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 Crystalised || Mikkel

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MessageSujet: Crystalised || Mikkel   Mar 8 Nov - 15:45





Mikkel & Lazlo
featuring

Le bras de sable s'était dressé devant lui. Agenouillé, contraint, immobilisé, il ne lui restait plus que ses yeux pour pleurer. Et le visage déformé de Mikkel, devant lui, hurla. La douleur, une douleur si vive, si intense alors que le sable arrachait ses chairs, brisait ses os, s'enroulait tout autour de son coeur pour mieux s'en emparer. Cette hébétude de voir cet organe pourtant caché, pourtant secret, soulevé hors de son torse. La douleur ravageant tout son être, cette douleur atroce. Puis le mépris. Le dégoût. Et les doigts de sable qui écrasaient le misérable organe.

Lazlo n'avait pas le souvenir de s'être endormi. Il repoussait tellement le sommeil, ces derniers temps, qu'il avait l'impression de lui être infidèle. Et ce dernier était une maîtresse capricieuse. Si capricieuse qu'il fut pris d'une quinte de toux. Que du sang atterrit dans sa main. Et qu'il eut tout juste le temps de courir jusqu'aux toilettes pour rendre ce que son estomac ne contenait de toutes façons pas. Un frisson l'étreignit, ce froid constant qui régnait sur chacun de ses membres depuis sa sortie de l'Arène. Un froid mordant, dévorant, qui serrait si fort ses muscles qu'il émit un dernier hoquet douloureux en crachant ce qui lui restait de bile. Il se laissa glisser contre le mur à côté de la faïence, une main désespérément plaquée sur son cœur. Il avait si mal.
Putain de mal.

La vie avait dû reprendre, malgré les caprices cyniques du Gouvernement. Il n'avait pas vu passer son temps en cellule, car inconscient. Il n'avait pas vu passer l'interview, car dans un état second. A deux pas de la folie, il avait ricané aux blagues de Danny Clocker sans avoir compris un traître mot de ce qu'il avait raconté. Pâle comme la mort. N'était-ce pas un euphémisme en considérant que lui comme ses compagnons d'infortune avaient effectivement connu la mort ? Sacré Danny, toujours aussi drôle.
Mohini, en entendant qu'il sortait enfin, s'était précipitée devant les porte de l'Arène pour le raccompagner. Il avait poliment décliné son offre. Tristan. Il était persuadé d'avoir aperçu Tristan du fin fond de son malaise, sur l'écran plat dans sa cellule. Et s'il avait failli y passer avec les répercussions de ce maudit jeu, il ne voulait pas laisser son ami sortir seul. Mohini avait compris. Il n'avait qu'à l'appeler s'il avait besoin, en sachant pertinemment qu'il ne le ferait pas.

S'occuper de son ami avait duré un temps. Un temps trop long, trop court, Lazlo ne savait plus trop. Les journées s'étaient suivies, chargeant les souvenirs brutaux par nuées. Et ces nuées étaient tout juste apaisées avec Tristan. Avec la drogue. Avec ses animaux.
Mais maintenant qu'il était seul à nouveau, les cauchemars le suivaient même durant ses périodes d'éveil. Son poumon gauche, son coeur, lui faisaient toujours aussi mal. Il toussait toujours du sang, dans ses moments de faiblesse. Les sorciers guérisseurs lui avaient dit que ça durerait encore un peu. Qu'il fallait s'y faire, ça passerait. Leur ton compatissant et leur petite tape amicale sur son épaule quand ils disaient ça lui avaient filé la gerbe. Ce n'était pas de temps dont il avait besoin. C'était de s'occuper. S'occuper nuit et jour. Ne pas dormir. Se forcer à manger. Se forcer à ne pas sombrer, à ne pas pleurer. Comment les organisateurs de ces foutus jeux espéraient-ils ne pas laisser une marque indélébile dans les âmes qu'ils avaient emportées ? Ces enfoirés. Ils le savaient très bien.

Lazlo était monté sur le toit, une couverture enroulée sur ses épaules. Il avait été accueilli par un amas de plumes et de roucoulements en entrant dans la cabane, et Dita s'était perchée sur son chignon, fourrant son petit bec dans les creux que faisaient ses cheveux, y déposant tous les baisers du monde. S'occuper. S'occuper quand la douleur devient trop forte, s'occuper pour ne plus penser. S'occuper pour ne plus voir le visage de Mikkel, pour ne plus sentir sa haine et son dégoût. Pour ne plus se souvenir de rien d'autre que d'exister, exister après qu'on vous ait arraché le cœur. Métaphoriquement, figurativement. Littéralement.
Pendant une heure, il avait lâché ses oiseaux, entraînant les plus jeunes à rejoindre son bras. S'occuper. Il leva son bras en l'air, poussant les oiseaux à s'envoler à tire d'ailes. Sifflant doucement, il guida leur vol avant de claquer des doigts. Dans un froissement de plumes, les pigeons bifurquèrent et revinrent se percher sur son avant-bras. S'occuper. Il se sentait si vide. Désespérément vide. Sa main libre attrapa les grains de millet dans l'écuelle qu'il avait posée à proximité alors qu'il récompensait les bons élèves. Quand il releva le nez, Daniel l'observait. Mauvais pour le vol mais un bon reproducteur. S'occuper. Il attrapa l'oiseau, glissa un message dans sa bague, et l'envoya rejoindre son homonyme. Ca suffirait.
Il fallait que ça suffise.

Daniel était grand. Daniel était attentif, trop attentif, étouffant, même. Daniel avait potentiellement l'âge d'être son père, ses cheveux anciennement noirs virant sur le poivre sel. Et Daniel, comme son alter-ego volatile, était un excellent reproducteur. Daniel vola ses pensées pendant une bonne après-midi et occupa son corps toute la nuit. Ses doigts couraient encore sur sa peau le lendemain matin, alors que ses sourcils épais, soucieux, s'étaient froncés en réalisant qu'il n'avait pas dormi. Lové au creux de ses bras, ce vide indicible dévorant toujours plus son âme en miettes, Lazlo avait forcé un sourire. Ca va aller. Le soleil finit toujours par pointer à travers les nuages, à un moment donné. Du moins c'était ce qu'il fallait croire. C'était ce que tout le monde voulait entendre, Daniel compris. Lazlo avait refermé les yeux, juste un quart de seconde. Quand il les avait rouverts, le visage entêtant de Mikkel lui faisait face. La terreur dévala ses veines, ses muscles se comprimèrent. Ses poumons aussi. Pris d'une violente quinte de toux, il cracha de nouveau du sang entre ses doigts. Jusqu'à ce que Daniel revienne avec des mouchoirs et caresse son dos jusqu'à ce qu'il se calme.
Daniel était doux. Mais Daniel posait trop de questions. Daniel le confortait dans un cocon, une bulle de gentillesse qui était de trop pour l'Oiseleur. Et ce vide. Ce putain de vide.

Il prit le départ de son amant comme un signe qu'il serait enfin vraiment tranquille. Perchée sur le dossier d'un des canapés, Dita pencha la tête sur le côté après qu'il ait fermé la porte. Cette bête comprenait jusqu'à l'inavouable. Maline comme un humain. Le message enroulé autour de sa patte, elle s'envola à tire-d'ailes vers Bourbon Street. Et si c'était une connerie, si c'était même la pire connerie de sa vie vu ce qu'il venait de se produire, vu son état général, vu ce qu'il avait pu faire ou dire, Lazlo l'avait quand même envoyée. Malgré les conseils avisés de Daniel, il avait envoyé la colombe chercher le seul qui puisse combler le vide. Le message était simple. Expéditif.

Viens chez moi. L.

Trois fois rien, parce qu'en vérité il ne savait pas ce qu'il pouvait bien lui dire. Dans tout cet embrouillamini de pensées confuses, il n'avait pas vraiment réfléchi à la question. Il ne s'était pas vraiment demandé ce qui allait arriver si jamais Mikkel venait effectivement le voir, s'il lui parlait. S'il le voyait. Un nouveau frisson d'angoisse parcourut son corps, alors qu'il sentait son coeur s'accélérer. Son souffle se raccourcir. La panique qui montait, qui grondait, sourde et capricieuse. Les visions qui défilaient devant ses yeux, le paralysant dans son propre salon, alors qu'il en était pris au piège. Et son souffle qui n'en finissait plus de s'étrécir, et ses inspirations capricieuses qui n'en finissaient plus d'assombrir son regard. L'inconscience lui happa les jambes alors qu'il s'effondrait sur un des tapis mités jonchant le sol. Le noir. Un noir d'encre, sans rêves, sans cauchemars. Pour une fois.

Ce furent les coups de becs de Dita qui le ramenèrent à la vie, la colombe picorant rudement le bout de son nez, ses pommettes et son front pour qu'il se réveille. Il ne savait pas combien de temps ça avait duré, suffisamment pour qu'elle revienne apparemment. Encore vaseux, il attrapa une veste trop grande pour lui et s'enveloppa dedans.
Puis on frappa à la porte. Des coups discrets, hésitants. Et la douleur dans sa poitrine qui s'accentuait. Comme si elle sentait son appréhension, Dita fit claquer ses ailes et se posa sur son épaule. Un soutien, même infime, qui réchauffa un peu ses os alors qu'il ouvrait la porte.

Mikkel. Mikkel lumineux, beau comme une apparition divine. Saint Mikkel, patron des causes perdues, des beuveries, et dieu de la fesse. La crise de panique précédente l'avait anesthésié, suffisamment pour que ses lèvres charnues, blanchies par l'anémie s'étirent dans un sourire. Le premier vraiment sincère depuis sa sortie de l'Arène.

-Merci d'être venu.

Merci. Du fond de ce cœur qui lui faisait encore mal, encore fébrile, encore détruit, merci d'être là. De cet éternel geste théâtral qu'il faisait constamment, il l'invita à entrer. Des retrouvailles étranges. Insatisfaisantes alors qu'il se dirigeait d'office vers le canapé, s'efforçant de ne pas céder à l'appel de ses bras, à l'appel de ses lèvres. S'efforçant de ne rien dire, de ne rien trahir, comme d'habitude. S'efforçant de taire cette bouffée d'adrénaline qui le dévorait, qui réchauffait tout son corps, à chaque fois qu'il était dans la même pièce que lui. Et s'il était fatigué de se battre contre ses chimères, contre les apparitions de l'Arène, il lui restait encore suffisamment de forces pour se battre contre lui-même.
Comme toujours. Ce qui était une bien belle connerie.

Sentant son propre malaise se répercuter sur sa colombe, qui gonflait subrepticement ses plumes sur son épaule, il l'attrapa délicatement entre ses doigts et grattouilla son cou et sa nuque avant de la reposer sur le dossier du canapé. A chacun des pas que Mikkel faisait dans sa direction, son image renvoyait l'écho du spectre de sable. A chaque fois qu'il baissait les yeux, il revoyait son regard devenir noir, entièrement noir, dénué d'âme, dénué de vie. Alors il se força à pousser une boutade, de très mauvais goût, certes, mais une boutade quand même.

-Surprise, je suis encore vivant ! Ca t'en bouche un coin, j'suis sûr ! Et trois jours après ma mort officielle, si c'est pas beau. T'as le droit de m'appeler Jésus.

La cicatrice ovale sur son torse se mit à le brûler. Dans un élan absurde de cynisme, les organisateurs des Forgiven Days avaient décidé de garder leurs vies sous clés. Remisées dans un placard jusqu'à la fin de la fin, jusqu'à ce que les finalistes, Tristan, Grayson, une nana appelée Esperanza et un gars du nom de Declan, aient poussé leur dernier soupir. Les clameurs de son compagnon d'infortune, Timothée, lui revinrent clairement en mémoire. Ce couillon avait passé sa vie à l'appeler Jésus. Vu qu'il était revenu, effectivement, d'entre les morts, c'était une blague suffisamment drôle pour être faite.
Sauf qu'elle n'eut pas l'air d'avoir l'effet escompté. Se mordant la lèvre inférieure en flairant une nouvelle dose de malaise, Lazlo se tordit un peu les mains. Baissa le nez, de toutes façons incapable de regarder son ami dans les yeux. Son amant. L'homme qui était capable de combler ce vide lancinant dans sa poitrine. L'homme qui l'avait accessoirement créé en lui arrachant la seule chose qu'il aurait jamais aimé lui donner.

-T'as raison, c'était pas drôle. Trop tôt. Excuse-moi.

La communication était difficile, avec cette foutue boule qui s'était formée dans sa gorge. Dans un geste qu'il avait répété tant de fois ces derniers jours qu'il ne les comptait plus, il tira la table basse pour se rouler un joint puis l'allumer. Il tira une bouffée avant de le tendre à Mikkel, et se renfoncer dans le canapé défoncé, laissant la drogue faire son office. Anesthésier ses sens. Et lui donner le courage de poser à nouveau un regard moins clair, bien plus vitreux, sur son ami.

-T'as une tête à faire peur, Saint Mikkel. On dirait que t'as vu un fantôme. J'sais pas trop ce qu'il s'est passé ces derniers temps, ou comment ça s'est passé pour vous autres. J'espère que c'était pas trop, comme les dernières fois.

Les derniers Jeux avaient déjà été l'Enfer sur Terre. Dans cette crasse abjecte de couleurs vives et de paillettes, dans le laïus enjoué et haïssable de ce pantin de Danny Clocker. Dans ce matraquage permanent, encore et encore, où toutes les chaînes diffusaient en boucle chacun des meurtres qui s'y opéraient avec une morbide complaisance.
Ses doigts glissèrent le long du bras de Mikkel, en quête de contact. En quête de réconfort, un réconfort enfantin, à défaut de lui demander ses bras. Le contact avec sa peau était toujours aussi électrique. Jusqu'à ce que le vide se creuse, jusqu'à ce que son coeur détruit hurle à l'agonie. Jusqu'à ce qu'il désespère de retrouver le réconfort de ses lèvres, la chaleur de son corps. Mais ça, il ne pouvait pas le lui demander.
Il n'en avait pas le droit.
Alors il se contenta de dessiner des arabesques sur son avant-bras, distraitement, pour ne pas le regarder dans les yeux. Comme il le faisait quand l'envie de plus devenait trop sourde. Et sa voix rauque d'avoir toussé tant de sang de reprendre, doucement.

