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 Reach Out ▬ Tristou

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MessageSujet: Reach Out ▬ Tristou   Sam 4 Juin - 1:39




 
 
Tristan & Lazlo
REACH OUT



   La voix de Danny Clocker était un emblème. Un symbole de réussite, avant, pendant et après l'Apocalypse. Elle était l'image même de la nation, dans ses heures de gloire passées et actuelles, une réalité à laquelle la population s'accrochait avec désespoir. L'image de Danny était soignée, traitée avec un soin si particulier qu'il méritait amplement, étant l'idole encore debout, dressée, du besoin de divertissements dont les survivants avaient encore besoin. Le sourire toujours éclatant malgré la famine, le cheveu toujours soyeux malgré la fange dans laquelle se traînait une bonne majorité de la population suite à la fin des temps, son regard pétillant transcendant tout jusqu'au système lui-même. Ses mots d'esprit étaient aussi éclatants que la foudre, des one-liners spontanés, si intenses qu'ils étaient repris et acclamés par le public avec une frénésie presque sectaire. Intemporel, Danny Clocker n'avait pas d'âge, pas de race, pas de genre. Il était une entité au dessus de tous, au-delà de l'imagination.
C'était du moins ce qu'on avait expliqué à Lazlo quand il avait pris son poste, lors de la toute première journée. Le public adorait Danny Clocker, il était l'idole païenne à laquelle tout le monde s'identifiait, que tout le monde devait désirer être ardemment. Mais surtout, Danny Clocker était la voix d'une nation, unie et soudée avec son Gouvernement, prodiguant la bonne parole au sein d'une population si désœuvrée qu'elle goberait n'importe quelle couleuvre. Mais ce dernier point, Lazlo l'avait zappé, trop occupé qu'il avait été lécher les locaux de l'Arène, flambants neufs, de son regard céruléen.

Lui faisant faire le tour des lieux pour l'amener à son futur bureau, la responsable avait continuer de vanter les bienfaits de leur boulot. Les Hunters Season's étaient un concept révolutionnaire qui pouvait ne pas plaire à tout le monde, mais qui devait plaire. C'était pour cela qu'il y avait toute une équipe, nouvellement engagée parmi les meilleurs, sélectionnés avec un soin tout particulier pour faire du show le plus mémorable qui ait jamais été. Triés sur le volet, les animateurs œuvraient tous dans l'harmonie la plus complète, travaillant main dans la main à satisfaire un public exigeant et pas dupe. Il fallait les envelopper d'amour, les hypnotiser par la grandeur des effets, les chouchouter avec de bons mots, blablabla. Les fidéliser. A l'entente d'un terme qu'il comprenait parfaitement, pour avoir dû le faire pour une quantité de marques différentes, le Norvégien avait acquiescé ardemment. Il était là pour cela, pour fidéliser le public, assurer les chiffres dans l'ombre, offrant la réplique juteuse au bon moment pour les publicitaires voire l'Illustre Clocker. Un rôle pour lequel il était taillé, lui avait dit la responsable, certaine qu'elle était qu'il était l'homme de la situation. Et Lazlo de se dire qu'elle sortait sûrement les mêmes qualificatifs pompeux à tous les autres membres de cette fameuse "Dream Team" dont elle parlait pour les lover dans une insouciance mielleuse, et mieux les exploiter par derrière.
La communication, cet impitoyable univers.

La visite s'acheva au bout d'un couloir, après que la responsable ait ouvert une énième porte dont Lazlo ne se souviendrait probablement où elle se trouvait une fois lâché dans la nature. Il était resté étrangement silencieux pendant tout le trajet, retenant difficilement son excitation de faire partie d'un projet aussi ambitieux avec autant de moyens, mais s'obstinant à ne pas ruiner toute sa crédibilité dès les premiers instants. Pourtant. Pourtant il ne put lâcher un juron sonore en apercevant l'immense baie vitrée, donnant ostentatoirement sur l'Arène en elle-même, où il allait s'affairer à chaque fois que les jeux auraient cours.

-Putain de merde c'est ENORME !

Il aurait pu se retenir quelques instants de plus pour éviter de lancer un pavé dans la mare, énonçant aussi crûment une réalité avérée qu'il aurait pu soulever rien qu'avec le temps qu'il leur avait fallu pour arriver jusqu'à la loge. La responsable lui avait adressé un petit sourire crispé, poli, en retour, et avait fermement repoussé les doigts qu'il avait posés sur la vitre du bout du style qu'elle tenait dans sa main manucurée.

-C'est ici que vous travaillerez pendant les jeux. Cette loge vous permet d'avoir une vue d'ensemble sur ce qui se déroulera directement dans l'Arène, avec la paire de jumelles que nous avons mises à votre disposition dans votre casier. D'ici, vous écrirez toutes les répliques juteuses directement en adéquation avec l'action en cours. Certaines seront transférée à Danny, si elles sont suffisamment attrayantes, les autres seront directement adoptées en réponse aux questions de l'audience, selon les besoins. Votre rôle est polyvalent, Mr Andersen, et primordial.

Ses mains remises sagement dans son dos, Lazlo acquiesça docilement. C'était la première fois qu'il travaillait en direct, et si le relationnel avec le public ne lui faisait pas peur, se dire qu'il pouvait être parmi l'un des souffleurs du célèbre Danny Clocker était particulièrement impressionnant. La responsable s'assura d'avoir enfin toute son attention pour poursuivre, son élocution sèche, saccadée, partant dans des profondeurs insoupçonnées.

-Je ne vous le répèterai pas suffisamment, mais chaque rouage de notre machine est essentiel. Une communication soignée est la volonté première de votre employeur direct, le Gouvernement. Vous devrez également compter sur une série de messages à faire passer tout au cours de l'animation. Vous pouvez bien évidemment les adapter pour qu'ils collent à la situation, et vous les trouverez inscrits sur ce tableau, au fond.

Elle agita son stylo dans la direction dudit tableau, et Lazlo marqua sa compréhension d'un énième hochement de tête, bien qu'il ne sache pas réellement en quoi consistaient ces fameux messages. Tout au fond de la pièce, non loin du tableau, se trouvait une autre porte, sombre, et fermée. Innocemment, les pensées du community manager franchirent le seuil de ses lèvres.

-Et cette porte mène à quoi ?

La responsable fronça ses sourcils peints, l'air d'un chat ayant lapé du vinaigre. A demi-mots, elle avoua qu'il s'agissait de la loge des sorciers, et qu'il ne devait sous aucun prétexte les déranger dans leur travail, puisqu'ils étaient à la tête de ce qui faisait le sel des jeux : les illusions. A l'entendre parler, ils étaient une engeance maléfique qu'il valait mieux éviter. Ou alors elle était tout simplement raciste. Dans tous les cas, le terme de sorciers et d'illusions lui chatouilla les oreilles. Depuis le Grand Chaos, la rumeur s'était répandue que des êtres dotés de dons surnaturels erraient à la surface de la planète. Il ignorait si c'était du lard ou du cochon, mais à entendre la responsable, ils étaient aussi réels que cette Arène où il espérait ne jamais mettre les pieds.



La toute première animation avait tout juste commencé, et c'était une authentique boucherie. Certes, les effets étaient magnifiques, les illusions créées par ses collègues sorciers étant sidérantes de réalismes, mais elles ne suffisaient pas à masquer l'horreur qui se déroulait sur la terre battue, là, juste en dessous de leurs fenêtres. Lazlo avait abandonné l'idée d'utiliser ses jumelles attitrées après vingt bonnes minutes de spectacle, et compris pourquoi ils avaient une pile de seaux noirs à leur disposition dans un recoin de la pièce. Son estomac aussi l'avait parfaitement compris, s'y déversant docilement lors de la première mort. Une poignée d'autres personnes, journalistes, community managers comme lui, commentateurs, travaillaient en sa compagnie. Et cette même poignée avait imité son geste pile au même moment devant l'horreur qui se déroulait sous leurs yeux. Une équipe soudée, unie, pour le bien du public.
Conneries.
Encore tremblant, pâle comme un linge, il avait aussitôt repris son carnet et son crayon, griffonnant les commentaires les plus légers et joyeux qu'il puisse trouver. Et si son esprit naturellement positif n'avait en général pas trop de mal à rebondir sur les situations, là, c'était autre chose. Les massacres lui faisaient perdre l'inspiration.

Lors de la première pause commerciale, un responsable anonyme était entré dans la loge avec une équipe de techniciens de surface, libérant la salle de l'odeur âcre de bile qui y flottait. Un petit discours d'encouragement pour qu'ils se ressaisissent tous, que leurs employeurs comprenaient la difficulté de la situation, patin, couffin, mais qu'ils devaient être bien plus volubiles dès la fin de la pause. Et en attendant, ils pouvaient aller chercher un café, se rincer la bouche, fumer une cigarette, utiliser les commodités, bref, faire une pause, pour se remettre de leurs émotions. Les gratteurs de papiers, Lazlo compris, ne manquèrent pas l'opportunité, filant aussi sec. Lazlo eut tout juste le temps d'entendre la porte de la loge des sorciers s'ouvrir en foutant le camp.

Il y avait une sorte de terrasse aménagée, non loin, attenante à une salle de repos trop petite pour tous les contenir. Après un tour bien mérité aux toilettes pour se rincer le visage comme la bouche, le community manager s'y était faufilé sans demander son reste, et avait fébrilement tiré une cigarette du paquet dans sa poche ainsi qu'un briquet. Sans grande surprise, l'animal ne fonctionnait pas. Maugréant, le Norvégien fut obligé de faire le tour des suppliciés de la terrasse à la recherche de feu.

Une âme charitable, de l'apparence d'un jeune homme chétif, pâle, aux cheveux de jais, finit par le sauver de la frustration de n'être entouré que de non fumeurs en brandissant un briquet. Spontanément, il alla aussitôt vers lui, allumant sa cigarette sur la flamme sans s'embarrasser de lui prendre le briquet des mains, ses pensées filant sur un laïus répété par ses anciens camarades de fac. Celui qui allume, c'est celui qui encule. Radouci par la première bouffée de fumée, il poussa un soupir extatique.

-Tu me sauves la vie à un point, mec, t'as pas idée...

Il suivit du regard le briquet alors qu'il revenait dans la poche de l'autre, avant de le reposer sur son comparse. Il avait le regard dur, celui que les plus anciens de son régiment avaient, à l'armée. Celui d'un mec qui a vu des choses qu'il préfèrerait effacer. Par essence, le genre de mecs qui lui plaisaient.

-Moi c'est Lazlo, au fait, et toi ? C'est marrant, parce que j'ai pas eu l'impression que tu sois dans la même loge que moi, tout à l'heure. Tu sais, la loge qui empeste les fonds d'estomacs. Tu bosses dans quel secteur, toi ?

L'air frais agita ses cheveux blonds, faisant danser sa frange devant ses yeux, chatouillant son front. Il n'aimait vraiment pas avoir les cheveux courts, et encore moins être rasé de près comme il l'était pour ce maudit boulot. L'écho de la foule impatiente dans l'Arène leur parvenait, portée par le vent, semblant délicieusement lointaine. Il poussa un soupir.

-J'sais pas toi, mais j'ai vraiment pas envie d'y retourner, putain...
   

 




Dernière édition par Lazlo J. Andersen le Dim 5 Juin - 3:08, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Reach Out ▬ Tristou   Dim 5 Juin - 1:11


« Reach Out »

Lazlo & Tristan
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Like most babies smell like butter
his smell smelled like no other
he was born scentless and senseless
he was born a scentless apprentice

Go away - get away, get away, get a-way

(Scentless Apprentice, Nirvana)




Son esprit nageait dans le rien. Une silhouette immobile et austère, appuyée contre un mur, une cigarette coincée entre ses lèvres bien dessinées. Kayiman ne pensait pas, son regard était fixe, son visage au teint limpide n'exprimait rien de particulier. Il paraissait jeune, très jeune, trop jeune. Surtout dans un endroit tel que celui-là, avec un rôle tel que celui-là. Bien que haut de taille, il était étroit de stature, ses joues creuses ne faisaient qu'accroître son aspect juvénile et sans doute ne lui aurait-on même pas donné ses dix-neuf ans. La sobriété de sa vêture, composée strictement de teintes sombres, le dotait toutefois d'une apparence discrète et sans doute assez sinistre, tout comme l'était l'écran opaque de son regard. Lorsqu'il se redressait avec suffisance, on aurait pu le comparer au Slender Man. Image mêlant le grotesque et l'effroi, adaptée à ce que lui évoquaient ces jeux. Les personnes le verraient quand ils seraient en face de lui, mais oublieraient instantanément sa présence dès qu'ils lui tourneraient le dos. Ainsi, le ténébreux croquemitaine qu'il était pourrait détruire et disparaître, sans qu'on s'en souvienne. Il resta songeur à cette pensée. Kayiman approcha sa cigarette de ses lèvres, la flamme sortie du briquet le subjugua quelques secondes avant de l'embraser. Et son regard aiguisé se détourna vers une nouvelle présence. Une proie, une proie. Il sourit.

