AccueilAccueil  CalendrierCalendrier  FAQFAQ  RechercherRechercher  MembresMembres  GroupesGroupes  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  

Partagez | 
 

 Coming back to the Nest - Lazlo & Laura

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage

Féminin
↳ Nombre de messages : 141
↳ Points : 373
↳ Date d'inscription : 21/05/2016
↳ Age : 24
↳ Avatar : Kate Winslet
↳ Age du Personnage : 44 ans
↳ Métier : Bénévole auprès des populations démunies
↳ Opinion Politique : Inexistante pour le moment
↳ Niveau de Compétences : Niveau général : 2 Niveau 3 en maîtrise de sa faim Niveau 4 en feels
↳ Playlist : Love Peace Peace - Eurovision 2016
Oltremare - Ludovico Einaudi
When We Were Young - Adèle
↳ Citation : "Heureux soient les fêlés, car ils laisseront passer la lumière."
↳ Multicomptes : Maisy A. Weaver
↳ Couleur RP : #eccef5



Feuille de perso
↳ Copyright: rusty nail
↳ Disponible pour un topic?: Non =(
↳ Liens du Personnage
:



MessageSujet: Coming back to the Nest - Lazlo & Laura   Ven 3 Juin - 22:57


« Coming back to the Nest»



Lazlo & Laura
featuring

Elle avance lentement, le regard tourné vers les cieux, une main en visière pour protéger ses yeux du soleil. Sa peau, claire et blanche, diaphane est brûlée par endroit, ses épaules, sa nuque et ses joues pèlent. Le soleil n'est pas clément par ici, certainement pas quand on marche des heures sans s'arrêter en plein cagnard, d'autant plus qu'à cette chaleur de plomb s'ajoute l'humidité ambiante ; l'odeur écœurante de la vase a nue et les moustiques. Ces enfants de Satan qui ne recule devant rien pour vous sucer le sang jusqu'à la moelle. Mais elle continue d'avancer, la ville apparaît de plus en plus proche et si elle ne s'arrête pas, elle devrait l'atteindre dans l'après-midi. La colombe continue d'avancer elle aussi. La colombe, tombée du ciel, l'oiseau lui avait littéralement sauvé la vie. Elle l'avait trouvée prise au piège d'un entrelacs de fils barbelés, les ailes et le poitrail lacérés par les petites aiguilles, alors qu'elle s'apprêtait à appeler les infectés pour qu'ils l'achèvent. Après tout à quoi bon continuer comme ça, quand elle ne se souvenait toujours pas de qui elle était après presque quatre ans. Quand tout ce qu'elle avait c'était des rêves, des rêves d'un amour qui n'avait pas de sens et qui n'existait probablement que dans son esprit détraqué. Elle avait tué un homme à cause de ce qu'elle était devenue. Richard et toute la bande du campement n'avait pas mérité ça. Il n'avait pas mérité la présence d'un monstre parmi eux. Et elle l'avait tué. Parce que c'est ce qu'elle était. Un monstre.  

Elle ne savait pas très bien ce qui l'avait attiré vers l'oiseau, peut-être la blancheur immaculée de ses ailes qui avaient semblé luire de leur propre lumière quand le soleil avait tapé dessus. Peut-être ces pépiements légers, assourdit par la fatigue de s'être tant débattue. Le fait qu'elle avait d'abord voulut lui pincer les doigts quand elle avait essayé de la libérer, ou encore cette étincelle d'intelligence dans le regard de l'oiseau quand elle avait compris ce qu'il se passait. Elle lui avait donné à boire, à manger, avait nettoyé ses plaies pour s'apercevoir qu'elles étaient superficielles. Elle avait mis deux ou trois jours à la retaper suffisamment pour qu'elle puisse à nouveau s'envoler. Et quand elle avait découvert sur la patte de l'oiseau, une petite bague dans laquelle était roulé un message, elle avait compris que l'oiseau n'était pas sauvage. Elle avait déroulé le papier, lu le seul et unique mot qui y était écrit et il lui avait fallu un instant pour reprendre contenance. « Janus », le nom avait résonné plus comme un souvenir que comme une découverte.

Elle ne savait pas à qui il correspondait. Ami ou ennemi, peu lui importait, si cette personne la connaissait, savait qui elle avait été avant de s'oublier. S'il possédait ne serait-ce que quelques informations sur qui elle était, ce serait déjà énorme. Elle en savait tellement peu sur elle-même, les souvenirs remontaient par vagues depuis qu'elle avait commencé à récupérer sa mémoire, mais les vagues se faisaient de moins en moins nombreuses et de plus en plus pauvres en informations. Elle désespérait de plus en plus de se retrouver. Mais la colombe lui apportait l'espoir dont elle avait besoin. Celui que peut-être quelqu'un qu'elle connaissait la cherchait. Après plusieurs heures de marche laborieuse sous une chaleur accablante, elle finit par s'asseoir à quelques centaines de mètres de la ville. Il lui restait peut-être encore un kilomètre avant d'atteindre les barricades qui entourent la ville. Elle se rappelle clairement que Richard lui a déconseillé d'essayer de re-rentrer par les check points, au vu de ce qu'elle est devenue. Alors, elle fouille dans sa mémoire et se souvient d'un nom à qui elle est censé donné tout l'argent qu'elle a dans son petit sac si elle veut rentrer.

Après quelques péripéties, la voilà de nouveau, après quatre ans d'absences dans une Nouvelle-Orléans qui ravivent quelques souvenirs. L'odeur des acras de morue qui aurait fait gargouiller son estomac si elle en avait encore la capacité, ou bien celle ténue et légère d'une fleur dont elle ne se souvient plus le nom mais qui lui sert le cœur et qui manque de lui couper le souffle, tant elle ressent la perte d'un être dont elle est incapable de se souvenir. Elle s'arrête quelques instants, étourdie par tout ce bruit, toutes ces odeurs dont elle a été privée pendant si longtemps et qui l'assaillent de partout. Son cerveau et son corps ne sont pas près a encaissé un tel jaillissement de vie. Elle avance à petit pas, lâchant la colombe des yeux pour observer ce qui se passe autour d'elle. Elle remarque également les regards dégoûtés qu'on pose sur elle. Alors, elle prend conscience de sa crasse, du fait qu'elle doit sentir le bouc, que ses cheveux sont gras et que ses vêtements tiendraient probablement debout si elle les retirait maintenant. Elle s'enveloppe dans ses bras, mal-à-l'aise devant tous ces gens bien trop propres, bien trop vivant pour elle. Alors, elle se réfugie dans une ruelle, avant d'appuyer son dos contre le mur et de se laisser glisser jusqu'au sol. Elle entoure ses genoux de ses bras et laisse aller les larmes. Elle n'est pas foncièrement triste, c'est juste un trop plein d'émotion qu'elle doit évacuer d'une façon ou d'une autre. Cet endroit, cette ville ressemble à ce qui pourrait être une maison, mais elle ne s'y sent pourtant pas à sa place. Elle sent bien que quelque part en elle, cet endroit réveil quelque chose. Mais ce petit quelque chose n'est pas suffisant pour qu'elle se sente à la maison.

Elle redresse la tête quand elle entend un roucoulement qu'elle a appris à reconnaître en trois jours. La colombe sautille sur le sol devant elle. Sa petite tête blanche, penchée sur le côté, son regard intelligent braqué sur Laura. Elle s'approche et lui pousse la main d'un petit coup de tête en continuant à roucouler doucement. Alors, elle inspire un grand coup, frotte son nez et ses yeux humides sur le tissu de son pantalon et se lève. Parce que si cet animal l'attend avec autant d'intelligence il y a fort à parier que son maître doit savoir certaines choses. Elle ressort de la ruelle et le soleil lui brûle les yeux mais elle relève la tête et remet sa main en visière pour suivre des yeux la colombe qui poursuit son voyage vers son domicile. Elle l'emmène des quartiers vivants et chics à ceux beaucoup plus inquiétant du nord de la ville et Laura commence à avancer à pas plus lent, tandis que l'oiseau s'élance avec plus de rapidité, vers ce qui semble être son chez elle. Elle déglutit plusieurs, peu sûre d'elle, a l'idée de rentrer dans l'immeuble décrépis ou l'oiseau semble s'être posé sur le toit. Il fait frais dans l'immeuble comparativement à l'étuve qui règne dehors. Il se dégage un sentiment profond de mélancolie du bâtiment. Un ancien entrepôt, qui a été rénové et transformé en immeuble d'habitation. Le côté brut des murs de briques à quelque chose de rassurant malgré la pénombre. Elle pose sa main à plat sur le mur, cherchant une sensation quelconque, pouvant faire remonter un souvenir. Mais rien ne vient. Alors, elle ressort dans l'espoir que l'oiseau soit revenu pour lui montrer le chemin. Et c'est le cas, elle est posée sur le pas de la porte et elle pépie en sautillant vers un escalier de secours, qui semble à la fois branlant et rouillé, ce qui n'a rien de bien rassurant. Mais après tout, elle a suivi l'oiseau jusque-là, autant la suivre jusqu'au bout. Alors, elle pose sa main sur la rampe de l'escalier et elle sait qu'elle l'a déjà emprunté. Elle monte, le cœur tambourinant avec l’espoir fou, que peut-être, peut-être en haut de ses escaliers, elle trouvera les yeux qui hantent ses rêves depuis qu’elle commence a retrouvé la mémoire.

