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 Crystalised || Mikkel

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MessageSujet: Crystalised || Mikkel   Mar 8 Nov - 15:45





Mikkel & Lazlo
featuring

Le bras de sable s'était dressé devant lui. Agenouillé, contraint, immobilisé, il ne lui restait plus que ses yeux pour pleurer. Et le visage déformé de Mikkel, devant lui, hurla. La douleur, une douleur si vive, si intense alors que le sable arrachait ses chairs, brisait ses os, s'enroulait tout autour de son coeur pour mieux s'en emparer. Cette hébétude de voir cet organe pourtant caché, pourtant secret, soulevé hors de son torse. La douleur ravageant tout son être, cette douleur atroce. Puis le mépris. Le dégoût. Et les doigts de sable qui écrasaient le misérable organe.

Lazlo n'avait pas le souvenir de s'être endormi. Il repoussait tellement le sommeil, ces derniers temps, qu'il avait l'impression de lui être infidèle. Et ce dernier était une maîtresse capricieuse. Si capricieuse qu'il fut pris d'une quinte de toux. Que du sang atterrit dans sa main. Et qu'il eut tout juste le temps de courir jusqu'aux toilettes pour rendre ce que son estomac ne contenait de toutes façons pas. Un frisson l'étreignit, ce froid constant qui régnait sur chacun de ses membres depuis sa sortie de l'Arène. Un froid mordant, dévorant, qui serrait si fort ses muscles qu'il émit un dernier hoquet douloureux en crachant ce qui lui restait de bile. Il se laissa glisser contre le mur à côté de la faïence, une main désespérément plaquée sur son cœur. Il avait si mal.
Putain de mal.

La vie avait dû reprendre, malgré les caprices cyniques du Gouvernement. Il n'avait pas vu passer son temps en cellule, car inconscient. Il n'avait pas vu passer l'interview, car dans un état second. A deux pas de la folie, il avait ricané aux blagues de Danny Clocker sans avoir compris un traître mot de ce qu'il avait raconté. Pâle comme la mort. N'était-ce pas un euphémisme en considérant que lui comme ses compagnons d'infortune avaient effectivement connu la mort ? Sacré Danny, toujours aussi drôle.
Mohini, en entendant qu'il sortait enfin, s'était précipitée devant les porte de l'Arène pour le raccompagner. Il avait poliment décliné son offre. Tristan. Il était persuadé d'avoir aperçu Tristan du fin fond de son malaise, sur l'écran plat dans sa cellule. Et s'il avait failli y passer avec les répercussions de ce maudit jeu, il ne voulait pas laisser son ami sortir seul. Mohini avait compris. Il n'avait qu'à l'appeler s'il avait besoin, en sachant pertinemment qu'il ne le ferait pas.

S'occuper de son ami avait duré un temps. Un temps trop long, trop court, Lazlo ne savait plus trop. Les journées s'étaient suivies, chargeant les souvenirs brutaux par nuées. Et ces nuées étaient tout juste apaisées avec Tristan. Avec la drogue. Avec ses animaux.
Mais maintenant qu'il était seul à nouveau, les cauchemars le suivaient même durant ses périodes d'éveil. Son poumon gauche, son coeur, lui faisaient toujours aussi mal. Il toussait toujours du sang, dans ses moments de faiblesse. Les sorciers guérisseurs lui avaient dit que ça durerait encore un peu. Qu'il fallait s'y faire, ça passerait. Leur ton compatissant et leur petite tape amicale sur son épaule quand ils disaient ça lui avaient filé la gerbe. Ce n'était pas de temps dont il avait besoin. C'était de s'occuper. S'occuper nuit et jour. Ne pas dormir. Se forcer à manger. Se forcer à ne pas sombrer, à ne pas pleurer. Comment les organisateurs de ces foutus jeux espéraient-ils ne pas laisser une marque indélébile dans les âmes qu'ils avaient emportées ? Ces enfoirés. Ils le savaient très bien.