Un jeune homme s'approchait de lui, manifestement stressé et accablé, en demande d'une pause au sein de cette ambiance endeuillée. Les paupières de Kayiman ployèrent en signe d'invitation et il tendit son bras pour allumer le bâton de nicotine. Et puis les mots s’immiscèrent entre eux, des mots qui rompaient l'atmosphère si lourde, des mots étrangement vivants, presque décalés, presque anachroniques. Mais le temps écrasait la réalité, il dissipait tout, il plongeait les êtres dans un espace immuable, même s'ils paraissaient étranges au sorcier. Les cheveux noirs de Kayiman étaient courts, eux aussi, tout aussi sombres que ceux de son vis à vis étaient clairs. Il nota les différences qui les séparaient comme autant de détails disparates. La plus importante résidait dans les yeux de l'autre, là où brillaient les étincelles de l'élan vital, pétillantes dans ses iris azurés. Celles que Kayiman pensait n'avoir jamais possédées. Ainsi, l'exclamation paradoxale du jeune homme résonnait avec un cynisme appréciable. L'ancien détenu de Darkness Fall n'avait-il pas appris tout récemment que le tabac était très nocif pour la santé ? Mais peu importait.

Le sorcier hocha doucement la tête, plongeant son regard dans celui de l'autre, conservant un moment ce silence de marbre, ses lèvres fermées bien que détendues, son regard inerte déposé sur sa cible. Kayiman souffla doucement sa fumée dans l'air avant de répondre enfin, d'une voix basse et calme, un peu claire, pas vraiment triste, juste posée.

« Nous n'occupons pas la même loge, garçon, ton impression était juste. »

Sans pudeur, il promena son regard sur celui qui venait de l'aborder, l'examinant comme on observerait une bête curieuse ou encore un simple objet à l'utilisation inconnue qu'on lui aurait présenté. Son manque d'entrain à lui répondre aurait pu passer pour de la contrariété à avoir été dérangé, d'autant plus que le regard sombre avec lequel il l'écrasait n'avait rien de chaleureux. Toutefois, il ne s'agissait que d'une apparence car en vérité, la curiosité du sorcier était sincère, bien que dénuée de toute émotion. Elle s'apparentait davantage à un genre d'intérêt scientifique. Communiquer avec un être humain du vingt et unième siècle pourrait-il être une expérience intéressante ? Son état d'esprit était assez affable pour y consentir en l'instant même. Probablement était-ce la première fois qu'il discuterait avec l'un d'entre eux de manière innocente ou légère. En dehors d'une relation de force. Un jour à marquer d'une pierre blanche.

« Lazlo. » Répéter son prénom lui donnait une existence. Le prononcer réaffirmait par ricochet la tangibilité de la sienne. « Tu sembles épuisé. Tes joues sont pâles… Dois-je conclure que c'est à toi que nous devons cette odeur nauséabonde ? » Elle l'était. Kayiman avait vu défiler ces seaux, ces symboles si crus du dégoût, de l'épouvante et du désarroi. Sans doute aurait-il pu trouver cet excès de sensibilité pathétique mais ce n'était pas le cas. Peut-être au fond de lui même appréciait-il au contraire de constater qu'il était encore possible d'être choqué ou touché par l'horreur, quand lui-même n'éprouvait plus rien. Rien qu'une indifférence blasée. Sans doute un mur de glace s'était-il construit autour de son âme En eut-il jamais possédé une.

« Ma foi. Je ne t'en veux pas. Et pour répondre à ta question, je m'appelle Kayiman. »

Soudain, il se rendit compte que la conversation le mettait déjà mal à l'aise. La sociabilité n'était pas une chose naturelle pour lui, bien que son assurance le masquait fort bien, tout autant que la politesse détachée qui affectait ses mots. Il n'avait guère de raison de dissimuler son identité à cet inconnu puisque de toutes manières, son occupation au sein de ce jeu n'avait rien de secret. Toutefois, la révéler de manière aussi grossière lui paraissait soudain déplacée, comme si en le faisant, il salissait l'honneur de son statut de mage noir. Un sorcier rabaissé au rang d'amuseur public, enchaîné à cette tâche humiliante par un gouvernement composé de bouffons. Il cilla légèrement à cette pensée mais son visage demeura impassible alors qu'il se contentait d'occulter simplement la demande de son interlocuteur. Ses longs doigts graciles menèrent encore une fois la cigarette à ses lèvres dans une inspiration légère. L’extrémité rougeoya alors qu'il prenait une nouvelle inspiration.

« Si tu souhaites si peu y retourner, pourquoi le faire ? Qui t'y oblige ? »

Loin de se parer de jugement, les questions du sorcier paraissaient anodines, aussi directes soient-elles. Il imaginait que ce Lazlo avait probablement des dizaines de bonnes raisons de se contraindre à supporter cette ambiance morbide. L'intérêt financier en lui-même serait un mobile suffisant, sans nul doute. Mais si les motivations de ce jeune homme s'écartaient d'un motif pratique et matériel, il aurait été curieux de les connaître. Son regard s’aiguisa un peu plus alors qu'il se redressait, quittant le mur contre lequel il s'était adossé pour mieux l'écraser de sa hauteur. Son timbre était discret, il n'élevait pratiquement jamais la voix et pourtant celle-ci se fit plus dure, presque cruelle alors qu'une nuance de sadisme rôdait dans ses prunelles, l'espace d'un très bref instant. « Tu avais cru pouvoir aimer la vue du sang et des chairs suppliciées ? Crois bien que le pire est à venir. » A ces derniers mots, il esquissa un geste de sa main porteuse de la cigarette, ses doigts papillonnant dans un mime ésotérique et quelques cendres s'en échappèrent, à la manière de paillettes grises, emportée par un filet d'air. Son regard sévère s'attarda un moment sur le visage de l'autre avant de s'adoucir tandis qu'il secouait doucement la tête d'un air vaguement désenchanté. Son geste d'auto-dérision aurait sans doute suffit pour renseigner l'autre sur son domaine d'activité. Kayiman s'efforça de masquer son amertume en poursuivant d'un ton moins rude, toujours aussi bas, presque un murmure. « Dis moi ce que tu cherchais en acceptant cette tâche, Lazlo. » Comprendre les autres lui paraissait un défi aussi dérisoire qu'impossible, il le savait. Peut-être pourrait-il néanmoins profiter d'un débat enrichissant pour sa culture générale. L'espèce humaine était si déconcertante.


_________________
Sur des escaliers de brume

On ne m'a donné ni arme ni larmes à mes yeux, Que ce cheval d'acier noir et ce corps sans visage. J'ai l'âme de l'enfant et la mémoire du vieux. L'éternité c'est long quand on marche sans cœur.


Dernière édition par Tristan K. Bellamy le Mar 22 Nov - 15:34, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Reach Out ▬ Tristou   Dim 5 Juin - 3:19



Un singulier personnage, que ce jeune homme vers lequel il s'était spontanément dirigé pour faire allumer sa cigarette. La fumée roula sur sa langue alors qu'il l'avalait pour mieux la recracher, divine, salvatrice, bienvenue. Les sens assoupis par l'afflux de nicotine, Lazlo avait reporté son attention sur le jeune homme au regard d'un autre âge, observant ses gestes gracieux distraitement. Ce regard sombre, ces lèvres ourlés, cette attitude nonchalante résolument décalée, tout concourrait à lui faire comprendre qu'il avait en face de lui quelqu'un qui n'était résolument pas du commun des mortels. Une éventualité qu'il était obligé de considérer, vu l'endroit où il travaillait, comme les personnes particulières avec lesquelles il collaborait.
La conclusion était venue naturellement, quant à son interrogation, poussant le blond à poser un tout nouveau regard sur son compagnon d'infortune. Alors c'était donc à ça que ressemblaient les sorciers. Ils n'avaient pas de cornes, ne s'habillaient pas tout de noir, n'agitaient pas une baguette magique en ricanant devant le nez des pauvres petits humains crédules. Ils n'avaient pas non plus de longues barbes ou le nez crochu, le teint verdâtre ou des ongles de cinquante centimètres. Non, ils avaient l'air de personnes normales, en réalité. Tout un mythe qui s'effondrait, aujourd'hui.

Le détachement constant, assumé de son interlocuteur en faisait une créature curieuse, qui attisait l'envie de Lazlo d'en savoir d'avantage. Kayiman. Un prénom singulier pour un personnage tout aussi singulier, un nom qui résonnait dans l'esprit du Norvégien comme la promesse d'une quantité d'histoires fantasmagoriques, qu'il s'attacherait très certainement à lui tirer du nez, pour peu qu'ils en aient le temps. Pour peu que le brun ait envie de les partager. Mais à son regard, à son ton neutre, qu'il connaissait si bien pour les avoir expérimentés plus d'une fois, Lazlo n'avait aucun doutes. Kayiman, au doux nom animal, serait un puits sans fond dans lequel il pourrait tarir sa curiosité. Non, il ne le lâcherait pas.

-Content que tu m'en veuilles pas alors, disons que la matinée a été particulièrement éprouvante. Ou plutôt que je me suis pas préparé à ça. Promis, je vais essayer de me tenir maintenant, surtout que bon c'est pas comme si j'avais encore quelque chose à recracher au fond de mon estomac.

Son ton espiègle tranchait avec le côté évanescent des paroles du jeune sorcier, un paradoxe assumé sur lequel lorgnaient quelques uns de leurs collègues dubitatif. Le mémo avait circulé avec assez d'efficacité, de son côté de la loge. Les sorciers ne devaient surtout pas être approchés, sous le moindre prétexte. Ils étaient une engeance impure, et leur proximité pouvait se révéler aussi néfaste d'un point de vue personnel que pour l'intégrité de leur travail respectif. Heureusement pour lui, Lazlo s'en contrefoutait.

Mais Kayiman n'en avait pas fini avec ses propres interrogations. S'il semblait le considérer comme une bête curieuse, ce ne fut pas cette attitude qui imprima un profond malaise chez l'humain. Ce fut plutôt la pertinence de la question, d'une simplicité presque enfantine, et qui pourtant soulevait une multitude de paradoxes. Pourquoi ? Pourquoi faire quelque chose que tu abhorres, alors que tu pourrais tout aussi bien tenter de gagner ta vie à quelque chose d'utile, qui ne te retourne ni le sang ni les entrailles ? Lazlo s'était tu, avait levé les yeux au ciel en recrachant sa fumée, pensif. Son sourire habituel, d'une fantomatique ironie, s'était envolé de la commissure de ses lèvres rondes. Après un rond de fumée qui rejoint progressivement les nuages, il finit par hausser les épaules. A question grave réponse grave.

-Probablement pour la même raison qui va te pousser à revenir sagement dans ta loge, toi aussi. Le pognon. Les obligations. Pas celles qu'on a contractuellement hein, mais celles qu'on a en dehors. Même depuis que le monde a pété on y revient toujours, au turbin, parce qu'on a pas vraiment le choix en fin de compte. On fait des trucs qui nous plaisent pas forcément, on se raccroche à ce qu'on aime faire dans la merde générale, et on avance. Surtout que bon, ma mère a des dettes au cul longues comme le bras, donc ce taf c'est même pas pour moi que je le fais.

Un léger rire franchit ses lèvres, de ceux qui n'ont pas de joie mais tentent de la trouver quand même, quelque part, dans les recoins de l'inconscient. Ca n'empêcha pas son regard malicieux, pétillant, de se poser dans celui d'un noir d'encre du sorcier.

