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 La nuit circule dans mes veines - Connor

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MessageSujet: La nuit circule dans mes veines - Connor    Lun 17 Déc - 21:46


Passés les premiers jours de douceur et de frayeur, passées les premières semaines où on est profondément touché par l'évènement qui s'était passé et on l'on chérit chaque seconde, goûte chaque minute avec un plaisir difficilement dissimulé ; les habitudes se remettent à leur place, progressivement, inéluctablement. Le ton calme s'effondre sur lui-même tandis que les querelles reprennent.

Connor et Roxanne n'y échappaient pas, se prélassant dans ce bonheur qui n'était pourtant pas le leur, totalement étranger à ce qu'ils étaient pendant quelques jours. Se délectant de chaque moment, bénissant un dieu auquel ils n'avaient jamais cru, de leur avoir accordé un peu de temps de vie supplémentaire. Et les jours devenaient des semaines, l'animosité restait encore domptée par leur souvenir terrifiant des raffineries, sans pour autant être dans cette douceur mielleuse des premiers temps. Elle avait eu cette pensée naïve : peut-être qu'ils avaient besoin de ça, d'un événement tragique tel que celui-ci pour se rapprocher et pour ouvrir les yeux. Peut-être qu'après une telle expérience, ils allaient désormais passer leur temps à s'épauler plutôt que de se déchirer comme des bêtes affamées. Peut-être que l'idée de perdre Connor l'avait suffisamment secouée pour qu'enfin, elle se rende compte qu'ils n'étaient décidément que de bons idiots ; qu'ils s'aimaient très sincèrement et qu'ils pourraient rendre leur quotidien un peu moins sombre s'ils s'en donnaient l'autorisation. Pendant les premiers jours, elle y avait cru fermement. Pensant qu'elle venait de claquer la porte aux querelles incessantes et aux confrontations puériles. Qu'il s'ouvrait devant elle un chemin vers un quotidien un peu plus calme – du moins en ce qui concernait sa relation avec Connor. Elle ne s'imaginait pas le perdre, elle ne voulait pas être laissée seule encore une fois, et se disait qu'elle l'avait désormais bien compris cette fois-ci ; mais elle avait tort. Cette sensation qui lui enserrait le cœur se relâcha petit à petit, au fur et à mesure que leur caractère reprenait le dessus.
C'était peut-être là le cœur du problème : leur caractère. Leur sale, sale caractère, et les rouages pourris de leur psychologie rouillée. Elle ne voulait que lui, lui, n'importe où, n'importe quand. Mais elle ne le supportait pas plus de trois heures d'affilée. Elle avait été charmée par l'homme qu'il était, mais détestait les trois quarts de ce qui le caractérisait, si ce n'est plus. Au plus profond d'elle, elle n'aspirait qu'à une vie de couple baignant dans la banalité, ces amours légères des comédies romantiques ; bien loin des sentiers tortueux dans lesquels ils s'aventuraient si aisément. Mais ces quelques semaines de faux-vrai couple habitant sous le même toit l'avait usée, avait fini par devenir terriblement pesant. Elle s'était littéralement installée chez lui une fois qu'il était sorti de l'hôpital, adoptant le rôle de l'épouse bienveillante et de l'infirmière rassurante, se blottissant contre lui toutes les nuits comme si elle craignait de le voir s'évanouir dans le néant si jamais la distance qui séparait leur deux corps dépassait les cinq centimètres. Puis au fur et à mesure qu'il reprenait du poil de la bête, elle reposait ses affaires chez elle, y passant une nuit, puis deux, puis trois, lui laissant de plus en plus d'espace vital dans le lit.

Lorsqu'elle pénétra chez lui, elle se trouva face à un véritable carnage. Tout ce qui ressemblait de près ou de loin à un tiroir était ouvert, débordant d'objets, emballages en tout genre, les placards recrachaient leur contenu où ils pouvaient, tandis que des bouteilles plus ou moins entamées et terminées jonchaient sur le parquet décoloré. L'air semblait d'autant plus vicié que d'habitude, mélange acre se faufilant jusqu'à ses narines. Sans oser avancer davantage dans un premier temps, elle scrutait chaque recoin, elle finit par comprendre.
Ce n'était pas comme si elle ne l'avait pas vu venir. Son corps ne demandait que ça, son corps ne pouvait plus s'en passer, victime des affres du manque. Elle refusait d'aborder le sujet, ne pouvait pas se décider à lui en parler comme s'il s'agissait d'une simple mise en garde. Elle voulait croire que ça allait finir par se tasser, qu'en sa présence peut-être, il réussirait à ne pas replonger dans ce monde de voluptés empoisonnées. Elle voulait croire qu'elle était peut-être l'antidote, certes pas universel, mais au moins le sien. Que ses efforts n'étaient pas vains, qu'à terme ils mèneraient quelque part, qu'il parviendrait à arrêter définitivement. Elle était prête à le supporter dans ses pires journées et ses pires nuits, ses pires états. Prête à endurer son caractère de chien poussé à l'infini, ses colères injustifiées et impulsives, ses paroles dégueulasses qu'il crachait avec d'autant plus de facilité que d'habitude. Elle n'était pas dupe, elle savait que ça n'allait pas être une partie de plaisir, mais elle voulait vraiment croire que c'était possible. Qu'il n'allait pas crever à l'âge de 27 ans à cause d'une overdose ou d'une connerie liée à ses penchants pour les substances illicites. Qu'il n'allait pas mettre un terme à ses jours une fois que le manque serait devenu trop insupportable. Les scénarios défilaient dans sa tête, tous plus terribles les uns que les autres. Ce n'était pas comme s'il n'avait pas déjà assez de chance de mourir avec ce gouvernement tyrannique.
Elle finit alors par avancer, doucement, évitant soigneusement les différents objets par terre, refermant quelques tiroirs qui lui passaient sous la main, pour découvrir Connor dans la salle de bain. Ce n'était pas la première fois, et elle n'avait jamais su comment il fallait s'y prendre, quelles étaient les meilleures réactions si jamais il y en avait. Elle ne savait pas s'il fallait être celle qui compatissait, ou celle qui essayait de poser des limites quitte à être dure, alors elle se contenta d'un souffle, un murmure pour lui faire comprendre qu'elle était là : « Connor... »

De plus, tout cela allait lui retomber dessus. Fouine qui n'avait pu s'empêcher de fouiller partout pour découvrir ses cachettes préférées, et se débarrasser de tout ce qui relevait de l'illicite. Elle n'avait pas pu laisser passer une telle occasion, et se disait que l'absence de ses diverses drogues pourrait peut-être freiner sa consommation, ne serait-ce qu'un peu. Et il ne fallait pas être doté d'un esprit particulièrement fin pour comprendre qu'elle était celle qui avait jeté tous ses précieux petits sachets, sans vergogne, sans regrets.
Il avait habituellement un tempérament de feu, et ce manque ne le transformait pas en agneau. Au contraire. C'est pourquoi elle hésita quelques instants, appuyée contre le chambranle de la porte, avant d'esquisser quelques pas vers lui, en sachant pertinemment qu'elle se ferait jeter comme une malpropre, car c'était ce à quoi il l'avait habituée, et ce à quoi elle s'attendait désormais. Il n'y avait pas d'exception pour confirmer la règle, ni de bêtises de ce genre là. Chaque fois était les mêmes, à quelques nuances près, quelques insultes et preuve d'arrogance près. Les mêmes discours mis sur table, encore, et encore, avec toujours ces éternels arguments qui passaient. Un disque rayé qu'ils continuaient de jouer, comme deux demeurés adorant les crissements désagréables. Elle finit par poser sa main sur son bras, légèrement, sans enfoncer ses doigts, sans oser appuyer, sans oser l'agripper, silencieuse, guettant ses moindres réactions aussi petites soient-elles, dans l'attente qu'il explose.
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MessageSujet: Re: La nuit circule dans mes veines - Connor    Jeu 20 Déc - 15:25

La fin, la mort, le trépas, la lumière blanche appelez cela comme vous voulez. Ce soir là aux raffineries je l'avais croisé, observé d'assez loin pour être encore là et pouvoir en parler. Ma survie je la devais à Roxanne, c'était un fait inéluctable et ma reconnaissance à son égard n'était pas feinte. Tout comme j'avais apprécié son attention lors de ma convalescence, quand j'étais sorti de l'hôpital après un séjour relativement court. La clarté à la levée du voile sombre de cette nuit aux allures d'enfer, c'était comme ça que j'avais ressenti son aide, son soutien. C'est peut-être stupide mais j'avais cru à une trêve, une paix que nous allions peut-être enfin avoir sur nous même, nos travers et tout ce qui fini toujours par nous faire nous déchirer au lieu de nous aimer classiquement comme deux êtres pourraient le faire. Mes sentiments à l'égard de la chef de la résistance étaient bien réels, j'avais cessé de nier à mesure que le bien être de sa présence me confirmait que oui j'avais besoin d'elle. Pour une fois je croyais en moi, m'autorisant à espérer que je pouvais peut-être mettre de côté mes vieilles rancœur, mes craintes et tout le reste, tout ce qui parfois me rendait un être si instable et insupportable. Cependant la carapace épineuse qui s'était formée pendant ma période noire et qui enrobait à présent le noyau de ma véritable personnalité, reprenait peu à peu ses fonctions après une période de répit. Mes vieux travers s'invitaient ponctuellement, s'immisçant insidieusement dans ce quotidien sans ombre que j'avais eu l'illusion de croire durable.
Comment pouvais-je autant souhaiter la présence de Roxanne et me sentir pourtant si excédé une fois que je percevais un jugement dans son attitude, ses paroles et avoir envie qu'elle parte ? Ma petite tendance à la paranoïa provoquait cette ambivalence, ce paradoxe qui me déchirait un peu plus les tripes et rendait chaque jour plus difficile. Sans grand étonnement mon humeur devenait plus exécrable. Le pire c'était une culpabilité latente que je ressentais d'être ainsi, d'être si détestable avec celle qui pourtant m'avait permis de survivre, la seule que j'aurais souhaité à mes côtés si seulement je n'étais pas aussi fier et borné. La vérité c'est que je me sentais terriblement faible en acceptant l'aide de la Résistante, encore plus faible quand elle devenait ma pire obsession, et en plus de cela un total idiot quand son absence devenait un manque concret.

Les habitudes ont la vie dure et une fois la convalescence terminée le quotidien allait reprendre petit à petit son cours. Roxanne était moins présente, les éclats de voix quant à eux étaient plus fréquents, un retour à notre bon vieux fonctionnement aux rouages grippés. Durant ces quelques temps de repos, les anti-douleurs prescrits par le médecin m'avaient maintenu à l'écart de la drogue faisant office de substitut. La présence de la jeune femme m'aidait aussi bien que je ne veuille surtout pas le lui montrer, mais j'étais arrivé à terme du traitement et le manque de dope c'était ré-invité à la fête. Mains tremblantes, humeur instable... Les flammes de mon enfer personnel étaient rallumées, j'essayais de lutter mais chaque prise de tête me faisait flancher, chaque soirée seul m'invitait à retourner vers ma vieille amie la cocaïne repartant dans un cercle vicieux de dépendance. Bien sûr Roxanne vivait mal mon addiction comme ça avait toujours été le cas et si j'essayais de faire des efforts ils s'avéraient insuffisant. Supporter le manque, m'occuper à autre chose, rien ne semblait être réellement efficace, le seul vrai remède serait le temps un sevrage lent et méthodique, ce que j'étais prêt à essayer s'il le fallait. Lassé d'être l'esclave de ces substances je supportais de plus en plus mal cette autorité physiologique que mon corps m'imposait. Il m'aurait fallu le beurre et l'argent du beurre, le bénéfice de la drogue l'état qu'elle me procure mais sans les effets néfastes... Je voulais tout mais pas de contraintes. Mais j'étais fait pour échouer, incapable de me prendre en main on me l'avait assez répété pour que je finisse par le croire, Roxanne elle même m'avait plusieurs fois traité de raté, de pleurnichard parfois et je pensais qu'elle avait raison. A quoi bon me battre alors que je perdrais de toute façon ? Mes efforts furent emporté comme un rail de coke en plein courant d'air, balayé par une nouvelle crise de doute trop fort pour que je lutte encore. Mes travers reprenaient le dessus et Roxanne continuait son retrait progressif de ma vie jusqu'à ne plus venir du tout. Étrange cocktail de soulagement et de détresse, ma vie revenait au même point qu'avant, cet accident n'avait été qu'un détour sur le chemin bien tracé de mon existence. Ce que je n'avais pas prévu c'était que la volonté de la Résistante à me voir arrêter de me droguer perdurait, j'avais à tort pensé qu'elle avait fini par baisser les bras alors qu'il n'en était rien.

