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 We chase that sunset till we're blind (ft. Enya)

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↳ Opinion Politique : Depuis son arrestation, Eamon a pris le gouvernement en grippe et refuse de travailler pour eux. Néanmoins, il n'a toujours pas d'avis politique.
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MessageSujet: We chase that sunset till we're blind (ft. Enya)   Dim 18 Sep - 18:57


L’air extérieur, frais sur mon visage, je le savoure beaucoup plus dernièrement. Même si je m’efforce de ne pas trop sortir, pour ne pas trop me faire remarquer, je me plais à traîner au dehors, juste pour me souvenir de l’effet que ça peut faire. Je ne me souviens que trop du sentiment cruel d’enfermement qui m’a pris bien trop souvent dans ma prison. Si je ne suis pas devenu claustrophobe, je reste néanmoins bien attaché à cette légère brise sur mon front. Alors je ferme les yeux et profite un peu du silence du parc, jusqu’à ce moment, ce cruel moment où quelques cris d’enfants retentissent. Ils ne s’amusent pas, ils ne jouent pas, mais leurs piaillements arrivent jusque mon cœur fatigué et je sens mes jambes flageoler soudain. Leur absence dans ma vie creuse un sillon dans mon âme, de plus en plus profond, de plus en plus douloureux, mais je sais qu’un jour, je les retrouverai. En attendant, mes jambes ne me portent plus alors je m’avance vers un banc public, pour y poser mon séant et détendre mes gambettes fatiguées. Perdu dans mes souvenirs, je viens mettre mon front sur mes mains, mes coudes sur mes genoux, dans une position visible de faiblesse. Je m’en moque de toute façon. Il ne m’arrivera rien. Pas dans ce lieu public, pas avec ce monde autour de moi. Probablement trop confiant, mais je m’en moque. Pour l’instant, je préfère me perdre. Dans mes souvenirs, dans ces moments heureux qui me manquent désormais. Ma vie n’est plus qu’une ombre alors je savoure cette évasion incongrue. Sur mes paupières closes dansent les silhouettes de mes enfants, tels que je m’en souviens. Nate, quand il n’avait encore que quatre ans. Et Keane, lui aussi à quatre ans, blessé et pourtant plein de vie. Je n’ai pas vu le premier depuis des années. Je n’ai passé que peu de temps en compagnie du second. Les pensées se mélangent, les souvenirs me poussent vers un moment bénis. Je souris. Ils sourient. Mon épouse sourit. Tous nous sourions dans cet instant parfait, qui ne dure pourtant pas.

Dans un soupir je me redresse, j’ouvre les yeux de nouveau et bascule la tête en arrière, trop touché pour ne pas laisser un air triste sur mon visage. Ce n’est pas dans mes cordes que de prétendre que tout va bien alors que mon cœur bat dans un mouvement irrégulier, alors que je me sens nostalgique à en crever et que mes enfants me manquent enfin. La prison m’a fait prendre conscience du gouffre dans lequel je n’ai cessé de m’enfoncer depuis des mois voire même des années. Là où les discours de mon fraternel ont été vains, la cage a été d’une efficacité redoutable. Lentement, je finis par quitter mon siège, reprends ma marche incertaine. Cette fois, je ne savoure plus l’air sur mon visage. Je ne suis qu’un être morose qui s’enfonce un peu plus dans la peur de ne jamais être à la hauteur. Cette peur qui ne me quitte jamais maintenant. Plus intense encore que celle qui me perturbait lorsque j’étais en fuite, elle me bouffe lorsque je ne m’y attends pas. Comme maintenant. Probablement me faudrait-il rentrer dans mon appartement maintenant. Seulement je ne peux me résoudre à m’enfermer. Pas maintenant alors que je n’ai pas encore pris ma dose quotidienne de liberté. Toujours trop traumatisé par ma vie derrière les barreaux, j’ai besoin maintenant de rester dehors longtemps. Probablement trop pour mon propre bien. Devant moi, j’aperçois soudain une silhouette familière. Je ne parviens pourtant pas à me souvenir de son nom, ni même d’où je la connais, mais l’évidence est là. Cette personne ne m’est pas inconnue. Pour autant, je ne m’approche pas d’elle, me contentant de m’arrêter, sans savoir comment agir…

