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 Faceless strangers without names |Rafael|

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↳ Opinion Politique : Le monde a besoin d'un Gouvernement. Mais pas de celui-là.
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Innocence ~ Tarja
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↳ Citation : "We both strive for the same end. Only our methods differ. Do you not see that? Peace. Stability. A world where men live without fear."
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MessageSujet: Faceless strangers without names |Rafael|   Dim 13 Nov - 13:57


Faceless strangers without names
What about us, isn't it enough? No we're not in paradise. This is who we are, this is what we've got. No, it's not our paradise. But it's all we want, and it's all that we're fighting for, though it's not paradise ••• Les flammes l'enveloppèrent, se développèrent telles une cage autour de lui. La chaleur parvenait presque à transpercer sa combinaison, pourtant créée pour y résister. Bordel, cet incendie était clairement l'un des plus puissants auquel il avait eu à faire face ces dernières années. Ses yeux tentaient de percer la fumée noirâtre qui s'étendait devant lui. Le casque l'empêchait de respirer le nuage toxique mais il entravait par la même occasion sa vision. Ce qui était pour lui déplaire aujourd'hui. Car chaque seconde qui s'écoulait était une chance de moins de retrouver l'enfant en vie. Puisque oui, les incendies arrivaient rarement chez les dirigeants, protégés par les dernières normes, mais plutôt au coeur même de la population. Et Orfeo avait beau balancé le contraire à longueur de journées, voir et laisser les gens mourir devant lui était une torture. Surtout lorsqu'il s'agissait d'innocents. Les enfants étaient victimes sur tous les points. De tous les côtés. Etrangement, l'homme avait autant de mal avec le Gouvernement qu'avec la résistance et les mafias. Tout en plongeant directement dans cette deuxième partie. C'était le problème quand on souhaite se battre contre un système. C'est qu'à un moment ou à un autre, il faut renier une partie de ses valeurs pendant un temps. De toute façon, il n'était même plus sûr qu'il faisait tout ça pour lui. Son frère n'était jamais trop étranger à ses décisions...

Quelques pleurs lui parvinrent. La pièce sur sa droite. Il se déplaça le plus souplement possible, cherchant les meilleurs appuis sur la carcasse en bois prête à s'écrouler. Pour se retrouver face à une porte bloquée. Il pesta, jeta un coup d'oeil derrière lui et constata l'avancée du feu. Le moment n'était clairement plus à la réflexion et il enfonça la porte d'un coup d'épaule. Son regard balaya la nouvelle pièce et accrocha la silhouette recroquevillée sur le sol, sanglotante. Il s'approcha, la prit dans ses bras et souleva le poids plume. Elle tendit le bras en direction du sol. Vers une peluche déjà à moitié détruite. Orfeo la recupéra, la lui fourra dans les bras et entreprit de sortir de ce four. L'enfant n'était pas blessé et il s'appliquait à soigner les petites brûlures qu'il voyait. Certes, ses pouvoirs étaient loin d'être puissant mais il espérait qu'ils étaient nécessaires pour soulager quelque peu la douleur. Le parquet supporta ce poids nouveau, à son grand soulagement, et il put retrouver la sortie sans encontre. Et donner l'enfant aux ambulanciers et médecins qui allaient certainement mieux s'occuper d'elle que lui. C'était leur boulot après tout.

Sauf que cela ne s'arrêtait pas là. Maintenant, il y avait un feu à éteindre. Parce qu'on était à la Nouvelle-Orléans, avec son soleil et sa chaleur permanente. Si tout cela s'était déroulé à New-York... Le feu n'aurait jamais pris. Ici, les flammes léchaient le bâtiment et s'élevaient dans le ciel. Le quartier avait été évacué sur plusieurs patés de maison et ses collègues et lui essayaient désespérément de contenir l'incendie. Un peu en vain, dans un premier temps. C'était se battre contre la nature. Une bataille impossible. Sauf si on y ajoutait une bonne dose de persévérance. Les heures s'écoulaient et, finalement, à la lueur du soleil, le bâtiment retrouva son squelette. Les cendres ne fumaient plus, aucun départ de feu n'était à prévoir. Enfin la délivrance après une nuit passée à combattre en feu particulièrement virulent. A croire qu'il avait été voulu. Enfin, ne nous avançons pas trop là-dessus. Dans tous les cas, même s'il avait été criminel, personne n'aurait réellemet cherché qui aurait bien pu faire ça. Seule une famille avait été touchée, sans lien apparent avec les dirigeants, à quoi bon alors... ?

Le retour à la caserne se fit dans le silence, tous étant en train de penser à la nuit de sommeil qu'ils allaient faire en décalé. Orfeo y resta plus longtemps quant à lui, n'ayant personne pour l'obliger à rentrer et surtout, sa garde continuait jusqu'à midi. Cependant, il se prit une dizaine de minutes pour se prendre une douche et retirer la transpiration et les cendres qui lui collaient à la peau. Etrangement, ce petit répit lui permit de se rappeler que son souvenir le plus intense de sa... Vie antérieur fut le bûcher. Et la douleur, les flammes se rapprochant presque trop lentemment. La chaleur s'infiltrant sous la peau, la décollant. Les regards rivés sur lui, animal de foire qu'il était. Le manque d'empathie. La compréhension au point mort aussi. Pourquoi lui ? Pourquoi cette mort ? Pourquoi ? Sa main s'enfonça dans le mur de la douche, pour contrecarrer les pensées qui s'infiltaient en lui, pourrissant un peu plus son coeur. Au moins, la douleur, bien que succincte, l'ancra dans le présent. La douche en fut légèrement écourtée. Mieux valait qu'il évite de rester seul s'il devait s'abîmer pour ne pas divaguer. Surtout qu'il avait réellement choisi le meilleur métier compte tenu de son passé.