Sueur froide, imprécision des gestes, mon corps réclamait sa dose et j'allais la lui offrir sans résister. Je savais le bien-être que j'allais ressentir une fois les molécules dans mon organisme et le simple fait d'y penser me rendais impatient. J'avais repris mon travail au garage progressivement pour rattraper le retard accumulé, et bien que j'étais décidé à terminé le réglage du carburateur de cette Ford Mustang, la nécessité d'aller me faire un rail devenait prédominante. Je savais très bien où j'avais rangé la précieuse poudre blanche, le tiroir du meuble de la salle de bain. Ma surprise fût de taille quand je constatais qu'il n'y avait aucun sachet et la chasse commença. Après une recherche méthodique dans chaque cachette habituelle j'avais fini par retourner tout mon logement, comme un cambrioleur l'aurait fait en quête d'argent ou d'objets de valeur. Tiroirs retournés, coussins du canapé soulevés... La colère prenait possession de moi, me plongeant dans un état second, une folie incontrôlable alimentée par le manque qui s'accentuait. J'avais l'impression qu'une sorte de compte à rebours venait de se mettre en marche, comme si c'était une question de vie ou de mort. Espérant retarder l'échéance je me rabattais sur l'alcool qui habituellement se révélait être un substitut satisfaisant. Le répit fût de courte durée et je reprenais ma traque, ressemblant plus à un animal en cage qu'à un homme. Appuyé contre le meuble de la salle de bain de là où tout était parti je cognais à un rythme régulier mon front contre le bois de l'étagère, espérant peut-être inverser la tendance mais surtout en quête d'un semblant de réflexion. Depuis combien de temps étai-je là ? Aucune idée. Je l'entendis murmurer mon prénom, croyant d'abord à une illusion un mauvais tour que me jouait mon esprit je n'esquissais pas l'ombre d'un mouvement si ce n'est celui que j'avais imprimé à mon corps depuis plusieurs longues minutes. Je prenais douloureusement conscience que la seule pouvant être à l'origine de cette "blague" de mauvais goût n'était autre que Roxanne. C'était elle sentie maline ? Avait-elle éprouvé du plaisir en trouvant chaque sachet, chaque cachet ? Mes mains se crispèrent sur le bord du meuble alors que je sentis sa main sur moi, elle était là et ce n'était pas juste une hallucination, peut-être aurais-je préféré. « Tu viens contempler ton œuvre ? » lâchais-je la mâchoire toujours crispée. Mes bras tremblaient et les vibrations semblaient se propager à tout mon corps sous l'effet de la rage. Je tournais mon visage dans sa direction pour soutenir son regard avec dureté et hargne. Je dégageais sa main par un geste brusque et plantait un coup de poing dans ce meuble qui m'avait servit d'appui jusque là avant de hurler à l'intention de la responsable de mon chaos « C'est ça que tu veux ? Du spectacle ? De la douleur ? ». Le sang battait fort dans mes tempes, je bousculais alors la brune pour qu'elle s'écarte de mon chemin « Tu prends ton pied au moins ? » je ressentais une telle aversion pour elle à cet instant que je ne savais pas vraiment de quoi je serais capable.
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MessageSujet: Re: La nuit circule dans mes veines - Connor    Jeu 20 Déc - 21:15

Elle finissait par le détester, véritablement. Poussée à bout par ses crises de nerfs et par ses propos dégueulasses, par ces reproches qu'il remettait incessamment sur le tapis, par cette culpabilité qu'il voulait à tout prix lui refiler, sans pour autant se résigner. Incapable de l'abandonner comme un vieux cabot au bord de l'autoroute. Elle avait toujours été comme ça, caractérisée par cette dualité douloureuse, alors qu'elle ne désirait que trouver un parfait équilibre. Mais elle ne connaissait pas la mesure, naviguant dans les extrêmes uniquement. Car il lui arrivait d'être intimement persuadée qu'elle avait fait une erreur depuis le début, que Connor ne méritait rien d'autre que sa haine, à défaut de pouvoir lui être totalement indifférente. Sentant cet acre dégoût grimper le long de la trachée, lui oppressant la poitrine. Elle le détestait d'être ce qu'il était, de l'avoir enchaînée à lui comme un esclave qu'on achète et à qui on ne prend pas la peine de demander son avis, mais par dessus tout, dans ces moments-là, elle se trouvait répugnante, car elle avait été complice de cet emprisonnement, elle avait attaché ses propres pieds à cette carcasse désormais vide, victime de tremblements nerveux. Elle s'y était ligotée, gentiment, sans rechigner le moins du monde, ne se donnant plus qu'une seule possibilité, celle de traîner ses rotules décharnées à ses godasses. Mais surtout, elle se trouvait répugnante d'avoir pu nourrir une telle pensée, d'avoir pu ressentir avec tant de clarté un tel dégoût. Et c'était comme ça pendant plusieurs jours, véritablement écœurée de sa personne, avant de retomber dans cet état minable où il ne faisait que lui manquer. Lui manquer à s'en rendre malade, bien qu'elle ne veuille le reconnaître ; toujours partagée par entre ces deux états passionnels.
Elle avait l'impression qu'il avançait d'un pas et reculait de deux, et que même lorsqu'il se retrouvait acculé, il parvenait à s'enfoncer encore. Assister à la destruction en temps réel d'une personne à qui elle tenait à ce point l'anéantissait, mais devant lui, devant cette foutue addiction, elle était faible. Incapable, vulnérable, inutile. Elle avait beau battre des pieds et des mains, elle n'arrivait à rien, d'autant plus que chacune de ses tentatives n'étaient que des répétitions catastrophiques des précédentes.

Elle sentait comme la colère grimpait en elle, comme à chaque fois où elle le découvrait sous l'emprise de drogues, ou lorsqu'il devenait insupportable à cause du manque de celles-ci. Elle ressentait presque de la peine pour lui, mais surtout, elle lui en voulait d'être si faible, car il était clair qu'elle ne concevait pas l'effort qu'un sevrage demandait. Elle, qui n'avait jamais touché à toutes ces substances illicites, qui fuyait l'alcool pour mieux se réfugier dans des verres de jus de fruits sains. Elle, dont le corps ne connaissait pas cette sensation de dépendance. Elle essayait de comprendre pourtant, d'imaginer ce que ça demandait, mais n'y arrivait pas. Incapable de réaliser ne serait-ce qu'un dixième de la difficulté de l'épreuve. Et elle lui en voulait d'avoir si peu de volonté, de flancher si facilement, se métamorphosant ainsi en une bestiole incontrôlable, loin de ce que l'homme est censé être ; car elle pensait effectivement que la détermination pouvait venir à bout de ce problème.
Ses dents se plantèrent dans l'intérieur de sa joue, la mordillant nerveusement alors qu'il lui adressait un de ses fameux regards plein de hargne, et lui soufflait une effluve dégueulasse de son haleine alcoolisée. L'air ambiant de son appartement lui piquait déjà le nez, et les débris de bouteille avait la fâcheuse tendance de lui rappeler les crises de son père.
Il se voulait dur, sévère, mais elle sentait du bout de ses doigts comme il était fébrile. Contenant encore sa fureur, elle déglutis difficilement, avant de tenter de démentir ses propos : « Connor, tu sais très bien que... » Il ne lui en laissa cependant pas le temps, dégageant brusquement sa main, avant d'envoyer son poing serré dans le meuble. Roxanne eut alors un geste de recul, et avala une grosse bouffée d'air.

Sa phase de docilité ne durait jamais bien longtemps, tant les provocations de Connor parvenaient à faire effet. Elle réagissait au quart de tour, à ses petites piques assassines, bien qu'elle tentait de se calmer en se répétant sans cesse qu'il ne pensait pas un mot de ce qu'il disait, qu'il n'était pas réellement lui lorsqu'il était un état pareil. Mais en vain, son désir, son besoin de lui répondre, d'essayer de lui clouer le bec se faisait toujours plus forte. Terrassant ses résolutions prises trois secondes plus tôt comme un tsunami. « De la douleur ? Tu crois que je fais ça pour le plaisir de te voir dans cet état ? Je le fais pour toi, ça, je le fais pour toi, pour ton putain de bien. » Elle parvenait quand même à rester un ton en dessous de Connor qui s'arrachait la gueule à lui hurler dessus. Bien sûr que non, elle ne faisait pas ça par plaisir, ça ne la réjouissait pas de le voir dans un état aussi piteux. Il lui arrivait certes de lui en vouloir, à un tel point qu'elle n'aspirait qu'à le voir souffrir autant qu'elle souffrait à cause de lui – même si la vérité était qu'il se tordait plus de douleur qu'elle. Que des deux, il était celui qui s'était brisé en morceaux alors qu'elle arrivait encore à se tenir debout. Mais derrière tout ça, elle n'espérait que le voir heureux, ou en tout cas, un peu moins malheureux, un peu moins dépendant. A chaque fois qu'il brandissait une main ou qu'il prononçait des mots, elle sentait le flot de fureur qui montait. Lui, la poussant sans vergogne pour lui faire comprendre qu'elle n'était pas la bienvenue, qu'il valait mieux pour elle qu'elle dégage de là plutôt que de s'entêter à vociférer avec un âne. « Tu te rends compte au moins de ce que tu dis ? Tu réalises à quel point c'est absurde ? Tu sais très bien que je prends pas mon pied en te voyant dans un état aussi minable. »

Finalement, elle traîna ses pieds jusque devant lui, se décidant à se montrer un peu plus douce, dans l'espoir à peine vivant de le voir se calmer à son tour. Laissant ses yeux rouler sur sa silhouette, à la recherche des moindres petits détails, elle le voyait soumis à cette tension écrasante, qui se faisait ressentir dans chaque parcelle de son corps. La terrible découverte de ses tiroirs vides, son arrivée, son odieuse envie, elle le voyait au bord de l'implosion. Elle aurait voulu se rapprocher davantage, l'enlacer et se bercer à deux dans une illusion montée de toute pièce, où il s'en sortirait, où ce n'était pas très grave, pas très dur. Elle aurait voulu détruire dans une simple étreinte ce qui avait fait de lui ce qu'il était aujourd'hui, et broyer dans une douceur qui n'était pourtant pas la sienne ses sombres cauchemars. Mais face à son regard foudroyant, elle resta plantée là où elle était. « Tu peux pas continuer comme ça Connor. » Elle faillit lui dire qu'il se devait de faire des efforts, mais elle se retint, tant elle trouvait l'expression dérisoire dans cette situation là. Comme elle sonnait faux, comme elle n'était pas à la hauteur des choses. Cherchant une autre façon de formuler ce qu'elle désirait lui dire, elle commença à se remémorer les nombreuses scènes de ce genre, où elle tentait de lui comprendre que ces drogues n'avaient jamais rien eu de bon, qu'elles n'étaient pas un échappatoire mais plutôt un sombre donjon. « Et je sais plus quoi faire pour toi... Je les ai pas jetés pour te voir souffrir et pour que tu te transformes en bête de foire. Je les ai jetés parce que je veux que t'arrêtes. »
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MessageSujet: Re: La nuit circule dans mes veines - Connor    Ven 21 Déc - 22:26

Mais tout ça, la présence de Roxanne, son soutien et une possible trêve c'était trop sans doute. Trop de choses positives, trop de désillusions potentielles pour nous alors autant tout faire foirer volontairement pour n'avoir aucun doute sur les raisons d'un énième désaccord, d'une énième dispute. Stupide ? Très certainement, mais chaque fois que ça concerne Roxanne et moi la situation tombe toujours dans la stupidité, un talent incroyable pour la souffrance semble nous animer. Deux corps trop chargés en atomes explosifs, c'était peut-être le nœud du problème. Chacun de nous avait son épine plantée dans le pied, qui fait mal, qui agace et nous rend invivable mais aucun des deux n'a les couilles de retirer cette foutue épine de peur d'avoir encore plus mal sur le coup et ne songeant pas un instant que la douleur pourrait enfin s'atténuer. L'excès était notre pire ennemi maisnos caractères respectifs nous menait toujours vers cette spirale destructrice. Des allergiques à la simplicité, peut-être même pire que cela des allergiques au bonheur alors que comme tout humain nous lui courrions après. Nous voir là dans cette salle de bain ne faisait que confirmer ce triste constat.
La tension était palpable, mon corps tremblait à cause du manque et de la rage qu'avait provoqué ma prise de conscience sur la coupable de cette situation... J'allais l'accabler encore une fois, rejeter sur elle la faute de l'enfer que je vivais, mais cette fois ce n'était pas vraiment à tord. En fait ça n'était jamais totalement à tort, sauf que bien souvent j'allais trop loin parce que c'était bien plus simple ainsi. Qu'étais-je sensé savoir ? Je ne lui laissais pas le temps de m'en donner la réponse, trop haineux pour la laisser me toucher, l'avoir si près. Cette violence qui montait peu à peu en moins je savais qu'elle pouvait me faire faire n'importe quoi jusqu'à me blesser mais j'avais encore assez de lucidité pour ne pas vouloir lever la main sur la chef de la Résistance. Cependant je savais que trop bien qu'elle ne lâcherait pas l'affaire comme ça, que partir avant que je n'explose n'était pas dans ses plans et je lui en voulais terriblement de me donner une épreuve en plus à traverser. Si je lui crachais cette haine au visage, en la confrontant à cette prise de plaisir qu'elle pourrait prendre à me voir comme ça c'était parce que je voulais qu'elle souffre autant que j'étais en souffrance en ce moment. Je sentais des sueurs froides dans mon dos et mes mains étaient terriblement moites. Pour moi ? Elle faisait ça pour mon bien... Triste ironie ! « Parce que j'ai l'air d'aller bien là ? » répliquais-je sèchement, contenant encore ce qui allait finir par déborder. Peu importe combien cela pouvait être absurde que je l'accuse de prendre son pied à me voir comme ça, les faits étaient là. En me privant de ma dose elle ne faisait que rendre mon état plus pitoyable que si j'avais pu stopper cette crise de manque. Avait-elle ne serait-ce qu'une petite idée ce que pouvait être cette sensation de manque ? L'appel du corps pour recevoir son poison cette brûlure qui me déchirait les tripes ? Sans doute que non.