-J'pensais juste pas que ce taf se rapprocherait de ce que j'faisais à l'armée, niveau massacres. On me l'a pas vendu comme ça et ça m'a surpris. Mais ça ne recommencera plus en ce qui me concerne. J'garantis rien pour les collègues par contre, niveau odeurs.

Embrassant d'un regard théâtral les commentateurs tremblants qui noyaient leurs tourments dans un café, maigre lot de consolation pour les horreurs à venir, il bascula d'un pied sur l'autre avant de reprendre une bouffée de nicotine. La cigarette arrivait sur sa fin, et la pause, malheureusement, aussi. Quelques misérables minutes encore, et les jeux reprendraient. Le sang coulerait à nouveau. Autant exploiter le temps qu'il leur restait encore, non seulement parce qu'il avait une multitude de questions à poser à son étrange interlocuteur, mais aussi parce que la discussion, aussi sombre fut-elle, était d'une humanité récréative.

-Et toi, qu'est-ce qui va te forcer à rejoindre ta loge d'ici quelques minutes, plutôt que te tirer ? C'est peut-être couillon comme question, mais je me demande sincèrement ce que des mecs capables de trucs aussi incroyables que toi et tes collègues trouvent comme comptes dans un merdier pareil.

Durant tout son cursus de recrutement, la question des sorciers n'avait été mentionnée qu'une seule fois, lors de sa visite des locaux, et par une responsable qui clairement ne pouvait pas les voir en peinture. Alors il se demandait bien s'ils étaient là par choix, par obligation, ou par intérêt. De la réponse découlerait certainement son envie ou non de continuer à discuter avec Kayiman.
Pourtant, son interrogation resta en suspens, des responsables d'équipe revenant rallier leurs troupes jusque sur la terrasse pour signaler que le break commercial touchait à sa fin. Il était temps pour tous les suppliciés de revenir lentement mais sûrement dans leurs locaux, de reprendre sagement leur place, pour la suite des festivités. Écrasant rapidement son mégot dans un cendrier gris, sans aucune personnalité, Lazlo obtempéra à contrecœur, se penchant juste vers le grand brun pour glisser à son oreille "On se retrouve à la prochaine pause pour ta réponse." Si Kayiman s'attendait à ce qu'il lui foute la paix pour les décennies à venir, c'était râpé, à présent. Il avait un os à ronger, de premier choix, et n'allait pas le laisser tranquille avant d'en avoir tiré jusqu'à la substantifique moelle.

Mine de rien, la discussion avec Kayiman lui avait permis de se recentrer sur son travail, l'endurcissant face à l'horreur qui se déroulait dans l'Arène. Son crayon noircissait pages après pages de commentaires, fébrilement, alors que son esprit restait concentré sur les scènes qui se déroulaient sous leurs fenêtres. L'amusement fait horrible, le sang galvanisant, attirant les rires ou la liesse d'une foule d'un cynisme à vomir. Et au milieu, Danny Clocker qui se pavanait, le Maître en son domaine que tous acclamaient sans comprendre qu'il n'était rien d'autre qu'un maudit pantin d'un système antique qui n'avait jamais cessé de faire ses preuves. Une manipulation pure et simple à laquelle il contribuait, s'arrachant l'âme pour mettre les traits d'esprit les plus drôles sur les scènes les plus affreuses.
Le même exercice qu'il avait fait dans l'armée, sous les bombes, sur le front. Les mêmes abjections, les mêmes expressions sur le visage des suppliciés, et cette même sensation âcre de la bile au fond de sa gorge alors que son estomac vide avait cessé de se retourner.
Parasites. Ils n'étaient tous que des parasites, alimentant le spectaculaire, teintant l'effroi de ces jolies couleurs chamarrées de l'amusement public. L'abjecte réalité avait cessé de le gifler. Lazlo avait fini par comprendre que de toutes façons, il n'avait guère d'autre choix que de s'exécuter.

Lorsqu'une nouvelle pause s'annonça, il attendit que la loge se soit entièrement vidée de son côté et s'installa à côté de la porte, celle-là même qu'ils ne devaient jamais franchir sous aucun prétexte. Un jour, il braverait l'interdit, parce que les règles et lui faisaient trente-six. Mais pour l'heure, il voulait surtout revoir un visage familier qui ne soit ni pâle, ni abattu, celui de son bien étrange allumeur de cigarettes.
Quand la porte s'ouvrit à la volée, ses traits tirés s'illuminèrent d'un sourire franc. Quelques sorciers en sortirent, l'air surpris de croiser quelqu'un d'encore présent dans la loge malgré les interdictions. D'un petit mouvement de la tête, chaleureux, le Community Manager salua chacun des sorciers avant d'emboiter le pas de Kayiman une fois ce dernier sorti. D'un air de connivence, il lui glissa, dans un souffle :

-Alors, ta réponse ?


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MessageSujet: Re: Reach Out ▬ Tristou   Dim 5 Juin - 13:15


« Reach Out »

Lazlo & Tristan
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Parfois, lorsque la proximité avec autrui devenait trop étouffante, l'esprit de Kayiman quittait son enveloppe charnelle pour la laisser vide et inerte. Il rompait alors tout contact visuel et se renfermait dans son monde vaporeux où personne ne pouvait aller le chercher. Comme un crocodile, aussi immobile et pétrifié qu'une souche d'arbre mort, flottant à la surface des eaux. C'était ce qu'il faisait sur la terrasse, au sein de ce groupe qui le considérait comme un pestiféré. Pourtant, face à ce garçon étrange, le seul qui lui ait adressé la parole de manière spontanée, la curiosité l'encourageait à rester ancré à la réalité. Et même à lui offrir une attention des plus aiguisées. Son regard froid restait braqué sur sa cible, quasiment sans ciller, tandis qu'il étudiait chacun des mots prononcés sans en perdre une bribe. Il ne les comprenait pas tous, les langues ayant cette fâcheuse tendance à évoluer au cours des années et à se garnir de termes et d'expressions nouvelles dont le sens lui échappait parfois. Il tentait néanmoins d'appréhender ses explications dans leur sens global, restant muré dans un silence impassible.

Ainsi, la fumée s'échappait doucement d'entre ses lèvres, sans qu'il ne réagisse aux réponses du sujet de ses analyses. Ce fut à peine si ses sourcils se froncèrent légèrement lorsque Lazlo évoqua les dettes de sa mère, la description vulgaire qu'il en fit lui paraissant assez déconcertante. Kayiman chassa néanmoins assez vite cette image mentale pour se concentrer sur le rire du garçon. Un rire frais, léger, toujours agrémenté de ces étincelles chatoyantes qui illuminaient ses prunelles. Il donnait l'air de banaliser la situation, de trouver une légèreté dans toute chose. S'agissait-il d'une certaine forme de courage ? Peut-être. Le Slender Man ne lui rendit pourtant pas son sourire, conservant une expression sérieuse sans qu'il ne s'agisse pour lui d'un affront. Son attention impassible demeurait inchangée, le dévisageant toujours, sans même suivre son geste du regard alors que Lazlo évoquait ses collègues. Ces derniers regardaient dans leur direction d'un air désapprobateur mais Kayiman ne leur offrit pas l'ombre d'un regard. Il continuait à fixer Lazlo, compensant son absence totale de paroles par cette attention extrême focalisée sur lui.

Dans un égocentrisme pleinement assumé, il garda pour lui ses commentaires, sans les partager avec son interlocuteur. Il avait eu ses réponses à ses questions immédiates et pour l'heure cela suffisait à nourrir ses méditations. Cependant, Kay n'avait pas réellement prévu que Lazlo lui retourne sa propre curiosité au visage et il se contenta de laisser planer un silence des plus lourds. Fort heureusement, cette confrontation gênante après une question sciemment ignorée ne dura pas longtemps. Un tressaillement parmi les personnes présentes poussa le sorcier sombre à accorder une œillade vers la responsable de son groupe. Une bécasse au chignon démesuré qui l'enjoignait d'un geste hautain à la rejoindre à l'intérieur. Le murmure de Lazlo l'atteignit dans un souffle et Tristan lui offrit un regard vague, sur une note qui aurait pu paraître ironique, alors qu'il se détournait pour rejoindre sa loge d'un pas posé. « A plus tard, fier soldat. »

~*~

Kayiman secoua doucement son visage mais ses cheveux désormais courts ne suivirent pas son mouvement. Ses épaules étaient encore chargées des filaments épars de ses pensées. Il croyait les sentir peser contre son front, enserrer ses tempes et glisser comme de froids serpents le long de son corps. A force de manier les illusions, de sculpter ses songes de ses doigts pour leur donner une apparence, il lui paraissait difficile de se détacher de ses propres chimères. Son imagination en matière d'atrocité n'était pas un souci, tout au contraire, ce qui ne faisait qu'accroître le dégoût de son cerbère, laquelle surveillait les opérations avec vigilance. Il lui fallait donc se plier aux exigences du programme, construit selon les attentes du public, et que ce bouffon de présentateur mettait en scène de manière théâtrale.

Au cours d'une scène particulièrement choquante, les sorciers avaient dû œuvrer pour pousser une des participantes dans les bras de la mort. Kayiman s'était chargé de concevoir une illusion macabre censée la pousser à la folie. Ainsi, multipliant les gestes ésotériques de ses doigts agiles, il avait créé un démon composé de flammes claires. La malheureuse avait cru voir son corps s'embraser dans une douleur effroyable, lui offrant la vision de ses chairs calcinées sous des langues de feu. Elle avait fini par se noyer dans une misérable flaque boueuse, en tentant d'étouffer ces prétendues flammèches. Celle que Danny Clocker avait surnommé le Panda en raison de la profondeur de ses cernes, ne bénéficiait pas d'une image favorable auprès du public. Sa mort avait donc dû être mise en scène de façon assez grotesque pour mieux mettre en valeur les favoris de l'émission. La fin pathétique de la sacrifiée sur l'autel de l'audimat avait ainsi inspiré les meilleurs commentaires que Kayiman avait écouté sans réellement s'y appesantir.

Un grand sorcier aux cheveux blanc et aux épaules carrées le dépassa, le bousculant presque pour sortir, nimbé de son assurance royale. Celui-là n'avait jamais été à Darkness Fall. Il écrasa Kayiman d'un regard sévère au passage sans que celui-ci ne rétorque quoique ce soit, enveloppé dans une indifférence de marbre. Les Nightkeepers quittèrent leur salle de travail, répondant par des moues suspicieuses au sourire du Community Manager planté là de façon si déraisonnable, aussi chaleureux était-il. Ainsi, Kay sortit de la loge à son tour, l'esprit lointain et le regard absent jusqu'à ce qu'une présence à sa gauche n'atteigne sa conscience. La proie. Tournant le visage vers lui, il lui concéda un regard évasif, pareil à celui qu'il aurait offert à un bouton de manchette oublié sur le sol. Hésitant à le ramasser pour l'inspecter ou à poursuivre sa marche en le délaissant. « Ma réponse... » Il paru soudainement se souvenir de Lazlo alors qu'il cueillait son regard clair, notant les étincelles de sourire qui s'y reflétaient. « Est-ce que c'était… couillon comme question. » Dans un infime murmure, il répéta machinalement l'expression que le blond avait utilisée, inclinant légèrement la tête de coté dans une vague réflexion avant de poursuivre d'un ton serein. « Aucune question n'est ridicule, garçon. Les réponses le sont parfois, quant à elles. Je m'abstiendrai donc. » A ces mots, il détourna aussitôt son regard pour avancer, croyant ainsi le délaisser sur place.

Kay lança un regard autour de lui tout en marchant pour dépasser la salle de repos, bien trop peuplée à son goût, et retrouver la terrasse. La compagnie des autres sorciers ne le satisfaisait guère, ces derniers se retiraient dans un espace privé où nul n'aurait osé les déranger. Celle qu'il cherchait des yeux était absente bien qu'il espérait qu'elle le rejoindrait bientôt. Helix avait prétexté une migraine insurmontable qui la rendait incapable de tout effort de concentration pour venir travailler mais en réalité, elle semblait vivre leur situation bien plus mal qu'elle ne voulait bien l'avouer. Que faisait sa compagne, seule en cet instant ? Il n'en savait rien. Tout en rejoignant sa place à l’extrémité de la terrasse, le sorcier ignora la présence de Lazlo jusqu'à s'asseoir à même le sol pour croiser les jambes en tailleur et chercher son paquet de cigarettes dans la poche de sa veste. Ce n'est qu'après avoir pris le temps de s'en allumer une nouvelle qu'il croisa à nouveau le regard bleu de son étrange condisciple humain, toujours présent à ses cotés. La proie désirait-elle donc à ce point se faire dévorer par l'odieux croquemitaine ? Il s'offrit le luxe de le soupeser du regard durant quelques secondes supplémentaires avant de redresser son bras. Kayiman alluma ainsi une nouvelle fois son briquet dans la direction du blond, dans une invitation silencieuse. Il ajouta pourtant quelques mots au bout d'un léger moment de battement, attendant que son insistant collègue prenne ses aises.