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    MessageSujet: Re: We chase that sunset till we're blind (ft. Enya)   Jeu 29 Sep - 20:10

    Il faisait beau aujourd’hui. Un peu frais, mais c’était agréable. La ville pouvait être une vraie fournaise. Elle pouvait aussi bien être emplie de froid et de brouillard le lendemain. Quand les personnes âgées disaient « il n’y a plus de saisons », ils n’imaginaient pas à quel point ils avaient tort à l’époque. Aujourd’hui, il n’y avait plus de saisons. Rien de stable dans la météo. Un reflet ironique de l’instabilité du monde dans son ensemble, je suppose. Mais aujourd’hui était un beau jour et je déambulais dans Congo Square. J’étais sortie de chez moi pour autre chose que le boulot. Ca ne m’était pas arrivé ces derniers temps. Je m’étais enfermée, recroquevillée dans mon appartement, à attendre que les heures passent et que le temps de retourner travailler arrive. Le fait que je sois dehors signifiait-il que j’allais mieux ? Aucune idée. Je ne me sentais plus aussi mal, c’était déjà ça.
    Ma vie avait pris un tournant inattendu. Merdique, disons-le franchement. Mon entrevue avec Rafael Morienval avait provoqué une chute de dominos. Je crois que j’avais perdu Noah. Je n’en était pas sûre encore. J’espérais encore, quelque part, qu’il y avait une chance pour nous. Et sans lui, je n’étais pas très sûre de savoir qui j’étais. J’étais perdue. J’avais été quelqu’un pour lui si longtemps. J’étais en train de péter un plomb, probablement, comme une adolescente en crise qui cherche son identité. Je cherchais la mienne, celle que j’avais diluée dans mon amour pour Noah. Ca faisait mal et ça faisait rien en même temps. Je découvrais. La liberté peut être douloureuse. Encore une ironie du sort.

    J’allais rentrer quand je l’aperçus. Mon sang se glaça. Bon sang, que faisait-il là ? Il était fou à lier. Je m’approchai à toute allure et lui prit le bras, lui jetant à voix basse.
    « Eamon, qu’est-ce que tu fiches ici ? On va te reconnaitre, t’es malade ? »
    Eamon Grimes. Une rencontre inopinée un soir où j’étais en service. Je m’étais retrouvée au service des grands brûlés par hasard, pour un dossier à transmettre. Et il était là. L’homme avait son portrait placardé sur la moitié des murs de la ville, et tout le personnel de l’hôpital avait sa photo et l’ordre de l’arrêter. Il était recherché activement. Visiblement, il s’était échappé façon Hollywood. Et il était venu à l’hôpital, prenant tous les risques du monde pour son fils qui avait été blessé. Pauvre gamin. Brûlé au troisième degré sur certaines parties du corps, dans le coma. Je l’avais pris en charge à son arrivée aux urgences. Je pensais qu’il ne s’en sortirait pas. J’ignore d’ailleurs s’il s’en est sorti ; il a été transféré dans une autre structure, d’après ce qu’on m’a dit, et je n’ai plus eu de nouvelles, ni de lui, ni d’Eamon. Je plantai mon regard dans celui du jeune homme.
    « Ecoute, si on t’arrête, et qu’on te fait parler, je risque ma place, je risque plus que ça. Alors ne joue pas au con ok ? Et puis….t’es pas sorti pour y retourner, pas vrai ? C’était déjà stupide de te pointer à l’Adventist, c’est d’autant plus stupide de te pointer ici. »