-J'espère que ça a été pour toi...







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MessageSujet: Re: Crystalised || Mikkel   Mar 29 Nov - 19:47


« I've been down on my knees and you just keep on getting closer »



 
Mikkel & Lazlo
featuring

Les paroles du chef de service ricochaient sur moi sans m'atteindre alors que je les écoutais sans les entendre. Des engueulades où les mêmes mots revenaient régulièrement, comme des rimes dans une chanson cynique. Mes retards à l’hôpital avaient pris un peu trop d'ampleur ces derniers temps, l'équipe se plaignait de ne pas pouvoir compter sur moi à l'heure, ils blâmaient ainsi mon manque de rigueur, mon excès de nonchalance. Parallèlement à ça, les ragots allaient bon train sur moi. Depuis que mon prénom avait été cité à la télé, les soupçons sur ma déviance ne faisaient qu'augmenter. Il fallait dire que je n'avais jamais été capable d'être très discret, de toute manière. Les mains enfoncées dans les poches de ma blouse, j'inclinais la tête, dans une mine grave pendant que le chef gueulait à mes oreilles tout le mal qu'il pensait de moi. Cela aurait pu durer encore longtemps vu l'ampleur du mépris qu'il semblait me vouer. Il me fixait de ses petits yeux porcins, sa masse graisseuse débordant du fauteuil où il était installé tandis que moi, j'étais condamné à attendre debout devant lui qu'il ait finit son interminable diatribe. Mes pensées m'emmenaient bien loin de ce satané bureau, cependant. Parce que depuis le relancement des Hunter's Seasons, mon esprit était si totalement concentré sur les arènes qu'il m'était impossible de penser à quoique ce soit d'autre, au point de négliger toutes les obligations de mon quotidien. Au point de négliger de me nourrir ou de dormir, au point de détruire mes neurones à grand renfort de came, bien plus intensément que je ne l'avais jamais fait. Alors okay, mes responsabilités professionnelles en avaient pris un coup durant cette sinistre semaine. Selon le chef, tout le monde en avait marre du sale flemmard que j'étais, marre de mon inconséquence, marre de mes retards. « Poil au falzar. » Je murmurais cette connerie d'un ton distrait, trop las pour même trouver ça drôle. Ma vie n'était qu'un gros tas de morve purulente dans le fond d'un bidet rouillé. Gracieuse image…

« Qu'est ce que vous dites, Ievseï ? »  « Nan rien, j'ai dit c'est vrai, z'avez raison sur toute la ligne. Vous êtes clairvoyant, j'suis qu'un sale crevard. Nom d'un calamar. » « Vous vous foutez de moi ?  » Le mec s'était redressé, ses bajoues frémissantes alors que ses lippes happaient l'air à la manière d'un crapaud. Pourtant, je me laissais aller à lui offrir un sourire enjôleur, le dévorant du regard comme s'il me faisait un effet dingue.  « Jamais j'oserais, ce serait mon pire cauchemar.  J'suis trop trouillard. Et vous êtes… si impressionnant comme gaillard.» «  Je m'attendais à ce qu'il me vire sur le champs, sans autre forme de procès mais il se contenta de me fixer un long moment sans que je ne cesse de flirter avec lui outrageusement. Peut-être que mon attitude était suicidaire, je ne me posais pas la question. Pourtant, dans mon malheur, j'eus un coup de bol formidable auquel je ne m'attendais pas du tout. Et au lieu de dénoncer aux autorités ma réputation sulfureuse, il se contenta d'en profiter en me faisant passer sous son bureau en quelques mots plus complaisants. Une fulgurante surprise de la part de ce mec que j'avais toujours pris pour un homophobe convaincu. Je n'eus pas le moindre scrupule à prendre soin de la chose cachée entre ses bourrelets de graisse. Mon esprit était anesthésié pendant que mes lèvres œuvraient, rien n'avait d'importance, pas la moindre.

Je revins dans l'antre familial en fin d'après midi pour tomber sur mon grand-père comateux qui venait manifestement de se lever. Andreï eu le temps de me balancer quelques répliques bourrues de son ton bien à lui pour me prouver qu'il s'était levé du pied gauche, un peu comme d'habitude. Il me rappela donc que j'étais une larve, doublée d'une lopette, au cas où je l'aurais oublié, et que je n'arriverais jamais à rien si je refusais d'accepter enfin de me battre, comme un Ievseï digne de ce nom. Parmi ses descendants, Lizzie était la seule à avoir des couilles, selon lui. Je sentais déjà mes tempes battre au rythme de cette colère qui m'envahissait mais mon bourrin de grand-père ne me laissa pas le temps de lui rétorquer quoique ce soit et prit la porte qu'il claqua avec violence, me laissant seul dans l'appartement. Mon regard dévia vers l'écran de télévision qui diffusait en permanence des extraits choisis des Hunter's Seasons. Les meilleurs moments étant selon eux les scènes les plus sanglantes… Ma tête me tournait et j'infligeai un violent coup de pied dans cette foutue télé en poussant un juron. Je me précipitai vers la porte-fenêtre pour aller aspirer un peu d'air frais sur le vieux balcon. C'était là que je me réfugiais pour aller fumer, les jambes glissées entre les barreaux de la rambarde, pendant dans le vide. J'appuyais mon front contre la barre transversale, clope en bouche, le regard éparpillé. Quand cet oiseau blanc se posa à mes cotés, je cillais légèrement, surpris par son culot. Il n'avait pas l'air farouche et après l'avoir observé avec plus d'attention, je remarquai le petit message enroulé autour de sa patte. Mon cœur se serra alors brutalement, quand je compris d'où il provenait… Je restai immobile, comme figé pendant un certain temps avant de me résoudre à détacher le billet, dans un état second, sans même trouver étrange le comportement de cette colombe, venue se poser contre mon bras.

Je n'arrivais pas à penser correctement ni à réfléchir. J'avais pourtant tenté de le faire, tout le long du trajet qui devait me mener à ce quartier mal famé. Mon cerveau me paraissait poisseux d'une brouillasse obscure qui me freinait comme si je nageais dans une piscine de gadoue. L'abus de coke de ces derniers jours se faisait durement ressentir dans mes muscles douloureux, dans ma nervosité sidérante. J'essayais de la contenir mais elle me faisait trembler sur le siège dégueulasse du métro où j'étais crispé. Quand il s'arrêta au Treme, je me redressais d'un bond pour m'élancer dans les rues sales où un vent tiède m'agressa. J'étais toujours aussi incapable de savoir ce que je ressentais quand je gravis les escaliers de fer noir accrochés à la façade de l'usine, m’imprégnant de cette ambiance familière que j'avais évitée depuis un bon moment. Toutes les odeurs me paraissaient plus fortes, plus chargées de souvenirs et d'émotions fugaces. Mes sens de métamorphe m'offraient une multitude d'informations que je n'étais pas en état de gérer ni même d'appréhender réellement. La descente de came ne faisait qu'amplifier l'état désastreux de mes pensées enchevêtrées, entre colère, paranoïa et tristesse. Les muscles raides, le front lourd et le regard sombre, je frappai quelques coups à la porte, retenant mon bras, alors que j'aurais souhaité la défoncer pour passer mes nerfs.

J'ignorais quel effet cela me ferait de le revoir, alors que j'avais assisté à sa mise à mort dans toute son horreur, dans l'impuissance la plus totale. Ses douleurs avaient dû dépasser ce que l'esprit humain pouvait concevoir et moi, je n'y arrivais pas, je n'y arrivais pas... J'aurais pourtant voulu les prendre avec moi, emporter une part de ses souffrances, comme si j'aurais pu l'en délester en me mettant à sa place dans une empathie enragée. Parce que c'était la seule chose que je pouvais faire, parce que cette impuissance devant mon écran, à me trouver si loin et si proche à la fois, me rendait cinglé. Mais ce qu'on lui avait infligé dépassait mon propre seuil de tolérance et mon esprit en état de choc s'était bloqué sur les dernières images. Celles où Lazlo avait subi le traumatisme de se faire agresser dans la plus extrême des violence par ses proches. Par moi… Dès lors, j'avais tout refoulé, comme si rien de tout ça ne s'était produit. Tuant mes pensées à grands renfort de came, mes émotions s'étaient noyées au fond de mes entrailles. Quand Danny Clocker avait annoncé dans un grand éclat de rire que tout cela n'était que des illusions, j'étais resté prostré devant mon écran, incapable de réaliser ou d'y croire, la tête remplie d'un brouillard opaque. Et ce même brouillard ne m'avait plus quitté jusqu'à ce que je me retrouve là, sur le seuil de l'appartement de Lazlo, les muscles secoués de spasmes douloureux et le regard explosé.

Ce fut un spectre qui m'ouvrit la porte. Pâle comme la mort, il paraissait d'autant plus amaigri et fragile, perdu dans cette immense veste qui l'enveloppait. Des plumes blanches voletèrent devant mes yeux et pendant une seconde fugace, je crus qu'il s'agissait du symbole de l'âme, échappée d'un paradis invisible. Quand je baissais les yeux sur le visage de Lazlo, la vision de son sourire fit frémir mes lèvres dans un léger rictus, en un réflexe instinctif. J'ignorais si j'avais envie de rire aux éclats ou de me mettre à hurler pour extérioriser enfin cette angoisse violente qui menaçait d'exploser à tout instant. Le chacal grattait les parois de ma carcasse, je pouvais presque entendre ses glapissements nerveux hurler dans ma tête. Foutu chacal toxico, le manque de came provoquait en lui une dépression si grave qu'il se sentait prêt à tuer pour ça. Il n'y avait rien d'autre dans ma tête que ces hurlements lugubres, je me sentais piégé à l'intérieur de mon corps, incapable de penser, dévisageant mon ami ressurgi du royaume des morts qui me remerciait de ma venue.  « Oh... j't'en prie. » Mon murmure me paru décalé dans cette situation étrange et irréelle où j'avais la sensation que rien n'était vrai, comme si je flottais dans une autre dimension où je n'avais pas ma place, incapable de me sentir appartenir à la scène, la nervosité et l'angoisse écrasant tout le reste. J'aurais voulu le toucher, l'attraper pour le secouer et lui demander s'il était bien vivant mais ma réaction aurait été sans doute bien plus intense que je ne l'aurais voulu et je n'osais libérer toute cette charge émotionnelle qui couvait en moi comme une bombe. Mes quelques secondes d'hésitation furent de trop car il s'effaçait déjà, dans une révérence, à laquelle je répondis par un vague mouvement de tête.

Je le suivis comme un automate, fermant la porte derrière moi avant d'aller le rejoindre auprès du canapé, le regard flottant. Les lieux n'avaient pas changés depuis la dernière fois, ils étaient toujours aussi fortement imprégnés de tous ces souvenirs joyeux et insouciants. Pourtant, aujourd'hui tout me paraissait différent, il régnait dans l'air quelque chose d'intangible, au-delà de cette multitude d'odeurs que je percevais avec plus de force que jamais. Ça sentait le cannabis, ça sentait le vieux cuir, ça sentait le sexe. L'odeur de Lazlo mêlée à celle d'un autre, l'odeur du thé à la canelle, l'odeur de la fiente de pigeon, l'odeur d'un reste de pizza froide. Même Dita, la colombe, me paraissait étrange, nimbée d'un parfum que je n'étais pas sûr de reconnaître et qui me parvint en une discrète bouffée quand elle gonfla ses plumes. Je suivis le mouvement de Lazlo d'un regard absent avant de me poser à mon tour sur le canapé, à ses cotés, désorienté par cette espèce de distance inédite entre nous. Mes sourcils se froncèrent à sa réplique qui me percuta comme un ballon de volley-ball après un smach et je lui balançai un regard effaré devant le cynisme poisseux qui se dégageait de tout ça. Incapable de rien rétorquer sur le moment, il dû comprendre par mon silence que je n'étais pas enclin à ce type d'humour en ce moment… Dire que je me marrais pour un rien d'habitude mais là, je ressentais juste avec plus d'éclat cette accumulation de rage qui bouillait dans mon ventre comme un volcan. Une rage contre moi-même, contre l’absurdité de ces retrouvailles si froides et étranges… Je préférais ne rien répondre, secouant la tête à ses excuses avant de me frotter le visage de mes paumes, comme pour le nettoyer de ce foutu brouillard. Relâchant un soupir, je me laissais aller contre le dossier du canapé, m'y enfonçant mollement  en observant Lazlo se rouler son joint. Mon regard tomba sur sa main tendue.  « Pourquoi pas rajouter encore un peu plus de flou dans mes pensées, tiens, bonne idée. Jésus… non mais putain de merde. » Cueillant le bédo sans réfléchir, je le portai à mes lèvres pour en inspirer une bouffée avide, les yeux fermés, comme si ça pouvait m'aider à contenir un peu mieux toute cette tension que j'écrasais tout au fond de moi-même.

