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 Long days, short nights - Rafaël

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MessageSujet: Long days, short nights - Rafaël    Dim 25 Sep - 12:05



Long Days, short nights

 

© Mad/Ness & fassby


Il ne fait pas aussi froid, qu'il devrait. L'air est vraiment sec, je le sens presque sur mes joues. Étrange sensation de déjà vu, je suis au milieu d'un désert aride. J'aurais pu comprendre le où, si j'avais baissé les yeux sur ma chemise, cette chemise couleur prune, sur laquelle est apposé mon prénom en lettres cousues. C'était il y a longtemps, c'était un temps que je n'aime pas particulièrement me remémorer, mais le subconscient a toujours fait ce qu'il voulait. Je suis donc là, projetée dans ce qui fut mon passé, devant moi, se dessine un conteneur, il est grand et massif, et je me dis qu'à l'intérieur on doit cuire. Étrange pensée quand on s'y arrête, pourquoi penser à être dedans, je n'ai pas envie d'y aller et pourtant mes jambes s'activent et je me dirige vers lui. J'entends de plus en plus de bruits, des grattements contre les parois, des chuintements, quelque chose se trouve dedans. Je pose une main sur la surface en métal, elle est chaude mais pas brûlante. Je tente de parler, mais aucun son ne sort de ma gorge. Je ne sais pas ce qu'il se passe à ce moment là, mais j'ai l'impression qu'on me touche la main, comme si quelqu'un de l'autre côté du conteneur, reproduisait mon geste. Je sens un cœur battre dans cette main, j'ai la nausée qui monte et je décide de défoncer la paroi à coups de battes de base ball. J'entends sangloter, j'entends gémir, et j'entends crier... Je ne sais pas si c'est moi ou l'autre qui crie en cet instant, mais j'ai mal à la gorge de l'avoir fait.  La batte de base ball détruit progressivement l'enclos et ce qui se trouve à l'intérieur me glace le sang. Une enfant, une petite brune, est recroquevillée sur elle même, à l'intérieur. Elle chante une comptine lointaine, qui parle d'un loup gigantesque qui viendra la prendre, d'un loup gigantesque qui ne la laissera pas partir. Je me couvre les oreilles pour ne pas l'entendre, et je ferme les yeux... ce n'est que quelques secondes plus tard que je les ouvre, et qu'elle se jette sur moi avec des crocs acérés.

Le rêve se tord, mon corps entier se réveille, créant une onde de choc pour me rappeler à la conscience. Mes yeux sont grands ouverts, fixant un plafond qui ne me dit rien de précis. Je n'ai pas encore conscience, je viens juste de me réveiller d'un cauchemar, encore un... Instinctivement, ma main vient se mettre sur mon front, je suis couverte de sueur. Lentement, il faut que je revienne lentement, que je me laisse le temps de la pleine conscience, que je laisse à mon esprit le temps de revenir pleinement à lui. Je prends une grande inspiration, et les battements de mon cœur se font plus posés. Je touche ma peau, et je réalise doucement que je ne porte qu'une culotte, le reste de mon corps est nu. Je tends la main sur le côté, mais il semblerait que je sois seule... je tourne la tête à droite et mon regard tombe sur une table de nuit richement parée, je vois de grands rideaux accrochés aux larges fenêtres, et je comprends doucement le lieu. Je tourne la tête de l'autre côté, et se trouve à quelques centimètres, Rafaël. Il dort. C'est la première fois, que je m'endors ici, et que je m'endors à côté de lui. Je suis surprise qu'il ne m'ait pas déplacé, ni réveillé pour que je partes. Notre relation a cette dimension étrange, et difficile à expliquer. Si je suis persuadée en mon for intérieur, d'être amoureuse de lui, je ne pourrais pas en dire autant de lui. Il ne veut pas me laisser partir, il l'avait refusé au début, en s'imposant à moi. Je me suis dis, qu'il avait un sentiment de territoire, très développé, et que c'était une part d'égo mal placée finalement, qui l'avait conduit à me poursuivre malgré la distance mise. Mais au fil des semaines, et des mois, je ne suis plus certaine de rien. Je ne bouge pas, j'aurais trop peur qu'il se réveille, qu'il réalise à son tour, que j'étais restée. Si le fait que je le repousse, l'agace au plus au point, il excelle dans la discipline à mon égard. Il n'est pas méchant, sinon je ne serais pas là je présume... Je dirais qu'il est perdu, profondément triste au fond, et qu'il me cache certaines choses. Je n'ai pas le cœur pourtant de me protéger de lui, il s'est trop imprégné en moi, pour faire demi tour.

Allongé là, en paix, je le trouve magnifique, j'en esquisse un sourire tendre. Pourtant, c'est lui qui gémit, je fronce les sourcils, et réalise que son front est couvert de sueur, qu'il n'est pas en paix, qu'il lutte quelque part dans son inconscient. Je glisse doucement vers lui, peut être qu'en sentant un corps à côté de lui, une autre chaleur émaner près de lui, il s'apaisera. Il se tourne sur le côté, face à moi, et je réalise que son poing est serré. Ses fantômes le hante, et je refuse qu'il en souffre... Je pose lentement ma main sur ce poing fermé, je le prends dans ma main, j'enroule mon bras atour du sien, et je pose mon front contre le sien. "Je suis là Rafaël... Tes démons ne peuvent pas t'atteindre... Je te protège..." Chuchotais-je à son intention. Ma main libre, quitte son poing, pour caresser doucement son menton, glissant sur la peau recouverte d'une barbe dense. Je ne veux pas le réveiller, je veux l'apaiser... si tenté que cela soit possible. Je tends mon cou, pour que mes lèvres se posent sur ses lèvres endormies. C'est instinctif, tout mon corps entier cherche alors sa chaleur, cherche sa peau et l'appelle en silence.


Dernière édition par Violet C. Forester le Mar 27 Sep - 23:37, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Long days, short nights - Rafaël    Dim 25 Sep - 13:40

Un éclat de rire. La première chose que je perçois est un éclat de rire, limpide, rafraîchissant. Un rire cristallin, à la légèreté d’une eau de source, à la pureté d’une brise d’été. Un rire que j’oublie chaque jour un peu plus mais que chaque nuit me rappelle à mon bon souvenir. Un rire qui m’angoisse autant qu’il m’apaise, un rire qui fut une promesse d’avenir à une époque mais qui n’est à présent que le glas sonnant l’apocalypse. Un rire qui s’éloigne, d’un pas bondissant, un rire qui me surprend à sourire, le cœur serré de savoir ce qui m’attend. Nous attend. J’ouvre les yeux, sur l’Italie, j’ouvre les yeux sur une maison de pierre, rien de plus qu’un mas, perdu dans une forêt de pin, perdue dans les rayons d’un soleil resplendissant, sous un ciel dénué de nuage, dans les senteurs de thym et de romarin qui nous enveloppent comme pour mieux nous protéger. Instinctivement, je cherche l’origine du rire, je ne distingue déjà plus qu’une petite silhouette qui court d’un pas maladroit, les bras tendus pour attraper une petite forme immaculée. Une silhouette confuse, diffuse, une silhouette aux contours mouvants comme pour mieux me rappeler qu’elle m’échappe. Une silhouette qui trébuche, mes pas qui se précipitent pour la remettre sur pied, mes yeux qui accrochent des cheveux noirs en cascade, une petite robe blanche, une fleur carmine qui s’étire et éclot autour d’elle. Et un rire qui s’éteint, un rire qui s’élève au loin, un rire qui devient un hurlement, une silhouette qui s’évapore entre mes doigts, qui s’effrite, qui pourrit, qui ne laisse que du sang, encore du sang, toujours du sang, des os et de la poussière. Et l’odeur âcre, rance, l’odeur de brûlé qui me prend à la gorge, qui me voit me relever à la recherche d’une solution de fuite, à la recherche d’un… « Non… » L’odeur m’enveloppe, annihile tout le reste, annihile même les vestiges d’un éclat de rire d’enfant, pour se condenser en son, pour se condenser en texture, pour se condenser dans mes poumons comme des cendres venues pour m’étouffer. Je suis sur de la terre battue, sans comprendre le changement de paysage. Tout est si réel, tout est si tangible, tout est si… des bras me relèvent, s’imposent à mon contact pour me redresser alors que mes jambes peinent à me porter.