Lazlo était monté sur le toit, une couverture enroulée sur ses épaules. Il avait été accueilli par un amas de plumes et de roucoulements en entrant dans la cabane, et Dita s'était perchée sur son chignon, fourrant son petit bec dans les creux que faisaient ses cheveux, y déposant tous les baisers du monde. S'occuper. S'occuper quand la douleur devient trop forte, s'occuper pour ne plus penser. S'occuper pour ne plus voir le visage de Mikkel, pour ne plus sentir sa haine et son dégoût. Pour ne plus se souvenir de rien d'autre que d'exister, exister après qu'on vous ait arraché le cœur. Métaphoriquement, figurativement. Littéralement.
Pendant une heure, il avait lâché ses oiseaux, entraînant les plus jeunes à rejoindre son bras. S'occuper. Il leva son bras en l'air, poussant les oiseaux à s'envoler à tire d'ailes. Sifflant doucement, il guida leur vol avant de claquer des doigts. Dans un froissement de plumes, les pigeons bifurquèrent et revinrent se percher sur son avant-bras. S'occuper. Il se sentait si vide. Désespérément vide. Sa main libre attrapa les grains de millet dans l'écuelle qu'il avait posée à proximité alors qu'il récompensait les bons élèves. Quand il releva le nez, Daniel l'observait. Mauvais pour le vol mais un bon reproducteur. S'occuper. Il attrapa l'oiseau, glissa un message dans sa bague, et l'envoya rejoindre son homonyme. Ca suffirait.
Il fallait que ça suffise.

Daniel était grand. Daniel était attentif, trop attentif, étouffant, même. Daniel avait potentiellement l'âge d'être son père, ses cheveux anciennement noirs virant sur le poivre sel. Et Daniel, comme son alter-ego volatile, était un excellent reproducteur. Daniel vola ses pensées pendant une bonne après-midi et occupa son corps toute la nuit. Ses doigts couraient encore sur sa peau le lendemain matin, alors que ses sourcils épais, soucieux, s'étaient froncés en réalisant qu'il n'avait pas dormi. Lové au creux de ses bras, ce vide indicible dévorant toujours plus son âme en miettes, Lazlo avait forcé un sourire. Ca va aller. Le soleil finit toujours par pointer à travers les nuages, à un moment donné. Du moins c'était ce qu'il fallait croire. C'était ce que tout le monde voulait entendre, Daniel compris. Lazlo avait refermé les yeux, juste un quart de seconde. Quand il les avait rouverts, le visage entêtant de Mikkel lui faisait face. La terreur dévala ses veines, ses muscles se comprimèrent. Ses poumons aussi. Pris d'une violente quinte de toux, il cracha de nouveau du sang entre ses doigts. Jusqu'à ce que Daniel revienne avec des mouchoirs et caresse son dos jusqu'à ce qu'il se calme.
Daniel était doux. Mais Daniel posait trop de questions. Daniel le confortait dans un cocon, une bulle de gentillesse qui était de trop pour l'Oiseleur. Et ce vide. Ce putain de vide.

Il prit le départ de son amant comme un signe qu'il serait enfin vraiment tranquille. Perchée sur le dossier d'un des canapés, Dita pencha la tête sur le côté après qu'il ait fermé la porte. Cette bête comprenait jusqu'à l'inavouable. Maline comme un humain. Le message enroulé autour de sa patte, elle s'envola à tire-d'ailes vers Bourbon Street. Et si c'était une connerie, si c'était même la pire connerie de sa vie vu ce qu'il venait de se produire, vu son état général, vu ce qu'il avait pu faire ou dire, Lazlo l'avait quand même envoyée. Malgré les conseils avisés de Daniel, il avait envoyé la colombe chercher le seul qui puisse combler le vide. Le message était simple. Expéditif.

Viens chez moi. L.