Le sorcier se laissa tomber dans le canapé de la salle de repos, son verre d'eau à la main. Puisque la caserne restait liée au Gouvernement, il n'était donc pas bien vu d'y consommer quoi que ce soit d'interdit par celui-ci. Ce qui était logique et compréhensiblen, les chefs tenant à leur siège. Orfeo posa ses pieds sur la table basse et laissa sa tête basculer sur le dossier, rivant ses yeux au plafond. Quelques minutes ou quelques heures de répit. Voilà qui lui ferait le plus grand bien. Même si c'était beaucoup trop beau pour être vrai. Un raffut pas possible parvint à ses oreilles, bientôt suivi de quelques éclats de voix. Il haussa un sourcil, hésita quelques secondes. Etait-il nécessaire de s'en mêler ? Parce que se connaissant, il allait juste se mettre un peu plus dans la merde. Et attirer l'attention n'était pas le meilleur à faire dans sa situation. Surtout avec la mafia. Ce serait du suicide qu'on commence à le soupçonner d'une quelconque trahison. Et si son frère s'en mêlait... Mieux valait ne pas y penser, vu leur dernière discussion.

La porte derrière lui s'ouvrit brusquement et un homme se glissa devant lui, bien propre sur lui. Un peu trop propre sur lui. Et Orfeo ne le connaissait ni d'Eve, ni d'Adam. Son deuxième sourcil rejoint le premier. Un membre du Gouvernement ? En tout cas, c'était la première chose qui lui était passée par l'esprit. Avait-il parlé trop vite ? Certainement. Voilà qui était fort embêtant. Il pinça les lèvres, adoptant son sourire le plus naturel et sa posture la plus innocente. Toutes ses interventions acerbes seraient à mettre sur le compte de la fatigue bien sûr. Maintenant... La raison de la venue. Orfeo écouta dans un silence religieux, se contentant d'écarquiller les yeux à quelques mentions. Sur les dix minutes que l'explication a duré, il avait retenu à peu près ça : " Je suis envoyé par Monsieur Morienval pour vous prévenir que vous êtes suspectés de vous être introduit sur un site d'entraînement de l'armée. ". Et après, le reste était passé à la trappe. Parce qu'il venait d'apprendre que son frère n'avait même pas jugé bon de bouger son cul pour lui en parler. Qu'il avait envoyé un émissaire pour lui annoncer la nouvelle. Maintenant, il hésitait réellement entre hurler et frapper le pauvre homme ou rester calme et zen. Et la seconde option fut choisie, puisque de toute évidence, son intercuteur n'y était pour rien. Il finit par lui adresser un sourire fatigué, et le remercia de sa venue. Bordel.

Les dernières heures avant son repos furent clairement stressantes. Parce qu'il y avait des dizaines de questions qui se bousculaient dans sa tête. Il avait cru pouvoir échapper à une quelconque enquête en mettant en avant un appel de détresse reçu et son boulot de sapeur-pompier, toujours là pour aider. Néanmoins, il allait faire face à son frère maintenant. Jouer ce numéro serait nettement plus compliqué, lui qui le connaissait si bien. Et même s'il avait toujours été quelqu'un d'altruiste, ses relations avec Rafael étaient quelque peu... Tendues. Entre cette envie de retrouver leur lien passé et celle de le secouer et de lui rappeler qu'il vivait sa propre vie à présent. On ne peut renier les liens du sang si facilement... Enfin, dès que l'horloge sonna, il se précipita sur la porte de la caserne et traversa la ville au pas de course pour aller voir son frère. Dans les immeubles gouvernementaux. Même si ce n'était peut-être pas la meilleure des idées que de se jeter dans la gueule du loup. Mais s'il voulait des réponses, quelles qu'elles soient, il lui faudrait mettre de côté cette fierté qu'il se vantait d'avoir. Celle qu'il essayait de se construire en même temps que son image de connard. Il se pointa devant les grilles, protégées par plusieurs gardes. Super. Il en aborda un, avec la voix qu'il voulait la plus neutre au monde :

" Je voudrais voir Rafael Morienval. "

Il passa outre les quelques ricanements que cela put produire. Dans tous les cas, son visage était des plus sérieux et c'est ce qui dut faire pencher la balance de son côté. Ca et le fait qu'il n'avait absolument aucune arme ou explosif sur lui. Et que ça se voyait. Il ne représentait pas une menace directe. Et dans tous les cas, les gardes étaient beaucoup plus réactifs que lui donc... Il était suicidaire, certes, mais pas à ce point. Maintenant, il attendait juste. Si Rafael avait été prévenu, il le verrait bien. Bon, il y avait une grande chance pour qu'il l'envoie paître avec de magnifiques mots. Mais qui ne tente rien n'a rien. Et Orfeo tentait beaucoup le Diable ces derniers temps... Ses yeux se posèrent sur les immeubles du Gouvernement. Seule sa respiration, légèrement nerveuse, brisait le silence qui s'était installé depuis sa demande. Et le temps qui défilait. Jusqu'à ce que quelques mots glissent de ses lèvres :

" Rafaele, so que sei qua, alora scendi della tua torra dorata e vieni a vedermi... " *

L'emploi de l'italien avait été le plus naturel à cette seconde précise, tandis que ses yeux s'attardaient sur les fenêtres des bâtiments. Peut-être que son frère n'y était tout simplement pas. Mais que personne ne jugeait bon de le lui dire. Sauf que son instinct lui hurlait le contraire. Alors, il continuerait d'attendre. Même si sa patience avait des limites. Combien de temps accepterait-il ce silence ? Cette attente ? Quelques minutes, quelques heures ? Avant qu'il n'applique l'idée que son esprit lui avait soufflé. A savoir s'en prendre à un des gardes. Provoquer, en espérant faire sortir Rafael de son antre. Une idée à double tranchant. Mais qu'il prendrait la peine de mettre en place s'il le fallait.