Je me souviens. Ce n’est pas un cauchemar, c’est un souvenir. Brûlant. Les hurlements reviennent, s’intensifient, se cristallisent dans ma mémoire. Des silhouettes flouent, les flammes s’impriment dans mes rétines comme des brûlures, la douleur se disperse dans mes pupilles, laisse une marque indélébile, heurte mon torse, heurte mes bras, enserre mes poignets que je n’arrive pas à dégager. Je sais ce qu’il va se passer. Je sais qui ils vont amener sur le prochain bûcher. Je sais quelle silhouette je vais voir, je sais que je vais être obligé de regarder, je sais que… ce n’est pas Azzura. Cette silhouette n’a pas de visage, elle n’a pas d’identité, elle n’a rien d’autre qu’une odeur que le loup reconnaît sans l’ombre d’une hésitation. « Non… non… laissez… non… » Je serre le poing en tentant de me débattre, en tentant de faire appel à l’animal, pour aller la chercher, pour aller la libérer. « Lâchez-la… » Mes suppliques ne me ressemblent en rien, les flammes et la chaleur ardentes me rongent et me ravagent, mes forces s’épuisent et me renvoient à mon impuissance, à cette incapacité que j’ai à sauver ceux qui m’entourent, à cette noirceur en mon sein, à cette gangrène qui s’empare chaque seconde un peu plus de moi pour mettre dans ma gueule une soif de sang insatiable. Mon poing se serre, ma vue se trouble, une présence me surprend et un contact s’impose à mon côté, comme pour mieux me tétaniser de terreur. J’arrête de respirer. Il faut que je me réveille, il faut que… "Je suis là Rafael... Tes démons ne peuvent pas t'atteindre... Je te protège..." Je reconnais cette voix. Je connais cette voix. Je… mes muscles se délient brutalement, ma respiration s’apaise d’un seul coup, mon anxiété s’envole sans que je ne comprenne pourquoi.

La chaleur des flammes irrite toujours mon épiderme. Les hurlements et l’odeur de chair brûlée consument toujours mes poumons, s’installent dans ma gorge, se logent dans ma gueule pour saturer mes sens et assécher ma bouche. Des lèvres sur mes lèvres, une présence, à mon côté, pour la première fois depuis… pour la première fois depuis… j’ouvre les yeux, sur une silhouette aux traits indistincts.

Je me recule brutalement dans un mouvement de panique. Voir. Ca n’est plus dans mes habitudes. Voir, c’est effrayant. Voir, c’est… un filet de transpiration glisse le long de ma mâchoire, comme un vestige du cauchemar qui vient de m’enfermer dans un sommeil épuisant. Debout, dos collé au mur le plus proche, je regarde la pièce, distinguant formes et couleurs sans les reconnaître. Mes yeux sautent d’un point à un autre sans trouver le moindre repère, finissent par accrocher la silhouette sur mon lit. Mon lit. Ma chambre. Ma demeure. Ma propriété. Et… « Vi… Violet ? » Je me passe une main sur le visage, ma respiration rapide refusant de se calmer. Je suis un animal sauvage acculé comme une proie : la panique se retranscrit sur mes traits pour mieux me laisser vulnérable. « Qu’est ce que… que faites vous là ? » Je n’ai pas fini ma phrase que j’en viens, un peu tard, à comprendre une chose, un détail infime mais central. Je ne suis pas en danger. Je ferme les yeux. Hier, la fatigue. Elle, s’endormant à mes côtés. Moi, apaisé, détendu, comme bien trop rarement. Aux sentiments épars, aux émotions confuses, à l’instinct de l’animal qui m’interdit de trop penser. Elle, restant ici pour la nuit. Une première. Je garde les yeux fermés. Ne pas voir. Rester éloigner de la lumière pour préserver mes rétines au nerf optique bien trop sensible pour que ce soit supportable. « Vous… pouvez-vous m’apporter mes lunettes. » Je me sens vulnérable, si vulnérable à cet instant que je ne sais ni comment réagir ni quelle attitude adopter. Comme souvent face à elle. Une vulnérabilité qui m’insupporte, mais une vulnérabilité dont je ne me pensais plus capable.


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MessageSujet: Re: Long days, short nights - Rafaël    Dim 25 Sep - 16:18


La réaction est immédiate, son mouvement de recul, pour le moins surprenant, me fait reculer à mon tour. Le drap tiré à ma poitrine nue, je reste immobile, je n'ose pas vraiment bouger, et doucement, par sa réaction surtout, je réalise quelque chose qui ne m'avait jamais frappé jusqu'alors. Il m'a vu. Venant d'une personne non atteinte de cécité, cette réflexion paraîtrait totalement banale, mais Rafaël ne voit pas depuis qu'on se connait, ou du moins... Il m'a toujours plus ou moins gardé de penser le contraire. Il me demande ce que je fais là, il parcourt la pièce du regard, et je suis horrifiée de me rendre compte des faits, il voit! Peut être pas très net encore, mais sa cécité est sur le point de disparaître. En réalité, on me l'avait exposé, que les Skinchangers, avait une guérison plus efficace que les humains, mais jusqu'alors j'avais pensé idiotement que Rafaël était peut être trop atteint. "Je..." Je ne sais pas trop comment procéder, au réveil la scène ce serait un peu fort quand même. "Non." Finis-je par répondre au fait de lui donner ses lunettes. Le mot tombe là, fort et fier, n'incluant pas une possible discussion. "Tu m'as vu... Depuis quand vois tu?" Continuais-je alors, me redressant dans le lit, tenant encore le drap sur ma poitrine, me sentant assez mal à l'aise avec ma nudité, pour entamer une telle discussion.

Je le sais parfaitement, ça va être le concours de mauvaise foi, teinté d'une humeur exécrable et d'une envie primaire de repousser l'autre pour ne pas être découvert. Personnellement, je ne suis pas nyctalope, et dans la pénombre présente de la chambre, je reconnais les formes, et sa présence. Je me lève finalement, pour faire le tour du lit, j'attrape sa chemise, que j'enfile pour me couvrir, et je viens m'asseoir près de lui. Je souris, malgré une répartie cinglante, malgré sa capacité ferme à faire passer juste pour une imbécile. "Rafaël... laisses moi voir tes pupilles..." Dis-je doucement, en posant une main sur sa jambe sous le drap. "Tu ne peux pas me raconter des mensonges, quant on sait que j'ai été là pour ta rééducation depuis le début... Tu ne peux juste pas faire ça. De toute façon je refuse de partir, je sais que tu as vu, ou entrevu, laisses moi t’ausculter!" Il fallait bien me reconnaître ça, j'étais réellement têtue. Douce, gentille, fragile certainement, mais pas prête à abandonner, ni par amour, ni pour de l'argent, ni pour un quelconque droit, ni une quelconque loi. Il le sait très bien d'ailleurs, et quand bien même il aurait oublié, je suis certaine qu'il s'en doute. Ce n'est pas parce qu'il est 04h du matin, que je vais reculer devant l'obstacle.