Le message ne semblait pas passer, cette incitation à ce qu'elle s'en aille avait été vaine et la repousser de la sorte n'avait fait qu'attiser son tempérament de feu. Roxanne me fit face, agrémentant sa présence déjà insupportable par quelques paroles pleines de morale et de bons sentiments. Ils ne furent qu'un écho à mes oreilles, elle voulait que j'arrête sans même savoir ce qu'il fallait pour que j'y arrive. « T'as cru que le chien méchant deviendrait un agneau dès qu'il cesserait de manger de la viande ? » je posais sur elle un regard plein d'arrogance « T'es plus maline que moi hein ? » j'éprouvais du dégoût à cet instant car mes petits efforts, ceux que je pensais être des petites pierres qui aideraient à rebâtir progressivement l'édifice écroulé étaient passé inaperçu. Et le pire c'est que j'aurais pu m'abaisser à le faire pour elle. Sauf que tout cela elle n'en avait aucune idée et la déception se mêlait au reste du cocktail explosif de mes émotions. « Une brillante stratège sur le terrain tellement idiote dans la vie c'est à peine croyable. » j'étais parti pour lui gerber tout un tas de gentillesse de ce genre et puis je me perdis dans son regard, là où j'avais vu parfois une lueur d'espoir, un petit quelque chose qui m'encourageait à ne pas me foutre en l'air pour de bon. Roxanne était ce qu'il y avait de meilleur et à la fois de pire pour moi. Me fait subir cela, me priver comme elle l'avait fait en provoquant ma souffrance m'était intolérable, sa présence, son attitude, sa voix m'exaspéraient.
Je m'approchais d'elle prenant son visage entre mes mains « Pour moi hein ? Parce que ça... C'est ce que t'appelle de l'aide ? » je secouais la tête avec un air dépité, tant de mots aussi aiguisés que des lames de rasoir me venait que j'aurais pu la découper en quelques phrases. « T'en sais rien de ce que c'est d'être moi ! ». Non, elle ignorait cette douleur perpétuelle que je ressentais au fond de moi, tous ces doutes et ces questions qui ne me laissaient jamais de répit et elle... En plus de cela qui s'ajoutait au reste de mes obsessions pour m'affaiblir d'avantage. Une impasse voilà dans quoi j'étais et le mur était bien trop haut pour être escaladé. J'approchais mon visage encore plus près du sien ne lâchant pas son regard et y plongeant mes iris avec dureté « Sur ce coup t'es la pire de mes emmerdes. » mes mains glissèrent le long de son cou lentement et quand elles arrivèrent au niveau de ses épaules je la plaquais contre le mur le plus proche « Arrête avec ta morale, arrête... » je serrais les dents « C'est ta faute si je suis comme ça bordel ! J'en peu plus, là faut que j'ai ma dose ! Tu comprends ça ? » je reculais, la lâchant avant de crier « Putain mais tu vois pas ce que tu as fait ? », retenant à nouveau un élan de violence à son égard c'est une chaise qui trinqua en se faisant balancer plus loin « Ce qui est con c'est de m'avoir sauver pour vouloir me tuer maintenant. Tu voulais faire ça toi même ? Lentement... Sous une fausse excuse de vouloir mon bien. » je n'étais plus vraiment sûr de la cohérence de mon discours, ma tête n'était plus qu'un épais brouillard et semblait peser une tonne. Mes mains vinrent frapper de part et d'autre de la tête de Roxanne, m'appuyant contre le mur et faisant barrière avec mon corps « Va m'en chercher... ».
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MessageSujet: Re: La nuit circule dans mes veines - Connor    Sam 22 Déc - 13:05

Elle s'y attendait. A ce qu'il lui fasse remarquer que le mot « bien » n'était pas véritablement adéquat à la situation dans laquelle il se trouvait. Que ce qui pourrait qualifier son état était tous les antonymes possibles du mot « bien ». Parce que c'était la réaction typique de quelqu'un qui ne pouvait pas obtenir ce qu'il voulait, persuadé que cette chose-là lui apporterait une satisfaction pleine et entière, et que la privation de ce plaisir n'était qu'une punition ou une torture suprême. « Et tu t'es demandé pourquoi t'étais dans cet état là ? Tu vas me dire que c'est de ma faute aussi ? Que c'est moi qui t'ai obligé à te shooter la première fois, et puis toutes les suivantes ? »
Il prenait en violence, et elle, se tassait sur place face à son inquiétant crescendo, avalant sa salive difficilement à chaque fois qu'il s'approchait un peu plus d'elle ou qu'il lui crachait avec dédain son venin. Elle ne savait pas à quoi s'attendre avec lui, car chaque fois semblait pire encore que la précédente. A chaque fois, elle était surprise par son arrogance et sa violence, se disant que c'était décidément la pire épreuve qu'il lui avait imposée jusqu'à ce jour. Et pourtant, les disputes qui suivaient détrônaient les précédentes sans aucun mal, et Roxanne ne se décidait toujours pas à lâcher l'affaire. Elle ne savait pas si c'était juste sa fierté, ou de la générosité et l'envie d'aider. S'il s'agissait là d'une manière d'exorciser son passé, de se racheter de ce qu'elle considérait douloureusement comme un échec, ou si c'était ce que l'on désignait volontiers par amour. Elle ne savait pas si elle se donnait tant de mal par pur égoïsme ou s'il lui arrivait de penser un peu à Connor.

« Et si le chien méchant continue à manger sa viande rouge, on retrouvera sa charogne plus rapidement que prévu. »
Ils fonctionnaient comme deux miroirs. La rage qui s'emparait de Connor allait de paire avec celle qui s'insinuait sournoisement en elle, crachant des répliques aussi puériles les unes que les autres, sans qu'il y en ait un qui soit assez sensé et raisonnable pour arrêter ce combat sans fin. Parce qu'ils défendaient coûte que coûte leur point de vue, tentant de mettre des bâtons dans les roues de l'autre plutôt que d'avancer des arguments pensés – car ils n'en avaient aucun en vérité. Ils n'étaient bons qu'à ça, se détruire joyeusement à l'aide des mots toujours plus tranchants. Il se montrait aussi habile avec ses attaques verbales qu'avec ses armes, ses sarcasmes perçant l'air pour aller atteindre leur cible comme une balle d'acier. « Oh s'il te plaît, recommence pas avec ton putain de complexe d'infériorité. Qu'est-ce que tu veux entendre, que t'es le plus malin, le plus lucide, le plus doué, que t'es le bon Dieu, qu'il émane de toi une supériorité aveuglante, et que nous petits humains que nous sommes on devrait juste s'agenouiller ? Mais tu t'es regardé, t'as vu dans quel état tu es ? Alors oui, je crois qu'en ce moment même je me sens un peu plus maligne que toi. » Ce n'était pas la bonne tactique. Elle aurait dû se taire, ou continuer avec des propos recouverts de bons sentiments, tant et si bien qu'ils sonnaient terriblement faux à leurs oreilles. Elle ne faisait qu'attiser sa colère, déchaîner sa violence, et s'il osait lever la main sur elle, alors elle pourrirait le restant de ces jours avec ce souvenir précis, l'accablant d'une culpabilité sans limites. Mais face à ses provocations, son besoin de lui répondre et de le heurter autant qu'il l'avait fait eut raison de toutes ses autres pensées.
Elle planta sans retenue ses incisives dans sa lèvre inférieure lorsqu'il lui fit remarquer qu'elle n'était décidément qu'une bonne à rien dans la vie alors qu'elle était capable du meilleur sur le terrain. Elle faisait partie de ces personnes qui excellaient dans ce qu'ils entreprenaient tant que cela ne les concernait pas de trop près. N'éprouvant aucune difficulté à prendre des décisions ou se montrer un peu plus rêche lorsqu'il s'agissait de l'intérêt commun. Mais lorsque les choix à faire la concernaient elle, lorsqu'ils allaient avoir des répercussions sur son unique personne, alors tout était différent. Même ce qu'il y avait de plus facile se transformait soudainement en un casse tête chinois, laissant Roxanne s'effondrer sous le poids toutes ses craintes. Toute action est un risque, et faire un choix pourrait se réduire à l'évaluation des risques en question. On choisit telle option plutôt qu'une autre car elle nous semble plus avantageuse, moins risquée. Sauf qu'elle n'était pas capable de faire un choix, qu'elle voulait cet absolu auquel elle avait toujours aspiré sans jamais le frôler, et que les risques qui se dégageaient de chaque option qui lui venait à l'esprit étaient des barrières à son absolu rêvé, à sa vieille chimère rouillée.
Et elle avait toujours eu l'intime conviction de n'être qu'un échec. D'avoir raté tout ce qu'elle avait un jour essayé lorsque cela relevait de la sphère personnelle, que son entourage finissait par se rendre compte de sa médiocrité, lassé de son hystérie constante et son orgueil débordant, la laissant alors seule. Portant le masque de celle qui n'était pas touchée pour ne pas laisser éclater au grand jour sa véritable nature. Solitude forcée dans laquelle elle se réfugiait à contre cœur. Car elle aspirait à plus, tellement plus, et Connor lui était apparu comme une faille dans cette prison hermétique qu'était sa sombre solitude. S'y accrochant fermement, sans se rendre compte qu'il était lui aussi enfermé dans sa propre cage. Après un long silence, elle articula, à mi-voix : « T'as raison... M'accrocher à toi, croire que ça finira par aller mieux et que t'as assez de volonté pour arrêter, c'est vraiment idiot de ma part. » Elle était exténuée de constater que rien ne payait. Et en plus de lui en vouloir de ne pas être assez fort pour mettre un terme définitif à sa putain de dépendance, ses mots rebondissaient dans sa tête, faisant écho avec ses convictions à elle. Et elle lui en voulut d'autant plus, de lui avoir ouvert les bras, de lui avoir fait croire à quelque chose qu'il ne pouvait finalement pas lui offrir. De l'avoir laissée s'attacher à lui, pour lui cracher vulgairement à la gueule que tout cela n'était qu'une énième preuve de son idiotie.

Elle sursauta lorsqu'il attrapa entre ses mains son visage, ses doigts moites venant se plaquer contre sa mâchoire, tandis que ses paumes épousaient la forme de ses joues. Par réflexe, elle s'agrippa à ses avant-bras, tandis qu'une bouffée de chaleur s'empara d'elle. Elle se sentait étouffer dans sa prise, ferme, douloureuse, et tremblotante à la fois. C'était vrai, elle n'avait pas la moindre idée de ce que c'était que d'être dans sa peau. Elle n'avait pas la moindre idée de la difficulté que c'était que d'être lui, et même si elle s'acharnait à comprendre, elle n'y parviendrait sans doute pas. Car ce poids ne pouvait être décrit. Il fallait le ressentir pour le comprendre dans toute son intégralité, dans toute sa complexité. Son odieuse complexité, à s'en broyer les os, à s'en atrophier. Roxanne refusait qu'on pose sur elle ce regard plein de pitié, celui qu'on adresse aux orphelins, aux démunis. Elle ne voulait pas être considérée comme telle, mais lorsque ça l'arrangeait, elle se glissait dans ce rôle-là. Qui n'en n'était pas véritablement un, car elle avait effectivement été démunie, elle avait effectivement perdu sa mère, assisté à l'affreuse déchéance de son prétendu père. Et ça la foutait en rogne que de l'entendre dire qu'elle ne savait pas ce que c'était que d'être ce qu'il était, avec son habituelle arrogance, et le sous entendu à peine dissimulé d'être le seul à avoir connu un jour dans sa misérable vie, le poids de la vie même. Égoïste, capricieuse qui se plaçait dans le rôle de la petite victime à plaindre lorsque cela l'avantageait. Elle se contenta cependant de lui répondre : « Parce que tu crois que tes dealers t'aident ? Tu crois qu'ils ont quelque chose à foutre de toi ? »
Ses doigts s'enfoncèrent avec plus de hargne dans sa chair, rapprochant son visage du sien, lui refilant la nausée par son haleine brûlante pendant que ses yeux tentaient de la transpercer. Elle voulut détourner la tête, mais ses mains rendaient impossible toute rotation. Forcée de fixer ses yeux qui ressemblaient à deux volcans en pleine éruption, et de subir son souffle alcoolisé. « Ils ont rien à foutre de toi, ils empochent le fric et se réjouissent de te voir chaque semaine, plus pitoyable que la semaine passée. Ils te refilent des trucs dégueulasses recoupés avec je ne sais quoi et battissent leur richesse sur ta déchéance. »

A peine avait-elle terminé de prononcer ses mots qu'elle se retrouva dos contre le mur, sa tête cognant dans un mouvement de recul ce dernier. Criant par dessus lui lorsqu'il la désigna en tant qu'unique responsable de son malheur : « Mais putain mais tu vois pas que je suis surtout la seule à m'en soucier ? Tout le monde s'en fout, tout le monde se fout de ta petite personne et de ce que tu peux devenir, si tu vis un jour de plus ou si tu crèves dans ta putain de piaule ! T'es rien d'autre qu'un inconnu, que le drogué dans la maison du coin, avec des putains de penchant pour l'alcool et la violence, qui gueule à trois heures du matin comme un demeuré, un putain de connard qui pense qu'à sa gueule et qui croit être le centre du monde. T'es quoi Connor, un mec perdu, dont tout le monde se fout alors que lui est convaincu de sa valeur, t'es du bétail au mieux. » Elle s'arrêta, essoufflée, et fatiguée, après avoir hurlé comme une enragée des conneries monstres, alors qu'il envoyait valser une chaise. Ses mains, à leur tour moites, se plaquèrent nerveusement contre le mur contre lequel elle était adossée, terrifiée face à la brutalité dont il faisait preuve. Elle pensait malheureusement ce qu'elle disait, mais dans ce processus de transformation des idées en paroles, tout avait été exagéré. Ses forces la quittaient, il l'avait poussée à bout en à peine quelques minutes, et continuait encore, redoublant d'efforts. Sa supposition la fit grimacer, dégoûtée, offusquée. Elle resta quelques secondes la bouche entrouverte, la respiration difficile, avant de reprendre un ton plus bas : « Tu racontes vraiment n'importe quoi. »
Elle ouvrit la bouche pour crier, mais ses poings cognèrent le mur, de part et d'autre de sa tête. Elle se recroquevilla, le souffle se coupant au moment où il vint frapper. Apeurée, elle finit par se redresser, relever la tête, l'angoisse bien ancrée dans ses rétines, souveraine de ses traits déformés. Elle resta silencieuse, inspirant et expirant le pauvre air qu'elle trouvait bruyamment, à une dizaine de centimètres à peine de son doux tortionnaire. Son sang frappait violemment contre ses tempes, la migraine se frayait un chemin jusqu'à elle.