Restant ainsi pendant quelques secondes, je sentais son regard sur moi pendant qu'il reprenait la parole mais mes paupières restèrent obstinément closes jusqu'à ce que je relâche enfin mon souffle dans une longue exhalaison de fumée. Le contact de ses doigts contre ma peau me fit à peine tressaillir et je retournai le visage vers lui, toujours aussi déphasé, partagé par des envies contradictoires qui se succédaient rapidement dans mes pensées chaotiques. Le désir de l'attraper brutalement dans mes bras pour le protéger du monde entier me coupa le souffle. A la fois la colère me donnait envie de ravager son appartement et de tout envoyer péter. Qu'est ce que j'étais con putain ! Je ne servais à rien, absolument à rien ! Ses derniers mots furent de trop pour moi. Je repoussais soudainement sa main dans une impulsion, comme si elle me brûlait et que son contact m'était intolérable, alors que ce n'était pas lui mais moi, moi qui m’écœurait jusqu'à la nausée !  « Arrête ça ! Putain mais… ta gueule quoi.» Mes propres paroles me heurtèrent par la sécheresse de mon ton qui me dépassait totalement. Tout en me dégageant, je lui rendis le joint, sans doute pour adoucir ce rejet brutal qui me choquait moi-même… Je ne voulais pas ça, vraiment pas du tout, et en croisant son regard bleu, perdu au milieu de son visage si pâle, j'avais d'autant plus la certitude d'être le pire des connards que la terre ait jamais porté. Pourquoi il me regardait comme ça putain, il m'arrachait le cœur et ça me rendait dingue ! Je levais mes mains en l'air, accablé par les sensations qui me prenaient à la gorge et rendait ma voix trop agressive.  « Arrête de tourner tout ça en dérision comme si c'était pas grave ! Arrête de t'excuser ! Arrête de t'inquiéter pour moi ! On s'en fout de moi, non mais tu t'es vu ? Arrête de… de faire ça ! » De me toucher comme ça.

Je me redressai dans un mouvement irréfléchi, incapable de rester assis sans bouger plus longtemps. Mes muscles étaient trop crispés et je balançai un coup de pied dans la table, dépassé par ma colère, cette tension accumulée et cette paranoïa presque psychotique qui pulsait dans mes veines… Le meuble fut propulsé en grinçant sur ses gonds alors que tout ce qui se trouvait dessus tombait mêle mêle sur le sol.  « Putain Lazlo, merde. Tu veux savoir comment ça c'est passé ? J'ai passé mon temps à te regarder, j'ai vu ta mort en boucle à la télé, ton cœur qui… » Mon regard vacilla vers son torse avant de chercher à capter ses yeux qui fuyaient les miens. « Et toutes vos foutues blagues… ça aussi j'ai entendu.» Je grimaçais un peu, incertain de vouloir poursuivre sur ma lancée. Qu'est ce que j'étais en train de faire, putain ? De tout détruire, comme un sale con, tout juste bon à courir droit dans le mur et à foutre en l'air tout ce qui m'approchait. Lazlo ne méritait tellement pas ça, c'était sans doute le mec le plus admirable que j'avais jamais rencontré, un mec qui possédait un courage que je n'aurais jamais pour s'opposer au gouvernement. Un mec avec une âme aussi belle que lui, ce qui était tellement rare… J'aurais tellement voulu être capable de me marrer et de l'attraper par le cou pour me frotter contre sa barbe en riant et lui dire à quel point j'étais heureux qu'il ne soit pas un fantôme et qu'il soit là, faible et blafard mais bien vivant ! Dans un juron sonore, je baissais le regard pour contempler les débris du cendrier brisé sur le sol, mes yeux envahis de picotements. J'allais pas chialer en plus ? Il n'aurait plus manqué que ça pour compléter le tableau que de lui offrir cette scène dégueulasse.

Je levais la main dans sa direction pour lui balancer quelques mots d'une voix écorchée avant de me détourner vivement pour lui masquer mes traits décomposés. « Bouge pas surtout. Tu laisses tes fesses sur ce bon dieu de canapé et tu fumes ton joint. Je reviens. » Je me retournai donc, lui tournant le dos pour m'en aller vers la cuisine d'un pas énergique, dans le but de fouiller ses armoires et dénicher un balais pour ramasser le bazar. J'en profitais pour me frotter discrètement les yeux et respirer un grand coup, une fois la tête camouflée dans le placard. Peut-être bien que j'allais plus jamais en sortir de ce foutu placard tiens, c'était sans doute la meilleure idée que j'avais eue depuis un temps infini. La ramassette se trouvait devant moi mais je fis mine de la chercher un moment, le temps de me reprendre un peu avant de me redresser enfin, lentement. « J'apporterai un autre cendar, la prochaine fois. On sait jamais que j'en trouve un avec une image de saint. Tu pourras me balancer tes cendres dessus tous les jours comme ça. »

 




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MessageSujet: Re: Crystalised || Mikkel   Mer 7 Déc - 3:11

Drop

Mais à quoi s'était-il attendu précisément, en l'appelant chez lui ? Que tout se passerait aussi aisément que d'habitude, que, peut-être, ils parviendraient à en rire ? Que, peut-être, ils parviendraient à mettre toute cette horreur de côté, à la placer loin derrière eux, pour ne plus se retrouver qu'au premier plan. Pour ne plus que se retrouver, à proprement parler. C'était naïf, comme volonté. Naïf et dérisoire, maintenant que Mikkel était là, dans son canapé, maintenant que le seul fait de laisser glisser son regard le long de sa mâchoire attisait ce vide, creusait le gouffre. Comme à chaque fois, il avait caressé son bras par ce réflexe enfantin qui avait toujours signifié son envie. Son besoin du moment, celui de retrouver le goût de ses lèvres, la chaleur de son corps. D'habitude, Mikkel cédait à l'impulsion. D'habitude il n'avait pas besoin de clarifier la situation, il n'avait pas besoin de s'embarrasser de conventions sociales pour pouvoir lui voler un baiser, dans un éclat de rire.
Mais la situation était exceptionnelle. Et à situation exceptionnelle, réaction exceptionnelle.

Ce n'était pas grand chose, pourtant. Juste un geste anodin, juste l'expression du malaise profond que semblait éprouver son meilleur ami. Mais la violence de ses paroles ne fut rien par rapport à ce mouvement bref, subtil. A la façon qu'il avait eu de s'arracher à son contact en levant les mains au ciel, lui refusant par là-même la dernière once de réconfort qu'il lui restait. Le joint serré entre ses doigts, il l'écouta sans mot dire. Interdit. Tout au fond de son être, il pouvait sentir le grondement sourd de la panique, qui grimpait, grimpait insidieusement. Sournoise et capricieuse, elle le força à concentrer son regard sur les yeux fous de son amant, sur ses lèvres qui s'ouvraient sur des hurlements. Elle le poussa à se focaliser non seulement sur les mots, mais sur l'intensité de sa voix. Elle lui rappela, surtout, la dernière fois qu'il avait vu Mikkel s'emporter comme ça. Son cœur se serra douloureusement, irradiant de nouveau cette maudite souffrance sourde dans toute sa poitrine. Il avait été idiot, si stupide, d'appeler Mikkel chez lui aussi tôt. Il avait été si naïf de croire qu'il allait non pas lui hurler dessus, mais allait le prendre dans ses bras. Allait rire à ses blagues.
Et ça faisait mal, putain. Ca faisait tellement mal.

Espérant peut-être que la main qu'il avait portée à son coeur, qu'il pressait tout contre lui, suffirait à en contenir les battements douloureux, il sentait monter la crise. Une nouvelle, comme la précédente, alors que le visage de Mikkel, déformé par la colère, se teintait de sable devant ses yeux fatigués. Alors que sa voix filait dans les airs, éradiquant jusqu'à la dernière once d'espoir que l'Oiseleur ait pu avoir quant à des retrouvailles douces. Et sa respiration qui recommençait à s'emballer. Puisant dans les quelques forces qui lui restaient, il resta silencieux sous les hurlements de Mikkel. Baissa la tête. Il avait raison. Il n'était pas présentable, il n'était pas le Lazlo qu'il connaissait. Il n'était ni souriant, ni drôle, et encore moins présent. Juste... Là. Juste un parasite, juste un rebut, tout juste bon à n'avoir droit qu'à une mort fictive, même pas une vraie. Mais surtout un déchet qui pensait naïvement que tout pourrait s'arranger aussi facilement alors que, clairement, Mikkel avait bien plus souffert qu'il ne l'aurait jamais imaginé. Toute sa sortie d'Arène avait été un brouillard permanent. Une manière détournée de maquiller une réalité tellement dégueulasse que même lui n'avait pas la force de comprendre. D'accepter. Mais il avait eu une chance que Mikkel n'avait pas eue. Il avait eu la chance d'agir. Mikkel, lui, n'avait pu que subir.
Et ça, ça faisait encore plus mal.

S'il voulut se lever pour suivre son mouvement, pour l'arrêter, il en était incapable. En lutte avec ses propres cauchemars, avec son propre corps qui ne cessait de lui rappeler cette horreur que son esprit s'entêtait de maquiller. En lutte avec cette nouvelle crise de spasmophilie qui arrivait, raccourcissant son souffle, coinçant son diaphragme, serrant son coeur douloureux avec tellement de force qu'il semblait à deux doigts d'exploser. A deux doigts d'être arraché une nouvelle fois. Pressant son coeur avec plus d'intensité, il s'était recroquevillé dans le canapé. Incapable de croiser le regard fou de son amant, il avait détourné les yeux, les avait même fermés pendant une brève seconde. Même les paupières fermées, le cauchemar continuait. Le Mikkel de sable le pourchassait toujours, alors que le réel hurlait toujours dans son salon. Un "putain" tonitruant le poussa à fuir ses cauchemars, pour en assister à un nouveau. La table basse ne fit pas long feu. Mais la frayeur profonde, animale que le geste provoqua dans Lazlo, elle, semblait partie pour durer.
Arrête. Pitié, arrête. Arrête... Tu me fais tellement peur, je t'en supplie, ne m'arrache pas la dernière chose qui me fait tenir... Ne sois pas le même monstre que là-bas... Arrête...


Il se sentait à la fois comme la dernière des merdes, mais aussi comme le plus misérable des cons. Il se sentait à deux doigts de la syncope, soit de la crise d'angoisse, soit de la crise de larmes. Peut-être même la syncope, au point où il en était. La frayeur avait pris possession de tout son corps et le secouait si vigoureusement que ses dents claquaient par moment. L'angoisse, la tristesse, la douleur l'étreignaient si fort qu'il fut obligé de porter sa main en coupe devant son visage pour tenter de réguler sa respiration. Un mouvement vain, tellement vain. Et Mikkel, au milieu de tout ça. Mikkel, à qui il aurait tout donné, à qui il avait déjà tout donné, qui ravageait les dernières lueurs d'espoir, de douceur, qui restaient encore au milieu de tout ce cauchemar. D'une certaine manière, et même s'il consacrait toutes ses forces à la combattre, Lazlo espéra que sa crise le fasse tomber dans les pommes. C'était lâche, affreusement lâche. Mais c'était la seule alternative qu'il entrevoyait pour que cette rencontre se finisse bien.
Il avait tellement peur de lui. Si peur du seul homme qui ait réellement compté. De celui pour lequel il s'était battu jusqu'au bout. Et il était incapable de lui faire face. Incapable d'améliorer la situation, incapable de se dresser pour l'attraper dans ses bras et lui dire que c'était fini. Tout était fini, maintenant.
Qu'ils n'avaient plus à souffrir.
Que c'était passé, et qu'ils étaient toujours là.
Que le monde allait continuer.
Qu'il l'aimait.

L'afflux d'oxygène dans son cerveau lui donnait le vertige, alors qu'il suivait distraitement les mouvements de Mikkel du coin de l'oeil. S'efforçant de canaliser sa respiration, Lazlo finit par profiter que ce dernier soit hors de sa vision pour ramener ses genoux contre sa poitrine dans une tentative désuète de tout contenir. D'une certaine manière, cela marcha. Si on considérait que les spasmes s'étaient transformés en une quinte de toux violente, plus douloureuse que la précédente. Comme quoi. Comme quoi il y avait une justice. Comme quoi cracher ses poumons étaient une manière comme une autre d'expier toute la douleur qu'il avait pu provoquer. Ca lui apprendrait à faire des blagues de merde. S'il n'avait plus de poumons, il n'en ferait plus. Et s'il n'avait plus de coeur, il ne ressentirait plus rien.
Plus rien de cet amour insensé, dévorant, qu'il éprouvait pour le mec qui lui faisait cracher du sang dans son propre salon. Plus rien de cette sensation de plénitude à chaque fois qu'ils étaient à côté, plus rien de ce déchirement déroutant à chaque fois qu'il était loin. Plus rien de cette bouffée de chaleur doucereuse quand il croisait son sourire. Plus rien de cette terreur qu'il lui inspirait à présent. Nouvelle quinte de toux. Des gouttes de sang se mêlèrent à la salive, au creux de ses paumes. Et, dans un élan de naïveté, un nouveau, il espéra qu'il n'ait pas assisté à cette scène.

Il était vidé, quand Mikkel revint dans le salon, avec son balai et sa pelle à la main. Enfoncé dans le dossier du canapé, Lazlo n'avait même pas la force d'essuyer le sang sur ses paumes. Ce n'était pas ça qu'il voulait. Il ne voulait pas que son amant soit là, à nettoyer son putain d'appartement. Il y avait pire que ça. Plus important. Lui, tout ce qu'il voulait, c'était qu'il arrête. Qu'il revienne, qu'il le prenne enfin dans ses bras, qu'il apaise les hurlements, qu'il apaise la douleur, qu'il le berce d'illusions. Qu'il arrête ces sursauts à chaque fois que ses mouvements nerveux, saccadés, pouvaient provoquer. Qu'il arrête. Tout. Rien.
Le balai heurta le pied de la table, et Lazlo détourna le regard, sentant la nasse de la peur reprendre possession de son corps. Les dernières paroles de Mikkel lui firent l'effet d'une douche froide. Reportant le regard sur le sang, dans ses paumes, il força un sourire. Jésus. Ce putain de surnom. Ces putains de tâches rougeâtres sur ses mains qui faisaient penser à des stigmates. Cette putain de cicatrice sur son torse. Ce putain de surnom lui collait comme un gant, et personne n'y pouvait rien. Le seul son qui s'éleva de sa gorge, rauque, fut un rire. Sans joie. Sans bonheur. Sans lumière. Un rire amer, désabusé, qui montait aussi douloureusement que l'angoisse l'avait pu précédemment. Qui gonfla dans sa poitrine, qui enflamma ses poumons douloureux, qui pinça si violemment son coeur qu'il aurait préféré qu'on lui arrache une deuxième fois. N'était-ce pas ce qui se passait, dans ce maudit appartement ?