    Je l’avais aidé. J’avais aidé un fugitif. Ce qui faisait de moi la complice d’un crime. Si Eamon balançait mon nom, il ne faudrait pas longtemps avant qu’on me vire de l’hôpital et qu’on enquête sur moi. Et si on enquêtait correctement sur moi, il ne faudrait pas longtemps avant de faire le lien entre moi et la radio. Alors je finirais au Colosseum, en prison, ou morte. Les deux ne faisaient pas grande différence à mes yeux de toute façon. Et si je me faisais arrêter, cela mettait en danger Vaas, et Timothée. La vie de trop de monde était en jeu entre les mains d’Eamon Grimes. Beaucoup trop. Tout ça parce que j’avais voulu aider un inconnu à voir son fils. Mon frère disait parfois que ma gentillesse me perdrait, un jour. Il n’avait peut-être pas tort. Casey avait rarement tort.

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    MessageSujet: Re: We chase that sunset till we're blind (ft. Enya)   Ven 7 Oct - 19:24


    Face à moi se dresse une alliée. Du moins est-ce ainsi que je devrais la définir, vu l’aide qu’elle a pu me fournir dans le passé, en me permettant de voir mon fils. Cette femme a été l’une de mes lumières dans la noirceur de mon échappée, en me laissant me repaître de la vision de cauchemar. Celle qui, telle un électrochoc, m’a permis de reprendre un peu contenance. Finalement, la brune devant moi est l’une de responsable de mon réveil trop tardif et fais partie de ceux qui m’ont redonné goût à la vie. Juste en ouvrant des portes lugubres devant moi. Bien sûr, je n’ai jamais eu conscience du danger dans lequel j’ai pu la mettre, en agissant ainsi. Egoïste sans m’en rendre compte, j’ai entraîné l’infirmière dans le danger de ma présence, sans même me préoccuper des conséquences.

    C’est la raison pour laquelle, alors qu’elle fonce vers moi, je prends peur aussitôt. Elle ne ressemble plus du tout à la fille bienveillante qui m’a accueilli à l’hôpital. Je fronce donc les sourcils, la laisse m’approcher et même attraper mon bras, sans trop broncher. J’attends, ne lançant qu’un simple -Eh! quand ses ongles viennent se ficher dans mon bras. Ses propos bientôt, me cueillent dans l’estomac et je mets plusieurs secondes à comprendre de quoi elle parle. Quand enfin, la lumière se fait dans mon esprit, je fronce les sourcils, avant d’illuminer mon visage d’un léger sourire. Bien sûr. Elle ne sait pas que je suis sorti de prison, légalement cette fois. -Tu sa... Je ne peux pas en dire plus, qu’une tornade de mots m’attaque soudain. Mes yeux s’écarquillent alors que je comprends à quel point j’ai été inconscient avec elle. A l’époque, rien ne me préoccupait plus que de voir mon fils. Qu’Enya puisse être victime collatérale de cette rencontre provoquée, ne m’a jamais traversé l’esprit, sauf maintenant. La méprise est réelle, tout autant que sa peur d’être découverte, de perdre son boulot... Pour simplement avoir laissé son coeur s’ouvrir à un inconnu tel que moi.