Son ordre la fit frémir, tant elle n'y croyait pas. Elle ne pouvait se résoudre à admettre qu'il venait clairement de lui ordonner d'aller racheter tout ce qu'elle avait jeté. Détournant la tête sur le côté, l'ombre d'un sourire de dessina sur ses lèvres, bien qu'elle n'avait pas le cœur à ça. Moqueuse, tournant en dérision cette situation qui était leur réalité, leur routine, leur équivalent du métro-boulot-dodo, pour se persuader que c'était encore supportable, elle rajouta : « Je suis la seule personne qui... » Secouant la tête, sans finir sa phrase, elle reposa ses yeux sur lui, se voulant confiante, avant d'articuler distinctement : « Va te faire foutre. »
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MessageSujet: Re: La nuit circule dans mes veines - Connor    Dim 23 Déc - 13:33

Le problème avec la drogue c'est que cet état dans lequel ça vous plonge ne devient plus un choix, un besoin de ces sensation mais carrément une nécessité physique. Moi qui détestait l'autorité, les contraintes, j'étais esclaves de ces substances qui me bouffaient de l'intérieur. Quand j'avais commencé ce n'était qu'un échappatoire à tout ce qui m'était tombé dessus, un moyen d'oublier que j'avais été accusé du meurtre de ma propre famille, emprisonné pour ce crime que je n'avais pas commis. Détruit j'étais devenu ce type détestable, arrogant là où j'étais seulement insolent, violent au lieu d'impulsif mais ça c'était avant... Tout avait été amplifié de façon négative et la drogue avait contribué à cela. une spirale infernale m'avait à présent définitivement happée, s'en extirper demandait de la volonté et des efforts douloureux que je n'étais peut-être pas prêt à faire ou pas capable ?
Je n'étais pas tout blanc, j'avais provoqué cette situation et j'étais à présent la victime de mes conneries passées, de ma faiblesse, de cette faille qui à peine réduite par moment s'élargissait à nouveau au moindre coup dur. Roxanne avait raison sur un point, elle n'était pas à l'origine de mon premier rail, de mon premier ecstasy et autre. Par contre elle était la seule responsable de mon état actuel, voulant bien faire certes mais tellement maladroite. Une nouvelle bataille verbale s'engageait entre nous, chacun campant obstinément sur ses positions avec toujours plus de vigueur dans ses propos et un soin tout particulier pour les mots choisis, des mots blessants. Je luttais contre l'expression de ma colère mais des bribes de violence m'échappaient, mon but n'était pas de la blesser, la frapper était exclu même dans un tel état de rage. Chaque parole qui sortait de sa bouche bourdonnait à mes oreilles comme une mélodie agaçante, irritant un peu plus ces plaies internes qui me marquaient.

Elle plaidait, défendait son bout de gras en m'enfonçant un peu plus. Son discours n'était pas totalement dénué de réalité mais pour moi elle était également sacrément à côté de la plaque. Cette colère dirigée vers elle s'exprimait à travers mon regard, s'associant à la fébrilité que causait le manque. J'écoutais ce flots acide qui sortait de sa bouche, je contemplais Roxanne et me sentais comme soudain spectateur de la scène. Mais c'en était trop et j'avais fini par lâché à quel point elle était stupide dès qu'il ne s'agissait plus du terrain, je lui jetais la pierre tout en étant pareil qu'elle. Sa réponse brisait le peu d'espoir qu'elle avait pour moi de me voir arrêter et je l'avais cherché. J'encaissais cette remarque, c'était sûrement celle qui me touchait le plus depuis qu'elle était entrée chez moi arrivant malheureusement au mauvais moment. Piqué au vif, blessé encore un peu plus comme le taureau dans une arène lors d'une corrida je me débattais comme je pouvais, avec des mots et des gestes trop brusques qui m'échappaient. « Tu en sais quoi de ma volonté, t'es dans ma tête ? » j'aurais voulu pouvoir lui dire que j'essayais depuis quelques temps de baisser de pied sur la coke et l'alcool, aller jusqu'à avouer que si je voulais le faire c'était pour elle en contre partie de ma vie sauve... Mais j'avais toujours un putain de frein qui m'interdisais ces aveux.
Dans son regard je pouvais voir du dégoût, de la colère et une forme de désespoir, un étrange mélange qui accentuait encore ma douleur. Depuis mon emprisonnement Roxanne avait été la meilleure chose qui me soit arrivé, la seule qui se soit véritablement intéressé à moi mais on se rejetait en bloc. Deux incapables des relations humaines, des ratés des sentiments, des parias du bonheur. Je secouais la tête quand elle continuait d'en rajouter, appuyant où ça fait mal et contrant mon propres discours aussi décousu fût-il « Bien que tu en pense le contraire je ne suis pas stupide ! Je sais que ces types n'en ont rien à foutres... » j'avais été flic côtoyant ces dealers pour avoir des infos, leur faisant la vie dure pour démanteler leur réseau et elle venait me faire la leçon ? « Tu sais rien de tout ça, tu le vis pas... » quand allait-elle comprendre ? Je voulais seulement qu'elle ouvre les yeux, admette que tout ne dépendait pas que de moi et que je n'étais pas juste ce pleurnichard au complexe d'infériorité comme elle s'évertuait à me le répéter.
Cette nouvelle tirade fût comme un coup de poignard, je savais tout ça mais l'entendre de sa bouche donnait une tout autre dimension à cette vérité. Tremblant plus encore j'eus envie de la faire taire, qu'elle la ferme et cesse d'enfoncer des portes ouvertes. « Tu veux l'entendre de ma bouche ? » mes mâchoires se serrèrent « Je suis une épave... Une merde... Et je crèverais seul comme un chien au bout d'une chaîne. On jettera ma carcasse et un nouveau chien me remplacera. Et toi... Bah tu iras trouver un autre abruti pour te baiser. ». J'avais de plus en plus de mal à me retenir, à contenir ma rage et mon mal être. Je vis la crainte dans son regard quand mes poings cognèrent juste à côté d'elle et je me sentis mal en ressentant pourtant une légère pointe de satisfaction, il fallait qu'elle cède et répare sa connerie. Je ne pouvais pas rester comme ça, la seule idée que le manque augmente encore me faisait paniquer. Ce petit sourire en coin, cette désinvolture de la part de la chef de la Résistance me donna la gerbe, elle jouait avec moi. Insensible à ce qu'était mon état, seulement bonne à me dénigrer et m'enfoncer plus bas encore, comment ose-t-elle ? Qui était elle pour se permettre cette attitude ?

J'eus un léger rire quand elle m'indiqua d'aller me faire foutre, je reculais tremblant plus que jamais et des gouttes de sueur venant couler dans mes yeux ce qui était très désagréable. « Tu veux savoir ce que ça fait ? » je pris une grande inspiration pour continuer de me maîtriser un tant soit peu « D'abord les tremblements puis les sueurs froides qui te glacent le dos... Le malaise, l'oppression du manque et cette idée que plus jamais rien ne sera comme avant et que tu devras supporter cette douleur jusqu'à la fin de tes jours si tu ne fais pas ce qu'il faut. C'est indépendant de toi... C'est ton corps qui réclame, chimiquement et la brûlure te déchire les entrailles. » je reculais et ramassais alors mon arme sur le sol. Un sourire étira mes lèvres « Que j'aille me faire foutre est toujours ta réponse ? », ce n'était pas vers elle que je dirigea l'arme, pourtant ça aura pu mais elle l'avait dit c'était moi qui m'étais foutu là dedans et j'étais donc le seul à pouvoir m'en sortir. Je posais le canon sur ma tempe « Là... Ou... » je descendais lentement le canon jusqu'à mes lèvres ouvrant la bouche. Mon regard fixé sur elle je la défiais de me dire d'appuyer sur la détente, allais-je le faire ? Je ne sais pas mais je sentais le métal trembler contre mes dents et la tension ne cessait d'augmenter. Je voulais qu'elle souffre sous le poids de la culpabilité, une torture comme une autre en somme.
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MessageSujet: Re: La nuit circule dans mes veines - Connor    Mar 25 Déc - 20:14

En effet, elle n'était pas dans sa tête. Elle ne savait pas à quel point il essayait dur de décoller de ses saloperies, elle n'avait pas remarqué qu'il avait effectivement freiné, très légèrement certes, sa consommation, tant leurs rapports s'étaient détériorés. Tout ce qu'elle voyait, c'était qu'il était toujours désespérément accro. Et ça n'avait pas changé depuis qu'elle le connaissait, enchaîné, et perdant dans ses fers l'espoir même de s'en libérer. « Non c'est vrai, je sais pas ce que c'est. Mais je vois que rien n'a changé depuis le début, alors tu peux me dire ce qu'elle a foutu ta volonté ? »

Elle ressentit un pincement au cœur lorsqu'il confirma ses propos. Dernièrement, elle n'avait été bonne qu'à ça : lui rabâcher constamment qu'il ne valait rien. Qu'il n'était qu'un incapable doublé d'un imbécile, un orgueilleux qui finirait par se noyer dans sa propre fierté tant elle était envahissante. Elle passait son temps à lui répéter ces ignominies, comme un charlatan qui essaie de vous convaincre d'une chose à force de vous la répéter. Un véritable bourrage de crâne, qui ne se révélait peut-être pas si inefficace que ça. Mais l'entendre admettre qu'il n'était effectivement qu'une carcasse vide qui ne valait rien ne lui apporta pas le moindre sentiment de satisfaction. Car en vérité, malgré son caractère de chien, malgré tous ses défauts qui occupaient le devant de la scène, il n'était pas mauvais. Et elle le savait, mais était tout bonnement incapable de le lui dire ; plus douée dans l'art du dénigrement. Elle serra les dents en entendant la fin de sa réplique, sans réellement avoir le temps de lui recracher des insanités à la gueule – et pourtant elle en avait qui s'agglutinaient sur son palais sec, puisqu'il cogna ses poings contre le mur.
Ses tripes semblaient s'emmêler dans une danse langoureuse, et la douleur ne fit que s'accentuer lorsqu'il se lança dans la description du mal-être qui enlaçait votre être entier une fois que vous vous étiez jeté dans la gueule du loup. Une partie d'elle réagissait à son discours, sensible face à son douloureux quotidien sur lequel il posait des mots. Mais une autre partie, plus grosse, plus grande, plus imposante ne compatissait pas, ne pliait pas ; voyant dans ses paroles la fourbe tentative d'éveiller en elle un sentiment de culpabilité. Elle avait compris qu'il s'agissait d'un calvaire. Qu'une minute sans sa dose revenait à une décennie plongé dans les flammes de l'enfer. Qu'une telle sensation se passait de mots tant elle était invivable. « Tu t'es déjà demandé ce que c'était que de vivre avec quelqu'un comme ça ? Que de vivre avec toi ? »

Ses mots moururent brusquement sur ses lèvres qu'il se releva, l'arme à la main. Sa mâchoire se resserra sèchement, et son souffle se coupa, comme si la gâchette risquait de céder si celui-ci se faisait trop bruyant. Ses sourcils se froncèrent à l'entente de son odieuse provocation. D'autant plus insupportable qu'elle faisait naître sur sa bouche un rictus hautain. Elle eut un mouvement vers l'avant lorsqu'il pointa son arme sur sa tempe, se ravisant dans la seconde qui suit, pour revenir se plaquer toute entière contre le mur duquel elle n'avait pas décollé, contemplant, impuissante, le métal gris qui longeait la ligne de sa mâchoire avant de se glisser entre ses dents. Elle se sentait faillir, abandonnée par ses jambes qui semblaient s'apparenter à des mollusques, et le cœur au bord des lèvres, prête à le vomir ; vacillant d'angoisse. « Connor, fais pas ça... Fais pas ça. » Supplique qui s'extirpa tant bien que mal de sa bouche, avant qu'elle ne s'avance, terrifiée vers lui. Traînant sur ses maigres guiboles son corps, qui lui paraissait tellement lourd qui ne lui semblait plus être le sien. Mais la douleur de ses viscères lui rappelait vivement qu'elle se trompait. « Donne-le moi... »

Elle posa alors ses doigts sur ses poignets, grimpant jusqu'à sa paume, tentant de décoller ses phalanges une à une, lentement, délicatement. La tension augmentait à chaque fois qu'un de ses doigts se détachait de l'engin ; comme cette tension oppressante des démineurs face à une bombe qu'ils ne savent gérer. Paniqués par l'égrènement bruyant des secondes, et conscients qu'un geste brusque les mènerait inévitablement à la mort. Craignant qu'il ne le serre subitement et tire, elle parvint finalement à l'agripper dans ses mains, tout entier, se précipitant en arrière, toute suffocante, pendant qu'elle vidait le chargeur pour glisser les cartouches dans sa poche. Elle se cogna contre une commode, la détournant maladroitement, pour se laisser tomber sur les fesses, les mains glissantes tentant de prendre appui sur le parquet.
Sa menace de suicide l'avait rendue fragile, plus fragile que tout ce qu'il avait pu lui faire subir jusqu'à présent. Réveillant en elle ce qu'elle avait toujours essayé d'oublier : les images de son père mort, son corps mou, son visage décoloré. Il avait profité d'une de ses rares fois où elle sortait pour se tuer, et depuis ce jour-là, elle s'effondrait sous les remords, intimement persuadée qu'il était encore chaud lorsqu'elle l'avait découvert, que si elle n'avait pas paniqué en un premier temps, il serait peut-être encore avec elle aujourd'hui. Qu'il serait certainement encore avec elle. Paranoïaque, et d'une véritable mauvaise foi, elle fut convaincue que ce manège de Connor n'était qu'une énième manière de la torturer. Car c'était ce qu'ils faisaient, ils se torturaient et se réjouissaient de leurs dernières inventions lorsqu'elles étaient efficaces, rageant de jalousie lorsqu'ils réalisaient que le dernier stratagème de l'autre était brillant. Deux maîtres sadiques, rivaux masochistes. Mais elle n'avait jamais cru qu'il oserait aller si loin, sentant le goût de la trahison ardente remonter dans sa gorge. Totalement abasourdie, mais surtout, particulièrement touchée. Blessée, elle ruminait dans son coin comme un lion en cage. « J'aurais jamais dû te le dire. J'aurais dû m'en douter... »

