de la haine qui l’emplissait dès qu’elle posait les yeux sur le Grec.

Un mince sourire étire ses lèvres alors qu’il lui demande ce qu’elle dirait à leur fille pour expliquer ses mauvais goûts en matière d’hommes. Elle ne pouvait qu’approuver ce commentaire. Ils s’entendaient finalement sur un point. « Elle sera jeune adulte bien plus vite que tu ne peux te l’imaginer. Elle aussi, elle fera des erreurs. Et elle aussi, elle apprendra. Je ne pense pas qu’elle me tiendra rigueur d’avoir été jeune et la tête plein de rêves. » Rêves qui, finalement, n’avaient jamais été réalisés. Elle avait abandonnée l’idée de devenir médecin sans frontière pour former une famille avec Elias, et vu leur famille détruite, brisée, elle ne pouvait s’empêcher de penser qu’avoir su ce qui l’attendait, la jeune femme qu’elle était alors serait partie en Afrique sans un seul regard derrière elle, refusant d’infliger autant de douleur à d’innocents enfants.

Elle lui montre la peluche et le voit vaciller. La haine s’estompe de ses yeux pour ne laisser qu’une souffrance bien présente, vivide, une douleur pulsatile ne voulant plus partir. Elle va s’asseoir dans le fauteuil lui faisant face, à l’autre bout de la pièce, tenant toujours la peluche entre ses doigts, refusant de la lâcher, refusant de la laisser partir, s’y accrochant avec la force du désespoir. Perdue dans les ombres, elle se permet de se décomposer quelques instants, écoutant ses questions, restant silencieuse, ignorant comment y répondre. Souffrante, encore, toujours, sans cesse. Avec le temps, il aurait dû savoir que les cris et les accusations ne lui faisaient jamais autant de mal que les discussions à cœur ouvert. Parler de Clementine avec Elias l’avait toujours tuée, car elle savait qu’elle avait tort. Elle le savait, bien loin, bien caché au fond d’elle. Si elle était toujours convaincue que la mort de Bran était de la faute d’Elias, elle ne pouvait s’illusionner : Clementine avait besoin de son père. Et pourtant, Carley s’obstinait. « Elle va bien, compte tenu des circonstances. Tu lui manques. Bran lui manque. Je ne pense pas qu’elle réalise qu’elle ne le reverra jamais. » Telle mère, telle fille, apparemment.

Carley reste silencieuse de longues secondes, tentant de rassembler ses pensées. La peluche serrée contre elle, elle rassemble ses forces, sachant ce qui allait venir. La vérité, c’est qu’elle ne savait plus quoi dire à Clementine. Elle avait épuisé toutes les excuses possibles et elle refusait de ternir la réputation d’Elias aux yeux de sa fille. « Je lui dit tous les jours que tu l’aimes et que tu fais tout ce qui est en ton pouvoir pour la revoir, mais que, pour le moment, ce n’est pas possible. » Elle l’écoute parler, accuse le coup. Bien sûr, qu’elle y avait pensé. Elle ne faisait qu’y penser depuis la dernière année. En constant combat contre elle-même, tentant de se raisonner, puis submergée par la colère et la haine, elle refusait de s’écouter, se convaincant qu’elle était déjà bien trop loin dans les procédures pour changer d’idée, se berçant dans la douce illusion que sa fille ne lui en tiendrait pas rigueur. Et pourtant, la rébellion contre ses parents était presque inscrite dans ses gènes. Elle avait tout donné ces dernières années pour être une bonne mère pour ses enfants, et son fils était mort. Elle avait essayé de protéger Clementine de son alcoolique de père, pourtant consciente que l’absence de sa fille causait en grande partie la tendance d’Elias à se plonger dans la bouteille. Elle s’était battue dans la rébellion pour que ses enfants aient un futur et une liberté qu’elle n’avait jamais eue, et la voilà qui prenait des décisions cruciales pour sa fille sans même penser aux conséquences. Carley voulait tant se détacher de sa mère qu’elle l’était devenue et ce constat la fige sur place, l’effraye à un point tel que l’air entre difficilement dans ses poumons. Elle n’entend même pas ses grands discours, complètement figée, le regard dans le vague. Elle était devenue sa mère. Il gesticule, il parle, ça semble important. Ses yeux se brouillent de larmes, son cœur se met à battre très fort. Son ton monte, il a de la ferveur. Carley attend qu’il ait fini, secoue la tête, s’essuie les yeux et affronte finalement son regard et affronte finalement la vérité, celle qu’elle lui avait toujours caché, celle qu’elle s’était toujours cachée, celle qu’elle n’avait jamais avoué, ni à voix haute, ni à voix basse et encore moins à Elias, qui l’utiliserait sans vergogne contre elle pour tourner le couteau dans la plaie. « J’ai peur que si je la laisse partir avec toi, elle ne reviendra plus jamais vers moi. Silence. Elle le juge rapidement du regard, soupire et passe la main dans son visage. Reprends-toi. Arrête de boire, arrête les calmants, les painkillers, les drogues et tout ce que tu mets dans ton corps pour oublier. Demande de l’aide, vois un psy. Rends-toi présentable. Après, on pourra peut-être parler de visites. »
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MessageSujet: Re: Where I used to end was where you start [PV Carley]   Ven 17 Juin - 0:44

