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 Don't leave me high, don't leave me dry (Roman)

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Laugh like a jackal

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↳ Opinion Politique : Contre le Gouvernement en place mais surtout contre la Prohibition.
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MessageSujet: Don't leave me high, don't leave me dry (Roman)   Jeu 6 Oct - 18:59


« A heart that's full up like a landfill»



Père & Fils
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Il faisait toujours très chaud dans cette ville, une chaleur moite qui tapait à la tête et faisait couler une transpiration inconfortable entre les omoplates. Mon débardeur me collait à la peau alors que je me balançais, d'un pied sur l'autre, fixant le sol sans me résoudre à relever la tête. Le soir tombait, le ciel se colorait des lueurs du crépuscule et la lune, déjà pleine, apparaissait entre deux nuages. J'avais suivi mon dealer dans ces ruelles mal famées, jusqu'à ce qu'il m'offre cette pilule miracle, ce vaccin qui était censé annihiler ma malédiction. Dès que la rumeur m'était venue aux oreilles, j'avais tout fait pour être l'un des premiers à tester la marchandise, à tout tenter pour me débarrasser de cette saleté. Habité par un espoir désespéré, je pensais réussir à revenir en arrière, redevenir l'homme que j'étais, un type normal et sain, sans qu'aucune monstruosité ne rampe sous sa peau.

La lune montait plus haut dans le ciel, je m'étais shooté à toutes les sauces et je divaguais seul à présent, dans les rues désertes, vacillant et désorienté. J'oubliais jusqu'à mon nom lorsque l'appel me raidit, m'immobilisant sur place dans un craquement simultané de tous mes os. C'était la deuxième fois que cette horreur m'arrivait, que ce cauchemar me kidnappait dans sa danse infâme où mes yeux s'agrandissaient sous ma stupeur. Mes membres se raccourcissait dans une douleur terrible où je sentais mes os se désagréger et je tombais à genoux sur l'asphalte. Lorsque mon visage se déforma, je sentis à la fois un grésillement contre ma peau qui se couvrait de poils, une toison sombre qui me recouvrait en un rien de temps. C'était comme si on me cassait chacun de mes os pour les tordre et leur imposer une forme qui ne leur était pas naturelle et je hurlais dans le silence, sans que qui que ce soit ne soit témoin de ma souffrance et de mon angoisse. Bientôt, je courrais sans réfléchir dans les allées sombres, me faufilant entre les poubelles sans que ma raison ne me soit d'aucun secours. J'étais perdu, perdu, j'aurais voulu hurler pour appeler au secours mais ma gorge n'était capable de laisser filtrer que des glapissements plaintifs alors que je courrais, à la merci de dieu savait quoi.

Lorsque je m'étais effondré sur mon matelas, à l'aube, c'était dans un état de fatigue indicible. Une fatigue qui m'avait à peine permis d'enrober mon corps nu dans un vieux drap avant de sombrer dans la torpeur sans plus penser à rien. Plongé dans ma léthargie et caché sous mon duvet, j'avais été indifférent au chaos du matin où mon frère et ma sœur traversaient le salon plus ou moins discrètement pour sortir. Mon grand-père, qui se prélassait habituellement sur le canapé, était-il encore là ? J'entre-ouvris un œil pour m'apercevoir que j'étais seul dans la pièce et me rendormis aussitôt dans un sommeil agité et entrecoupé de rêves. Je parlais en dormant depuis mon plus jeune âge et cette fois encore, je prononçai quelques mots d'une voix atone, en russe comme souvent. « Menteur. Dis-moi la vérité ! Je ne te crois pas…. » Ce grand homme aux yeux verts me souriait avant de disparaître au creux de mes songes. Mais personne sans doute n'était là pour m'entendre ni pour me répondre. Et mes yeux se révulsaient sous mes paupières dans un profond soupir, toujours endormi.

Quand je me réveillai, je me pensais toujours seul dans l'appartement, comme d'habitude ce jeudi. Je ne travaillais pas, c'était mon jour de repos et j'étais normalement certain de ne pas souffrir de la présence de mon vieux père. Nous ne nous étions plus parlé depuis un temps infini, j'essayais de l’éviter autant que possible en rentrant très tard, juste pour dormir.  J'avais tout fait pour éviter d'y repenser et faire comme si rien ne s'était passé ce soir là. Non, je n'avais pas chialé à cause de lui, putain, non, je ne chialais jamais moi. Ma mauvaise foi me servait d'armure et j'allais parfaitement bien, épanoui dans ce rythme de vie merdique qui était le mien. Et j'oubliais, j'oubliais tout... Dans un soupir, je me redressai sur mon séant pour m’extirper de mes plumes et traverser à poil l’appartement pour aller me doucher. La résidence Ievseï n'appartenait qu'à moi et je profitai de ces instants de grâce pour me laver et m'habiller de fringues propres et confortables. Mon intention n'était pas de rester flemmarder dans cet appart, la dernière fois que j'y avais vu ma famille, c'était juste après ce foutu attentat qui avait failli me coûter la vite quelques jours auparavant… Jamais je n'aurais dû être aussi curieux des info que m'avaient filées Lazlo mais tout de même, j'étais trop impatient de voir les membres du gouvernement se faire dégommer ! Comment j'aurais pu deviner que je me retrouverais à lutter pour ma vie en compagnie d'Aslinn, cette drôle de pote de mon père ? Aucune importance, je ne lui avais pas laissé l'opportunité de me poser de questions à celui-là. Il m'avait foutu une baffe la dernière fois… oh merde. Non, j'avais pas envie d'y repenser.

Mais si j'étais accoutumé aux descentes dégueulasses dues à la came, je n'avais pas prévue celle-là. Le médicament qui était censé me guérir de ma malédiction tardait à faire effet, j'avais zoné toute la nuit sous ma forme animale, cumulant les expositions aux dangers divers. Que pouvait faire un chacal à la Nouvelle Orléans, à part se battre contre les chiens errants, recevoir des cailloux jetés par les clochards ou d'autres attaques fomentées par des bestioles plus grosses que lui. La honte due à cette malédiction me hantait et si Andreï m'avait reconnu immédiatement, je renâclais à en parler à qui que ce soit d'autre et bien-sûr, surtout pas à mon père...

Peut-être que cette médication finirait par me guérir mais ce jour là, après l'avoir prise, je ressentais une foule d'effets secondaires assez désagréables. Peu m'importait mes vertiges, j'étais persuadé qu'ils passeraient vite et que je serais capable de les oublier. J'avais plus chaud que d'habitude et mon front me brûlait mais je refusais de mettre cela sur le dos de la fièvre. Dans la petite cuisine américaine de notre appartement, je tentais de me préparer un jus de pamplemousse-orange, bien frais. Des mouches voletaient devant mes yeux alors que le vertige me prenait mais je terminai ma préparation avant de revenir me vautrer dans le canapé, dans un soupir, m'y laissant aller lourdement.