Sa tête atteint le dessus du toit et elle ouvre des yeux surpris quand elle aperçoit ce qui ressemble à une volière. Une volière faite main clairement, mais une volière qui grouille de pigeon. Et dans la mangeoire, elle retrouve « sa » colombe en train de se remplir allègrement l'estomac. Elle marche à petit pas avant de voir la trappe dans le sol. Elle lance d'une voix éraillée de ne pas avoir parlé depuis longtemps : « Il y a quelqu'un ? J'ai suivi votre oiseau jusqu'ici ? » Mais personne ne lui répond mis à part la colombe qui vient se poser doucement sur son épaule en roucoulant. Alors, elle prend son courage à deux mains et elle descend doucement dans ce qui semble être un appartement. Les murs en brique nues sont recouverts de graffitis en tout genre, il y a des tapis de récup au sol et des fauteuils tous plus défoncé les uns que les autres. Il se dégage une odeur mélangée de tabac, d'herbe et de mélange de graine pour oiseaux. Intriguant, mais pas forcément désagréable. Elle avance doucement jusqu'à ce qu'elle le voit de dos. Elle ne peut pas retenir le petit soupir de déception qui s'échappe de ses lèvres mais s'empresse de parler avant qu'il n'ouvre la bouche. « Je suis désolée, d'être entré chez vous sans permission. » Elle lève les mains dans un mouvement apaisant. « Je… Votre oiseau… Je l'ai trouvé, dehors… de... de l'autre côté du mur et elle... Elle m'a guidée ici et j'ai reconnu le nom sur le papier. » Elle le sort de sa poche, doucement, la main tremblante. « Il y a marqué Janus dessus… Je sais que je connais le nom et je crois reconnaître votre visage… Je suis désolée… Je m'appelle Laura et… » elle se bat pour retenir les sanglots qui manquent de percer dans sa voix, elle déglutit à plusieurs reprises, se redresse et s'éclaircit la gorge. « Je m'appelle Laura et je ne sais pas qui je suis… Mais je pense que vous pouvez m'aider à me retrouver… N'est-ce pas ? »




(♥)

_________________

Everybody loves the things you do From the way you talk to the way you move. Everybody here is watching you, cause you feel like home. You're like a dream come true. But if by chance you're here alone, Can I have a moment before I go? Cause I've been by myself all night long hoping you're someone I used to know ×
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur

Féminin
↳ Nombre de messages : 171
↳ Points : 67
↳ Date d'inscription : 02/06/2016
↳ Age : 26
↳ Avatar : Tom Payne
↳ Age du Personnage : 31 ans
↳ Métier : Eleveur de volatiles à but communicatif
↳ Opinion Politique : Boom baby !
↳ Niveau de Compétences : 3 Prise de risques/chimie entre amis/système D/pigeonnage professionnel
↳ Playlist : Gogol Bordello - Start Wearing Purple ♫
Flobots - Handlebars ♫
↳ Citation : "Et merde"
↳ Multicomptes : Noah D. Meadow & Roman A. Ievseï
↳ Couleur RP : #669999



Feuille de perso
↳ Copyright: Darkshines
↳ Disponible pour un topic?: Oui =D
↳ Liens du Personnage
:



MessageSujet: Re: Coming back to the Nest - Lazlo & Laura   Dim 12 Juin - 2:07


La chaleur était accablante, comme d'habitude, sur la Nouvelle Orléans. Une chaleur moite qui vous collait à la peau comme une amante invasive et qui, comme l'allégorie, n'était pas prête à vous lâcher où que vous alliez. Une chaleur qui collait au reste de la journée, qui tapait sur le système des citadins, qui poussait ses petits protégés à plumes à battre fébrilement des ailes dans des roucoulements outrés. Parce qu'ils crevaient tout autant de chaud que leur maître, les pauvres. Alors Lazlo avait eu pitié d'eux, même des plus idiots du lot, ceux qui partiraient malgré leur avis à l'abattage. Au terme d'un effort qualifiable de surhumain, il avait réussi à faire monter une bassine remplie à ras bord d'eau fraîche sur le toit. Au début, il avait pensé à la faire passer par la trappe d'accès, dans son appartement. Mais après avoir réussi à renverser une partie du liquide sur sa propre personne, il avait fini par considérer la tâche comme vraiment trop périlleuse et avait du se résoudre à non seulement remplir à nouveau la bassine, passer un grand coup de serpillère, et tenter l'expérience une nouvelle fois par l'escalier de secours sur lequel donnait une de ses fenêtres.
Et ça, c'était déjà moins stupide. Même s'il appréciait la fraîcheur prodiguée par cette douche improvisée, et ses vêtements saturés d'eau, eux aussi.

Finalement, il avait réussi à se contorsionner jusqu'à l'escalier branlant en métal, encore ruisselant d'eau, la clé d'accès dans la poche arrière de son jean. La bassine serrée contre son abdomen, il s'était tordu une nouvelle fois pour attraper cette maudite clé qu'il aurait dû garder dans sa main afin d'ouvrir le petit portail d'accès au toit. S'y engouffrant une fois ouvert, il prit son parti pour ne le refermer à clé que quand il l'aurait décidé. Plus tard. Ce n'était pas comme si beaucoup de personnes empruntaient ce chemin pour accéder à son appartement, de toutes façons.
Ses pensionnaires poussèrent des roucoulements courroucés en l'apercevant ainsi chargé, lorsqu'il passa la porte de la volière. La majorité s'était agglutinée dans les petites cabanes de fortunes que Lazlo avait bricolées, et si la tôle leur prodiguait un peu d'ombre, il faisait tout de même diablement chaud sur ce toit. La bassine lourdement posée sur le sol, l'éleveur entreprit de déblayer un peu le terrain en repoussant les mangeoires, et tira le bac d'eau jusqu'au centre de la volière. Le résultat ne se fit pas attendre. Sans se soucier de lui, ni même de sa position sur leur trajet, les volatiles se ruèrent sur la baignoire improvisée. Malgré qu'il se soit pris quelques claques ailées au passage, Lazlo éclata de rire devant leur empressement comme toute l'eau qu'ils déversaient sur ses tongs. Si la vie avait son lot d'emmerdes, ses pigeons, eux, savaient comment le faire rire. Comme quoi devenir dresseur avait été la meilleure reconversion de sa vie.

Trempé comme une éponge, il profita du vent de fraîcheur provoqué par tous les claquements d'ailes de ses congénères pour arranger un peu la volière. Une fois cela fait, il recompta ses oiseaux. Il en manquait deux à l'appel, partis en missions quelques jours plus tôt. Trois. Il en manquait trois. Dita, la colombe blanche, n'était toujours pas revenue sur son perchoir attitré. Fixant toujours la place désespérément vide, Lazlo s'adossa à un des murs de fortune de la volière en poussant un soupir. Elle était partie en reconnaissance à l'extérieur de Nola, trouver un des indicateurs externes de Mohini, lui apporter un message codé indiquant de prendre contact avec lui et revenir aussitôt. Sauf qu'elle était partie depuis une bonne semaine et n'était toujours pas revenue. L'inquiétude croissait jour après jour, et pourtant, son perchoir restait obstinément vide.

Il conserva sa place contre le mur de briques frais encore quelques longues minutes, son regard se perdant vaguement dans les ablutions de ses emplumés. Si Alistair lui avait proposé son aide, quand bien même leur relation professionnelle devait rester secrète, il se voyait difficilement aller l'interrompre dans son boulot pour lui demander d'enquêter sur la disparition de sa colombe. Mikkel comme à son habitude ne donnait pas de signe de vie, Kayiman parlait comme un sphinx, et Garret étant Garret, il était fort à parier qu'il soit en train de broyer du noir en crachant intérieurement sur le reste de l'humanité. Tout le monde était suffisamment préoccupé par la vie pour se soucier d'une colombe perdue, toute aussi intelligente soit-elle. Lazlo devait s'y résoudre. Sa passion le perdrait, un jour.

Il finit par s'arracher à sa contemplation et quitta la volière à petits pas encore  trempés, refermant la porte avec précaution. Un jour, Dita, reviendrait. Il l'espérait sincèrement. Non... Il en était persuadé. Une conviction qui suffit à lui donner suffisamment de baume au coeur pour rejoindre la petite trappe qui menait à son appartement, y revenir, et se débarrasser de ses vêtements encore engorgés d'eau. Un petit tour du quartier s'imposait, elle ne pouvait pas être loin.
Si perdu dans ses pensées, Lazlo n'entendit même pas la trappe s'ouvrir une nouvelle fois derrière lui. Il passait sa main dans ses cheveux trempés et se penchait pour rassembler ses vêtements en boule quand il entendit une voix derrière lui. Surpris, il sursauta et se retourna aussi sec, les sens en alerte et prêt à en coller une à l'intrus. Se. L'intruse.
Une femme se tenait devant lui, la voix tremblante, l'air misérable. Couverte de crasse de la tête aux pieds, il s'en dégageait une odeur terreuse de poussière, de sang séché, mêlée à celle de la sueur. Depuis combien de temps cette bonne-femme n'avait pas vu de douche ? Il n'en avait aucune idée. Mais sa voix rauque lui disait quelque chose. Mais ses yeux bleus lumineux, malgré son apparence générale, lui disaient quelque chose...
...
...
...
... Laura ? Impossible.