Dans le doute j'attrape ses lunettes, et réalise alors qu'il les a fait teinter pour occulter la lumière... Je me lève, me dirige vers la fenêtre, j'allume à l'autre bout de la chambre une petite lampe de chevet, et regarde au travers de ses lunettes. "tu m'as menti... Elle est forte celle là..." Dis-je dans un souffle, en reposant les lunettes sur le petit guéridon. "ça fait combien de temps, que ta pupille est en train de se remettre?" Je me retournais vers lui. "Tu peux au moins répondre à ça... que je sache, ce n'est pas ta langue qui est handicapée..." J'avais lancé le pic avec un peu d'acidité. S'il y avait bien quelque chose que je ne supportais pas c'était le mensonge, sachant que celui ci, pourrait être bénéfique, qu'il puisse enfin travailler avec moi, pour retrouver la vue complètement! Un peu déçue, clairement pas contente de cela, et si j'avais été plus mauvaise, je lui aurais lancée ses lunettes dans la pièce, pour qu'il aille les chercher. "A quoi ça a servit tout ça? Concrètement, te forcer à être dans le noir, te permets quoi? De souffrir un peu plus? d'être un peu plus perdu qu'avant? Y trouves tu un tel plaisir à être dans le noir?" Je croisais les bras autour de moi, pour me protéger quelque peu. Attendant la réponse à ces questions. Je ne voulais pas qu'il se sente mal, mais clairement ce mensonge ne pouvait pas passer inaperçu, sans mauvais jeu de mots.
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MessageSujet: Re: Long days, short nights - Rafaël    Dim 2 Oct - 22:58

Aucune de mes nuits n’est tranquille. Lorsque ma respiration devient profonde, lorsque je cherche le sommeil, lorsque je m’étends sur mon lit et que mes yeux vides fixent un point sans le voir, c’est pour basculer dans un monde de ténèbres oppressantes, c’est pour tomber dans un gouffre brûlant de souvenirs qui m’affaiblissent, réduisent mes murailles à néant, sapent mes protections et me laisse recroquevillé comme un enfant vulnérable qui se ramasse sur lui-même dans l’espoir de disparaître aux yeux de ses poursuivants, disparaître aux yeux de ses tortionnaires, disparaître tout simplement. Sans cette voix qui m’attrape et me saisit dans les profondeurs pour me faire remonter à la surface, je serais encore cet enfant terrifié, au cœur battant dans la poitrine comme pour mieux s’en extraire. Sans cette voix, cette présence qui effleure ma peau pour mieux l’embraser, je serais encore au cœur d’un brasier, les sens étouffés par la fumée et par les hurlements, enfermé dans une fournaise pour mieux connaître le supplice que j’ai infligé à des dizaines de sorciers. Sans cette voix, sans ces lèvres sur les miennes, sans cette odeur qui m’enveloppe, je serais encore enfermé dans mon sommeil, victime d’un énième écho de mon passé. Mais j’ouvre les yeux brusquement sur une silhouette aux traits indistincts.

Dans ma poitrine, je sens mon cœur battre d’un rythme inhabituellement irrégulier. Mon dos heurte le mur, mes yeux plissés malgré l’obscurité s’imprègnent de chaque fragment de lumière pour chercher à détailler les ombres et surtout pour quantifier et qualifier la menace. Le loup lové dans ma poitrine a sorti les crocs, il me hurle de dépecer, de déchiqueter, de réduire la présence hostile à néant afin de mieux respirer. Attaque, tout de suite, attaque la menace, attaque la présence, défends toi, attaque. Je cligne des yeux, les plisse dans un ensemble de réactions qui ne peuvent que rappeler l’animal que j’héberge en mon sein. Le grondement dans ma gorge est inaudible mais bel et bien présent, une fraction de seconde avant que je ne parvienne enfin à avoir une idée claire de la situation. Violet. Je me passe une main sur le visage, sans succès. Elle ne m’a jamais vu ainsi. Attaque. Réduis la à néant, tues l’intrus, détruis celle qui t’a vu faible. Que fait-elle là ? Je ferme les yeux tandis que ma respiration finit par s’apaiser durablement, mon esprit prenant petit à petit conscience de l’absence de danger. Je ferme les yeux, afin de reprendre le contrôle, aussi ironique que cela puisse être. Reprendre le contrôle, me replonger dans cette relation contrenature qui me lit à la jeune femme. M’éloigner du Seigneur pour toucher du bout du doigt cet handicapé qui admet avoir besoin d’elle. Eloigner le bourreau pour tenter de réveiller l’artiste, le père, le mari, l’homme que je doute encore de savoir être. "Non." Ma réaction ne se fait pas attendre. J’arque un sourcil dans un « Plaît-il ? » cassant qui n’attend bien évidemment aucune réponse. Je ne conçois que très difficilement le non. Et je ne peux qu’être piqué au vif par cette réponse donnée à une question qui, finalement, n’en était pas une. "Tu m'as vu... Depuis quand vois tu?" J’ouvre mes yeux, mes pupilles partant à la recherche de Violet, acceptant de se heurter à ses cheveux blonds, à ce que je distingue à grand peine de son visage. Je résiste à l’envie de m’approcher pour observer plus en détail ses traits : mon orgueil m’enchaîne à ce mur qui me protège.

Son mouvement me laisse de marbre. Je me contente de rester silencieux, retenant pour moi des mots qui ne seraient que sarcasme et acidité. Je suis la silhouette de son corps, de ses courbes que je devine et que, quelque part, je brûle de découvrir. Je la vois ramasser ce que je reconnais au froissement doux comme étant ma chemise, frémis en l’imaginant froissée, la laisse venir à moi, sans que je ne sois capable de faire le moindre geste. Non. Le refus est si inattendu que je ne sais comment réagir. La violence me semble naturellement exclue, tout comme l’agressivité et l’autorité. Violet s’est extraite sans que je ne sache comme de la foule des pécores et des pouilleux qui m’entourent et m’écœurent chaque jour un peu plus. "Rafael... laisse-moi voir tes pupilles..." Un claquement de langue et une crispation de mes muscles répondent à son contact et à sa demande. "Tu ne peux pas me raconter des mensonges, quant on sait que j'ai été là pour ta rééducation depuis le début... Tu ne peux juste pas faire ça. De toute façon je refuse de partir, je sais que tu as vu, ou entrevu, laisse-moi t’ausculter!" Un nouveau claquement de langue, d’une tape sèche, je veux l’éloigner de moi, pour mieux me lever vraiment, pour mieux m’écarter du lit, m’éloigner d’elle, pour mieux respirer. Mes pupilles, aussi sensibles que mes nerfs, aussi fragiles que ma susceptibilité. « Vous n’avez aucun ordre à me donner, Violet. » Son prénom est sifflé entre mes dents, comme une mise en garde.