Trois fois rien, parce qu'en vérité il ne savait pas ce qu'il pouvait bien lui dire. Dans tout cet embrouillamini de pensées confuses, il n'avait pas vraiment réfléchi à la question. Il ne s'était pas vraiment demandé ce qui allait arriver si jamais Mikkel venait effectivement le voir, s'il lui parlait. S'il le voyait. Un nouveau frisson d'angoisse parcourut son corps, alors qu'il sentait son coeur s'accélérer. Son souffle se raccourcir. La panique qui montait, qui grondait, sourde et capricieuse. Les visions qui défilaient devant ses yeux, le paralysant dans son propre salon, alors qu'il en était pris au piège. Et son souffle qui n'en finissait plus de s'étrécir, et ses inspirations capricieuses qui n'en finissaient plus d'assombrir son regard. L'inconscience lui happa les jambes alors qu'il s'effondrait sur un des tapis mités jonchant le sol. Le noir. Un noir d'encre, sans rêves, sans cauchemars. Pour une fois.

Ce furent les coups de becs de Dita qui le ramenèrent à la vie, la colombe picorant rudement le bout de son nez, ses pommettes et son front pour qu'il se réveille. Il ne savait pas combien de temps ça avait duré, suffisamment pour qu'elle revienne apparemment. Encore vaseux, il attrapa une veste trop grande pour lui et s'enveloppa dedans.
Puis on frappa à la porte. Des coups discrets, hésitants. Et la douleur dans sa poitrine qui s'accentuait. Comme si elle sentait son appréhension, Dita fit claquer ses ailes et se posa sur son épaule. Un soutien, même infime, qui réchauffa un peu ses os alors qu'il ouvrait la porte.

Mikkel. Mikkel lumineux, beau comme une apparition divine. Saint Mikkel, patron des causes perdues, des beuveries, et dieu de la fesse. La crise de panique précédente l'avait anesthésié, suffisamment pour que ses lèvres charnues, blanchies par l'anémie s'étirent dans un sourire. Le premier vraiment sincère depuis sa sortie de l'Arène.

-Merci d'être venu.

Merci. Du fond de ce cœur qui lui faisait encore mal, encore fébrile, encore détruit, merci d'être là. De cet éternel geste théâtral qu'il faisait constamment, il l'invita à entrer. Des retrouvailles étranges. Insatisfaisantes alors qu'il se dirigeait d'office vers le canapé, s'efforçant de ne pas céder à l'appel de ses bras, à l'appel de ses lèvres. S'efforçant de ne rien dire, de ne rien trahir, comme d'habitude. S'efforçant de taire cette bouffée d'adrénaline qui le dévorait, qui réchauffait tout son corps, à chaque fois qu'il était dans la même pièce que lui. Et s'il était fatigué de se battre contre ses chimères, contre les apparitions de l'Arène, il lui restait encore suffisamment de forces pour se battre contre lui-même.
Comme toujours. Ce qui était une bien belle connerie.

Sentant son propre malaise se répercuter sur sa colombe, qui gonflait subrepticement ses plumes sur son épaule, il l'attrapa délicatement entre ses doigts et grattouilla son cou et sa nuque avant de la reposer sur le dossier du canapé. A chacun des pas que Mikkel faisait dans sa direction, son image renvoyait l'écho du spectre de sable. A chaque fois qu'il baissait les yeux, il revoyait son regard devenir noir, entièrement noir, dénué d'âme, dénué de vie. Alors il se força à pousser une boutade, de très mauvais goût, certes, mais une boutade quand même.

-Surprise, je suis encore vivant ! Ca t'en bouche un coin, j'suis sûr ! Et trois jours après ma mort officielle, si c'est pas beau. T'as le droit de m'appeler Jésus.

La cicatrice ovale sur son torse se mit à le brûler. Dans un élan absurde de cynisme, les organisateurs des Forgiven Days avaient décidé de garder leurs vies sous clés. Remisées dans un placard jusqu'à la fin de la fin, jusqu'à ce que les finalistes, Tristan, Grayson, une nana appelée Esperanza et un gars du nom de Declan, aient poussé leur dernier soupir. Les clameurs de son compagnon d'infortune, Timothée, lui revinrent clairement en mémoire. Ce couillon avait passé sa vie à l'appeler Jésus. Vu qu'il était revenu, effectivement, d'entre les morts, c'était une blague suffisamment drôle pour être faite.
Sauf qu'elle n'eut pas l'air d'avoir l'effet escompté. Se mordant la lèvre inférieure en flairant une nouvelle dose de malaise, Lazlo se tordit un peu les mains. Baissa le nez, de toutes façons incapable de regarder son ami dans les yeux. Son amant. L'homme qui était capable de combler ce vide lancinant dans sa poitrine. L'homme qui l'avait accessoirement créé en lui arrachant la seule chose qu'il aurait jamais aimé lui donner.