« As-tu remarqué que tu es le seul à nous adresser la parole ? Je crois même savoir que la direction vous interdit un contact quelconque avec nous. Pourquoi le faire ? »

Il inspira une longue bouffée, le dos droit, les jambes toujours croisées, à la manière d'un sage amérindien fumant le calumet de la paix. L'image était aussi solennelle que décalée mais loin de la trouver ridicule, il la laissa un instant se prélasser dans son esprit. Ce fut cet instant que choisit le sorcier aux cheveux neigeux pour s'imposer sur la terrasse et retourner vers eux un regard oblique. Il écrasa Kayiman d'une charge de menace manifeste, le pointant d'un doigt méprisant que l’intéressé ne sembla pas remarquer. Le doyen de leur assemblée hésita une seconde à prononcer un avertissement avant de refermer son poing et se détourner. C'est en crachant grossièrement sur le sol qu'il rejoignit ainsi un groupe de personnes situées un peu plus loin, sans tenter de chasser le mage noir de la terrasse. Du moins pour l'instant. Néanmoins, le message silencieux était clair, au vu de la sévérité du geste : Kayiman était surveillé. Mais cela ne paru pas le déranger outre mesure, du moins en apparence.

Le geste accoutumé du fumeur fit tomber quelques cendres qui se dispersèrent dans l'air avant de reprendre sur le même ton. Neutre, bas, aérien. « Hé bien, voilà sans doute une part de réponse à ta question. » Kayiman étouffa les bribes de honte qui auraient pu naître dans son âme par une bouffée plus profonde. Puisque ce garçon voulait parler, qu'il le fasse, il semblait maître en la matière. Il reprit alors, formulant ses propres questions une à une, dans l'ordre et sur un ton tranquille, laissant sa fumée s'échapper en volutes d'entre ses lèvres à mesure de ses mots. Les pauses ne duraient jamais bien longtemps. « Que faisais-tu à l'armée, garçon, raconte moi. Quels sont les massacres que tu y perpétrais. J'imagine que l'effet de surprise se dissipant, tu as pu résister à la nausée avec plus d'efficacité, cette fois. Parle moi aussi de l'origine des dettes de ta génitrice. Ta façon de décrire sa traîne était pour le moins étrange. »


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Sur des escaliers de brume

On ne m'a donné ni arme ni larmes à mes yeux, Que ce cheval d'acier noir et ce corps sans visage. J'ai l'âme de l'enfant et la mémoire du vieux. L'éternité c'est long quand on marche sans cœur.


Dernière édition par Tristan K. Bellamy le Mar 22 Nov - 15:35, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Reach Out ▬ Tristou   Lun 13 Juin - 2:13



La petite salle s'était vidée progressivement devant lui, inconscient qu'il était des regards en biais de ses collègues sorciers. Son éternel sourire, imprudent, bien trop grand, vissé sur le visage, il avait adressé une légère œillade à une petite brune aux yeux de biche qui passait la tête basse, cachée derrière sa frange, clairement incertaine de ses intentions. Mais le clou du spectacle n'était pas cette jeune demoiselle, quand bien même elle manqua de tomber en se prenant les pieds dans une mauvaise jonction de moquette. Le clou du spectacle était le fameux Kayiman, dont Lazlo espérait qu'il ait réfléchi à sa réponse. Dont il attendait surtout, fermement, la réponse.
Quand bien même l'humain savait à quel point les sorciers pouvaient être dangereux, pour l'avoir vu de ses propres yeux, il n'en avait cure. Justement, ce n'était pas logique pour lui. Comment des êtres aussi puissants, dotés de pouvoirs aussi impressionnants, pouvaient vouloir travailler là ? La jeune femme aux yeux de biche, l'évasif Kayiman, pourquoi restaient-ils là, à produire horreurs sur horreurs, alors qu'ils pouvaient tout aussi bien partir au loin pour tenter de mener leur vie comme bon leur semblait ? Ses questions pouvaient être naïves, et pourtant. Pourtant il n'y avait pas de logique dans leur comportement, pas qu'il sache en tout cas. Et les informations qu'il avait glanées sur ces créatures mythiques et effrayantes qu'étaient les sorciers n'étaient que trop maigres pour sa dévorante curiosité.
C'était pour ça qu'il attendait Kayiman. Parce qu'il comptait sur lui pour lui expliquer le pourquoi du comment, pour dénouer ce noeud mental qui empêchait le sang de s'écouler vers d'autres interrogations plus terre à terre.

La silhouette élancée de Kayiman passa enfin l'encadrement, attisant le sourire qui n'avait pas quitté les traits du blond. La question avait été reposée. La réponse arriverait enfin, cette réponse qui l'avait rongé pendant tout le spectacle.
Et quand elle arriva, Lazlo se serait attendu à une révélation monumentale. Les trompettes de Jericho, la voix de Dieu tonnant sur sa tête, peut-être même un choeur d'anges en fond. Mais il n'en fut rien. L'évasif Kayiman restait tel qu'il l'avait toujours connu : évasif. Et sa réponse fit l'effet d'une douche froide au Community Manager. Ce n'était clairement pas ce qu'il attendait. Et l'autre jouait au sphinx, et se tirait en plus, le laissant planté là sur son pas de porte sans plus lui prêter la moindre attention.
Non, ça ne se passerait pas comme ça. Pas que Lazlo fut énervé par son comportement, non. Mais il avait une question légitime qui n'avait pas obtenu de réelle réponse à proprement parler. Et loin de s'amuser à décortiquer de lui-même les mille significations que recelaient les quelques mots du sorciers, il était prêt à revenir le chercher pour qu'il affine un peu plus sa réponse.
Parce qu'il n'allait pas le lâcher aussi simplement. Il ne fonctionnait pas comme ça. Et il n'était ni à Louxor ni un personnage de l'Histoire Sans Fin.

Qu'à cela ne tienne. Kayiman s'était déjà engouffré dans les couloirs en direction de la petite terrasse, à l'arrière du bâtiment, et Lazlo trotta pour revenir à sa hauteur. Une fois de plus, humains et sorciers étaient incapables de se mélanger sur la terrasse, se regroupant en clans minuscules, exultant toute once de culpabilité malgré leurs traits tirés ou leurs teints pâles. D'un bref coup d'oeil, l'humain avisa la populace traumatisée avant de retrouver la silhouette élancée de son joyeux partenaire. Rompant la distance qui les séparait d'une nouvelle foulée, un sourcil goguenard dressé dans sa direction, il attrapa son paquet de cigarettes et se laissa amadouer par son geste. Un geste dans sa direction. Un paradoxe vu son évident manque d'intérêt pour son collègue quelques minutes auparavant.
Comme si Kayiman venait subitement de se souvenir de lui. La magie provoquait-elle des pertes de mémoire ou de respect ? Probablement. Une nouvelle question qu'il devrait lui poser. Le souvenir de l'adage lui revint en mémoire alors qu'il glissait sa cigarette sur la flamme, et il tira une bouffée de nicotine dans un soupir satisfait.

-Crois pas te débarrasser de moi aussi facilement, le Sphinx, j'en ai pas fini avec toi.

Loin d'être menaçant, son ton était amusé. Narquois. Le genre de taquineries qui ne sont jamais méchantes mais pourtant empreintes d'un soupçon d'honnêteté. Comme toutes celles que Lazlo adressait aux personnes qui attisaient son intérêt. Pourquoi ? Il ne pouvait se l'expliquer. Il aurait pu aller au secours de la petite sorcière qui avait failli faire la chute de sa vie, s'il l'avait voulu. Il aurait pu s'adresser à un autre sorcier au loin, voire même à ses misérables collègues dont l'estomac savait si bien s'exprimer. Mais non. C'était Kayiman qui l'intéressait, à l'image d'une curiosité, d'une bête sauvage que l'on tente de comprendre pour mieux s'approcher d'elle. Et si ce dernier le scrutait exactement avec le même intérêt, Lazlo ne s'en sentit pas gêné pour autant.
Il pouvait bien voir que les autres humains du lot avaient du mal avec leur soudaine promiscuité.

La voix évanescente, distante du sorcier retentit à côté de lui et il haussa spontanément les épaules à sa question. Inutile de peser ses mots, puisque ce n'était pas ce pourquoi il était payé. Le politiquement correct ne dépassait à son sens pas les frontières bien marquées de la cellule dans laquelle ils grattaient du papier pour la foule en délire. Après une nouvelle bouffée de nicotine, il se décida à imiter le sorcier et s'assit à même le sol, se moquant éperdument de tâcher son pantalon de costume. Le vêtement était rêche, serré et inconfortable, de toutes façons. Ca le rendrait probablement plus sympathique aux yeux de son propriétaire, un peu de poussière par ci par là.

-Pourquoi ne pas le faire, surtout ? Sauf preuve du contraire vous êtes des gens comme nous, vous avez pas de tentacules qui vous auraient poussé à la place des doigts ou une paire de cornes en haut du crâne. J't'ai regardé tout à l'heure, t'as pas de branchies dans le cou, donc pour moi c'est que t'es une personne normale. Donc j'ai pas de raisons de refuser de te parler tout ça sous prétexte que t'es capable de faire des trucs que je suis pas capable de faire.

Il ignorait si sa réponse serait satisfaisante, mais elle faisait appel à son propre bon sens. Pourquoi ne pas leur parler ? Ils étaient sensés, avaient des émotions, ressemblaient à des humains lambdas et ne se baladaient pas sur des balais volants, le ricanement sonore et accompagnés par une horde de chauve-souris. Et Lazlo en son âme et conscience considérait que tout ce qui avait l'air humain valait la peine qu'on tente de communiquer avec, d'où qu'il vienne ou quoi qu'il fasse dans sa vie. Des fois c'était une bonne idée, des fois une mauvaise. Mais dans l'ensemble un sorcier n'avait pas l'air si différent d'un humain moyen. Il en avait même vu qui allaient aux toilettes. CQFD.

-Mais t'as raison ouais, la Direction nous a interdit d'aller vous parler, et je suppose que c'est pareil pour vous non ? Je comprends pas pourquoi franchement. On bosse juste à côté, sensiblement sur la même chose, on voit les mêmes horreurs, y'a pas de raisons qu'on soit cloisonnés comme du bétail.

Il expira sa fumée, penchant légèrement sa tête en arrière, son regard se perdant dans les volutes qui s'élevaient vers les nuages. Le ciel se couvrait. L'atmosphère s'alourdissait. Et il ne manqua pas une miette du spectacle offert par le sorcier grisonnant vis à vis de son ami d'infortune, alors qu'il avait rabaissé la tête et s'apprêtait à lui reprendre son briquet pour rallumer sa cigarette presque éteinte.
La remarque de Kayiman provoqua une vague d'indignation dans son corps, qui s'échappa sous la forme d'un juron murmuré entre ses dents, audible d'eux seuls.

-Non mais il se prend pour qui, là, Gandalf le Gris ? Il a pas eu son jouet dans sa boite de céréales ce matin, ça le rend irritable ?

Une réalisation, une nouvelle, le frappa en plein visage. Et si les sorciers étaient capables d'entendre même à distance ce qui se disait ? Il n'avait pas peur du gris connard, mais si son attitude pouvait desservir son compagnon, il n'insista pas d'avantage. Pas alors qu'il pouvait sentir comme un léger malaise, infime, provenir de Kayiman.
Un malaise qui accentua ses doutes. Pourquoi, une nouvelle fois pourquoi ces mecs se laissaient faire par des types pareils ? Ils avaient tous les pouvoirs les plus colossaux à leur disposition. Ca n'avait aucun sens. Plus il passait de temps au sein de cette Arène et moins il trouvait que la situation était sensée, de toutes façons. Comme si le voile de fard et de paillettes qu'on avait posé sur ses yeux se soulevait par moments, révélant une réalité crasse dont il n'avait absolument aucune conscience en s'engageant dans les Jeux.
La nouvelle question de Kayiman l'arracha à ses pensées, et il reprit son geste initial, celui de rallumer sa cigarette maintenant bel et bien éteinte, son attention à nouveau focalisée sur son collègue.