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* " Rafael, je sais que tu es là, alors descends un peu de ta tour dorée et viens me voir... "
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« Le prodige et le monstre ont les mêmes racines. »

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MessageSujet: Re: Faceless strangers without names |Rafael|   Dim 13 Nov - 21:50

Des larmes brûlent mes rétines, je résiste au besoin de les chasser, je résiste à l’envie de les faire disparaître. Je résiste, même, à la tentation de fermer les yeux et de remettre devant mes pupilles à la sensibilité douloureuse des verres complètement opaques. Droit comme un i, bien au contraire, raide et impassible, je fais face à la ville qui s’étire en contrebas, je contemple ce que le loup considère à tort comme son domaine et les minuscules vies qui tentent de survivre dans une société corrompue par le surnaturel, l’ambition, l’immoralité et l’immortalité. Et je fais partie de cette corruption, je la charrie sous toutes ses formes dans mes veines et dans cette colère qui broie mes tripes, embrase mon être et consume tout ce qui pouvait rester de l’humain. Un bruit dans mon dos, il me suffit d’un regard dans la baie vitrée pour observer le reflet de mon nouveau secrétaire qui pose avec prudence et discrétion de nouveaux dossiers sur mon bureau. Et s’attarde dans la pièce, visiblement hésitant quant à la conduite à tenir. Dans un soupir, je passe un index sur mes paupières pour enfin annihiler toute trace résiduelle de cette faiblesse passagère que je m’impose en m’obligeant à me confronter à une lumière vive pour rééduquer ma vision bien trop longtemps malmenée. Dans un même mouvement, j’occulte de mon champ de vision forme et couleur, luminosité et ombre, je repasse dans le noir le plus complet dans un soupir imperceptible de soulagement. Aussitôt, mes autres sens prennent le pas. Aussitôt, mon ouïe semble gagner en acuité, aussitôt des odeurs et des textures s’imposent et prennent le dessus sur le reste. Mon secrétaire est toujours devant, raide comme un piquet, immobile. J’ignore s’il est paralysé ou simplement patient, je fais un pas en avant dans sa direction, sans que mes verres teintés ne le quittent du regard. « Vous avez quelque chose à me dire, Maximilian ? » Un murmure soufflé chargé de menace. Je lui accorde de mon temps, il n’a pas à le gaspiller en paroles vaines et en interventions vides de tout sens. J’entends son souffle se couper, sa gorge s’éclaircir dans une toux qu’il aurait souhaitée plus discrète, assurément, et ses mains glisser sur les feuillets qu’il tient toujours, comme pour s’assurer de leur tangibilité.

« Vous aviez demandé à être tenu au courant pour le dossier Renzacci, monsieur. » J’attends une poignée de secondes qu’il poursuive, peu enclin à user de salive pour énoncer ce dont il est déjà au courant. Bien évidemment que j’aie demandé à être tenu au courant, je garde un œil sur Orfeo comme je le peux depuis que j’ai eu les pleins pouvoirs sur les Services Secrets. Fou aurais-je été si je n’avais pas exploité tous les outils et sources d’informations mis à ma disposition pour mon propre usage. Le silence s’étire, prend ses aises, j’ai les bras croisés et une posture qui clame l’attente. Finalement, d’une voix tremblante, il finit par tenter un courageux « Et… et… » Ma voix claque, dans un soupir agacé, je romps mon immobilité en marchant d’un pas vif en direction de mon bureau que je retrouve du bout des doigts au bout d’un nombre de pas tout calculé. « Et bien, je ne vous paye pas au nombre de mots, inutile de tous les répéter un nombre incalculable de fois. Le message a-t-il été délivré ? » Il inarticule quelques syllabes incompréhensibles avant de s’interrompre et d’inspirer à plein poumon. « Oui monsieur. Et… » Je l’entends se couper à l’instant où il allait répéter ce et chargé de dissiper son malaise. « Il est en bas du bâtiment, monsieur. Il a explicitement demandé à vous voir. » Un sourire amusé s’étire aussitôt sur mes lèvres. Le petit Orfeo n’a donc pas changé autant qu’il a tenté de me le faire croire aux premières heures. Il n’y a guère que sa naïveté qui puisse rivaliser avec son intelligence particulièrement limitée. « Monsieur ? » J’enlève mes lunettes pour fixer mes pupilles bien trop claires sur le jeune politicien qui a eu le malheur de m’assister. « Ne le faites pas monter, ignorez le, il finira bien par s’impatienter. » Il s’incline et fait un pas en arrière en me tendant les derniers rapports qui subsistaient entre ses mains, ceux rédigés par mes hommes envoyés s’occuper de mon frère pour le mettre en garde contre sa curiosité malvenue.

Mes doigts parcourent les pages rédigées en braille pendant que mes yeux redécouvrent ce système d’écriture. Et m’en parasitent la compréhension, sans que je n’y puisse faire quoique ce soit. Mes pensées, de toute manière, voltigent sans cesse en direction de l’individu qui patiente désormais depuis plus deux heures. J’ai toujours eu à cœur d’avoir un comportement de précepteur et d’éducateur avec mon petit frère, il n’y a pas de raisons pour que cela change, même sept cent soixante ans plus tard. Et la leçon du jour porte sur la patience, et sur le respect que toute personne doit avoir pour ses supérieurs. D’un mouvement assuré, je rature un compte rendu, rectifie en clair de cette écriture incisive que j’ai toujours eue les lignes maladroites, m’attardent sur une nouvelle autorisation et un énième compte-rendu de surveillance avant d’apposer, pour ce dernier, une signature qui révèle non seulement mes initiales mais qui me forcent à délier un Morienval à l’existence controversée. Morienval, Renzacci, les deux identités me semblent désormais aussi factices l’une que l’autre, la première représentant ce besoin viscéral que j’ai toujours eu de me redéfinir sans l’ombre oppressante de mon aïeul, la seconde tout cet héritage auquel j’ai tourné le dos mais qui me rattrape désormais de la manière la plus violente que l’on puisse imaginer. Un grincement, mon secrétaire pose pour la seconde fois un pied dans mon bureau. « Il est toujours là, monsieur. Et il a, semble-t-il agressé brutalement un garde. J’ai transmis vos instructions, ils le gardent dans une salle d’interrogatoire mais ne l’ont pas blessé. Souhaitez-vous que… » Je le coupe d’une voix sèche, sans prendre la tête de relever la tête de mes papiers. « Merci. Faites leur savoir que je vais m’entretenir avec lui. Vous remercierez les gardes de ma part et ferez parvenir un petit quelque chose à celui qui a subi l’agression. Vous trouverez quoi. Et qu’on le fasse transférer dans l’une des salles de réunion. »