La réserve volée en éclats, la limite franchie pour une fois. Profitant de sa faiblesse totale pour miser tout ce qu’il lui reste encore sur le discours à expulser, toute cette rancœur conservée, toute cette douleur qu’elle a engendré dès qu’il a ouvert les yeux à l’hôpital. Dès qu’elle a blâmé sa survie, qu'elle lui en a voulu de respirer alors que Bran était en train de crever. Dès qu’elle lui a fait comprendre qu’il ne subsistait d’eux qu’une poignée de souvenirs, une haine farouche. Plus de soutien, pas même un semblant de soulagement dans sa voix. Il comprend pourquoi. Pourquoi elle n’a salué son réveil qu’avec l’amertume, la rage et la cruauté. Mais comprendre ne signifie pourtant pas accepter. Pas dans ce cas-ci. Pas quand on lui retire tout ce qu’il a cru bâtir ces dernières années. Une famille, un foyer. Malgré la confusion, l’égarement, la douleur, il a mémorisé ses mots. Parfois, ils ponctuent encore ses cauchemars, hantent son esprit quand la culpabilité se manifeste. Qu’y a-t-il de pire que de se faire abattre au pire moment de son existence par la personne qui était jusque-là censée être la plus proche ? Carley avait les armes et elle s’en est servi. Il aimerait pouvoir en faire de même puérilement, réussir à la blesser comme elle est parvenue à le démanteler lui. Comme elle l’a brisé davantage alors qu’il était déjà en-dessous de tout. La rééducation a pris le double de temps à cause ça, le mental le lâchant plus d’une fois durant ce processus. Comment rejeter le seul moteur de cette période noire ? L’acidité à entretenir à l’égard de celle qui a participé à cette déchéance. Si elle ne l’avait pas appelé, pas insisté. Pourtant, elle ne tenait pas le volant et il le sait. Il le sait pertinemment. Elle ne partagera pas ce fardeau avec lui. Et il ne compte pas l’assumer entièrement. Pas quand elle s’échine à faire ressortir le pire de lui pour obtenir gain de cause.