-Je suis pas un Saint, Mikkel...

Sa voix rauque, enrouée, transparut dans les éclats sonores, se brisant sur le ressac de son fou rire. Jusqu'à ce que quelque chose finisse par céder.
Un claquement distinct. Simple. Si brutal, si sonore.

Le rire se brisa aussi simplement que ça. Ses gonflements se renfoncèrent dans les profondeurs de sa chair alors que ses tonalités se teintaient de cette défaite si intense, si profonde, qu'il était incapable de combattre. Alors que le rire se muait en sanglots incontrôlables. Alors que chaque éclat précédent en amenait un plus puissant, alors que son corps se brisait tout autant que sa voix ou sa belle espérance. Alors que les larmes montaient et se déversaient finalement. Alors qu'il était temps que le chagrin, que le désespoir finissent enfin par se dévoiler. Parce qu'on n'est que des hommes, au fond. Parce que devant l'immensité d'un tel malheur, quand on n'a plus même son coeur, on ne peut plus qu'agir comme des enfants.
On ne peut plus que pleurer. Pleurer tout son saoul. Pleurer d'agonie, pleurer de misère, pleurer d'angoisse et de ce vide, de ce putain de vide qui avait envahi tout ce qui lui restait encore. Ce putain de vide que Mikkel avait continué à creuser sans le vouloir, ce putain de vide déchirant qui lui donnait envie de hurler à travers ses putains de sanglots.
Hurler à s'en déchirer les poumons.

-Je suis pas un putain de Saint, Mikkel... Je suis même pas un homme, putain... Regarde-moi, je suis... Je suis...

Rien. Tellement rien. Même pas l'homme qu'il avait toujours été, même pas l'ombre, même, de cette personne. L'Arène lui avait tout pris, de ses amis à ses rêves en passant par sa seule force motrice. Son coeur. Incapable de relever les yeux, Lazlo avait enroulé ses bras autour de ses genoux, avait enfoncé son visage dans ce paravent de fortune. Pour se protéger d'un monde trop gros, trop grand, trop dur pour lui. Pour se protéger d'une nouvelle réaction orageuse de Mikkel, pour ne pas avoir à l'entendre, peut-être. Tout son corps tremblait de l'intensité de son désarroi. Il se sentait vaseux, nauséeux. Et si faible.
Insignifiant.

-J'suis désolé Mikkel... Tellement désolé... J'aurais tellement préféré que tu voies pas ça, que t'entendes rien de mes conneries... C'était idiot, je sais, mais tu veux qu'on fasse quoi quand tout le monde est en train de crever comme des chiens autour de nous, hein ? ... On déconne. Parce que c'est la seule chose qui reste pour leur dire merde... Alors qu'au fond, putain, au fond t'es tellement mort de trouille que t'espère mourir avant les autres pour qu'eux, ils aient le droit de survivre...

L'odeur âcre du sang mêlé au sable revenait à ses sens, envahissant son odorat alors qu'un nouveau sanglot le prenait à la gorge. Alors qu'il revoyait clairement chacune des morts qui avaient pavé son temps dans les Arènes. Qu'il revoyait le visage buriné, épuisé et choqué de Grayson. Le dernier regard qu'il lui avait lancé avant sa propre exécution. La douleur lui vrilla le côté, bien acérée, bien réelle. Mais il n'avait plus la force de se battre, maintenant. Plus la force de retenir quoi que ce soit, de ces putains de sanglots de gamin perdu à cette quinte de toux qui le saisit une nouvelle fois, qui le secoua si fort qu'un peu de sang atterrit sur la manche de sa veste trop grande.
Il ne pouvait plus se battre. Il ne le voulait plus.

-Mais le pire... putain... Le pire c'est... C'est qu'il m'ont pris la seule chose qui... Qui me permettait de continuer... Ces putains de salopards...

Si Mikkel avait suivi les Jeux, alors il savait. Dans ce marasme constant, dans cette course au spectaculaire, Lazlo était persuadé que ces pourritures d'organisateurs n'auraient pas manqué la déclaration qu'il avait faite. Ces quelques mots qu'il avait murmurés à Grayson, cette promesse qu'il lui avait demandé de tenir. Quelques mots contre sa vie entière. Quelques mots qu'il avait toujours été incapables de dire au principal intéressé, qui signifiaient pourtant tellement plus. Son moteur, son fuel, le nerf de sa propre guerre. Si Mikkel avait vu, oui, s'il avait tout vu, il était déjà au courant. Lazlo ne lui avait jamais rien demandé, ne lui avait jamais rien dit par rapport à tout ça. Mais cette peur de le perdre avait été accrue par le danger omniprésent. Etait accrue maintenant, entre ces quatre murs, alors qu'il n'osait plus lever les yeux vers lui.
Je t'aime. Je t'aime tellement. Tellement que tout ça, tout, ta violence, tes cris, la peur que tu m'inspires, c'est comme si on m'arrachait le coeur une deuxième fois.

Dans l'Arène, il avait pensé à tout ce qu'il aurait aimé lui dire, avant de mourir. A tout ce qu'il aurait voulu faire, à cet énorme secret qu'il voulait tellement partager avec lui. Mais les Arènes le lui avaient volé. Elles le lui avaient détruit. Et avec lui, tout espoir que les choses redeviennent jamais comme avant.

Au terme de trop longues minutes à laisser sortir tout, tout ce qu'il avait retenu depuis trop longtemps, il finit par se calmer. Il finit par relever la tête, par écraser ses dernières larmes du revers de la main. Il avait tenu le coup pendant aussi longtemps, et là, il n'avait suffit de vraiment rien pour déchaîner ses émotions. Mikkel avait ce don, chez lui. Mais Mikkel ne l'avait non plus jamais vu comme ça, depuis tout le temps qu'ils se connaissaient.

-Je... Je te demande pardon. S'il te plait, pardonne-moi. Je voulais pas que tu souffres comme ça, je... Si j'avais su que ces salauds feraient ça, qu'ils prendraient leur pied à tout diffuser en direct, j'aurais pas agi comme ça... J'aurais jamais dit ce que j'ai dit...

C'était la vérité. Une vérité si crue qu'elle érailla sa voix, qu'elle écorcha sa gorge, qu'elle coupa les derniers fragments de tonalité qu'il put encore avoir.
Il se sentait si faible. Si vide. Il avait si froid. De ce froid mordant du poison de l'Arène, qui avait brouillé ses sens, qui avait poussé Gray à le serrer contre lui. Tout son corps tremblait sous les frissons. Et sa voix lui sembla aussi minuscule que le reste de son être.

-S'il te plait... Prends-moi dans tes bras... Reste avec moi...

Je t'aime.



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MessageSujet: Re: Crystalised || Mikkel   Lun 9 Jan - 19:26


« I've been down on my knees and you just keep on getting closer »



 
Mikkel & Lazlo
featuring

Les mains crispées contre le manche du balais et celui de la pelle, je revenais dans le salon d'un pas nerveux, fronçant les sourcils en contemplant le bordel que j'avais causé. Si seulement je pouvais me contenter de nettoyer tout ça et lui ramener un nouveau cendrier pour que tout s'arrange. Je n'osais regarder dans la direction de Lazlo alors que je revenais près de la table basse pour ramasser les morceaux de céramique éparpillés avec les feuilles de weed. Mes mouvements étaient vifs, énergiques, coléreux. Si on me laissait faire, j'étais parti pour nettoyer l'appart tout entier de fond en comble, juste pour me défouler, maniant mon balais comme une arme. J'apercevais la silhouette de mon ami recroquevillé sur le canapé, dans ma vision périphérique mais je n'avais ni la force ni l'envie de redresser les yeux vers lui. Je l'entendais tousser à fendre l'âme, je percevais aussi le claquement de ses dents, comme s'il était frigorifié alors que moi je crevais de chaud en me démenant, la fureur rougissant mes joues. La drogue me rendait paranoïaque, en colère, hostile et anxieux même quand je ne planais pas. Quand j'entendis ses rires, je me mordis l'intérieur de la joue, agrandissant mes yeux comme un dément avant de retourner vers lui un regard farouche. L'idée qu'il soit en train de se foutre de ma gueule me traversa immédiatement, comme s'il venait de me foutre une coup de pioche en pleine poire.

« J'aurais pas dû venir, j'le savais putain, j'aurais pas dû ! »

Qu'est ce que j'en avais à foutre qu'il soit pas un saint, c'était pas la question et puis il me saoulait avec ses bondieuseries à la fin ! Reposant rageusement la pelle pleine de débris, j'abandonnais le balais pour me frotter le visage, sous le fou rire dévastateur de Lazlo qui me terrorisait. Ce n'était pas un rire naturel, il n'y avait rien de drôle ni d'enjoué dans sa voix, juste une douleur atroce que j'aurais presque pu toucher dans l'air. Les choses m'échappaient totalement et j'aurais dû le savoir, j'aurais dû prévoir que ça ne se passerait pas bien, que mon état d'esprit était bien trop bousillé pour parler à qui que ce soit et surtout pas à un ami. Surtout pas à quelqu'un à qui je tenais. Surtout pas à lui. On avait tous nos propres façons de réagir à la douleur et au désespoir et moi quand je souffrais, j'envoyais juste tout péter, c'était par la colère que je réagissais à chaque fois et mieux valait ne pas se trouver sur mon passage dans ces cas là. Voilà pourquoi je ne pouvais qu'empirer la situation en venant le voir maintenant. Lazlo, lui, quand il morflait, il devenait encore plus speed qu'au naturel, il parlait trop, il se défoulait dans une logorrhée verbale où il racontait de la merde, comme pour cette fameuse interview où il avait répondu aux questions odieuses de ce salaud de Danny Clocker. J'avais reconnu les traces de la détresse et du mal dans toutes les conneries qu'il avait balancées à la télé. Je crois bien qu'à sa place, je lui aurais fait bouffer son micro à ce connard d'emplumé. Interview de mon cul, putain !

Mais quand la cassure se fit, je tressaillis, écartant mes mains de mon visage pour poser sur Lazlo un regard hébété. J'avais la sensation que le sol tanguait sous mes pieds alors que je le voyais là, perdu dans sa veste trop large, en train de fondre en sanglots, son corps ramassé sur lui même et tremblant comme une feuille. C'était probablement le spectacle le plus difficile que j'avais jamais vu de ma vie. Et je restais là, incapable de faire le moindre mouvement, comme si j'étais pétrifié, mes muscles raides comme de la pierre, ma mâchoire si rigide que c'en était douloureux. Même si je l'avais voulu, il m'aurait été impossible d'articuler quoique ce soit. Ma gorge était totalement nouée. Jamais je ne l'avais vu pleurer et encore moins sangloter, me hurler l'intensité de sa douleur, de sa frayeur, alors qu'il se brisait juste devant mes yeux. Est ce que j'étais en train de cauchemarder ? J'avais l'impression de me retrouver dans un monde irréel, une autre dimension terrifiante où je n'avais plus aucun repère. Qu'est ce qu'ils lui avaient fait, bordel, ils l'avaient cassé, ils l'avaient détruit ! Ils m'avaient bousillé mon Lazlo... Des grognements s'échappèrent de ma bouche, secouant la tête nerveusement.

« Non non non... arrête, mais dis pas ça putain... Ils t'ont pas cassé Lazlo, ils t'ont pas cassé... ? T'es un homme, bien sûr que si t'en es un ! » Un surhomme, un héros, c'est ce qu'il était ! Je serrais les poings alors que ma voix était bien trop sourde et basse pour surpasser l'éclat terrible de ses sanglots. Sa voix qu'il écrasait contre ses genoux, cachant son visage alors que je me retenais de ne pas hurler moi aussi ! J'essayais de m'avancer vers lui, d'un pas hésitant, n'osant le toucher de peur de le voir se briser en mille éclat sous mes doigts, totalement démuni en me demandant si je ne ferais pas mieux de tourner les talons et prendre la porte.

Chacun de ses sanglots, de ses mots entrecoupés de ses pleurs déchirants me faisaient tressaillir. L'attitude terrorisée qu'il m'offrait, s'excusant encore et encore, me donnait d'autant plus la sensation de provoquer sa peur et sa douleur. L'instinct sauvage qui couvait en moi s'éveillait dans une cruauté aussi déstabilisante que douloureuse, ma colère ravivée, mon envie de le prendre et de le secouer pour lui ordonner d'arrêter de faire ça ! Il n'aurait pas dû me demander de venir, pas moi, il n'aurait pas dû m'appeler ! « Arrête, t'es pas mort alors arrête... » Je devais me retenir, me contenir, autrement j'allais éclater ! Et ma mâchoire trop crispée ne me permettait toujours pas d'articuler correctement, alors que ma voix me paraissait trop assourdie, étouffée, presque sépulcrale. Une voix torpillée par mes émotions trop violentes. Je ne supportais pas ce que je voyais, c'en était trop pour moi, au point que je fermais les yeux quelques secondes pour me reprendre, mon cerveau bourdonnant dans ma tête, les picotements de l'angoisse envahissant toute la surface de mon corps engourdi. Mais ce n'était pas mieux sous mes paupières parce que je revoyais aussitôt les images chocs qu'on nous retransmettait en permanence sur nos écrans, celles où mon ami se faisait ouvrir en deux, celles où on lui arrachait le cœur, celles où il hurlait de douleur, quand c'était mon propre visage grimaçant de haine qu'il avait devant les yeux.