Je laisse le temps filer encore une bonne heure avant d’emprunter l’ascenseur en direction des salles de réunion, quelques étages en contrebas, sans me presser outre mesure. Lorsque j’arrive à destination, je congédie sans y penser ceux restés pour assurer la sécurité, observe un instant mon frère à travers l’une des vitres qui dévoilent l’intérieur de la pièce. Je prends le temps de réajuster ma chemise, d’en tirer proprement les manches et de me délester de ma veste, avant de faire signe pour que l’on m’ouvre la porte. « Orfeo. » C’est un constat. Son nom se teinte de notre langue maternelle, cet italien du treizième siècle aux consonances chaleureuses. La porte se ferme derrière moi, mes doigts glissent sur le dossier de l’un des fauteuils qui entourent une table centrale. « Tu souhaitais me voir ? Qu’y a-t-il de si pressé ? » Ma voix se traîne et s’impose, sans que je n’aie besoin d’hausser le ton. « Il me semblait que nous avions été plus ou moins clairs l’un envers l’autre la dernière fois, lorsque nous avions tous deux convenus de ne plus se mêler de la vie de l’autre. »


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MessageSujet: Re: Faceless strangers without names |Rafael|   Lun 14 Nov - 15:36


Faceless strangers without names
What about us, isn't it enough? No we're not in paradise. This is who we are, this is what we've got. No, it's not our paradise. But it's all we want, and it's all that we're fighting for, though it's not paradise ••• L'attente, la patience. Il connaissait. Cependant, depuis les retrouvailles avec son esprit, il devenait agacé plus rapidement. Plus facilement. C'était humain après tout, maintenant qu'il pouvait percevoir l'ironie, les regards dégoûtés, la haine. Ce qui lui avait semblé normal ne l'était plus. Même si son frère lui rappelait sans cesse ce qu'il avait pu être par sa simple présence. Son frère-même qui, après l'avoir condamné, continuait de le surveiller et de s'occuper de lui à sa manière. L'envoi de l'émissaire le prouvait. Pourquoi prendre la peine de le faire, tout en laissant son nouveau nom être prononcé ? Orfeo n'était pas le premier à pénétrer dans le Bayou, il en était certain, et pourtant, il n'était pas sûr qu'un seul des autres eut droit à un tel honneur. Celui de recevoir une remise à l'ordre de Monsieur Morienval en personne. Rien que ce nom le tendait, lui donnait envie de secouer Rafael. Ce changement faisait partie d'une stratégie pour oublier ce qu'il avait été. A quoi bon ? A quoi bon vraiment, se battre contre une identité de lettres alors qu'il n'a pas changé au fond. S'il voulait réellement détruire ce passé, qu'il y aille franchement plutôt que de continuer encore et toujours à faire ce qu'on lui avait appris. Bon, après, Orfeo n'était peut-être pas le mieux placé pour faire des remarques. Parce qu'il se basait sur des souvenirs certainement corrompus, des souvenirs captés par un cerveau malade. Mais qu'importait, il avait aujourd'hui des sens pour obtenir des informations et un esprit pour les traiter.

Les minutes s'écoulaient, rapidement suivies d'heures. Les nerfs à vif, il se tenait droit comme un piquet devant les grilles. Les murmures autour de lui, les sourires cachés, les remarques piquantes, il supporta encore. Les yeux rivés sur le bâtiment, à s'interroger sur la présence de Rafael. Il aurait pu partir. Il aurait dû partir. Leur dernière discussion avait été si claire. Ne pas se mêler des affaires de l'autre, le laisser vivre. Cependant, son frère avait brisé ce "pacte" en premier. Orfeo n'avait donc aucun remords à se planter devant son lieu de travail. A le foutre un peu dans la merde aussi. Mentir ne faisait pas forcément partie de ses habilités, d'autant plus lorsque son adversaire était un membre éminent du Gouvernement. Pourtant, il essaierait. Si cela pouvait chatouiller ne serait-ce qu'un peu Rafael... Ce serait déjà ça de gagner. Lui faire comprendre que sa vie était sa vie. Et s'il avait envie d'aller flirter avec le danger. Il irait. Et surtout que s'il voulait lui faire une remarque, il pouvait se bouger le cul lui-même, plutôt que d'envoyer un de ses hommes le faire à sa place.

Orfeo ne se souvint pas réellemet de ce qui fut le déclic dans son geste. Peut-être était-ce la remarque de trop, le temps à poireauter devant les bâtiments, sans aucune nouvelle, le manque de sommeil, et de nourriture, la nuit harrassante qu'il avait passé. Des petits détails qui, s'accumulant avec l'attente et le besoin d'en savoir plus, l'avaient fait exploser. Son poing s'était fiché dans le garde juste à côté de lui. Violemment, la force décuplé par l'agacement et la colère. Avant qu'il ne le plaque brutalement contre la grille. Heureusement, il n'eut pas à aller plus loin, on cherchait déjà à l'immobiliser. Pour la forme, il résista quelques secondes avant de se laisser balader. C'était une façon d'attirer l'attention. Pas la plus subtile mais... On le plaça dans une salle d'interrogatoire. Et il se rendit compte qu'il n'avait pas été blessé, sauf au niveau des phalanges. Ce n'était que quelques cicatrices, certainement vestiges de sa nuit. Vu comment les gardes s'étaient appliqués à ne pas le toucher...

