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 Ain't no Place for no Hero || Cal

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Féminin
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↳ Date d'inscription : 31/01/2016
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↳ Age du Personnage : 48 ans
↳ Métier : Kinésithérapeute spécialisé dans le traitement des blessures et traumatismes de guerre
↳ Opinion Politique : Majorité silencieuse
↳ Niveau de Compétences : niveau 2 - 3 en guérison & potions -2 en illusion - 84 en tuage d'ours à mains nues
↳ Playlist : ♫ The Real Tuesday Weldt - The Show must go on ♫
↳ Citation : "Il n’y a rien de plus verrouillé que les secrets de famille." E. Orsenna
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MessageSujet: Ain't no Place for no Hero || Cal    Mer 14 Sep - 2:09







   
Callum & Roman
featuring

   Une affaire pressante. C'était plus ou moins dans ces termes que Roman avait expliqué son départ soudain de l'appartement familial à sa progéniture dubitative. Une affaire pressante, qui ne demandait aucune question, ni aucune autre explication. L'un de ces rares secrets que le père de famille entretenait avec le reste de sa tribu. Lizzie avait arqué un sourcil en le voyant fourrer pêle-mêle sa trousse de secours, une bouteille d'alcool durement acquise, et une quantité non négligeable de torchons propres dans son sac à dos. Elle s'était faufilée dans l'encadrement de la porte de son père, les bras croisés sur sa poitrine, jaugeant chacun de ses mouvements. "C'est rare que t'aies du boulot à 23h, et que t'embarques tous les torchons de la maison. Tu devrais taper dans les taies d'oreiller aussi, on sait jamais, en cas de pénurie. Après j'dis ça, j'dis rien, hein." Sa voix douce était teintée d'autant de scepticisme qu'il était possible d'en contenir dans un corps aussi fin. Roman avait jeté un coup d'oeil par dessus son épaule pour croiser le regard de sa gamine, non sans une once de fierté. Elle n'était pas dupe. Elle avait la finesse d'esprit de sa mère. Mais il n'avait pas le temps ni l'envie de lui expliquer ce qu'il se passait. Ce n'était pas le moment.
Elle n'était pas prête à le connaître, ce secret-là.

Son téléphone portable, celui dont il ne se servait que dans les situations les plus critiques, pesant dans sa poche, il dévala les escaliers quatre à quatre pour rejoindre sa voiture. Le message qu'il avait reçu avait beau être cryptique, il savait quoi faire. Juste trois chiffres, "911". Juste un surnom, Cal. Une alerte qu'ils avaient convenu secrètement pour éviter d'attirer les soupçons sur leur petite affaire, de la part tant de sa famille trop curieuse que le reste de leurs proches. Callum était un allié précieux du sorcier. Et s'il lui avait envoyé un message, contrairement à leurs habitudes, c'était qu'il avait vraiment besoin de son aide.
Ce qui, au vu de ses activités, pouvait aussi bien être un os brisé qu'une blessure mortelle. Espérant qu'il ne s'agissait pas de ce cas de figure, Roman mit le contact et démarra le moteur de sa vieille voiture, s'enfonçant dans les ruelles sombres aussi vite que possible. Les autorités ne patrouillaient pas dans son quartier, trop mal fréquenté, ce qui était un argument non négligeable pour qu'il mette les gaz. Car, à mesure qu'il y réfléchissait, la théorie de la blessure mortelle lui revenait en tête comme un mantra, s'imposant comme une évidence quant à la raison pour laquelle Callum lui avait envoyé un message pareil.

Les longs immeubles décharnés de Treme avaient été happés par la nuit, nappés d'une obscurité qui n'avait rien d'engageant. Il gara sa voiture sur une petite place en retrait dont il savait, pour l'avoir plusieurs fois squattée, qu'elle ne risquait rien. Treme n'était pas son quartier de prédilection, et pourtant c'était bien là qu'il rencontrait Callum à chacun de leurs entretiens. Un nouvel accord tacite entre les deux partis, quand bien même Roman avait déjà eu sa dose de déboires dans ce même maudit quartier.
Il était en train de récupérer ses affaires sur la banquette arrière que son téléphone vibra dans sa poche. Un nouveau message de Cal, avec des coordonnées, cette fois-ci. Et, encore, le fameux 911. Une vague de reconnaissance envahit le kinésithérapeute sur ce bienheureux concours de circonstances. Jamais il n'aurait sorti son téléphone de boulot dans la rue, au vu et au su de tous. Jamais il n'aurait risqué de se faire tirer son outil de travail, surtout sachant qu'il n'avait pas les mêmes facilités qu'Andreï pour botter des culs. Alors même si Callum n'avait probablement pas réfléchi à son sens du timing il était bienvenu. Et pressant.

Les baskets usées du kinésithérapeute ne laissaient aucun bruit, ne marquant pas ses pas alors qu'il s'engouffrait dans les ruelles, à la recherche du lieux indiqué sur le message. C'était une adresse inconnue, celle d'un de ces bâtiments qui se ressemblaient tous, à l'inverse de leurs retrouvailles habituelles en extérieur. D'une certaine manière, c'était un bon signe. Si Callum se trouvait en intérieur, c'était qu'il avait réussi à se traîner jusqu'à l'une de ses planques. Ergo, son associé était encore vivant. La mauvaise nouvelle étant qu'il devait probablement être salement amoché pour insister comme il venait de le faire, et être entièrement incapable de se démerder tout seul.
Plissant les yeux dans la pénombre, le sorcier finit par trouver le bâtiment correspondant à l'adresse qui lui avait été communiquée. Un immeuble vétuste se dressait devant lui, quelques rares fenêtres encore illuminées à cette heure-ci. Voire quelques rares appartement encore habités, vu l'état du bâtiment. Prenant une profonde inspiration, Roman finit par pousser la porte d'entrée, ne se surprenant pas une seconde de la trouver entrouverte.

C'est là que l'odeur le prit à la gorge, le poussant à lever sa manche devant son visage. Une odeur âcre de pourriture provenant des déchets jonchant la cage d'escalier en bois vermoulu qui lui faisait face. La chaleur des ces dernières journées, moite et véloce, contribuait à ce joyeux bouillon de culture, rendant l'atmosphère difficilement respirable. A cette odeur s'en mêlaient d'autre, mais une, en particulier, attira son attention. Une odeur métallique, reconnaissable entre toutes. L'odeur du sang frais. Son estomac se creusa sous l'effet d'un mauvais pressentiment, alors que, les sens aux aguets, il s'engagea dans l'escalier. A mesure qu'il grimpait, il pouvait sentir l'odeur s'accentuer, et son ventre se tordre d'autant plus. Sa propre tension était palpable.
Bordel Callum, dans quelle merde tu t'es fourré cette fois ?

Au premier étage, il aperçut une porte entre-baillée qui ne semblait attendre que lui. S'en rapprochant, Roman sentit l'odeur de sang s'accentuer, remarquant quelques gouttes sombres sur le paillasson. Un sifflement résonna à ses oreilles. Mauvais pressentiment. Mauvaises ondes. Il serait tellement mieux, chez lui, avec ses marmots, à regarder la télé, ce soir. Mais non, il fallait qu'il y ait du sang. Incertain de ce qu'il trouverait derrière la porte, Roman finit par la pousser du bout des doigts.
Un appartement très simple et plongé dans une semi-pénombre s'étala devant lui, laissant entendre son utilisation première. Il s'agissait d'une planque. Pas de l'endroit où quelqu'un souhaite poser définitivement ses valises et profiter d'une bonne vie bien rangée. Mais surtout, les gouttelettes de sang avaient laissé un chemin jusqu'à ce qui semblait tenir office de salon. Prenant sur lui de les suivre, le sorcier referma précautionneusement la porte derrière lui et appela à voix basse, éraillée par la pression.