-T'as raison, c'était pas drôle. Trop tôt. Excuse-moi.

La communication était difficile, avec cette foutue boule qui s'était formée dans sa gorge. Dans un geste qu'il avait répété tant de fois ces derniers jours qu'il ne les comptait plus, il tira la table basse pour se rouler un joint puis l'allumer. Il tira une bouffée avant de le tendre à Mikkel, et se renfoncer dans le canapé défoncé, laissant la drogue faire son office. Anesthésier ses sens. Et lui donner le courage de poser à nouveau un regard moins clair, bien plus vitreux, sur son ami.

-T'as une tête à faire peur, Saint Mikkel. On dirait que t'as vu un fantôme. J'sais pas trop ce qu'il s'est passé ces derniers temps, ou comment ça s'est passé pour vous autres. J'espère que c'était pas trop, comme les dernières fois.

Les derniers Jeux avaient déjà été l'Enfer sur Terre. Dans cette crasse abjecte de couleurs vives et de paillettes, dans le laïus enjoué et haïssable de ce pantin de Danny Clocker. Dans ce matraquage permanent, encore et encore, où toutes les chaînes diffusaient en boucle chacun des meurtres qui s'y opéraient avec une morbide complaisance.
Ses doigts glissèrent le long du bras de Mikkel, en quête de contact. En quête de réconfort, un réconfort enfantin, à défaut de lui demander ses bras. Le contact avec sa peau était toujours aussi électrique. Jusqu'à ce que le vide se creuse, jusqu'à ce que son coeur détruit hurle à l'agonie. Jusqu'à ce qu'il désespère de retrouver le réconfort de ses lèvres, la chaleur de son corps. Mais ça, il ne pouvait pas le lui demander.
Il n'en avait pas le droit.
Alors il se contenta de dessiner des arabesques sur son avant-bras, distraitement, pour ne pas le regarder dans les yeux. Comme il le faisait quand l'envie de plus devenait trop sourde. Et sa voix rauque d'avoir toussé tant de sang de reprendre, doucement.

-J'espère que ça a été pour toi...







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MessageSujet: Re: Crystalised || Mikkel   Mar 29 Nov - 19:47


« I've been down on my knees and you just keep on getting closer »



 
Mikkel & Lazlo
featuring

Les paroles du chef de service ricochaient sur moi sans m'atteindre alors que je les écoutais sans les entendre. Des engueulades où les mêmes mots revenaient régulièrement, comme des rimes dans une chanson cynique. Mes retards à l’hôpital avaient pris un peu trop d'ampleur ces derniers temps, l'équipe se plaignait de ne pas pouvoir compter sur moi à l'heure, ils blâmaient ainsi mon manque de rigueur, mon excès de nonchalance. Parallèlement à ça, les ragots allaient bon train sur moi. Depuis que mon prénom avait été cité à la télé, les soupçons sur ma déviance ne faisaient qu'augmenter. Il fallait dire que je n'avais jamais été capable d'être très discret, de toute manière. Les mains enfoncées dans les poches de ma blouse, j'inclinais la tête, dans une mine grave pendant que le chef gueulait à mes oreilles tout le mal qu'il pensait de moi. Cela aurait pu durer encore longtemps vu l'ampleur du mépris qu'il semblait me vouer. Il me fixait de ses petits yeux porcins, sa masse graisseuse débordant du fauteuil où il était installé tandis que moi, j'étais condamné à attendre debout devant lui qu'il ait finit son interminable diatribe. Mes pensées m'emmenaient bien loin de ce satané bureau, cependant. Parce que depuis le relancement des Hunter's Seasons, mon esprit était si totalement concentré sur les arènes qu'il m'était impossible de penser à quoique ce soit d'autre, au point de négliger toutes les obligations de mon quotidien. Au point de négliger de me nourrir ou de dormir, au point de détruire mes neurones à grand renfort de came, bien plus intensément que je ne l'avais jamais fait. Alors okay, mes responsabilités professionnelles en avaient pris un coup durant cette sinistre semaine. Selon le chef, tout le monde en avait marre du sale flemmard que j'étais, marre de mon inconséquence, marre de mes retards. « Poil au falzar. » Je murmurais cette connerie d'un ton distrait, trop las pour même trouver ça drôle. Ma vie n'était qu'un gros tas de morve purulente dans le fond d'un bidet rouillé. Gracieuse image…