Mon estomac me faisait mal et mes membres tremblaient. Jamais je n'avais vécu une cuite aussi dure. Oh merde. Je fermais les yeux pour essayer de me reprendre quand soudain, la porte s'ouvrit, me forçant à écarquiller les yeux. Non, non...Mon père ? Misère. Roman, dans toute sa splendeur se trouvait au bercail, bien plus tôt qu'à son habitude et sans que je n'aie pu le prévoir. La sueur coulait contre mon front. Était-il là depuis longtemps sans que je m'en rende compte ? Pourquoi ? Inutile de se poser la question, je le voyais bien là devant moi, dans cette salle de séjour trop étroite qui faisait office de hall d'entrée et de chambre pour Andreï et moi. Et moi j'étais là, avachi dans le canapé, le visage pâle et couvert de sueur, ma démence me prêtant des hallucinations saugrenues. Est ce qu'il souriait ? Je cherchai maladroitement mon paquet de clopes dans la poche de mon jean, d'une main molle, lui dédiant un regard blasé. Merde, j'étais carrément pas en forme pour l’affronter. Et bizarrement, certaines de ses paroles me revenaient en mémoire, par bouffées troublantes. « Si je t'ai gardé c'est parce que tu es mon fils. » Mais non, non c'était faux, il avait tout fait pour me séparer de ma mère, uniquement par vengeance envers elle, je n'était qu'une source de frustration pour lui, une source de rancœur… Mes paupières ployaient, mon visage se fermait, juste pour cinq secondes. Avant que je ne le regarde, le fixant au fond des yeux.

« Je compte pas rester. Je bois ce truc et j'me casse. Ne... t'en... fais pas. Vieux.»

Et sur ces bonnes paroles, je sifflais mon jus de fruits au risque de m'étouffer avec, avant de me redresser dans un vertige qui me fit cligner des yeux. Saleté de descente. Je me rattrapai au dossier du canapé avant de m'avancer vers l'armoire à chaussures. J'avais rangé mes grolles pour une fois, quelle ironie...




_________________
The Jackal comes, blood lust on his lips. He craves the dead, our lives in his grips. He's after our hearts, he'll chew and swallow. Blood pours from his mouth, our lives will soon follow. Death comes to those who wait, He feels this. Eyes wide. We try to run from our past, but the truth we cannot hide.
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MessageSujet: Re: Don't leave me high, don't leave me dry (Roman)   Lun 31 Oct - 15:55

Cela faisait si longtemps que le matelas était resté remisé derrière le canapé. Si longtemps que Colin avait pris cet abandon pour un signal, et se servait dudit matelas comme nouvelle penderie. Une penderie toute relative où les vêtements, quand bien même ils se ventilaient, finissaient inexorablement plus froissés qu'ils ne l'étaient au départ. Roman avait assisté, impuissant, à cette désacralisation du sanctuaire nocturne de Mikkel. La vie suivait son cours.
Elle l'avait toujours fait, sans jamais se soucier du vide dévorant que provoquaient systématiquement les absences, les disparitions de tous ceux qu'il ait jamais aimés.

Le vie de Roman n'était faite que de vides, après tout. Une succession de petits vides, d'abord. L'absence du père, l'absence d'amis quand il était enfant. Puis ces vides s'étaient improvisés ravins, se creusant toujours plus à mesure que les années filaient, omniprésents, cruels. Le ravin paternel. Le ravin du changement de pays. Le ravin de Lara, celui de Laura...
Je t'aime, Fils de Con.
Si seulement il avait su le lui dire, sur le moment. Si seulement il avait ravalé sa putain de fierté et esquissé le seul geste qui ait jamais été réellement important dans sa putain de vie. Mais non. Il avait, par un soupçon de cette satanée fierté, été obligé de ravaler les seuls mots réellement essentiels. Et le vide de se creuser de plus en plus, dans son coeur, et son appartement. Et ce n'était pas sans compter les tentatives de reconquête des espaces de son autre fils. Comme à chaque grand vide, à chacun des Néants Familiaux, Lizzie s'était positionnée. Petite femme portée bien trop vite à maturité, et la seule réellement clairvoyante de la famille, elle l'avait hué. Pire, elle avait dit qu'il finirait par revenir.
L'espoir. Une petite bribe de lumière inutile à laquelle pourtant on se rattache sans une once de réflexion avec l'énergie du désespoir. Elle dit ça aussi pour Laura. Et Roman attendait encore qu'elle revienne.

Il n'avait pas arrêté de croire pour autant. Et même si le matelas conquis lui rappelait encore et encore cette gifle qu'il avait filée à son fils, il continuait d'espérer. Vainement, peut-être. Ou peut-être aussi à cause des rêves.
Ils avaient commencé un soir de Décembre. Son estomac l'avait travaillé toute la soirée, comme à chaque fois qu'il avait un mauvais pressentiment à propos de quelque chose. Nauséeux, il était parti se coucher plus tôt que d'habitude, bourré de cachets et la tête dans le cirage. La nuit avait été pour le moins mouvementée. D'un réalisme saisissant, le rêve avait accentué ses nausées. Son fils était nu, sur une sorte de drap en plastique d'une couleur hasardeuse. Une marque rouge barrait son front droit, son visage si expressif tordu de douleur. Des voix. Deux hommes, puis un cri. Mikkel qui, pris de convulsions puissantes, poussa un hurlement qui lui glaça le sang. Un homme parlait, posait des questions aux second, et Roman peinait à apercevoir son visage. Il ne pouvait distinguer les traits que de son fils. Ne put qu'entendre ses os émettre un craquement lugubre, suivi d'une multitude d'autres, comme si quelqu'un s'amusait à réduire en charpie chaque membre de son gamin. Comme s'il était de verre, il vit clairement son corps se tordre et se disloquer, puis la vue de Roman se brouilla. Elle ne se focalisa que sur une dernière apparition, le visage d'un homme brun, dans la trentaine, aux traits fins et à la mâchoire puissante, qui se penchait pour l'observer droit dans les yeux.
Pris d'un haut le coeur, Roman s'était réveillé aussitôt en hurlant. D'une main fébrile, il avait tiré brusquement le tiroir vide de sa table de chevet. Et y avait copieusement déversé le contenu de son estomac.