Aucun ordre, non. Et qu’elle allume la lumière sans même m’en parler m’irrite par sa témérité injustifié, son impudence et son insolence. "Tu m'as menti... Elle est forte celle-là... Ca fait combien de temps, que ta pupille est en train de se remettre? Tu peux au moins répondre à ça... que je sache, ce n'est pas ta langue qui est handicapée... A quoi ça a servi tout ça? Concrètement, te forcer à être dans le noir, te permet quoi? De souffrir un peu plus? d'être un peu plus perdu qu'avant? Y trouves tu un tel plaisir à être dans le noir?" Je distingue dans ses gestes ses bras croisés sur sa poitrine et comme en miroir, je me ferme moi aussi alors que mon visage se verrouille dans une claire désapprobation de la tournure que prennent les choses. Mon cauchemar n’est plus qu’un mauvais souvenir, mais il n’est en rien comparable à cette colère qui bouillonne en moi face à ces reproches, face à ce ton qu’elle ose utiliser contre moi, face à ses remarques, face à sa présence qui m’apaise et m’agace dans un même temps.

La vulnérabilité, la fragilité, voilà des choses dont je ne peux pas me permettre. Et cette cécité, seule faiblesse que j’ai subie et à laquelle j’ai fini par me faire, voilà bien mon seul refuge qui me permet d’accepter un tant soit peu la perspective d’être dépendant de quelqu’un. Pendant de longs battements de cœur, je reste muet, je me terre dans mon silence, dans un regard que je souhaite glacial, que je fixe sur elle en luttant pour ignorer ces larmes qui perlent à mes rétines hypersensibles, peu habituées à la lumière, et contre cette migraine que je sens poindre aux prémices de mes pensées. « Deux mois. Trois peut-être. En quoi cela peut il vous concerner, Violet. Vous n’avez aucune compétence en ophtalmologie à ce que je sache. » Tu m’as menti. L’accusation que j’ai pour le moment laissée de côté trace dans ma poitrine une plaie aussi profonde que nécrosée. Le mensonge… « Donnez-moi tout de suite cet ustensile ridicule, Violet, sinon… » Sinon ? Les menaces sont au bord de mes lèvres, les sentences sont prêtes à être prononcées pour mieux faire de sa vie une lente agonie au motif qu’elle aura fait preuve d’une insolence incommensurable envers moi. Mon soupir éclot dans ma poitrine, s’étire sur mes lèvres comme de fragiles pétales aux milieux des épines que sont mes mots. « Cela vous dérange-t-il que je préfère être aveugle et dormir à vos côtés plutôt que de subir de telles complications avec vous au seul prétexte que j’ai peut être, éventuellement, tenu secrète une information que vous auriez, de toute évidence, apprécié savoir en amont ? » Je décroise mes bras d’un geste vif, négligeant mon torse dénudé et ce simple pantalon de lin qui me sert de vêtement de nuit. De quelques pas, je me rapproche d’elle avec la souplesse du prédateur piqué dans son orgueil. Dans cette semi-pénombre, ma vue s’ajuste, supporte la faible lumière, je l’ignore même pour me concentrer sur la jeune femme que je découvre au fur et à mesure que je ronge les mètres qui nous séparent. Mes deux yeux sont rivés dans les siens, lui offrant ces pupilles qu’elle me réclamait. « Faut-il absolument que je vous donne la primeur de toute information sur ma santé à l’avenir ? Cela ne vous concerne en rien, entendez-vous ? Contentez-vous de me distraire par vos propos à la candeur et à l’innocence d’une demeurée, vous serez davantage à votre place. » C’est l’orgueil qui parle, mais qui parle aux travers de mes lèvres, de l’homme guindé et hautain dans lequel je me calfeutre à la moindre contrariété. « Et cessez de m’importuner de la sorte sur des sujets qui ne vous regardent pas. » La pointe de culpabilité qui me cueille à l’estomac me force à me taire avant d’envenimer davantage la situation, je me sens obligé de rajouter sans plus tarder un « Vous êtes d’une prétention sans limite. Et la lumière m’irrite les pupilles, me rend irascible, accentue mes céphalées. » Voilà qui ne va pas aider, d’un pas vif, je dissipe ma nervosité et la colère qui enfle en faisant disparaître les mètres qui me séparent d’une lampe de chevet que j’arrache d’un mouvement brusque pour mieux l’envoyer exploser contre un mur. « Merci. » Il faut que je me calme. Je le sais. Le loup s’immisce dans mes pensées, pervertit mes actions, surenchérit sur mes frustrations pour mieux me pousser à l’exagération. Je me force à articuler, finalement, un « Avez-vous malgré tout bien dormi ? » visant à désengager un conflit dont je ne veux, contre toute apparence, pas, et cette tension qu’héberge ma chambre, d’ordinaire un havre de paix sans équivalent.


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MessageSujet: Re: Long days, short nights - Rafaël    Lun 3 Oct - 1:08



Long Days, short nights

 

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Rafaël est une énigme, un grand puits sans fond de complexité. Je n’ai pas encore décelé tous les méandres de son esprit, et je ne suis pas certaine de réussir à tous les avoir en main un jour. Le fait qu’il soit borné m’avait charmé, j’avoue que cette détermination agaçante, avait complètement refermé le piège sur moi. Mais avec le temps passant, je me dis que la distance mise aurait été bien plus sécurisante que cette situation. Oui, je donnerais ma vie pour lui, je sais parfaitement les sentiments qui m’animent à son égard, mais souvent ce qui nous habite, finit par nous changer, nous tuer presque. Agacée, déçue par son mensonge, je suis passée outre sa condescendance notoire, j’ai parlé sans y réfléchir à deux fois, et lorsqu’il se lève du lit, pour amoindrir l’espace entre nous, je regrette presque. Presque.

Ce n’est pas l’acidité propre à ses propos qui font que mon ventre se tort. Les mots sont justes des sons, ils sont envoyés contre quelqu’un, mais jamais ne se posent. Non, ce qui fait que je recule instinctivement, c’est la menace sous jacente. Il me fait peur, encore une preuve franche, que cette relation n’a rien de très sain. Rester par amour, mais être apeuré dès qu’on le contrarie un tant soit peu. C’est ce côté pervers de la relation, qui pourra m’enterrer, au sens propre, comme au figuré. Je ne dis rien, il avoue finalement, mais je ne suis pas contente pour autant. Si notre mode de communication, c’est de menacer pour avoir, défier pour récolter, vais-je seulement rester ? Perversité d’un sentiment à double tranchant. C’est une emprise, ce lien qui nous lie, c’est sa main mise sur mon cœur…

« Sinon quoi ? » Finis-je par articuler, la colère et la peur me vrillant la gorge. Oserait il vraiment en venir aux mains, irait il jusqu’à me prouver son entière dangerosité. Mon regard  est dur sur lui, ses pupilles à lui sont dilatées à son paroxysme… signe que l’activité de vue est belle et bien repartie. C’est un odieux mensonge, que je n’arrive pas à digérer, malgré ses explications ignobles. Tétanisée sur place pourtant, mon corps sur la défensive, j’attends d’avoir la suite d’un programme qui ne me semble pas propice au calme. Des fois, je me demande, ce qu’aurait pu être ma vie, si le monde n’avait pas prit un tel tournant tragique. Est-ce que j’aurais pu rencontrer un homme charmant, protecteur et tendre, avec qui j’aurais pu avoir cette vie à l’américaine rêvée ?

Il soupire, et mon cœur tambourine dans ma poitrine, frénétiquement. Je fronce les sourcils, je n’ai pas comprit un traitre mot de ce qu’il vient de dire, j’ouvre la bouche pour former un « o ». Je grimace. « Je n’ai rien comprit. » Avouais-je finalement, mais il avança trop rapidement, faisant fi de mon objection. Je fis un pas de recul, je n’avais pas l’intention de me laisser blouser si facilement, et rapidement, je regrettais d’avoir dormi ici, je regrettais d’être si gentille, je regrettais ce cœur battant, cette envie de me coller à lui, de goûter à ses lèvres, de me perdre contre lui. Je regrettais d’avoir croisé son chemin. J’encaissais les paroles ignobles, serrant les mâchoires pour ne pas lui cracher au visage.