Encore un peu d'attente. Orfeo était bien tenté de poser quelques questions aux miliciens mais vu ce qu'il leur avait fait... Il serra un peu plus les dents en jetant un regard aux menottes autour de ses poignets. Bon, au moins, ils avaient une réaction à peu près logique. Même s'il ne resta pas bien longtemps dans cette salle. On revint le chercher, toujours dans le silence, et on le trimballa dans les couloirs. Un ascenseur pour monter de quelques étages et il atteignit... Les salles de réunion. Elles s'étendaient de toute part autour de lui. Ce n'était même plus un traitement de faveur à ce point. Parce que oui, à part si on tuait les citoyens sur un parquet en bois massif ou des meubles historiques, il y avait de grandes chances pour qu'il voit son frère. Ou le Gouvernement avait envie de dégueulasser son bâtiment. Mais ça, ce n'était pas trop son problème. Il se contenta de suivre ses guides, qui lui jetaient des regards noirs et qu'il sentait tendus. Un léger sourire triste se pointa sur ses lèvres. Il aurait préféré ne pas en arriver jusque-là. Les miliciens n'étaient pas connus pour avoir des états d'âme et il se doutait qu'à leur prochaine rencontre, il en pâtirait très clairement. Mais le jeu en valait la chandelle.

Les chaînes quittèrent ses avant-bras, lui faisant arquer un sourcil alors qu'on lui ouvrait la porte d'une des salles. Ils étaient si confiants... Il entra sans dire un mot, tandis que le déclic caractéristique d'une serrure se faisait entendre dans son dos. Il remonta les manches de sa chemise, entreprit de la lisser un peu tout en laissant son regard se promener sur la pièce. Elle était plutôt petite, avec en son centre une grande table entourée de nombreuses chaises. On pouvait même distinguer l'écran blanc intégré au plafond. Bref, de la technologie, et une salle parfaite pour que les ministres et dirigeants s'y réunissent pour mettre leurs plans à exécution. Il finit par se détacher de cet environnement qui lui semble décalé et reposa son regard sur ses phalanges meurtries. Son pouvoir de guérison se mit à l'oeuvre pour essayer de diminuer un peu ça. Certes, ce n'était pas grand-chose mais il aurait aimé se présenter parfaitement devant Rafael. Histoire de fierté, qu'il avait déjà bien balancé aux oubliettes mais bon. Qu'il ramasse le peu qu'il lui reste.

Debout, immobile, il attendit encore. Bordel, il aurait dû s'appeler Désiré à ce point... Un soupir quitta ses lèvres alors que la porte se rouvrait dans son dos. Accompagné d'un prénom. De son prénom. Prononcé avec la même aisance, le même accent que sept siècles plus tôt. Ce devait être le souvenir le plus clair de cette période. Il se retourna, détailla la silhouette de son frère. Il avait toujours cette prestance, cette autorité, ce charisme qui envahissait la pièce dans laquelle il se trouvait.

" Rafaele. "

Il répondit avec les mêmes intonations, les mêmes consonnances. Pourtant, ce passé était bel et bien révolu. L'Italie avait disparu de la surface de la planète. Leur si beau pays réduit à l'état de miettes. Il tira une chaise jusqu'à lui et se laissa tomber dedans. Rester debout n'était plus nécessaire maintenant. Certes, cela donnait l'impression qu'il se mettait par lui-même en position d'infériorité. Et il se peut que Rafael saisisse l'opportunité. Cependant, Orfeo savait que rester en face à face pur avec lui pourrait créer une tension certaine. Et un besoin de lui mettre son poing dans la mâchoire avant de réclamer une étreinte. Donc, il fit en sorte que cette idée ne lui traverse jamais l'esprit. Il s'appuya contre le dossier, laissa ses doigts tapoter nerveusement contre la table, ignorant l'engourdissement et les légers picotements que cela provoquait sur le reste des blessures. Il leva les yeux au ciel, machinalement, quand son frère lui demanda ce qu'il y avait de si pressé. Heureusement que ça ne l'était pas tant que ça, sinon, il aurait eu le temps de mourir un nombre incalculable de fois. Cependant, Rafael devait en avoir parfaitement conscience. Il était celui des deux qui calculait le plus ses décisions. Il suffisait de regarder leurs deux réactions, à l'opposé l'une de l'autre. Orfeo avait suivi un coup de tête, ce besoin de confronter son frère, là où l'autre s'était contenté de mettre les pièces de l'échiquier en place. Et d'attendre.

Alors, Orfeo resta silencieux à son tour, attendant simplement que son frère continue. Parce que c'était ce que son ton de voix supposait. Et qu'il était doué pour faire passer son autorité au travers de quelques silences, d'un timbre légèrement traînant. Le sorcier aurait cru voir quelques changements par rapport à la dernière fois. Innocemment, naïvement. Finalement, il appréciait bien trop Rafael. Ou plutôt il ne voulait pas perdre l'image du frère qu'il avait. Et c'était ce paradoxe qui le conduisait à chercher son attention tout en lui hurlant qu'il vivait très bien sa vie seul. Sans lui dedans. Les derniers mots de son frère le laissèrent interdits quelques secondes. Avant qu'il n'éclate de rire. Un rire jaune. Cette faculté sublime de vouloir le placer en tant que briseur. Sauf qu'il n'y était pour rien cette fois-ci. Presque pour rien.

" Tu poses des questions auxquelles tu peux répondre par toi-même maintenant ? Et j'avais besoin de te parler de certaines... Choses. "

Encore une fois, il devait se douter de pourquoi il était là. En fait, il avait mis le doigt dessus d'entrer de jeu. Ne pas s'intéresser à la vie de l'autre. Pourquoi il était si compliqué de se tenir à ce que l'on disait ? Enfin, de par son boulot-même Rafael était capable de tenir la vie de son frère entre ses mains. Peut-être qu'il avait un dossier complet à son égard sur son bureau. Cela ne l'étonnerait guère étant donné l'homme qui se dressait face à lui. Maintenant, la raison de sa venue...