-Cal ? T'as intérêt à être vivant...

Progressant lentement dans l'appartement, Roman aperçut une forme, voire plutôt une silhouette, adossée contre le canapé. L'odeur de sang était plus forte. Et ses propres jambes semblaient être en coton. Il déglutit avant d'aller directement vers la silhouette, posant un genou à terre en tendant la main vers son visage pour attraper son menton et le pousser à lui faire face.

-Putain... Mais qu'est-ce qui t'est arrivé ?

Au moins, même s'il était dans un sale état, c'était bien son acolyte qui était en face de lui. Son instinct de praticien reprenant le dessus, il glissa ses doigts le long de son cou pour prendre son pouls rapidement, levant l'index de sa main libre pour l'inciter au silence. Ses constantes vitales évaluées, il le laissa parler, évaluant les dégâts d'un bref coup d'oeil.
Il risquait d'y passer sinon la nuit, au moins de bonnes heures. Il était temps de s'armer d'un courage qu'il aurait préféré ne pas invoquer ce soir.

   



_________________

He would fall asleep with his heart at the foot of his bed like some domesticated animal that was no part of him at all. And each morning he would wake with it again in the cupboard of his rib cage, having become a little heavier, a little weaker, but still pumping. And by the midafternoon he was again overcome with the desire to be somewhere else, someone else, someone else somewhere else ×
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MessageSujet: Re: Ain't no Place for no Hero || Cal    Mer 14 Sep - 21:51

Similarité. Un bien étrange constat. Etrange et amusant. Pour lui, pour son esprit frappé par l’impulsion de la douleur et de la rage. Cet étrange mélange nappé du souvenir de leurs jeunes années. Amusant parce qu’ils étaient à des années lumières de se ressembler, des années. Lui, emmerdeur, protecteur, casse-cou, inconstant, irréparable, farceur. Elle, timide, discrète, craintive, soucieuse, posée. Elle s’était mise une fois en colère, une rage sourde nouée à la peur et ça n’avait rien à voir avec ce qui venait de se passer. La catégorie venait d’être largement dépassée. Sa colère n’était pas la crainte, non. Cela se rapprocher de la douleur ou peut être simplement de l’essence même de la rage, pure, sourde, imprévisible, incontrôlable. La même qui nait dans les abysses du pompier lorsque la hargne le côtoie, lorsque que les coups pleuvent et le sang pisse. C’était d’ailleurs le sien qui glissé le long de son bras. Dans une ruelle, deux pâtés de maisons plus loin, il s’était examiné. C’était moche. Bien moche. Surement trop pour faire son guerrier sans conscience et foncer jusque chez Roman. Ce dernier finirait de le tuer probablement pour débarquer chez lui. Il avait cette volonté de ne pas mélanger leur relation amicale/professionnelle avec ses histoires de famille. Pourquoi ? Surement parce que lui en avait une. C’était déjà une bonne raison. Le pompier divague alors, il voit les flammes puis voit des uniformes, voit ses camarades. Il voit la mine qui explose. Il voit de nouveau cette école en feu. Il voit. Il voit tout. Il voit l’horreur et la joie. Il voit Joan, il voit sa sœur, il voit mackenzie, il voit sa fille, il voit ses parents. Il voit le père de sa fille. Il voit ses amis. Il voit. Il voit. Trop. Genou à terre, il suffoque un instant et se hisse en secouant la tête. C’est étonnant comme la douleur physique s’efface face à cette autre douleur, invisible. Etouffante. Il grogne, se redresse en secouant la tête et retourne dans la rue. Rapidement, le pompier trouve sa proie et brusquement, trouve ce qu’il veut dans les poches de celle-ci. Pour tout merci, il assomme l’individu et entre le numéro de Roman.

D’une main anciennement habitué à cet appareil, le pompier compose leur code d’urgence puis écrit une adresse. La plus proche qu’il connaisse. Le trajet jusqu’à l’appartement en question se fait sans encombre, visage impassible, démarche presque normal, il se sent juste fatigué. Fatigué et divaguant. Lorsqu’il s’échoue contre le canapé, c’est sa fille qui lui tape le ventre pour l’obligé à rester éveiller. Un instant la peur de la signification de sa présence l’empêche de respirer. Un moment qui dure. Dure jusqu’à ce qu’il somnole. Putain... Mais qu'est-ce qui t'est arrivé ? La voix est si lointaine pour le pompier. Comme le tactile des doigts de son ami vérifiant son pouls. Non, il n’est pas mort. Juste inconscient, juste fatigué. Juste… juste incapable d’imagine sa fille mort. Juste incapable d’imaginer Joan ainsi. Juste incapable d’être l’assassin sans crainte puisqu’à cet instant, ses barrières sont détruites. Ses souvenirs le frappent, encore et encore sans que la rage ne parvienne à s’agripper à quoique ce soit de viable. Quoique ce soit qui puisse alimenter ce corps de haine. Un carburant crucial pour l’homme ces derniers temps, plus qu’il n’en a conscience. Ses yeux finissent pourtant par s’ouvrir. L’effort s’accompagne d’une grimace puis l’esprit tente de convaincre le corps, tente de se rasseoir un peu mieux…. Sans succès. Il grogne, abandonne. Le déchet du monde ne l’avait pas loupé. Pas qu’une égratignure. En le voulant ou non, elle venait de grimper dans le top 5 des blessures les plus mal foutues de Callum. Bravo. J’ai…croisé un souvenir…. Il dessine un sourire sur ses traits en clignant d’un œil. .. qui a appris à ….s..servir d’une arme… Un soupire s’échappe, il hoche la tête. J’ai failli attendre… tu..changeais une…couche ? Le blessé laisse échapper un bout de rire qui disparait bien vite. Roman était bien le seul en qui le pompier avait confiance. Ce dernier l’avait aidé à plusieurs reprises et en échange Callum avait promis de protéger Shae. De ce fait, il était également le seul à connaitre son ancien job ainsi que ses tendances aux meurtres bien que le doc ait plusieurs fois exprimés sa joie de voir l’ancien assassin faire autre chose de sa vie et…Frapper moins souvent.


Spoiler:
 
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MessageSujet: Re: Ain't no Place for no Hero || Cal    Lun 31 Oct - 19:39

Life
Bien étrange atmosphère. La nuit est pleine, dehors, et seules quelques bougies illuminent la pièce sans dessus dessous d'une lumière vacillante. Bien étrange atmosphère. Ses sens se sont apaisés, passant de la peur initiale à la stupéfaction, étouffant les battements trop rapides de son coeur dans son torse. Son ami est dans un sale état, bien pire qu'il n'en donne l'impression. Un état d'entre deux dans lequel Roman ne l'a encore jamais vu, qui le pousse à poser une main chaude sur son front pour s'assurer qu'il ne soit ni trop chaud, ni... trop froid. Une éventualité à considérer, vu la quantité de sang qu'il a manifestement perdue, en témoignait la traînée qui l'a amené jusqu'ici. Si Callum venait à mourir, là, dans ce bouge mal-famé, Roman s'en voudrait éternellement. Non seulement pour être arrivé trop tard, mais aussi parce qu'il s'était quand même un peu attaché au pompier. Un peu. Juste ce qu'il fallait pour créer un lien d'amitié bancale entre eux, une camaraderie insoupçonnable que le kiné appréciait, malgré la dose de danger qu'elle comportait.