Et pourtant, ses yeux, cette expression. Pas sa voix, non, trop rocailleuse pour ressembler à celle, féline, de son amie. Mais ces yeux... Lazlo déglutit lentement, le temps de laisser l'information atteindre son cerveau humide. Le temps de recueillir le bout de papier entre ses doigts, et attester qu'il y a bien un message codé suivi de la mention Janus. Un message dont il ne reconnaît pas l'écriture, tacheté de gouttelettes de sang, si petit qu'il ne pouvait pas avoir été porté par ses plus vaillants pensionnaires. Dita. La femme avait suivi sa colombe. Mais comment aurait-elle pu connaître le prénom de Laura, si elle était effectivement une tierce personne qui aurait flairé l'occasion pour s'offrir quelques moments de détente dans un appartement pas trop miteux ? C'était impossible.
Impossible parce que Laura avait disparu quatre ans plus tôt, et il n'en avait plus parlé, sinon avec une poignée d'élus triés sur le volet. Mohini, Alistair, et Mikkel, dont la réaction à ce prénom avait vite fait comprendre à Lazlo que le sujet était plus qu'épineux.

Ce furent les sanglots de la femme qui achevèrent de le convaincre. Une douleur pareille, des mots pareils ne pouvaient pas avoir été feints. Impossible. Et s'il n'était pas sûr qu'elle soit effectivement Laura il pouvait au moins lui accorder le bénéfice du doute.

-Shhhh c'est bon, calme-toi, t'es tranquille ici... Je te crois.

Il tendit le bras pour attraper un rouleau de sopalin qui traînait sur son comptoir et en détacha quelques feuilles qu'il humidifia aussitôt, mais lui tendit toutefois, rompant la distance qui les séparait à pas feutrés. Son cœur battait la chamade. Et si cette personne était bel et bien Laura ? Quand bien même il prétendait la croire, et même s'il n'en était pas sûr, il venait d'avancer une opinion. Il était temps de l'assumer. Alors, attendant qu'elle ait fini de s'épancher, il posa ses mains sur ses épaules menues, scrutant son visage pour s'assurer de la ressemblance.
Elle était frappante.
Un électrochoc dévala son échine en même temps que son coeur manquait un battement. Malgré la crasse, il était évident que la pauvresse ne mentait pas. Ces traits droits, presque nobles, c'étaient les siens. Elle était amoindrie, amaigrie, ses cheveux étaient noircis par la crasse et elle sentait le bouc, mais c'était bien elle.

-Putain c'est incroyable, c'est vraiment toi, avec 3kg de saleté en plus mais c'est vraiment, vraiment toi !

Une vague de fébrilité secoua tout son corps alors qu'il mettait des mots sur ce qu'il pensait. Une vague d'excitation et de soulagement si intense qu'elle força un éclat de rire dans sa gorge, alors qu'il passait ses mains humides sur le visage de la revenante. Ses doigts laissèrent un sillon dans la crasse, relevèrent ses cheveux assombris par le manque d'hygiène. Mais là, les cheveux tirés en arrière, le doute n'était vraiment plus permis.

-Je crois que j'ai trop abusé du chichon là, j'hallucine. Putain, quatre ans que t'as disparu, Laura, quatre ans. Et t'es là. Devant moi. C'est juste pas possible, j'suis en pleine hallu...

Sans même se préoccuper de son odeur, il la serra spontanément dans ses bras. La joie, le soulagement, la délivrance cognaient dans son crâne, ramollissaient ses jambes, mais il la tint fermement serrée contre lui. Parce qu'il était heureux, si heureux qu'il aurait pu hurler.
Quelques longues minutes se passèrent avant qu'il ne réalise la portée de ses gestes, ou même qu'ils puissent déranger son amie. Alors il la relâcha, à contre-coeur, et marqua un pas en arrière. L'odeur de Laura resta vissée à son corps comme une huître à son rocher, et pourtant il n'en avait cure. Elle était revenue. Mais surtout elle était vivante.

-Pardon je... Je sais pas quoi dire en fait. Tu m'avais toujours promis que toi aussi t'arriverais à me faire taire, eh bien voilà, bravo. T'as réussi.

Il passa une main dans ses cheveux, gêné, sans toutefois être capable de se départir de ce sourire qui lui tirait sur les joues tellement il était grand. Tellement il traduisait vainement le bonheur qu'il ressentait sur le moment.

-J'en reviens pas que t'aies suivi ma colombe pour arriver direct ici... C'est fou. Mon Dieu. Quatre ans. Je te croyais morte, mais t'es là, devant moi. Et je t'ai touchée, je veux dire, t'es bien vivante. L'hallu.

S'il savait qu'il pouvait continuer à s'épandre comme ça pendant des heures, il fut vite rattrapé par la réalité de la condition de son amie. Ses traits étaient tirés, ses yeux cernés, ses lèvres complètement déshydratées. Elle était sale, son odeur était abominable, et il était prêt à parier que si elle sortait de ses vêtements ils tiendraient debout d'eux-mêmes. Les mains de l'éleveur se posèrent à nouveau sur les épaules de son amie, alors qu'il tentait de canaliser toutes les sensations qui filaient dans tout son corps.

-T'as l'air d'avoir été en Enfer et de t'en être enfuie, là. T'as besoin de quelque chose ? De quoi boire ? De quoi manger ? Une douche peut-être ? J'ai peut-être des réponses à tes questions, on a tout notre temps maintenant. Maintenant que t'es de retour à la maison.

Une de ses maisons, peut-être aurait-il dû le préciser. Si elle disait vrai, si elle avait réellement perdu la mémoire, peut-être ne se souvenait-elle pas de tout. Peut-être ne se souvenait-elle pas de l'essentiel, d'où elle venait, de ce qu'elle était. Qu'elle était l'étendue de son amnésie ? Lazlo pouvait répondre à certaines de ses questions, de ce dont il se souvenait lui-même. Mais probablement pas tout.
Quand bien même, cette nouvelle réalisation n'assombrit en rien cette joie démentielle qui secouait chaque particule de son corps.


_________________

Every morning I jump out of bed and step on a landmine. The landmine is me. After the explosion, I spend the rest of the day putting the pieces together. ×

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://consign-to-oblivion.forumactif.com/t3658-lazlo-pour-vivre

Féminin
↳ Nombre de messages : 141
↳ Points : 373
↳ Date d'inscription : 21/05/2016
↳ Age : 24
↳ Avatar : Kate Winslet
↳ Age du Personnage : 44 ans
↳ Métier : Bénévole auprès des populations démunies
↳ Opinion Politique : Inexistante pour le moment
↳ Niveau de Compétences : Niveau général : 2 Niveau 3 en maîtrise de sa faim Niveau 4 en feels
↳ Playlist : Love Peace Peace - Eurovision 2016
Oltremare - Ludovico Einaudi
When We Were Young - Adèle
↳ Citation : "Heureux soient les fêlés, car ils laisseront passer la lumière."
↳ Multicomptes : Maisy A. Weaver
↳ Couleur RP : #eccef5



Feuille de perso
↳ Copyright: rusty nail
↳ Disponible pour un topic?: Non =(
↳ Liens du Personnage
:



MessageSujet: Re: Coming back to the Nest - Lazlo & Laura   Dim 21 Aoû - 15:38

Tandis qu'il l'observe, elle dérive, elle cherche dans sa mémoire pleine de trou. Un souvenir, quelque chose n'importe quoi. Elle cherche qui il a pu être pour elle. Elle fixe les yeux clairs, la barbe broussailleuse, les cheveux longs, il a l'air doux et gentil. Elle laisse les larmes ruisseler sur ses joues. L'homme face à elle n'est définitivement pas celui qui hante ses songes. Et malgré la joie d'avoir trouvé quelqu'un qui semble la connaitre, la déception de ne pas se retrouver face au visage qu'elle attendait lui brise le cœur. Le doute laisse peu à peu place à la surprise puis à la joie sur le visage de Janus. Quand il finit par lui annoncer qu'il la croit, elle se met à trembler, le corps secouer de sanglots, la gorge serrée et douloureuse quand elle essaie d'avaler sa salive. Il y a trop longtemps que quelqu'un n'a pas eu une parole agréable pour elle. Elle attrape du bout de ses doigts sales et tremblant le papier humide qu'il lui tend. Elle essaie vainement d'essuyer son nez et ses joues ruisselante de larmes mêlées à la crasse incruster sur son visage. Et quand il pose sa main sur son épaule les larmes coulent de plus belle.