Je retiens en mon for intérieur des larmes qui montent à mes yeux, je ne lui ferais pas ce plaisir de pleurer. La lutte intérieure est dure, et mon menton tremble déjà de ces insultes, prisent comme une gifle. Il attrapa la lampe et la lança sur le mur, je me baissais d’instinct pour éviter tous éventuels projectiles, pouvant atterrir sur moi. « Cinglé… » Murmurais-je sans pouvoir le retenir, assise là par terre, je le regardais ahurie, totalement paniquée. Il tente de changer de sujet, de calmer sa colère certainement, mais qu’il ne tente pas de m’approcher… Je refuse qu’il m’approche. Je rampe en arrière, pour m’aider du mur pour me relever. « N’approches pas… Ne m’approche pas… » Lui conseillais-je alors, glissant contre le mur, pour regagner la chaise où se trouve mes affaires.

« Je… » Les mots défilent en une cascade désordonnée dans mon esprit, coulant trop vite dans ma gorge, trop vite pour pouvoir les exprimer. Finalement, les larmes coulent de mes yeux, je veux rentrer, je ne veux pas rester. J’attrape mon pantalon, sans le perdre du regard, et je l’enfile manquant de me vautrer à deux reprises. « …te… partir. » ça ne veut rien dire, mais les sanglots m’étranglent, je vais me noyer. Il est devant la porte de sortie, je pense à cet instant, que sauter par le balcon me semblerait moins douloureux que de rester ici. J’essuie nerveusement les larmes qui coulent sur mes joues, d’un mouvement de bras. « Je pars. » Arrivais-je à dire avec assez peu d’assurance, assez peu de fermeté. J’ai mal, j’ai la nausée, j’ai peur, et j’ai juste besoin de partir maintenant. J’attrape mon sac, et fais tomber au sol un vase, qui se casse.

« Je paierais pour ça. Laisse-moi partir maintenant. » Je marche vite, moins que lui certainement, mais je tente ma chance, et m’élance vers la porte, je ne le comprends qu’arrivée aux escaliers, mais je cours. Je m’arrête finalement en haut des marches, je regarde le sol, mon cœur meurtrit espère qu’il suivra, et ma raison me crie de m’en aller. Finalement, je relève le visage et tourne la tête vers le couloir, ma vue est trouble par les larmes, je ne distingue pas grand-chose dans la pénombre inquiétante de cette maison trop grande.
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MessageSujet: Re: Long days, short nights - Rafaël    Dim 9 Oct - 22:59

Je pourrais, avec un peu d’effort, me forcer à rassembler dans mes propos et mon attitude une once d’amabilité. Je sais le faire, lorsqu’il le faut, je sais me parer d’un visage hypocrite, d’un sourire tissé de faux-semblants, je sais rester calme devant des imbéciles. Je pourrais, en déployant quelque peu de mes ressources, me constituer un caractère affable et contenir d’une main de fer mes mouvements d’humeur, surtout lorsqu’ils s’apparentent à une violence aussi crue et que pure et sans fard. Je pourrais. Mais lorsqu’on remet en question mon autorité, ma supériorité naturelle, l’ascendance que j’ai sur tout être vivant, lorsqu’on me répond non à un ordre qui ne se teintait pourtant d’aucune nuance interrogative, lorsqu’on me refuse quelque chose, lorsqu’on m’interdit quelque chose, lorsqu’on s’élève contre ma parole alors que ma parole fait loi, je suis incapable de contenir l’orgueil du loup et du Seigneur. Tout en moi marque la désapprobation. De mon plaît-il siffle à cette menace avortée en passant par cette mise au point glaciale qui ponctuent l’insolence toujours plus osée de Violet. Vulnérabilité, fragilité, tout m’enveloppe et me blesse aussi sûrement que ses accusations. Je lui ai menti, j’ai déformé la réalité, je n’ai pas cherché à la tenir au courant de l’évolution de mes blessures, oui. Mais en quoi, bon sang, cela peut il donc bien la concerner ? Elle n’est rien d’autre qu’une ergothérapeute, elle n’est rien d’autre qu’une connaissance à qui j’ai laissé finalement bien trop de liberté, elle n’est rien d’autre que… mes pensées s’effilochent, en proportion avec leur dangerosité, mon ton s’acidifie, en réponse à cette cuisante impuissance qui me taillade la poitrine. La lumière, bien que restreinte et diffuse, heurte mes rétines, me force à observer et à voir une femme que je ne connaissais jusque là que par sa voix, ses formes et son odeur. « Sinon quoi ? » Sinon… si ma menace est restée inachevée dans ma gueule, c’est parce que je tremble des conséquences qu’elle pourrait avoir. Je me connais : l’impertinence est une plaie tracée dans ma chair, à laquelle je ne peux répliquer que par la violence, la destruction, et qui ne peut se conclure que par la soumission et la reddition pleine et entière du coupable. Seulement, puis-je réellement appliquer de telles sentences à une jeune femme aussi douce, gentille et naïve que Violet ? L’incertitude qui naît et renaît à chaque fois que la question se pose est une fleur empoisonnée dont je respire le pollen.

Sinon quoi ? La tension se mêle à la colère, la peur au reproche dans la voix de Violet. Et je me rends compte douloureusement que je n’y suis pas insensible. Pour lutter contre cela, le loup s’empare de mes mouvements pour les teinter de souplesse. Mon orgueil est blessé, ma colère est latente, maintenue en laisse par ma seule volonté. « Je n’ai rien compris. » Je balaye son intervention d’un nouveau claquement de langue agacé, me retenant de justesse pour une raison que j’ignore de répéter de manière plus concise ce que je viens de dire, en résumant de quatre mots mes propos dans un restez à votre place incisif. Son mouvement de recul, loin d’attiser en moi de quelconques remords, excite le loup. Ma culpabilité est piétinée par l’animal. Mes yeux se heurtent à ses rétines, mes lèvres continuent de cracher leur acidité pour retrouver un contrôle perdu. Vous êtes d’une prétention sans limite, il n’y a rien de pire pour un homme arrogant que de se retrouver confronter à son reflet. Lorsque mes doigts se saisissent de la lampe qui vrille mes tempes comme une douleur continue, c’est le loup qui l’envoie d’un geste vif contre le mur le plus proche, dans un excès de violence que je veux croire contrôlé mais qu’il n’est, finalement, que les prémices de bien pire. Pire, que résume d’un mot celle qui est à présent acculée. « Cinglé… » Le mot me fait l’effet d’une gifle, coupe ma respiration, un rictus de colère brise mon visage indifférent pour déformer mes traits, de manière durable. Je la suis du regard, sans l’acuité qui était mienne, mais dans un ensemble flou de mouvements et de formes qui me suffisent à darder sur elle mes yeux clairs. Dans une tension qui ne s’apaise pas, je fais un pas vers elle, sans contenir un seul instant la menace qui émane de moi, de l’animal, de l’ensemble que nous formons lui et moi depuis bien trop longtemps. « N’approche pas… Ne m’approche pas… » Un lourd grognement naît dans ma gorge, comme en réponse à ce que je considère comme des suppliques. La soumission, la reddition, l’acceptation de la supériorité de l’alpha, la mise au défi, aussi, d’avancer. « Sinon quoi, Violet ? » L’animal veut poindre, fourmille sur ma peau comme pour échapper à mon contrôle, me recouvrir de fourrure et se jeter sur elle pour éliminer une menace. L’animal veut prendre le dessus, chacun de mes mots est une mise en garde de plus en plus pressante. Je me force à l’immobilité le temps qu’elle récupère ses affaires. « Je… » Je la fixe. « Vous ? » « …te… partir. » Je persiste à la fixer, avec intensité. « Mais encore ? » Des larmes. Des larmes, voilà ce que j’entends dans sa voix. Mais contrairement à ce que j’aurais pu penser, seul le loup y est indifférent. Des larmes, de la peur, un mouvement de recul, seul le loup s’en réjouit, seul le mâle alpha s’en félicite. « Je pars. » Mon poing se ferme, sans que je ne fasse un pas dans sa direction. Une distance est posée entre nous, une distance que tout me pousse à détruire. Que seule ma volonté reconstituée pour faire barrage à l’animal, à mes instincts, parvient à conserver. « Je vois ça. » Ma voix est sèche. Tout mon visage se tord à nouveau, se crispe sous les sons bien trop forts d’un vase qui se brise en éclat, tout comme la sérénité que m’apporte d’ordinaire cette pièce. Et la présence de celle que je fais fuir. « Je paierais pour ça. Laisse-moi partir maintenant. »