« Qu'est ce que vous dites, Ievseï ? »  « Nan rien, j'ai dit c'est vrai, z'avez raison sur toute la ligne. Vous êtes clairvoyant, j'suis qu'un sale crevard. Nom d'un calamar. » « Vous vous foutez de moi ?  » Le mec s'était redressé, ses bajoues frémissantes alors que ses lippes happaient l'air à la manière d'un crapaud. Pourtant, je me laissais aller à lui offrir un sourire enjôleur, le dévorant du regard comme s'il me faisait un effet dingue.  « Jamais j'oserais, ce serait mon pire cauchemar.  J'suis trop trouillard. Et vous êtes… si impressionnant comme gaillard.» «  Je m'attendais à ce qu'il me vire sur le champs, sans autre forme de procès mais il se contenta de me fixer un long moment sans que je ne cesse de flirter avec lui outrageusement. Peut-être que mon attitude était suicidaire, je ne me posais pas la question. Pourtant, dans mon malheur, j'eus un coup de bol formidable auquel je ne m'attendais pas du tout. Et au lieu de dénoncer aux autorités ma réputation sulfureuse, il se contenta d'en profiter en me faisant passer sous son bureau en quelques mots plus complaisants. Une fulgurante surprise de la part de ce mec que j'avais toujours pris pour un homophobe convaincu. Je n'eus pas le moindre scrupule à prendre soin de la chose cachée entre ses bourrelets de graisse. Mon esprit était anesthésié pendant que mes lèvres œuvraient, rien n'avait d'importance, pas la moindre.

Je revins dans l'antre familial en fin d'après midi pour tomber sur mon grand-père comateux qui venait manifestement de se lever. Andreï eu le temps de me balancer quelques répliques bourrues de son ton bien à lui pour me prouver qu'il s'était levé du pied gauche, un peu comme d'habitude. Il me rappela donc que j'étais une larve, doublée d'une lopette, au cas où je l'aurais oublié, et que je n'arriverais jamais à rien si je refusais d'accepter enfin de me battre, comme un Ievseï digne de ce nom. Parmi ses descendants, Lizzie était la seule à avoir des couilles, selon lui. Je sentais déjà mes tempes battre au rythme de cette colère qui m'envahissait mais mon bourrin de grand-père ne me laissa pas le temps de lui rétorquer quoique ce soit et prit la porte qu'il claqua avec violence, me laissant seul dans l'appartement. Mon regard dévia vers l'écran de télévision qui diffusait en permanence des extraits choisis des Hunter's Seasons. Les meilleurs moments étant selon eux les scènes les plus sanglantes… Ma tête me tournait et j'infligeai un violent coup de pied dans cette foutue télé en poussant un juron. Je me précipitai vers la porte-fenêtre pour aller aspirer un peu d'air frais sur le vieux balcon. C'était là que je me réfugiais pour aller fumer, les jambes glissées entre les barreaux de la rambarde, pendant dans le vide. J'appuyais mon front contre la barre transversale, clope en bouche, le regard éparpillé. Quand cet oiseau blanc se posa à mes cotés, je cillais légèrement, surpris par son culot. Il n'avait pas l'air farouche et après l'avoir observé avec plus d'attention, je remarquai le petit message enroulé autour de sa patte. Mon cœur se serra alors brutalement, quand je compris d'où il provenait… Je restai immobile, comme figé pendant un certain temps avant de me résoudre à détacher le billet, dans un état second, sans même trouver étrange le comportement de cette colombe, venue se poser contre mon bras.