Tellement longtemps qu'on ne l'a pas touchée, tellement longtemps qu'elle se bat contre elle, les infectés, les créatures qui vivent dehors. Elle tente un sourire contrit quand il parle de la crasse qui la recouvre, consciente qu'elle doit faire peur et que son odeur doit suffire à repousser un troupeau de putois. Mais il ne semble pas s'en formaliser outre mesure quand il passe les mains sur son visage et qu'il repousse ses cheveux en arrière. Les larmes se tarissent peu à peu et elle inspire un grand coup par la bouche pour se calmer tandis qu'il continue à laisser ses mains courir sur son visage laissant des sillons plus clairs dans la couche de poussière qui recouvre son visage. Elle fixe son visage avec attention et elle récupère des sensations. Si elle est incapable de se souvenir d'évènement précis, certaines choses ne s'efface pas comme les souvenirs. Elle se souvient, elle lui faisait confiance, une confiance aveugle. Et il l'a faisait rire. Beaucoup. Quand il l'attrape pour la serrer contre lui, il lui coupe le souffle. Elle a le nez contre son épaule et il porte la même odeur que son appartement, mêler à une légère odeur de transpiration masculine pas vraiment désagréable. Un souvenir l'assaille, une autre épaule, une autre odeur, cigarette froide et un déodorant à l'odeur rassurante, une voix grave et douce et la sensation d'une bouche fraiche qui embrasse sa tempe. Il lui faut une bonne minute pour réagir comme un être humain normalement constitué et elle lève les bras pour le serrer à son tour contre elle. Et c'est la chose la plus agréable qu'il lui soit arrivé depuis qu'elle s'est perdue. Elle pousse un long soupir, le corps tremblant, les larmes recommençant à perler au coin de ses yeux. Elle renifle un peu et chuchote la voix brisée : « Je suis de retour… ». C'est réellement plus pour elle-même que pour lui qu'elle dit cette phrase. Bien qu'elle ne sache toujours pas ce qu'elle a perdu ici, elle sait qu'elle est rentrée là où elle doit se trouver.

Il la lâche et elle le fixe droit dans les yeux et son visage exprime la joie la plus pure qu'elle n'est probablement jamais vue. Elle ne peut s'empêcher de répondre à ce sourire gigantesque qui déforme presque le visage de son ami. Elle se racle la gorge et avant qu'elle n'ait pu parler il lui propose tour à tour à boire, à manger et une douche. Les derniers mots ravivent les souvenirs lointains de la dernière fois où elle a pu se laver dans autre chose qu'une mare et son regard s'illumine. Elle toussote pour dégager sa gorge avant de se souvenir de ce qu'elle est. Elle a réussi à se nourrir deux jours plus tôt sur un pauvre gars qui traînait hors des murs. Elle n'a plus besoin ni de manger, ni de boire… Elle est un monstre, comment annoncer ça à quelqu'un qui semble connaître celle qu'elle était avant de devenir une créature assoiffée de l'âme de ses semblables ? Elle gratte une croute sur son avant-bras, l'air perdu, avant de se décider à ouvrir la bouche. « Hm… Honnêtement, j'ai mangé en arrivant… Quelqu'un a eu pitié de moi et m'a donné un sandwich… » Elle laisse échapper un petit rire faux avant de croiser les mains devant elle. « Par contre… La douche… » Elle se gratte à nouveau le bras. « Je dirais vraiment, vraiment pas non… Mais… J'veux pas te priver de quoique ce soit… » Elle ne peut s'empêcher de sourire quand il l'engueule presque avant de la diriger vers la salle de bain.

Il ferme la porte derrière elle et elle se laisse glisser au sol. Tout va trop vite, elle pensait effectivement rencontrer quelqu'un qui la connaissait, mais pas quelqu'un qui réagirait comme ça. Janus semble si heureux de la retrouver, s'en est perturbant. Personne ne l'a cherché quand elle a disparu, elle s'est retrouvée seule à devoir se débrouiller avec elle-même, hors des murs de la ville. Elle pensait que personne ne se souviendrait d'elle. Elle se secoue intérieurement et se lève. Quand elle croise son reflet dans le miroir de la salle de bain, elle ne peut s'empêcher d'avoir un sursaut de dégoût. Elle est littéralement repoussante. Elle se défait de ses frusques avant de se rendre compte que Janus lui a passé ce qui semble être un t-shirt et un caleçon d'homme. Au moins elle n'aura pas à remettre ses frusques tout de suite. Elle les lave rapidement à l'eau froide dans le lavabo. Elle rentre dans la cabine de douche et tourne le robinet vers l'eau chaude. Le contact de l'eau sur sa peau lui arrache un grognement de plaisir. Il y a bien longtemps qu'elle n'a pas pu profiter d'une douche chaude. Elle laisse l'eau ruisseler sur ses cheveux et regarde l'eau à ses pieds prendre une teinte brune. Elle tourne la tête et attrape la bouteille de shampoing de Janus. Peu importe que ce soit un parfum masculin, la sensation de la mousse sur son crâne lui arracherait presque des gémissements de plaisir et elle se lave les cheveux deux fois, jusqu'à ce que l'eau qui coule de sa tête soit aussi clair que celle qui sort du pommeau de douche. Elle lave ensuite son corps, en profitant pour masser ses membres douloureux. Elle laisse l'eau couler sur son visage et elle pleure encore un peu. La fatigue se fait durement ressentir et ses larmes sont libératrices. Fini la course folle à travers les marais, fini la peur constante de se faire attaquer, elle devra toujours se méfier d'elle-même, mais au moins, ici elle est en sécurité. Elle frotte ses yeux et arrête l'eau. Elle reste debout quelques minutes au milieu du bac de douche, les goutes glissant sur sa peau nouvellement propre. Quand elle se décide à sortir, elle croise son visage dans le miroir de la salle de bain et elle s'observe quelques minutes.

Comment peut-elle avoir gardé le même visage, quand elle ne sait plus qui elle est. Quand un monstre a pris la place de la femme qu'elle était. Quand tous ses souvenirs ont disparu. Elle caresse doucement sa joue, avant de passer les doigts dans ses cheveux pour essayer d'en défaire une partie des nœuds mais c'est peine perdu. Il lui faudrait une brosse ou un peigne et elle ne veut pas encore demander à Janus de lui prêter quelque chose. Elle se sèche rapidement et enfile le t-shirt trop grand et le caleçon. Elle sort doucement de la salle de bain et regarde Janus qui vaque à ses occupations dans le salon. Elle va s'asseoir sur le canapé au centre du salon et le regarde quelques secondes avant qu'il ne s'approche et ne s'assoit sur le canapé près d'elle. Elle lui sourit du mieux qu'elle peut, encore peut habituer au mouvement qui étire ses joues. « Merci… Je t'ai piqué du gel douche et du shampoing. J'suppose que j'ressemble plus à quelques choses maintenant non ? » Elle laisse échapper un petit rire et ce son la surprend. Il y a tellement longtemps qu'elle n'a pas ri. Elle avale sa salive plusieurs fois. Elle ne se sent pas prête à annoncer comme ça ce qu'elle est. Elle a besoin qu'il réponde à ses questions et si l'annonce de sa nature le fait flipper, il pourrait probablement la laisser seule. Alors, elle pose des questions. « Bon… Je ne me souviens pas de toi, je sais juste que je te faisais… fait ? Confiance et ça me suffit pour le moment… Mais si tu te souviens de moi, j'ai besoin que tu m'éclaires. Je sais que je m'appelle Laura. » Elle réfléchit quelques secondes. « Et… c'est à peu près tout. Comment on s'est rencontré ? D'où je viens ? Est-ce que j'ai une famille ? Est-ce que des gens m'ont cherché ? Est-ce que tu sais ce qui s'est passé pour que je perde la mémoire ? Qu'est-ce qu'il s'est passé depuis que je suis « partie » ? » Elle mime les guillemets avec ses doigts et prend une grande inspiration. Elle rougit brusquement, elle n'avait pas l'intention de parler autant et aussi vite. Elle baisse les yeux sur ses mains et triture ses ongles nouvellement propre en mordillant sa lèvre inférieure. Les sourcils froncés, elle lutte pour ne pas l’assaillir des milles autres questions qu’elle a à poser.

_________________

Everybody loves the things you do From the way you talk to the way you move. Everybody here is watching you, cause you feel like home. You're like a dream come true. But if by chance you're here alone, Can I have a moment before I go? Cause I've been by myself all night long hoping you're someone I used to know ×
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur

Féminin
↳ Nombre de messages : 171
↳ Points : 67
↳ Date d'inscription : 02/06/2016
↳ Age : 26
↳ Avatar : Tom Payne
↳ Age du Personnage : 31 ans
↳ Métier : Eleveur de volatiles à but communicatif
↳ Opinion Politique : Boom baby !
↳ Niveau de Compétences : 3 Prise de risques/chimie entre amis/système D/pigeonnage professionnel
↳ Playlist : Gogol Bordello - Start Wearing Purple ♫
Flobots - Handlebars ♫
↳ Citation : "Et merde"
↳ Multicomptes : Noah D. Meadow & Roman A. Ievseï
↳ Couleur RP : #669999



Feuille de perso
↳ Copyright: Darkshines
↳ Disponible pour un topic?: Oui =D
↳ Liens du Personnage
:



MessageSujet: Re: Coming back to the Nest - Lazlo & Laura   Lun 31 Oct - 15:53

Elle était de retour. Elle était de retour. Quatre années s'étaient écoulées, quatre longues années à porter ce poids sur ses épaules, quatre interminables années où tant de choses s'étaient passées qu'il n'aurait même pas su par quoi commencer pour le lui expliquer. Quatre années qu'il avait lui-même passées à chercher sa trace, en vain, dans chaque ruelle, dans chaque bas-fond de cette satanée ville.
Quatre années d'une culpabilité sans précédent, monumentale, qui le rongeait continuellement. Celle de l'avoir laissée ce soir funeste, sur le pallier d'une porte, inconsciente et seule. Il aurait dû rester avec elle. Il le savait pertinemment. Mais le danger avait été trop présent. Le danger s'était personnifié, avait frappé au hasard, lui avait arraché et Mikkel, et Laura. Une blessure qui était restée vive, profonde, et partiellement ouverte pendant quatre longues années. Parce que si Mikkel était sorti de prison, changé, mais bien vivant, Laura, elle, n'avait jamais refait surface.