" Il pourrait être bien de l'appliquer sur toi-même alors, non ? A moins que l'homme qui m'a délivré ton message ce matin se soit malencontreusement trompé de destinataire ou d'émetteur... "


Il tenait à adopter un comportement similaire à Rafael. Parce que copier et adapter étaient bien plus faciles que d'être lui-même aujourd'hui. La dernière phrase avait été laissée en suspens. Orfeo ne croyait pas trop à une erreur. On ne balançait pas le nom d'un homme aussi haut placé dans le vent. Sauf si on voulait en payer le prix fort. Ses yeux bleus s'accrochèrent aux lunettes teintées de son frère. C'était toujours étrange de parler à quelqu'un sans voir ses iris. Déjà que Rafael n'était pas des plus expressifs mais si en plus on retirait un des seuls moyens de le comprendre... Le sorcier soupira doucement avant de continuer.

" Tu aurais pu venir de toi-même. Ou peut-être que tes yeux t'empêchent encore de te déplacer librement ? "

Une remarque acide, laissant penser qu'il le considérait comme un handicapé. Au même titre que lui lorsqu'il était limité. Alors qu'en réalité, il tentait de masquer une réelle inquiétude. Celle que son frère ne retrouve jamais complètement la vue. Comme une hantise, un pincement au coeur. Mais quelle idée qu'il avait eu ce con de protéger le président...

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MessageSujet: Re: Faceless strangers without names |Rafael|   Mar 29 Nov - 21:44

Mon pas ralentit à quelques mètres de la salle de réunion dans laquelle se tient mon petit frère. Mon pas ralentit, mon cœur accélère, contre mon gré dans les deux cas. Orfeo. Des mois que je ne l'ai pas vu. Des mois que je ne lui ai pas parlé. Et pourtant, pas à un instant il ne s'est effacé de mon esprit, comme un souci constant et douloureux en périphérie de mon âme. Qu'il est difficile de savoir exactement ce que je ressens pour mon petit frère, cette créature faible et malingre que la sage-femme avait déposée dans mes bras, à ma demande, dès son arrivée au domaine. Qu'il est difficile d'oblitérer de ma mémoire ma panique lorsqu'on a menacé de me l'enlever, qu'il est difficile d'éradiquer de mes souvenirs l'odeur âcre d'un bûcher allumé sous mon ordre, d'une chair se carbonisant sous mes yeux secs, d'un au revoir murmuré, articulé doucement comme un acte de défi envers celui qui m'a forcé à choisir. Mon frère. Un imbécile, un être innocent, un maudit lui aussi. Je résiste à l'envie de l'observer par l'une des vitres de la pièce, je résiste à l'envie de faire volteface pour l'éloigner de moi, je résiste à l'envie de le rejeter. Il est tout ce que j'abhorre, il est tout ce qui me reste. Il est tout ce que je hais, il est mon petit frère. Une inspiration, une main se pose sur la poignée, l'ouvre et se décale pour me laisser le passage. Cette canne qui ne me quitte plus depuis deux ans maintenant, lorsque j'avais momentanément perdu l'usage de ma jambe, claque sur le sol. Seigneur. D'un pas souple, je m'avance dans une lenteur digne. Seigneur. Tout mon être transpire mon aïeul, je me fonds dans la peau de celui que j'ai toujours craint, je représente mon propre cauchemar face à Orfeo, comme pour mieux revendiquer cette noirceur que j'ai embrassée pendant son absence. Son prénom s'articule dans mes lèvres, accentué de notre langue maternelle, comme l'écho de notre enfance. C'est un constat, c'est une observation épurée, sans la moindre chaleur, sans la moindre trace de ce que mon esprit hurle. Sa réponse est un écho, sa réponse est une gifle assénée avec maîtrise, une gifle qui manque de m'arracher un sourire. Faible rictus posé sur mes lèvres, je tique. Rafaele. Mon prénom semble anormalement humain, anormalement dénué d'animosité. C'est un constat à son tour, mais c'est un constat que fait mon petit frère.

Petit frère. D'un œil, je le vois s'asseoir. Mes mains se contentent de se crisper autour d'un dossier, sans que le loup ne parvienne à abaisser sa garde. L'homme ne veut qu'une étreinte de son petit frère, le loup montre les crocs et se noie dans un souvenir d'une eau sauvage s'immisçant dans sa gueule. Un silence, j'arque un sourcil. Il a appris à se taire, il a appris à grandir, il a appris la patience. Il a appris. Et je ne peux m'empêcher de sourire sous ce simple constat. Un léger sourire, rien de plus qu'une ombre, rien de plus qu'un frôlement, rien de plus qu'un soupir, mais un sourire nostalgique. Ma voix se traîne, détache les mots avec soin pour s'en délecter de chaque syllabe. Savoir parler, savoir s'exprimer est un art que j'ai appris à maîtriser dès le plus jeune âge. C'est un art au même titre que la peinture, c'est un art au même titre qu'un dessin. Un ton est une nuance, une intonation est un dégradé et les souffles et soupirs, et les respirations sont des traits de crayon délaissés sur une toile comme une ombre laissée en écho pour rappeler à la réalité ce qu'était le rêve originel. " Tu poses des questions auxquelles tu peux répondre par toi-même maintenant ? Et j'avais besoin de te parler de certaines... Choses. " Impertinence. Insolence. Le loup grogne et gémit dans mon esprit, réagit vivement face à ce qu'il ne peut voir que comme de l'insubordination. Mais le loup, le loup n'est rien face au frère ; le loup n'est rien face à l'aîné et Orfeo est bien le seul que le loup ne puisse pervertir. Impertinence, insolence, insubordination, tout cela dépose une nouvelle fois sur mes lèvres un sourire. Encore. Une nouvelle fois, une fois de trop. Sans chercher à imposer ma voix s'étire dans la pièce comme un félin nonchalant, prend elle-même le pouvoir « De certaines choses... quel suspens, petit frère, tu m'en vois intrigué... » La raillerie est là, légère mais belle et bien présente. Je me détache du fauteuil, le tire dans un bref mouvement pour m'y installer tout en grâce et maintien, le dos bien droit. Mes jambes se croisent, mes mains se joignent sur mon genou dans une posture d'attente. Et bien, hurle mon être, et bien, Orfeo, explique moi donc pourquoi il t'a été si nécessaire de venir me déranger. Ma patience me muselle, me fait taire et me laisse muet.