La gifle claque. Cette douleur réconforte étrangement le grec. Il préfère qu’elle exprime son ressentiment de cette façon. Bien plus directe, bien plus concrète. Une punition méritée, un châtiment qu’il peut supporter. Bien mieux que ses petits jeux sournois d’avocat et de procès. Un ricanement échappe à l’ivrogne cependant tandis qu’il glisse ses doigts contre sa joue. L’insolence de l’adolescent rendossé subitement, le terrain de la violence physique fertilisant ce passé. Son rictus mauvais s’efface très rapidement pourtant, laissant place à la colère froide, sourde alors qu’elle émet les parallèles entre leurs ressemblances physiques. Il décide de ne rien relever réellement, il n’a fait que la provoquer de toute façon jusque-là. A réussi à atteindre l’objectif souhaité. L’atteindre, la déstabiliser. « Tu as fait de moi l’ennemi. Le seul responsable. C’est trop facile. C’est bien trop facile. Je ne doute pas ne plus avoir de l’importance à tes yeux. Tu me le fais bien comprendre depuis le début de toute cette histoire. Tu as décidé de balayer tout ce qu’on a vécu, traversé. J’ai toujours été là pour toi, Carley. Toujours. J’ai pas été le mari le plus exemplaire, sûrement pas été un bon père. Mais t’as toujours pu compter sur moi quand il le fallait. Tu as déjà tout oublié ? » La voix se brise à nouveau. La main s’agite dans le vide. « Peut-être qu’il ne reste rien de ce qu’on a partagé. Mais je ne suis pas un étranger que tu peux virer comme ça de ta vie. On a été ensemble pendant treize foutues années. Tu me connais mieux que ma propre mère ne me connaîtra jamais. Je suis peut-être le principal coupable de ce qu’il s’est passé, oui. Mais je ne suis pas qu’un monstre sans nuances. Arrête de me coller ce putain de rôle à la figure. » Tout ce qu’il y a à retenir de son effronterie. De cet accès d’agressivité verbale et physique. La tête tourne toujours plus. Le thorax ouvert, dévoilant les organes qui sont arrachés de manière grossière par les doigts adverses.

Une agonie qui ne trouve pas son terme dans cette atroce exposition d’hostilité. A croire que l’abysse ne peut décidément pas avoir de fond. Bien qu’il soit le premier à reconnaître l’idylle défectueuse, à savoir qu’ils ne s’aiment plus depuis plus longtemps qu’ils ne sont prêts à l’avouer, il ne supporte pas l’idée qu’elle piétine une nouvelle fois tout ce qu'ils ont pu vivre ensemble. Son regard devient assassin à l’heure où sa verve s’effondre. Le cynisme n’a plus l’énergie nécessaire pour se projeter dans leur environnement sonore. Il se contente du peu de souffle dont il dispose encore. « Puisse-t-elle être moins cruelle que sa mère dans ce cas. » Toute la détermination déployée dans cet affrontement se dissipe comme il est apparu. Brutalement. Sans le moindre avertissement. Il ne demeure qu’une tangible souffrance partagée cette fois-ci. Le lien indéfectible. Celui qui leur vaut de se battre, de se déchirer jusqu’à ce point. Un père et une mère. Un duo qui perdurera pour Clementine. Quand son ex-épouse s’exprime, répond enfin à ce qui le torture toujours plus jour après jour, ses traits s’affaissent un peu plus. Il se replie sur lui-même, se force à mesurer sa respiration fuyante. Les excuses fournies ne le satisfont absolument pas. Il ne veut pas que son enfant pense qu’il n'a plus de temps à lui consacrer. Ce qu’il a fait d’ailleurs avant même l’accident. Comment a-t-il pu être aveuglé à ce point ? Plus il s’échine à retrouver sa hargne, plus la californienne s’enfonce dans une apathie étrange. Elle semble loin de cette mauvaise scène qu’il lui joue. Quand ses intonations ne peuvent plus soutenir ses propos, le rédacteur se recroqueville un peu plus. Passer d’un état à l’autre sans transition ne lui ressemble pas, il se déteste dans ces extrêmes. Ne supporte plus la multitude d'émotions voraces lui saccageant la poitrine.