Et elle avait beau chercher dans les décombres de sa mémoire, rien ne venait. Elle était à bout, à sec. Exténuée, incapable de trouver une pique assassine qui le mettrait dans le même état qu'elle – car elle refusait de rester sur cet échec-là. C'était triste à admettre, mais elle voulait, elle désirait en ce moment précis, plus que tout, qu'il ressente les dégâts qu'il avait causé en elle. Car elle se sentait affreusement faible, et ne supportait l'idée de voir son adversaire demeurer fort et puissant – du moins en apparence, mais c'était déjà trop pour elle. La seule chose qu'elle trouva fut pathétique, mais qu'importe, en son sens, elle s'était ridiculisée et il lui fallait coûte que coûte trouver quelque chose à lui balancer. Jouant ainsi celle qui n'était pas touchée, celle qui ne pleurerait pas comme une vieille fille désespérée sa mort, si elle venait à arriver ; alors qu'elle était prête il y a deux minutes à peine, à se mettre à genoux pour le supplier de ne pas presser la détente. « C'est vraiment ce que tu veux ? Tu veux vraiment crever ? Parce que si c'est le cas vas-y, mais pas devant moi. Et ne m'accuse pas d'être celle qui t'y a poussé, parce que je suis justement la seule qui ait toujours essayé de te sauver. Je veux pas être impliquée dans ton suicide pourri qui se veut théâtral. » Ses mots grinçaient entre ses dents, son discours dur contrastant avec sa face déformée par le flot d'émotions, à son goût néfaste, qu'elle n'arrivait pas à contrôler. Elle ne pensait rien de ce qu'elle disait, les arrachant de sa langue malgré tout, dans l'espoir que ça l'atteigne, alors que ses joues se recouvraient d'un voile humide. « Et si tu t'inquiètes pour ma vie sexuelle, et bien tu peux crever en paix, j'ai trouvé un autre abruti pour me baiser comme tu dis. » Dans le cas où il y croirait, elle ignorait si cette révélation allait faire son effet. Peut-être que des deux, elle était la seule à aimer. Elle avait tellement besoin d'un minimum de soutien et d'affection qu'elle s'était inventée toute une histoire, un conte déchu où Connor, derrière son habituelle arrogance, était également profondément attaché à elle. Et peut-être que la vérité était tout autre, peut-être qu'il se complaisait dans cette relation sado-masochiste, sans ressentir quoique se soit à son égard. Peut-être qu'il n'avait rien à faire de ses coucheries avec d'autres hommes, qu'il s'agisse ou non de Wayne. Qu'elle ne représentait à ses yeux qu'une vulgaire poupée de chiffon, qu'il jetterait sur le bas côté au moment même où elle monterait trop sur ses grands chevaux. « D'ailleurs quand on y pense, vous vous ressemblez beaucoup. Il était flic, lui aussi. Et lui aussi, c'est un beau salopard aujourd'hui. » Elle se découvrit avec effroi un terrible don pour les relations malsaines, comportant ce noyau commun qu'était la destruction. Reproduisant un schéma familial qu'elle avait toujours déploré, même lorsqu'elle tentait de le fuir, lorsqu'elle cherchait dans des bras le moyen de remplir le trou béant qu'était sa personne. Mais elle n'y avait trouvé que le malheur, que la réminiscence de sa triste existence au parfum de spiritueux. Secouant la tête, consternée par sa faiblesse, elle rajouta : « Faut croire que c'est la seule chose qui m'excite, les pourris de ton genre. Enfin, c'était pour te dire que t'avais pas à t'en faire, mais tu te doutais bien qu'il me fallait trouver quelqu'un pour te remplacer avant même que tu ne mettes en route tes plans de suicide, non ? Avec tout ce que t'avales, ça m'étonne de savoir que t'arrives encore à bander. »
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MessageSujet: Re: La nuit circule dans mes veines - Connor    Jeu 27 Déc - 21:13

Inlassablement ma volonté à sortir de cet engrenage néfaste était remise en cause, Roxanne se questionnait et j'étais bien incapable de lui donner des réponses. Stupide retenue que je ne n'identifiais même plus à ce stade. Mon esprit n'était plus qu'un épais brouillard où seule la destruction avait sa place. A la manière d'un animal sauvage je me débattais d'abord contre moi-même mais aussi contre la chef de la Résistance et ses persiflages douloureux. J'avais hâtisé sa rage autant que la mienne se manifestait, égalité infernale dans un crescendo de colère. Était-elle seulement consciente que sa victoire était imminente ? Qu'il lui suffisait de m'inciter à appuyer sur la détente pour que ce mal que je provoquais s'arrête ? Cette vie que j'imposais au peu de personne qui m'entourait... Ce qui se résumait presque qu'à Roxanne. Mais me dire de tirer c'était prendre le risque de s'exposer à de nouveaux maux, à l'écrasant poids de la culpabilité et aux images de ma mort juste sous ses yeux.
Le métal froid de l'arme se réchauffait sous l'effet de mon souffle, ma respiration était saccadée, haletant comme un chien en panique l'aurait fait j'attendais sa réaction, son potentiel feu vert. Aimait-elle ce pouvoir que je lui donnais ? Enfin elle avait la possibilité d'enfoncer le clou une bonne fois pour toute je me mettais volontairement à sa merci. A cet instant, l'idée que tout s'arrête devint séduisante. Une attirante issue pour qu'enfin la douleur persistante de mon manque ne soit qu'un souvenir de ma déchéance. Ce moment qui ne dura en réalité que quelques secondes me paru interminable où je sentais chacun de mes membres sous tension, les muscles figés et la sueur dégoulinant sur mon front. J'entendis sa supplique comme une parole lointaine, sentant le goût acre des résidus de poudre du canon dans ma bouche je fermais les yeux, m'apprêtant à passer à l'acte. Sans doute que cette ultime provocation de ma part était choisie inconsciemment comme faisant un lien avec ce que la jeune femme avait vécu plus jeune, car j'étais bien incapable dans mon état actuel d'avoir le niveau de réflexion consciente nécessaire à la mise en place de cet affront.

Appuyer sur la détente... un geste si simple et ça me semblait être la meilleure chose à faire là maintenant après ce qui c'était passé ces derniers temps, et puis cette sensation qui n'allait pas s'arrêter et ces mots qui avaient été dit... Le bon choix était celui-ci, le chaos en moi avait fini par me convaincre. Mais je sentis les mains de Roxanne sur mes poignets, ses doigts défaisant les miens qui refusaient pourtant de lâcher leur prise, la moiteur de sa peau se mêlant à la mienne. Finalement après quelques résistances je la laissais récupérer mon arme, restant immobile rouvrant les yeux un peu hagard et serrant de nouveau les mâchoires. Je posais mon regard sur elle, nous étions vidés de notre énergie à force de nous débattre et de nous combattre. Je ne compris pas vraiment de quoi elle parlait sur l'instant quand elle affirma avoir commis une erreur. Trop persuadé que son ordre d'appuyer sur la détente allait résonner dans la pièce, je me questionnais sur cet enchaînement de paroles blessantes, ses paroles suppliantes et la logique qu'il y avait à sa présente fébrilité face à moi. L'incompréhension était le sentiment dominant et il venait se mêler à ma colère toujours bien présente. Même cette libération m'était interdite du moins pas en sa présence, c'étaient ses mots et ils résonnaient en moi à mesure qu'elle poursuivait son discours. Je déglutissais difficilement et haussais les épaules « Ah oui tu ne veux pas être témoin de la bavure.... Pouvoir dormir sur tes deux oreilles. Mais y arrivera tu ? Ton égoïsme ne te protégera pas ! » l'amertume transpirait dans chaque mot de ce sursaut d'orgueil que j'avais. Cette théâtralité dont elle parlait n'était même pas préméditée, si tout cela paraissait théâtrale c'est parce que c'était l'expression brute de ma souffrance, le dernier élan dont j'avais été capable alors que j'étais au fond d'un gouffre aux pentes trop abruptes à mes yeux pour être remontées. « Regarde où elles nous mènent tes certitudes... » l'aplomb, les mots pleins de hargne pas un pour racheter l'autre et nous attendions qui infligerait le coup de grâce et achèverait cette bataille.
C'est Roxanne qui eu le privilège de cette mise à mort émotionnelle. Un peu de naïveté me restait sous cette croûte dure et sale de fierté et d'arrogance. J'avais eu l'illusion que je puisse être le seul avec qui elle passait des moments intimes, privilégiés. Que malgré toutes ces saloperies que l'on se jetait irrémédiablement au visage au bout d'un moment, notre lien était réel et unique. J'étais le dernier des connards à ses yeux mais pourtant durant ces quelques semaines de répit pendant ma convalescence il m'avait sembler qu'aussi maladroits et fiers soit on le soutien que l'on s'apportait et la véracité des sentiments étaient un fait avéré. Belles illusions qui volèrent en éclats à peine sa phrase bouclée, parce que je savais que ce n'était pas des paroles en l'air... Je le sentais. Je n'eus d'abord aucune réaction visible mais en moi c'était encore un peu plus le bordel si c'était possible. Elle en rajouta apportant des informations supplémentaires sur cet autre qui me remplaçait pour la satisfaire, évoqua son passé de flic, le fait qu'il soit lui aussi un salopard, un pourri ou tout autre adjectif que la brune pouvait cracher pour me définir. C'était moi qui allait pouvoir dormir sur mes deux oreilles à en croire ses mots, pire j'allais pouvoir me foutre en l'air en toute sérénité puisque son activité sexuelle était assurée. Je prenais de pleins fouet le revers de ma provocation et finalement c'était bien fait pour moi.

Sûrement était-ce ma paranoïa habituelle mais concernant son nouvel amant je ne pu m'empêcher de faire le lien avec Wayne. Le contrôle qu'il avait sur moi était très probablement à l'origine de cela, mais j'étais assailli par un désagréable pré-sentiment. Était-ce lui ? J'eus soudain la nausée à cette idée. Était-il aller jusque là ? Encore un nouveau coup porté par Roxanne, cela n'était pas si récent, cette tromperie... Oui c'était comme cela que je le prenais même si techniquement nous n'avions rien d'un couple dans le sens classique du terme. Mon orgueil en prit un coup et elle venait de réactiver ce besoin de la heurter « T'as eu la preuve il y a pas si longtemps que ça fonctionne plutôt bien. » répondis-je avec arrogance à cette basse provocation sur l'expression de ma virilité. Je continuais de trembler comme une feuille en plein courant d'air ne trouvant même plus contenance, plus faible que jamais je ne savais quoi répondre. Battu sur un terrain où je nous avais mené dans l'espoir de ressortir vainqueur, voilà que j'étais celui qui avait les deux genoux à terre. Mon regard dévia et j'allais même jusqu'à lui tourner le dos, bien trop blessé et ne réussissant plus à tenir. Trop de choses s'accumulaient et j'étais acculé, totalement perdu face à ces nouvelles révélations. Mes poings se serrèrent « Tu oublie autre chose qui t'excite ! Cracher ton venin ça aussi ça te donne du plaisir hein? » ma gorge se nouait à cause de toute cette douleur qui s’amoncelait comme un tas d'ordures « Dé... Dégage Roxanne. » balbutiais-je alors que mes yeux s'humidifiaient bien malgré moi et je me sentais stupide et pathétique mais comme mon manque c'était incontrôlable « Si tu veux être témoin de rien vas t'en. Pour la culpabilité par contre je peux rien promettre... » elle n'allait pas s'en tirer comme ça, c'était trop facile de la délester de choses dont elle étaient bel et bien la coupable même indirectement parfois. J'aurais voulu exploser, n'était-ce pas le bon moment pour le faire ? Mais je n'en avais même pas la force, pitoyable jusqu'au bout et comme jamais auparavant devant elle. « C'est quoi son nom ? » lâchais-je dans un ultime souffle. Je posais cette question n'étant même pas sûr d'en vouloir réellement la réponse.
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MessageSujet: Re: La nuit circule dans mes veines - Connor    Dim 30 Déc - 19:45

Elle n'avait aucun équilibre, aucune stabilité, rien sur quoi se reposer. Chancelant au gré du vent, au gré de ses insultes et de ses caresses. Oscillant entre la peine démesurée et la colère enflammée, se consumant petit à petit. Elle crachait ses mots, pleins de haine et vidés de réflexion, comme elle crachait ses poumons, comme elle voulait expectorer son minable cœur. Elle regrettait ses mots à peine prononcés, mais n'était pas capable de baisser les armes ; elle ne voulait pas qu'il se fasse éclater la cervelle tout court, que ce soit devant elle ou dans son dos. Elle ne voulait que le confort de ses bras et la promesse d'un futur un peu moins chaotique, mais tout ce qui traversait ses lèvres avaient pour but de l'enfoncer un peu plus profondément. « C'est sûr, mon égoïsme me protégera pas. C'est de sages paroles tirées de ta propre expérience ça ? Parce que tu t'es toujours comporté comme un putain d'égoïste et regarde où t'en es... Y a pas de quoi être fier. » Il avait certes toujours été là pour elle lorsqu'il s'agissait de missions plus ou moins réussies, la protégeant du mieux qu'il pouvait lorsqu'il le pouvait. Mais ils n'étaient pas les mêmes lorsqu'il s'agissait de la Résistance, ou lorsqu'il s'agissait d'autre chose qu'eux deux uniquement. Ils devenaient des personnes un minimum respectables, défendant des valeurs humaines – tandis que lorsqu'ils se retrouvaient seuls tous les deux, cela se transformait en confrontation féroce d'ours enragés. Des sauvages qui ne pensaient qu'à leur propre existence, des monstres d'égoïsme. Elle s'affala à moitié sur la commode, toujours par terre, une jambe à repliée tandis que l'autre gisait comme un serpent. « T'es minable à voir, Connor. » lança-t-elle, ressentant le besoin de faire un constat qui allait pourtant de soi, de remuer un peu plus le couteau dans la plaie – comme s'il s'agissait encore d'une plaie, et non d'un trou béant. « Regarde où elles nous mènent tes conneries... »

