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 Ain't no Place for no Hero || Cal

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MessageSujet: Ain't no Place for no Hero || Cal    Mer 14 Sep - 2:09







   
Callum & Roman
featuring

   Une affaire pressante. C'était plus ou moins dans ces termes que Roman avait expliqué son départ soudain de l'appartement familial à sa progéniture dubitative. Une affaire pressante, qui ne demandait aucune question, ni aucune autre explication. L'un de ces rares secrets que le père de famille entretenait avec le reste de sa tribu. Lizzie avait arqué un sourcil en le voyant fourrer pêle-mêle sa trousse de secours, une bouteille d'alcool durement acquise, et une quantité non négligeable de torchons propres dans son sac à dos. Elle s'était faufilée dans l'encadrement de la porte de son père, les bras croisés sur sa poitrine, jaugeant chacun de ses mouvements. "C'est rare que t'aies du boulot à 23h, et que t'embarques tous les torchons de la maison. Tu devrais taper dans les taies d'oreiller aussi, on sait jamais, en cas de pénurie. Après j'dis ça, j'dis rien, hein." Sa voix douce était teintée d'autant de scepticisme qu'il était possible d'en contenir dans un corps aussi fin. Roman avait jeté un coup d'oeil par dessus son épaule pour croiser le regard de sa gamine, non sans une once de fierté. Elle n'était pas dupe. Elle avait la finesse d'esprit de sa mère. Mais il n'avait pas le temps ni l'envie de lui expliquer ce qu'il se passait. Ce n'était pas le moment.
Elle n'était pas prête à le connaître, ce secret-là.

Son téléphone portable, celui dont il ne se servait que dans les situations les plus critiques, pesant dans sa poche, il dévala les escaliers quatre à quatre pour rejoindre sa voiture. Le message qu'il avait reçu avait beau être cryptique, il savait quoi faire. Juste trois chiffres, "911". Juste un surnom, Cal. Une alerte qu'ils avaient convenu secrètement pour éviter d'attirer les soupçons sur leur petite affaire, de la part tant de sa famille trop curieuse que le reste de leurs proches. Callum était un allié précieux du sorcier. Et s'il lui avait envoyé un message, contrairement à leurs habitudes, c'était qu'il avait vraiment besoin de son aide.
Ce qui, au vu de ses activités, pouvait aussi bien être un os brisé qu'une blessure mortelle. Espérant qu'il ne s'agissait pas de ce cas de figure, Roman mit le contact et démarra le moteur de sa vieille voiture, s'enfonçant dans les ruelles sombres aussi vite que possible. Les autorités ne patrouillaient pas dans son quartier, trop mal fréquenté, ce qui était un argument non négligeable pour qu'il mette les gaz. Car, à mesure qu'il y réfléchissait, la théorie de la blessure mortelle lui revenait en tête comme un mantra, s'imposant comme une évidence quant à la raison pour laquelle Callum lui avait envoyé un message pareil.

Les longs immeubles décharnés de Treme avaient été happés par la nuit, nappés d'une obscurité qui n'avait rien d'engageant. Il gara sa voiture sur une petite place en retrait dont il savait, pour l'avoir plusieurs fois squattée, qu'elle ne risquait rien. Treme n'était pas son quartier de prédilection, et pourtant c'était bien là qu'il rencontrait Callum à chacun de leurs entretiens. Un nouvel accord tacite entre les deux partis, quand bien même Roman avait déjà eu sa dose de déboires dans ce même maudit quartier.
Il était en train de récupérer ses affaires sur la banquette arrière que son téléphone vibra dans sa poche. Un nouveau message de Cal, avec des coordonnées, cette fois-ci. Et, encore, le fameux 911. Une vague de reconnaissance envahit le kinésithérapeute sur ce bienheureux concours de circonstances. Jamais il n'aurait sorti son téléphone de boulot dans la rue, au vu et au su de tous. Jamais il n'aurait risqué de se faire tirer son outil de travail, surtout sachant qu'il n'avait pas les mêmes facilités qu'Andreï pour botter des culs. Alors même si Callum n'avait probablement pas réfléchi à son sens du timing il était bienvenu. Et pressant.

Les baskets usées du kinésithérapeute ne laissaient aucun bruit, ne marquant pas ses pas alors qu'il s'engouffrait dans les ruelles, à la recherche du lieux indiqué sur le message. C'était une adresse inconnue, celle d'un de ces bâtiments qui se ressemblaient tous, à l'inverse de leurs retrouvailles habituelles en extérieur. D'une certaine manière, c'était un bon signe. Si Callum se trouvait en intérieur, c'était qu'il avait réussi à se traîner jusqu'à l'une de ses planques. Ergo, son associé était encore vivant. La mauvaise nouvelle étant qu'il devait probablement être salement amoché pour insister comme il venait de le faire, et être entièrement incapable de se démerder tout seul.
Plissant les yeux dans la pénombre, le sorcier finit par trouver le bâtiment correspondant à l'adresse qui lui avait été communiquée. Un immeuble vétuste se dressait devant lui, quelques rares fenêtres encore illuminées à cette heure-ci. Voire quelques rares appartement encore habités, vu l'état du bâtiment. Prenant une profonde inspiration, Roman finit par pousser la porte d'entrée, ne se surprenant pas une seconde de la trouver entrouverte.