Une main recouvre les paupières devant la vérité qu’elle délie. Il ne comprend pas comment elle peut penser ça alors qu’il n'y a que lui pour se retrouver dans cette position. Il sait sur quel parent sa gamine miserait. L’angoisse de la trentenaire n’a rien de rationnel. Durant cet instant où leur vulnérabilité se complète enfin, elle lui offre une lueur d’espoir en pleine obscurité. Il se redresse nerveusement et agrippe ses prunelles. Malgré lui, il n’arrive pas à s’adoucir, à user de cette chance. L’ébriété n’aide pas à ses humeurs, n’arrange absolument rien au désespoir. « Les drogues ? Tu crois que je me shoote à l’héroïne ? Je ne fais que prendre les médicaments nécessaires, recommandés même pour contrer les séquelles de l’accident. L’alcool, c’est juste que… Ça fait un an. J’ai pas trouvé une bonne raison pour ne pas boire là. Mais je suis pas comme ça tout le temps. Même chose pour les calmants, je les ai juste trouvé y a deux jours, j’en prends pas régulièrement si tu veux tout savoir. Mais si ça te fait plaisir, je veux bien suivre les testes que tu jugeras nécessaires, si ça peut te laisser me faire voir ma fille… Je préfère encore souffrir à cause de ma maudite guibole que de devoir endurer son absence. » Il se justifie comme il peut, tente de lui prouver sa bonne volonté avant de s’avachir davantage dans son siège à la seule idée de consulter. Il ne supporte pas les psys et ne pense pas pouvoir changer d’avis à ce propos. « J’ai pas plus besoin de consulter que toi. Je sais pourquoi je suis dans cet état. Je sais comment je pourrais aller mieux. Tu as le bon rôle, tu as sa garde. Elle est là pour t’accueillir tous les soirs. Moi, tout ce qu’il me reste c’est cette foutue baraque que je peux plus encadrer. Voir leurs chambres vides nuit après nuit. Me réveiller dans le même lit tous les matins en croyant que rien n’a changé avant de me rappeler. » Quand ce ne sont pas les cris de Bran, les phares et les bruits de ferraille qui le tirent du sommeil.

Ses prunelles détaillent la silhouette autrefois désirée, désormais crainte. Il note le désarroi, entend sa peine. Ses appréhensions. Si elle est prête à lui concéder un peu d’indulgence, il peut au moins la rassurer sur ce qui lui semble évident. Son ton s’assouplit, redevient ce qu’il est en temps normal. Posé, calme. « C’est ta fille. Elle reviendra toujours auprès de sa mère, Carley. Ca pourra pas changer ça. Tu lui as donné plus de raisons de te revenir que moi qui ai tout foiré ces dernières années. J’ai peur qu’elle m’oublie si tu l’écartes de moi à ce point. Je veux pas qu’elle se souvienne de son père comme je me souviens du mien. Je le mérite peut-être mais elle, pas. Personne ne devrait être privé de son père, de son attention. Tu le sais aussi. Ce genre de choses, ça laisse des marques. » Son expression mime la confusion, l’affliction. Les paupières se referment, un murmure lui échappe. « Comment on a pu en arriver là, hein ? Je comprends toujours pas. » La détresse l’oblige à se prendre la tête entre les mains, à chercher un souffle qui lui échappe toujours plus. Ils se décomposent entre les ombres pour aucun réel résultat. Les ténèbres léchant leurs carcasses éprises de cette tragédie, témoignant des ratés. Tout reste à faire. Le deuil pour commencer. Et puis, vivre ensuite. Vivre au lieu de survivre.

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MessageSujet: Re: Where I used to end was where you start [PV Carley]   Jeu 14 Juil - 9:28