Je la suis du regard, sans esquisser un geste. Elle sort, s’éloigne, disparaît de mon champ de vision mais reste bien présente, de par sa respiration qui semble souffler de l’air chaud dans ma nuque. N’approche pas. Qu’ai-je fait ? Cinglé. Réellement ? Je pars. D’un pas hésitant, mes pieds effleurent le parquet pour se diriger vers le lit. Je n’irais pas la chercher. Mon ego, doublé de mon orgueil, me l’interdisent. Mais je n’ai pas effleuré les draps que... d’un pas vif, je fais volteface pour rejoindre le couloir, donnant d’un côté sur les chambres et mon bureau, de l’autre sur le salon qui s’étire en contrebas. La mezzanine qui surplombe la pièce la plus vaste de ma demeure m’offre de jour un semblant de liberté incomparable. Se transforme la nuit en un gouffre aussi hypnotique qu’angoissant. L’odorat prend le pas sur ma vue, mes mouvements s’alourdisse de lenteur, pour tempérer mes mots comme mes gestes, pour tempérer la violence qui semble être de mise pour l’heure. « Violet. » Ma voix n’est qu’un murmure, qui semble hurler dans le vide de la villa. Mes doigts courent sur la balustrade qui me sépare du vide, mes pieds nus s’éveillent sous la fraîcheur du parquet. « Ne partez pas. » Si j’ose croire que son départ me laisserait indifférent, je sais qu’il n’en est rien. « Je… » Mon éloquence habituelle me fait défaut, s’étrangle dans ma gorge. Mes yeux qui se plissent, eux, assouplissent mon visage, j’imagine, pour le rendre moins dur, à n’en pas douter. « J’ignorais, très sincèrement, que cela vous blesserait. Et je n’apprécie pas… vraiment… » Que l’euphémisme est doux, « Lorsqu’on se montre impertinent avec moi. J’ai… peut être… réagi vivement. » Peut être ? Mes doigts se crispent sur la rambarde. « Vous ne pouvez pas partir. Il fait encore nuit. Cela pourrait être dangereux. Mais je peux vous faire préparer une chambre d’ami, si vous le désirez. » Le loup est toujours présent, muselé par une douleur dans ma cage thoracique, tandis que je combats tout ce que je suis sans même savoir pour quelle raison, exactement, je le fais. « Et cessez de pleurer. Vos reniflements sont particulièrement… crispants. Et exaspérants. »


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MessageSujet: Re: Long days, short nights - Rafaël    Dim 9 Oct - 23:58



Long Days, short nights

 

© Mad/Ness & fassby


J’ai l’impression très nette d’être amputée d’un de mes sens. Mon cœur bat tellement vite contre ma poitrine, et ma respiration est tellement haletante, que je n’entends pas réellement. J’essuie rapidement les larmes à mes yeux, et je tente de compenser avec la vue. Mais je ne suis pas nyctalope, pas comme lui… je ne discerne rien, et ma raison enclenche la descente de l’escalier,  un pas puis deux, alors que je meurs un peu plus en m’éloignant de lui. Je déteste ce sentiment, autant qu’il me fait revivre. La torture est présente, à chaque instant, elle est trop présente, et me donne envie de vomir. J’ai peur, pour tout et rien à la fois, j’ai peur de lui, mais j’ai peur de le perdre, j’ai peur de son alter égo et pourtant j’ai peur qu’il ne soit plus là pour le protéger lui. Aimer un homme brisé, c’est aimer la folie la plus pure. Que penseraient-ils tous, de cette relation que j’entretiens avec un homme tel que Rafaël ? En fait, la question se pose sur mon esprit, mais je me fous de ce que pensent les autres, c’est une diversion de ma raison, rien de plus. J’entends finalement mon prénom, je m’arrête tout net au milieu de l’escalier, sans me retourner pourtant. Mon cœur manque d’imploser au-dedans, mon sang se fige. Il me demande de ne pas partir, sa voix est maîtrisée, mais sa colère l’est elle ? En colère parce que j’estime normal qu’il me confie ses choses là de sa personne, je suis blessée. Sincèrement, je ne sais pas quoi répondre, du coup je prends le parti du silence. Il continue, et étrangement ça me fait sourire. « Peut être ? » relevais-je alors, avec plus d’acidité que je ne l’aurais voulu. « Vous avez été ignoble… Comme souvent… » Lui répondis-je en laissant tomber la familiarité et l’intimité que j’avais instauré entre nous. Il ne méritait pas que je sois un tant soit peu proche de lui, après m’avoir une nouvelle fois insulté. « Je ne suis pas un chien Rafaël, je ne suis pas votre putain de chienne… » La phrase est partie avec force et je me voilà retournée vers lui. « Je suis une humaine, faites de chair, de sang, d’un cœur battant… de sentiments et dotée d’une intelligence aussi ! » Dis-je avec plus de force. « Que votre alter égo ne me supporte pas, soit… on ne peut pas plaire à tout le monde je présume… » J’étais en train de m’égarer dans mes explications. Fatiguée, nerveuse, remplie d’une peur irascible et malgré tout animée par un désir ardent pour cet homme. Il me coupe dans mon élan, pour me proposer de rester ici dans une chambre d’amie… En me donnant pour excuse qu’il serait dangereux pour moi de sortir maintenant. J’ouvre la bouche en grand, je passe une main sur mon front, pour repousser mes cheveux. Je grimpe quelques marches, pour revenir vers lui. « Parce que vous pensez réellement que rester ici avec votre alter égo sanguinaire, qui n’attend qu’une chose c’est de me mettre en pièces parce que j’ose vous tenir tête, c’est moins dangereux que de rejoindre ma voiture et mon appartement ? » Lui demandais-je doucement, sans me départir d’une certaine colère sous jacente. J’éclatais finalement de rire, au milieu de mes larmes en déclin. « Est-ce que vous vous rendez compte de l’absurdité de vos propos ?! » dis-je en tendant les bras de chaque côté de mon buste. « Je vous déteste Rafaël ! » M’exclamais-je alors. « Je vous déteste parce que c’est vous qui êtes revenu vers moi, animé par je ne sais quel envie de jeu pervers avec la pauvre conne que je suis ! Je vous déteste aussi parce que… » Haletante, laissant les larmes de côté. « Parce que je suis amoureuse de vous comme une folle, et que j’ai autant peur de vous, que de vous perdre… parce que oui… pour moi de savoir que vous retrouvez la vue est une bonne nouvelle, que j’aurais plaisir à partager avec vous… que je donnerais ma …. Vie pour vous… » Je me remis à pleurer de plus belle, tellement le pathétisme de la situation touchait des sommets. « Mais allez y Rafael, moquez vous de moi… rayez moi comme vous aimez à le faire… Jetez votre loup contre moi, et qu’on arrête cette torture inutile… » Je laissais tomber mon sac sur le sol, et tendis les bras pour qu’il puisse arracher ce cœur de ma poitrine. Ne trouvant pas cela suffisant, j’arrachais la chemise, faisant voler les boutons sur le sol. « Il est là… juste là… ce cœur si stupidement humain Rafaël… qui est malheureusement à vous depuis le début… » J’approchais de lui, pour amoindrir la distance entre nous, allant jusqu’à chuchoter ces derniers mots « Vas y… arraches le… »
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MessageSujet: Re: Long days, short nights - Rafaël    Lun 31 Oct - 17:28