C'est là que l'odeur le prit à la gorge, le poussant à lever sa manche devant son visage. Une odeur âcre de pourriture provenant des déchets jonchant la cage d'escalier en bois vermoulu qui lui faisait face. La chaleur des ces dernières journées, moite et véloce, contribuait à ce joyeux bouillon de culture, rendant l'atmosphère difficilement respirable. A cette odeur s'en mêlaient d'autre, mais une, en particulier, attira son attention. Une odeur métallique, reconnaissable entre toutes. L'odeur du sang frais. Son estomac se creusa sous l'effet d'un mauvais pressentiment, alors que, les sens aux aguets, il s'engagea dans l'escalier. A mesure qu'il grimpait, il pouvait sentir l'odeur s'accentuer, et son ventre se tordre d'autant plus. Sa propre tension était palpable.
Bordel Callum, dans quelle merde tu t'es fourré cette fois ?

Au premier étage, il aperçut une porte entre-baillée qui ne semblait attendre que lui. S'en rapprochant, Roman sentit l'odeur de sang s'accentuer, remarquant quelques gouttes sombres sur le paillasson. Un sifflement résonna à ses oreilles. Mauvais pressentiment. Mauvaises ondes. Il serait tellement mieux, chez lui, avec ses marmots, à regarder la télé, ce soir. Mais non, il fallait qu'il y ait du sang. Incertain de ce qu'il trouverait derrière la porte, Roman finit par la pousser du bout des doigts.
Un appartement très simple et plongé dans une semi-pénombre s'étala devant lui, laissant entendre son utilisation première. Il s'agissait d'une planque. Pas de l'endroit où quelqu'un souhaite poser définitivement ses valises et profiter d'une bonne vie bien rangée. Mais surtout, les gouttelettes de sang avaient laissé un chemin jusqu'à ce qui semblait tenir office de salon. Prenant sur lui de les suivre, le sorcier referma précautionneusement la porte derrière lui et appela à voix basse, éraillée par la pression.

-Cal ? T'as intérêt à être vivant...

Progressant lentement dans l'appartement, Roman aperçut une forme, voire plutôt une silhouette, adossée contre le canapé. L'odeur de sang était plus forte. Et ses propres jambes semblaient être en coton. Il déglutit avant d'aller directement vers la silhouette, posant un genou à terre en tendant la main vers son visage pour attraper son menton et le pousser à lui faire face.

-Putain... Mais qu'est-ce qui t'est arrivé ?

Au moins, même s'il était dans un sale état, c'était bien son acolyte qui était en face de lui. Son instinct de praticien reprenant le dessus, il glissa ses doigts le long de son cou pour prendre son pouls rapidement, levant l'index de sa main libre pour l'inciter au silence. Ses constantes vitales évaluées, il le laissa parler, évaluant les dégâts d'un bref coup d'oeil.
Il risquait d'y passer sinon la nuit, au moins de bonnes heures. Il était temps de s'armer d'un courage qu'il aurait préféré ne pas invoquer ce soir.

   



_________________

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MessageSujet: Re: Ain't no Place for no Hero || Cal    Mer 14 Sep - 21:51

Similarité. Un bien étrange constat. Etrange et amusant. Pour lui, pour son esprit frappé par l’impulsion de la douleur et de la rage. Cet étrange mélange nappé du souvenir de leurs jeunes années. Amusant parce qu’ils étaient à des années lumières de se ressembler, des années. Lui, emmerdeur, protecteur, casse-cou, inconstant, irréparable, farceur. Elle, timide, discrète, craintive, soucieuse, posée. Elle s’était mise une fois en colère, une rage sourde nouée à la peur et ça n’avait rien à voir avec ce qui venait de se passer. La catégorie venait d’être largement dépassée. Sa colère n’était pas la crainte, non. Cela se rapprocher de la douleur ou peut être simplement de l’essence même de la rage, pure, sourde, imprévisible, incontrôlable. La même qui nait dans les abysses du pompier lorsque la hargne le côtoie, lorsque que les coups pleuvent et le sang pisse. C’était d’ailleurs le sien qui glissé le long de son bras. Dans une ruelle, deux pâtés de maisons plus loin, il s’était examiné. C’était moche. Bien moche. Surement trop pour faire son guerrier sans conscience et foncer jusque chez Roman. Ce dernier finirait de le tuer probablement pour débarquer chez lui. Il avait cette volonté de ne pas mélanger leur relation amicale/professionnelle avec ses histoires de famille. Pourquoi ? Surement parce que lui en avait une. C’était déjà une bonne raison. Le pompier divague alors, il voit les flammes puis voit des uniformes, voit ses camarades. Il voit la mine qui explose. Il voit de nouveau cette école en feu. Il voit. Il voit tout. Il voit l’horreur et la joie. Il voit Joan, il voit sa sœur, il voit mackenzie, il voit sa fille, il voit ses parents. Il voit le père de sa fille. Il voit ses amis. Il voit. Il voit. Trop. Genou à terre, il suffoque un instant et se hisse en secouant la tête. C’est étonnant comme la douleur physique s’efface face à cette autre douleur, invisible. Etouffante. Il grogne, se redresse en secouant la tête et retourne dans la rue. Rapidement, le pompier trouve sa proie et brusquement, trouve ce qu’il veut dans les poches de celle-ci. Pour tout merci, il assomme l’individu et entre le numéro de Roman.