Sans grand étonnement, il venait défendre sa virilité, lui rappelant sournoisement ses beaux exploits des quelques semaines passées comme s'il s'agissait de victoires époustouflantes. Secouant la tête, elle lâcha un bref rire, qui se confondit quelque peu avec une toux, jugeant qu'il valait mieux ne rien répondre. Des étreintes qui avaient le goût du pardon, de l'oubli, celui du nouveau départ. Comme une promesse silencieuse de mettre d'arrière eux tout ce qu'ils avaient lâchement balancés à la figure de l'autre dans le passé. Elle avait été naïve d'y croire, comme lui s'était montré idiot de croire qu'elle lui avait juré fidélité par ses baisers fiévreux – et elle se sentait bien sale de mettre ses incartades avec Wayne entre eux. Sale de se glisser dans ses draps souillés par les passages de toutes ses prétendantes passées, de ne pas être capable de lui refuser ses caprices et de se perdre dans ce succulent pêché de la chair. Car ça ne se résumait qu'à ça ; leurs peaux échauffées, leurs chairs affamées, leurs os se cognant et se fracassant, et leur cartilage pliant sous leurs désirs ; la jouissance, la destruction, à l'état brut, à s'en couper le souffle, le plaisir, et la douleur, intenses. Elle se sentait comme un vulgaire pantin, pauvre petite marionnette docile entre les mains sadiques d'hommes brisés – alors qu'elle n'était nullement la victime, mais une source de ravages immenses.
« T'as pas idée... Surtout quand il s'agit de le cracher sur toi. » Elle était lasse, épuisée et ses paroles se faufilaient hors de sa bouche de la même façon. Des mots qu'elle laissait couler, sans réussir à y mettre de ton, sans parvenir à y rajouter son air hautain habituel. « On a au moins ça en commun, n'est-ce pas ? Et encore de nous deux je suis même pas sûre d'être celle qui excelle le plus. Tu te rends même pas compte à quel point tu peux être dégueulasse. »

Ses dents se serrèrent lorsqu'il évoqua de nouveau sa brillante idée qu'était de repeindre dans une merveilleuse couleur rubiconde les murs trop austères de son salon. Roxanne continuait à croire fermement qu'il se servait de cette menace de suicide dans l'unique but de l'atteindre, sachant pertinemment qu'elle perdrait ses moyens face à un tel acte. Qu'elle serait incapable de rester de marbre, qu'elle serait incapable de rester ce qu'elle était. Déchirée par la douleur vive de ses souvenirs tatoués à l'encre indélébile sur sa mémoire, par l'horreur qu'une telle fourberie provoquait en elle, et pourtant... Et pourtant, si les rôles avaient été inversés, elle n'aurait pas été plus raisonnable non plus. Parce que des deux, elle était peut-être la pire. Plus vicieuse, sans principes, si ce n'est que ceux qui lui ordonnaient de se sauver elle-même. Elle avait grandi seule, sans personne, avec l'unique nécessité de vivre un peu plus, d'être un peu plus. Un peu plus que cette minable gamine sans repères.
« Arrête. Arrête ! Ferme-la ! » Ses larmes redoublèrent, et sa respiration devint saccadée alors que ses dents s'entrechoquaient. Et elle lui lança ce regard, celui qui était plein de haine, débordant de colère, celui qui lui faisait comprendre qu'elle allait le pourrir le restant de ses jours pour avoir osé faire une chose pareille, et en même temps, celui qui le suppliait d'arrêter ce qu'il lui faisait subir là. « T'as vraiment aucune limite, aucune morale. » Tu me dégoûtes. « Je crois que je t'avais toujours sous-estimé jusqu'à présent. »

Elle s'était recroquevillée en une petite boule, coincée entre le mur et la commode, les genoux plaqués contre la poitrine, et les mains tremblotantes, qui venaient s'échouer à la racine de ses cheveux, contre ses tempes puis ses joues, puis autour de ses jambes, avant de venir agripper son pull au niveau de l'estomac. Elle lui ressemblait presque, agitée, pleine de sueur. Elle étouffait, physiquement et psychologiquement, ne parvenant plus à trouver d'air nul part.
Elle tiqua cependant à sa question, relevant la tête vers lui, les sourcils froncés, et les yeux rougis. Que pouvait-il faire de son nom ? Le chercher, le traquer, et se rassurer en faisant des comparaisons douteuses ? S'imaginer leurs étreintes sans âme, et se mordre les doigts d'avoir été aussi con ? « Je te demande pas le nom des filles que tu baises à côté, alors qu'est-ce que t'en as à foutre ? » Il avait beau croire naïvement qu'il était le seul à se glisser entre ses reins, et pourtant, il ne jouait pas le rôle du mari fidèle jusqu'au bout. Incartades enflammées avec Ruby dans lesquelles sa conscience semblait trouver un semblant de repos. Il ne pouvait pas attendre d'elle quelque chose qu'il n'était pas capable de faire en un premier lieu – et même si Roxanne n'était pas au courant de ses aventures, elle refusait de croire qu'elle pouvait être la seule. Car ça allait presque de soi, pour elle. Ils n'étaient pas un de ces couples respectables, ils n'étaient pas un couple tout court. Elle n'avait pas de compte à lui rendre, elle n'avait pas à subir des éventuelles crises de jalousie tout comme elle n'avait pas à s'insurger devant l'idée qu'il puisse jouir dans d'autres draps. Mais ça, c'était ce que la théorie lui disait, car en pratique, si elle découvrait qu'il existait effectivement des femmes qui se perdaient dans les bras de Connor, sa réaction n'aurait rien de pacifiste. Elle se demanderait ce qu'elles avaient de plus qu'elle, si elles lui plaisaient plus, si elles étaient plus vivables. Si elles étaient tout bonnement plus humaines, pour finir sur un triste constat : il n'était pas difficile de trouver des femmes plus agréables, moins insupportables. Elles étaient là, à tous les coins de rue, partout, et finalement, il n'était pas étonnant que Connor finisse par la laisser – parce que c'était ce que tout le monde faisait. Car qui voudrait d'elle ? Qui parviendrait à vivre avec elle ? Pas même elle.

« A quoi est-ce que tu t'attendais, hein ? Tu pensais que j'allais rester dans ton taudis jusqu'à la fin de mes jours à faire ta putain de bonniche ? » Elle jeta un regard consterné à son appartement en pagaille, décor parfait pour ces deux êtres en ruines. « Tu fais celui qui s'en fout, mais tu t'insurges lorsque je confirme ce que tu dis, faudrait savoir ce que tu veux. Tu me traites comme de la sous-merde et tu t'attends à ce que je te place sur un piédestal ? » C'était indéniablement un terrain sur lequel elle avait beaucoup moins de mal que le précédent, ayant conscience qu'elle avait là ce qu'elle appellerait volontiers un avantage ; elle était celle qui savait. Elle n'était plus dans une situation où la seule issue était de se noyer. Voulant lui faire payer dès maintenant son affront – elle saisissait toutes les occasions, petites et grandes, les creusant jusqu'à les épuiser. Et si elle voyait une faille, elle s'y enfonçait – comme à présent. « Je serai pas trop dépaysée au moins, lui non plus, c'est pas un agneau. Il me traite presque aussi bien que toi. » ajouta-t-elle, refusant de répondre sans la moindre résistance à sa question.
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MessageSujet: Re: La nuit circule dans mes veines - Connor    Mer 2 Jan - 16:39

Je sentais le contact du métal sur mes poignets et l'odeur de l'humidité restait dans mes narines, assis devant ce bureau je regardais l'inspecteur en face de moi. Dire qu'avant toute cette merde nous travaillions ensemble... Il tirait sur sa cigarette, longuement en me regardant avec le mépris que l'on réserve aux criminels « Tu devrais vraiment avouer mon garçon. ». Mais je n'avais rien à avouer parce que j'étais innocent, victime d'un coup monté dont j'ignorais qui tirait les ficelles « Je suis innocent. » il frappa du poing sur la table « Change de disque ! Et ne me fais pas perdre patience. Tu les as tué, on le sait, les preuves sont là alors arrête de nous faire perdre de notre temps. Tu moisirais en prison de toute façon mais si tu avoue peut-être que le juge sera un peu plus clément avec toi. ». A nouveau je soupirais, inutile d'expliquer encore une fois comment c'était passé cette journée horrible où j'avais retrouvé toute ma famille assassinée.

Sous l'effet du manque je me remémorais cette scène, je me sentais dans le même état qu'à cet instant là où je savais que peu importe ce qui sortirait de ma bouche je resterais le coupable. Aux yeux de Roxanne j'étais juste un drogué détestable et sans aucune volonté, j'aurais beau lui dire ce que je ressentais dans ces moments là, quand l'enfer s'ouvrait sous mes pieds, elle prendrait ça pour des jérémiades. Mais je ne pouvais pas totalement lui en vouloir, on ne peut pas dire que je sois le type le plus sympathique qui soit. Même si bien souvent mes paroles dépassaient de loin ma pensée, il m'arrivait bien souvent de m'étonner qu'elle puisse continuer à supporter ma présence et qu'elle ne m'ait pas laissé crever aux raffineries ou bien appuyer sur la détente il y a quelques minutes à peine. Et puis elle venait de faire voler en éclat l'illusion d'un privilège que j'étais bien idiot de penser mériter. Pourquoi se contenterait-elle d'un arrogant junkie qui lui même allait parfois chasser ses idées noires dans d'autres draps ? Je voulais tout et j'allais tout perdre, je sentais que ce monde chaotique qui c'était bâtit autour de moi allait s'écrouler me laissant telle une carcasse vide comme le disait si bien la chef de la Résistance. M'écrasant encore sous un flot de mots acides, je n'avais même plus la force de me débattre et la seule réponse qu'elle obtint fût un regard plein de lassitude. Nous étions deux êtres dégueulasses l'un envers l'autre, incapables d'agir avec un peu de recul, de parler calmement en laissant la violence de côté... Des entreprises de démolition humaine.

L'issue fatale et irrémédiable d'une mort précoce m'apparaissait à nouveau comme la plus appropriée. Toutes douleurs allaient cesser à jamais et personne ne souffrirait plus de mon caractère de merde. J'attrapais cette perche que Roxanne m'avait tendu en m'autorisant le suicide qu'à condition qu'elle ne soit pas présente. Pas vraiment en état de chercher plus loin que le premier degré j'avais prit cela pour l'ultime découragement de la brune. Mais je devais la fermer, garder mon malaise pour moi, la laisser indemne « Tu croyais quoi ? Que tu pouvais m'enfoncer sans que je ne dise un mot ? Sans que ça ne me fasse rien ? » j'entendais sa voix brisée lancer des piques auxquelles je ne pris même pas la peine de faire écho.
Je lui ordonnais de dégager profondément blesser, encore un peu plus amoché par ses coups verbaux, essayant malgré tout d'obtenir le nom de ce nouvel amant qui terminerait de celer l'échec de cette relation distordue que nous entretenions. Elle ne bougea pas. Était-ce pour continuer de me provoquer ? N'en avait-elle pas déjà assez fait ? Je me sentais de plus en plus nauséeux et fatigué, l'était de rage dans lequel j'étais entré plus tôt laissait peu à peu la place à un vide, un mal être indescriptible. Je me retournais alors et observant alors son numéro pitoyable de petit animal apeuré. Je m'avançais vers elle par je ne sais quel miracle qui me faisait encore tenir sur mes jambes que je ne sentais pourtant presque plus. Les yeux rougis par des larmes que j'avais refoulé autant que possible je m'essuyais les joues d'un geste rapide en espérant que ma faiblesse passerait inaperçue, mais au point où j'en étais Roxanne pouvait bien encore en rajouter, j'étais inhibé par cette douleur généralisée qui m'oppressait. « Je veux son nom... » répondis-je la toisant du regard alors que j'étais debout et elle recroquevillée par terre. Le dernier round sonna avec le début de sa phrase, à quoi est-ce que je m'attendais ? La question était particulièrement pertinente bien que je n'étais pas en état d'y répondre sauf au prix d'un effort que je n'étais pas certain de vouloir fournir. Mais ce qu'elle décrivait n'était pas mon souhait, je ne voulais pas de cette vie pour elle et peut-être que si je cherchais à tout prix à ce qu'elle me déteste c'était parce que je ne pouvais rien lui offrir d'autre. Égoïstement et dans un nouveau paradoxe je ne voulais pas la laisser partir non plus, profondément attaché à elle malgré cette souffrance qui ressortait de nos altercations. Perdu je voulais tout et son contraire, incapable de garder une ligne de conduite bien définie j'oscillais sans cesse d'un extrême à l'autre. Le problème c'est que nous deux nous étions pareils, aucun n'était vraiment capable de rattraper l'autre, de le soutenir sans se sentir vulnérable ou sans voir ses vieux démons refaire surface a bout d'un moment.