Cette toux qui le brisait à nouveau me tira de ma torpeur et je baissais mon regard explosé sur ses mains, ses manches tachées de sang, ce spectacle atroce où l'horreur continuait, juste en face de moi cette fois. Et moi j'étais à nouveau dans la peau du bourreau. Sauf que ce n'était pas des illusions cette fois, tout était vrai, tout était réel, même si je n'étais plus sûr de rien, dans l'état où je me trouvais. Cet état dangereux où je me sentais prêt à tuer tant la fureur rampait dans mes veines. Mais l'ennemi était invisible, flou et insaisissable et je ne savais vers qui focaliser cette excès de rage en dehors de lui ou de moi. Cette tonne d'angoisse, cette paranoïa, cette colère si douloureuse me broyaient alors que je recevais ses mots comme des gifles, que mon énervement me terrorisait, que je ne comprenais plus rien de ce qu'il me racontait. Je n'étais sûrement pas celui dont il avait besoin en ce moment, il me craignait, il avait peur de moi ! Une part de moi-même voulait désespérément m'enfuir et me tirer de cet appart à toutes jambes alors qu'une autre part m'ordonnait de rester là. Parce que je ne désirais pas l'abandonner, j'en aurais été incapable, même si ça aurait été bien mieux pour lui que je m'en aille. Juste devant lui, je pliais mes jambes doucement pour m'agenouiller sur le tapis devant lui et poser avec précaution mes paumes contre le bout de ses baskets, alors qu'il était recroquevillé là, sur ce foutu canapé. Je n'osais le toucher davantage, le désespoir m'envahissait en même temps que sa douleur de façon si féroce que j'avais la sensation que le déluge allait me tomber sur la tête, que c'était maintenant la véritable fin du monde, parce que Lazlo sanglotait et que la terre allait probablement exploser d'un moment à l'autre.

Je l'écoutais toujours, le dévisageant d'un regard tourmenté en secouant la tête avec impuissance. De quoi il parlait, quel était la pire de ses blessures ? Je ne savais pas comment je réussissais à soutenir ce regard plein de larmes qu'il m'offrait en redressant enfin son visage vers moi, ses lèvres encore tachées de sang, le corps tremblant de douleur, de peine et de peur. Je relâchai un soupir désespéré à ses nouvelles excuses, ne comprenant toujours rien, envahi par l'impatience, la nervosité et l'angoisse. « T'es chiant putain... j't'ai dit d'arrêter de t'excuser. » Je me mordis les lèvres, dévasté à l'idée qu'il craigne que je lui fasse du mal. Peut-être bien que je me refusais de comprendre où de laisser mon esprit analyser ses paroles mais je ne m'en sentais pas capable, pas dans ces instants cauchemardesque où plus rien n'avait de sens. Je savais pourtant ce qu'il avait dit, ce qu'il me jurait regretter d'avoir prononcé en direct...  Mon regard s'éparpilla soudain alors que j'y repensais, que j'entendais à nouveau ces mots que j'avais été obligé d'écouter plusieurs fois avec les rediffusions, jusqu'à ce que je ne puisse plus prétendre avoir mal entendu. Dans un léger tressaillement, comme si on venait de me piquer avec une aiguille, je secouais la tête, m'embourbant dans ma logique. Lazlo ne voulait parler que de ces blagues débiles. Voilà. Il voulait juste déconner, comme il me l'avait expliqué, déconner pour dire merde aux organisateurs des jeux, leur dire n'importe quoi pour dépasser la peur, pour les narguer, pour leur dire d'aller se faire foutre ! Et c'était vraiment con, putain.

Je soupirais à nouveau, plus sèchement, les sourcils froncés comme pour contenir les montagnes d'angoisse qui pesaient sur mon front. Ses tremblements, les larmes qui creusaient des sillons sur ses joues pâles, ses yeux d'un bleu encore plus irréel quand il pleurait, sa voix si fragile... tout cela m'imposait une douleur intolérable que j'étais incapable d'endurer. Je baissais le regard, impressionné par les frissons qui faisaient trembler ses lèvres quand il me fit cette supplique. A nouveau, l'envie de me lever vivement pour partir me traversa. Je ne pouvais pas, je ne voulais pas rester. Est ce que j'allais le repousser, lui hurler dessus à nouveau, comme ma douleur me commandait de le faire ? Mes mains se crispèrent sur ses baskets et je fermais les yeux quelques secondes. Je me redressai subitement, me détachant de lui, hésitant encore en l'écrasant du regard.

« Fallait bien que ça tombe sur moi hein ? J'ai toujours inspiré les plus grosses conneries, rien d'étonnant. Mais c'est bon t'inquiète, j'ai pas souffert du tout, faut arrêter de te culpabiliser. » Voilà ce que je faisais moi quand je souffrais, quand je morflais à mort comme ça. Je devenais brutal, cynique, agressif. J'envoyais tout le monde chier. « T'aurais pas dû m'appeler. J'suis pas bon là dedans. » Pas bon pour réconforter les gens. Alors que pourtant, j'étais un mec chaleureux et enthousiaste en général, que j'étais le premier à offrir câlins en masse à qui le voulait bien et même à ceux qui ne le voulaient pas. Mais pas là, pas dans ces circonstances, pas alors que je me sentais bouleversé, troublé, mal à l'aise et énervé. Et alors que mes sens de changeur me permettaient de sentir les odeurs les plus infimes qui voguaient dans cette pièce, alors que je reconnaissais à nouveau le passage tout récent d'un autre mec, je ne comprenais pas pourquoi Lazlo ne lui avait pas demandé à lui, de le prendre dans ses bras. Est-ce qu'il se foutait de ma gueule ? Encore une fois, la coke m'inspirait la méfiance et l’anxiété. Et si je savais que je n'étais pas en état de penser correctement, je finis par décider que ce n'était pas grave.

« T'allais mieux avec lui ce matin hein... j'suis qu'un connard, mon pote, mais ça tu l'savais. Viens.... »

Je posais mon genoux sur le fauteuil juste à coté de lui, me penchant pour entourer son corps de mes bras et le ramener contre moi, glissant dans le canapé pour m'y laisser tomber doucement. Même s'il se foutait de moi, même s'il m'avait utilisé pour faire une blague, c'était pas grave. Moi j'allais étouffer mon mal être et ma rage de mon mieux, il le fallait, j'allais  faire de mon mieux pour l'écraser. Parce que c'était mon ami, mon meilleur ami et parce qu'il souffrait, je ne pouvais pas l'abandonner et je ne le ferais jamais. Alors non, rien n'était grave en dehors de ça. Mes bras l'enveloppèrent, un peu maladroitement sous l'émotion qui me tenaillait et cette accumulation de fureur que je me retenais de toutes mes forces d'extérioriser. Et je frottai vigoureusement ses épaules et son dos pour réchauffer son corps tremblant, lui offrant la chaleur de mon propre corps enfiévré par la colère, mes joues toujours brûlantes, le massant avec force comme pour tenter de lui arracher cette douleur, essayant d'adoucir ma voix trop écorchée.

« Ça va aller, j'te promet... j'voulais pas te gueuler dessus, Laz, t'sais bien que j'suis un foutu gueulard ! C'est le sang russe ça, on est obligé d'avoir de la voix pour causer aux ours dans la taïga tu savais ça ? Mais j'ai jamais été fâché contre toi, t'as jamais pu faire autrement que de dire des blagues sans arrêt, j'le sais... Faut pas que tu chiales putain, j'voulais pas t'engueuler, j'te jure. »

Pourtant je l'avais fait et je n'en revenais toujours pas des répercutions horribles que j'avais provoqué en lui. Cette frayeur et cette douleur si cruelle dans son regard... ces sanglots qui résonnaient toujours dans mon esprit et que je n'oublierais sans doute jamais. A présent qu'il était dans mes bras, je ne le lâchais plus, évitant son regard en enfouissant mon visage contre ses cheveux longs, le massant d'autant plus vigoureusement, sans savoir quoi faire pour rattraper tout ça, pour le guérir de cette douleur, ce traumatisme qui le rendait si fragile et qui me terrorisait. Ne sois pas cassé, Lazlo, ne le sois pas...

Enfin, je redressai doucement mon visage pour lui jeter un regard, sans cesser de frictionner ses bras. S'il ne m'avait pas appelé, ça ne serait pas arrivé, j'étais vraiment le roi des cons et je pensais sincèrement que Lazlo aurait mieux fait de rester avec son amant dont je sentais encore l'odeur dans l'air. Peut-être était-ce de ça qu'il voulait parler, cette seule chose qui lui permettait de continuer et qu'on lui avait prise... Sa liberté sexuelle ? Dans mon désarroi, j'essayais de le comprendre sans être sûr d'y parvenir, désorienté et ne sachant comment m'y prendre pour le rassurer. « Faut pas que t'aies la trouille, ils te feront plus rien maintenant. » Non, ils ne le feraient pas. Si ces salauds l'avaient pris au sérieux dans sa déclaration, ils l'auraient embarqué en taule directement, comme tout ceux qui désobéissaient à la prohibition. Mais ils ne l'avaient pas fait ! Danny Clocker ne lui avait même pas posé de questions sournoises là dessus. J'hésitais à lui faire part de mes réflexions pour le rassurer mais je préférais me mordre les lèvres, trop troublé pour réussir à évoquer cette histoire où j'étais un peu trop concerné. Quelle belle blague de merde Lazlo, comme la fois où tu me parlais de chevaux en grève, de palefrenier romantique et de dragon vengeur... J'esquissais un sourire désespéré à ce souvenir. « Quelles foutues conneries t'es capable d'inventer quand tu t'y mets. Mais c'est pas grave, je m'en tape que tu te foutes de ma gueule, je me fous des répercutions sur ma vie, j'aime avoir une réputation sulfureuse en plus, c'est cool. » Et rien ne vaut ces larmes sur ton visage, rien ne vaut que tu sois aussi mal...

Mon regard tomba sur ses bras que je frictionnais, jusqu'à contempler le sang qui tachait le bord de ses manches et je tressaillis, sans réussir à faire autrement que de poser les yeux sur son torse. Il était blessé à l'intérieur, dévasté par le choc de ce qu'il avait vécu par ma faute, parce que c'était moi son bourreau et s'il s'excusait autant c'était sans doute parce qu'il avait peur de moi... Cette idée me fit trembler à nouveau et je reculais nerveusement, empêtré dans mille idées d'actions. Bouger, je devais bouger à tout prix. Je n'étais pas capable de le soigner comme l'était mon père mais par contre, je bossais dans un hôpital... Et si les médoc étaient devenus extrêmement difficiles à obtenir et hors de prix, je savais très bien où on pouvait en trouver. Si ce foutu job pouvait m'être d'une quelconque utilité pour une fois, fallait en profiter ! « Il te faut des médoc, du sirop, un truc pour arrêter ta putain de toux, tu peux pas rester comme ça. » Et si je n'avais pas le fric pour les lui en acheter, je n'avais pas non plus le moindre scrupules à en voler pour lui. « J'vais aller t'en chercher. » J'esquissais un sourire fébrile en le regardant, la gorge toujours aussi serrée et douloureuse. « Et après, je réparerai toute la merde que j'ai foutu, promis, je ferai tout ton ménage mieux que ta mère ! Et j'te fabriquerai des beignets avec des pommes que j'aurai cueilli moi-même, des space beignets même, des brownies aux canna si tu préfères... » Mais je t'en prie, arrête de pleurer, arrête de me regarder comme si t'avais peur de moi.

 




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MessageSujet: Re: Crystalised || Mikkel   Jeu 12 Jan - 1:47




Ce n'était pas ce qu'il avait prévu. Ce n'était pas ce qu'il avait voulu. Mais il n'avait pas pu tout retenir plus longtemps. Autant essayer de retenir une tempête avec la seule force de sa volonté. Et le raz de marée d'émotions qui l'avait transpercé, ballotté, l'avait recraché là dans le chaos qu'était devenue son appartement venait tout juste de se calmer qu'il ne se sentait pas mieux pour autant. Parce que ce n'était pas juste pour Mikkel, Lazlo le savait pertinemment. Et non, en effet, il n'aurait pas du le faire venir. Il n'aurait pas dû assister à un tel spectacle, il n'aurait pas dû en payer les frais.
Il n'aurait pas dû payer pour ses propres erreurs, qu'elles fussent une réaction face à la peur, face au danger, ou face à la mort. Parce qu'il était innocent, lui. Innocent de tout, de tout ce qu'il croyait que l'Oiseleur aurait pu l'accuser, et même, à la face du monde il restait innocent. Et pourtant. Pourtant Lazlo avait réussi à bafouer toute cette innocence. Il avait réussi à le pousser si loin dans ses limites, au-delà, même, de ses limites, qu'il avait invoqué sa rage sans même le vouloir.
Non, rien n'était supposé se dérouler de la sorte. L'expression tourmentée de Mikkel, ses yeux rougis par le sang, le traumatisme et la défonce en attestaient. Il n'avait pas les épaules suffisamment solides pour soutenir Lazlo, c'était lui qui avait besoin de soutien. Qui avait toujours eu besoin de soutien, que le Norvégien lui avait toujours apporté, faute de pouvoir lui offrir la Lune. Faute de pouvoir la lui proposer. Mais jamais, jamais il n'aurait dû l'appeler. Parce qu'il n'avait pas à subir tout ça. Pas maintenant. Et pas pour l'éternité.