Le manque. Une disparition ne vaut pas des retrouvailles réelles. Une disparition ne vaut pas un enterrement en bonne et due forme. Une disparition, c'est une illusion, une phrase en suspension dans l'air qui a beau avoir un début, n'a toutefois pas de fin. C'était Laura. Elle était là, puis, d'un coup, elle ne l'avait plus été. Il n'avait plus entendu son rire, il n'avait plus pu l'observer du coin de l'oeil, un sourire au creux des lèvres, avec cette forme d'admiration secrète qu'il avait toujours éprouvée pour elle. Quelques heures tout au plus qui avaient suffi pour lui arracher l'une des personnes les plus chères de son entourage, cette femme superbe tant d'âme que de corps, à la voix claire et aux idées lumineuses. Et s'il lui était quelques fois arrivé de se faire prendre au piège, de croire reconnaître une blonde au port droit, noble, il s'était tout le temps planté. Pendant quatre ans.
Un bel ami de merde.

En quelques minutes à peine, l'accord avait été scellé. Lazlo l'avait guidée jusqu'à sa salle de bain, lui avait apporté du linge de rechange de tout poil, et lui avait laissé pleine jouissance de son ballon d'eau chaude. Pour respecter son intimité, il s'était installé d'office dans sa cuisine américaine, à l'autre extrémité de l'appartement. Sans même s'en rendre compte, ses pas l'avaient poussé à s'éloigner autant que possible pour elle, à lui aménager le plus d'espace que possible pour qu'elle puisse évoluer à sa guise. Qu'elle retrouve et ses repères, et ses habitudes. Peut-être aussi pour ne pas avoir à assumer pleinement la portée de ses propres actes.
Parce que l'odeur qui restait accrochée à ses vêtements était rance, tenace. L'état dans lequel elle se trouvait était bien pire que tout ce qu'il aurait voulu imaginer la concernant. Et la réalité revint le frapper en plein visage. Tout était de sa faute. La crasse, la maigreur, la déshydratation. La perte de ses repères, l'errance, la faiblesse. Qu'avait-elle vécu pour en arriver à ressembler à ça ? Qu'avait-elle traversé comme horreurs pour arriver comme elle l'était ? Et c'était sa faute.
Entièrement, pleinement sa faute. Son coeur se serra dans sa poitrine alors que, la joie de l'avoir retrouvée estompée, il se remémorait les derniers moments où il l'avait vue. La culpabilité courbant son échine, il s'accouda au comptoir de bric et de broc, glissant ses mains sur son visage.
C'était sa faute, oui. Tout était de sa faute. Et s'il ignorait tout de la façon dont elle avait vécu ces quatre années, il savait, au fond de lui, qu'elle avait toutes les raisons du monde de lui en vouloir, en sortant de la salle de bain. Un tremblement, un nouveau, le poussant à glisser son visage dans le creux de ses mains. Son coeur s'emballait alors que le reste de son corps devenait cotonneux. Alors qu'il pouvait sentir le malaise monter, immuable, imminent. Non. Non.
Non, il était heureux. Il était heureux de la retrouver, se dit-il, comme un mantra, comme une pantomime grotesque pour garder les pieds sur terre. Non, il ne cèderait pas, malgré les larmes qui commençaient à perler au creux de ses yeux céruléens, soulagement teinté de honte. Non. La honte s'abattait contre la joie, la panique se laissait terrasser par le soulagement. Un combat interne intense s'il en était, à s'en arracher les cheveux. Maudite sensibilité. Prit d'un soubresaut, il finit par se redresser, convaincu qu'il était inutile de s'apitoyer sur ses propres erreurs. L'essentiel, c'était que Laura était vivante. Que les recherches avaient enfin pris fin. Qu'elle pourrait rentrer à la maison, retrouver les siens, retrouver sa vie. Et qu'elle pourrait enfin retrouver un semblant de bonheur, malgré les galères de la vie.

Écrasant ses larmes du revers de la main, il finit par se lever de son tabouret, pris d'une soudaine vague d'énergie. Le besoin de s'occuper. Le besoin de remettre le nid en état, de retisser le cocon, de lui rendre la place qui lui appartenait de droit. De lui rendre cette dignité pure, naturelle, qui lui avait toujours appartenu. Alors il se dépêcha de rejoindre sa chambre d'amis, de la préparer rapidement pour qu'elle puisse y rester. Il se hâta de refaire le lit, de préparer quelques vêtements dans lesquels elle pourrait se glisser pendant quelques jours, le temps de trouver mieux. Des t-shirts de Mohini, qui faisait sensiblement sa taille, que la Punjabi avait abandonnés chez lui lors de ses passages inopinés. Deux sarouels, des jeans trop étroits pour lui. C'était bien trop peu. Ca ne correspondait pas à Laura. Mais c'était déjà ça, en attendant de pouvoir sortir à nouveau pour lui en chercher d'autres. Volant d'une chambre à l'autre, il ajouta une farandole de coussins divers qu'il fourra pêle-mêle sur le lit, avant d'entendre de nouveau du mouvement dans la salle de bain. Sa gorge se noua d'appréhension alors qu'il rejoignait son salon. Et pourtant ce sourire immense, sincère, était revenu aussi sec en la revoyant.

Elle était toujours aussi belle. De ces beautés rares, uniques, qui graciaient le monde de leur présence à chacun des pas qu'elles faisaient. Et si le sourire qu'elle lui adressa était un peu bancal, un peu serré, il était tellement beau qu'il eut le don de soulever à nouveau ce poids permanent qui pesait sur ses épaules.

-Tu es aussi belle que tu l'as toujours été, Laura. Mais je suis pas objectif. Je l'ai jamais été.

Revenant à son niveau, il posa une main sur son épaule, l'accompagnant jusqu'au salon avec une tendresse infinie. Sans oser toucher sa peau, de peur de la salir maintenant qu'elle était propre, avec ce respect paradoxal qu'il avait toujours éprouvé pour elle. Un peu bancal. Un peu étrange. Mais tout empreint de cette tendresse sans borne qu'elle lui inspirait. Après qu'elle fut installée dans un des fauteuils moelleux du salon, il ne l'imita pas. Quelque chose ne collait pas dans cette image, quelque chose qui ne correspondait pas pleinement à son amie. Quelque chose qu'il pourrait faire pour apaiser un peu ses peines, à défaut de lui offrir tout ce qu'il avait dans ses placards.
Ecoutant attentivement la logorrhée de questions qui sortit de ses lèvres, il farfouilla dans un des tiroirs de la commode qui servait de meuble télé. Un regard amusé jeté par-dessus son épaule, il se contenta de répondre, doucement.

-On va voir si tu me fais confiance à ce point !

Il empoigna un objet qu'il dissimula rapidement derrière lui, rompant la distance entre eux à grands pas. Avant d'attraper un tabouret et s'installer derrière elle, posant doucement une main fine sur son front. La peau de son amie était légèrement plus fraîche que la normale, lui rappelant celle de Grayson. Mais la comparaison s'arrêtait là. Se penchant au-dessus d'elle, son sourire luisant dans ses pupilles, il cala l'objet entre ses cuisses et dégagea ses cheveux emmêlés avec une infinie précaution, les laissant tomber en cascade sur le dossier du fauteuil.

-Une première chose que je peux confirmer, c'est que oui, tu me fais confiance. Tu l'as toujours fait, depuis le début, même si je suis un con qui sait pas où sont les limites et qui a tendance à foncer un peu trop facilement dans le mur. Une autre chose que je peux te confirmer, c'est que tu es quelqu'un de digne. Une des plus belles personnes que j'ai jamais rencontrées, et que te voir avec un nid sur la tête est loin, très loin de qui tu es réellement.

Son ton était doux, apaisant. Sincère. S'emparant de la brosse qu'il tenait fermement entre ses cuisses, il entreprit de démêler la pointe de ses cheveux, avec autant de précautions que si elle avait été en verre. Avec autant de déférence que si elle avait été sa mère. Sans se soucier du crissement des cheveux, abîmés, dans la brosse, il continua, sur le même ton, concentré sur son travail. Concentré sur cette confiance retrouvée, toujours aussi bancale, toujours aussi pure.