Je secouais la tête, niant ses hypothèses mais pourtant incapable de trouver les mots qui exprimeraient de manière juste ce que je voulais. Moi-même je n'étais pas sûr de le savoir... Qu'est-ce qui m'animait ? Pourquoi je continuais à m'acharner ainsi ? Pourquoi en étions-nous là alors qu'il y a quelques semaines tout allait bien ? Je me baissais pour être à sa hauteur, désarmé, épuisé et ne voulant plus lutter. Et bien que je fus dégoûté par sa dernière remarque mon ton resta neutre, le chien enragé pliait sous la tension de la chaîne et cessait de tirer dessus « Pourquoi lui ? » si je ne connaissais pas son identité je voulais au moins savoir ce que ce rival avait qui l'attirait alors que ses travers semblaient identiques aux miens selon ses dires. La gorge serrée je la regardais attentivement « C'est fini maintenant... » soufflais-je en avançant ma main vers elle, lentement sans violence ce qui contrastait nettement avec ma précédente brutalité « T'as gagné Roxanne. ». J'essuyais ses larmes de ma main toujours aussi tremblante en m'approchant d'avantage pour aller chuchoter à son oreille « Ce sera difficile tu sais parce que t'es comme les autres drogues. Quand t'es là au début ça va et puis y'a les bad trip au moment où ça dérape... Mais le pire c'est le manque. » avouais-je embarqué par ma culpabilité, mes regrets.
Les cris ne menaient à rien et j'étais las de combattre, cette douceur dont je faisais preuve n'était que le résultat de mon épuisement, la conséquence de ma résignation. Mon souffle alcoolisé s'écrasait contre la peau de sa jouer salée par les larmes et j'y déposais mes lèvres avant de reculer « Tu vas aller retrouver cet autre chien, n'est-ce pas ? ». Profitant de sa fébrilité je glissais une main sournoise dans la poche où elle avait glissé les balles un peu plus tôt, en récupérant deux. Je me relevais chancelant, prenant mon arme au passage comme si de rien était, la chargeant à nouveau méticuleusement « Je me sentirais mieux en sachant qui il est... Et c'est ça que tu voulais, non? » fourbement j'utilisais ses arguments contre elle. Les balles remisent en place j'armais mon revolver « Qu'est-ce que ça change pour toi de toute façon ? ». L'énergie du désespoir peut parfois faire des ravages, c'est pour cette raison que j'espérais hardiment que Roxanne lâche le morceau sans plus de résistance même si bornée comme elle est, rien n'est moins sûr. Je n'étais pas certain de supporter de nouvelles provocations, je pouvais tout aussi bien exploser encore et qui sait de quoi je serais capable cette fois ?
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MessageSujet: Re: La nuit circule dans mes veines - Connor    Dim 6 Jan - 14:49

Sans comprendre pourquoi, il insistait. Il voulait ce nom, comme si cela allait changer grand chose, comme si c'était nécessaire. Réagissant comme un mari jaloux désireux de faire cracher le morceau à sa tendre et infidèle femme, pour aller remercier à l'aide de quelques insanités et coups bien placés l'immense bonté de cet amant de passage. Se rassurer par la même occasion qu'il ne valait pas mieux que lui, se demandant pourtant ce qu'elle avait pu trouver chez cet odieux connard que lui ne pouvait pas lui offrir. Mais ils n'étaient rien de ça, sa réaction n'avait rien de légitime. L'obsession semblait pourtant être la même : il s'entêtait, plantait ses crocs acérés dans le morceau, et refusait de le lâcher comme un vulgaire chien s'acharnant sur son os.
Pourquoi lui ? Parce que tu es odieux, parce que tu me prends pour la pire des connes qui soient, parce que tu n'as pensé qu'à ta petite gueule, sans jamais te demander comment j'allais, parce que tu crois que le monde tourne autour de ta petite personne. Et tu crois que je vais rester là à supporter tes crises, sans broncher, sans rien faire ? Tu fais celui qui ne s'y attendait pas, mais tu pensais réellement que j'allais rester auprès de toi toute ma vie ? Lui, il se soucie de moi. Il est attentionné, il me respecte. On aurait pu s'attendre à une réponse de ce genre, s'il s'agissait d'un couple lambda, s'il s'agissait de deux personnes un peu plus humaines, un peu moins dégueulasses et viciées. Ils semblaient tellement aimer leur minable condition, se prélassant dans leur malheur sans vouloir s'en extirper. C'était devenu leur quotidien, tout ce dont ils étaient capables, aliénés, jusqu'à la moelle. Et pourtant le désir d'autre chose était bien présent, le souvenir d'une vie un peu moins étouffante était là. Il n'en restait plus que des marques, des vulgaires traces à peine visibles, mais douloureuses, leur rappelant qu'autre chose était possible.
Wayne n'était rien de ça pourtant, à peine mieux que Connor si ce n'est pire. Pas plus respectueux, pas plus attentionné. Là où Connor se tenait impuissant, victime d'une fatalité contre laquelle il ne pouvait rivaliser, déclenchant en lui l'unique réaction possible de protection : devenir infect ; Wayne lui semblait apprécier ça. Infect parce qu'il y trouvait du plaisir dans ses paroles immondes, dans ses actes obscènes. Il semblait apprécier l'horreur qu'il provoquait chez les autres, dégustant leur perte comme un fin connaisseur succombant aux arômes de son vin ; tandis que Connor n'était en réalité que celui qui subissait, incapable de se libérer de cette toile visqueuse où il était fait prisonnier. Non, certainement, Connor n'était pas le pire des deux, et si Roxanne cherchait du réconfort dans d'autres bras, elle s'était évidemment bien plantée en ouvrant ses cuisses à Wayne. Elle ignorait quelle réponse serait la plus pertinente, tant elles semblaient toutes dérisoires. Même lorsqu'il s'agissait d'un mensonge, il ne tenait pas la route. C'était toujours trop ceci, ou trop cela – ou alors juste pas assez. Lui, parce qu'il m'aime, parce que je l'aime, lui, parce qu'il me baise mieux que toi, lui parce que j'en ai marre de t'avoir dans les pattes et qu'il est le premier imbécile à s'être pointé...
« Pourquoi toi ? » finit-elle par lui souffler, à bout.

Le tableau était pitoyable : deux loques humaines dans un décor saccagé. Croyant qu'elles avaient touché le fond, alors qu'elles trouvaient de quoi s'enfoncer encore. Roxanne eut un geste de recul lorsqu'il se rapprocha, cherchant à repousser sa main qui essayait d'essuyer ses larmes. Ce n'était pas le désespoir qui la faisait pleurer, elle avait arrêté de se vider pour ça. C'était l'insidieuse rage qui s'était emparée d'elle, c'était la colère qui la brûlait, la saturation qui l'asphyxiait. C'était la fatigue poussée à son paroxysme, c'était ses muscles endoloris, c'était son corps éreinté. Elle se plaqua davantage, comme elle le put, maladroitement contre le mur et la commode, à l'étroit, les bras qui lui semblaient être de trop, les jambes qui ne savaient pas comment se replier, lorsqu'il se rapprocha encore. Ignorant ce qu'il avait en tête, s'il voulait la frapper, s'il voulait l'embrasser. Elle craignait les deux, ne supporterait ni l'un ni l'autre. Dans ces moments-là, elle se renfermait sur elle-même, imperméable aux tentatives d'ouverture sous forme de caresses et gestes attentionnés. Ses paroles ne firent pas sens en elle. Déroutée, elle ignorait s'il s'agissait d'une déclaration douteuse et maladroite ou d'une accusation. Elle était plus à l'aise lorsqu'il lui fallait répondre au tac au tac, lorsqu'elle se devait de trouver des répliques acides à lui renvoyer, lorsque l'unique but des mots qui traversaient sa bouche était de blesser. Et là, face à des paroles qu'elle ne parvenait pas à définir, elle était toute médusée. Elle ouvrait la bouche, mais rien ne venait, le néant sur le bout de la langue. Elle ne put que grimacer lorsque ses lèvres effleurèrent sa peau, révulsée par l'effluve alcoolisée qu'il venait lui souffler sous le nez.

Les gestes suivants s'enchaînèrent sans qu'elle ne s'en aperçoive, Connor retrouvant ses provocations puériles, et profitant de son état pour récupérer ses balles. Elle ne comprit que lorsqu'elle le vit recharger son arme, là, minable dans son coin, et si impuissante. Remuant le couteau dans la plaie, dans sa propre plaie : il n'y gagnait rien à évoquer le lien qu'elle entretenait avec Wayne, et il serait l'unique perdant des trois. « Qu'est-ce que ça peut te faire ? On n'est rien, je te rappelle ; alors garde tes réactions de mari jaloux pour toi, ou pour une autre conne qui boira tes paroles. » Se sentant obligée de lui rappeler amèrement qu'ils n'étaient absolument pas un couple, et qu'il n'avait donc aucun reproche légitime à lui adresser – elle pensait atténuer sa réaction en le lui rappelant, sans se douter que cela n'aurait sans doute pas l'effet escompté.
Elle se pinça les lèvres, les dents métalliques de son propre piège se refermant sur elle. Elle avait tendu une perche, il n'était pas étonnant qu'il s'en saisisse ; elle ne pouvait que s'en prendre à elle-même. « Est-ce que t'arrêteras... ça, si je te dis son nom ? En sachant que ça te sera inutile, et que ça aurait pu être n'importe qui. » Naïve qui osait croire que ses provocations s'arrêteraient au moment même où elle cracherait le nom de leur tortionnaire commun, alors que le pire était encore à venir. « Et qu'est-ce que ça change pour toi ? Ça a été toi, ça a été lui, ça aurait pu être n'importe qui. Tu me demandes pourquoi lui, mais... tu t'es déjà demandé pourquoi toi ? Tu t'es déjà demandé ce que je pouvais te trouver ? Parce que t'as rien à m'offrir Connor, regarde-nous... Et plus ça va, pire c'est. » Trop exténuée pour se tenir debout, elle restait à moitié affalée. Elle n'avait même plus la force nécessaire pour ramper jusqu'à lui, pour le supplier à genoux de lui redonner l'arme. Pour lui dire que toutes ses autres bassesses étaient supportables, à l'exception de celle-ci. Elle ne pouvait pas endurer le spectacle qu'il lui donnait, et l'idée que son doigt glisse maladroitement, que la gâchette cède lui donnait nausée. Les images d'un éventuel suicide se matérialisaient déjà, là, injectant sur ses rétines l'éclatement répugnant de sa cervelle, les restes giclant sur elle, partout.
Roxanne tenta tant bien que mal de se relever pourtant, posant ses paumes moites à plat pour se soulever, avant de planter ses ongles contre le meuble à côté d'elle.

Sa langue passa sur ses lèvres écorchées, se demandant si le nom de Wayne serait suffisant pour qu'il daigne arrêter. Tête basse, elle n'osait plus faire la maligne. Les prunelles empeignées d'angoisse plus que de dédain. De résignation plus que de la malice. « Ça aurait pu être n'importe qui Connor. Ça n'a pas la moindre importance mais... il s'appelle Wayne. » Elle marmonna dans sa barbe, comme une enfant qui avoue ses torts devant ses parents, effrayée à l'idée de la punition qui allait s'abattre sur elle.
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MessageSujet: Re: La nuit circule dans mes veines - Connor    Dim 13 Jan - 19:37


Fierté écorchée, égo malmené, comme une bête à l'agonie je distribuais mes derniers coups de crocs malgré la douleur que m'infligeaient mes blessures. Joute verbale, guerre des mots brillamment menée par la Chef de la Résistance, ne lâchant rien, tenace comme je l'aime, bornée et agressive, tranchante et sans limites pour me heurter. A ce jeu nous étions deux, bien qu'en état de manque et diminué par l'absence de mon poison, j'usais de piques acerbes autant que de gestes marquants, bien que cela fut parfois non intentionnel. J'en avais fini avec elle, lui laissant même le privilège de la victoire si sa fierté la réclamait. Par cet ultime geste désespéré de rafler toute la drogue qu'elle avait pu trouver, en m'interdisant l'accès à cette substance dont j'étais esclave si maladroitement, sans penser réellement aux conséquences à ce que ça impliquait comme douleur pour moi, Roxanne avait celé la fin de notre relation quelle qu'elle soit.
Tout junkie raté, inutile et puant que je pouvais être j'avais au moins pour moi de ne pas être stupide. Si elle avait lâché le morceau pour cet amant c'était uniquement pour me blesser, même pas pour se libérer elle même, juste pour me voir me tordre encore un peu plus de douleur. Ça avait eu tout l'effet escompté puisque je sentais un mélange de rage et de tristesse me ronger les entrailles, le manque était presque une partie de plaisir en comparaison. Mon dernier souhait, voeux quasi obsessionnel était de connaître l'identité de ce connard qui se glissait entre ses cuisses pour lui donner du plaisir. Qui plus est un connard de la même trempe que moi si j'en croyais la description peu flatteuse que la brune avait fait de mon concurrent. Ma détermination n'était pas suffisante, elle ne lâchait rien, gardant pour elle le fin mot de cette ultime provocation en me laissant dans un état de frustration intense.