Je n'arrivais pas à penser correctement ni à réfléchir. J'avais pourtant tenté de le faire, tout le long du trajet qui devait me mener à ce quartier mal famé. Mon cerveau me paraissait poisseux d'une brouillasse obscure qui me freinait comme si je nageais dans une piscine de gadoue. L'abus de coke de ces derniers jours se faisait durement ressentir dans mes muscles douloureux, dans ma nervosité sidérante. J'essayais de la contenir mais elle me faisait trembler sur le siège dégueulasse du métro où j'étais crispé. Quand il s'arrêta au Treme, je me redressais d'un bond pour m'élancer dans les rues sales où un vent tiède m'agressa. J'étais toujours aussi incapable de savoir ce que je ressentais quand je gravis les escaliers de fer noir accrochés à la façade de l'usine, m’imprégnant de cette ambiance familière que j'avais évitée depuis un bon moment. Toutes les odeurs me paraissaient plus fortes, plus chargées de souvenirs et d'émotions fugaces. Mes sens de métamorphe m'offraient une multitude d'informations que je n'étais pas en état de gérer ni même d'appréhender réellement. La descente de came ne faisait qu'amplifier l'état désastreux de mes pensées enchevêtrées, entre colère, paranoïa et tristesse. Les muscles raides, le front lourd et le regard sombre, je frappai quelques coups à la porte, retenant mon bras, alors que j'aurais souhaité la défoncer pour passer mes nerfs.

J'ignorais quel effet cela me ferait de le revoir, alors que j'avais assisté à sa mise à mort dans toute son horreur, dans l'impuissance la plus totale. Ses douleurs avaient dû dépasser ce que l'esprit humain pouvait concevoir et moi, je n'y arrivais pas, je n'y arrivais pas... J'aurais pourtant voulu les prendre avec moi, emporter une part de ses souffrances, comme si j'aurais pu l'en délester en me mettant à sa place dans une empathie enragée. Parce que c'était la seule chose que je pouvais faire, parce que cette impuissance devant mon écran, à me trouver si loin et si proche à la fois, me rendait cinglé. Mais ce qu'on lui avait infligé dépassait mon propre seuil de tolérance et mon esprit en état de choc s'était bloqué sur les dernières images. Celles où Lazlo avait subi le traumatisme de se faire agresser dans la plus extrême des violence par ses proches. Par moi… Dès lors, j'avais tout refoulé, comme si rien de tout ça ne s'était produit. Tuant mes pensées à grands renfort de came, mes émotions s'étaient noyées au fond de mes entrailles. Quand Danny Clocker avait annoncé dans un grand éclat de rire que tout cela n'était que des illusions, j'étais resté prostré devant mon écran, incapable de réaliser ou d'y croire, la tête remplie d'un brouillard opaque. Et ce même brouillard ne m'avait plus quitté jusqu'à ce que je me retrouve là, sur le seuil de l'appartement de Lazlo, les muscles secoués de spasmes douloureux et le regard explosé.

Ce fut un spectre qui m'ouvrit la porte. Pâle comme la mort, il paraissait d'autant plus amaigri et fragile, perdu dans cette immense veste qui l'enveloppait. Des plumes blanches voletèrent devant mes yeux et pendant une seconde fugace, je crus qu'il s'agissait du symbole de l'âme, échappée d'un paradis invisible. Quand je baissais les yeux sur le visage de Lazlo, la vision de son sourire fit frémir mes lèvres dans un léger rictus, en un réflexe instinctif. J'ignorais si j'avais envie de rire aux éclats ou de me mettre à hurler pour extérioriser enfin cette angoisse violente qui menaçait d'exploser à tout instant. Le chacal grattait les parois de ma carcasse, je pouvais presque entendre ses glapissements nerveux hurler dans ma tête. Foutu chacal toxico, le manque de came provoquait en lui une dépression si grave qu'il se sentait prêt à tuer pour ça. Il n'y avait rien d'autre dans ma tête que ces hurlements lugubres, je me sentais piégé à l'intérieur de mon corps, incapable de penser, dévisageant mon ami ressurgi du royaume des morts qui me remerciait de ma venue.  « Oh... j't'en prie. » Mon murmure me paru décalé dans cette situation étrange et irréelle où j'avais la sensation que rien n'était vrai, comme si je flottais dans une autre dimension où je n'avais pas ma place, incapable de me sentir appartenir à la scène, la nervosité et l'angoisse écrasant tout le reste. J'aurais voulu le toucher, l'attraper pour le secouer et lui demander s'il était bien vivant mais ma réaction aurait été sans doute bien plus intense que je ne l'aurais voulu et je n'osais libérer toute cette charge émotionnelle qui couvait en moi comme une bombe. Mes quelques secondes d'hésitation furent de trop car il s'effaçait déjà, dans une révérence, à laquelle je répondis par un vague mouvement de tête.