D’une main anciennement habitué à cet appareil, le pompier compose leur code d’urgence puis écrit une adresse. La plus proche qu’il connaisse. Le trajet jusqu’à l’appartement en question se fait sans encombre, visage impassible, démarche presque normal, il se sent juste fatigué. Fatigué et divaguant. Lorsqu’il s’échoue contre le canapé, c’est sa fille qui lui tape le ventre pour l’obligé à rester éveiller. Un instant la peur de la signification de sa présence l’empêche de respirer. Un moment qui dure. Dure jusqu’à ce qu’il somnole. Putain... Mais qu'est-ce qui t'est arrivé ? La voix est si lointaine pour le pompier. Comme le tactile des doigts de son ami vérifiant son pouls. Non, il n’est pas mort. Juste inconscient, juste fatigué. Juste… juste incapable d’imagine sa fille mort. Juste incapable d’imaginer Joan ainsi. Juste incapable d’être l’assassin sans crainte puisqu’à cet instant, ses barrières sont détruites. Ses souvenirs le frappent, encore et encore sans que la rage ne parvienne à s’agripper à quoique ce soit de viable. Quoique ce soit qui puisse alimenter ce corps de haine. Un carburant crucial pour l’homme ces derniers temps, plus qu’il n’en a conscience. Ses yeux finissent pourtant par s’ouvrir. L’effort s’accompagne d’une grimace puis l’esprit tente de convaincre le corps, tente de se rasseoir un peu mieux…. Sans succès. Il grogne, abandonne. Le déchet du monde ne l’avait pas loupé. Pas qu’une égratignure. En le voulant ou non, elle venait de grimper dans le top 5 des blessures les plus mal foutues de Callum. Bravo. J’ai…croisé un souvenir…. Il dessine un sourire sur ses traits en clignant d’un œil. .. qui a appris à ….s..servir d’une arme… Un soupire s’échappe, il hoche la tête. J’ai failli attendre… tu..changeais une…couche ? Le blessé laisse échapper un bout de rire qui disparait bien vite. Roman était bien le seul en qui le pompier avait confiance. Ce dernier l’avait aidé à plusieurs reprises et en échange Callum avait promis de protéger Shae. De ce fait, il était également le seul à connaitre son ancien job ainsi que ses tendances aux meurtres bien que le doc ait plusieurs fois exprimés sa joie de voir l’ancien assassin faire autre chose de sa vie et…Frapper moins souvent.


Spoiler:
 

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MessageSujet: Re: Ain't no Place for no Hero || Cal    Lun 31 Oct - 19:39

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Bien étrange atmosphère. La nuit est pleine, dehors, et seules quelques bougies illuminent la pièce sans dessus dessous d'une lumière vacillante. Bien étrange atmosphère. Ses sens se sont apaisés, passant de la peur initiale à la stupéfaction, étouffant les battements trop rapides de son coeur dans son torse. Son ami est dans un sale état, bien pire qu'il n'en donne l'impression. Un état d'entre deux dans lequel Roman ne l'a encore jamais vu, qui le pousse à poser une main chaude sur son front pour s'assurer qu'il ne soit ni trop chaud, ni... trop froid. Une éventualité à considérer, vu la quantité de sang qu'il a manifestement perdue, en témoignait la traînée qui l'a amené jusqu'ici. Si Callum venait à mourir, là, dans ce bouge mal-famé, Roman s'en voudrait éternellement. Non seulement pour être arrivé trop tard, mais aussi parce qu'il s'était quand même un peu attaché au pompier. Un peu. Juste ce qu'il fallait pour créer un lien d'amitié bancale entre eux, une camaraderie insoupçonnable que le kiné appréciait, malgré la dose de danger qu'elle comportait.