    -J’suis désolé. Loin d’apaiser les choses, mes quelques mots vont probablement faire paniquer d’autant plus la jeune femme, mais je ne trouve pas quoi lui dire. L’air s’est bloqué dans ma gorge et je me trouve donc incapable d’aligner la moindre parole cohérente. Je ne sors qu’un léger grognement, tout en tentant de dégager mon bras d’un coup maladroit. Je recule d’un pas, secoue la tête, toujours sans parvenir à parler. -Je... Chaque tentative se solde par un échec alors je prends une grande respiration, pour me donner un peu plus de courage. Et je finis par lâcher, vite, très vite... Probablement trop. -Tu sais j’suis plus en prison. Enfin ça tu l’sais, mais c’que j’veux dire, c’est qu’j’suis plus censé y’être. J’ai été libéré et j’suis libre maint’nant. Mais bon c’logique vu qu’j’suis là d’vant toi. Et je.... Essouflé, je me rends compte un peu tard, de la vitesse à laquelle j’ai débité ces quelques mots. Trop apeuré à l’idée de ne plus pouvoir parler, je me retrouve à toute allure, sans articuler et en la bénissant de mon accent irlandais trop prononcé... En un mot comme en un... Je suis probablement incompréhensible. -Putain... T’as rien compris pas vrai? Gêné, je passe finalement ma main libre dans mes cheveux déjà dérangés et soupire, sans trouver le courage de recommencer mon laïus. Je lâche donc, laconique. -T’as rien à craindre. C’tout c’que tu dois savoir. D’façon j’t’aurais jamais vendu. Ca, ce n’est pas forcément vrai, mais inutile de l’inquiéter pour rien.

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      MessageSujet: Re: We chase that sunset till we're blind (ft. Enya)   Ven 21 Oct - 16:27

      «[color:6782=#tan] J’suis désolé. »
      Etre désolé n’allait certainement pas arranger les choses. Mais j’appréciais l’effort. Il me suffisait de pas grand-chose, au fond. Je m’étais peut-être énervée sur lui plus que ce que j’aurais du, maintenant que je prenais du recul. Il voulait juste prendre l’air. A quoi bon s’évader si on ne peut pas prendre l’air ? Je ne savais pas ce que ça faisait d'être en prison, surtout dans ce nouveau monde. Ca devait être encore pire que dans l'ancien. J'avais entendu des rumeurs, certains abracadabrantes, d'autres qui semblaient nettement plus réalistes, sur cet endroit, sur les gardiens, sur les PeaceKeepers. Des rumeurs qui faisaient souvent froid dans le dos. Je hochai la tête rapidement, en remerciement.
      « Tu sais j’suis plus en prison. Enfin ça tu l’sais, mais c’que j’veux dire, c’est qu’j’suis plus censé y’être. J’ai été libéré et j’suis libre maint’nant. Mais bon c’logique vu qu’j’suis là d’vant toi. Et je.... »
      OK, donc il sait parler. Mais quand il parle, il parle vite. Il me faut toute ma concentration pour saisir ce qu’il essaie de me dire, et ça devient de plus en plus difficile. Quand il s’arrête enfin, un sourire amusé se dessine sur mes lèvres. Pas le mec le plus doué en relations humaines, m’sieur Eamon Grimes.

      « T’as rien à craindre. C’tout c’que tu dois savoir. D’façon j’t’aurais jamais vendu. » Je fronce les sourcils, mais hoche la tête à nouveau. Il a donc été libéré. L’homme qui était plus ou moins l’un des plus recherchés de toute la ville est un homme libre. Soit il a des amis bien placés, soit il a rendu un bon gros service, soit il a acheté sa liberté avec de l’information. Dans tous les cas, tant mieux pour lui. Et tant mieux pour moi. Mon job et ma vie ne semblent plus en danger immédiat. Comme quoi, parfois, jouer les bons samaritains, c’est cool.
      « Merci, de m'avoir couverte. J'apprécie. Va falloir que tu m’expliques un peu, parce que là, je suis curieuse, tu vois. T’as le temps de t’asseoir cinq minutes ? », demandé-je en désignant un banc juste à côté de nous, avant de m’y asseoir. Juste cinq minutes. Ensuite, on pourra chacun reprendre le cours de sa vie, je suppose. Je soupire.
      « Je suis contente que tu sois libre. Tu sais, ce que t’as fait, à l’hôpital, tout risquer pour voir ton fils. C’était courageux, malgré toute la stupidité de la chose. »
      Je souris à Eamon, signe que ce n’était pas un reproche, mais une façon un peu détournée de lui faire un compliment et de lui signifier mon admiration pour son geste. Mon propre père n’aurait pas fait ça, j’en étais sûre. En même temps, une fois ma mère morte, mon père était tellement alcoolisé et similaire à une loque que je ne suis même pas sûre qu’il aurait capté que j’étais à l’hôpital. Je ne sais pas bien ce que mon père a vécu de ma vie et de celle de Casey, après la mort de maman. Alors j’étais heureuse de voir qu’il existait encore des pères aimants et prêts à tout pour leur gosse.