where i used to end was where you start
Elle n’arrivait plus à se reconnaître dans ce combat sans fin. Elle n’arrivait plus à comprendre ces actes et ces paroles qui lui semblaient pourtant si évidentes, un an plus tôt. Elle ne voyait plus leur cohérence, n’arrivait plus à suivre le fil de ses pensées, se perdait dans sa logique qu’elle avait longtemps considérée comme infaillible. Elle se laissait guider depuis bien trop longtemps par ses émotions et elle avait dépassé le point de non-retour. Elle s’était laissée happer par un tourbillon de haine, de regrets, de désespoir et ces émotions ont guidé ses faits et gestes durant bien trop longtemps. Empêtrée dans les procédés judiciaires, persuadée que détester Elias lui permettrait de ne pas se détester elle-même, elle ne pouvait plus faire marche arrière. Alors, par fierté plus que par conviction, elle avait continué. C’était plus facile que d’admettre qu’elle avait réagi de façon excessive. C’était plus facile que de se dire qu’elle aurait pu leur éviter bien de la souffrance si elle avait réussi à lui pardonner, si au lieu de laisser passer toute sa douleur sur lui, elle lui avait pris la main lorsqu’il était étendu dans ce lit d’hôpital en lui disant qu’ils allaient traverser cela ensemble. Peut-être pas en tant que couple, car même à l’époque, leur relation s’estompait et s’étiolait, mais en tant que parents, en tant qu’amis. Comme l’équipe qu’ils étaient supposés être, comme cette unité indivisible que devraient être deux parents. Comme ils étaient représentés dans les prunelles de leur fille, qui était encore en âge de les idéaliser. Comment avait-elle pu se perdre au point d’oublier toutes les règles de base d’être parent ? Comment avait-elle pu rendre la situation si intenable qu’ils ne pouvaient maintenant même plus supporter être dans la même pièce ? Et, surtout, pourquoi n’arrivait-elle pas à arrêter de se battre, à baisser les armes, à s’excuser ? Pourquoi cherchait-elle toujours à avoir le dernier mot ? Car le dernier mot ne changera rien. Il ne la fera pas sentir mieux, il ne ramènera pas Bran. Il ne ferait qu’éterniser ce combat, il ne fera que les monter encore plus l’un contre l’autre. Il leur fallait des compromis, un pardon. Sauf que Carley ignorait comment pardonner à Elias alors qu’elle ignorait comment se pardonner elle-même et que la colère et la haine étaient les deux seules émotions qu’elle connaissait depuis un an et qu’elle avait de la difficulté à s’en départir, bien trop effrayée de découvrir ce qui pouvait bien se cacher derrière elles.

« Je n’ai pas oublié, commence-t-elle d’une voix qu’elle tentait d’être maîtrisée. Qu’est-ce que tu veux que je te dise ? Qu’est-ce que tu veux entendre, Elias ? Que je suis un monstre, moi aussi ? Que les torts sont partagés ? Que j’aurais pu, aurais dû être une meilleure mère, une meilleure épouse, une meilleure personne ? Que je souffre, que ça me tue, que Bran me manque à chaque jour, à chaque instant ? Parce que c’est vrai. Je pourrais aussi te dire que si c’était à refaire, j’agirais de façon bien différente. Est-ce que ça te fait sentir mieux ? Non. Parce que l’année qui vient de passer, on l’a perdue. On ne peut rien y changer. On peut continuer à s’entretuer mutuellement, on peut continuer à se détester, mais la vérité, c’est qu’en fait de compte, on se retrouve toujours vis-à-vis de nos démons personnels. Et ils nous foutent la chienne à tous les deux. » Pourquoi toute cette haine, toute cette colère, tout ce dégoût, toute cette hargne ? Quel but ces émotions avaient-elles servi ? Elles l’avaient rendu amère, desséchée, coquille vide de sens, de cohérence, de rationalité. Elles ont enlevé un père à sa fille. Elles l’ont empêché de faire son deuil, de faire face à ses émotions, de réellement penser à Bran et d’honorer sa mémoire. Il n’aurait jamais voulu ça. Il n’aurait jamais accepté que ses parents se déchirent ainsi à cause de lui. Il aurait voulu qu’ils agissent tellement mieux, qu’ils utilisent cette épreuve pour repenser ce que signifiait être parent et décider, ensemble, ce qui était le mieux pour Clementine. Il aurait été tellement déçu d’eux, d’elle, de sa hargne et de sa haine, lui qui n’en avait pas une seule once.