C'était ça qu'il essayait de lui dire, par ses excuses. Pardon. Pardon de ne pas être à la hauteur, pardon de ne pas être assez fort pour que ça ne l'atteigne pas. Pardon de faire peser ce poids sur ses épaules alors qu'il avait déjà suffisamment à gérer. Pardon d'être un poids mort, un moins qu'homme, une poussière de plus dans ce désert de misères. Pardon de dépendre aussi fortement de lui, même quand tel n'était pas le cas, parce que le seul fait d'être à ses côtés lui donnait l'impression d'enfin respirer. Respirer. Un concept vague qui ne revenait que progressivement, sa respiration faite sifflante à cause de cette dernière quinte de toux qui avait happé les dernières de ses forces. Du fin fond de ses pleurs, il avait entendu vaguement la voix de Mikkel. Lointaine. Ombreuse. Cassée. Et il ignorait si ses paroles étaient réconfortantes, si elles lui étaient, même, destinées. Tout ce qu'il voyait, maintenant qu'il avait repris le contact oculaire, c'était à quel point les yeux de son amant étaient tourmentés. Et tout ce qu'il savait, c'était que ce tourment, c'était de sa faute.
Il aurait voulu poser une de ses mains sur celles qui tenaient ses baskets, mais il n'en avait pas la force. Pour autant, le geste, innocent, simple, apaisait un peu le froid qui s'était abattu dans tout son corps. Juste ça. Alors quand la voix de Mikkel se fit plus claire, qu'il l'entendit par dessus le tambourinement incessant de son propre coeur, Lazlo secoua lentement la tête.
Parce qu'il mentait. Et tous deux le savaient. Il mentait pour lui faire du bien, pour l'apaiser, mais il mentait quand même. Lazlo le connaissait, à force. Il savait que le Brun de la Discorde portait bien sur surnom. Qu'il était une bombe à retardement, prête à exploser à tout moment, un être aux passions violentes qui se laissait porter par elle comme par le ressac. Que c'étaient ces passions, l'ardeur de chacune d'entre elles, qui faisaient la beauté de son âme. Ces passions qu'il aimait autant qu'elles le terrifiaient, maintenant. S'il les niait, c'était qu'elles étaient là, tumultueuse et insurmontables. C'était ce qu'il faisait. C'était comme ça qu'il fonctionnait. Et ce fut pour cela que Lazlo n'osa pas le contredire.
Le chatouiller sur la question était le meilleur moyen pour qu'il s'emporte à nouveau. Et, dans un élan d'égoïsme, de lâcheté, peut-être, il n'avait absolument pas envie que Mikkel hurle, casse le reste de son mobilier ou finisse par claquer la porte.

Elle était pourtant toujours là, la violence. Dans cette tension qu'il pouvait voir sur son visage, dans celle qu'il pouvait entendre dans sa voix. Mais il s'était attendu à tout sauf à la remarque qu'il lui fit en approchant de lui. "Lui". De qui parlait-il ? De Daniel ? L'attaque venait de nulle part, rien ne pouvait présupposer qu'il ait été avec qui que ce soit dans l'appartement, si ce n'était la veste trop grande dans laquelle il s'était enveloppé. Rien, sinon cette veste, alors que Mikkel l'avait déjà vu plusieurs fois porter des vêtements trop grands pour lui quand il allait s'occuper de ses oiseaux. Lazlo avait bien évidemment mentionné voir d'autres hommes que lui, un fait qu'il avait énoncé sur le ton de la plaisanterie quelques fois. Juste pour voir. Juste pour tendre la perche, pour savoir s'il mordrait à l'hameçon. Mais rien, rien ne laissait supposer qu'il avait vu qui que ce soit ce matin. Et il ne le lui avait certainement pas dit une seule fois, ni sur son message, ni au cours de cette journée merdique. Et la spontanéité de cette attaque, sa gratuité, le blessèrent profondément. Comme un reproche. Un autre petit coup de poignard en plein coeur, un énième, dans cet océan de violence.

-"Il" n'est pas aussi important que toi, tu sais...

L'euphémisme avait franchi ses lèvres dans un souffle, un murmure douloureux. Parce que tout aurait été plus simple, nettement plus simple, si tel était le cas. Mais le Destin, ses sentiments et son cœur en avaient décidé autrement. Résolu à ce que Mikkel prenne ombrage de cette remarque, il avait fermé les yeux, à nouveau, incapable de soutenir la vue d'un nouvel échec. S'était attendu à ce qu'il s'en aille. Jusqu'à ce que son cœur sombre au fond de son estomac, quelque part à côté de ses entrailles, alors qu'il sentait les mains de son ami le faire basculer avec lui dans le canapé. Une soudaine perte de repères qui lui permit d'en retrouver d'autres. L'odeur de Mikkel. La chaleur de son corps, la tension de ses muscles, le son entêtant de sa respiration maintenant que sa tête reposait contre son torse. Son ami était tellement chaud qu'il avait l'impression de s'y brûler, son corps était tellement tendu qu'il avait l'impression qu'il allait l'écraser sous son étreinte. Mais il n'aurait échangé sa place pour rien au monde. Par réflexe, son visage se nicha au creux de son cou, ses bras autour de sa taille. Par réflexe, il ferma les yeux et se laissa aller, enfin, dans les seuls bras qui comptaient réellement. Une étreinte qui relançait son coeur, qui relançait son souffle, qui restaurait les quelques fragments d'humanité qu'il lui restait. Des bras dans lesquels il était prêt à attendre la Fin du Monde, la seconde, pour peu qu'elle arrive un jour. Le front posé dans le creux de son cou, il soupira doucement, posant enfin ses valises. Peu importait le monde. Peu importait la violence. Peu importait Daniel. Peu importait ce qu'on lui avait fait. Peu importait que Mikkel le frictionne trop fort, au point qu'il lui faisait mal. Il ne bougerait pas de là. Plus jamais.

Sa voix résonnait dans son torse, sous son oreille, entrecoupée par les battements erratiques de son coeur. C'était égoïste, certes, mais Lazlo n'avait plus envie de parler. Il voulait juste profiter, profiter de cet instant, juste écouter les vibrations de sa voix, juste ignorer égoïstement la tension qu'il sentait partout dans son corps. Et si ça n'avait tenu qu'à lui, il l'aurait laissé partir dans toutes les élucubrations qu'il aurait voulu, juste pour se laisser bercer. Juste pour dire merde au reste du monde. Juste pour oublier que même s'il l'aimait, il avait aussi terriblement, viscéralement peur de lui. L'idée réveilla ce sentiment désagréable, réveilla le souvenir de l'Arène, et il le chassa en enfonçant son visage plus profondément contre la peau de son amant. En y déposant ses lèvres, doucement, pour mieux chasser le mauvais sort. Pour mieux lui dire que ce n'était rien, que ça allait passer. Qu'ils s'en sortiraient, l'un et l'autre. Que maintenant que le pire venait de se produire, il ne leur restait plus qu'à se reconstruire. Et, surtout, qu'il ne lui en voulait pas de l'avoir pris pour un ours de la taïga. Mais il se contenta de resserrer son étreinte, de déposer un baiser sur sa peau. Parce que sa gorge était tellement nouée, parce que ses pensées étaient tellement confuses et son corps tellement épuisé, qu'il n'aurait pas réussi à exprimer vocalement quoi que ce soit. Parce que tout ce qu'il voulait, c'était de se réveiller de ce cauchemar permanent qu'était devenu sa vie. Ou de sombrer dans un sommeil d'encre, noir, dénué de rêves ou de cauchemars, niché qu'il l'était au creux de ses bras.
Je t'aime. Tellement.

Un tressautement dans les muscles de Mikkel le ramena dans son salon, le ramena à la réalité. Un mouvement léger mais suffisant pour lui montrer que l'instant n'était pas voué à durer, qu'à cause de sa lâcheté, il n'aurait pas droit à d'avantage. Dans un grognement frustré, il accompagna son amant alors qu'il se redressait, quand bien même il aurait préféré qu'ils restent enlacés encore un peu. Juste un peu plus. Ses muscles étaient de coton, son regard brumeux, et rester dressé lui demanda un effort surhumain. Et même s'il n'était pas sûr de ce que lui racontait son amant, il fit l'effort de tenter de ne pas focaliser son regard sur ses lèvres. Quelques mots, à nouveau, tombèrent dans le creux de son oreille. Quelques nouvelles paroles blessantes que Lazlo ne comprenait pas, qu'il refusait d'assimiler, parce qu'elles étaient si loin de la réalité qu'elles n'avaient rien à faire là. Qu'elles n'avaient pas lieu d'être entre eux.

-Je... Je me suis... jamais foutu de toi, Mikkel... Pas avant... Pas pendant... Pas après l'Arène... Jamais.

Sa voix était rauque, caverneuse, avait du mal à sortir tant sa gorge était nouée. Tant son souffle menaçait à chaque seconde de partir en vrille, dans une nouvelle quinte de toux douloureuse. Mais il devait parler, quand bien même chaque expiration lui arrachait la trachée. Le regard qu'il posait dans les yeux d'acier de son ami était tout aussi sincère que chacune de ses paroles. Parce qu'il n'avait pas la force de chercher une nouvelle "connerie" à lui dire. Parce que ses paroles devaient se déverser au compte goutte, luttant comme il le faisait contre son propre corps.
Mais jamais il n'aurait osé faire quoi que ce soit contre lui. Et son cœur de se nouer encore un peu plus quand il réalisa un peu trop tard, en sondant les mares d'acier si pur de son amant, que ce dernier avait pu croire qu'il s'agissait d'une énième connerie. Le cœur lourd, il baissa les yeux, s'extirpant de sa contemplation. Mikkel ne le croyait pas.
Mikkel n'avait pas écouté.

Il ne savait pas ce qui était le pire, dans tout ça. D'être profondément terrifié par son image, ou d'être achevé par ses paroles. Mais tout ce qu'il savait, c'était que douleur physique et sentimentale commençaient à danser de manière bien trop rapprochée dans son corps. Trop fusionnelle. Qu'il allait bien falloir y mettre un terme, bientôt, plonger dans l'abîme des médicaments ou le doux brouillard de la drogue. Peut-être les deux en même temps. S'il fut soulagé que les frictions sur ses bras s'arrêtent, elles lui manquèrent pourtant aussitôt. S'il fut soulagé que Mikkel se taise enfin, il sentit la brûlure honteuse de son regard sur son torse, là où le bras de sable s'était abattu. Et s'il savait pertinemment que sa chemise cachait la cicatrice ovale qu'il avait héritée de son passage à l'Arène, il y porta une main faible, pour l'épargner, et s'épargner lui-même, du regard de son amant. Parce qu'il ne voulait pas de pitié. Parce qu'il voulait seulement que ça s'arrête, que tout s'arrête, que tout revienne comme avant. Sa main libre chercha l'avant-bras de Mikkel du bout des doigts, l'effleurant tout juste de leur paume, son contact électrisant toujours autant ses sens. S'il savait. Si seulement il savait.
Je t'aime. Tellement.

-J'ai... J'ai ce qu'il faut, t'en fais pas. Dita m'a filé plusieurs fioles d'un truc assez... Puissant. J'ai réussi à en économiser deux et la moitié d'un autre.

Un fin sourire s'était étiré sur son visage en revoyant les traits arrondis de la sorcière. La façon dont ses yeux de chat, clairs comme les siens, s'étaient abaissés sur leurs mains jointes. La douceur de sa peau sous sa paume. Pensivement, il avait resserré ses doigts autour du bras de Mikkel. Avant de réaliser que, peut-être, tout n'avait été qu'un songe.
Non, elle ne s'appelait pas Dita. Même ça, c'était faux. Comme tout le reste. Lentement, il avait passé une main sur son visage, cherchant son nom. Elle lui ressemblait tellement. Elle sentait même la violette comme sa sœur.

-Putain, c'était pas Dita... Oli... Olivia, je crois. Mais tu l'aurais vue, on aurait dit...

Il se tut, incapable de continuer. Sa voix s'était éraillée à nouveau, vernis poli qui se striait progressivement de lézardes à mesure que le visage de la sorcière lui revenait en mémoire. A mesure que ses traits arrondis se superposaient à son effigie de sable, à mesure que l'effigie de sable se superposait à la douceur du visage de sa soeur. Putain, elle lui manquait tellement. Horriblement.
Sentant monter une nouvelle vague de chagrin, voyant sa vue qui recommençait à s'embrumer, il secoua lentement la tête. Comme pour chasser les images, les rêves, les illusions. Si la ressemblance de sa soigneuse avec sa soeur était volontaire, une nouvelle création des organisateurs tordus de l'Arène, il n'en aurait pas été surpris. Pourtant tout avait semblé si réel. Il aurait juré qu'elle avait flanché quand il l'avait appelée comme avant. Ma Colombe. Spontanément, son regard dévia là où se trouvait la table basse, à la recherche du flacon qu'il y avait posé. Mais la table n'y était plus. Et une tâche verdâtre ornait à présent un coin du tapis.
Il déglutit. Merde.

-...Un et demie. Mais ça ira. Elle m'a dit que ça passerait. T'emmerdes pas pour moi.

Tu en as déjà fait suffisamment. Tu en as déjà trop fait, sans même le savoir. Sans qu'il ne s'en soit rendu compte, il avait recommencé à tracer des arabesques de la pulpe de ses doigts sur l'avant-bras du brun. La violence de son rejet le gifla une nouvelle fois, aussi s'arrêta-t-il aussitôt. Releva-t-il sa main, pour mieux la glisser dans la poche de sa veste pour en tirer le fameux flacon entamé. La substance pâteuse, argileuse, avait toujours un goût aussi âcre, qui lui arracha une légère grimace de dégoût. Di... Olivia avait bien insisté sur le dosage. Mais il avait cru innocemment qu'en repoussant au maximum les moments de prise, il aurait l'occasion de faire durer la potion plus longtemps. L'âpreté du liquide provoqua une légère quinte de toux, qu'il étouffa en s'enfonçant de nouveau dans le canapé. Avant de reposer ses yeux sur Mikkel.
De le sonder du regard. De poser de nouveau sa main sur la sienne, peinant à formuler la seule demande qu'il ait réellement eu envie de lui faire.