"Il pourrait être bien de l'appliquer sur toi-même alors, non ? A moins que l'homme qui m'a délivré ton message ce matin se soit malencontreusement trompé de destinataire ou d'émetteur... " Je fronce les sourcils. Mon visage jusque là détendu s'obscurcit sous le reproche, je plisse les yeux derrière mes verres en fixant mon petit frère. Est-ce un reproche que j'entends ? Une accusation ? " Tu aurais pu venir de toi-même. Ou peut-être que tes yeux t'empêchent encore de te déplacer librement ? " Un claquement de langue agacé le met en garde, je siffle un « Surveille ton ton, Orfeo. » acide et autoritaire qui m'échappe sans crier garde, détruisant mon self-control et ce maintien que j'ai dans une impulsivité inattendue. Mes mains se décroisent, je me redresse et enlève mes verres teintés pour fixer mes rétines cicatrisées sur mon petit frère. Des rétines hypersensibles, aux pupilles dilatées, des rétines qui ont malgré tout enfin quitté leur immobilité. « Je ne m'abaisse pas à aller délivrer des messages, tu devrais le savoir. Tu ne fais pas exception, ne te crois pas plus important que ce que tu es. J'ai respecté ton souhait, j'ai mis de la distance, que demandes-tu de plus ? Penses-tu réellement que cet avertissement était un traitement de faveur ? » C'en était un, clairement. Et le fait que j'en parle alors qu'il ne faisait que le sous-entendre est un aveu de ma part. Je ferme les yeux dans un mouvement d'humeur et un nouveau claquement de langue, avant de les rouvrir sans plus tarder. « Fais attention à toi, petit frère, je ne peux faire d'exception, je ne suis même pas de ceux qui en font. Tu t'es mépris sur ma mise en garde : elle n'était là que pour te rappeler que si tu tombes, je ne te tendrai pas la main. »


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MessageSujet: Re: Faceless strangers without names |Rafael|   Aujourd'hui à 15:15


Faceless strangers without names
What about us, isn't it enough? No we're not in paradise. This is who we are, this is what we've got. No, it's not our paradise. But it's all we want, and it's all that we're fighting for, though it's not paradise ••• Il ne s’était pas réellement rendu compte des pauses qu’il avait effectuées entre ses paroles. Elles n’étaient pas voulues, il s’agissait simplement de mettre de l’ordre dans ses pensées, de choisir les bons mots malgré les émotions contradictoires qui le bouffaient de l’intérieur. Evidemment, le plus simple aurait été de les laisser sortir. De juste hurler un bon coup et de secouer son frère. Cependant, ce serait lui donner raison sur lui-même, sur tous les défauts qu’il lui attribuait. Alors, Orfeo se contentait de prendre le temps de réfléchir, de mettre les pièces en place. Et dieu que c’était dur. Surtout qu’il était assis, qu’il ne pouvait pas tourner en rond et qu’il devait garder son calme envers et contre tout. Mais bon, il fallait croire qu’avec Rafael, rien ne se passait comme prévu. Il avait ce don quasi-divin de le faire sortir de ses gongs par sa simple présence. Peut-être parce qu’il n’avait toujours pas de réponses à des questions pourtant existentielles. Oui, ce devait être ça. Voir son frère face à lui tout en sachant que ses questions resteraient au stade de questions. Agaçant de rester à ce point dans le noir. Si seulement il pouvait lire dans son esprit. Si seulement rien de tout ça ne s’était passé. Si seulement ses talents de sorcier ne l’avaient pas fait basculer en enfer. Aucune explication ne serait nécessaire au geste de Rafael.

Puis les mots étaient sortis, bien plus acides qu’à son habitude. Comme pour montrer à Rafael que jouer avec lui n’était plus une si bonne idée. Comme pour cacher tout l’amour qu’il portait encore à ce frère. Une réaction de défense comme une autre, une de celles qu’il se permettait d’avoir assez facilement. Son interlocuteur s’était d’ailleurs assis à son tour sur une des chaises. Droit. Majestueux. Appliquant ce qu’il avait toujours dit détester. Peut-être que si Orfeo s’était souvenu dans les détails de son enfance, il aurait pu associer l’image face à lui à celle de son père. De son grand-père. Bref, celle de cet aïeul qu’il haïssait par-dessus tout. Mais ce n’était pas le cas. Alors, le sorcier se contenta de le détailler, d’apprécier le charisme qui le frappait de plein fouet. Avant de prendre conscience du gouffre qui les séparait et qui se montrait une fois de plus. Que c’était agaçant d’être à cette place. Si petit, si peu doué, si peu manipulateur. De n’être qu’un être souhaitant retrouver son frère et leur complicité mais que la mort avait violemment arraché.