Je le suivis comme un automate, fermant la porte derrière moi avant d'aller le rejoindre auprès du canapé, le regard flottant. Les lieux n'avaient pas changés depuis la dernière fois, ils étaient toujours aussi fortement imprégnés de tous ces souvenirs joyeux et insouciants. Pourtant, aujourd'hui tout me paraissait différent, il régnait dans l'air quelque chose d'intangible, au-delà de cette multitude d'odeurs que je percevais avec plus de force que jamais. Ça sentait le cannabis, ça sentait le vieux cuir, ça sentait le sexe. L'odeur de Lazlo mêlée à celle d'un autre, l'odeur du thé à la canelle, l'odeur de la fiente de pigeon, l'odeur d'un reste de pizza froide. Même Dita, la colombe, me paraissait étrange, nimbée d'un parfum que je n'étais pas sûr de reconnaître et qui me parvint en une discrète bouffée quand elle gonfla ses plumes. Je suivis le mouvement de Lazlo d'un regard absent avant de me poser à mon tour sur le canapé, à ses cotés, désorienté par cette espèce de distance inédite entre nous. Mes sourcils se froncèrent à sa réplique qui me percuta comme un ballon de volley-ball après un smach et je lui balançai un regard effaré devant le cynisme poisseux qui se dégageait de tout ça. Incapable de rien rétorquer sur le moment, il dû comprendre par mon silence que je n'étais pas enclin à ce type d'humour en ce moment… Dire que je me marrais pour un rien d'habitude mais là, je ressentais juste avec plus d'éclat cette accumulation de rage qui bouillait dans mon ventre comme un volcan. Une rage contre moi-même, contre l’absurdité de ces retrouvailles si froides et étranges… Je préférais ne rien répondre, secouant la tête à ses excuses avant de me frotter le visage de mes paumes, comme pour le nettoyer de ce foutu brouillard. Relâchant un soupir, je me laissais aller contre le dossier du canapé, m'y enfonçant mollement  en observant Lazlo se rouler son joint. Mon regard tomba sur sa main tendue.  « Pourquoi pas rajouter encore un peu plus de flou dans mes pensées, tiens, bonne idée. Jésus… non mais putain de merde. » Cueillant le bédo sans réfléchir, je le portai à mes lèvres pour en inspirer une bouffée avide, les yeux fermés, comme si ça pouvait m'aider à contenir un peu mieux toute cette tension que j'écrasais tout au fond de moi-même.

Restant ainsi pendant quelques secondes, je sentais son regard sur moi pendant qu'il reprenait la parole mais mes paupières restèrent obstinément closes jusqu'à ce que je relâche enfin mon souffle dans une longue exhalaison de fumée. Le contact de ses doigts contre ma peau me fit à peine tressaillir et je retournai le visage vers lui, toujours aussi déphasé, partagé par des envies contradictoires qui se succédaient rapidement dans mes pensées chaotiques. Le désir de l'attraper brutalement dans mes bras pour le protéger du monde entier me coupa le souffle. A la fois la colère me donnait envie de ravager son appartement et de tout envoyer péter. Qu'est ce que j'étais con putain ! Je ne servais à rien, absolument à rien ! Ses derniers mots furent de trop pour moi. Je repoussais soudainement sa main dans une impulsion, comme si elle me brûlait et que son contact m'était intolérable, alors que ce n'était pas lui mais moi, moi qui m’écœurait jusqu'à la nausée !  « Arrête ça ! Putain mais… ta gueule quoi.» Mes propres paroles me heurtèrent par la sécheresse de mon ton qui me dépassait totalement. Tout en me dégageant, je lui rendis le joint, sans doute pour adoucir ce rejet brutal qui me choquait moi-même… Je ne voulais pas ça, vraiment pas du tout, et en croisant son regard bleu, perdu au milieu de son visage si pâle, j'avais d'autant plus la certitude d'être le pire des connards que la terre ait jamais porté. Pourquoi il me regardait comme ça putain, il m'arrachait le cœur et ça me rendait dingue ! Je levais mes mains en l'air, accablé par les sensations qui me prenaient à la gorge et rendait ma voix trop agressive.  « Arrête de tourner tout ça en dérision comme si c'était pas grave ! Arrête de t'excuser ! Arrête de t'inquiéter pour moi ! On s'en fout de moi, non mais tu t'es vu ? Arrête de… de faire ça ! » De me toucher comme ça.