-Oh j'étais bombardier. Deux-trois ans de service, sans compter les périodes initiales à la caserne. On faisait péter toutes sortes de trucs. Des fois c'était joli, c'était festif et coloré, et d'autres fois ça l'était nettement moins. Même si ça restait particulièrement coloré.

Le goût ferreux du sang, de la terre, de la honte lui revinrent sur le palais. Comme pour les chasser, il inspira profondément sur sa cigarette et s'efforça de ne pas refermer les yeux. Les souvenirs remontaient quelques fois trop vite quand les paupières étaient closes.

-Quelque chose me dit que t'en connais un rayon. Là, dans ton regard, même ton attitude. Ca marque les gens, les massacres.

La perche était tendue, restait à voir si Kayiman allait prendre l'opportunité au vol et lui répondre. Et quelque chose lui disait que ça ne serait pas le cas. Une intuition, comme celles qu'il avait souvent quand il prenait le temps d'observer ses comparses humains et... Moins humains. Alors il laissa le temps s'éparpiller avec la fumée de leurs cigarettes avant de reprendre le fil de la conversation. Et ses épaules de se secouer d'un léger rire en se souvenant de la mention de "traîne".

-La traîne de ma mère, en gros, c'est grâce ou plutôt à cause de mon père. Il s'est lancé dans le commerce, et c'était pas une bonne idée. Y'a des gens qui se trouvent des fois des vocations qui ne correspondent pas à ce qu'ils sont au fond. Bah c'était son cas. Il est mort, là, sauf qu'il lui a laissé beaucoup de dettes à payer encore. Alors avec ma soeur on bosse pour l'aider, histoire qu'elle ait quand même un toit au-dessus de la tête à la fin du mois. C'est l'Apocalypse et les banquiers existent toujours, cette douce ironie.

Il partit d'un rire sans joie, et finit par écraser son mégot sur le sol dallé de la terrasse. Son esprit suivit la dernière volute de fumée, moribonde, partant sur une question d'une innocence si rare qu'elle sortit sans même qu'il s'en rende compte.

-Pourquoi tu passes ton temps à m'appeler garçon, d'ailleurs ? On doit faire sensiblement le même âge, non ?

Son regard céruléen se posa spontanément dans les yeux sombres de son comparse, scrutant une quelconque preuve d'ironie ou de méchanceté dans son attitude. Pourtant il n'en était rien.
Il prit le temps de rallumer une nouvelle cigarette, sentant toujours le poids du regard de Gandalf sur leurs épaules. Mais que pouvait-il dire ? La mention de rester éloigné définitivement des sorciers n'était pas marquée noir sur blanc dans le contrat qu'il avait signé.

-Le Père Fouettard est encore en train de nous mater, et je me demande vraiment pourquoi, là. C'est quoi les conditions de vos contrats, à vous, les sorciers ? Parce que même si on nous a clairement dit de pas vous approcher, c'est pas marqué dans le notre. D'ailleurs, vous avez eu un contrat, vous ?

L'idée qu'ils puissent subir un traitement bien différent de celui des autres employés venait de lui sauter au visage. Comment n'y avait-il pas pensé plus tôt, naïf qu'il était ? Si leurs conditions n'étaient pas celles d'humains lambdas, ça pouvait expliquer pourquoi ils étaient aussi serviles. Mais seul Kayiman pouvait éclaircir cette lanterne.

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MessageSujet: Re: Reach Out ▬ Tristou   Ven 24 Juin - 20:24


« Reach Out »

Lazlo & Tristan
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Le dos droit, le visage toujours neutre, Kayiman restait attentif aux moindres réactions de ce garçon étrange, aux yeux si clairs et vivants. Si l'attitude du sorcier demeurait extrêmement fermée, autant par son silence que par la sévérité de son expression, son intention véritable était d'inviter Lazlo dans son espace. Un effort notable. Son briquet allumé vers lui était d'ailleurs le geste le plus chaleureux auquel il se serait jamais laissé aller à exprimer en de pareilles circonstances. Aurait-il seulement été capable de mieux ? Il ne se posait pas la question. Kay s'attendait néanmoins à ce que le jeune homme refuse son invitation et rejoigne la masse diffuse et hostile des Autres, pour respecter ainsi la norme des choses. Simplement parce que tous les gens normaux finissaient par s'éloigner de lui et que cela en était devenu naturel. Mais étrangement, il n'en fut rien. La cigarette allumée laissait échapper une fumée qui s'unissait à la sienne, au-dessus de leurs têtes, quand Lazlo s'était installé au sol, au même niveau que lui.

« Le sphinx ? Oh… tu sembles tenace en effet. »

Le surnom qui lui avait été attribué était étrange et Kayiman n'était pas sûr de savoir à quoi il faisait référence. Il se contenta de froncer légèrement les sourcils sans rien ajouter, préférant écouter le flux de paroles de son compagnon de terrasse, si déconcertant. Pourquoi ne pas le faire ? Kay secoua doucement la tête. Parce que la plupart des gens respectent ce genre de consignes, parce que c'est important si l'on veut appartenir à un groupe, de haïr ou aimer les mêmes choses, de rejeter ce qui est condamnable, d'apprécier ce qui est moralement acceptable, selon les valeurs de ce groupe social. Kayiman n'était pas sûr de réussir à transcrire ses ressentis en paroles mais s'il l'avait été, il aurait probablement offert ce genre de réponse. Mais Lazlo poursuivait sur sa lancée et ses arguments laissèrent le sorcier méditatif. L'humain évoquait les attributs des monstres et le distinguait ainsi de ces derniers, le catégorisant parmi les personnes normales, chose qui attira l'ombre d'un sourire sur le visage si froid. D'aussi loin que remontait ses souvenirs, Kayiman avait toujours subi le rejet des autres qui le taxaient d'anormal, de dégénéré, de démon. Lazlo ne pouvait se douter à quel point sa remarque paraissait décalée de ce fait. Kay passa vaguement sa main entre ses mèches de cheveux sombres, comme pour vérifier lui-même l'absence de cornes en expirant doucement sa fumée. Il croyait se souvenir d'avoir entendu l'un de ses compagnons de Darkness Fall utiliser le mot "sphinx" pour nommer un genre de monstre au buste de femme et au corps de lion ailé. Mais lui-même n'avait jamais étudié la mythologie monstrueuse, il s'était contenté de la vivre. Lazlo enchaînait déjà, aussi tenace que courageux, parce que s'il l’associait à un sphinx, il fallait l'être pour oser poursuivre cette conversation. Le jeune homme parlait beaucoup et Kay préférait l'écouter sans l'interrompre, ses pensées s'arrêtant sur chacun des mots de cet étrange humain, pour l'examiner avec une curiosité croissante qui brillait dans ses yeux sombres.

« Oui, ils nous l'ont interdit également. Tu aimes donc te rebeller contre les consignes, garçon. Jusqu'à parler à un... sphinx.»

Ainsi, le mage blanc dévolu à sa surveillance cracha sur le sol. Et Kay put sentir dans un mélange de curiosité et de surprise l'indignation de Lazlo qu'il exprima dans un souffle avec ce juron. Les choses qu'il évoqua ne faisaient pas sens pour Kay mais elles ressemblaient assez à des moqueries. Il n'en était pas certain cependant et continua à dévisager Lazlo avec curiosité, comme si ce dernier était le seul capable entre eux de réussir à exprimer une quelconque émotion. En l’occurrence une nette désapprobation pour le comportement de ce vieil homme bourru. De son coté, Kay s'en moquait si éperdument que le contraste lui paru d'autant plus saisissant. Au dessus d'eux, le ciel était sombre et l'ambiance se chargeait d'humidité, même s'il ne pleuvait pas encore. Remarquant la cigarette éteinte, Kay offrit son briquet au fumeur, le laissant tomber dans sa main avant de reprendre une bouffée de son propre bâton de poison. Il inspira doucement la fumée nocive en écoutant les réponses du soldat concernant son passé de violence. Ses paroles semblaient toujours aussi légères, à l'image du ton qu'il employait depuis le début de leur conversation, plein d'aisance et de fraîcheur. Et pourtant, quelque chose dans le ton de la voix de Lazlo paraissait différent. Kay aurait aimé lui poser la question, savoir ce qu'il pensait de ces couleurs, du coté festif des explosions et s’enquérir de la raison pour laquelle il avait quitté son poste. Mais son compagnon si prolixe enchaînait déjà et Kay inclina la tête, ne sachant comment réagir à tant de paroles, de mots, de questions. Cette tempête de vie que lui offrait Lazlo le fascinait et le déconcertait à la fois. Mais sa remarque suivante le troubla tout à coup. Son regard parlait-il réellement à sa place ? Il cilla un peu, surpris d'offrir malgré lui des réponses à cet humain alors qu'il se pensait impénétrable.

« Je ne suis pas marqué.» Son ton lui sembla plus sec qu'il ne l'aurait voulu, trop ouvertement sur la défensive, et il haussa les épaules en poursuivant plus doucement. « Et je n'ai pas de cornes…  Peut-être aurait-il mieux valu. » Ainsi, aurait-il fait partie du groupe des monstres plus officiellement, plutôt que d'offrir ce simulacre de normalité aux yeux des autres. Car si Lazlo ne se basait que sur les apparences pour se construire un jugement, il risquait tôt ou tard d'être déçu. Pourtant, l'ancien bombardier ne semblait pas encore décidé à s'en aller. Il riait même, ses yeux toujours aussi pétillants, sans se décourager à poursuivre la conversation qu'il portait pratiquement à lui tout seul. Les réponses qu'il offrait semblaient lui venir avec une facilité déconcertante que Kayiman était incapable de concevoir. Au travers des paroles de Lazlo, il parvenait cependant à se construire son portrait, il se dressait en effet l'image d'un fils attentionné et loyal, ce qui était tout à son honneur. Une famille qui peinait après le décès du père mais qui restait soudée, un frère et une sœur qui s'unissaient pour aider leur mère accablée de dettes. Des images nobles. Lazlo riait encore même si ce qu'il disait n'était pas réjouissant et Kay ne savait comment réagir à cela, alors il ne dit rien. Mais si son absence de commentaire aurait pu passer pour de l'indifférence, il inscrivit pourtant chacune de ces informations dans son esprit avec soin, pour ne jamais les oublier.

En dépit de son extrême immobilité, les muscles de Kay étaient souples, comme s'il se tenait prêt à bondir à tout moment, à sauter sur ses jambes et parer une attaque venue de nulle part. Un instinct animal qui lui insufflait une méfiance permanente et naturelle, l'obligation de se tenir sur le qui-vive sans pour autant manifester le moindre signe extérieur d’anxiété. Même s'il écoutait attentivement la narration de Lazlo, il n'en était pas moins conscient des présences hostiles autour de lui. Sans leur offrir la moindre bribe d'attention en apparence, il sentait bien le regard du vieil homme un peu plus loin et son intuition lui permettait d'en ressentir la charge haineuse, même sans lever les yeux vers lui. En lieu de cela, il concentrait son attention sur son vis-à vis, terminant sa propre cigarette avant de l'écraser au sol en imitant Lazlo. La question suivante qui déboula de nulle part le fit pourtant arquer un sourcil par son caractère absurde. Pourquoi l'appeler garçon ? Pourquoi ne pas appeler un chat, un chat ? Il resta muet quelques secondes, soutenant son regard avant de se décider à répondre d'un ton aussi complaisant que pince-sans rire.