Sans rien dire, Roman prit une inspiration, profonde, pour achever d'entrer dans ce monde parallèle spécial. Un monde où il n'était qu'un robot de son propre esprit, se détachant de toute émotion pour prodiguer ses soins. De sa carrière, il avait appris à reconnaître les blessures, les pathologies, les traumatismes. Mais son travail était systématiquement de l'après-coup. Et s'il avait eu à refaire quelques bandages, de temps à autres, l'époque où il soignait directement ses patients était révolues depuis longtemps. Distraitement, il écouta les élucubrations de Callum, tout en se détachant progressivement de toutes les attaches émotionnelles qu'il pouvait avoir. Tout en coupant de son esprit l'amitié, l'amour, sa famille, ce qui construisait son monde. Brique par brique, il démonta son château intérieur, pour ne plus qu'être seul avec le mal. Parce que c'était comme ça qu'il devait agir. Froidement.

-Un souvenir ? Je savais que ça pouvait faire mal, un souvenir, mais j'pensais pas à ce point.

Il adressa une ombre de sourire à Callum. Celui qu'il adressait à tous ses patients, à cela près qu'il s'agissait ici d'un homme qui pouvait lui claquer entre les doigts à tout moment. Farfouillant dans sa sacoche, il attrapa une bouteille de solution hydro-alcoolique, une pince stérile sous plastique, stérile, et de quoi nettoyer la plaie. Il sortit un grand thermos d'eau purifiée et tira délicatement sur le tissu, dégageant la blessure. La plaie était laide, et un bref coup d'oeil lui permit de savoir que la balle n'avait pas quitté son épaule. Roman allait émettre un grognement de frustration, mais fut interrompu par une nouvelle remarque de Callum.
Des... Couches ? Il devait être en train d'halluciner.

-J'crois que si j'essaie de mettre une couche à un de mes gamins, je me fais casser la gueule. Ils ont passé l'âge que je joue aux papas poule avec eux, tu sais.

Ce qui était une demi-vérité, dans l'absolu. Parce que même si ses rejetons étaient tous plus proche de l'âge adulte que de celui des couches, il était absolument incapable de leur lâcher la bride pendant trop longtemps. Mais penser à ses enfants n'était pas une bonne chose, à l'heure actuelle. Pas alors qu'il tenait la vie de Callum entre ses doigts, et pas alors que cette dernière menaçait de foutre le camp à chaque seconde. Attrapant la solution hydro-alcoolique, il se frictionna les mains et finit par humidifier la gaze avec l'eau pure. Tapotant autour de la plaie, il entreprit d'éponger le sang avec application, surveillant Callum du coin de l'oeil. Il devait le garder éveillé.

-Ton souvenir t'a pas loupé. C'est pas Shae au moins, j'espère ? Parce que si c'est elle qui t'a fait ça, elle doit avoir une bonne raison. Et je risque de plus vouloir te soigner.

Son ton était ironique, juste ce qu'il fallait pour faire sourire son patient. Juste ce qu'il fallait pour le pousser à délier sa langue, à le faire parler d'autre chose, à aiguiser sa mémoire. Et si Roman avait cru comprendre que leur relation, aux deux jeunes, avait été plutôt tumultueuse, il savait qu'engager Cal sur ce terrain lui permettrait au moins de rester conscient.
La gaze absorbait le sang, le tissu se teintant progressivement du liquide cramoisi. Se tortillant, il tira un bol qui traînait au sol avec son coude, pour ne pas salir ses mains gantées. Et y jeta les premières compresses souillées. La plaie devenait nettement plus visible, à mesure qu'il la nettoyait. Le sang coagulé avait laissé place à un sang plus clair, liquide et vif, neuf. Roman aurait beaucoup moins de mal à travailler sur ce type de canevas maintenant. Et si les lèvres de la plaie n'étaient pas belles, elles avaient au moins le mérite de lui permettre d'évaluer plus ou moins la distance où se trouvait la balle.

Le problème étant, il allait devoir l'extraire. Et il n'avait pas d'anesthésiant avec lui. Avec la prohibition, les médicaments étaient devenus plus contrôlés par les forces du Gouvernement que l'or ou l'argent. Les substances dures, notamment, comme les dérivés d'opium ou de morphine, étaient les plus difficiles à obtenir. Il aurait dû passer par une quantité de paperasses complexes, aurait dû demander une quantité monstrueuse d'accords et de dérogations, pour justifier qu'un kinésithérapeute pusse en obtenir. Et même, il aurait dû rendre des comptes. Sa profession n'était pas habilitée à se servir de ce type de produits. Alors il acheva de nettoyer la plaie et jeta ses gants avec la gaze, dans le bol-poubelle. Et fourragea une nouvelle fois dans sa besace, pour en retirer une bouteille de vodka artisanale entamée.
Le meilleur des anesthésiants. Des désinfectants, aussi. Il la glissa dans la main valide de Callum, plongeant son regard dans le sien. Un regard froid. Professionnel.

-Bois. J'ai rien pour t'assommer, et j'ai besoin que tu sois conscient. Donc faut que tu boives. Tu sentiras moins la douleur comme ça.