Sans rien dire, Roman prit une inspiration, profonde, pour achever d'entrer dans ce monde parallèle spécial. Un monde où il n'était qu'un robot de son propre esprit, se détachant de toute émotion pour prodiguer ses soins. De sa carrière, il avait appris à reconnaître les blessures, les pathologies, les traumatismes. Mais son travail était systématiquement de l'après-coup. Et s'il avait eu à refaire quelques bandages, de temps à autres, l'époque où il soignait directement ses patients était révolues depuis longtemps. Distraitement, il écouta les élucubrations de Callum, tout en se détachant progressivement de toutes les attaches émotionnelles qu'il pouvait avoir. Tout en coupant de son esprit l'amitié, l'amour, sa famille, ce qui construisait son monde. Brique par brique, il démonta son château intérieur, pour ne plus qu'être seul avec le mal. Parce que c'était comme ça qu'il devait agir. Froidement.

-Un souvenir ? Je savais que ça pouvait faire mal, un souvenir, mais j'pensais pas à ce point.

Il adressa une ombre de sourire à Callum. Celui qu'il adressait à tous ses patients, à cela près qu'il s'agissait ici d'un homme qui pouvait lui claquer entre les doigts à tout moment. Farfouillant dans sa sacoche, il attrapa une bouteille de solution hydro-alcoolique, une pince stérile sous plastique, stérile, et de quoi nettoyer la plaie. Il sortit un grand thermos d'eau purifiée et tira délicatement sur le tissu, dégageant la blessure. La plaie était laide, et un bref coup d'oeil lui permit de savoir que la balle n'avait pas quitté son épaule. Roman allait émettre un grognement de frustration, mais fut interrompu par une nouvelle remarque de Callum.
Des... Couches ? Il devait être en train d'halluciner.

-J'crois que si j'essaie de mettre une couche à un de mes gamins, je me fais casser la gueule. Ils ont passé l'âge que je joue aux papas poule avec eux, tu sais.

Ce qui était une demi-vérité, dans l'absolu. Parce que même si ses rejetons étaient tous plus proche de l'âge adulte que de celui des couches, il était absolument incapable de leur lâcher la bride pendant trop longtemps. Mais penser à ses enfants n'était pas une bonne chose, à l'heure actuelle. Pas alors qu'il tenait la vie de Callum entre ses doigts, et pas alors que cette dernière menaçait de foutre le camp à chaque seconde. Attrapant la solution hydro-alcoolique, il se frictionna les mains et finit par humidifier la gaze avec l'eau pure. Tapotant autour de la plaie, il entreprit d'éponger le sang avec application, surveillant Callum du coin de l'oeil. Il devait le garder éveillé.

-Ton souvenir t'a pas loupé. C'est pas Shae au moins, j'espère ? Parce que si c'est elle qui t'a fait ça, elle doit avoir une bonne raison. Et je risque de plus vouloir te soigner.

Son ton était ironique, juste ce qu'il fallait pour faire sourire son patient. Juste ce qu'il fallait pour le pousser à délier sa langue, à le faire parler d'autre chose, à aiguiser sa mémoire. Et si Roman avait cru comprendre que leur relation, aux deux jeunes, avait été plutôt tumultueuse, il savait qu'engager Cal sur ce terrain lui permettrait au moins de rester conscient.
La gaze absorbait le sang, le tissu se teintant progressivement du liquide cramoisi. Se tortillant, il tira un bol qui traînait au sol avec son coude, pour ne pas salir ses mains gantées. Et y jeta les premières compresses souillées. La plaie devenait nettement plus visible, à mesure qu'il la nettoyait. Le sang coagulé avait laissé place à un sang plus clair, liquide et vif, neuf. Roman aurait beaucoup moins de mal à travailler sur ce type de canevas maintenant. Et si les lèvres de la plaie n'étaient pas belles, elles avaient au moins le mérite de lui permettre d'évaluer plus ou moins la distance où se trouvait la balle.

Le problème étant, il allait devoir l'extraire. Et il n'avait pas d'anesthésiant avec lui. Avec la prohibition, les médicaments étaient devenus plus contrôlés par les forces du Gouvernement que l'or ou l'argent. Les substances dures, notamment, comme les dérivés d'opium ou de morphine, étaient les plus difficiles à obtenir. Il aurait dû passer par une quantité de paperasses complexes, aurait dû demander une quantité monstrueuse d'accords et de dérogations, pour justifier qu'un kinésithérapeute pusse en obtenir. Et même, il aurait dû rendre des comptes. Sa profession n'était pas habilitée à se servir de ce type de produits. Alors il acheva de nettoyer la plaie et jeta ses gants avec la gaze, dans le bol-poubelle. Et fourragea une nouvelle fois dans sa besace, pour en retirer une bouteille de vodka artisanale entamée.
Le meilleur des anesthésiants. Des désinfectants, aussi. Il la glissa dans la main valide de Callum, plongeant son regard dans le sien. Un regard froid. Professionnel.

-Bois. J'ai rien pour t'assommer, et j'ai besoin que tu sois conscient. Donc faut que tu boives. Tu sentiras moins la douleur comme ça.

Avant que Callum ait eu le temps de protester, il attrapa la bouteille pour la dévisser et but une bonne rasade. Pour se donner du courage. Pour s'anesthésier, aussi, probablement. Mais surtout pour lui donner l'exemple. L'alcool brut lui brûla la gorge, le palais, le gosier. Il put le sentir travers tout son oesophage. C'était de la vodka de basse extraction, une des pires qu'il ait goûtées. Mais c'était tout ce qu'il avait sous la main, ils devraient donc faire avec. Haussant des sourcils suggestifs, il tendit enfin la bouteille à Callum. Bois.

-D'ailleurs j'espère que ce fameux souvenir, tu vas pas être amené à le revoir. Vu ton état, la prochaine fois, il va pas te laisser le temps de m'appeler pour te soigner.

C'était ce qu'il espérait, du moins. Ces derniers temps, les rares fois où Callum l'avait appelé comportaient des blessures toujours plus profondes, toujours plus dangereuses. Et si Roman connaissait le travail du pompier, tout du moins son "autre" travail, il espérait toutefois qu'il ne le laisse pas plus mort que vivant, la prochaine fois.
Parce que cette fois-ci, pour faciliter les choses, il allait être obligé d'utiliser sa propre magie. Il pourrait le soigner, même hors d'un hôpital, même sans avoir toutes les capacités requises nécessairement pour ce faire. Mais si la prochaine était pire, il savait pertinemment qu'il ne pourrait pas jouer aux docteurs éternellement.
Et il savait surtout qu'il ne serait pas assez puissant pour le remettre sur pied.