« Préférerais-tu que je t'appelle fillette ? » Il se mordit légèrement les lèvres, l'observant un moment avec une vague hésitation. « Tu parais jeune, tes joues sont glabres. J'ignore l'âge que tu as. Pour ma part, je pense avoir toujours dix-neuf ans. » Kayiman réfléchit un moment. Il ne songeait à rien en le nommant ainsi et pourtant, le questionnement de son interlocuteur lui laissait croire que cela paraissait étrange. L'habitude d'être supérieur en maturité était si ancrée en lui qu'il n'y prenait plus garde, d'autant plus que son entourage l'avait accoutumé à un certain statut. Statut qui avait volé en éclat dès lors qu'il s'était retrouvé dans ce monde moderne inconnu. Il poursuivit avec précaution, tout en observant Lazlo se rallumer une nouvelle cigarette. « Je suppose que tu sais d'où je viens. Les choses sont différentes là bas. J'y suis resté longtemps.» Son regard sombre s'imprégnait d'interrogation alors qu'il le fixait. Kayiman ignorait dans quelle mesure les humains avaient connaissance de Darkness Fall. Les membres du personnel travaillant au sein des jeux avaient-ils été mis au courant de l'identité de leurs sombres collègues, savaient-ils qu'ils étaient tous des damnés, survivant de l'enfer ? S'il l'apprenait, peut-être Lazlo se lèverait-il, sans prendre la peine de terminer sa cigarette, pour rejoindre le groupe des médisants un peu plus loin. Et s'associer à eux pour lui lancer des regards où se mêlaient le mépris et la peur. Il les mentionnait justement et une moue ironique se forma sur les lèvres de Kayiman, face à l'expression imagée qu'employait Lazlo. Il hésita à s'allumer lui aussi une nouvelle cigarette avant d'y renoncer. Il fumait trop et c'était là une fâcheuse habitude... Les questions de Lazlo étaient aussi directes que naturelles et si Kayiman hésita à y répondre pendant quelques secondes, il finit par céder à un léger sourire, aussi fugace que discret. C'était cela qui lui paraissait le plus étrange : ce garçon lui parlait comme à une personne normale. Comme il se serait adressé à n'importe lequel de ses collègues. Et si cela lui paraissait déconcertant, il était curieux de connaître le moment où cela s'arrêterait. Car les miracles n'existaient pas.

« Je pense que cette interdiction ne vise que votre propre sécurité. Quant à cet homme, il serait en effet prêt à me fouetter si d'aventure, je cherchais à te faire du mal. Comprend-tu la chose ? »

Le ton de sa voix toujours douce n'était emprunt d'aucune émotion particulière, bien que son regard dévorait son interlocuteur. Décroisant les jambes, Kay se redressa doucement, posant sa main contre l'épaule de Lazlo pour l'encourager à en faire autant, sans se soucier du regard plein de méfiance que le mage blanc et son groupe lui lançaient. « Viens. » Dans une soudaine proximité, il saisit la main du Community Manager, l'entourant de ses longs doigts pâle pour l'attirer avec lui jusqu'à l’extrémité de la terrasse. Celle-ci était entourée d'un garde-fou qui ne les empêchait pas d'observer le paysage alentour, leur offrant une vue panoramique sur les arènes où se déroulaient les Hunter's Seasons. Pourtant, celles-ci avaient disparu. A la place où elles auraient dû se trouver, on apercevait à présent une gigantesque prairie qui s'étendait à perte de vue, couverte d'une herbe verte et abondante. Un troupeau de chevaux sauvages galopait au loin et le son de leur hennissements leur parvenait parfois, porté par la brise. Un vent agréable avait d'ailleurs poussé les nuages pour laisser place à un ciel serein, aussi bleu que les yeux clairs de Lazlo. Kayiman s'adossa au garde-fou, sans relâcher la main de son collègue, la redressant à la hauteur de ses yeux. « Je n'ai pas de tentacules. Mais comme tu le sais sans doute, Lucifer lui-même était un ange et probablement était-il aussi beau qu'eux. Sans doute ne devrais-tu pas juger sur les apparences. » N'était-ce pas le discours de la raison ? Celui que lui tiendrait le mage blanc, la responsable au chignon démesuré ou encore la personne qui lui avait fait ces sages recommandations ? Kayiman avait pris le temps d'y réfléchir. Mais puisqu'ils avaient commencé à parler, mieux valait exposer lui-même la vérité à Lazlo, plutôt que de laisser les autres le faire.

« Je suis capable de te faire du mal. Si nous sommes cloisonnés comme du bétail, c'est que l'on ne place pas les loups dans la même cage que les cerfs. Celui que tu appelles Gandalf le gris est un magicien puissant mais il fait partie des bons, il cherche à assurer ta protection. La jeune sorcière brune que tu as aperçue tout à l'heure ne parle plus depuis qu'on lui a tranché les cordes vocales, de manière à l'empêcher de prononcer certaines incantations dangereuses qu'elle avait osé utiliser sans autorisation. Voilà les choses que nous risquons si nous nous rebellons. Le pacte que nous avons signé n'est en aucun cas pareil au tien. » Amenant la main de Lazlo contre sa nuque, il le laissa deviner la légère protubérance sous sa peau. « Avec cela, ils sont capable de nous localiser et de nous retrouver où que nous allions. Ta raison de travailler ici est honorable, la mienne… est honteuse. Voilà la réponse à tes questions, nous ne sommes pas libres de nos choix, garçon. » Il abaissa les paupières en rapprochant son visage du sien pour se reprendre dans un murmure. « Lazlo le bombardier, le courageux soldat, le survivant de l'apocalypse. »

Soudain tout se brouilla dans un coup de tonnerre alors qu'une main rude repoussait Kayiman en arrière, arrachant ainsi Lazlo à son emprise. Le ciel était noir et la pluie qui tombait depuis une bonne minute sur la terrasse découverte se faisait ressentir brusquement par sa froideur alors qu'elle ruisselait sur leurs épaules. La prairie si verte et brillant de la chaude lumière du soleil avait disparu pour dévoiler la réalité lugubre des arènes au dallage couvert de traînées sanglantes. L'une des responsables se précipitait déjà vers le Community Manager avec un parapluie pour le secourir et le ramener vers un endroit plus sec et mieux fréquenté. « Je n'ai pas été assez claire avec vous ? Vous feriez mieux d'être un peu plus attentif, Mr Andersen ! Vous allez bien ? Quoique vous ayez pu subir, ce n'étaient que des illusions, vous avez eu de la chance. Quels horribles mensonges a-t-il bien pu vous raconter ?» Elle entourait ses épaules d'un bras compatissant, la sévérité de son regard la faisant ressembler à une institutrice revêche. Le mage aux tempes grisonnantes et aux manières si rudes avait manqué de faire passer le corps léger de Kayiman par dessus la balustrade mais il se contenta de l'y écraser, sa main fermée contre la gorge trop frêle. Il aurait sans doute pu le tuer sur place de sa poigne solide mais le regard du sorcier ne cillait pas, plus noir que la mort elle-même, en dépit de l'air qui lui manquait.


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Sur des escaliers de brume

On ne m'a donné ni arme ni larmes à mes yeux, Que ce cheval d'acier noir et ce corps sans visage. J'ai l'âme de l'enfant et la mémoire du vieux. L'éternité c'est long quand on marche sans cœur.


Dernière édition par Tristan K. Bellamy le Mar 22 Nov - 15:35, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Reach Out ▬ Tristou   Lun 7 Nov - 23:26

Certes, il avait plus ou moins mené toute la conversation, avec sa volubilité. Plutôt plus que moins, tout bien considéré. Mais il ne s'était jamais attendu à se sentir aussi à l'aise avec un sorcier, encore moins lors de son premier jour. Peut-être que l'attitude calme et posée de son compagnon d'infortune y était pour quelque chose. L'homme se contentait de l'écouter, relançant la conversation par quelques menues questions, mais ne semblait pas incommodé par sa capacité à enchaîner les mots et les idées comme d'autres auraient pu l'être. Car, et même si Lazlo avait la langue particulièrement bien pendue d'ordinaire, il restait attentif aux expressions du sorcier.
Un sphinx. Imperturbable. Qui l'observait avec une attention curieuse, comme un chat étudiant une proie potentielle sans bouger la moindre moustache tout en feignant le désintérêt. Une attitude qui était une première pour le Community Manager, il devait bien le reconnaître. D'habitude, il se faisait interrompre avant d'avoir pu tergiverser autant.

Du fin fond de son calme olympien, pourtant, Kayiman lâchait quelques bribes d'informations inattendues. Des réponses à des questions que Lazlo ne se posait pas forcément, mais qui étaient toutefois bienvenues dans le torrent de paroles que le blond était capable de déverser.
Darkness Falls. S'il avait bien compris le sous-entendu de Kayiman, c'était de là qu'il venait. Son appréciation du lieu était toutefois abstraite, teintée de ce qu'on avait pu lui communiquer sur sa réalité. Une sorte de Purgatoire où avaient été envoyés les sorciers après leur mort pour expier les péchés. Un endroit de mort et de misères, paraissait-il. Mais tout ce qu'il en savait s'arrêtait là. Tout ce qu'il savait été ce que les médias et le Gouvernement n'avaient cessé de leur rabâcher en long en large et en travers depuis ce qu'ils appelaient "l'Ouverture des Portes", soit qu'il s'agissait d'un lieu aussi noir que l'âme et le coeur des sorciers, et qu'ils avaient probablement tout intérêt à y revenir. Autant dire qu'il n'adhérait pas particulièrement à cette interprétation. Non seulement parce qu'il estimait qu'il était peu probable que tous les sorciers fussent des monstres -la preuve, Kayiman venait de lui affirmer qu'il n'avait effectivement pas de cornes !-, mais aussi parce qu'il semblait peu probable que le Gouvernement eût tout à fait raison sur la question. Un manque cruel de confiance en la bonne parole de son employeur ou un excès de naïveté de sa part ? Rien n'était vraiment certain. Toujours était-il qu'il comprenait un peu mieux à présent pourquoi Kayiman paraissait aussi détaché du monde présent, aussi distant.
Aussi éthéré. Un être d'air et de poésie, lointain des hommes, pareil à ces créatures de lumière que l'on pouvait croiser à l'orée d'un rêve, dans le monde du sommeil. Se dire que des gens comme Kayiman pouvaient exister et parcourir la surface de la planète impressionnait profondément l'humain. Après tout, que savait-il de l'âge réel de son compagnon ? De sa période d'origine ? De sa vie ? Lui n'était qu'un simple petit humain lambda, avec sa vie de petit humain lambda, à tenter de joindre les deux bouts comme il le pouvait pour mener sa petite vie d'humain lambda jusqu'à son accomplissement, en espérant ne pas mourir sur un mauvais bilan. Mais Kayiman. Kayiman était de ces êtres qui dépassaient l'existence, l'espérance humaine. Un être aux pouvoirs qui dépassaient Lazlo, qui dépassaient jusqu'au Gouvernement en place, et qui pourtant restait enchaîné à ce maudit Colosseum, servant docilement des êtres qui ne méritaient même pas qu'il s'échine pour eux.
Un paradoxe aussi surprenant que perturbant, tant il n'avait aucun sens. Malgré son caractère apparemment détaché, Kayiman avait le regard d'un homme qui avait vécu des choses. Qui avait dû se battre. Il n'était pas fatigué, juste distant. Ce qui signifiait qu'il avait encore probablement de force, au fin fond de lui, pour envoyer chier tout ce petit monde une bonne fois pour toutes et s'enfuir loin d'ici. Alors pourquoi... ?

La cruelle vérité sortit des lèvres de Kayiman, prononcée avec tellement de distance, tellement de détachement qu'elle sembla être une illusion. Un mirage, comme celui que lui avaient dûment répété tous les organisateurs qu'il avait croisés jusqu'à présent. Les sorciers sont des monstres. Ils doivent être considérés comme tel. Du bétail magique, qu'on use et abuse, qu'on exploite puis qu'on abat. Parce qu'après tout, ce n'était pas comme s'ils étaient vraiment humains, si ? La voix rauque, la gorge un peu serrée de voir que sa naïveté avait été si bien foulée au pied, le blond avait marmonné un "Je suis pas sûr de comprendre..."
Ou plutôt n'était-il pas sûr de vouloir comprendre. Sans qu'il n'ait le temps d'approfondir le fond de sa pensée, son étrange compagnon avait pris sa main dans la sienne. Les longs doigts arachnéens de Kayiman l'avaient entraînés vers la rambarde, et Lazlo avait suivi le mouvement, captivé par cette étrange sensation qui découlait du geste. Touché, aussi, par la délicatesse presque enfantine du geste. Sans qu'il n'ait le temps de dire quoi que ce soit, la vision lugubre qu'offraient normalement les Arènes s'était nappée de verdure. Le ciel s'était illuminé, les nuages noirs s'étaient enfuis à la faveur d'un soleil clément qui léchait agréablement leurs corps tiraillés. Un bruit de sabots attira son attention, sur la droite, et il se pencha au-dessus de la rambarde pour observer le troupeau de chevaux sauvages qui gambadaient joyeusement dans la prairie. Une vision si enchanteresse qu'elle gonfla son coeur. Si enchanteresse que ses doigts s'emmêlèrent à ceux de Kayiman sans qu'il ne s'en rende compte, comme pour mieux partager cet instant surréel avec lui. Ce ne fut que lorsque le sorcier leva leurs mains liées au niveau de ses yeux qu'il se rendit compte de son propre geste. Kayiman avait raison de l'appeler garçon, sur ce coup-là. Il n'était après tout qu'un enfant, découvrant la magie pour la première fois, emporté dans les songes par un sorcier plus gracile que ces images terrifiantes qu'il avait eues de son espèce. Un sorcier qui lui semblait être d'autant plus beau, dans son art, dans son attitude, baigné qu'il était dans cette illusion qui chavirait l'âme.