Elle réussissait enfin à s’extirper de toute cette colère qui la rongeait depuis un an, découvrant derrière une souffrance sans nom, refoulée depuis plus d’un an. Des regrets, tellement de regrets, de déceptions, de honte. La perception de ne jamais pouvoir se pardonner pour tout ce qu’elle avait fait, d’avoir pris pour acquis ce qu’elle avait de plus cher, de ne pas avoir apprécié sa famille à sa juste valeur, d’avoir contribué en grande partie à sa déchéance. Elle avait l’impression d’étouffer, oppressée par tous ces sentiments qu’elle avait refusé d’affronter pendant tout ce temps, se cachant derrière une barrière impénétrable. Voilà qu’ils revenaient tous au centuple, la faisant payer pour avait osé les ignorer, pour avoir tenté de les oublier. Ils étaient bien présents, en force, tentant de se faire remarquer, la poignardant petit à petit avec des pensées insidieuses, défaisant le masque qu’elle avait tenté de se composer depuis qu’elle parlait avec Elias. Elle lui avait fait miroiter la possibilité de voir sa fille. Tiraillée entre son égo, sa fierté et le soulagement d’avoir enfin l’impression de faire un pas dans la bonne direction, elle reste néanmoins intraitable. Elle ne savait pas si elle le croyait, si c’était vrai qu’il ne buvait pas sur une base régulière, qu’il ne se droguait pas aux calmants ou à d’autres substances illicites, et cela n’avait que peu d’importance à ses yeux. Elle lève la main et ferme les doigts ensemble, comme pour arrêter son flot de paroles. « Elias, je m’en fous. Tu fais ce que tu dois faire pour que je te considère remis sur pied. » Elle arrivait enfin à respirer normalement. Ils étaient si près d’un compromis, chose qui aurait semblé impossible la semaine passée. Elle avait pilé sur son orgueil, sur sa fierté, sur toute l’année précédente où elle s’était battue bec et ongles pour l’empêcher de voir Clementine, comme si tenter de l’évacuer de sa vie pouvait lui faire oublier toutes les horreurs qu’ils avaient vécues. Cela lui paraissait tellement puéril, tellement inconscient de sa part. « Et pour la thérapie, dit-elle, l’ombre d’un sourire vacillant sur ses lèvres, on pourra la faire ensemble. Si on joue bien nos cartes, on pourrait pousser un psy à faire une dépression. » Maigre essai à l’humour, malgré la situation dramatique. Avec tous leurs problèmes, toute leur histoire, tous leurs démons, il y avait de quoi faire démissionner même le plus patient des psychologues.

Une fille revenait toujours auprès de sa mère, selon ses dires. Parce que elle, Carley, était retournée auprès de la sienne ? Parce qu’après des années de pression, d’absence et de bad parenting, elle avait réussi à lui pardonner et elle était revenue auprès d’elle ? Elle lui en voulait encore. Elle lui en voudrait toujours d’avoir failli à sa tâche et de ne pas lui avoir montré un modèle maternel dont elle aurait eu et dont elle a toujours atrocement besoin. Carley n’avait bien sûr qu’elle-même à blâmer pour son pauvre rôle de mère, mais le comportement de la sienne pouvait en partie expliquer toutes les difficultés qu’elle avait eu, au départ, de s’abandonner entièrement dans le projet qu’était de former une famille et d’avoir des enfants. « Si elle retient quoique ce soit de moi et de la relation que j’ai eu avec ma mère, elle ne reviendra pas, Elias. Ma mère a fait bien des erreurs de jugement en ce qui me concerne, mais elle n’a jamais essayé de m’arracher à mon père. Et je n’arrive toujours pas à lui pardonner. Ce ne sera certainement pas ma dernière frasque en tant que mère. Elle finira par s'écoeurer et elle partira, comme je l’ai fait avant elle. Carley soutient son regard quelques instants, puis soupire. Nos parents ont vraiment merdé avec nous, hein ? » Ou encore, question silencieuse qui n’avait pas dépassé ses lèvres mais qui devait s’entendre presque aussi fort : comment fait-on pour être un bon parent, maintenant ?