Avant que Callum ait eu le temps de protester, il attrapa la bouteille pour la dévisser et but une bonne rasade. Pour se donner du courage. Pour s'anesthésier, aussi, probablement. Mais surtout pour lui donner l'exemple. L'alcool brut lui brûla la gorge, le palais, le gosier. Il put le sentir travers tout son oesophage. C'était de la vodka de basse extraction, une des pires qu'il ait goûtées. Mais c'était tout ce qu'il avait sous la main, ils devraient donc faire avec. Haussant des sourcils suggestifs, il tendit enfin la bouteille à Callum. Bois.

-D'ailleurs j'espère que ce fameux souvenir, tu vas pas être amené à le revoir. Vu ton état, la prochaine fois, il va pas te laisser le temps de m'appeler pour te soigner.

C'était ce qu'il espérait, du moins. Ces derniers temps, les rares fois où Callum l'avait appelé comportaient des blessures toujours plus profondes, toujours plus dangereuses. Et si Roman connaissait le travail du pompier, tout du moins son "autre" travail, il espérait toutefois qu'il ne le laisse pas plus mort que vivant, la prochaine fois.
Parce que cette fois-ci, pour faciliter les choses, il allait être obligé d'utiliser sa propre magie. Il pourrait le soigner, même hors d'un hôpital, même sans avoir toutes les capacités requises nécessairement pour ce faire. Mais si la prochaine était pire, il savait pertinemment qu'il ne pourrait pas jouer aux docteurs éternellement.
Et il savait surtout qu'il ne serait pas assez puissant pour le remettre sur pied.


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MessageSujet: Re: Ain't no Place for no Hero || Cal    Lun 7 Nov - 22:59

Pour le coup, il n’avait pas frapper. Pas vraiment. Juste agripper avec…ferveur.  Juste tenter de protéger ce qu’il pouvait, ce qu’il n’avait pas pu. Juste attaquer ce qu’elle pouvait représenter, ce qu’elle était, qui elle était. Qui elle est. Juste savoir ce qu’elle savait. Juste obtenir ce qu’il cherchait tant. Juste… juste être perdu. « Un souvenir ? Je savais que ça pouvait faire mal, un souvenir, mais j'pensais pas à ce point. » Le visage de Joan s’impose. Sa détermination. Sa crainte. Et cette lueur qui n’a su faire son chemin dans la conscience d’un homme déjà oublié par la vie, par la signification que les gestes peuvent avoir, que les mots peuvent produire de sens perdu. Il n’avait pas compris le quart de ce qu’il venait de se passer. La rencontre en est presque fantomatique, impossible. Joan. Le pompier la voit avec sa sœur, jouant au bord de la piscine. Le pompier la voit discutant avec Kate dans un centre commercial, au détour d’un couloir, dans le jardin. Il la voit rire, se souvient même de son rire. Il se souvient d’elle plus tard comme il se souvient d’elle lorsqu’elle a abandonné Kate pour la seconde fois. Et puis…. Et puis il se souvient de lui. De la considération qu’il lui portait, de l’amusement qu’il avait en la taquinant, de la peur de sa mort, de l’agacement de sa colère, de la colère de son comportement vis-à-vis de Kate, de l’exaspération mêlé à l’amusement de sa répartie. Puis de cette nouvelle colère à la mort de leurs parents. Puis de ce doux sentiment de paix et de joie de la retrouver en vie malgré tout. De la découvrir mère. Mère de cette petite. Mère de la meilleure amie de sa fille. Inquiet de la sentir en mauvaise position. Et puis… et puis… cette ruelle. Ce regard. Cette rage. Ces mots. Rien de cela ne semblait réel. « Une arme …fait des…miracles… la rage aussi… » La rage rappelle des souvenirs, amène la peur, relève le pire, conclu à des dérives bien violentes. La conversation dérive. Le pompier sourit, tente de rire mais tousse en voyant Roman agir avec ce professionnalisme nécessaire. Depuis combien de temps n’a-t-il lui-même pas eu besoin de se murer derrière ce panneau de neutralité pour faciliter sa concentration ? des années. Encore aujourd’hui, la délectation de la souffrance de l’autre suffit à faire le travail bien que Callum doive maitriser cette nécessité à voir la mort plutôt qu’un souffle de vie.  « Alors …pourquoi…t’m’as pas encore…invité à boire..un…chez toi ? » Grognement cette fois-ci. « Papa poule… » Le clin d’œil s’avorte dans une grimace alors que le doc s’affère en masquant son air inquiet.