-Les anges, les démons, c'est des contes pour enfants tout ça. Ce que je vois devant moi, là, tout de suite, c'est un homme, avec une âme sûrement magnifique pour être capable de fabriquer d'aussi doux songes.

La naïveté du papillon face à l'ampoule. Comme par défi, il avait rétorqué du tac au tac, énonçant bien le fond de sa pensée sans même retourner sept fois sa langue dans sa bouche. C'était idiot. C'était naïf. Mais il refusait de croire qu'une personne capable d'autant de choses puisse être fondamentalement mauvaise. Ca aurait été comme de croire que le monde était résolument aussi noir, aussi sombre et torturé que le Gouvernement le leur faisait croire. Et si effectivement la vie avait prouvé à bien des reprises qu'elle était capable des pires horreurs, ce n'était pas ça qui allait briser tous ses espoirs. Plongeant ses yeux céruléens dans le regard d'encre de son collègue, Lazlo continua de l'écouter. Le vent soufflait doucement sur sa nuque, soulevant quelques cheveux qui commençaient tout juste à repousser. Le visage de Kayiman s'était approché du sien, alors que ses lèvres charnues s'ouvraient sur de nouvelles explications. Des images surréelles, d'une cruauté rare, si intense qu'elle jurait avec la délicatesse du lieu imaginaire dans lequel ils se trouvaient. Ses yeux trop expressifs s'étaient ouverts avec effroi, lorsque son coeur s'enfonça au creux de son estomac. C'était donc pour ça que la jeune femme avait poussé une sorte de borborygme étrange. Parce qu'elle n'avait tout simplement pas de langue. Douloureusement, il avait resserré son étreinte sur les doigts de Kayiman, avait effleuré sa paume de son pouce. Il avait toujours été trop tactile, trop compatissant, Dita le lui disait. Il avait toujours porté son coeur comme une bague, là, dans sa propre main. Prêt à être dérobé par la première personne venue. Et là, en ce moment précis, son coeur souffrait d'apprendre le traitement des sorciers. C'était impossible de faire ça. Inconcevable.

-Je suis désolé... Je n'en avais aucune idée, ils ne nous ont rien dit, à nous, sur ce que vous vivez. C'est... C'est atroce...

La petite puce sous la pulpe de ses doigts lui fit l'effet d'un électrochoc. Une pierre de plus à un édifice complètement foutraque, celui d'une nouvelle forme d'esclavagisme. L'humain était un monstre pour l'humain, l'homme était un loup pour l'autre, c'était bien connu. Et malgré tout ce que Kayiman pouvait dire de négatif sur sa propre condition, Lazlo ne l'entendait pas de cette oreille. Quels qu'ils soient, quoi qu'ils aient fait, ils ne méritaient pas ça. Non. Et l'envie de plonger ses doigts dans la nuque de Kayiman pour lui enlever cette saloperie de lui soulever les entrailles, tant l'indignation était forte. Tant le déni était grand. Tant l'envie d'attraper cet être de magie et de poésie et de l'arracher à ses tortionnaires, lui comme tous les autres, s'affichait comme une évidence dans son esprit.

Il allait le lui dire. Lui dire qu'il était désolé pour ce que ses pairs faisaient et à lui, et aux siens. Lui dire qu'il ferait tout, n'importe quoi, et même plus, pour lui faciliter la vie. La tâche. Qu'il trouverait une solution pour le libérer, qu'il s'enfuirait avec lui, même, si c'était possible. Qu'il y avait toujours de l'espoir, que rien n'était infaisable même dans un monde aussi moisi.
Mais il n'en eut pas le temps. Le ciel se déchira dans un éclair alors qu'une main le tirait en arrière, poigne d'acier sur son costume mal repassé. Les doigts de Kayiman filèrent d'entre les siens alors qu'on les séparait, alors que l'interrogation qu'il lança à son collègue se lisait dans ses prunelles claires. Alors que le même trouble teintait les traits habituellement si affables de son compagnon. L'illusion s'était effacée, et l'orage grondait tout autour d'eux. Sans qu'il n'ait pu dire quoi que ce soit, cinq ongles manucurés s'étaient enfoncés dans son épaule. Fermes. Solides. Et l'une de ses managers qui lui offrait un regard mi-inquiet, mi-courroucé, occupant tout son espace. Plus grande que lui, elle l'entraîna avec elle, sans lui permettre de se débattre. Sans lui permettre de voir autre chose qu'elle. Ses paroles étaient du fiel, ses paroles avaient l'odeur de la fiente sur laquelle ils étaient tous assis en attendant le soleil hypothétique que leur offrirait le Gouvernement. Lazlo tenta de regarder par dessus son épaule, mais n'eut tout juste le temps de voir que Kayiman venait de se faire écraser contre la rambarde par nul autre que Gandalf. Comme empreinte d'un sens du timing exemplaire, sa manager avait abaissé son parapluie opaque pour obstruer sa vue. Et ses ongles s'étaient enfoncés d'avantage dans ses chairs pour lui enlever toute envie de foncer sur l'assaillant et lui en coller une bien sentie.

-Mais on s'en fout de ce qu'il a pu me dire, vous comprenez pas ? Qu'est-ce qui va lui arriver maintenant ? Vous allez le passer au fer rouge comme un vulgaire animal ?

Ses collègues, bien humains, eux, le léchèrent de regards aussi désapprobateurs que choqués. Choqués qu'il daigne s'adresser ainsi à sa supérieure hiérarchique. Ce pauvre fou voulait donc se faire virer dès son premier jour ? Voulait-il finir directement en bas, dans les Arènes ? Mais Lazlo n'en avait cure. Il avait planté ses pieds dans le sol, défiant directement la manager revêche, les poings serrés. Tremblant tant à cause de la pluie qui s'était infiltrée dans les commissures de ses vêtements que de la rage qui irradiait tout son corps. La femme au chignon ancra elle aussi ses chignons, son parapluie noir obstruant toujours la vue du Community Manager. Ses sourcils fins étaient froncés. Elle en avait certainement vus d'autres, des petits cons capricieux. Ce fut du moins ce que son ton sombre, menaçant, laissa entendre.

-Ne vous préoccupez pas de lui. Il va être pris en charge par son responsable comme vous l'êtes par moi. Quant à ce qu'il se passe quand un sorcier sort du périmètre qui lui est accordé, cela ne vous concerne pas. Les punitions sont estimées à la hauteur de l'offense. Et en ce qui vous concerne, la votre pourrait très bien être l'arrêt ferme et définitif du contrat qui vous lie aux Arènes.

Le signal retentit dans les couloirs, celui qui annonçait que la pause était finie et que les festivités allaient reprendre. Progressivement, les lieux s'étaient vidés, chacun retournant à la place qui lui appartenait. Comme de bons petits toutous, chacun retournant à son petit panier, la queue entre les pattes et les oreilles basses de servilité. Lazlo, lui, ravala sa colère aussi bien qu'il était humainement possible. Rien ne servait d'argumenter avec cette harpie, car elle avait raison. Elle avait raison de lui rappeler sa place, à lui aussi, elle avait raison de lui signaler qu'il avait désespérément besoin de ce boulot. Que Dita, sa mère, tout le monde avait besoin qu'il fasse ce maudit job jusqu'au bout. Il desserra les poings, passa une main encore tremblante dans ses cheveux hirsutes pour les tirer en arrière.

-D'accord. Je me tiendrai à ma place. Je reviens même dans le rang s'il faut. Je serai exemplaire, le parfait petit soldat. Mais seulement si vous me promettez qu'il ne lui arrivera rien.
-Je ne peux prétendre être capable d'influencer mon collègue, mais je vous le promets.


Qu'est-ce qu'était une telle promesse pour une nana pareille ? Lazlo savait pertinemment que rien ne la poussait à la tenir. Même ce sourire diplomate qui s'étirait sur son visage laissait entendre qu'elle n'y croyait absolument rien, et qu'elle s'en contrefoutait. C'était juste une manière comme une autre d'étouffer la naissance d'un feu, histoire d'éviter qu'ils aient en plus une émeute sur les bras. Une manière d'apaiser les esprits. Il se contraint à hocher la tête à sa réponse, se contraint à la suivre jusqu'à la salle où il était tenu de faire son travail. Les autres commentateurs lui jetèrent un nouveau regard chargé d'opprobres, duquel il se moqua éperdument. Et, une fois la harpie sortie, il se dépêcha de griffonner un mot sur un morceau de papier qu'il plia en quatre et glissa l'air de rien sous la porte menant à la salle réservée aux illusionnistes.

Kayiman. J'espère que tu vas bien. Je t'attends aux toilettes Sud à la pause.

Enfantin. Il le savait pertinemment. Mais il avait encore d'autres questions à poser à son comparse, et s'il n'était pas sûr de pouvoir vraiment le retrouver au lieu de rendez-vous, ou même dans quel état, au moins il aurait essayé. Se raccrochant à cette pensée, il s'acharna à faire son travail jusqu'au bout. Sans créer de vagues. Sans s'aliéner les autres humains dans la pièce. Sans laisser son fiel se déverser dans les commentaires qu'il écrivait. Après tout, ce n'était qu'un travail comme les autres, à cela près que ses collègues avaient l'estomac toujours aussi sensible. A cela près que les sorciers tissaient des illusions toujours plus réalistes, toujours plus atroces. Et cela en étant tenus comme du bétail.
Une réalité abjecte, écoeurante. Car même si certains étaient potentiellement des monstres, aux dires de Kayiman, d'autres comme lui étaient forcés de créer de telles atrocités. De nier la magie pour en faire un crime, une torture, d'être condamnés à voir leurs immenses capacités réduites à un outil de jeux pour un peuple en mal de sang. En mal d'horreurs. Comme si le monde autour d'eux n'était pas déjà suffisamment moche comme ça.

Fébrile, furieux, il avait noirci des pages et des pages de commentaires cyniques sur des évènements toujours plus atroces. Le sang avait coulé, à nouveau, sur la terre battue de l'Arène. Mais tout ce qui le préoccupait était l'état de son collègue. Toutes les quinze minutes, il regardait par dessus son épaule, guettant un papier, un signe, glissé sous la porte. Mais rien. Alors, quand l'alarme tonna pour signaler la nouvelle pause publicitaire, il se rua vers le point de rendez-vous.
Et attendit que Kayiman revienne. Rien ne l'assurait qu'il le fasse. Qu'il puisse seulement le faire.  

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↳ Niveau de Compétences : Niveau 3
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↳ Citation : "Ses secrets partout qu'il expose. Ce sont des oiseaux déguisés."
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MessageSujet: Re: Reach Out ▬ Tristou   Mer 23 Nov - 15:52


« Reach Out »

Lazlo & Tristan
featuring

La respiration de Kayiman était courte, bien qu'il tentait de la maîtriser, sa poitrine se soulevait et s'abaissait à un rythme trop rapide. Lazlo avait été emporté pour être aussitôt mis à l'abri par sa responsable, soumise comme les autres à son excès de zèle, et le contact de son regard avec celui du jeune sorcier avait été abruptement rompu. Kay avait apprécié ce regard, même s'il ignorait comment le traduire, même si les émotions de Lazlo paraissaient opaques à son esprit reptilien. Il aurait souhaité se repaître encore de ses chatoiements nuancés dans ces yeux clairs, analyser plus longuement les paroles prononcées qui aiguisaient sa curiosité. Mais Kayiman n'avait pas eu le loisir de rétorquer quoique ce soit et son incompréhension s'était arrêtée, comme en déséquilibre sur la pointe de son regard, alors qu'on lui arrachait sa proie sans lui permettre d'assouvir son intérêt, attisant ainsi en lui une frustration aiguë.