Quoi qu'elle puisse en penser, je voulais savoir, comprendre pourquoi c'était ce gars là plus qu'un autre qui l'attirait. Pourquoi lui pour me remplacer ? Finalement sa réponse fût plus claire et limpide qu'elle n'y paraissait, plus blessante encore que l'aveu de ce qui suscitait de l'intérêt chez cet autre. Non au lieu d'une liste de qualité que je n'avais pas, d'une raison fondée, elle posa une question aussi cinglante qu'elle pouvait paraître anodine : pourquoi moi ?
J'abattais ma dernière carte, celle de celui qui rend les armes pour fourbement détourner l'attention de son adversaire dans l'espoir de le prendre à revers. Je voyais son dégoût pour moi dans ses yeux quand j'approchais et c'était presque jubilatoire que de lui imposer ce contact, j'avais en tête que se soit les derniers, autant qu'ils soient désagréables pour qu'elle n'y revienne pas. Y penser me donnait envie de crever mais il fallait que ça s'arrête, tant pis pour la lueur d'espoir des semaines précédentes, elle avait été masqué par la noirceur de nos névroses respectives. Je mettais alors de la sincérité dans ces aveux qui sonnaient comme un adieu, qu'elle en soit consciente ou non c'était uniquement pour moi que je le faisais, pour ne pas avoir un regret supplémentaire. Elle continuait de se débattre, cherchant encore à me dissuader d'insister remettant sur le devant de la scène que nous n'étions finalement rien l'un pour l'autre si ce n'est deux êtres qui se font du bien parfois mais surtout beaucoup de mal. « Je me fous du principe de couple ou non... Rien à foutre de ton avis sur mes motivations. » un petit rictus teinté d'amertume étira mes lèvres « Avec ton tempérament et ta fierté, je suis prêt à parier que si les rôles étaient inversés t'aurais eu la même réaction. Mais je sais... Je suis la carcasse vide, le pleurnichard. Tu peux au moins me laisser ça, non ? » utiliser ses propres arguments contre elle, validé ses dires pour qu'elle en prenne la totale mesure était la seule arme que j'étais encore capable d'utiliser dans les derniers sursaut d'énergie que je pouvais avoir.
La diversion avait été efficace, j'avais de nouveau une arme chargée à ma disposition et bien que le canon était pointé vers le sol, mon bras le long de mon corps je vis cette terreur dans son regard, sa crainte intense que je ne me fasse sauter la cervelle devant elle. Égoïste comme elle l'était elle ne voulait pas vivre avec ça. Enfin elle allait céder, à condition que j'arrête de mettre ma vie en jeu. Je hochais la tête lentement, le regard dur ne souhaitant pas cillé à nouveau devant ses grands yeux bruns dans lesquels je me perdais bien trop souvent. Alors que j'espérais simplement avoir l'info elle repartit dans une série de questions qui m'agacèrent encore un peu plus, j'avais saisi que je n'étais nocif et sans intérêts pour elle et sa tentative d'enfoncer encore le clou me faisait bouillir un peu plus « Lâche le morceau. » crachais-je avec fermeté, essayant d'éloigner les questions qui émergeaient à la suite de celles qu'elle venait de poser.
Affalé sur le sol elle n'avait plus rien d'attirant et je me concentrais sur cette image pour que tout ça soit plus facile pour moi « T'es aussi vide que moi. » pas un pour rattraper l'autre, nous pouvions nous renvoyer nos faiblesses un moment encore si l'envie y était. Roxanne avait raison sur un point, nous allions de plus en plus mal et chaque altercation était plus violente, plus explosive que la précédente.

L'intérêt que j'avais à vouloir à tout prix connaître l'identité de son amant n'était tout simplement pas avouable. J'agissais par simple paranoïa, parce qu'à force d'être sous le joug de ce gars... J'avais fini par comprendre qu'il était du genre que rien n'arrête. Quand il m'avait menacer de révéler ma potentielle trahison à Roxanne j'avais imaginé qu'il connaissait le lien entre nous, notre histoire aussi chaotique soit elle. Alors quand la Chef de la Résistance avait mentionné que cet amant ne valait pas mieux que moi, qu'il était un ancien flic comme moi j'avais tout de suite penser à Wayne. Moi-même je ne croyais pas totalement à cette hypothèse résultant de ma capacité à voir le mal partout et pourtant ce pré-sentiment me tiraillait...
Mais quand ce nom résonna à mes oreilles, que mes craintes se matérialisèrent d'un coup d'un seul par la simple prononciation de ces deux syllabes je me sentis soudain atrocement mal. Nauséeux je faillis vomir sous l'effet du dégoût que provoquait cette annonce. Je l'avais cherché, j'avais voulu savoir en étant conscient que rester dans l'inconnu m'aurait conduit à des nuits blanches à me demander qui pouvait être ce sale type avec qui je partageais Roxanne. Non pas qu'elle m'appartienne je n'étais pas à ce point égocentrique et malsain, j'étais juste paumé et aussi bancale soit elle également elle m'avait servie d'appui. Ça n'avait pas la moindre importance pour elle, mais pour moi cela sonnait comme une alarme, un avertissement. Est-ce que ce pourri avait mis en marche sa menace ? C'était-il rapprocher d'elle pour mieux me vendre au moment opportun ? Je devais tirer ça au clair mais j'étais actuellement tout sauf lucide. Je perdais pied, tremblant de tout mes membres à nouveau « Ce fils de... » laissais-je échapper entre mes dents serrées par la rage. J'avais du mal à déglutir, la gorge serrée et le regard obstinément fixé sur l'une des mains de Roxanne, n'osant plus la regarder en face. « Wayne, hein ? » j'eus un rire nerveux « Hum... Tu vas pouvoir aller gratter à sa porte. Comme une chienne, parce que c'est comme ça qu'il te traite non ? » je me rendis compte que je ne devais pas aller trop loin, me retenir pour que la brune ne s'aperçoive pas que je connaissais cet odieux personnage. Savoir qu'un autre la touchait me dégoûtait, mais savoir que c'était lui était pire que tout. Elle m'apparaissait souillée par le diable en personne et je me sentais dépossédé de toute fierté. Assommé, je ruminais pourtant déjà ma vengeance. Ma décision était prise et peu importe le temps que cela prendrait.
Enfin je relevais mon regard sur Roxanne me confrontant totalement à la douleur intense que cela impliquait. Je la pointais alors avec mon arme sans volonté de lui tirer dessus mais plutôt pour l'encourager à faire ce que je lui demandais « Lève toi... » m'écartant du chemin qui la mènerait à la porte je lui montraits la direction à suivre avec le canon de mon arme « Dégage. ». Toute ma colère se traduisit par mon regard rempli de mépris « Je ne veux plus te voir, comme il en est de même pour toi... On tombe au moins d'accord pour une fois. ». Immobile, stoïque je priais intérieurement pour qu'elle se dépêche de sortir de chez moi pour enfin laisser exploser ce désespoir que je contenais.
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MessageSujet: Re: La nuit circule dans mes veines - Connor    Jeu 24 Jan - 22:02

(tu m'excuseras pour le temps de réponse, et surtout pour ça... doit y avoir des mots sortis de nulle part casés entre deux autres, ou des vieilles fautes toutes pourries.)

Entre Wayne et Connor, il ne restait plus grand chose d'elle. Des miettes éparpillées, des restes foutus d'avance. Elle tentait de résister, de se plier comme un roseau, mais il fallait se rendre à l'évidence : la cassure était une certitude. L'un s'amusait à écorcher son corps, tatouant son douloureux souvenir à même la peau, l'autre s'occupait de ce dont le premier ignorait ; infligeant à son être une torture continue, vicieuse, qu'il ravivait de temps en temps pour s'assurer que le feu était toujours présent. Alors, prise au piège, il n'y avait plus grand chose à attendre d'elle, à espérer d'elle. Le néant qui rongeait insidieusement toute parcelle de vie, pour atteindre le but final qu'était le vide, la faisant passer par toutes les couleurs du spectre de la névrose. Tiraillée par cet abîme magnétique et grandissant, et ce surplus, ce trop-plein, de tout, de rien.

Exténuée, son visage semblait même avoir perdu toutes ses mimiques. Elle qui, en temps normal se serait amusée de sa remarque pour ne pas passer pour celle dont on avait vu le fond, se contenta de poser sur Connor un regard imbibé de lassitude. En effet, il avait raison, elle aurait voulu savoir si les rôles avaient été inversés, se foutant éperdument comme lui du principe de couple qu'elle enverrait balader. Elle lui sortirait des justifications, qui lui paraîtraient absurdes si jamais elles venaient à traverser la bouche de Connor, telles qu'elle le méritait, que c'était la moindre des choses. Qu'elle pensait qu'ils étaient au dessus de ces relations humaines surfaites, de ces étiquettes, ces appellations sans âme, qu'ils n'avaient pas besoin de se répéter tous les jours qu'ils s'aimaient comme des idiots, que c'était implicite, mais pourtant évident. Elle lui aurait sans doute sorti une tirade de ce genre-là, d'aussi mauvais goût que ça, pour essayer de le faire culpabiliser, pour l'accuser de l'avoir trompée. Mais les rôles n'étaient pas ces derniers, elle trouvait totalement dérisoire qu'il puisse insister à ce point, notamment en sachant qu'il s'agissait de Wayne, dont elle tomberait jamais amoureuse. Ce n'était pas une option, une possibilité, rien ; alors elle trouvait ça insensé qu'il s'acharne à ce point. « Ne t'emballe pas, j'en ai rien à foutre Connor. Ça m'est égal de savoir le nom et les mensurations des filles que tu te tapes. Ne fais pas de ton cas une généralité.»
Pour meubler, pour retarder le moment où elle serait obligée de prononcer les deux petites syllabes de son nom, elle brodait sur tous ses défauts, insistant particulièrement sur son caractère dépossédé, grignotant le temps comme elle le pouvait. Mais il ne prit même pas la peine de réagir, ni de renchérir pour lui rappeler comme elle était misérable elle aussi, et comme il était misérable de sa part que d'y rester. Attachée à sa vase comme s'il s'agissait de son héritage familial. « Parce que tu m'as tout pris. » Elle posa ça comme une affirmation, frôlant la vérité générale. D'une telle mauvaise foi qu'elle blâmait toutes les personnes qu'elle pouvait, sans jamais se regarder dans un miroir.

Son nom se glissa hors de sa bouche, et elle attendit, muette et craintive. Que la sentence tombe, vienne faire voler en éclat de fragile voile de silence. Et ce fut simplement quelques mots qui vinrent s'échouer, pleins de retenue. Elle planta ses dents dans sa lèvre inférieure, encaissant ses remarques sarcastiques, et malheureusement, bien vraies. Elle ne réagit pas plus que ça à ses commentaires, il n'était pas si étonnant qu'il ait entendu parler de Wayne. C'était le terrible maître des illusions qui avait été avec elle lorsqu'elle avait été forcée de s'asseoir en tant que juge. Elle, celle qui était pleine d'horreur, et de révulsion, tandis que lui ressemblait à un gosse qui découvrait pour la première fois qu'il avait désormais le choix, qu'il avait un certain pouvoir entre ses mains – et là où l'enfant avait entre ses petits doigts boudinés juste un reflet de pouvoir, Wayne avait entre les siens la vie et la mort, le soulagement, mais surtout, la douleur. « Je te l'avais dit, pas mieux que toi. C'est bon, t'es rassuré maintenant que tu sais qu'il risque pas de me rendre plus heureuse que toi tu ne le fais ? »

La seule réponse qu'elle eut fut un ordre, clair, net, impératif. Et au cas où elle ne comprendrait pas qu'il était désormais nécessaire pour elle de s'en aller, il pointa son arme sur elle. C'était finalement peut-être l'unique solution pour qu'elle se décide enfin à obéir : menacer sa vie, car c'était la seule chose à laquelle elle tenait réellement, mais surtout, la seule chose qui englobait tout le reste. Ses mâchoires se serrèrent, et elle s'exécuta, muette de peur. Enfonçant ses paumes dans le parquet pour se redresser tant bien que mal, arrivant debout, comme un vieux boitant qui aurait couru deux kilomètres et qui était désormais à bout de souffle. Elle resta malgré tout plantée là lorsqu'il lui ordonna de dégager, comme déconnectée de son corps. Incapable de se décider, et surtout, toutes les décisions qui affluaient lui semblaient trop difficiles : la frontière entre ce qu'elle refusait de faire, ce qu'elle voulait faire, et ce qu'elle pouvait faire. Limites ténues qui s'effaçaient complètement face à une complication – une complication, à peine un euphémisme. Ses derniers mots réussirent cependant à la tirer de cet état second, lui enraciner ses pieds dans une dure réalité, abjecte réalité qui lui donnait des haut-le-cœur.
Il était aisé pour elle de dire tout et n'importe quoi. Elle pouvait vous fixer dans les yeux et vous jurer n'importe quoi, les mots parvenaient toujours à s'extirper de sa bouche, et même, une fois lancée, elle ne s'arrêtait plus. Ce qui se révélait plus dur, était de se placer dans le rôle inverse, celui qui encaissait. Parce que tout ce qui pouvait traverser ses lèvres sonnaient comme des vérités dans son pauvre esprit, même lorsqu'elle tentait de se raisonner, et de se persuader qu'ils n'étaient que des tas de mensonges. Elle restait avec ce doute, la possibilité qu'il y avait une once de vrai.
Ses dernières paroles étaient marquées par ce sceau là. Redoutant qu'il ne veuille réellement plus la voir, et par extension, qu'il n'ait jamais vraiment voulu d'elle. Elle acceptait et appréciait même ne pas ressentir d'attache, se sentant plus libre. Au contraire, l'idée qu'elle soit enchaînée à quelqu'un et que la réciproque ne soit pas vérifiée lui était insupportable.

Sans prendre la peine de lui marmonner un discours d'adieu, avec de belles envolées lyriques lui rappelant ô combien il n'était qu'une sale vermine, qu'une petite pourriture, et qu'elle était bien heureuse de se débarrasser de ce fardeau qu'il était, elle suivit la direction indiquée par son arme. Elle se contenta de lui jeter un regard chargé de rage plus qu'autre chose, avant de disparaître.
Pas bien loin, se précipitant comme elle pouvait avec ses jambes assimilables à de la guimauve, pour s'arrêter et exploser à un coin de rue. Partagée entre les larmes et le rire nerveux, il l'avait poussée à bout. Se sentant tellement bête, et tellement mal.
Elle le détestait pour tout ce qu'il lui faisait, et le détestait d'autant plus de lui avoir fait croire en un avenir qui n'était décidément pas à leur portée. Elle le haïssait de l'avoir laissée l'aimer, alors qu'il n'y avait plus rien à aimer en lui. Qu'il n'était pas capable d'un tel sentiment, qu'il n'était fait que de destructions et de néant. Et elle se haïssait d'avoir laissé la passion grandir, grignoter les espoirs qu'elle portait pour n'en laisser que des cicatrices douloureuses, et si seulement... Si seulement tout était à refaire...

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La nuit circule dans mes veines - Connor

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