Le pompier sait à quoi ça ressemble, pas besoin de minauder. L’alcool éveille Callum dans un grognement puis la lumière s’éteint dans un murmure incompréhensible. Lui-même ne saurait dire ce qu’il tentait d’exprimer et à qui. La réalité se heurte soudainement à ses souvenirs, comme lorsque l’esprit lutte pour un rêve déjà entamé voire désirer. Il sait pourtant devoir rester éveiller. Mais il s’en fiche. C’est sa sœur qui lui parle à cet instant. De quoi ? « Ton souvenir t'a pas loupé. C'est pas Shae au moins, j'espère ? Parce que si c'est elle qui t'a fait ça, elle doit avoir une bonne raison. Et je risque de plus vouloir te soigner. »   « Hein ? » et son œil s’ouvre dans une respiration douloureuse. Roman ? La réalité reprend ses droits. Lentement. Shae, il vient de parler Shae. Il veut plaisanter. Il va avoir le droit à la totale. Le pompier ne l’avait pas revu depuis qu’elle s’était faite agressée chez elle, depuis qu’il avait massacré avec plaisir l’autre assassin, depuis qu’elle l’avait viré de chez elle. Quelle emmerdeuse. Cette voix. Sa voix. Son oreille en souffre encore, tous ces relents de moment passés avec elles, tous ces agacements … toutes ces frustrations, ces désirs de la faire taire, toutes ces envolés dans les recoins de son appartement. « Shae… rien que penser… à sa voix… broie mes tympans…merci…pour…la sou…Ffrance supplémentaire… » Il est mauvais. Il le sait mais s’en tamponne. A cet instant, il n’a pas besoin de penser à Shae ni à cette dernière visite chez elle et encore moins à ses derniers mots. Il n’a pas besoin de se demander pourquoi ça l’emmerde autant alors que tout chez elle ne faisait que l’agacer plus encore. Certes, le sex n’était pas à désespérer, loin de là. Le sex avec elle l’avait, au contraire, éveiller par bien des aspects. Ressentir les secondes qui s’égrainent. Le temps. La vie. Un cadeau qu’elle lui avait fait sans le savoir. C’est une bouteille qui apparait devant ses yeux. Le pompier sourit. « Ce rebel.. » Il rit, tousse, crache. « C’pas mon premier…rod… » Le regard est sans appel et dans le brouilalrd qui plane autour de lui, le pompier le comprend assez vite. « J’ne dois pas boire.. » Non. Ce n’est pas pour rien qu’il commande dans ces bars d’infortune et joue avec le verre sans le boire. Ce n’est pas un alcoolique mais un tueur. Un tueur qui a besoin de précision. Un tueur qui a besoin d’autres sensations pour se sentir vivre et qui sait qu’il pourrait tuer sous l’effet de l’alcool. Aucune limite. Aucun contrôle. Aucune chance d’y réchapper pour lui ou pour les autres… les deux peut être. Boire n’est pas une bonne idée, ça ne donne pas les idées claires. Et avec la rage qui l’habite et sommeille en lui, le pompier ne saurait même pas ce que ça pourrait amener à présent. Il grogne et rouspette, finis par avaler malgré lui deux gorgées. Ca brûle son gosier plus habitué mais la saveur le fait sourire. Dieu que c’est bon. Et puis le temps se dilate de nouveau. Sa tête glisse sur le côté, attiré par un mouvement invisible. Est-ce son père dans la cuisine ? Il est aux fourneaux en chantant du Rolling stone. Puis c’est sa mère qui apparait dans une toute autre scène et la voix de Roman se mèle à tout ça, son visage aussi. Puis sa sœur. Puis Aedan. Puis Jimmy. Puis Anna. Puis… Ca tourne. Ca semble si réel, ce repas de famille, tous ici, tous ensemble. Et shae, qu’est-ce qu’elle fiche ici ? Ah oui… Roman. Roman lui a parlé d’elle. Sans le savoir il parle, parle à ses parents, parle à kate, parle à ses équipiers, parle à Aedan, parle à Anna… Puis toujours Roman, il le voit à côté de lui. Il sent ses doigts qui le poussent à grogner. « Sois..content. Elle s’est faite..agressée… elle… mort… » Il fronce les sourcils, secoue la tête avec lenteur. Non son cerveau raccourci. « Non.. j’veux dire… quelqu’un a voulu la…tuer…dans…appartement. Je l’ai…massacré…. Maintenant, elle va…bien… fin j’imagine… » Il rit, voit sa sœur cherchant à s’enlever une écharde du doigt. « Je crois… qu’elle me déteste…ou a p…eur… »

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MessageSujet: Re: Ain't no Place for no Hero || Cal    Mer 23 Nov - 23:18

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C'est vrai ça, pourquoi ne l'avait-il jamais invité à boire un verre chez lui ? Ses enfants étaient des adultes maintenant, même sa petite perle de Lizzie. Ils étaient suffisamment matures pour voir débarquer Callum dans toute sa splendeur, toute sa décadence, dans leur petit appartement étriqué. Avec son caractère un peu taciturne et sa belle gueule, Roman était même sûr que son ami plairait à ses deux garçons. Mais il ne l'avait jamais fait. Peut-être par une tentative un peu maladroite de les protéger d'une partie de la vie de leur paternel qu'ils ignoraient. Et qu'il préférait qu'ils continuent d'ignorer. Toutefois Callum n'avait pas tort sur ce coup-là. Il ignorait où les Ievseï habitaient, ignorait même beaucoup plus de la vie de Roman qu'il ne l'aurait probablement voulu. Après tout leur relation était secrète et se réduisait à quelques conversations rapides, et pourtant. Pourtant Callum était un ami pour le Russe. Et le resterait pour peu qu'il se concentre un peu plus lui-même sur les soins qu'il lui administrait.