Il pouvait le sentir, il était arrivé quelque chose à son fils. Un pressentiment profond, ancré en lui, une de ces certitudes dont on sait qu'elles sont réelles et dont on ne peut se débarrasser aussi facilement. Et s'il n'était pas sûr de la signification, ou même de la véracité de son rêve, il savait. Mikkel, quelque part, cette nuit-là, avait été blessé. On dit bien des choses sur l'instinct maternel, mais on a tendance à oublier celui que peuvent éprouver les pères. Et Roman, lui, n'oubliait pas. Il n'oubliait pas avoir ressenti cette blessure, exactement la même, dans ses vieux os, lorsque Shane avait kidnappé son gamin. Une certitude si profonde, si viscérale, qu'il en aurait mis sa main à couper. Et s'il était bel et bien arrivé quelque chose à son rejeton, il était certain que ce brun au visage taillé au couteau n'y était pas inconnu. Si sûr qu'il était prêt à y sacrifier sa seconde main. Ou la mettre au feu, histoire de varier les plaisirs.
Colin fut le premier à remarquer l'expression grave de son père, assis sur un tabouret au comptoir de leur minuscule cuisine américaine, le lendemain. Railleur, il l'avait abordé avec son habituelle bonhommie et lui avait demandé s'il était enceinte, et s'il fallait qu'il lui apporte un test de grossesse en revenant. La boutade avait été tellement stupide, tellement inattendue et inappropriée qu'elle avait fini par faire rire Roman. Mais l'hilarité fut brève. Expressément, Roman avait demandé à son fils d'appeler son frère. Les minutes s'étaient écoulées, longues, bien trop longues, avant que Mikkel ne daigne répondre à son benjamin. Une dizaine de minutes où Roman s'était rongé l'ongle du pouce sans même s'en rendre compte. Un geste que Colin ne connaissait que trop bien. Celui qui signifiait qu'on atteignait le pallier 10 sur l'échelle de l'inquiétude paternelle. Presque soulagé lui-même d'entendre la voix pâteuse de Mikkel, il avait fini par raccrocher puis annoncer à son père "Il va bien, P'pa, t'en fais pas." Mais une légère fêlure dans la voix de l'adolescent, infime, que Roman perçut tout de même, le conforta dans son hypothèse.
Quelque chose était bel et bien arrivée à Mikkel.

Mais que pouvait-il y faire ? Son fils le haïssait. Son fils n'était plus revenu depuis des jours, depuis des semaines. Son fils ne reviendrait peut-être même jamais, parce qu'il avait été incapable, tout bonnement incapable, d'être le père qu'il aurait du être. Parce qu'une fois de plus il avait été ce lâche qui ne sait pas parler, ce rustre à court et de mots, et d'arguments pour le retenir. Parce que Mikkel avait toutes les raisons du monde. Tout comme Roman avait toutes les raisons du monde de s'inquiéter pour lui. Son absence, ce ravin dans son corps, cette entaille dans son âme. Son regard clair fixa les mots qui s'affichaient sur l'écran de son téléphone portable Post-Apocalypse. Les lettres noires se détachaient, agressives, sur le fond blanc de l'écran de saisie. Mikkel. Mais que pourrait-il lui dire, au fond ? Qu'il était mort d'inquiétude ? Qu'il voulait qu'il revienne à la maison ? Qu'il voulait qu'il lui parle, qu'il lui dise ce qui lui était arrivé ? Il connaissait suffisamment son aîné pour savoir que cela n'arriverait jamais. Et, d'une main résignée, referma le battant de son téléphone à clapet.
Combien de fois avait-il répété ce geste, au cours de ces derniers jours ? Il ne les comptait plus. Pas plus qu'il ne comptait le nombre de vêtements qui s'amoncelaient à présent en piles dangereuses sur le matelas que Mikkel utilisait, avant.

Il avait fini plus tôt, ce jour-là. Ce qui l'arrangeait, étant donné qu'il n'avait pas vraiment la tête à encourager ses patients, malgré les efforts colossaux de certains. Il n'avait pas la tête à travailler, pas la tête à se casser le dos pour remettre celui d'autres personnes en place. Il voulait juste rejoindre l'appartement, leur tanière, et dormir. Toute la nuit précédente, il l'avait passée à chercher activement d'où il connaissait ce visage, celui de l'homme qui l'avait fixé droit dans les yeux lors de son rêve funeste. Roman était persuadé de l'avoir déjà vu quelque part, mais où précisément, il était incapable de s'en souvenir. Et rien dans ses souvenirs confus ne lui permettait de détailler la façon dont le jeune homme était habillé, ou même l'intonation de sa voix. Il existait. C'était une piste très vaste, une piste dont il ne pouvait pas même parler à Shae ou à Rachael, car bien trop vague. Et comment expliquer aux susnommées qu'il le cherchait en se basant sur un rêve ? Elles l'auraient taxé de dément. Et elles auraient eu entièrement raison.

Il était épuisé quand il tourna au coin du pâté de maisons, juste à deux pas de son immeuble. Lizzie et Colin ne seraient pas encore rentrés, à l'heure qu'il était. Andreï serait Dieu seul savait où, pissant probablement le sang comme à son habitude. Il serait donc seul. Seul avec lui-même, avec ses interrogations et ses inquiétudes. Le moment choisi pour s'effondrer dans son lit avec un somnifère et dormir jusqu'à ce que son appartement ressuscite à nouveau.
Par ce réflexe, cette habitude, il avait levé les yeux vers les fenêtres de sa tanière, quatre étages plus haut, tout en tirant une dernière bouffée sur sa cigarette. Un geste désuet, une habitude qu'il avait prise, une autre, sans même s'en rendre compte. Sauf que les lumières étaient allumées. Surprenant, sachant qu'il n'y avait personne. Il jeta sa cigarette et l'écrasa sous son talon en haussant les épaules. Colin avait probablement séché ses cours. Tant pis pour le somnifère, mais il aurait quand même sa sieste.

Mais, quand il poussa la porte, il n'entendit pas la voix débonnaire de son fils. Une odeur d'agrumes assaillit son nez alors qu'il accrochait sa veste en cuir dans l'entrée, une odeur pugnace qui en masquait une autre plus profonde, sous-jacente. L'odeur d'un parfum qu'il connaissait très bien, trop bien. Sa main serrant le cuir, il inspira profondément. Ses entrailles s'étaient étreintes en sentant cette odeur, tout comme sa gorge. Tout comme son vieux cœur, qui battait, à nouveau. Enfin.
Une ombre de sourire creusa ses traits tirés alors qu'il se retournait pour faire face à son garçon. Il avait l'air d'être tout juste revenu des Enfers, avec sa peau pale, son front perlant de sueur, et son regard vitreux. Mais il était là. Bien vivant. Malgré son apparent retour de cuite. Malgré ses belles bravades.
Les mots de Mikkel claquèrent dans l'air, accompagnés de gestes volontairement violents. Volontairement nocifs, blessants et insultants. Mais Roman n'avait pas l'intention de se battre, il n'en avait pas la force. Pas alors que le Destin lui servait Mikkel, pas alors qu'il aurait littéralement tué pour entendre de nouveau sa voix. Sans bouger de l'entrée, il le regarda faire. Il l'observa vaciller, l'observa tousser sur sa boisson. Cet imbécile. Tout aussi irrécupérable que son père. Aussi, lorsqu'il arriva vers le meuble à chaussures, Roman s'écarta pour le laisser passer.
Avant de le réceptionner au moment où il allait de nouveau perdre l'équilibre.

L'interceptant d'un bras, il le redressa sans rien dire. Sans le juger. Sans l'ombre d'un souffle, sans la menace d'un reproche. Non. Il ne chercha pas à croiser son regard, ne chercha pas à instaurer le dialogue. Les mots puaient la merde quand ils sortaient de sa bouche. Alors il s'exprima, de la seule autre manière qu'il connaissait.
Profitant de son équilibre instable, il enroula son bras autour de ses épaules, le second se logeant autour de son torse. Et il l'attira contre lui dans un soupir, se dressant un peu sur ses pieds, réalisant à quel point il était grand, quand même, ce petit con. C'était peut-être idiot, de l'enlacer comme ça. C'était pas quelque chose qui se faisait entre un père et son fils de 28 piges. Mais putain, ce que ça faisait du bien.