Elle le regarde, détaille les traits de son visage, tentant de se rappeler de ce qu’elle ressentait avant lorsqu’elle le regardait. Elle voyait passer dans sa tête les rêves de carrière qu’elle avait abandonnés pour lui. Elle revoyait leur famille, heureuse pour un temps si éphémère. Elle pensait à toutes les misères qu’ils auraient pu éviter s’ils s’étaient parlés, vraiment parlés, s’ils avaient communiqué comme tout bon couple devrait en être capable. Si elle n’avait pas été si fière, si elle ne s’était pas laissée guidée par la colère et la souffrance, si elle avait fait les choses différemment. Peut-être que l’issue de leur vie commune était inévitable. Peut-être que rien n’aurait pu empêcher la mort prématurée de Bran. Sauf qu’elle, la façon dont elle avait géré les choses, son comportement, sa haine, tout cela aurait pu être différent. Tout cela aurait dû être différent, pour Clementine, qui n’avait rien mérité de tout cela et qui en avait bien trop vu pour une fille de son âge. « On était jeunes, cons et orgueilleux et on a vécu quelque chose d’horrible qu’aucun parent ne devrait jamais avoir à vivre, alors on a fait ce qu’on a pu pour survivre. Et ça n’a pas suffit. »
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MessageSujet: Re: Where I used to end was where you start [PV Carley]   Lun 25 Juil - 1:58

Il y a un temps pour tout. Une vérité chuchotée par la voix usée de sa grand-mère. Il l’a très peu connue et pour cause, vivre à l’autre bout du globe ne permettait pas une proximité accrue. Néanmoins, elle semblait empreinte d’une sagesse inéluctablement non partagée avec sa progéniture. Il est vrai que le temps a filé. Il s’est écoulé sans qu’ils en aient réellement conscience tous les deux. Et déjà, il ne se prêtait plus à leur idylle. A leur tendresse d’autrefois, à la passion et à l’imprévu qu’ils affectionnaient tous deux. Avec le recul, il est aisé de comprendre les rouages de cette routine destructrice, de discerner les ratés. Tellement d’éléments insignifiants qui assemblés ensemble, formaient un beau désastre. Trop de cailloux au fond des souliers, trop de nuages au-dessus de la tête. Depuis quand l’éclaircie s’est-elle absentée ?  Elias ne saurait le dire. Mais en plus du deuil de leur enfant, il a dû se lancer dans celui de leur famille, de leur couple. Immergé dans son déni, il a refusé de comprendre dans les premières heures du drame. La tragédie lui a tout retiré jusqu’à sa capacité d’analyse.  L’ombre de lui-même évoluant de douleur en apathie. Des heures à s’interroger, à espérer qu’elle revienne avant de se confronter à l’idée qu’elle ne serait plus jamais là. Et que c’était une décision sensée. Cette distance et froideur lui ont permis de retrouver assez de rationalité et d’honnêteté pour s’avouer ce qu’il a longtemps été incapable de percevoir. Sans doute que sa rencontre avec Mackenzie lui a fait pleinement réaliser ce qu’ils ne partageaient plus. La dealeuse lui a réappris plus d’une chose et à ses dépens, il s’est laissé porter par ce doux engourdissement. Pas encore assez sans doute mais ce n’est déjà plus qu’une nouvelle question de temps. Les pensées du journaliste prennent la couleur acidulée de sa crinière dès qu’il se déloge de sa réalité. Il commence à ne plus pouvoir nier cette évidence-là.

Ce qui rend cette discussion et cette situation d’autant plus étrange. Peut-être un peu coupable de ne plus dédier ses songes qu’à la jeune chimiste et non à celle qui lui fait face. Cette mise en perspective amène de nouvelles inquiétudes. Si Carley savait cette connexion, elle ne l’approuverait pas. Pour diverses raisons, l'âge en premier. Et ça le ferait enrager au fond. C’est sa vie désormais. Elle n’a pas son mot à dire. Ces considérations semblent précoces, inutiles pour l’heure mais elles se logent dans un coin de sa tête, accélèrent son rythme cardiaque tandis que son vis-à-vis reprend la parole, froissant d’un peu plus de mélancolie l’atmosphère tendue. La souffrance de son ancienne épouse fait toujours plus écho à la sienne. Cela en devient insoutenable. Les paupières basculent, les mains repliées contre le front à nouveau. « Agir de façon différente ? C’est-à-dire ne jamais avoir croisé ma route, hein ? » Il ne peut pas s’en empêcher, de la provoquer. « Ce n’est pas moi qui te déteste, Carley.  C’est toi qui t’échine à me rendre inhumain pour endurer ta propre culpabilité. » Sa propre dureté le désarçonne. Il redresse la tête, cueille brièvement son regard. « Je t’en veux juste de m’avoir enfoncé au pire moment. Mais je peux aussi le comprendre. Et oui, tu as raison. On a tous les deux fait comme on a pu pour survivre. On fait tout ce qu’on peut pour survivre. » Parfois, il se maudit dès qu’il se surprend à souhaiter vivre sans contraintes, sans ce poids au lieu de bêtement se lever, respirer l’air et agoniser en feignant des sourires crispés. Les épaules retombent, la détermination avec. Le crâne s’agite, gauche à droite, misérable. « Je ne pourrai jamais te haïr. Quand bien même je l’espère parfois. » Un murmure qui s’évanouit déjà, sublimant la détresse.