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MessageSujet: Re: Ain't no Place for no Hero || Cal    Lun 7 Nov - 22:59

Pour le coup, il n’avait pas frapper. Pas vraiment. Juste agripper avec…ferveur.  Juste tenter de protéger ce qu’il pouvait, ce qu’il n’avait pas pu. Juste attaquer ce qu’elle pouvait représenter, ce qu’elle était, qui elle était. Qui elle est. Juste savoir ce qu’elle savait. Juste obtenir ce qu’il cherchait tant. Juste… juste être perdu. « Un souvenir ? Je savais que ça pouvait faire mal, un souvenir, mais j'pensais pas à ce point. » Le visage de Joan s’impose. Sa détermination. Sa crainte. Et cette lueur qui n’a su faire son chemin dans la conscience d’un homme déjà oublié par la vie, par la signification que les gestes peuvent avoir, que les mots peuvent produire de sens perdu. Il n’avait pas compris le quart de ce qu’il venait de se passer. La rencontre en est presque fantomatique, impossible. Joan. Le pompier la voit avec sa sœur, jouant au bord de la piscine. Le pompier la voit discutant avec Kate dans un centre commercial, au détour d’un couloir, dans le jardin. Il la voit rire, se souvient même de son rire. Il se souvient d’elle plus tard comme il se souvient d’elle lorsqu’elle a abandonné Kate pour la seconde fois. Et puis…. Et puis il se souvient de lui. De la considération qu’il lui portait, de l’amusement qu’il avait en la taquinant, de la peur de sa mort, de l’agacement de sa colère, de la colère de son comportement vis-à-vis de Kate, de l’exaspération mêlé à l’amusement de sa répartie. Puis de cette nouvelle colère à la mort de leurs parents. Puis de ce doux sentiment de paix et de joie de la retrouver en vie malgré tout. De la découvrir mère. Mère de cette petite. Mère de la meilleure amie de sa fille. Inquiet de la sentir en mauvaise position. Et puis… et puis… cette ruelle. Ce regard. Cette rage. Ces mots. Rien de cela ne semblait réel. « Une arme …fait des…miracles… la rage aussi… » La rage rappelle des souvenirs, amène la peur, relève le pire, conclu à des dérives bien violentes. La conversation dérive. Le pompier sourit, tente de rire mais tousse en voyant Roman agir avec ce professionnalisme nécessaire. Depuis combien de temps n’a-t-il lui-même pas eu besoin de se murer derrière ce panneau de neutralité pour faciliter sa concentration ? des années. Encore aujourd’hui, la délectation de la souffrance de l’autre suffit à faire le travail bien que Callum doive maitriser cette nécessité à voir la mort plutôt qu’un souffle de vie.  « Alors …pourquoi…t’m’as pas encore…invité à boire..un…chez toi ? » Grognement cette fois-ci. « Papa poule… » Le clin d’œil s’avorte dans une grimace alors que le doc s’affère en masquant son air inquiet.

Le pompier sait à quoi ça ressemble, pas besoin de minauder. L’alcool éveille Callum dans un grognement puis la lumière s’éteint dans un murmure incompréhensible. Lui-même ne saurait dire ce qu’il tentait d’exprimer et à qui. La réalité se heurte soudainement à ses souvenirs, comme lorsque l’esprit lutte pour un rêve déjà entamé voire désirer. Il sait pourtant devoir rester éveiller. Mais il s’en fiche. C’est sa sœur qui lui parle à cet instant. De quoi ? « Ton souvenir t'a pas loupé. C'est pas Shae au moins, j'espère ? Parce que si c'est elle qui t'a fait ça, elle doit avoir une bonne raison. Et je risque de plus vouloir te soigner. »   « Hein ? » et son œil s’ouvre dans une respiration douloureuse. Roman ? La réalité reprend ses droits. Lentement. Shae, il vient de parler Shae. Il veut plaisanter. Il va avoir le droit à la totale. Le pompier ne l’avait pas revu depuis qu’elle s’était faite agressée chez elle, depuis qu’il avait massacré avec plaisir l’autre assassin, depuis qu’elle l’avait viré de chez elle. Quelle emmerdeuse. Cette voix. Sa voix. Son oreille en souffre encore, tous ces relents de moment passés avec elles, tous ces agacements … toutes ces frustrations, ces désirs de la faire taire, toutes ces envolés dans les recoins de son appartement. « Shae… rien que penser… à sa voix… broie mes tympans…merci…pour…la sou…Ffrance supplémentaire… » Il est mauvais. Il le sait mais s’en tamponne. A cet instant, il n’a pas besoin de penser à Shae ni à cette dernière visite chez elle et encore moins à ses derniers mots. Il n’a pas besoin de se demander pourquoi ça l’emmerde autant alors que tout chez elle ne faisait que l’agacer plus encore. Certes, le sex n’était pas à désespérer, loin de là. Le sex avec elle l’avait, au contraire, éveiller par bien des aspects. Ressentir les secondes qui s’égrainent. Le temps. La vie. Un cadeau qu’elle lui avait fait sans le savoir. C’est une bouteille qui apparait devant ses yeux. Le pompier sourit. « Ce rebel.. » Il rit, tousse, crache. « C’pas mon premier…rod… » Le regard est sans appel et dans le brouilalrd qui plane autour de lui, le pompier le comprend assez vite. « J’ne dois pas boire.. » Non. Ce n’est pas pour rien qu’il commande dans ces bars d’infortune et joue avec le verre sans le boire. Ce n’est pas un alcoolique mais un tueur. Un tueur qui a besoin de précision. Un tueur qui a besoin d’autres sensations pour se sentir vivre et qui sait qu’il pourrait tuer sous l’effet de l’alcool. Aucune limite. Aucun contrôle. Aucune chance d’y réchapper pour lui ou pour les autres… les deux peut être. Boire n’est pas une bonne idée, ça ne donne pas les idées claires. Et avec la rage qui l’habite et sommeille en lui, le pompier ne saurait même pas ce que ça pourrait amener à présent. Il grogne et rouspette, finis par avaler malgré lui deux gorgées. Ca brûle son gosier plus habitué mais la saveur le fait sourire. Dieu que c’est bon. Et puis le temps se dilate de nouveau. Sa tête glisse sur le côté, attiré par un mouvement invisible. Est-ce son père dans la cuisine ? Il est aux fourneaux en chantant du Rolling stone. Puis c’est sa mère qui apparait dans une toute autre scène et la voix de Roman se mèle à tout ça, son visage aussi. Puis sa sœur. Puis Aedan. Puis Jimmy. Puis Anna. Puis… Ca tourne. Ca semble si réel, ce repas de famille, tous ici, tous ensemble. Et shae, qu’est-ce qu’elle fiche ici ? Ah oui… Roman. Roman lui a parlé d’elle. Sans le savoir il parle, parle à ses parents, parle à kate, parle à ses équipiers, parle à Aedan, parle à Anna… Puis toujours Roman, il le voit à côté de lui. Il sent ses doigts qui le poussent à grogner. « Sois..content. Elle s’est faite..agressée… elle… mort… » Il fronce les sourcils, secoue la tête avec lenteur. Non son cerveau raccourci. « Non.. j’veux dire… quelqu’un a voulu la…tuer…dans…appartement. Je l’ai…massacré…. Maintenant, elle va…bien… fin j’imagine… » Il rit, voit sa sœur cherchant à s’enlever une écharde du doigt. « Je crois… qu’elle me déteste…ou a p…eur… »
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MessageSujet: Re: Ain't no Place for no Hero || Cal    Mer 23 Nov - 23:18


C'est vrai ça, pourquoi ne l'avait-il jamais invité à boire un verre chez lui ? Ses enfants étaient des adultes maintenant, même sa petite perle de Lizzie. Ils étaient suffisamment matures pour voir débarquer Callum dans toute sa splendeur, toute sa décadence, dans leur petit appartement étriqué. Avec son caractère un peu taciturne et sa belle gueule, Roman était même sûr que son ami plairait à ses deux garçons. Mais il ne l'avait jamais fait. Peut-être par une tentative un peu maladroite de les protéger d'une partie de la vie de leur paternel qu'ils ignoraient. Et qu'il préférait qu'ils continuent d'ignorer. Toutefois Callum n'avait pas tort sur ce coup-là. Il ignorait où les Ievseï habitaient, ignorait même beaucoup plus de la vie de Roman qu'il ne l'aurait probablement voulu. Après tout leur relation était secrète et se réduisait à quelques conversations rapides, et pourtant. Pourtant Callum était un ami pour le Russe. Et le resterait pour peu qu'il se concentre un peu plus lui-même sur les soins qu'il lui administrait.