-Fais pas le con, Mikky, t'es pas en état de descendre un escalier.

Il aurait préféré rester comme ça, comme avant. Comme dans ces temps où il avait toujours son fils dans les pattes, ces temps où ils étaient inséparables. Mais ce temps était révolu, désormais. Aussi le relâcha-t-il, à peine, pourtant, incapable de le laisser filer une nouvelle fois. Sans lui laisser le temps de moufter, il passa une main sur son front. Il avait de la fièvre. Et son autre main, qui lui tenait le bras, frémissait de tous les tressautements qui parcouraient sa peau. Il l'avait su, depuis le début, que son fils n'allait pas bien. Et le voir ainsi le lui confirmait.

-T'as une gueule qui ferait faire un AVC à un mort, va te coucher sur le canapé.

Il ne lui laissait pas le choix. Comme il aurait du le faire avant. Comme il aurait du le faire bien des fois plus tôt. Sans demander son avis, il attrapa son poignet et l'entraîna jusqu'au canapé pour qu'il s'y installe. Sans écouter ses protestations, il récupéra la literie qui lui était réservée d'office et glissa un coussin sous ses épaules, et lui jeta une couverture. Sans se soucier de ses bravades, il poussa à peine sur son épaule pour le forcer à se rallonger, avant d'attraper le verre et le renifler. Des agrumes. Crus. Une mauvaise idée quand on a mal au ventre.
Une réflexion qu'il avait pu lui faire tellement de fois quand il était gamin. Et qui se soldait toujours avec un pugilat. Roman farfouilla dans les placards à la recherche d'une bassine, qu'il posait ostentatoirement sur le comptoir. Il attrapa ensuite un torchon propre qu'il humidifia à l'eau froide, et ramena son butin à son bambin. La bassine trouva sa place au pied du canapé alors qu'il débarrassait rapidement la table basse pour s'y asseoir. Finalement, il posa le torchon frais et humide sur le front de son fils.
S'il ne disait rien, c'est parce qu'il en était incapable. Sa gorge était tellement nouée qu'il n'osait même pas avaler sa propre salive, de peur de s'étouffer avec. Son cœur battait tellement fort dans son propre torse, tellement fort qu'il était à deux doigts de sentir ses côtes se fêler sous les à-coups. Il était tellement heureux. Si heureux que Mikkel pouvait très bien louper la bassine et lui vomir sur les chaussures qu'il ne hurlerait probablement pas.

Épongeant lentement le front de son rejeton, il finit par croiser son regard. Et finit par lui décrocher un sourire, léger, avant de replier le torchon pour le remettre en place sur son visage.

-Tu sors pas d'ici avant que ta fièvre soit tombée. Et au pire t'iras dormir dans mon plumard s'il faut que tu restes cette nuit, je m'en fous.

Bonjour, Mikkel. Je suis vraiment heureux que tu sois revenu. Je suis vraiment heureux de te revoir ici, entre ces quatre murs, même si c'est avec la cuite de ta vie. Je suis tellement heureux que si j'étais pas un vieux con aigri, je pleurerais peut-être. Non, quand même pas. Mais putain ce que je me suis fait un sang d'encre pour toi. Et putain, que je suis content que tu sois là, à moitié crevard devant moi.
Mais tout ça, il ne pouvait pas le lui dire. Il n'en avait pas le droit, pas après la manière dont s'était achevée leur dernière "discussion". Alors il se détendit un peu, à peine, et attrapa une cigarette dans le paquet défoncé de son fils. Parce que les siennes étaient encore dans son cuir. Et parce qu'il n'avait absolument aucune envie d'abandonner le chevet de son rejeton.

Au bout de quelques bouffées, il finit par reposer son regard clair sur le visage de son bambin. Il tapa la cendre de la cigarette dans le cendrier que Mikkel avait improvisé, et finit par lâcher la question qui lui brûlait les lèvres.

-Qu'est-ce qui t'est arrivé, Fils ?

Une question qui voulait tout et rien dire. Une question si vague qu'elle aurait pu concerner son état actuel, sa disparition, ou même cette étrange prémonition qu'il avait eue, cette vision qu'il avait rêvée. Il se contenterait de n'importe quelle réponse à vrai dire. Du moment que Mikkel lui répondait simplement, sans circonvolutions inutiles. Tout du moins il espérait sincèrement obtenir, pour une fois, ce type de réponse.
Pour une fois. Que pour une fois il puisse être son père, jusqu'au bout. Même s'il s'agissait d'une douce illusion.

_________________

He would fall asleep with his heart at the foot of his bed like some domesticated animal that was no part of him at all. And each morning he would wake with it again in the cupboard of his rib cage, having become a little heavier, a little weaker, but still pumping. And by the midafternoon he was again overcome with the desire to be somewhere else, someone else, someone else somewhere else ×
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MessageSujet: Re: Don't leave me high, don't leave me dry (Roman)   Jeu 10 Nov - 20:39


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Si j'étais revenu prendre un peu de repos dans cette piaule, c'était pour ne pas m'incruster trop longtemps chez ce pauvre vieux Axl. J'avais besoin de récupérer quelques affaires aussi, non ? Et puis merde, je pensais que je serais seul, que je pourrais reprendre des forces dans ce qui était censé être mon foyer… Tu parles ! Le patriarche avait surgi comme par un fait exprès, comme si j'étais pas assez malade pour supporter son mépris, ses engueulades, ses reproches et ses jugements merdiques ? Devant moi, ma cible – en l’occurrence l’armoire à godasses – paraissait à des milliers de kilomètres de distance. Cette foutue faiblesse ne me passait pas et, alors que je serrais les dents pour lutter contre le vertige, les petites étoiles noires devant mes yeux prenaient de plus en plus de place. J'avais fameusement surestimé ma capacité à marcher droit où même à me tenir debout sans vaciller dangereusement et pourtant je ne pensais qu'à une seule chose : me tailler. « Oh… crap... » Sauf que ce fut dans les bras de mon père que j'échouai comme une masse, les muscles raides et douloureux, dans un juron étouffé. Son odeur me parvenait avec bien plus de force avec mes sens exacerbés, ravivant des bouffées de souvenirs d'enfance. Et alors que mon visage ployait contre son épaule, une tempête d'émotions se déclencha en moi. Une sirène d'alarme s'enclencha aussitôt dans mon crâne, me hurlant l'alerte générale, me suppliant de fuir, vite, vite, dans l'urgence totale ! Fuis, Mikkel, CASSE-TOI ! Tous les poils de mon corps se hérissaient dans un murmure faiblard. « Je… j'vais super bien. »

Je ne parvenais même plus à réfléchir correctement même si confusément, je me sentais comme un sale con immature. Le mec sonné par une fièvre de cheval et qui pue la mauvaise foi ! Je m'imaginais déjà en train de sortir franc battant, la tête haute et d'attendre que Roman ait le dos tourné pour me ramasser au sol et descendre l'escalier sur mes fesses... Oui je l'aurais fait.