      « C’est moi qui ai admis Keane aux urgences. Le soir où il est arrivé. J’ai vraiment fait tout ce que j’ai pu, j’te jure. Tout. Il va mieux ? »
      J’avais un peu peur de lui poser la question, principalement parce que quand il était sorti de l’hôpital, il était encore dans un sale état, et il aurait très bien pu ne pas s’en sortir. Auquel cas, poser la question était très indélicat de ma part. Mais ce gosse m’avait marquée, et j’avais besoin de savoir si son état s’était amélioré. Il ne retrouverait probablement jamais une vie normale. Si les séquelles physiques ne l’en empêchaient pas, les séquelles psychologiques le feraient. C’était trop con, mais c’était comme ça. Au moins maintenant, son père était là pour s’occuper de lui. Même si Eamon avait l’air du gars un peu paumé dans la vie, et que la mère semblait absente de l’équation, avoir une famille était important. Je le savais bien. J’avais vécu ce manque. J’espérais qu’Eamon serait assez sensé pour ne pas faire quelque chose qui le renverrait en prison.

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      MessageSujet: Re: We chase that sunset till we're blind (ft. Enya)   Dim 6 Nov - 21:43


      Je m’emballe et me perds dans des explications qui n’ont probablement de sens que pour moi. Quand je suis nerveux ainsi, je parle vite mais pas uniquement. C’est mon accent irlandais qui rend le tout plus difficile à saisir, mais il semble néanmoins que la jeune femme devant moi me comprend et je salue d’un soupir le moment où elle semble comprendre ce que je veux dire. Loin de moi l’idée de la considérer comme idiote, c’est même le contraire puisqu’elle est médecin, mais je me sais parfois incompréhensible. Alors en écho, j’hoche la tête à mon tour, tout en tentant un sourire qui ne ressemble à rien d’autre qu’une grimace. Pourtant, j’essaye de me montrer à l’aise et de laisser de côté l’image un peu bourrue que j’ai pu lui renvoyer lors de notre rencontre. Il faut dire que l’homme en fuite, qui ne se préoccupe que de la santé de son fils, n’est pas la meilleure des images à laisser à une demoiselle. Je tente donc de la réparer maladroitement, ce qui se résulte rapidement par un échec. A croire que ce petit bout de femme m’impressionne beaucoup plus que je ne saurais l’avouer. Cet état de fait ne va probablement pas s’améliorer, alors qu’elle me demande de m’assoir à ses côtés, pour au moins 5 minutes. Si parler avec elle, ne me dérange pas, dans l’absolu, je crains m’enfoncer dans ma stupidité chronique en sa présence, ce qui me fait hésiter. Balançant d’un pied sur l’autre, incapable de conserver une vraie immobilité, je ressemble probablement à un petit garçon qui attend d’être puni, sans parvenir à prendre une décision. Elle ne me mordra pas pourtant. Elle semble gentille, agréable et probablement pourrais-je passer un bon moment à discuter avec cette brunette.