-Si tu survis, j'te paie ma tournée au Domaine Ievseï. C'est une promesse.

Gardant toutefois l'idée en tête, il adressa un fin sourire dans la direction du convalescent en reprenant ses gestes froids, détachés, pour nettoyer sa plaie. Son ami partait dans des eaux troubles que Roman ne reconnaissait que trop bien. Celles du délire, celles des divagations lorsque le corps est trop faible, et que l'esprit, lui, rassemble toute l'énergie qu'il a pour plonger l'homme dans des vagues de souvenir, pour détourner son attention de la vraie douleur. Ce regard un peu embrumé, lointain, qu'avait à présent le pompier, il ne l'avait vu trop de fois. Il ne le connaissait trop bien. Ce fut pourquoi il fut presque soulagé de le voir esquisser une grimace douloureuse quand il mentionna Shae.
Bon la réponse qu'il obtint n'était pas précisément celle qu'il attendait. Il avait certes entendu Shae parler du pompier, et pas forcément en termes élogieux, mais il ne s'attendait pas à ce que l'inimitié soit aussi profonde. Surtout sachant ce qu'il s'était déjà passé entre eux. Une relation à laquelle il ne s'était pas du tout attendu en mandatant le pompier pour la surveiller. Mais finalement c'était le déroulement logique d'une telle mission : quoi de mieux pour la protéger que de s'infiltrer directement dans son plumard ? Certes ce n'était pas tout à fait ce que Roman aurait préconisé comme procédé. Mais pourtant il ne le réprouvait pas.
Un homme devait faire ce qu'il avait à faire pour accomplir sa mission. D'autant qu'il avait toujours été persuadé qu'ils feraient un joli couple, au fond.

Fronçant les sourcils, il ne répondit pas à la pique de son moribond compagnon. Il était sciemment mauvais, et même en considérant tous les aspects tant de l'un que de l'autre, Roman ne partirait pas sur une pente aussi glissante. Il appréciait sincèrement et Shae, et Callum. Et il n'allait pas critiquer la jeune femme. Pas après tous les services qu'elle avait rendus à sa famille. Et encore moins avec l'affection qu'il lui portait, à titre personnel. Comme pour pousser le pompier à se taire, à ne pas aller plus loin dans ses élucubrations, le soigneur avait versé de la vodka pour désinfecter la plaie. Le grognement réprobateur de Callum lui suffit pour comprendre qu'à défaut de sentir des choses au plus profond de son cœur, il ressentait encore la douleur. Une bonne chose. Son fin sourire s'étira à nouveau sur ses lèvres. Dire qu'il y prenait un malin plaisir, à le punir pour ses conneries, était un euphémisme. Qui aime bien châtie bien, comme on dit. Un adage par trop appliqué, à l'excès, sous son propre toit.

L'alcool eut l'effet inverse qu'il recherchait, sur son patient. Loin de lui donner un coup de fouet, il le plongea dans une douce euphorie, lointaine, dont Roman pouvait admirer les effets directement sur son visage. Si les traits de Callum s'étaient relâchés, rendu apparemment moins sensible à la douleur, son regard dérivait à nouveau dans ce monde duquel le soigneur avait désespérément tenté de le tirer. Pourtant. Pourtant cette fois-ci, Roman n'eut pas le coeur à l'en arracher. Pour la première fois depuis les années qu'il avait passées en sa compagnie, il voyait son compagnon réellement détendu. Presque... heureux.
Alors il en prit son parti. Profitant qu'il soit anesthésié, ne serait-ce qu'un peu, il attrapa une aiguille et son briquet. La flamme lécha quelques minutes la pointe, pour la stériliser, et il l'essuya dans une nouvelle bande de gaze imbibée d'alcool. Glissant la bobine de fil entre ses cuisses, il se pencha vers son ami, et entreprit de presser les lèvres de la plaie pour les recoudre. Méthodiquement. Froidement. L'état doucement euphorique de Callum lui permettait de se détacher de lui, de le laisser dans sa transe et de faire son boulot de son côté. Ce n'était pas un mal.
Fronçant les sourcils, le soigneur pinça d'avantage les lèvres de la plaie entre ses doigts. Le contact aidant, il se concentra sur son entreprise, distillant un peu de ses propres pouvoirs pour reformer les chairs de l'intérieur et favoriser le travail. Il n'était pas aussi puissant que d'autres, il le savait. Il n'était pas aussi efficace que sa douce Laura, mais suffisamment pour sentir l'aiguille filer plus facilement sous la peau, alors qu'il atteignait le centre de la plaie, là où la balle avait traversé. Alors que Callum rouvrait la bouche pour parler, brisant sa concentration.
Morte ? Shae était morte ??
Roman pâlit, saisi d'un soubresaut qui le poussa à piquer bien plus loin que prévu dans l'épaule de son patient. C'est les mains tremblantes qu'il rattrapa le tir et ôta le fil le plus rapidement possible du mauvais point, pâle comme la mort. Non, ce n'était pas possible... Shae ne pouvait pas être morte, pas comme ça. Pas alors qu'il avait payé Callum pour faire le boulot, pour être à ses côtés et la protéger ! Et cet abruti qui lui annonçait ça, alors qu'il avait sa vie entre ses mains !

Abruti qui se rattrapa mollement, la langue pâteuse, provoquant une vague de soulagement dans tout le corps du kinésithérapeute. Kinésithérapeute qui ne se retint pas de lui envoyer une bourrade dans l'autre épaule, la valide, en explosant à moitié.

-Non mais tu m'as fait peur, espèce d'idiot !

Bon, certes, on ne frappait pas un homme à terre, encore moins un homme qu'on essayait désespérément de soigner. Mais le geste avait été plus fort que lui. Pris dans un véritable déferlement d'émotions contraires, le Russe prit une seconde et une longue expiration pour remettre de l'ordre dans ses pensées. Apparemment, son petit coup de nerfs était passé complètement par dessus la tête de Callum. Mais l'information capitale était sortie, au moins. Shae était bien vivante. Traumatisée, mais vivante. C'était tout ce qui lui importait.

-Qu'est-ce que t'as fait pour qu'elle ait peur de toi ? Tu l'as massacré devant elle, ce type ? Qu'est-ce qu'il lui voulait ?