-J'avoue ignorer que les Saints étaient des fées du logis. Tu les cultives toi-même, tes pommes ? Je t'aurais plutôt vu pêcher le saumon sauvage à mains nues, plutôt que murmurer des mots d'amour à tes pommiers pour qu'ils poussent plus vite. Comme quoi j'me plante encore, même maintenant.

Bien essayé, mais il n'y arrivait toujours pas. Dans un fin sourire, la potion ayant déjà réussi à apaiser un peu ce souffle constant qu'il sentait dans sa trachée et le poussait à cracher ses poumons, il entremêla ses doigts à ceux du Brun de la Discorde. Même s'il savait que ça ne durerait pas. Même s'il savait que Mikkel finirait par le repousser, comme toujours.

-J'aimerais que tu restes. Que tu me berces contre ton coeur. Et je suis pas contre les pancakes. Que tu m'embrasses. Après c'est pas dit que je digère, va peut-être y avoir trop de magie dans tes machins pour mon petit corps de palefrenier. J'ai envie de revenir en arrière. Je ne suis qu'un cheval de remplacement, n'oublions pas. De sentir la chaleur de ta peau contre la mienne pendant des heures. En plus d'une princesse barbue, mais bon, je veux bien essayer... Parce que... Parce que... ... Je t'aime. ... J'ai sacrément la dalle.

Son coeur n'en finissait pas d'étouffer, n'arrêtait plus de hurler. Et pourtant il n'y arrivait pas. Pourtant, derrière le sourire amical, bien qu'un peu faible, qu'il lui adressait, se cachait cette peur profonde, sourde, qu'il le laisse à nouveau. Qu'il franchisse la porte et l'abandonne, comme il avait failli le faire quelques instants plus tôt. Sans qu'il ne l'ait voulu, abruti par la potion qui commençait déjà à faire effet, il avait agrippé la main de Mikkel. L'avait serrée, exprimant physiquement ce besoin que les mots n'arrivaient pas à traduire. Il voulait le garder, encore, toujours, avec lui. Le garder toute la nuit, peu importait ce qu'ils feraient. Mais le garder. Parce que déjà, il le sentait, il allait un peu mieux. Juste un peu. Juste ce qu'il fallait pour reprendre goût à la vie.

-Tu penses que tu pourrais rester, ce soir ? Et non, avant que tu ne demandes, "il" ne reviendra pas.

Réalisant ce qu'il venait de dire, il se mordit la lèvre inférieure. Il avait oublié que la potion abaissait ses défenses, tout en le plongeant dans la douce latence des drogues. Elle déliait sa langue, elle facilitait le libre cours de ses pensées, tout en anesthésiant les plus négatives. Mais ce qu'il venait de dire, ce qu'il venait de faire, ce n'était pas prévu.
Oh et puis merde. Il avait bien le droit d'être égoïste, pour une fois. Juste une fois. Pourtant ce fut avec une certaine douceur, presque avec timidité, qu'il ajouta :

-Y'a jamais eu que toi...

Comme si ça allait changer quoi que ce soit. Il l'espérait, sincèrement, mais le mal était fait. Mais pour une fois, une fois seulement, il espérait que Mikkel ferait l'effort de comprendre. Juste ce soir. Juste cette fois. Qu'il comprenne que tout ce qu'il avait pu dire était vrai, qu'il n'avait jamais été que sincère avec lui. Qu'il avait réellement besoin de lui, de croire à une nouvelle illusion où il l'aimerait lui aussi. Juste cette nuit.
Juste un mensonge, un pieux mensonge, pour qu'il puisse continuer sa lutte. Celui d'un nous hypothétique dont ils savaient tous les deux qu'il n'existerait probablement jamais, aussi fort que Lazlo ait pu en rêver. Lazlo qui s'était rapproché du Brun de la Discorde, précautionneusement. Qui avait posé ses mains sur ses joues, pour qu'il le regarde. Qui avait fini par se hisser pour l'embrasser, déposant au creux de ses lèvres ses sentiments à vif, son cœur en miettes, sa peur du noir, et celle encore plus grande de le perdre à nouveau. Qui avait voulu par ce baiser happer les souffrances du brun, qui lui offrait le gîte, le couvert, pour la nuit, pour la vie s'il le fallait. Un soutien autant qu'une force partagée, juste le temps d'un baiser, juste le temps d'un rêve, juste le temps d'une énième chimère.
Le cœur battant trop vite, trop fort, trop douloureusement, envoyant des pics électriques dans tout son corps, il avait fini par reculer. C'était trop lui demander, mais c'était la première fois. C'était trop lui avouer, mais c'était la première fois qu'il s'y hasardait. Ça n'en était pas moins une promesse. Celle qu'il serait là, toujours, aux côtés de Mikkel. Et peu importait ce que les Jeux lui avaient fait. Peu importait le monstre de sable qui reviendrait le hanter.
Se mordant la lèvre inférieure, il laissa un regard brillant de cet espoir enfantin qu'il accepterait le deal, au fond de ses prunelles. Et de murmurer, d'une voix basse :

-En plus cette potion me shoote pas du tout, on va pouvoir sortir le Monopoly. Quand je te disais que c'était violent, ce truc.

S'il te plait. Même si c'est beaucoup, reste. Accomplis un nouveau Miracle, Saint Mikkel. S'il te plait.

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MessageSujet: Re: Crystalised || Mikkel   Lun 6 Fév - 19:17


« I've been down on my knees and you just keep on getting closer »



 
Mikkel & Lazlo
featuring
Si son murmure m'avait troublé, je n'en avais rien montré, me plongeant dans cette étreinte trop brutale où je le frictionnais comme un désespéré. Je me rendais compte que j'avais été stupide de lui parler de ce mec dont l'odeur m'agressait si fort les narines. Mon putain de flair de chacal me trahissait et m'apportaient des info que je n'avais absolument aucun besoin de connaître. Qu'est ce que ça pouvait bien me foutre que Lazlo ait baisé avec un autre gars, avant de m'appeler ? Le truc c'était que non seulement c'était ses affaires personnelles mais en plus, il avait totalement raison de se faire du bien, surtout après les épreuves qu'il avait endurées avec ces jeux sanguinaires. Alors pourquoi j'avais ouvert ma grande gueule avec cette remarque débile ? C'était vrai pourtant qu'il aurait mieux fait de laisser ce type le réconforter, n'importe quel quidam lui aurait été plus bénéfique que moi. Moi j'étais juste que le gros connard qui l'avait fait chialer, alors qu'il était traumatisé, blessé et souffrant. Moi j'étais juste que le pire crevard que la terre ait jamais porté. J'avais aucune raison d'être jaloux qu'il ait préféré appeler ce mec avant moi, et justement, il aurait juste dû se contenter de rester avec lui. Merde, merde, merde !

Je m'enfonçais et le pire c'était que j'en étais conscient, sous la tonne d’anxiété qui m'écrasait littéralement, comme si j'étais broyé et que je n'arrivais plus à raisonner correctement. Il fallait vraiment que je me reprenne, que j'enfouisse toutes ces pensées toxiques qui me brûlaient le bide et m'embrouillaient l'esprit, au point que je n'arrivais même pas à me comprendre moi-même. Au point de ne pas savoir ce que ça me faisait de l'entendre me dire que j'étais important. Ouais. Ouais, j'étais important, on était amis depuis longtemps, normal, non ? C'était moi qui était trop con avec ma foutue descente qui me ruinait. Je fermais les yeux, attentif aux cognements si lourds et irréguliers de son cœur que j'entendais avec tellement de netteté que je pouvais ressentir ses émotions douloureuses tempêter en lui. Le mal, la peur, la peine... tellement de souffrances que j'aurais voulu arracher hors de lui en le massant avec bien trop de force sous ma colère. Une colère qui gravissait les échelons, dans un cercle vicieux atroce, provoquant plus de crainte dans le regard voilé qu'il m'offrait, encore embrumé de ses larmes. Je me mordis cruellement l'intérieur de la joue en l'entendant me répondre, de sa voix si écorchée, comme émergeant d'un gouffre. Si c'était pas pour se foutre de moi, alors pourquoi dire un truc pareil ?

Mes épaules se haussèrent imperceptiblement, sans que je ne sois capable de savoir que répondre dans l'immédiat. Je restais tendu, les sens aux aguets, mon regard s'arrachant au sien pour se poser sur son torse alors qu'il se protégeait de sa main, dans un réflexe si vif qu'il me choqua profondément. J'avais déjà reculé sur le canapé, m'éloignant de lui dans un léger sursaut, prêt à bondir dehors, à courir en travers de la ville sans m'arrêter pour chercher quelque chose qui puisse l'aider. Sa main m'effleurait encore quand que j'évitais son regard, le mien ne sachant où se poser alors que je regardais ses doigts courir doucement le long de mon bras. Mes poils se hérissèrent un peu, dans un léger frisson, avant que je ne fronce les sourcils, à ses paroles, retrouvant son regard avec surprise. Dita ? Je ne l'avais jamais rencontrée mais Lazlo m'avait déjà parlé de sa sœur, disparue tragiquement à cause des folies du gouvernement. Je ne comprenais donc pas ce qu'elle venait faire dans cette conversation et je secouais doucement la tête, en signe d'incompréhension, sans chercher à me défaire de sa poigne qui se resserrait autour de mon bras. Je voulais partir mais il avait l'air de chercher à me retenir et je me demandais confusément ce que je devais faire... avant de laisser échapper un soupir étouffé en entendant la suite de sa phrase. Putain, pendant un moment, j'avais cru qu'il était devenu dingue et qu'il voyait des fantômes mais ce nouvel afflux d'angoisse qui me faisait battre le cœur plus vite, se dissipait un peu. Laissant place à la douleur de percevoir autant de tristesse dans ses yeux humides.

« Oh... ouais, elle ressemblait à ta sœur cette meuf ? J'comprends, ça a du te faire bizarre. Olivia, ah okay... c'était sympa de sa part. » Je supposais que cette Olivia devait être un genre de guérisseuse de ses connaissances, une chance qu'il ait des tas de relations pour se débrouiller. Parce que s'il avait dû attendre que je bouge mon cul, putain... je me sentais totalement coupable de ne pas être venu le voir plus tôt, j'aurais dû le voir dès que j'avais appris qu'il était en vie mais j'en avais pas trouvé le courage. Mais alors que je me faisais cette réflexion, mon regard suivit le sien vers ces traces vertes dégueulasses qui souillaient son tapis et la masse de culpabilité qui s'abattit sur moi me coupa la chique. Incapable de parler, je me contentai de reculer, échappant encore une fois à ses caresses que je ne méritais absolument pas. Il aurait mieux fait de me casser la gueule au lieu de faire ça ! La haine et la colère que j'éprouvais contre moi-même me fila le tournis et je fermai les yeux quelques secondes, pendant que Lazlo consommait sa potion dans une gorgée grimaçante. Aucune excuse au monde n'aurait pu être suffisante face à ce que j'avais fait, tout ce que j'aurais pu dire aurait été tellement dérisoire que j'en étais scié. Prostré.

Je me contraignis pourtant à retrouver son regard alors qu'il toussait encore, plus faiblement, un regard qui me paraissait toujours aussi douloureux mais sans doute plus éteint, comme anesthésié. Le sourire que je lui offris était fébrile et je me forçai à ne pas bouger alors que sa main se reposait contre la mienne, pour y entremêler ses doigts avec un naturel désarmant. Pourtant il faisait ça putain ?  Sans aucun reproche, comme s'il ne m'en voulait pas, il reprenait le ton léger qui lui était propre, rebondissant à mes propres conneries, comme dans ces échanges enjoués qu'on avait l'habitude d'entretenir, avant. Avant que tout bascule, que le monde explose, que notre insouciance soit écrasée dans le sang et l'horreur. Avant que je ne devienne un chacal camé jusqu'à la corde et que ma vie de joyeux débauché n'évolue vers une destruction chaotique. Avant qu'on ne le détruise lui, en utilisant mon visage, pour que je lui sois associé à la souffrance et à la peur, pour toujours. On l'avait tué avec ses sentiments, on l'avait mis à mort avec son amitié, mais aussi avec son amour de frère. Sa sœur...  Si elle planait au dessus de son visage effrayé et pâle au point de lui faire voir des fantômes, c'était parce que pour elle aussi, on avait utilisé son image. Est ce qu'une pire torture pouvait exister dans le monde que celle de se voir agressé par les gens qu'on aimait ? Et de continuer à les aimer, malgré tout le mal. Je me sentais totalement mortifié intérieurement et si je m'acharnais à lui sourire, haussant un sourcil railleur à ses histoires de saumon, j'avais envie de hurler.