Pourtant, je ne bougeais pas. Catastrophé par ce déferlement d'émotions brutes qui me tombait dessus, mon palpitant en train de faire des sauts périlleux dans ma carcasse alors que mon père me prenait dans ses bras. Je n'étais plus qu'un gamin paumé, le regard affolé, trop affaibli pour réussir à gérer cette situation à laquelle je ne m'attendais pas du tout. Je ne me souvenais même plus de quand datait la moindre étreinte paternelle alors qu'on était devenus si distants l'un de l'autre depuis si longtemps. Incapable de moufter, je bafouillais des grognements inintelligibles en me demandant si je n'allais pas tomber dans les pommes, tout bonnement. La loose totale Mikkel, il fallait foutre le camps… Quand il recula, je détournai le regard, évitant à tout prix de croiser le sien. J'esquissais une moue déphasée pendant qu'il passait sa main contre mon front. Mes yeux brillants étaient rougis et je me déchargeai d'un profond soupir pour évacuer cette boule douloureuse d'angoisse qui m'oppressait, grommelant quelques protestations d'une voix nerveuse.

« File moi un sac, je m'le foutrai sur la gueule et voilà l'travail. P'tain mais attend, y'a plein de… de mouches ici, t'as pas sorti les poubelles depuis combien de temps ?»

D'une main molle, je tentai de chasser ces hallu qui valsaient autour de mon visage mais mon père m'empoignait déjà fermement pour m'attirer jusqu'au canapé. Incapable de lutter, j'y fus entraîné en titubant avant de m'y affaler, plus lourdement que je le pensais, dans un léger hoquet de surprise. Encore un peu et je le loupais. Il n'aurait plus manqué que ça que je me casse la gueule aux pieds de Roman, comme une pauvre merde… Je me sentais si misérable et pathétique que j'en aurais bien chialé. Il fallait vraiment que je me reprenne, bon sang ! J'essayais désespérément de me redresser dignement, me mordant la joue sous ces affreuses crampes qui me tordaient les boyaux alors que mon père m'attaquait avec des coussins et des couvertures. Un état de panique intersidéral me secoua d'un accès de tremblements irrépressibles. Mes défenses se décomposaient lamentablement les unes après les autres alors que je tentais désespérément de m'accrocher à mes mensonges, de moins en moins capable d'y croire moi-même. « C'est bon… pas la peine, arrête… mais non, merde, j'suis en pleine forme, j'te dis ! J'ai pas besoin de ça, j'ai pas besoin... » de toi ? Mais bordel de merde,  ta gueule Mikkel, ta gueule pauvre sale gosse ! C'est exactement ça que tu VEUX. J'en crevais de me rendre compte que si je le repoussais comme ça, c'était purement destructif et que s'il me laissait partir maintenant, je me serais aussitôt explosé la face contre un mur, de rage contre moi-même…

Roman n'eut qu'à me repousser pour que je cède, désespéré et à bout de force, ne sachant plus que faire. Lui balançant un regard perdu, je m'enfonçais dans mon oreiller, mes doigts crispés sur la couverture, sans plus un mot. A ma grande surprise, mon père n'avait rien rétorqué à mes bravades, il ne m'avait même pas lancé le moindre regard désapprobateur. Je restais sur le qui-vive, sans le quitter des yeux, attentif à ses gestes tandis que j'encaissais les battements trop rapides et douloureux de mon cœur. Ce ne fut que lorsqu'il disparu de mon champs de vision que je fermais les yeux pendant quelques minutes, me concentrant sur ma respiration pour ne pas dégueuler. L'angoisse affreuse qu'il foute le camps et qu'il me laisse là tout seul m'inspira un reflux de nausée. Quand il réapparu, les larmes me montèrent brutalement aux yeux à mon plus grand désarroi et j'écarquillai mes lucarnes pour les contrôler, le regard fixe devant moi, les sourcils froncés. Le son des battements de son propre cœur m'étaient perceptibles et me donnaient une indication terrifiante sur son état d'esprit. Est-ce qu'il était furax ? Est ce qu'il se retenait de me foutre une beigne, comme la dernière fois ?

Je retenais mon souffle, incapable de parler alors qu'il s'installait, incapable de bouger quand il approcha le torchon humide pour m'essuyer le front. Je me demandais si je n'étais pas en train de faire un rêve où je me replongeais dans cette période bénie de mon enfance. Ces moments où je ne me souciais de rien parce que je savais que mon père, ce géant invulnérable, veillait sur moi. Ces moments où il était le centre de tout mon univers et où j'osais exprimer pour lui l'intensité de cet amour pur et exclusif d'un enfant en admiration totale. Et peut-être bien que c'était ridicule de me sentir à ce point bouleversé alors que j'étais un adulte maintenant, que j'avais toujours été un mec hyper indépendant et clairement pas émotif, le genre de mec qui prend la vie comme une vaste blague et qui se fout de tout. C'était parce que j'étais malade que les larmes coulaient sur mes joues alors que je croisais son regard et son sourire. Ses mots finirent de m'achever tout à fait et je ne pus retenir un rire, qui aurait pu à tout moment se transformer en sanglots mais qui n'était que l'expression de ma nervosité. Mes épaules se secouèrent un peu sous mes éclats de rire. « Si tu m'files carrément ton plumard, faut pas demander comme j'ai l'air proche de clamser... »

Salut P'pa, si tu savais comme ça me fait du bien de te voir sourire, on dirait que t'es heureux que j'sois là… Tu ne devrais pas pourtant, j'sais bien que j'suis le roi des cons et que j'ai passé ma vie à te décevoir, j'me déteste pour ça tu sais, normal que tu le fasses aussi ! Si tu savais comme je me sens totalement nul, indigne de toi ! Je passe mon temps à faire de la merde, j'ai aucune limite là dedans et je ne sais même pas pourquoi j'agis comme ça. Peut-être bien parce que je sais plus quoi faire pour attirer ton attention. J'suis grave, tu t'occupes de moi et j'ai l’impression que j'vais me pâmer, tu le crois ça ? Jamais je pourrais accepter de te voler ton pieux, tu m'fais délirer, t'as l'air tellement fatigué, j'aime pas voir des cernes sous tes yeux comme ça.

Bien sûr, je n'aurais pas été capable de dire tout ça. Je me contentai d'hocher la tête dans une réponse prudente. « Okay, j'vais rester un peu... » Impossible de dire quoique ce soit de plus alors que mes pensées vacillaient dans mon esprit survolté. Je clignais des yeux, repoussant la nausée qui m'envahissait. Jamais j'aurais dû boire ce putain de jus de fruit… Les hallucinations se mélangeaient à mes délires et je me frottais un peu les yeux pendant que Roman se grillait une clope. J'aurais aimé l'accompagner mais même le fait de fumer me filait la gerbe. Il n'aurait plus manqué que je lui vomisse dessus, l'horreur totale ! Je me redressais un peu, dans l'espoir d'attraper la bassine à temps, en essayant de me contenir quand mon père brisa le silence qui s'était installé entre nous. Je soupirai dans une légère grimace, évitant de le regarder dans les yeux. Je savais que mon vieux possédait certains pouvoirs, même si de son côté, il ignorait que je l'avais espionné quand il s’entraînait avec Laura, plusieurs années auparavant… Était-il possible qu'il en sache déjà plus qu'il ne voulait bien le paraître ? Je ne savais pas de quoi il était exactement capable mais peut-être qu'il avait pu déceler certaines choses… J'hésitais à lui faire l'affront de lui mentir en pleine face. Je le faisais si souvent alors au point où j'en étais...