Roman ignorait s'il obtiendrait une réponse de la part du moribond, mais ça valait bien la peine d'essayer. Ca le rassurerait de savoir. Ca permettrait aussi à Callum de s'ancrer une nouvelle fois dans la réalité, parce qu'il avait l'air de toujours partir plus loin à chaque nouvelle perche que le soigneur lui tendait.
Ne s'attendant pas à une réponse immédiate, le sorcier reprit son aiguille entre ses doigts et pinça les lèvres de la plaie. Son corps était encore fébrile. Il ne pourrait pas le soigner dans de telles conditions, il devait refaire le vide dans son esprit. Fronçant les sourcils, il se mit à chantonner, doucement, pour lui-même. Cette chanson qui lui tenait tellement à coeur. Cette chanson qui lui ramenait le sourire de Laura, vibrant, en mémoire, à chaque fois.
Dirty old river, must you keep rolling, flowing into the night? Il pouvait sentir son énergie se diffuser, chaleureuse, au bout de ses doigts alors que ses gestes devenaient plus précis. Et le rire de Laura qui s'égrenait contre ses tympans, ce rire si doux, cristallin. Il pouvait déjà voir la plaie se ressouder à ses extrémités, alors qu'il gardait ses doigts contre, alors qu'il achevait de coudre. Il ne pouvait pas faire d'avantage, il le savait. Aussi resserra-t-il la plaie et coupa-t-il le fil avec ses dents, d'un geste sûr et adroit, avant de jeter l'aiguille et les gants pèle-mêle dans la poubelle improvisée. La solution hydro-alcoolique badigeonnée dans ses mains une nouvelle fois, il acheva toute son œuvre avec un bandage de fortune, fait de gaze et de sparadrap. Puis se laissa retomber, satisfait de son travail, devant son patient improvisé.

Ses doigts s'enroulèrent autour du goulot de la bouteille de vodka, et il s'offrit le luxe d'une longue rasade. La fatigue de son excès de concentration, de cet afflux constant d'émotions contraires, avaient eu raison de ses forces. L'alcool glissa le long de son gosier, le brulant un peu alors qu'il claquait la langue de contentement. Reposait ses yeux sur son compagnon, évaluant à son regard qu'il était encore bien loin du monde des vivants.
Il le veillerait encore un peu, et rentrerait probablement chez lui. Mais en attendant, plusieurs questions lui brûlaient les lèvres.

-Pourquoi t'es revenu le voir, ton fameux souvenir, si tu savais qu'il te mettrait dans un état pareil ? Parce que t'as eu de la chance que je sois dispo, ce soir. Ca sera probablement pas le cas à chaque fois...

Un état de faits qu'il déplorait, sincèrement. Tâtant en arrière de lui, Roman repéra les pieds d'une table solide. Il se hissa pour la rejoindre, et s'adosser contre l'un d'entre eux, faisant face à Callum. Guettant chacun de ses mouvements, chacune de ses mimiques. Une nouvelle gorgée de vodka irradiait son estomac alors qu'il reprenait la parole.

-T'as pas intérêt à crever avant d'avoir pu boire ton coup chez moi, Cal.


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MessageSujet: Re: Ain't no Place for no Hero || Cal    Mar 6 Déc - 22:44

Non mais tu m'as fait peur, espèce d'idiot ! Le corps du pompier se décale sous le coup de son infirmier mais sa réaction s’arrête là. Il ne sait déjà plus pourquoi Roman l’attaque et pas plus à quoi est dû le soulagement qu’il entend derrière son exclamation. Alors le pompier sourit et se laisse absorber par le visage d’Aedan qui se moque sans que le pompier ne puisse comprendre ce qu’il raconte. Cela semble si lointain et, paradoxalement si proche, qu’il pourrait aisément enrouler ses bras autour de son défunt ami. La fenêtre qui s’est ouverte avec l’apparition de Joan puis de sa fille, ne semble pas vouloir se refermer. Bien mieux, le vent prend place dans la pièce si vide de son cerveau. Celui-ci est également absent et c’est torrent de sensations qui s’abat sur lui. Les claques pleuvent en s’agrippant à lui à l’aide d’images d’un passé bien trop éloigné de lui, bien trop douloureux, bien trop agréable. La dualité de son esprit fait écho à celle de son âme. Toujours en quête d’une humanité pourtant tapis dans l’ombre par sa propre volonté. A croire qu’il fait exprès de perdre constamment la clé afin de se murer derrière ce qu’il connait le mieux : la froideur de sa cage personnelle. Qu'est-ce que t'as fait pour qu'elle ait peur de toi ? Tu l'as massacré devant elle, ce type ? Qu'est-ce qu'il lui voulait ? Les prunelles du pompier se posent sur son infirmier. De quoi parle-t-il ? Le sens met du temps à faire le chemin tant son esprit est désireux de vagabonder vers ailleurs. La réalité ne lui est pas très favorable, comme la vie probablement. Un instant, il en prend subtilement conscience. N’est-ce pas le seul à supporter Callum ? Voire, à la considérer comme ami –aussi étrange que cela puisse paraitre- ? Lui, Laura, éventuellement Orféo. La réalité lui rappelait qu’au final il ne vivait que pour se retrouver dans ce genre de situation. Toujours blessé. Toujours seul. Le constat l’agite bien plus que le travail de son ami sur sa peau. Depuis al solitude est-elle problématique pour l’assassin ? La réponse se rend visible dans son esprit mais le pompier a beau forcer sur ses pupilles pour déchiffrer, il n’y parvient pas. L’illusion en est frustrante mais à priori nécessaire. Sans doute n’est-il pas encore prêt pour y voir plus clair sur le contenu de sa réalité et de celle qu’il s’est toujours vu embrasser. La différence est abyssale. Et la mélodie s’arrête. Le pompier se tourne vers Roman, l’œil fatigué mais force son bras endoloris à se redresser légèrement pour s’abattre sur la cuisse du kiné. Un merci sans mot mais présent. C’est pas exactement ça… mais… un peu… oui… Je l’ai assommé pour… assommer l’autre mais… pas assez fort pour qu’elle … oublie sa présence. Il se racle la gorge, demande de la main la bouteille de son ami et en boit une gorgée. Puis deux. Réalité. Il sent pourtant la présence de sa sœur assise sur la commode à sa droite. Réalité. Elle s’est éveillée à ..plusieurs reprises… j’imagine qu’elle va…avoir des cau..chemars un temps. Les épaules se lèvent puis retombent dans un soupire. Je voulais qu’elle croit en une…soirée paisible. Et il s’est énervé. S’est agacé sans vouloir l’entendre, sans vouloir la comprendre. Je ne voulais pas.. qu’elle ..sache. Et la vérité s’expose. Roman savait qui il était et l’avait pris comme tel, voyant probablement ce que le pompier n’était pas capable de percevoir de son propre chef. Shae, elle. Elle, s’était différent. Elle avait pris le mauvais gars mais pas le monstre. Et puis, n’avait-elle pas réussi à lui rappeler les règles de bienséances ? Un exploit en soi.