Je me redressai dans un mouvement irréfléchi, incapable de rester assis sans bouger plus longtemps. Mes muscles étaient trop crispés et je balançai un coup de pied dans la table, dépassé par ma colère, cette tension accumulée et cette paranoïa presque psychotique qui pulsait dans mes veines… Le meuble fut propulsé en grinçant sur ses gonds alors que tout ce qui se trouvait dessus tombait mêle mêle sur le sol.  « Putain Lazlo, merde. Tu veux savoir comment ça c'est passé ? J'ai passé mon temps à te regarder, j'ai vu ta mort en boucle à la télé, ton cœur qui… » Mon regard vacilla vers son torse avant de chercher à capter ses yeux qui fuyaient les miens. « Et toutes vos foutues blagues… ça aussi j'ai entendu.» Je grimaçais un peu, incertain de vouloir poursuivre sur ma lancée. Qu'est ce que j'étais en train de faire, putain ? De tout détruire, comme un sale con, tout juste bon à courir droit dans le mur et à foutre en l'air tout ce qui m'approchait. Lazlo ne méritait tellement pas ça, c'était sans doute le mec le plus admirable que j'avais jamais rencontré, un mec qui possédait un courage que je n'aurais jamais pour s'opposer au gouvernement. Un mec avec une âme aussi belle que lui, ce qui était tellement rare… J'aurais tellement voulu être capable de me marrer et de l'attraper par le cou pour me frotter contre sa barbe en riant et lui dire à quel point j'étais heureux qu'il ne soit pas un fantôme et qu'il soit là, faible et blafard mais bien vivant ! Dans un juron sonore, je baissais le regard pour contempler les débris du cendrier brisé sur le sol, mes yeux envahis de picotements. J'allais pas chialer en plus ? Il n'aurait plus manqué que ça pour compléter le tableau que de lui offrir cette scène dégueulasse.

Je levais la main dans sa direction pour lui balancer quelques mots d'une voix écorchée avant de me détourner vivement pour lui masquer mes traits décomposés. « Bouge pas surtout. Tu laisses tes fesses sur ce bon dieu de canapé et tu fumes ton joint. Je reviens. » Je me retournai donc, lui tournant le dos pour m'en aller vers la cuisine d'un pas énergique, dans le but de fouiller ses armoires et dénicher un balais pour ramasser le bazar. J'en profitais pour me frotter discrètement les yeux et respirer un grand coup, une fois la tête camouflée dans le placard. Peut-être bien que j'allais plus jamais en sortir de ce foutu placard tiens, c'était sans doute la meilleure idée que j'avais eue depuis un temps infini. La ramassette se trouvait devant moi mais je fis mine de la chercher un moment, le temps de me reprendre un peu avant de me redresser enfin, lentement. « J'apporterai un autre cendar, la prochaine fois. On sait jamais que j'en trouve un avec une image de saint. Tu pourras me balancer tes cendres dessus tous les jours comme ça. »

 




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The Jackal comes, blood lust on his lips. He craves the dead, our lives in his grips. He's after our hearts, he'll chew and swallow. Blood pours from his mouth, our lives will soon follow. Death comes to those who wait, He feels this. Eyes wide. We try to run from our past, but the truth we cannot hide.
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