Tandis que le Community Manager se faisait vertement sermonner, la gorge de Kayiman avait été écrasée par la poigne intransigeante du Mage Blanc. Les représailles n'avaient pas tardé et, pendant que la terrasse se vidaient de ses occupants, on infligeait au sorcier le traitement légitime dû à sa désobéissance. Les mesures de sécurité drastiques découlaient du postulat de base admis par tous : les êtres maudits étaient une menace qu'il fallait sévèrement contrôler. Ainsi la cruauté du traitement semblait pleinement louable aux spectateurs de l'échauffourée qui reprenaient tous docilement leurs activités, se rassurant entre eux par des regards entendus. Sur la terrasse mouillée de pluie, le corps de Kayiman chancela, les mains plaquées contre ses tempes, agressé par la puissance de cette décharge électrique qui irradiait dans sa tête comme si son cerveau allait imploser. Le sang s'échappa de son nez, dans une hémorragie soudaine, tachant le col de sa veste et le dessus de son t-shirt. La puce qu'on lui avait implantée permettait de multiples usages et il découvrait celui-ci dans la douleur alors que son cœur s'emballait à tout rompre.

La chevelure d'un noir de jais était encore humide alors que la stature haute et mince du sorcier traversait la salle, le front haut et le regard neutre. Kayiman s'était astreint à ne laisser échapper aucune plainte de douleur, pas le moindre son n'avait fuit de sa bouche et le regard qu'il posait sur ses bourreaux n'avait rien perdu de son arrogance. Nimbé de sa royale indifférence pour toute défense, il avait repris son souffle lorsque sa torture avait subitement pris fin sous l'intercession d'une personne extérieure. Les multiples menaces résonnaient en pure perte contre ses tympans alors que la voix rocailleuse du Mage Blanc lui parvenait, en même temps que des postillons d'une grossièreté infâme qui agressaient le visage de Kay. « Ne t'avise plus de t'approcher des commentateurs, c'est compris ? Sans ça, je te renverrai d'où d'où vient, sale créature que tu es ! Tu as de la chance que rien de grave ne soit arrivé et que ta victime ne porte pas plainte mais que je ne te reprenne pas à utiliser la magie en dehors des jeux ! » Kayiman essuya sa joue du bout des doigts, son regard toujours rivé aux prunelles du vieil homme, il ne lui offrit pas le luxe de la moindre réponse, ni en mots, ni en gestes. Ce fut le Mage Blanc qui céda à cette joute muette en baissant le regard le premier avant de se détourner dans un dernier juron. « Tous de foutus psychopathes, ces abrutis... A quoi bon essayer de leur faire comprendre quoique ce soit ? » Il soupira bruyamment dans sa barbe avant de reprendre, plus haut, à l'intention des autres illusionnistes. « Allez, reprenez le travail et concentrez-vous bon sang ! Les illusions doivent être les plus détaillées possible. Souvenez-vous de la chance que vous avez de participer à cette émission, des milliards de téléspectateurs se tiennent en haleine devant leurs écrans ! Le spectacle doit en valoir la peine ! Vous êtes des foutus chançards, vraiment, le gouvernement est terriblement complaisant avec vous autres...» Secouant la tête, d'un air méprisant qu'il ne cachait pas, l'homme aux cheveux gris les délaissa enfin à eux même.

Ce fut la sorcière muette qui aperçu le message, fugitivement glissé sous la porte close. Elle abaissa ses paupières aux longs cils, papillonnant légèrement en lisant les quelques mots avant de glisser un regard vers le collègue auquel cette missive était adressée. Ce fut d'une démarche inquiète que la brune Cassiopéa se dirigea vers lui, faisant discrètement tomber la feuille pliée en quatre sur les genoux de Kayiman avant de rejoindre sagement sa place, se cachant sous ses lourdes mèches de cheveux sombres. Le visage du sorcier demeura impassible pendant qu'il jetait un vague regard sur le message avant de l'empocher posément. Néanmoins, alors qu'il reprenait ses incantations, concentré sur les illusions qu'il créait, son esprit naviguait désormais dans des eaux plus peuplées. Et lorsque le signal retentit, quelques temps plus tard, les pensées du crocodile étaient toujours habitées, allumant ainsi une étincelle de vie solitaire au fond de ses yeux sombres. Le message enfermé précieusement dans la poche intérieure de sa veste décrivait un lieu de rendez-vous assez peu orthodoxe mais dans cette situation, Kayiman estimait que la discrétion primait sur le bon goût. Il se dirigea ainsi les lieux d'aisance du coté sud de l'étage, d'un pas tranquille.

Il avait à peine traversé le couloir qu'un bruit plus rapide de pas, assorti d'un souffle dans son dos, le fit se retourner. Cassiopéa, la brune, le fixait de ses grands yeux de biche effarouchée, ses mains voltigeant devant son visage, comme pour tenter de le dissuader d'avancer. Kayiman inclina doucement la tête dans sa direction, lui concédant un infime sourire. Helix, sa compagne, démontrait de la bonne volonté pour cette jeune sorcière, à peine sortie de l'enfance, soignant les bleus de son âme meurtrie. Ainsi, n'était-il pas rare que la douce brune trouve refuge dans leur appartement, cherchant dans les bras d'Helix le réconfort de caresses amicales, à la manière d'un chaton perdu. Les choix d'Helix étaient les siens et Kayiman offrait ainsi à Cassiopéa sa bienveillance et son hospitalité. Si cela n'autorisait pas pour autant la jeune biche à se mettre en travers de son chemin, il accepta cependant de lui offrir quelques mots, d'un ton sobre. « Ce ne sera rien. Je dois lui parler. » Incapable de répondre, Cassiopéa soupira avant d'écarter les paumes, comme si elle allait claquer dans ses mains. Ses prunelles s'orientèrent vers la gauche puis vers la droite avant qu'elle ne hausse les sourcils, en une demande de confirmation désespérée. Kayiman n'était pas certain de comprendre ce qu'elle désirait lui transmettre comme information mais la jeune fille croisa les bras et recula, jusqu'à s'adosser contre le mur,  à la manière d'une discrète sentinelle. Allait-elle claquer dans ses mains si qui que ce soit pénétrait dans les toilettes pour hommes ? Peut-être. Kayiman se contenta d'un léger hochement de tête à son intention avant de se détourner, laissant là la protégée d'Helix, pour s'avancer et pousser enfin la porte de la salle d'eau.

Un large miroir tapissait le mur juste en face de lui, ainsi fut-il accueilli en primeur par son propre reflet qui lui apparu dans toute sa décadence, le teint pâle, les cheveux défaits et les vêtements tâchés de sang...  Il ponctua cette vision d'un froncement de sourcils contrarié, avançant de deux pas supplémentaires pour enfin être attiré par une présence à la périphérie de son regard. L'image du garçon aux cheveux clairs, posté au centre de la salle se reflétait aussi dans le miroir. Lazlo était bien là, comme il l'avait affirmé dans son message, et Kayiman tourna vers lui un regard inquisiteur, le détaillant comme s'il ne se serait pas attendu à le découvrir. Pourtant ils étaient seuls mais sans mot dire, le sorcier rejoignit le lavabo pour ouvrir négligemment le robinet, s'arrachant ainsi abruptement à sa contemplation. « Tu es là, garçon. » Constata-il dans une neutralité presque froide, tout en utilisant un peu de savon en gel pour se laver les mains. Les bienfaits de cette dimension ne cessaient de le ravir alors qu'il aurait été capable d'observer pendant des heures ces robinets qui distribuaient de l'eau claire et pure en abondance. Il paraissait ainsi avoir déjà oublié la raison de sa venue alors qu'il actionnait le distributeur de savon une nouvelle fois, par simple plaisir, pour le faire mousser entre ses paumes. Pourtant, en dépit des apparences, la présence de l'humain en ces lieux le remplissait de contentement et, s'il ignorait totalement comment s'adresser à lui, les multiples questions qu'il lui inspirait ne cessaient de valser dans ses pensées. Kayiman se rendait vaguement compte que son détachement n'était pas adéquat compte tenu de la situation, mais comment diable fallait-il agir ? Sans doute aurait-il dû s'enquérir de la bonne santé de ce garçon, ainsi que lui-même l'avait fait dans sa missive. Il reprit donc la même formulation, de sa voix basse et aérienne. « J'espère que tu vas bien, également. »

Joignant ses mains en coupe, il récolta une petite quantité d'eau tiède pour s'asperger doucement le visage et nettoyer sa peau tachée de sang séché. Tout en faisant, il reprit alors leur conversation où elle en était restée, comme si cette interruption due à ce grossier mage n'avait pas eu lieu et sans y faire mention le moins du monde. « Là d'où je viens, les anges et les démons faisaient partie intégrante de notre quotidien d'adulte. Les gens y croyaient dur comme fer, ils prenaient ces histoires fort au sérieux. La Bible est-elle réservée aux enfants désormais ? » Les réparties de Lazlo le lui avaient laissé croire, tout du moins et Kay haussa doucement les épaules. Aucune serviette propre ne semblait disponible aux alentours. Kayiman ignorait totalement l'utilité de ces machines accrochées aux murs et imaginait qu'il s'agissait de décorations aussi étranges qu'inutiles. Il laissa alors sécher son visage naturellement, pendant que ses doigts jouaient encore un peu avec le filet d'eau claire qu'il admirait du regard. « Dieu nous a maudit, moi et mes semblables. C'était sans nul doute la raison pour laquelle ils subissaient ce traitement de la part des hommes. « Avons-nous seulement une âme ? Je ne sais.  Sa voix douce n'était entachée d'aucune amertume bien que ses propos le ramenaient dans ce lointain passé où les esclaves noirs et les amérindiens étaient eux aussi considérés comme des sauvages sans âmes, indignes du moindre respect. Puisqu'il était païen, probablement n'avait-il pas d'âme, lui non plus, et pourtant Lazlo le bombardier l'avait qualifiée de magnifique. Cette pensée le fit enfin redresser le regard vers lui, ses yeux sombres nimbés d'une curiosité manifeste. Ce garçon semblait penser différemment et ce qui avait brillé dans ses yeux lorsqu'il avait pris conscience de l'atrocités des pratiques au sein de son lieu de travail s'apparentait à de la douleur, la souffrance d'une âme en état de choc. La question s'échappa d'entre les lèvres du sorcier en un murmure léger. «Comment se porte la tienne, Lazlo survivant de l'apocalypse... ?»

Kayiman se retourna doucement vers lui, son corps s'orientant enfin dans la direction de cet homme aux yeux d'un bleu si pur. A nouveau, il offrit ce visage à son étude, notant les émotions qui s'y inscrivaient comme autant d'informations singulières et indéchiffrables. Il ne s’était guère attendu à des regrets si sincèrement exprimés en lui révélant ces anecdotes et pourtant Lazlo avait eu l'air de souffrir en les apprenant. Plus encore, il avait manifestement intercédé en sa faveur afin qu'on mette un terme à sa punition, chose qui n'avait pas échappé au sorcier, lorsque sa séance de torture avait été soudainement interrompue. Comment et pourquoi cet humain avait-il réussi un tel tour de force ? Le Mage Blanc, surnommé Gandalf le gris par ce garçon, paraissait pourtant bien déterminé à lui infliger des pics de douleurs assez intenses pour le briser - si pas physiquement, tout du moins psychologiquement -  mais il s'était arrêté avant même que Kay ne perde conscience.  « Pourquoi prendre le risque de m'inviter en ces lieux après ce qui t'a été révélé ? »


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Sur des escaliers de brume

On ne m'a donné ni arme ni larmes à mes yeux, Que ce cheval d'acier noir et ce corps sans visage. J'ai l'âme de l'enfant et la mémoire du vieux. L'éternité c'est long quand on marche sans cœur.
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Reach Out ▬ Tristou

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