« Rien de grave, t'inquiète. » J'allais enchaîner avec plus d'assurance quand soudain, un nouvel afflux de douleur me fit porter les mains à ma bouche, les joues rouges, les yeux explosés. J'eus juste le temps de me pencher vers la bassine pour remettre le contenu de mon estomac, l'acide me brûlant la gorge dans un gémissement étouffé. Je crachai dans un juron, la sueur froide me coulant dans le dos, les membres tremblants. « Merde, ah p'tain, c'est dégueulasse… j'suis euh… désolé... ». Je plissais les yeux en me redressant péniblement, les idées embrouillées par la fièvre en essayant de m'essuyer maladroitement la bouche, dans quelques bafouillements. «J'ai pris des medoc hier, c'est genre… une nouvelle formule qu'ils ont inventée pour… pour prendre du muscle. » Mais quel mensonge débile bordel ! Je me passais les mains sur le visage, sans rouvrir les yeux, poursuivant d'une voix fébrile. « Y'a des effets secondaires mais c'est rien, c'est rien… ça va passer. Faut bien que je m'endurcisse hein.»

Je m'enfonçais, je le sentais mais j'allais quand même pas lui annoncer la vérité toute crue et toute moche ! Je perdais déjà totalement pied alors je n'aurais certainement pas été capable de lire encore un peu plus de déception dans le regard de mon père. Connard de Mikkel qui a encore fait de la merde, comme si on n'en avait pas déjà assez dans la famille ! J'essayais pourtant de risquer un œil angoissé vers lui, ne sachant comment les choses allaient se passer à présent. Je cherchais des solutions autour de moi, comme si elles allaient apparaître par miracle, apercevant enfin le tas de fringues éparpillées sur le matelas que j'occupais d'habitude. J'avais pourtant dormi dessus avant que Roman ne se pointe, mais j'étais tellement crevé que je n'avais pas fait gaffe et j'avais dû dormir avec les slips de mon salaud de frangin en guise d'oreiller. Je relâchai quelques murmures désorienté en découvrant le bordel, ne sachant pas trop que déduire de tout ça. « Tiens… mon plumard sert de penderie maintenant ? »

Si j'espérais changer de sujet, je n'en étais pas moins choqué en étudiant ces indices. Est ce que j'avais encore ma place ici en vérité ? Je retrouvais les yeux de mon père, lui lançant un regard interrogatif. J'avais que ce que je méritais finalement, non ? Qu'est ce que je croyais, ils n'allaient pas attendre indéfiniment que je rentre au bercail, d'autant plus que je ne leur avait donné aucune info sur mes plans. La raison était simple : je n'en avais aucun. Mais si c'était le moment d'en faire, j'étais sans doute trop dans les vapes pour réfléchir correctement. J’essayais tout de même, fixant le plafond et clignant des yeux sous les attaques des ombres mouvantes qui menaçaient d'en tomber.  « Okay… écoute, j'avais pas vraiment l'intention de me casser. J'tai dit que je revenais pour vous aider à gérer la situation vu toutes les merdes qu'il y a eu dans la famille. C'est pas pour vous en refoutre toute une tripotée sur le dos… » Une crampe plus violente que les autres m'interrompit alors que je blêmissais, le visage crispé par la douleur. J'avais l'impression que l'un de mes organes venait de se perforer. Merde, est ce que j'allais crever ? C'était ça… ma dernière conversation avec mon père avant d'y passer. Je fermais les yeux en me tordant dans un murmure. « P'tain, p'pa, je crois que j'ai fait la connerie du siècle. J'suis désolé d'être un fils aussi pourri. »





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MessageSujet: Re: Don't leave me high, don't leave me dry (Roman)   Dim 27 Nov - 2:10




Le temps avait transformé leur relation, le temps avait pris, volé, les quelques instants privilégiés qu'ils avaient quand Mikkel n'était autre que Mikky, cet enfant lumineux dont le rire résonnait toujours, bien vivace, aux oreilles de Roman. Le temps avait permis à Mikky de devenir Mikkel, un homme, et avait fini de déconstruire chacun des liens qu'ils avaient l'un entre l'autre. Des noeuds qui s'étaient défaits progressivement, sans qu'ils ne s'en rendent compte, au fil des années. Des liens qu'ils ne pouvaient plus rattraper, rubans fugaces, indistincts, perdus lors de cette marée qui avait fait fuir jusqu'aux sentiments les plus purs. Les plus simples. Mais le temps les avait graciés, aujourd'hui. Il leur avait offert ce cadeau inestimable, cette bulle de calme, un bond dans le passé qui étreignait toujours autant la gorge de Roman alors qu'il posait un regard fatigué mais heureux sur son garçon. Même du haut de son mètre quatre-vingt, même du haut de son insolence, même malgré que cela fasse plus d'une décennie qu'il avait appris à utiliser un rasoir, il restait son fils. Il restait cet enfant au grands yeux alternativement gris, alternativement verts, qui tirait sur le blouson de son père pour qu'il lui explique la vie. Et ce regard étonné, profondément curieux du monde, il le retrouvait en cet instant même.
Un regard persistant, unique. Un regard qu'il avait gravé dans ses rétines tant Roman avait pu le voir, tant Roman avait pu l'aimer. Celui d'une innocence qui n'avait pas entièrement disparu, malgré les années de déceptions mutuelles.

Un regard que Mikkel n'avait plus posé sur son père depuis si longtemps. Les yeux rougis, sans que Roman ne sache pour quelle raison autre que ce mal qui avait l'air de le ronger, il avait fini par se laisser faire. Il avait fini par abdiquer et laisser son père reprendre le contrôle de sa vie, ne serait-ce que le temps d'une poignée de minutes bien trop courtes. S'il savait. S'il savait à quel point Roman lui en était reconnaissant. S'il savait l'émotion brute, si brute, qui traversait son vieux corps en cet instant précis. Mais les mots ne pouvaient pas sortir, pas aussi facilement. Pas alors que les gestes, eux, étaient encore la forme de communication la plus pure qu'ils aient entre eux.