      Je finis par hocher la tête finalement, non sans lâcher un petit soupir, preuve du souffle que j’ai gardé un peu trop longtemps dans mes poumons. Trop atteint par cette rencontre, somme toute anodine, je ne comprends pas très bien mes réactions, mais finis par poser mes fesses à ses côtés, bien qu’un peu mal à l’aise toujours. Rencontre faite lors d’une cavale désordonnée, je ne me suis pas attendu à retrouver cette femme sur mon chemin un jour. Et pourtant la voilà, à mes côtés et elle me parle, le plus normalement du monde. Peut être devrais-je donc retrouver mon calme, pour converser comme une personne normale et non pas l’asocial que je présente depuis quelques minutes maintenant. Au loin, devant moi, se trouve un garçon, qui pourrait presque ressembler à mon fils. Alors je le fixe, garde mon regard sur lui, pour tenter de retrouver une respiration moins erratique et enfin lui répondre, après un silence qui m’a semblé si long. « Tu m’as aidé quand j’en avais b’soin. Jamais j’aurais pu dire, c’est elle qui m’a aidé… D’façon j’me souviens même pas d’ton prénom ou d’ton nom alors j’aurais rien pu dire de toute façon. » Je lâche un très léger ricanement, qui pourrait presque ressembler à un petit bruit animal tant il est ridicule. Et après une réflexion d’une demi-seconde, je ne suis plus certain que me vanter de mon oubli soit des plus intelligents.

      Je finis par hausser les épaules, sans parvenir à retrouver une vraie sérénité malgré l’image que je continue de fixer. « C’était stupide en fait, pas courageux. J’l’avais déjà vu avant. Quelqu’un d’autre m’avait fait entrer. Revenir, c’était pas courageux, c’était juste d’la gourmandise et c’était stupide j’aurais jamais du l’faire. C’comme ça qu’je suis fait chopper. Pas c’te fois là, mais une autre. Parce qu’j’suis stupide. » Le dire à voix haute, à quelqu’un que je connais à peine, rend le tout encore plus idiot. C’est mon propre, de me ridiculiser encore et toujours face à des inconnus. La brune ne l’est plus entièrement, mais elle reste une simple connaissance de ma vie, à laquelle je parle, sans même me soucier des conséquences. Seulement c’est plus fort que moi. Je veux répondre à ses questions… Tout comme je veux discuter comme quelqu’un qui n’a pas fait de la prison, qui s’épanche sur la douleur de voir son fils allongé sur un lit d’hôpital. « Il va bien. C’qu’on appelle un miracle en fait. Il est pas sorti avant d’être guéri… mais là bas ils ont pas compris. Il a juste… guéri… » De nouveau mal à l’aise, j’attrape mes doigts pour les tordre nerveusement. Je n’aime pas mentir. Et c’est ce que je viens de faire. Comme un cours récité par cœur. Keane est un miracle, rien de plus, rien de moins. Voilà ce que le monde doit savoir et Joan ne doit jamais être mise en cause. Néanmoins, même de savoir que c’est pour le bien de mon fils, de ma famille… je n’aime pas mentir…

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        MessageSujet: Re: We chase that sunset till we're blind (ft. Enya)   Ven 18 Nov - 20:55

        « D’façon j’me souviens même pas d’ton prénom ou d’ton nom alors j’aurais rien pu dire de toute façon. »
        Je lève un sourcil, les lèvres légèrement pincées. Il sait parler aux femmes, celui-là, tiens. Quand même, je lui ai sauvé les miches, il aurait au moins pu retenir mon prénom. Ou du moins avoir la gentillesse de me le demander, pas de balancer comme ça qu’il ne se souvient pas. Je ne me formalise pas cependant. Après tout, il avait bien d’autres choses à faire ce jour-là que de retenir mon prénom. J’étais juste une interne.
        « Enya Rivers. Tu sauras pour la prochaine fois que je te tombe dessus comme une furie », ajoutai-je en souriant. Je regrettais maintenant de lui avoir parlé comme ça. Il n’avait rien fait de mal. Il profitait du soleil. J’avais eu peur pour ma pomme. C’était tellement égoïste.