La tête contre le meuble, Callum observe le plafond avant de fermer les yeux. Son inspiration est profonde, tout autant que l’expiration qui s’en suit. La douleur s’avorte dans ses songes, bien plus douloureux que la blessure. Un instant, il comprend la fascination que certains peuvent avoir pour l’esprit humain, cette psychologie incompréhensible, insaisissable et foutrement bordélique. Pourquoi t'es revenu le voir, ton fameux souvenir, si tu savais qu'il te mettrait dans un état pareil ? Parce que t'as eu de la chance que je sois dispo, ce soir. Ca sera probablement pas le cas à chaque fois... Maintenant que …tu veux m’amener rencontrer ta…famille ..Tu me laisserais …crever ? Naaaan.. Le pompier lâche un léger rire et pose un œil sur son ami avant de retourner à la contemplation du plafond. A vrai dire… je la pensais.. Morte. Il tousse, grimace en se penchant en avant, change de position son bras. C’était… la meilleure amie de ma..petite sœur. Il indique sa sœur. Il indique la commode, vide. On a eu des..différents ..toute notre vie. Son sourire s’élargit malgré lui. Un peu comme..avec une sœur.. pas comme Kate mais… Sa tête dandine en voyant cette joan et les réactions qu’ils pouvaient avoir lorsqu’ils étaient tous deux à proximité. Dans le fond, même à l’époque, il l’aurait protégé. aujourd’hui… Ses pensées vont vers ces retrouvailles chez Callum, ce moment où la meilleure amie d’Anna était devenue la fille de la meilleure amie de Kate, la mère d’Anna. Puis il pense à ce regard, à tout ce que son visage exprimait progressivement et à l’incapacité qu’il a pu avoir à l’aider à ce moment là puis… puis tout à basculer et Joan n’était plus rien. Absolument rien. Pourtant, la revoir lui laisse qu’un silence douloureux et une blessure physique. On a changé…
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MessageSujet: Re: Ain't no Place for no Hero || Cal    Lun 19 Déc - 0:44


L'odeur du sang séché flottait dans l'air, se mêlant à celle des antiseptiques, de la poussière et de la vodka. Un mélange de sensations, d'odeurs particulier, s'il en était, qui rappelait des souvenirs plus sombres à Roman. Callum n'avait pas été le premier à faire appel à ses talents dans des circonstances aussi particulières. Pourtant il était le seul auprès de qui il avait accepté de rester aussi longtemps, jusqu'à ce que son état s'améliore. Un deal qu'il avait passé avec lui-même sans même attendre le consentement de son patient. Patient qui, de toutes façons, était tellement enfoncé dans son délire que le soigneur était surpris qu'il ait même eu la présence de l'appeler à l'aide en premier lieu. Mais oui, il allait faire comme ça. Il allait attendre que Callum rejoigne un peu plus le monde des vivants, et il rejoindrait ses enfants, même si c'était au beau milieu de la nuit. De toutes façons, ils étaient suffisamment grands pour s'occuper deux-mêmes, il leur faisait parfaitement confiance.
Portant la bouteille de vodka à ses lèvres, une nouvelle fois, il se prit à espérer que Mikkel serait aussi chez eux. Il lui ferait plaisir de voir, ne serait-ce que seulement voir son fils aîné, pour une fois. Après toute cette douleur, tout ce sang, voir que son petit merdeux de fils était aussi bien vivant que bien portant le rassurerait. Parce que depuis toujours, c'était ses enfants qui lui donnaient la force de tenir jusqu'au jour suivant. Et là, avec Callum en berne et la vodka qui filait dans ses veines, c'était tout naturellement que ses pensées se dirigeaient vers eux.

Ses propres réflexions furent interrompues par la main solide de Callum sur sa cuisse, avant qu'il ne finisse par lui expliquer d'une voix pâteuse, lointaine, ce qui était arrivé avec Shae.

-T'aurais dû frapper plus fort.

Ce n'était pas un conseil avisé, et pourtant il avait traversé l'esprit pragmatique de Roman avec une facilité déconcertante. Si Shae avait assisté à une scène pareille, si elle tirait un quelconque traumatisme, ce dont il était sûr que c'était ce qui arrivait présentement, c'est que Callum avait mal fait son travail. Donc, oui, il aurait dû frapper plus fort. Surtout compte tenu de l'ambiguité de son propre travail. Certes, c'était lui, Roman Ievseï, qui avait mis le pompier sur la piste de Shae. Qui les avait même probablement poussés dans les bras l'un de l'autre pour quelques nuits, à en croire ce que tous les deux lui avaient dit. Mais si Shae en sortant avec des séquelles, ça ne pouvait qu'être la faute de Callum. C'était logique.
Aussi simple qu'additionner deux et deux et que la vodka c'est bon pour le moral. Pour noyer ses propres erreurs, aussi, par la même occasion.

A ses questions, Callum s'était enfoncé un peu plus dans les brumes de ses propres souvenirs, un sourire évanescent ornant de nouveau ses traits tirés. Sans relâcher son attention sur son état général, Roman l'avait laissé faire, tentant la perche pour le garder ancré à la réalité, cherchant des attaches, des accroches, pour le tirer de sa catatonie. Et l'une d'entre elles, celle notamment du souvenir qui lui avait tiré une balle, une putain de balle dans l'épaule, avait fini par faire mouche. La réflexion de son ami lui extirpa un sourire amusé. Comme quoi il le pensait parti, mais au final, Callum était bien plus conscient qu'il ne le laissait entendre. Suffisamment, en soit, pour avoir bien enregistré qu'il finirait un jour, prochainement, par connaître les merveilles que cachait le repère des Ievseï. Amusé, il pouffa à sa réflexion en lui arrachant la bouteille des mains, s'offrant le plaisir d'une nouvelle gorgée. Bon sang, s'il continuait à ce rythme-là, il allait être bon pour rentrer à quatre pattes chez lui. Si Lizzie le choppait, il risquait de passer un sale quart d'heure.
La voix lointaine de son ami le ramena à son tour à la réalité, et il l'écouta attentivement. Son discours était nettement moins haché, moins fiévreux qu'il ne l'était auparavant. Il y avait donc une amélioration, même infime, dans son état. Et s'il ne comprenait pas grand chose de ce que le pompier lui racontait, il acquiesça. Jusqu'à ce que Callum parle de sa sœur et pointe la commode. Roman fronça les sourcils. Il considérait que sa sœur était un meuble, alors ? C'était pas... Super sympa comme association. Sentant ses propres pensées commencer à divaguer, il décida de reposer la vodka à côté de lui. S'il commençait à prendre une commode pour la sœur de Callum et trouver ça parfaitement normal, il ne risquait pas de pouvoir rentrer chez lui. Pourtant l'allusion était belle. Si sa sœur était un meuble, Callum était une buche. Ca collait bien à ce qu'il savait du personnage.

Gardant ses pensées pour lui-même, se gardant bien, surtout, de les partager avec son moribond compagnon, il hocha lentement la tête. Kate. Ce prénom lui disait vaguement quelque chose. Si les deux hommes ne parlaient pas tant que ça de leur passé ou de leurs bobos respectifs, Roman savait qu'il avait déjà entendu ce prénom par le passé, sans vraiment savoir à quoi il pouvait correspondre. Une pièce de plus dans ce puzzle à trous qu'était Callum. Kate devait donc probablement être cette fameuse sœur dont il lui avait déjà parlé avec affection. Et donc le souvenir qu'il avait croisé avait des rapports avec elle. Pas étonnant que les choses aient mal tourné. Le temps avait passé, mais les blessures ne s'étaient jamais réellement refermées. Des blessures comme ça, en même temps, rien ne garantissait qu'elles puissent un jour guérir.
Alors il rendit son geste à Callum, silencieusement. Une tape amicale du plat de la main sur la cuisse, juste une preuve de soutien virile parmi tant d'autres. Une manière aussi de choquer tant son corps que son esprit pour éviter qu'il ne divague à nouveau.

-C'est des choses qui arrivent. J'imagine que tu t'attendais pas à ce qu'elle ait changé au point qu'elle essaie de te tuer, remarque. Si ?