-Tu t'appelles Laura. T'es la personne la plus brillante que je connaisse, une nana intelligente, extrêmement intuitive, avec un cœur encore plus gros que le monde. On s'est rencontrés plutôt par hasard, puis on s'est plus vraiment lâchés. Disons qu'on a longtemps partagé les mêmes idées, toi et moi, sur la Liberté, sur l'Egalité, sur le monde en général. On faisait partie d'un petit groupe de rebelles, qui agissaient contre le système en place. Parce que toi comme moi on était persuadés que ça changerait quelque chose, que nos actions avaient un sens et qu'on ne devait pas continuer à se faire dominer éternellement par une bande de connards tyranniques.

Petit à petit, les noeuds se délièrent. Sa langue aussi, alors qu'il s'efforçait de rassembler toutes ses pensées, toutes ses réponses, dans l'amas confus que tout cela provoquait. Que tous ses propres sentiments embrouillaient. Mais, concentré sur les cheveux de Laura qui s'adoucissaient progressivement sous ses doigts, il poursuivit. Lazlo avait besoin de ce geste. Non seulement pour s'occuper, mais avec cette sensation qu'il servait à quelque chose. Qu'il lui apportait une once de réconfort, même infime. Une façon de payer maladroitement toutes les fois où elle avait elle-même été ce réconfort vis à vis de lui.

-Tu es mon amie depuis cette rencontre. Une amie d'un autre monde, avec une toute autre vie que la mienne. Mais une amie quand même. Tu as une famille, tu m'en as longuement parlé. Un mari, trois enfants, un adopté et deux rien qu'à toi que tu aimes profondément, de tout ton énorme cœur. Mais tu ne m'as jamais dit leur nom. Tu m'as toujours dit que tu préférais que ni notre groupe, ni ta famille ne se mélangent. Et j'ai toujours pensé que tu avais raison.

Marqua un temps de pause, pour permettre à Laura d'assimiler toutes ses informations. S'il ignorait à quel degré elle avait perdu la mémoire, il pouvait toutefois comprendre qu'il pouvait être difficile d'engranger toutes ces réponses d'un coup. Surtout maintenant qu'il venait de lui avouer ne pas connaître les noms des personnes les plus chères à ses yeux.
Quel ami de merde. En respectant sa volonté d'anonymat, il n'aurait jamais cru qu'il serait là, ce jour précis, à tenter de raviver ses souvenirs avec des informations qui n'avaient pas la pertinence qu'il fallait. Si seulement il avait insisté. Si seulement il était passé outre cette retenue complètement désuète qu'il éprouvait vis à vis de son amie pour pouvoir mieux la renseigner, à présent. Mais il ne l'avait pas fait. Une grossière erreur à rajouter dans son palmarès.
Sachant que son silence risquait de se faire bien vite pesant, non seulement pour Laura mais aussi pour lui-même, il déglutit. Sa gorge était pâteuse, pâteuse à cause de sa propre insouciance. Mais il était temps de continuer. D'avancer. Et les cheveux de Laura de redevenir de la soie, sous ses doigts.

-Des gens t'ont cherchée, oui. Des amis, ta famille, moi. On t'a tous activement recherchée, pendant des jours, des semaines. Même des années. J'ai vu des affichettes collées un peu partout avec ton visage, sur des poteaux, sur des murs. J'en ai même copiées pour en rajouter d'autres dans des bars, dans nos QGs, dans des quartiers où elles n'avaient pas encore été posées. J'ai jamais rencontré ta famille, du moins je ne crois pas. Mais je sais qu'on n'a jamais cessé de te chercher, autant eux que nous autres. Et tu es là, maintenant, même si les affichettes, elles, ont été enlevées progressivement par ces connards de Peacekeepers...

Il prit une inspiration, mettant un point final à sa séance de débroussaillage de chevelure. Les cheveux de Laura étaient ternis par le manque de soin, mais étaient toujours aussi beaux que dans son souvenir. Satisfait, il glissa ses doigts dans sa chevelure de soie avant de la laisser dévaler le long du dossier du canapé. Ils avaient tellement poussé, depuis la dernière fois qu'il l'avait vue. Depuis qu'il avait été obligé de donner un coup de matraque sur cette superbe nuque, juste là, sous ses doigts.
Comme si le contact le brûlait, il ôta aussitôt ses mains, et posa fébrilement la brosse sur un guéridon. Parler avait été tellement facile, dans son dos. Tellement plus simple que de la regarder dans les yeux et lui confesser ses torts. D'un geste souple, rapide, il rangea le tabouret sous le guéridon et finit par s'installer en face d'elle. Il se mordit la lèvre inférieure. Les mots, ces putains de mots, peinaient à venir. Et son visage avait perdu ce sourire tendre qui ne l'avait pas lâché alors qu'il avait évoqué tous ses souvenirs.

-Laura, si tu me fais toujours autant confiance, crois-moi si je te dis qu'il vaut mieux qu'on s'arrête là pour le moment sur les questions. C'est pas comme si on n'avait pas le temps pour retrouver tes souvenirs. Je sais même pas de quoi tu te souviens vraiment, ou même comment t'as réussi à te démerder pendant 4 ans. Et si je sais qu'au fond t'es toujours la même, si je le sens, j'ai aussi des questions. J'ai aussi besoin de savoir.

Savoir, pour apaiser un peu sa conscience. Savoir, pour évaluer s'il était bon de tout lui annoncer, ou si certaines questions devaient rester sans réponses. Parce que c'était ça. Ils étaient à ce point culminant de la discussion où elle pourrait tout aussi bien repartir aussitôt de sa vie.
Disparaître à nouveau pour la plus grosse erreur qu'il ait jamais pu faire.


_________________

Every morning I jump out of bed and step on a landmine. The landmine is me. After the explosion, I spend the rest of the day putting the pieces together. ×

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://consign-to-oblivion.forumactif.com/t3658-lazlo-pour-vivre

Féminin
↳ Nombre de messages : 141
↳ Points : 373
↳ Date d'inscription : 21/05/2016
↳ Age : 24
↳ Avatar : Kate Winslet
↳ Age du Personnage : 44 ans
↳ Métier : Bénévole auprès des populations démunies
↳ Opinion Politique : Inexistante pour le moment
↳ Niveau de Compétences : Niveau général : 2 Niveau 3 en maîtrise de sa faim Niveau 4 en feels
↳ Playlist : Love Peace Peace - Eurovision 2016
Oltremare - Ludovico Einaudi
When We Were Young - Adèle
↳ Citation : "Heureux soient les fêlés, car ils laisseront passer la lumière."
↳ Multicomptes : Maisy A. Weaver
↳ Couleur RP : #eccef5



Feuille de perso
↳ Copyright: rusty nail
↳ Disponible pour un topic?: Non =(
↳ Liens du Personnage
:



MessageSujet: Re: Coming back to the Nest - Lazlo & Laura   Sam 5 Nov - 22:33


Elle laisse son nez effleurer distraitement son bras pour en apprécier la nouvelle senteur. Définitivement masculine et définitivement connue. Elle inspire profondément laissant les sensations l’envahir. Elle sourit doucement dans son bras, tellement surprise d’être capable de ressentir autre chose que la culpabilité dévorante qui l’a accompagné ses derniers temps. Le corps et l’esprit sont capables de s’habituer à tout et la véracité de la phrase la frappe cruellement quand elle prend conscience qu’elle s’était habituée à être triste, seule et coupable. La douceur des émotions qui accompagne l’odeur de l’appartement, celle du gel douche et celle du shampoing de Lazlo, lui rappelle que sa vie n’a pas toujours été faite d’errance à travers le bayou. Qu’elle n’a pas toujours été ce monstre qu’elle cherche toujours à comprendre, qu’elle a été autre chose qu’une créature affamée. Elle ne peut que répondre au sourire de Lazlo, il semble littéralement irradié la joie malgré ses yeux rougis et brillants de larmes contenues. Elle fronce les sourcils, mais n’a pas vraiment le temps de poser la moindre question qu’il la guide vers le salon. La main qu’il pose sur son épaule est si légère qu’elle la sent à peine, elle a presque l’impression d’être faite de cristal quand il la touche avant une telle tendresse. Elle s’assoit doucement dans le fauteuil, retenant un grognement de plaisir quand son corps s’affaisse sur les coussins moelleux. Il y a si longtemps qu’elle n’a pas pu profiter d’un tel confort. Inconsciemment, elle relève les jambes et pose son menton sur ses genoux, les bras enrouler autour de ses tibias. Elle a été l’amie de cet homme qui l’a accueilli comme le messie quelques minutes plus tôt, elle relève les yeux, éloignant son nez de l’odeur rassurante, pour poser un regard curieux sur le jeune homme qui lui fait face. Lazlo. Elle laisse glisser ses yeux sur le visage délicat du jeune homme, s’arrêtant quelques secondes sur ses yeux à la couleur saisissante, qui lui rappelle avec tendresse les grands ciels bleus d’hiver. Elle l’observe se déplacer dans cet appartement qui lui appartient, la grâce et la souplesse de ses gestes emplissant l’espace d’une sorte de quiétude bienvenue.