Bien que l’espoir perce cependant. Mais il semble toujours trop ténu. Pourtant, désespéré, le damné se voit déjà gratter la terre, ramasser les miettes pour  les gober aussi vite que possible. Tout pour réanimer sa carcasse éteinte. « Considéré comme remis sur pied ? Y a-t-il au moins des critères objectifs à cette condition ? » Sa voix trop rauque, dispensant sa pitoyable ambition avec maladresse. La main coulisse contre le bras. L’ébriété retombe peu à peu, la migraine talonnant le retour à la lucidité. La nausée entretient son chaos. Sa tête retombe contre le dossier du canapé élimé et la fatigue l’enfonce toujours plus dans les coussins. Un léger rire nerveux lui échappe alors. « On a déjà réussi à faire craquer tes parents et on était relativement sains d'esprit en ce temps là. Je n’ose imaginer ce qu’on pourrait causer comme dommages désormais. » Un rictus un peu abimé, les paumes coulissant contre les traits tirés et tout ce vide inoccupé. Les plaies se rouvrent, l’affection passée se recrée en une bienveillance qu’il n’a plus jamais exprimée pour celle qui l’a trop souvent assassiné. Son timbre s’adoucit nettement, s'assouplit. Comme une indulgence retrouvée, une compréhension mutuelle profonde que rien ne pourrait jamais entraver. Pas sur ce sujet. Ils s’étaient plu pour ça aussi. Tous deux victimes d’un milieu parental défectueux. Il se redresse pour propulser son idée. « Je te le fais pas dire… Mais ce n’est pas comparable, Carley. Tu n’as jamais cherché à faire entrer Clementine dans un moule, tu as été là pour elle. Les circonstances sont différentes. Nous ne sommes pas nos parents, heureusement. J’ose l’espérer personnellement sinon j’ai plus qu’à me flinguer sur le champ. » Et pourtant, il a fait bien pire qu’eux. Le désarroi sectionne son expression légèrement apaisée.  « Je ne pense pas que tu aurais pu être une meilleure mère. Ce qui a déconné, c’est nous. Peut-être moi particulièrement. Mais ça ne sert plus à rien de ressasser, oui. J’aimerais pouvoir avancer mais je n’ai plus le moindre repère si tu me retires Clem’. » A prêcher à nouveau sa cause, il se trouve si pathétique qu’il s’arrête là. Le cœur trop proche des lèvres.

Un soupir, le centième. L'aorte toujours plus torturée par cet échange inopiné. « Suffit ? Rien ne pourra jamais suffire. On va devoir vivre avec ça pour le restant de nos jours. » Le regard figé sur une bouteille abandonnée, vide et les appréhensions s’extirpant sans filtre. Cela fait longtemps qu’ils n’ont pu tenir une vraie discussion. La sensation de retrouver l’amie derrière l’ennemie le pousse à émettre ce qu’il veut partager avec elle depuis le début du drame. « Je n’arrive pas à y penser. Au jour où il faudra… » Le débrancher. Le ténor se brise. Suggestion émise trop souvent par les médecins ces derniers temps. Dès que le rédacteur cherche à l’anticiper, il éprouve des difficultés à respirer. « Je sais pas comment on va pouvoir affronter ça. » Lui ne le sait pas en tout cas. Il n’arrive déjà pas à gérer son acte. Alors sa pleine conséquence…

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