Gestes. Roman eut tout juste le temps de reculer les pieds quand, pris d'un spasme, son fils se pencha rapidement vers la bassine pour y déverser le contenu de son estomac. Un mouvement humain, naturel, qui pourtant le poussa à esquisser une grimace de dégoût. Relevant les pieds le temps qu'il s'épanche, Roman tira sur sa cigarette. Il savait que c'était une mauvaise idée, de boire des agrumes quand on a la nausée. Le nombre de fois qu'il avait pu le lui répéter quand il était gamin. Et, forcément, Mikkel n'avait pas compris la leçon. Un cycle perpétuel depuis son enfance, son fils étant trop têtu pour vouloir admettre que son père puisse avoir raison. Et pourtant le résultat était là, encore chaud, dans la bassine. Comme à chaque fois depuis des temps immémoriaux. Une ombre de sourire passa sur son visage alors qu'il attrapait un des mouchoirs en papiers, dans le dévideur sur la table basse, et le lui tendait pour qu'il s'essuie la bouche. Le côté tête de mule, c'était de famille. Dans leurs gênes. Le fait que Mikkel s'excuse aussi platement pour avoir vomi devant son père aussi. Mais Roman ne lui en tiendrait pas rigueur. Mieux valait que ce soit dehors que dedans.
L'histoire des cachets toutefois le fit tiquer légèrement. Depuis quand Mikkel cherchait à prendre du muscle ? Il faisait déjà le double de la carrure de son vieux père, était déjà plus imposant que son grand-père, qui pourtant était une machine à tuer. Alors pour quelle raison jugeait-il nécessaire de se cogner un traitement qui clairement ne fonctionnait pas, en plus de lui faire du mal ? Il n'en avait pas besoin. C'était nocif. Fronçant les sourcils, Roman écrasa sa cigarette dans le cendrier, qu'il éloigna de la portée de son gosse. Il n'avait pas besoin de ses odeurs de mégot, en plus du châtiment divin qu'il subissait. Sa main tira quelques mouchoirs du dévidoir avant de les envelopper sur le bord de la bassine souillée. La fatigue creusait ses traits, pourtant le regard qu'il porta sur Mikkel n'était pas agressif. N'était pas teinté de cette colère sourde, habituelle, qui caractérisait chacun de leurs derniers échanges. Soulevant le réceptacle, il se redressa dans un craquement de ses vieux os, se contentant de répondre doucement :

-Clairement ils sont pas faits pour toi, ces trucs, vu l'état dans lequel ça te met. En plus, si tu continues à gerber comme ça, tu vas pas le prendre, ton muscle, tu vas le perdre.

Un éclair de bienveillance passa dans le regard qu'il lança à son rejeton avant de se diriger vers la cuisine trop étroite de leur appartement. Tu es magnifique, mon garçon, tu n'as pas besoin de te ruiner la santé pour aussi peu. Vraiment pas. Et s'il sut aussitôt que ses paroles pouvaient très bien être mal prises, surtout vu ce qu'il s'était passé des jours plus tôt, il espéra sincèrement que son fils ne l'ait pas compris de travers. Ce n'était pas un reproche. C'était un fait. Mais Roman n'avait jamais été doué avec les mots, il ne le savait que trop. Alors il espéra. Il espéra sincèrement que Mikkel n'ait pas saisi de mauvaise allusion, il espéra profondément qu'il ait compris que cette journée un peu spéciale était une occasion comme une autre d'enterrer la hache de guerre.
A eaux vives, il nettoya la bassine de son contenu, scrutant malgré lui s'il voyait les vestiges d'une poudre quelconque ou de ces fameuses pilules. C'était idiot comme réflexe, et pourtant. Pourtant Mikkel l'avait déjà habitué à bien pire. Il secoua la tête en se rendant compte de l'immensité de sa propre bêtise. Qui était-il pour juger de ce que Mikkel faisait de son corps après tout ? Lui qui voulait une trêve, pour une fois, il était assez con pour tout foutre en l'air en étant trop précautionneux. Trop méfiant. Ses gestes s'accélérèrent, et, la bassine une fois désinfectée et propre, fut séchée rapidement. S'il ne cessait de lui jeter de brefs coups d'oeil par dessus le comptoir, il ne voulait pas le laisser trop longtemps. Un poids pesait toujours sur son estomac, comme à chaque fois que quelque chose de mauvais était sur le point de se passer. Ou était, justement, en train de se passer. Alors il se hâta. Pas seulement à cause de ça. Mais aussi parce qu'il ne voulait pas laisser son fils seul avec son propre mal.
Pas alors qu'il avait besoin de lui.

Revenant à son chevet, le sorcier déposa la bassine à sa place, et posa une main refroidie par l'eau sur son front. Suivant son regard et sa mine déconfite, Roman esquissa un sourire désolé.

-Tu connais ton frère, il a tendance à s'étaler. Ton matelas fait juste office d'extension aux deux chaises-penderies qu'il a déjà dans sa piaule. C'est pas faute de lui avoir gueulé dessus, pourtant.

Ah ça. L'argumentation de Colin, avec sa voix pâteuse et ses grands mouvements de bras, n'avait pas été de tout repos. Mais Colin était un Ievseï, lui aussi. Taillé dans le même bois que tous les autres, il n'écoutait que sa propre loi, ne respectait que ses propres règles. Un jour, Roman finirait par kidnapper les deux chaises qu'il squattait depuis des années maintenant, alors qu'il pouvait tout aussi bien faire l'effort de fourrer ses vêtements dans les meubles prévus à cet effet. Meubles désespérément vides. Le regard encore posé sur les traces de sa possession imminente des liens, il rit doucement. Avant de croiser à nouveau le regard d'argent, perdu, de son aîné. Un regard qui lui pinça le cœur, qui lui pinça les lèvres. Un regard si perplexe, une question muette, qui ne souffrait pas une telle réponse. Sa main toujours sur son front brûlant caressa doucement sa peau, ses cheveux, humides de sueur.
Ne t'en fais pas. Tu as toujours ta place ici. Tu es chez toi, ici. Aussi longtemps que je serai là, et même bien après. Tu es chez toi. Si seulement les yeux pouvaient parler. Ils diraient des choses nettement plus importantes que les lèvres, formuleraient les mots les plus sincères, ceux du cœur.

Une légère décharge électrique le poussa à enlever sa main. A tirer une nouvelle cigarette de son paquet souple, à ramener le cendrier vers lui, mais à une distance raisonnable de son rejeton. La sensation dans son estomac s'était creusée de façon insidieuse, tordant ses boyaux juste un bref instant. Comme un signal. Comme une impression, profonde, que quelque chose avait changé dans son garçon, et pas seulement son état physique. Quelque chose s'était métamorphosé en lui, et il n'avait aucune idée de pourquoi il ressentait cela. C'était comme si, l'espace d'une brève seconde, ce n'étaient pas les cheveux de son fils qu'il avait sous la main. Mais la sensation d'une fourrure épaisse, soyeuse, qui glissait entre ses doigts.
Cette même main qu'il passait sur ses traits tirés. Il était épuisé, son esprit et l'état de Mikkel devaient jouer des tours sur ses capacités à gérer le stress comme les émotions. Ca ne pouvait être que ça. Il était tellement à fleur de peau, ces derniers temps, qu'il n'entrevoyait aucune explication plus plausible que celle-là.
La voix faible, rauque, de son fils, lui parut lointaine. Se penchant vers lui, il l'écouta attentivement. Chacun de ses mots faisant écho directement dans son vieux cœur. Chacune de ses paroles résonnant comme une excuse, autant qu'un aveu. Chacun de tous ces mots, de ces maux, rappelant à Roman qu'ils n'étaient après tout, tous les deux, que des enfants. L'un apprenant à l'autre à tenter ce simulacre que la vie exige, ce simulacre de vie adulte. Et que malgré toute la cruauté dont ils étaient capables l'un et l'autre, il y avait un juste équilibre dans la déraison. Mais surtout, surtout, que Mikkel était capable d'avoir un peu plus de jugeote que ce qu'il avait prouvé par le passé.