Elle laissa ses yeux dérivés sur l’appartement, observant avec attention les couleurs chatoyantes des tissus qui recouvraient une partie du mobilier. Cet appartement semblait aussi vivant que celui qui y logeait et en tendant l’oreille, on pouvait entendre le roucoulement apaisant de l’armée de pigeon qui vivait sur le toit. Elle sourit, consciente de l’image un peu perdue qu’elle devait renvoyer, mais aussi foncièrement heureuse de se retrouver dans ce décor qui sans qu’elle ne puisse se souvenir précisément des raisons qui la poussaient à croire ça, semblait être familier. Elle reposa ses yeux sur Lazlo qui semblait avoir trouvé ce qu’il cherchait et le cachait dans son dos. Malgré la confiance que son cerveau semblait accorder au jeune homme, elle ne put s’empêcher d’avoir un petit mouvement de recul quand il s’approcha trop rapidement à son goût. Réflexe, désormais désuet, obtenu après quatre années d’une fuite constante dans les marais. Elle s’efforça de calmer les battements désordonnés de son cœur, se répétant comme un mantra que Lazlo était son ami et qu’il ne lui voulait aucun mal. Quand il se glissa derrière elle, et qu’elle entendit le raclement du tabouret sur le sol, elle lutta pour ne pas se retourner afin de parer à toute menace éventuelle, mais la main que le jeune homme posa sur son front, chaude et douce, l’empêcha de bouger. Non pas que le geste fut fait dans un but coercitif, mais il émanait un tel respect de cette grande main posé sur son front qu’elle arrêta son geste instantanément. Elle le laissa donc faire.

Elle le remercia mentalement, quand il commença à brosser ses cheveux bien trop longs et abîmés, de ne pas lui faire face. Elle sentit ses yeux se remplir de larmes. C’était un geste à la fois, intime et respectueux, deux choses qu’elle n’avait plus connues depuis quatre ans. Un geste doux et tendre qui la toucha et l’émue profondément. Il y avait si longtemps que personne ne s’était occupé d’elle de cette façon. Si longtemps qu’on n'avait pas pris le temps de s’intéresser à elle pour autre chose que soigner une blessure ou vérifier une cicatrisation. Elle posa une main tremblante sur ses lèvres et ne dit pas un mot, laissant Lazlo raconter son histoire. Elle se détendit, les muscles de sa nuque se relâchant à mesure que le bruit régulier de la brosse dans ses cheveux et la voix de son ami lui parvenait. Les larmes revinrent aussi vite qu’elle avait disparu quand le jeune homme lui raconta qui elle était avant sa disparition.

Le fait que le jeune homme ait une si haute estime d’elle réchauffait son cœur, même si ce qu’il disait n’était plus vrai aujourd’hui. Apparemment, la femme digne et forte qu’il connaissait avait disparu en même temps que sa mémoire. Elle avait été avalée par le monstre qui avait tué sa magie, celui qui avait tué Richard, celui qui l’avait fait dévorer sans y faire attention les souvenirs et les émotions d’un homme profondément bon jusqu’à ce qu’il ne se réveille pas. Elle ferma les yeux, le visage de son ami encré derrière ses paupières closes, laissant les larmes rouler silencieusement sur ses joues. Comment avait-elle pu sourire et pensé un instant qu’elle pourrait à nouveau avoir une vie normale quand tout ce dont elle avait été capable depuis son réveil avait été de tuer la seule bonne chose qui lui soit arrivée ? Elle glissa distraitement ses doigts sur ses yeux écrasant les larmes sur ses joues sèches à mesure qu’elle coulait, se refusant le droit de sangloter, se refusant le droit d’être triste. Richard était mort par sa faute, parce qu’elle était devenue un monstre, elle n’avait pas le droit de pleurer sa mort. Elle n’avait pas le droit d’être triste, nostalgique ou heureuse d’un temps qu’elle était incapable de se remémorer. Elle n’avait droit à rien de tout ça. Mais Lazlo, ne s’arrêta pas de parler et ses paroles à propos des rebelles et des idées qu’elle portait en elle avant son amnésie, résonnaient avec force en elle. Elle était incapable de se souvenir de ce qu’avait fait ce gouvernement qui les dominaient, mais son esprit logique lui assurait qu’elle n’aurait probablement pas été d’accord avec un gouvernement qu’on pouvait qualifier de "bande de connards tyranniques". La brosse glisse plus facilement dans ses cheveux et elle s’appuie plus confortablement contre le dossier du fauteuil s’autorisant quelques instants d’un répit mérité, laissant Lazlo, sa voix et ses gestes lents et rassurants, l’éloigner de tout ce qui englue son esprit. Elle pousse un petit soupir de contentement. Elle n’a pas envie de parler tout de suite, elle préfère profiter de la douceur de ses gestes pour vider son esprit, elle parlera plus tard, puisqu’il aura probablement lui aussi des questions à lui poser.

Il change de sujet et l’esprit de Laura commence à vagabonder. La voix grave de son ami semble appuyer sur une série de petits boutons dans son esprit, titillant les zones éteintes de sa mémoire sans parvenir pour autant à les rallumer pour de bon. Mais quand le mot famille s’échappe de ses lèvres, elle ferme les yeux pour retrouver ceux qui hantent ses songes. Ils sont là, comme à chaque fois qu’elle les cherche, la baignant dans cette mer de tranquillité et de tendresse qu’ils déversent sur elle. Elle tend des doigts imaginaires pour effleurer les pattes d’oie qui en strient les commissures, s’attarde sur le camaïeu de bleus qui les constitue, effleure le pli qui en fronce les sourcils et les laissent disparaître comme à chaque fois. Le cœur un peu plus plein, mais les mains toujours aussi vident, de cet amour qu’elle croit connaître, mais qui lui échappe pourtant depuis si longtemps. Elle rouvre les yeux, et reprend doucement contact avec une réalité où cet homme n’est pas à ses côtés, mais ou Lazlo lui parlent de ses enfants. Alors, comme ça, elle est mère ? Le choc lui coupe le souffle quelques secondes… Il n’y avait que très peu d’enfants dans le camp, mais elle s’est toujours sentie proche d’eux… Et la longue cicatrice qui lui barre le ventre lui avait plus ou moins mis la puce à l’oreille sur une potentille grossesse passée… Mais… Trois ? Comment… Comment peut-elle les avoir oubliés eux aussi ? Il y a bien ce rêve qu’elle fait de temps en temps, ou elle essaie de sauver un jeune homme dont elle n’arrive pas à voir le visage d’un groupe de Peacekeeper, mais est-ce son fils ? Est-ce l’un de ses enfants ? Elle laisse une de ses mains glisser sur son visage, son état d’esprit oscillant entre une joie sans borne et une désolation profonde. Elle pousse un profond soupir en tentant comme elle peut d’imprimer l’information dans son esprit. Elle remercie silencieusement son ami pour le silence qui lui octroie lui permettant ainsi de remettre un peu d’ordre dans ses émotions et ses pensées, mais rapidement, elle ouvre la bouche, la voix encore rauque d’émotion. «
Continue, s’il te plaît…
»

Et il continue, reprenant la parole et la laissant se replonger dans son mutisme concentré. L’idée que des gens l’aient cherché, qu’il y ait eu des gens qui tenaient assez à elle pour poster des affiches partout en ville et passer chacun de ses recoins au peigne fin, réchauffe son cœur et elle remercie silencieusement le ciel d’avoir su mettre sur sa route des gens aussi attentionné. Elle se sent à la fois exaltée par l’idée qu’il y ait quelque part dans cette ville, en plus de Lazlo, des gens suffisamment attachés à elle pour faire ça, et désolée pour ces gens qui l’ont cherché sans jamais la trouver. Elle s’imagine sans peine la douleur qu’ils ont dû ressentir, et elle pense douloureusement à ceux qui doivent avoir perdu espoir et qui ont, probablement, commencer leur deuil. Le mouvement de la brosse dans ses cheveux s’arrête en même temps que la voix de son ami et elle le sent hésité derrière elle, glissant doucement ses doigts dans ses cheveux désormais exempts du moindre nœud. Elle a envie de dire merci, mais les mots seraient bien incapables de décrire à quel point elle a l’impression de lui être redevable. Elle jette un œil sur la brosse qu’il pose près d’elle, pleine de cheveux morts qui n’ont pas survécu au débroussaillage de sa chevelure et elle tend les doigts pour les effleurer. Ils lui font inconsciemment penser à tous ses souvenirs qu’elle a perdus depuis quatre ans, à toutes ses mémoires disparues, mais qui semblent vouloir refaire surface depuis son passage des portes. Quand Lazlo range le tabouret et apparaît à nouveau dans son champ de vision, elle sent ses yeux se remplir de larmes en même temps que son cœur se gonfle d’une affection sans bornes pour le jeune homme qui lui fait face. Elle déplie lentement ses jambes engourdies par la position recroquevillées qu’elle avait dans le fauteuil, avant de se pencher en avant pour prendre entre ses petites mains la grande paluche de son ami. Elle la serre doucement et frotte ses pouces sur les phalanges de Lazlo. Elle fronce les sourcils devant son expression sérieuse, elle s’était habituée à le voir sourire et son visage fermé l’inquiète. Elle grimace un peu quand il lui dit qu’il lui donnera plus d’informations plus tard, mais elle comprend ses raisons et bien que la curiosité la dévore d’en apprendre plus sur elle-même, elle a conscience que trop d’informations d’un coup pourraient être plus nuisibles qu’utile, alors elle se contente de hocher la tête pour approuver les paroles de son ami. « Merci… Merci de m’avoir déjà raconté tout ça… »