Ma violence et mon impulsivité sont toutes deux l’héritage le plus pur, le plus tenace, le plus vivant et assurément le plus marquant des enseignements de mon grand-père. Logées en mon sein, réveillées par l’animal, attisées par la colère du loup, elles auraient pu rester à l’état de semence si le Seigneur Renzacci n’avait pas tenu à les faire grandir en les arrosant et de mon sang, et de ses coups, et du sang de mes victimes et des siennes. Enracinées dans mon être par la force, scellées dans ma chair, entremêlées à mes pensées, elles auraient pu se dessécher, pourrir et être reléguées à des vestiges sans avenir si le loup n’avait pas secoué son pelage ensanglanté, si le bourreau n’avait pas cédé à la tentation de reprendre le contrôle, si personne n’avait tenu à faire survivre le monstre. Si je n’avais pas remué les braises d’une folie héréditaire pour me sentir vivant.


Elle me fuit. Et cela me fait mal. Elle s’enfuit. Et ses mots, balbutiés, ses phrases, avortées, sa terreur, exprimée, marbrent chacun leur tour ma poitrine pour laisser des lacérations que j’aimerais ignorer mais qui me consument, traversant épiderme et muscle, os et cartilage, vaisseaux et artères, pour mieux atteindre un palpitant qui ne bat plus que automatisme et habitude depuis bien trop longtemps. Je pourrais la retenir, lui intimer de rester. Je pourrais me jeter sur elle, laisser mains et dents pour crocs et pelage, je pourrais employer la force pour obtenir de la servilité, je pourrais user de puissance et d’autorité pour obtenir présence et obéissance. Mais malgré les hurlements du loup qui me supplie de le laisser agir, de le laisser régler le problème, soumettre la rebelle, malgré mon orgueil qui m’impose d’agir, je reste immobile en la suivant du regard quitter la pièce. Laisse-moi partir, maintenant. Mes oreilles crissent encore des débris et des éclats de ce qui fut un vase à plusieurs milliers de dollars mais ce n’est rien en comparaison à l’ordre qu’elle vient de me donner. Un ordre. L’ai-je jamais retenue ? Ai-je jamais laissé partir quelqu’un ?


Mes pas répondent à mes pensées avant même que je ne formule la moindre volonté, je me contrains à la lenteur et à l’écoute, je musèle violence et impulsivité en refermant sur la gueule du loup les liens les plus solides que puisse concevoir ma propre détermination. Je suis un homme de décision, je suis un homme pétri de principes, de loyauté, d’inéluctabilité. Je suis un homme brisé, un homme instable, mais un homme qui ne déroge ni à ses lois, ni à ses règles, un homme qui maintient ses décisions, aussi horribles soient elles, lorsque tout les lui impose. Je suis celui qui n’a pas hésité à condamner son frère à mort lorsqu’aucune autre voie n’était possible pour sauver sa femme et sa fille. Alors le loup n’échappera pas à mon contrôle, pas de sitôt, pas lorsque j’ai la volonté la plus pure et brutale de le mâter et de maîtriser sa nature bestiale et primaire. Je vaux mieux que ça. Et elle vaut mieux que ça. Le nous effleure mes lèvres, affleure sur mon épiderme quand mes pas et mes mots, quand mes sens me hurlent sa présence, à quelques mètres que je nous impose. Ma voix n’est qu’un murmure qui articule son prénom, qui s’excuse à mots couverts, qui excuse mon comportement et mes réactions. Les justifie. Les explique. « Peut être ? » Son acidité constelle mon orgueil de brûlures bien douloureuses. Sait-elle qu’à agir de la sorte, elle attise derechef la colère du loup, la colère du mâle alpha, du Seigneur, qu’elle ne me rend en rien la tâche plus facile ? « Vous avez été ignoble… Comme souvent… » La vouvoiement revient, les reproches restent présents. Je me redresse, piqué au vif, conscient que si elle répond, elle ne part plus, ne s’éloigne plus, ne me fuit plus. « Je sais. Vous aussi, à votre façon, tout n’est qu’une question de perception. Et de susceptibilité. » Mes yeux la cherchent, inévitablement, se plissent, se froncent à mesure que mes doigts se crispent sur la rambarde. « Je ne suis pas un chien Rafaël, je ne suis pas votre putain de chienne… » Je frémis, sans savoir si c’est l’insulte, la virulence de ses propos ou son mouvement qui est la cause de ma réaction. La jointure de mes phalanges blanchit lorsque ma main se serre davantage encore autour de la rambarde, comprimant mes réflexes du Seigneur qui se feraient agressifs. Ouvertement agressifs. Dangereux, même. Sait-elle qu’elle n’a fait qu’effleurer la surface de la violence et de la brutalité que j’héberge ? Elle n’a jamais croisé le loup, elle n’a jamais croisé que l’homme maître de lui-même. Et ce qu’elle a qualifié d’ignoble, sait-elle que ce ne sont que d’infimes dérapages ? « Je suis une humaine, faite de chair, de sang, d’un cœur battant… de sentiments et dotée d’une intelligence aussi ! Que votre alter égo ne me supporte pas, soit… on ne peut pas plaire à tout le monde je présume… » Je fronce les sourcils, crispé. Juste… crispé. Tous mes muscles sont tendus, prêts à se déchaîner à l’instant même où ma patience s’effritera, à l’instant même où le loup prendra le dessus.