-Si tu survis, j'te paie ma tournée au Domaine Ievseï. C'est une promesse.

Gardant toutefois l'idée en tête, il adressa un fin sourire dans la direction du convalescent en reprenant ses gestes froids, détachés, pour nettoyer sa plaie. Son ami partait dans des eaux troubles que Roman ne reconnaissait que trop bien. Celles du délire, celles des divagations lorsque le corps est trop faible, et que l'esprit, lui, rassemble toute l'énergie qu'il a pour plonger l'homme dans des vagues de souvenir, pour détourner son attention de la vraie douleur. Ce regard un peu embrumé, lointain, qu'avait à présent le pompier, il ne l'avait vu trop de fois. Il ne le connaissait trop bien. Ce fut pourquoi il fut presque soulagé de le voir esquisser une grimace douloureuse quand il mentionna Shae.
Bon la réponse qu'il obtint n'était pas précisément celle qu'il attendait. Il avait certes entendu Shae parler du pompier, et pas forcément en termes élogieux, mais il ne s'attendait pas à ce que l'inimitié soit aussi profonde. Surtout sachant ce qu'il s'était déjà passé entre eux. Une relation à laquelle il ne s'était pas du tout attendu en mandatant le pompier pour la surveiller. Mais finalement c'était le déroulement logique d'une telle mission : quoi de mieux pour la protéger que de s'infiltrer directement dans son plumard ? Certes ce n'était pas tout à fait ce que Roman aurait préconisé comme procédé. Mais pourtant il ne le réprouvait pas.
Un homme devait faire ce qu'il avait à faire pour accomplir sa mission. D'autant qu'il avait toujours été persuadé qu'ils feraient un joli couple, au fond.

Fronçant les sourcils, il ne répondit pas à la pique de son moribond compagnon. Il était sciemment mauvais, et même en considérant tous les aspects tant de l'un que de l'autre, Roman ne partirait pas sur une pente aussi glissante. Il appréciait sincèrement et Shae, et Callum. Et il n'allait pas critiquer la jeune femme. Pas après tous les services qu'elle avait rendus à sa famille. Et encore moins avec l'affection qu'il lui portait, à titre personnel. Comme pour pousser le pompier à se taire, à ne pas aller plus loin dans ses élucubrations, le soigneur avait versé de la vodka pour désinfecter la plaie. Le grognement réprobateur de Callum lui suffit pour comprendre qu'à défaut de sentir des choses au plus profond de son cœur, il ressentait encore la douleur. Une bonne chose. Son fin sourire s'étira à nouveau sur ses lèvres. Dire qu'il y prenait un malin plaisir, à le punir pour ses conneries, était un euphémisme. Qui aime bien châtie bien, comme on dit. Un adage par trop appliqué, à l'excès, sous son propre toit.

L'alcool eut l'effet inverse qu'il recherchait, sur son patient. Loin de lui donner un coup de fouet, il le plongea dans une douce euphorie, lointaine, dont Roman pouvait admirer les effets directement sur son visage. Si les traits de Callum s'étaient relâchés, rendu apparemment moins sensible à la douleur, son regard dérivait à nouveau dans ce monde duquel le soigneur avait désespérément tenté de le tirer. Pourtant. Pourtant cette fois-ci, Roman n'eut pas le coeur à l'en arracher. Pour la première fois depuis les années qu'il avait passées en sa compagnie, il voyait son compagnon réellement détendu. Presque... heureux.
Alors il en prit son parti. Profitant qu'il soit anesthésié, ne serait-ce qu'un peu, il attrapa une aiguille et son briquet. La flamme lécha quelques minutes la pointe, pour la stériliser, et il l'essuya dans une nouvelle bande de gaze imbibée d'alcool. Glissant la bobine de fil entre ses cuisses, il se pencha vers son ami, et entreprit de presser les lèvres de la plaie pour les recoudre. Méthodiquement. Froidement. L'état doucement euphorique de Callum lui permettait de se détacher de lui, de le laisser dans sa transe et de faire son boulot de son côté. Ce n'était pas un mal.
Fronçant les sourcils, le soigneur pinça d'avantage les lèvres de la plaie entre ses doigts. Le contact aidant, il se concentra sur son entreprise, distillant un peu de ses propres pouvoirs pour reformer les chairs de l'intérieur et favoriser le travail. Il n'était pas aussi puissant que d'autres, il le savait. Il n'était pas aussi efficace que sa douce Laura, mais suffisamment pour sentir l'aiguille filer plus facilement sous la peau, alors qu'il atteignait le centre de la plaie, là où la balle avait traversé. Alors que Callum rouvrait la bouche pour parler, brisant sa concentration.
Morte ? Shae était morte ??
Roman pâlit, saisi d'un soubresaut qui le poussa à piquer bien plus loin que prévu dans l'épaule de son patient. C'est les mains tremblantes qu'il rattrapa le tir et ôta le fil le plus rapidement possible du mauvais point, pâle comme la mort. Non, ce n'était pas possible... Shae ne pouvait pas être morte, pas comme ça. Pas alors qu'il avait payé Callum pour faire le boulot, pour être à ses côtés et la protéger ! Et cet abruti qui lui annonçait ça, alors qu'il avait sa vie entre ses mains !