La réalisation venait de lui sauter au nez, aussi simple que bonjour. Et si Callum avait effectivement cherché à le provoquer, de son côté, ce changement ? Il connaissait suffisamment le jeune homme pour savoir qu'il était capable de beaucoup, et parfois de beaucoup trop. Il était tout aussi bien capable de provoquer sa propre chute par un excès soit de zèle, soit d'inconscience. Fronçant les sourcils, Roman renifla dans sa direction, réprobateur. La ride déjà marquée entre ses sourcils, la fameuse ride du lion, s'accentuait sous son propre regard inquisiteur. Callum n'avait pas intérêt à avoir cherché de lui-même sa propre destruction. Un état de faits qu'il aurait préféré ne jamais avoir envisagé, mais qui maintenant l'obsédait suffisamment pour qu'il siffle entre ses dents, la mâchoire serrée.

-Tu l'as cherché, Cal ? Dis-moi que j'm'inquiète pour rien.

C'était plus fort que lui. Physiquement, Callum, Shae, étaient du même âge que Mikkel. Physiquement toujours, ils avaient de quoi être ses propres enfants, sur bien des aspects. Et il ne pouvait empêcher cette inquiétude croissante de grimper crescendo, alors qu'il essayer de capter le regard de son interlocuteur. Regard qui était bien trop embrumé pour lui être proche. Tellement embrumé.
Il espérait cependant qu'il soit capable de lui fournir une réponse. Si tel n'était pas le cas, il allait s'en prendre une. C'était décidé.

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MessageSujet: Re: Ain't no Place for no Hero || Cal    Mer 11 Jan - 21:17

Ce n’est pas peu dire et son esprit n’hésite pas à lui faire des dessins, des illusions qui s’approchent de l’obscurité de la pièce pour se placer juste devant lui. Sa tête dandine avant de retrouver une certaine centralité. Ils sont donc tous là. Tous ces Callum. Tous ces lui. Tout ce qu’il a été. Tout ce qu’il a espéré. Tout ce qu’il n’est plus. Plus du tout. Plus réellement. Ses yeux se posent sur l’image de sa plus jeune enfance, la première fois où il eut peur à en mourir. La première fois où il promit de sauver autrui. Il était jeune, il venait de faire tomber sa sœur encore bébé. Celui d’à côté est déjà plus grand, il vient de pousser Joan dans une piscine puis de la repêcher. Il vient de réagir abruptement à une de ses propres erreurs. Le jeune Callum n’assume pas la rage qu’il reçoit en retour, l’exagération de la réaction de Joan. En réalité, il ne comprend pas encore l’étendu de la phobie de son amie. Puis le voila, grand, fier, sûr de lui, de sa vie, de son avenir. Il a 20 ans et va perdre son meilleur ami dans un accident de voiture. Ce jour là, le futur militaire prendra ses responsabilités, deviendra un autre quelque temps avant de se trouver quelque part au milieu de sa quête désespérée d’identité. Avec son sweat Army, ses écouteurs et son air déterminé, il n’y a pas de doute : 23 ans et orphelin. La guerre lui a appris qui il était, ses forces et ses faiblesses. Il est probablement la meilleure version de lui-même malgré le décès de ses parents et la souffrance encore peu maitrisée de sa sœur. Pourtant, Callum le redoute avant de le voir. Ce double de lui-même, celui qui a souffert et aimé avec force. Celui qui a perdu sa famille mais qui est devenu père. Celui qui est perdu dans ce rôle, perdu dans son identité bien qu’il était encore incapable de se l’avouer. Se rendre compte de cette perte d’identité aujourd’hui l’amuse presque. Depuis quand est-il capable d’une quelconque analyse sur lui-même ? Surtout sur cette version de lui-même ? Celle qui l’a poussé à être bien plus que simplement « Lui ». Roman doit connaitre ça, ce sentiment de n’être plus seulement soi mais d’être un amoncellement de ce que ces grands yeux magnifiques nous apportent. Etre père. Etre plusieurs et non seul. Le dernier présent n’est pas celui qu’il souhaite voir. La blessure on s’épaule s’éveille au même moment que son regard ne le croise. Dans la pénombre, il est bel et bien tout ce qu’il représente aujourd’hui. Une froideur sans précédent. Il n’est rien, même l’identité ne semble avoir de sens sur son visage. C’est un fantôme. « On a changé ». Ses yeux se détournent, se portent sur ses mains qu’il fait tourner. Une fois. Deux fois. Trois fois. Puis des pieds apparaissent devant lui, on s’abaisse pour se mettre à sa hauteur. Pour la première fois depuis des années : Callum a peur.

Son poing se serre et il redresse les yeux. Ce n’est pas celui qu’il craignait, non. C’est lui, ce père. Puis, le militaire s’approche, et le l’ado, et le gamin et le môme. Chacun sourit. Sa pire version, celle qui se rapproche le plus de lui aujourd’hui reste en retrait. Il est tapi dans l’ombre comme la rage qu’il sent à lui chaque jour à présent. Alors c’est ça, ce combat interne. Cette ombre contre ces sourires. Le pompier sursaute lorsque Roman claque sa main sur sa cuisse. Immédiatement son visage se tourne vers son ami qui lui sourit, lui aussi. Le pompier déglutit difficilement et glisse son regard sur l’alcool. Un instant il se demande si c’est l’alcool qui facilite ce genre de délire ou sa blessure ou peut être juste un bon coup de pied au cul de toutes ses anciennes versions de lui-même. Il n’en sait rien mais quand il retourne le regard vers ses illusions le seul qui reste c’est l’assassin. « C'est des choses qui arrivent. J'imagine que tu t'attendais pas à ce qu'elle ait changé au point qu'elle essaie de te tuer, remarque. Si ? Ses paupières se referment puis s’ouvrent de nouveau. Face à lui, les quatre Joan qu’il a connu. En les voyants comme ça, l’une à côté de l’autre, ses sentiments sont broyés, sa respiration noyée par la sensation que le temps s’est dérobé sous eux sans qu’ils ne le veuillent. Non… Elle était… parfaite. Timide. Douce. Drôle –malgré elle-. Piquante. Passionnée. Investie. C’est peut être tout ça qui, à un moment donné, l’a obligé à changer. Un point de bascule. Comme pour Callum. Tu l'as cherché, Cal ? Dis-moi que j'm'inquiète pour rien. L’inquiétude dans la voix de Roman fait rire le pompier, qui rit tout en grognant. Oui, probablement. Mais n’attendait-elle pas que ça ? Son regard pose la question à cette Joan dont l’illusion semble aussi réelle que la sensation de ses doigts autour de son cou tout à l’heure. La violence semble également couler dans ses veines. Peut être pas de la même manière puisqu’ils n’ont, au fond, jamais été les mêmes. Jamais raccord au même moment. Sauf peut être aujourd’hui, elle est devenue forte, c’est indéniable. Tout dépend… à quel…moment tu …te places dans la rencontre… Il élargie son sourire, certain que dans tous les cas, il n’aimera pas sa réponse. Elle a commencé… mais… elle ne savait pas que c’était moi. Quand elle l’a su…. Elle … non elle était pas plus aimable… Il entend ses mots. Voit sa posture. Mais… je l’ai comme qui dirait… étranglé… Je secoue la tête. Anna. C’était pour elle. Oui, pour elle.
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