Pas aujourd’hui. « Taisez-vous » Je susurre entre mes lèvres cet ordre, sans savoir s’il est perceptible par des oreilles humaines, sans même savoir s’il est formulé ou tout simplement hurlé intérieurement à son intention. Qu’elle se taise, qu’elle revienne à la raison: partir maintenant ne serait en rien une bonne idée. Je peux éventuellement lui faire préparer l’une des chambres d’amis de ma demeure, prévue plus pour ne pas déroger à des principes d’idéaux de vie qu’en prévision de réels invités. Elle serait, par ailleurs, la première à y loger. « Parce que vous pensez réellement que rester ici avec votre alter égo sanguinaire, qui n’attend qu’une chose c’est de me mettre en pièces parce que j’ose vous tenir tête, c’est moins dangereux que de rejoindre ma voiture et mon appartement ? Est-ce que vous vous rendez compte de l’absurdité de vos propos ?! » Son rire sape peu à peu ma patience, je musèle le loup avec force, je musèle l’homme tout autant, mon visage perdant de son peu de vulnérabilité pour se durcir et lui offrir ces traits impassibles que je réserve d’ordinaire à ceux qui n’ont droit qu’à mon mépris. Ou ma colère. Suis-je en colère ? La question n’a même pas lieu d’être. « Je vous déteste Rafael ! Je vous déteste parce que c’est vous qui êtes revenu vers moi, animé par je ne sais quel envie de jeu pervers avec la pauvre conne que je suis ! Je vous déteste aussi parce que… Parce que je suis amoureuse de vous comme une folle, et que j’ai autant peur de vous, que de vous perdre… parce que oui… pour moi de savoir que vous retrouvez la vue est une bonne nouvelle, que j’aurais plaisir à partager avec vous… que je donnerais ma …. vie pour vous… » Je me force à ne pas détourner le regard, mon visage n’exprime finalement rien d’autre que l’attente. Attendre qu’elle termine, attendre qu’elle cesse de geindre, cesse de s’emporter, cesse de proférer des mots qu’elle regretter. Amoureuse, de qui ? De l’homme ? Du monstre ? Du patient ? Chacun de ses mots, chacune de ses phrases, chacune de ses interventions me blesse, mais pas deux fois de la même manière. Ses attaques, ces éclats qu’elle plante dans mon abdomen sans même en avoir conscience, s’intensifient à chaque fois un peu plus. « Mais allez y Rafael, moquez vous de moi… raillez-moi comme vous aimez à le faire… Jetez votre loup contre moi, et qu’on arrête cette torture inutile… » Décontenancé, j’enregistre chacun de ses mots sans m’attarder à y répondre. Pas maintenant, pas tant qu’elle continue de parler, de bouger, d’agir et de me provoquer. Elle arrache les boutons de ma chemise, la réduit en lambeaux, l’ouvre et me dévoile sa silhouette, dans l’obscurité quasi-complète de la mezzanine. « Il est là… juste là… ce cœur si stupidement humain Rafael… qui est malheureusement à vous depuis le début… Va-y… arrache-le… » Je ne la repousse pas.


D’un mouvement d’épaule, d’un mouvement fluide, j’esquive, je contourne son être et ses bras, je mets de la distance entre elle et moi pour me baisser et récupérer le tissu qu’elle a si négligemment laissé tomber. Pour mieux le déposer sur ses épaules dans une douceur qui détonne, sans nul doute, avec mon regard orage et mon visage fermé à toute chaleur. Je reste dans son dos, pour mieux m’interposer entre elle et l’escalier, entre elle et la sortie. « Dotée d’intelligence, vous dîtes ? » Ma voix siffle, acidité dispersée avec minutie. « Permettez moi d’en douter alors que vous-même, vous vous traitez de conne, si vous m’autorisez à reprendre vos propos. Alors que vous faites non seulement l’erreur de vous considérer comme amoureuse de moi, mais aussi de me penser capable de jouer avec vous sans rien chercher en contre-partie… » Je ne la repousse pas, quand bien même mon instinct me hurle de le faire. « Il n’y a pas d’alter-ego maléfique, Violet. » La moquerie que nourrissent mes propos se repaît à son tour de mépris. D’un mépris ajusté, visant non seulement Violet mais aussi le loup qui lacère les parois de sa cage. « J’étais un loup avant même de perdre mon humanité. Cette bestialité, cette violence qui semble vous déranger, tout cela a toujours été en moi. » Je me pare d’une désinvolture inhabituelle, comme pour tenter, maladroitement, de la rassurer. « La seule chose qui me prouve que vous êtes effectivement dotée d’une certaine forme d’intelligence, c’est assurément vos je vous déteste particulièrement poignants et inespérés. Je commençais à douter de l’existence chez vous du moindre instinct de survie. » Ma moquerie perd en mépris, s'impose une légèreté toute aussi maladroite que ma désinvolture. « Ne faites pas l’erreur de croire que vous êtes amoureuse de quiconque. Et ne faites pas l'erreur de croire que ce genre de sentiment puisse être réciproque. Contre toute attente… je vous apprécie, Violet, lorsque vous ne faites pas la folie de défier mon autorité et mon orgueil, tous deux démesurés.  » Je l'apprécie. Voilà bien les seuls sentiments que je me m'autorise à formuler, à accepter, à concevoir même depuis la mort d’Azzura. Inconsciemment je sais qu'il y a plus. Je ne l'accepte juste pas. D'un soupir, je tends une main dans sa direction. Une invitation, pour une fois. « Suivez-moi » Quelques pas ne l'attendent pas, mes pieds nus foulent le sol et atteignent sans plus tarder le parquet qui couvre le salon.


Quelques pas à nouveau, je m'enfonce dans l'espace situé sous la mezzanine, éclairé uniquement par la lumière diffuse et blafarde d'une lune incomplète. Des toiles, blanches, y sont abandonnées depuis plus d’un an maintenant. Des crayons, fins, des pinceaux, des peintures de toutes sortes… mes doigts glissent sur le chevalet, s’accrochent au contact rugueux de la surface blanche, trouvent d’eux même un crayon. Je ne sais pas si Violet m’a effectivement suivi. Je refuse de regarder, je refuse de vérifier, parce que je ne veux pas que cette incertitude se mue en déception. Le loup est apaisé, face aux traits que dessine d’une main sûre mon esprit. Des traits que je n’ai plus formé depuis des mois, des traits, que mon âme a refusé de faire éclore depuis bien trop de temps. Un menton, diffus. Des sourcils, discret. Des traits, fuyant. Mes yeux refusent de percevoir ce qu’ils laissent sur la toile. Trop fin, trop précis, trop léger, le crayon suit mes pensées davantage que ma vue, laisse exprimer ce que l’homme est trop fier pour l’avouer. « Je n’ai pas toujours été aussi ignoble, Violet. » J’ai le regard fixé sur ce que je dessine, sur ce que je ne vois pas. Avant que je ne perde le contrôle, c’était le loup qui dessinait, qui me poussait à représenter non pas ce qui imprimait ma rétine, mais ce qui marquait mon odorat, irritait mon toucher, troublait mon ouïe. De vieux réflexes prennent le relai, je fais éclore en nuances de gris un visage, en arrière-plan, comme toujours depuis que j’esquisse mes premiers traits, avant d’y superposer les vestiges de mon cauchemar, l’horreur du bûcher, la terreur du sang qui m’étrangle. « J’ai été heureux, il y a des siècles. Depuis, on a égorgé ma fille, on a brûlé... » Ma femme ? Je ne peux prononcer ces mots devant elle. « … ma famille. Je refuse de risquer à nouveau de perdre quoique ce soit d’autre que ma propre vie. Et vous devriez faire de même, Violet. Vous protéger. Vous recroqueviller sur vous même. Puisque si la seule chose que vous acceptiez de perdre c’est vous même, alors quand ce jour arrivera, vous ne vous en rendrez jamais compte. Alors ne dites plus d’absurdité et ne donnez votre vie pour personne. » Je repose le crayon, plisse les yeux sans pour autant parvenir à réellement voir ce que mes sens ont dessiné. « Quoique vous puissiez croire, vous êtes en sécurité ici. Jamais le loup ne vous blessera puisque jamais je ne vous blesserai. » Voilà au moins une chose dont je suis certain. La protéger, sans en avoir totalement fait ma priorité, voilà l’un de mes objectifs les plus personnels. Même si, bien évidemment, ce jamais que je lui offre est conditionné par sa loyauté. Si un jour elle me trahit… je lui arracherai le coeur sans sourciller.


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Long days, short nights - Rafaël

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