Abruti qui se rattrapa mollement, la langue pâteuse, provoquant une vague de soulagement dans tout le corps du kinésithérapeute. Kinésithérapeute qui ne se retint pas de lui envoyer une bourrade dans l'autre épaule, la valide, en explosant à moitié.

-Non mais tu m'as fait peur, espèce d'idiot !

Bon, certes, on ne frappait pas un homme à terre, encore moins un homme qu'on essayait désespérément de soigner. Mais le geste avait été plus fort que lui. Pris dans un véritable déferlement d'émotions contraires, le Russe prit une seconde et une longue expiration pour remettre de l'ordre dans ses pensées. Apparemment, son petit coup de nerfs était passé complètement par dessus la tête de Callum. Mais l'information capitale était sortie, au moins. Shae était bien vivante. Traumatisée, mais vivante. C'était tout ce qui lui importait.

-Qu'est-ce que t'as fait pour qu'elle ait peur de toi ? Tu l'as massacré devant elle, ce type ? Qu'est-ce qu'il lui voulait ?

Roman ignorait s'il obtiendrait une réponse de la part du moribond, mais ça valait bien la peine d'essayer. Ca le rassurerait de savoir. Ca permettrait aussi à Callum de s'ancrer une nouvelle fois dans la réalité, parce qu'il avait l'air de toujours partir plus loin à chaque nouvelle perche que le soigneur lui tendait.
Ne s'attendant pas à une réponse immédiate, le sorcier reprit son aiguille entre ses doigts et pinça les lèvres de la plaie. Son corps était encore fébrile. Il ne pourrait pas le soigner dans de telles conditions, il devait refaire le vide dans son esprit. Fronçant les sourcils, il se mit à chantonner, doucement, pour lui-même. Cette chanson qui lui tenait tellement à coeur. Cette chanson qui lui ramenait le sourire de Laura, vibrant, en mémoire, à chaque fois.
Dirty old river, must you keep rolling, flowing into the night? Il pouvait sentir son énergie se diffuser, chaleureuse, au bout de ses doigts alors que ses gestes devenaient plus précis. Et le rire de Laura qui s'égrenait contre ses tympans, ce rire si doux, cristallin. Il pouvait déjà voir la plaie se ressouder à ses extrémités, alors qu'il gardait ses doigts contre, alors qu'il achevait de coudre. Il ne pouvait pas faire d'avantage, il le savait. Aussi resserra-t-il la plaie et coupa-t-il le fil avec ses dents, d'un geste sûr et adroit, avant de jeter l'aiguille et les gants pèle-mêle dans la poubelle improvisée. La solution hydro-alcoolique badigeonnée dans ses mains une nouvelle fois, il acheva toute son œuvre avec un bandage de fortune, fait de gaze et de sparadrap. Puis se laissa retomber, satisfait de son travail, devant son patient improvisé.

Ses doigts s'enroulèrent autour du goulot de la bouteille de vodka, et il s'offrit le luxe d'une longue rasade. La fatigue de son excès de concentration, de cet afflux constant d'émotions contraires, avaient eu raison de ses forces. L'alcool glissa le long de son gosier, le brulant un peu alors qu'il claquait la langue de contentement. Reposait ses yeux sur son compagnon, évaluant à son regard qu'il était encore bien loin du monde des vivants.
Il le veillerait encore un peu, et rentrerait probablement chez lui. Mais en attendant, plusieurs questions lui brûlaient les lèvres.

-Pourquoi t'es revenu le voir, ton fameux souvenir, si tu savais qu'il te mettrait dans un état pareil ? Parce que t'as eu de la chance que je sois dispo, ce soir. Ca sera probablement pas le cas à chaque fois...

Un état de faits qu'il déplorait, sincèrement. Tâtant en arrière de lui, Roman repéra les pieds d'une table solide. Il se hissa pour la rejoindre, et s'adosser contre l'un d'entre eux, faisant face à Callum. Guettant chacun de ses mouvements, chacune de ses mimiques. Une nouvelle gorgée de vodka irradiait son estomac alors qu'il reprenait la parole.

-T'as pas intérêt à crever avant d'avoir pu boire ton coup chez moi, Cal.


_________________

He would fall asleep with his heart at the foot of his bed like some domesticated animal that was no part of him at all. And each morning he would wake with it again in the cupboard of his rib cage, having become a little heavier, a little weaker, but still pumping. And by the midafternoon he was again overcome with the desire to be somewhere else, someone else, someone else somewhere else ×
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