« Rêve pas, j'suis un citadin endurci moi et ma dextre n'est ni verte ni attirante pour les poissons. Enfin pas, les saumons en tous cas. Et puis, les trucs que je murmure sous les arbres, les pommes en rougiraient. Non mais par contre, je sais comment faire le mur pour aller chiper les plus belles dans les potagers du coin. Oh je ne vole que les riches, bien-sûr, tel Robin des bois! Les saints sont obligés d'avoir de multiples compétences de nos jours et ils traquent les cafards, les dragons mais parfois la saleté aussi, quand ils sont pas trop fatigués. »

Ma voix tremblait un peu alors que j'essayais de me contenir de mon mieux, inclinant la tête dans un léger salut, en mode j'me la joue. Ça aurait presque pu paraître naturel mais, si ma désinvolture me collait à la peau habituellement, cette fois, l'angoisse me l'avait étouffée. Je pouvais quand même réussir à la mimer et ravaler cette tempête qui grondait dans mes entrailles, nouées si douloureusement. Il voulait que je reste... et si je ne parvenais pas à comprendre pourquoi il voulait garder une bombe menaçante auprès de lui, je n'avais pas le cœur à le raisonner de cette folie totale. Il fallait bien qu'il soit dingue d'insister alors que je venais de me comporter comme un salaud en lui gueulant dessus, en le faisant chialer, en détruisant ses pauvres médocs, les seuls trucs qui pouvaient bien apaiser son mal ! Mais qu'est ce qui serait pire ? Que je lui fasse l'affront de foutre le camp maintenant alors qu'il avait besoin de ses amis auprès de lui ? Je voulais le protéger de moi, ça aurait pourtant été la seule chose raisonnable à faire mais Satan savait bien que jamais je n'avait été foutrement raisonnable de toute ma vie, à croire que le seul fait de prononcer ce mot me filait des boutons.

M'accrochant à son regard, ma gorge était cette fois trop nouée pour que je puisse répondre et je me contentai de hocher la tête en cillant un peu. La suite de ses paroles fit se dessiner un pâle sourire, plus sincère, bien que pétri d'amertume. Ces délires m'avaient tellement fait rire autrefois que le souvenir de ces moments heureux me donnaient aujourd'hui envie de chialer. Parce qu'ils paraissaient si lointain, si intangibles et dérisoires par rapport à la réalité si crue du présent. Pourtant, mes yeux restaient secs alors que je me laissais emporter par un rire fragile, serrant doucement sa main en réponse à son étreinte. Une voix intérieure ne cessait pourtant de me crier ses demandes, de plus en plus impérieuses, me commandant de dénouer ses doigts des miens avec empressement et me redresser rapidement pour lui échapper. Pourquoi ? Je n'en savais tellement rien... Les choses ne devaient pas se passer comme ça, il aurait dû m'envoyer me faire foutre au lieu d'être si chaleureux avec moi. Il avait toujours été si chaleureux... « T'inquiète, j'vais te faire des pan-cakes magiques spéciaux pour estomac délicat de petit palefrenier. Nourrissantes et énergisante, elles te rendront le poil soyeux et l’œil brillant, garanti sans effet secondaire... » Mon rire s'étouffa alors que je me tordais un peu les lèvres, déstabilisé par ses paroles suivantes : "il" ne viendra pas. « Euh... quoi ? Tu parles de hum.. le proprio de ta veste là ? Oh ben, c'est pas un problème, même si le pape se ramène. T'sais bien que j'suis le roi de l'impro et puis quand bien même...» Pourquoi il me disait ça ?

Le regard fatigué de Lazlo me paraissait étrange et je commençais à bouger un peu, me redressant du dossier, essayant doucement de lui reprendre ma main, jusqu'à ce qu'il prononce cette phase qui me fila aussitôt un coup de chaud. La mâchoire trop raide pour réussir à articuler quelque chose, je réussis à peine à secouer doucement la tête pour lui dire d'arrêter ses conneries. Bien-sûr que non, y'avait pas que moi ! Y'avait déjà ce type dont l'odeur envahissait tout l'appartement au point que j'avais presque l'impression de le voir en face de moi. Je ne me sentais pas assez stable pour savoir gérer une nouvelle salve de délires... Pas assez même pour réussir à les analyser correctement. Alors ne parlons même pas d'être capable de réagir de façon posée aux propos de Lazlo. Qu'est ce qu'on lui avait mis dans cette drôle de potion verdâtre ? Il était délirant. A moins que ce ne soit moi... moi qui étais bien trop empêtré dans mon désordre mental pour être capable de penser. C'était plus simple de tout rejeter en bloc et de reporter ces réflexions à une date ultérieure, de préférence jamais.

Je n'eus de toute façon pas le temps de réussir à composer une répartie satisfaisante et, alors que j'essayais de me soustraire à l'intensité de son regard, il s'était déjà approprié mes joues pour rapprocher nos visages. Je fermais les yeux, malgré moi et l'ébauche de protestation mourut contre ses lèvres quand mes épaules trop nouées frémirent sous ce baiser si étrange. J'entendais toujours les battements forts et rapides de son cœur qui résonnaient à mes sens trop affûtés comme dans une transe, un peu comme si on collait son oreille contre un baffle, avec le son des basses à fond. J'avais la sensation que ces sons me pénétraient et me faisaient vibrer jusqu'à me faire perdre totalement toute notion de réalité. Comme si je n'étais plus là, comme si plus rien n'existait. Un afflux de désir s'imposa à moi alors qu'à la fois, j'avais l'impression de faire une chute vertigineuse du haut d'un gratte ciel, ce qui était salement effrayant et même totalement angoissant. Je me retrouvais projeté dans un univers chaotique où le bad trip ne m'aidait pas à assimiler la transformation invraisemblable de tout mes repères. Lazlo s'était effondré en pleurs devant moi quelques minutes auparavant, le monde éclatait en mille pièces avec lui et à présent...

Il s'était reculé de lui-même alors que je lui renvoyais un regard désorienté, le voyant devant moi en train de me fixer de ses yeux d'un bleu irréel, toujours illuminés d'un éclat blafard, entre défonce et cassure. « Le monopoly... » Je répétais ses paroles d'une voix décalée en hochant la tête doucement pour sortir un peu trop vivement de ma transe et opiner du chef plus vigoureusement. Mon cerveau était sur off et je n'avais absolument aucune envie de le rallumer, restant accroché à ses derniers mots pour les prendre au pied de la lettre, sans chercher à réfléchir un poil plus loin. Deux info à tirer de sa phrase : il était défoncé, il délirait et il voulait jouer. D'accord. Très bien. Normal. Et dans ce monde tout à fait normal, j'allais agir normalement. J'allais agir comme d'habitude, tenter de faire comme si rien n'avait changé. J’enchaînais donc, sans attendre, hochant toujours frénétiquement la tête. « Je savais même pas que t'en avais un, j'pensais que t'avais juste un scrabble. Mais c'est cool aussi, le monopoly, c'est cool. On change les règles par contre, bien sûr ? On dit que tous les coups sont permis, c'est plus marrant. Bon, j'vais aller préparer les pan-cakes, comme ça on pourra jouer en mangeant, on sera peinards. Prépare le jeu et fais nous un nid de coussins, j'arrive. » En dehors de mon débit un peu trop rapide, j'avais pu maîtriser le ton de ma voix qui paraissait aussi légère et enjouée que dans mes meilleurs jours. Ainsi, je me redressais, pour fuir à grandes enjambées au travers de la pièce en lui lançant encore quelques mots. « J'dois passer à la salle de bain, trente secondes top chrono. » Des mots qui précédèrent mon intrusion dans la pièce, claquant aussitôt la porte derrière moi pour m'y adosser et reprendre mon souffle.

Le cœur battant, je fixai l’évier devant moi avec mon reflet dans le miroir juste au dessus qui me renvoyait l'image d'un mec enfiévré avec des yeux cernés par trop de nuits sans sommeil. Si j'avais eu l'intention de me passer de l'eau froide sur le visage pour me calmer et maîtriser ces hurlements de douleur qui menaçaient de me faire imploser, la vue de mon propre visage fit péter la soupape de sécurité. Je cédai à une impulsion aussi colérique que désespérée en fonçant comme un bélier vers le mur, pour m'y exploser le front. PAN. Salaud de Mikkel, putain, salaud. Le choc fut assez violent pour manquer de m’assommer, dans le bruit sourd de ma tête contre le revêtement carrelé. Assez douloureux pour me couper le souffle alors que j'avais la sensation que mon front allait s'ouvrir en deux. Mais la douleur me terrassa à peine suffisamment pour compenser un peu de cette souffrance intérieure que je ne parvenais pas du tout à contenir. Pas un son ne franchit mes lèvres alors que je me dirigeais en vacillant vers l’évier pour plonger ma tête sous le robinet d'eau froide. L'envie de me fracasser la tête contre la vasque de porcelaine me taraudait alors que l'eau glacée coulait sur mes cheveux, ruisselant contre mon cou et le col de ma chemise.

Je voulais l'aider, faire quelque chose, rattraper cette foutue impuissance de le voir souffrir pendant ces jeux sans n'avoir jamais été capable de le sauver. Et non seulement je n'avais rien pu faire, non seulement je lui avais fait encore plus de mal mais en plus, j'avais bousillé un de ses flacons de potion. La meilleure chose que j'aurais dû faire était de me tirer, vite et loin ! L'envie d'ouvrir une fenêtre et de m'enfuir sans plus attendre me happa, alors que je relevais le visage pour aspirer une goulée d'air, le visage noyé par l'eau froide. Mais est-ce que c'était vraiment pour le protéger que je voulais me tirer ? Ou simplement parce que j'étais trop couillon, parce que j'avais la trouille de le voir souffrir et que je ne me sentais pas assez fort pour le soutenir. Putain oui, c'était ça. Pas assez fort, pas assez courageux, pas assez bon. Je soupirai dans un tremblement, attrapant vivement une serviette pour m'éponger le visage et risquer un regard dans le miroir. Ta gueule, Mikkel, ta gueule. Un gros hématome s'était formé sur ma face, juste au milieu du front. Si je ne m'étais pas fait une fracture du crâne, j'aurais de la chance. Quel con ! Je m'infligeai une puissance baffe face au miroir avant de me détourner rageusement et sortir de la salle de bain, comme si de rien n'était.

D'une démarche parfaitement assurée, je me dirigeai vers le coin cuisine sans regarder dans la direction de mon ami. Mon ami. « Hey ! J'suis sûr que t'as cru que j'allais me tirer par la fenêtre, ni vu ni connu, en volant tes réserves de PQ. Mais Robin des bois ne vole que les riches, j'tai dit, t'es trop pauvre pour moi, petit palefrenier. » Mon meilleur ami. Si je me cassais maintenant, ça équivaudrait à l'abandonner alors qu'il m'avait clairement demandé de rester. Et même si cette situation me foutait hyper mal, même si mes humeurs étaient bien trop chaotiques, j'allais prendre le risque et oublier cette angoisse sourde qui m’étreignait le palpitant. « T'as pensé à remplir un peu ton frigo j'espère ? Sinon, on sera réduit à faire des pan-cakes aux œufs de pigeons. Hé... ça pourrait être un nouveau concept ! » Tout en causant, j'ouvris ses armoires, déposant sur le plan de travail ce que j'y dénichais en ustensiles nécessaire. Un fond de farine et un paquet de lait en poudre furent découverts dans un placard et je commençais à mélanger les ingrédients avec rapidité, fouettant la pâte d'une poigne ferme. Mes pensées divaguaient, comme si elles se faisaient happer par le tourbillon que je créais en mélangeant consciencieusement farine et levure, eau et poudre de lait. Sans oublier le sucre. Putain. Lazlo avait essayé d'économiser ses pauvres petites bouteilles de fioles. Cette came de merde qui l’anesthésiait avec assez de violence pour le pousser à embrasser son bourreau. J'allais pas m'emmerder à me tracasser pour ça bien-sûr, c'était pas grave une fiole en moins, au point où il en était, n'est ce pas ? Ça équivalait juste à plusieurs jours de souffrance supplémentaire, rien de plus. Et puis ça passerait, Dita l'avait dit. Le fouet frappa le bol avec un peu trop de brutalité et je le rattrapai de justesse pour l'empêcher de se renverser par terre. « Merde ! »

Je me pinçai les lèvres, retournant un regard alarmé vers lui. « Non, ça va... » Soupirant profondément, j'abandonnais enfin ma mixture, déposant le fouet sur l'inox de l’évier dans un murmure. « Faut juste laisser reposer un peu avant de les cuire, la pâte doit monter. Après, ça, pour la cuisson ça ira vite et ce sera super bon.» Mais qu'est ce qu'on en avait à foutre que les pan-cakes soient moelleuses ou pas, bordel ? Je ne pouvais pas éviter son regard toute la soirée et je me résolu à le sonder des yeux, m'avançant vers lui avec précaution. Est-ce qu'il avait  peur de moi ? J'étais conscient de la violence sourde qui faisait vibrer chaque parcelle de mon corps et qui se dégageait de mon attitude, de la tension dans mes muscles et dans ma voix, même si je faisais tout pour l'écraser. Elle restait là, latente, dangereuse, comme un monstre tapis dans mes entrailles, prêt à se déchaîner. Est-ce qu'il avait peur ? Est-ce qu'il était triste ? Est-ce que ses yeux étaient encore humides ?

« C'était pas ta sœur. J'veux dire... dans l'arène. » J'avais entendu tellement de fois son prénom, hurlé par Lazlo à la télé, au moment de sa mise à mort. Comme je l'avais entendu crier le mien avec terreur... quand ces illusions lui avaient fait croire que ses proches l'attaquaient. Et à chaque rediffusion, même si c'était un supplice de voir ces images, je les regardais comme une punition masochiste, parce que je croyais que ce serait les dernières fois que je le verrais. "L’amour est le seul acte choquant qu’il nous reste sur cette planète." Je ne me souvenais plus où j'avais entendu cette citation, peut-être que c'était ce connard de Danny Clocker qui l'avait prononcée, d'un ton narquois, pour imager l'une des séquences. Celle où Lazlo avait demandé à Grayson de me dire... quelque chose de choquant. « C'était pas moi non plus. On t'aurait jamais fait ça. Tu l'sais ?» Mais pourtant aujourd'hui rien n'était sûr. Parce que  le monde était chaotique, parce que dans ce monde Lazlo pouvait bien se foutre de moi comme je pouvais le faire pleurer. Et parce qu'au lieu de profiter de la douceur de son étreinte, je préférais me casser la gueule en fonçant contre un mur.

 




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Crystalised || Mikkel

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