Et voilà, le moment qu’elle redoutait, celui qu’elle espérait pouvoir repousser aussi longtemps que possible. Elle soupire et pose les coudes sur ses genoux, enfouissant son visage dans ses mains ouvertes. Elle n’a pas envie de parler, parce qu’elle n’a pas envie de se souvenir de ces quatre années dehors. Mais Lazlo l’a recherché pendant si longtemps, et il l’accueille chez lui sans aucune condition, lui offre sa douche, ses vêtements et un lit, ainsi qu’une affection qui lui réchauffe l’âme et lui permet pour la première fois depuis des lustres de ne pas se sentir comme un monstre. Elle lui doit bien ça. Elle se redresse et muer par un instinct qu’elle ne comprend pas vraiment, va s’asseoir sur l’accoudoir du fauteuil de Lazlo, glissant ses pieds gelés sous les cuisses de son amie et posant sa tête sur le haut du dossier, afin d’éviter son regard qui passera probablement de la pitié au dégoût durant son récit. Elle inspire profondément et se lance, la voix cassée de s’être tue si longtemps, d’avoir été si sèche dans la moiteur du bayou et d’avoir retenue tant de larmes. « Hum… Je ne sais pas trop par où commencer… Par le début probablement… » Elle laisse échapper un petit rire nerveux avant de se concentrer à nouveau. « Euh... Donc, après que je me sois réveillé… Je me souvenais basiquement de rien, même pas de mon prénom ou de l’année… Et du coup, le seul truc que j’ai fait, c’est… Marcher sans but dans la ville, jusqu’à ce qu’un couple, Johanna et Charles, me récupèrent… J’suis resté chez eux pendant… Peut-être 6 mois ? Ils ont été absolument adorables avec moi… J’veux dire qui ferrait ça aujourd’hui ?! » Elle laisse une fois de plus son incrédulité face à la bonté d’âme de ses bienfaiteurs refaire surface. Johanna et Charles avaient été les seules personnes en qui elle avait eu confiance pendant ce laps de temps. Ils lui avaient offert un toit et de quoi se nourrir pendant son séjour chez eux, mais le bien le plus, important qu’ils lui avaient offert avait été du temps. Ils lui avaient laissé le temps de reprendre ses esprits et de laisser sa mémoire revenir lentement. « Du coup… J’ai commencé à retrouver quelques souvenirs, assez lentement, mais suffisamment pour me souvenir de mon nom et d’où aller… » Elle avait l’impression de raconter des souvenirs vieux de vingt ans, tant toute cette période lui semblait lointaine. « Je me suis souvenue que j’avais de la famille à New-York alors j’ai voulu partit et j’ai réussi à quitter la ville, je me souviens plus très bien comment… »

Elle inspire, hésitant à donner plus d’info sur ce qu’il s’est passé presque aussitôt après qu’elle ait réussi à sortir de la ville… Elle pèse le pour et le contre, jetant un œil à ses pieds nus sous les jambes de Lazlo, à tous les endroits où leurs corps sont en contact, a la faim qu’elle ne sent pas encore gronder en elle… À cette faim qu’elle tente d’apprendre à contrôler… Elle regarde le profil de son ami et glisse sans trop y penser les doigts dans ses cheveux, appréciant la douceur de ses boucles châtaines, surprise par le naturel et la normalité que lui inspire ce geste. Alors elle sait. Elle inspire profondément et ouvre la bouche, se préparant à devoir s’éloigner de Lazlo si celui-ci se montre le moindre signe de malaise. « Je n’ai pas été très loin… Je dirais qu’à une vingtaine de kilomètres des murs, j’ai… » Elle s’arrête, la gorge serrée, l’air incertain, avant de reprendre. « J’ai été mordu… Par un zombie, ou un infecté… Appelle ça comme tu veux… » Elle se mord la lèvre inférieure presque jusqu’au sang, refusant obstinément de croiser le regard de Lazlo en fixant le motif du tissu recouvrant le fauteuil dans lequel ils sont assis. Elle lui laisse quelques minutes pour intégrer la nouvelle. Avant de reprendre la parole, à voix basse, comme si chuchoter pouvait rendre l’horreur de ce qui allait suivre moins grande. « J’ai vraiment cru que j’allais y passer… La fièvre était horrible et j’étais complètement déshydratée… C’est à ce moment-là que Richard m’a trouvé. » Elle sourit doucement au souvenir de son ami, se rappelant avec nostalgie, la douceur avec laquelle il l’avait porté jusqu’à son campement et celle avec laquelle il lui avait tout appris sur la vie hors de la ville, de comment trouver des choses à manger, comment se débarrasser d’un groupe de zombie. Son sourire s’efface bien vite, quand elle se souvient de ce qu’elle a à raconter et elle inspire entre ses dents, créant un sifflement désagréable. « Puis… Il m’a ramené dans un campement ou vivait des gens… Et ils m’ont soignée… Enfin, ils m’ont empêché de mourir de la fièvre. Puis j’suis devenue… quelque chose d’autre… Et… J’ai vécu avec eux pendant bien… Deux ans… Et au début, je ne me rendais même pas compte que je me nourrissais d’eux. » Elle se perd peu à peu dans ses souvenirs, ne prêtant plus vraiment attention à Lazlo. « Puis, quand je m’en suis rendue compte… J’ai commencé à essayer de me maîtriser et ça a bien marché pendant un temps. On vivait bien tous ensemble, y avait même des mômes là-bas… Ils m’ont appris plein de choses, et je leur ai appris comment préparer un sacré paquet de décoctions et autres produits pour soigner les petits maux… Ils m’ont appris comment me battre correctement, comme tuer un assaillant de façon propre et efficace… À me servir d’un couteau, d’une arme à feu… D’une hache… C’était bien… »

Elle essuie une larme qui roule sur sa joue et renifle doucement. « Et puis, j’ai commencé à faire des rêves bizarres… Ou j’avais l’impression d’être aimé par quelqu’un, ou je voyais des bouts de son visage sans jamais réussir à le voir entièrement… Et ça me rendait à la fois heureuse et triste… Parce que… Je ne sais même pas si cette personne existe vraiment et pourtant, c’est la seule chose qui me rendait heureuse là-bas… » Elle pose sa tête sur son avant-bras cachant son visage dans le pli de son coude pour essuyer ses larmes et cacher son expression à Lazlo, sachant que le plus dur restait à venir. Elle essayait vaguement de repousser le moment pourtant inéluctable où elle devait annoncer à son ami qu’elle était une meurtrière, mais il était arrivé. « Et puis… » Elle inspire et se lance pour de bon, sa voix étouffer par le rembourrage du fauteuil et par son bras. « Et puis, une nuit… Je… Je pensais vraiment que je me maîtrisais… » Les larmes roulent sur ses joues sans qu’elle ne puisse rien faire, elle tremble si fort qu’elle doit probablement secouer Lazlo au passage. « Oh merde… Je te jure… Je ne pensais vraiment pas que ça allait arriver… Cette nuit-là… J’avais faim… Alors j’ai commencé à me nourrir sur Richard… Qui dormait dans la même tente que moi… Et… Je n'ai pas réussi à m’arrêter… » Elle se recroqueville encore un peu plus sur elle-même, les sanglots secouant son corps, écrasant sa gorge de leur main agressive, l’empêchant de respirer correctement, mais elle n’arrive plus à s’arrêter de parler alors elle continue. « Quand j’ai compris ce que j’ai fait… Je me suis enfuie… Et j’ai erré dans le bayou pendant des mois, toute seule… Et un jour… J’en ai eu marre… J’en ai eu marre de vivre avec qui j’étais… De me battre pour rester en vie alors que je ne suis qu’un monstre. » Elle essuie rageusement ses joues, crachant ces mots, s’interdisant à nouveau de pleurer. Elle ne mérite pas le soulagement qu’apportent les larmes de toute façon. « J’ai commencé à essayer de les faire venir jusqu’à moi… Mais j’ai entendu un bruit… Et c’était… C’était elle… » Elle hoche la tête en direction de la colombe posée sur un guéridon tout près d’eux, leur jetant des regards intrigués. « Et voilà… Tu sais tout maintenant… » Elle tremble, un frisson traversant son corps épuisé par les émotions et les informations qu’elle a reçu en trop peu de temps. « Si tu veux que je m’en aille tout de suite… Je comprendrais… Mais… Est-ce que je pourrais récupérer mes vêtements d’abord… » Elle relève la tête et le supplie du regard. « C’est tout ce qu’il me reste… S’il te plaît… »

_________________

Everybody loves the things you do From the way you talk to the way you move. Everybody here is watching you, cause you feel like home. You're like a dream come true. But if by chance you're here alone, Can I have a moment before I go? Cause I've been by myself all night long hoping you're someone I used to know ×
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
 

Coming back to the Nest - Lazlo & Laura

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

 Sujets similaires

-
» Bonjour le monde ! Moi c'est Laura...
» I go back to black.
» Trac(k)back sur Colorado
» Trailer - Battlefield 3 Back to Karkand
» Back-Up TOTAL

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
CONSIGN TO OBLIVION .} :: The Third Chapter: New Orleans :: Northern New Orleans :: Treme :: La Volière de Lazlo-