Roman allait lui répondre quand la douleur déforma une nouvelle fois les traits de son fils. Le pressentiment s'accentua dans son propre abdomen, le laissant dans un état de malaise persistant alors qu'il entendait la supplique de son rejeton. De vie de père, il ne l'avait jamais vu aussi mal. Aussi pâle. Aussi faible. La preuve en était de ce nom qu'il venait de lui donner. "P'pa". Un surnom qu'il n'avait plus entendu sortir de ces lèvres depuis si longtemps. Son instinct lui hurlait de faire quelque chose, quoi que ce soit, pour l'aider. Mais sa raison elle, lui disait que Mikkel n'était probablement pas prêt à ce qu'il l'aide à ce point. Pourtant son fils avait besoin de lui. Maintenant, plus que jamais. Alors Roman s'approcha de lui, une nouvelle fois. Se pencha au-dessus de lui, reposa sa main sur son front, caressa une nouvelle fois ses cheveux humides. Glissa une nouvelle fois ses yeux dans ceux de son fils, revoyant clairement, si clairement, ce petit garçon troublé, son petit garçon troublé. Son fils. Il avait beau avoir pris beaucoup de sa mère, il n'en était pas moins son fils. A lui. Aussi secoua-t-il la tête pour chasser ses pensées vagabonde. Pour faire taire la raison et laisser l'instinct prendre le pas sur l'intégralité de son vieux corps. Sa main libre se posa sur celles, devenues si grandes, de son fils, alors que ces dernières le guidaient, inconsciemment, vers l'origine de son mal. Avec une douceur infinie, elle s'interposa entre son estomac et ses mains, sur les muscles crispés. Ramenant l'attention de Mikkel sur son visage, Roman s'était penché d'avantage vers lui. Sa voix était douce. Rassurante. Et s'il rompit le contact oculaire une minute, le temps de fermer les yeux pour rassembler ses forces, il le reprit le plus vite possible. Il ne voulait pas le laisser. Il ne voulait plus le laisser.

-Regarde-moi, Mikky. Ca va aller. Tout va s'arranger.

Il avait peur, oui. Il avait peur de révéler son plus grand secret à son fils, peur qu'il ne comprenne pas, peur qu'il le trouve monstrueux. Mais à Mikkel il pouvait tout donner, jusqu'à la fin. Parce qu'il ne s'agissait pas de n'importe qui. Personne ne méritait plus que la chair de sa chair d'être soigné par ses pouvoirs. Caressant la ride que formaient les sourcils froncés de son enfant de la pulpe du pouce, il lui adressa un léger sourire, perdant son regard dans le sien. Comme il le voyait nettement, ce souvenir lointain. Comme il l'entendait à nouveau, le rire cristallin de son aîné, dès qu'il faisait une connerie dont il était fier. Ses pouvoirs se concentrèrent dans sa main, dégageant une douce chaleur contre son estomac. Irradiant progressivement ses chairs torturées, apaisant lentement les maux, les troubles. Il aurait voulu être plus puissant. Il aurait voulu le soigner de tout, de ses angoisses, de ses peines, de ses colères, aussi, mais il se contenterait de ça. Il se contenterait de laisser ses yeux rougir sous cette connexion profonde, retrouvée, alors que ses lèvres s'ouvraient sur cette ritournelle. Toujours la même. Celle des soins. Celle des joies. Celle de l'amour. Celle des miracles. Celle de Laura.

Dirty old river, must you keep rolling, flowing into the night ?

Il ne s'attendait pas à ce que son fils reprenne les paroles avec lui, pas plus qu'il ne s'attendait à ce qu'il comprenne ce qui était en train de se passer. Mais il continua sa mélopée, sans le lâcher du regard. Laissant l'émotion et ses propres pouvoir le transporter dans les souvenirs, laissant ses yeux exprimer tout ce qu'il voulait lui dire dans cet instant d'une force rare. Il ne pourrait pas tout lui enlever, il le savait. Mais s'il pouvait l'aider, ne serait-ce qu'un peu, le monde serait tout de suite nettement plus beau.
A bout de forces, il finit par relever la main. Les couleurs étaient un peu revenues sur les traits fins de son fils. Traits qui semblaient s'être apaisés un peu. Et dire que quand il était petit, il la chantait avec lui, cette chanson. Il la chantait quand Roman réparait ses petits bobos avec ses mains, qui étaient si grandes, au moins aussi grandes que les siennes maintenant. Du coin de l'oeil, il aperçut la silhouette diaphane, lumineuse, de Laura. Il entendit sa voix chaleureuse, si belle, chantonner cet air avec lui. Le rêve prit fin alors qu'il sentait ses forces l'abandonner, rompant la connexion avec brutalité. Sa tête tournait. Sa vision se brouillait. Mais pas une seule fois il ne lâcha son enfant du regard.

-Ca va aller, Fiston. Tout s'arrange toujours.

Le sourire, toujours présent sur son visage, s'était teinté de cette ombre d'épuisement qui annonçait que c'en était trop. Que Roman arrivait à ses toutes dernières ressources. Et s'il ignorait la portée de ses gestes, ou s'ils avaient enlevé résolument tout le mal qui habitait Mikkel, il savait qu'il avait pris la meilleure décision. La meilleure depuis bien trop longtemps. Achevant son geste, il serra doucement l'une des mains de Mikkel dans la sienne avant de se redresser, et frotter lentement l'arrête de son nez. Il avait l'impression d'avoir pris dix ans. Comme à chaque fois qu'il utilisait ses pouvoirs aussi fort, aussi intensément. Mais le bonheur qui faisait cogner son coeur dans son vieux torse suffisait amplement à compenser chacun de ses tourments. Même si ses mains tremblaient. Même s'il ne serait pas contre avaler toute une cafetière, entière, là, sur le moment.

Mais il ne fit rien de tout ça. Il attrapa une nouvelle cigarette, la précédente à peine consumée s'étant déjà éteinte depuis un moment. L'allumant lentement, il tira une bouffée, s'emplissant les poumons, le cerveau, de nicotine. Si elle ne l'acheva pas d'avantage, la fumée pourtant apaisa tout son corps temporairement. Suffisamment pour qu'il se permette de poser un regard sans équivoque sur son bambin.

-Promets-moi de ne plus jamais bouffer ces saloperies, Mikky. Ca me tuerait de devoir t'enterrer à cause d'elles...


_________________

He would fall asleep with his heart at the foot of his bed like some domesticated animal that was no part of him at all. And each morning he would wake with it again in the cupboard of his rib cage, having become a little heavier, a little weaker, but still pumping. And by the midafternoon he was again overcome with the desire to be somewhere else, someone else, someone else somewhere else ×
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Don't leave me high, don't leave me dry (Roman)

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