        Eamon me dit qu’il était déjà entré dans l’hôpital pour voir son fils, avant de revenir et de tomber sur moi. Je fronçai légèrement les sourcils. Quelqu’un d’autre l’avait fait entrer ? Décidément, cet homme était un ninja, il rentrait et sortait de l’hôpital sans se faire choper. Cela était un peu inquiétant, quand même, parce que ça voulait dire que la sécurité de l’hôpital laissait franchement à désirer. Si un homme recherché dans toute la ville pouvait y entrer deux fois et en sortir, alors n’importe qui pourrait venir, tuer des gens, poser une bombe, enfin, tous les scénarios étaient envisageables. Au temps pour la sécurité des gens qui circulaient dans ce lieu. Il y était même retourné une troisième fois avant de se faire attraper. Bon sang. Il était coriace, le Eamon. Jamais deux sans trois, comme on dit.
        « Parce qu’j’suis stupide. »
        Il semblait tellement peu sûr de lui. Il me renvoyait l’image de mon propre manque de confiance en moi. Moi aussi je suis stupide, Eamon. T’en fais pas, on finit par faire avec. Et puis, vouloir voir son enfant, ce n’est pas stupide. C’est beau. C’est de l’amour, et l’amour, ce n’est pas stupide. Mais je ne le dis pas. Je crois qu’il n’a pas besoin que je lui dise, au fond, pour le savoir. Sinon, il n’y serait pas retourné encore et encore, jusqu’à risquer de retourner derrière les barreaux.

        « « Il va bien. C’qu’on appelle un miracle en fait. Il est pas sorti avant d’être guéri… mais là bas ils ont pas compris. Il a juste… guéri… »
        Juste guéri. Je souris. Tant que le petit va bien, c’est le principal. Je n’ose même pas imaginer la douleur qu’un père doit ressentir quand il voit son fils sur un lit d’hôpital. Quoique. Je me rappelle de la tête de mon père en voyant Casey sur son lit d’hôpital. Mon père n’était déjà plus mon père à cette époque, mais il avait eu un sursaut de lucidité en voyant mon frère allongé et inconscient. Il avait pleuré. Il avait demandé aux médecins des nouvelles toutes les heures. Et puis on avait annoncé que Casey ne remarcherait plus, et mon père était redevenu amorphe. Il ne s’était jamais réveillé de sa léthargie. J’aurais aimé que mon père prenne autant de risques qu’Eamon pour ses enfants.
        « Je suis contente qu’il aille bien. Que tu sois là pour lui aussi. Tout finit par s’arranger, finalement. Comme quoi, on raison d’espérer parfois. »
        Les histoires pouvaient avoir une fin heureuse. Keane allait vivre une belle vie, il aurait son père à ses côtés, peut-être qu’il pourrait se remettre plus facilement de ce qu’il avait vécu. Il le méritait.
        « Je vais peut-être te paraitre indiscrète, mais…tu as fait quoi, pour atterrir en prison ? »
        La question me trottait dans la tête depuis notre rencontre. Qu’est-ce que cet homme avait bien pu faire pour aller en prison et devoir s’en échapper ? Pourquoi son évasion le rendait-il ennemi public numéro un ?
        « Je veux dire, tu ne m’as pas tellement l’air d’être un mec dangereux. »
        Les apparences étaient trompeuses. Je le savais pertinemment. Mais j’avais encore tendance à m’y fier. Et Eamon semblait être un mec sympa. Un gars bien. Je ne le connaissais pas, mais il dégageait cette aura. Du mec normal, qui a un bon fond. Mais aujourd’hui, on pouvait aller en prison pour n’importe quoi. Pour avoir bu une bière. Pour avoir regardé un peacekeeper de travers. Pour avoir la mauvaise tête au mauvais endroit. La répression était terrible. Eamon aurait tout aussi bien pu ne rien avoir fait du tout.

        _________________


        I don't wanna beg you pardon
        I don't wanna ask you why
        But if I was to go my own way
        Would I have to pass you by?


        Spoiler:
         
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        We chase that sunset till we're blind (ft. Enya)

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