Aussi, ses mots avaient eu un effet auquel il ne s’était pas attendu : ils avaient provoqué une fissure dans le visage si calme et si froid de Rafael. Son maintien détruit en une demi-seconde. L’italien haussa un sourcil, sans chercher à cacher l’étonnement qui l’envahissait. Il était tellement rare de voir Rafael ainsi. Et lui n’avait eu besoin que de cinq minutes pour ça. Hé bien, il faudrait lui décerner un prix pour cette prouesse… En tout cas, cette fois-ci, il n’avait pas prévu d’écouter son frère. Il avait joué, il était aussi temps qu’il s’en rende compte. Même si cette réalité l’emmerdait, Orfeo avait envie de le lui faire remarquer. Et surtout, il commençait à avoir peur que cette surveillance constante broie certaines de ses relations. Notamment au sein de la Sakpata. Il allait falloir faire profil bas pendant quelques jours suite à cette visite, c’était malheureusement nécessaire, puisqu’il ne voulait faire tomber personne. Et à n’en pas douter, si Rafael apprenait ces liens quelque peu… Illégaux, le sorcier le paierait cher. De la mort certainement, peut-être de la torture. A croire que c’était écrit dans ses gênes qu’il finirait à chaque fois sa vie sur un bûcher. Triste réalité.

Puis bon, Rafael était plutôt pro-gouvernemental. Que son frère ait une opinion contraire à la sienne allait être… Folklorique. Enfin, il ne serait jamais au courant de ce léger détail, Orfeo ne s’en faisait pas… Il finit par retirer ses lunettes teintées pour laisser ses pupilles cicatrisées se poser sur lui. Le sorcier put enfin revoir les yeux de son aîné. Nettement plus clairs que les siens désormais. Un vague sourire triste se dessina sur ses lèvres. Une fraction de seconde, avant de laisser place à ce rictus amusé qu’il avait adopté depuis le début de la rencontre. Histoire de contrebalancer la colère grandissante dans le creux de ses entrailles. Bordel, c’était une très mauvaise idée finalement de venir jusqu’ici. Bon, au moins, il avait pu s’assurer que Rafael était en forme. Et même que ses yeux avaient l’air d’avoir retrouvé leur utilité d’antan. A peu de choses près certainement. Maintenant, s’il pouvait aussi obtenir des réponses… Certes, il ne se leurrait pas, il continuerait de se faire surveiller et on lui ferait remarquer chacun de ses faux pas de la même façon. Un simple émissaire envoyé pour lui faire comprendre qu’il s’éloigne du droit chemin. De celui tracé par son frère.

Evidemment qu’il savait déjà tout ça. Bien qu’il aurait préféré que ce ne soit pas le cas. Il continua de tapoter ses doigts contre la table, pour tromper cet agacement toujours plus envahissant. Contrairement à Rafael, il contrôlait très mal ses émotions et avait plutôt tendance à les laisser apparaître au grand jour. Une faiblesse de plus diriez-vous. Et vous auriez parfaitement raison. Mais pour Orfeo, c’était toujours plus préférable que de ne rien assumer ou de nier la réalité… Il avait mis de la distance physique en effet. Pourtant, comme le prouvait cet avertissement, il continuait de le surveiller. Et le sorcier n’appréciait pas tant que ça qu’on le prenne pour un con. Peut-être que son aîné avait du mal à comprendre qu’il n’était plus retardé désormais. Enfin… Rafael reprit rapidement la parole, laissant cette fois-ci faire remarquer que cet avertissement n’était qu’une mise en garde à son encontre, pour lui expliquer qu’il ne lui ferait aucun cadeau. Et Orfeo ne put que rire. Alors là, c’était juste sublime. Il ne se serait pas attendu à ça de la part de son frère. Comme quoi, il était encore plein de surprises… Alors, il ne put s’empêcher de murmurer :

« Je l’ai déjà compris depuis bien longtemps ça… »

D’autant plus que la fois précédente… Hé bien, Rafael l’avait lui-même fait tomber donc… Il bascula sa tête contre le dossier de la chaise et fixa le plafond durant quelques secondes, histoire de remettre de l’ordre dans ses pensées. Et de ne pas laisser ses sentiments contradictoires prendre le dessus. Bordel, pourquoi ne pouvaient-ils pas avoir une relation fraternelle normale ? Pourquoi devaient-ils autant se perdre l’un l’autre ? Il ébouriffa ses cheveux et finit par reposer son regard sur son aîné. Toujours aussi froid décidément.

« Ce n’est pas une question d’importance. C’est une constatation. Je ne pense pas qu’en temps normal ce genre de comportement implique une telle réaction de la part du Gouvernement. Donc je ne peux m’empêcher de penser que cet… Avertissement est seulement là parce que je suis ton frère. »


Et il lui répliquerait certainement d’arrêter de vouloir penser. Que ce n’était pas bon pour lui. Mais qu’importait. Recevoir ce message ce matin l’avait mis sur les nerfs. Parce que ce n’était pas comme si on lui reprochait d’être contre le Gouvernement, de faire partie d’une mafia, d’avoir aidé un résistant connu. Non, on lui offrait juste l’excuse du : « Tu étais au mauvais endroit. » et clairement, ce n’était pas une bonne remarque à ses yeux. Dépêcher quelqu’un uniquement pour cela était une perte de temps aux yeux d’Orfeo. Mais Rafael l’avait fait. Donc oui, s’il l’avait fait en tant que frère, il aurait pu bouger son cul. Même si ce n’était pas dans ses habitudes et que le sorcier le savait très bien.

« Tu sais très bien ce que je veux et ce que je demande. Que tu me laisses vivre ma vie, que tu arrêtes de surveiller chacun de mes faits et gestes. Je ne suis plus un enfant. Et je ne suis plus retardé, quoi que tu sembles en penser. »


Bon, évidemment, il ne voulait pas aller jusqu’à couper les ponts. La preuve en était qu’il était venu le voir après le passage de l’émissaire. Alors qu’il aurait simplement plus laissé couler l’avertissement. Mais non, il avait décidé de venir le voir en face à face. Parce que c’était son aîné. Et qu’il l’appréciait malgré tout ce qu’il disait, le ton, les mots qu’ils employaient aussi. Le jeune homme finit par se lever en soupirant, fit quelques pas dans la salle exiguë. Pour détendre ses nerfs et ses envies. Parce qu’il y avait toujours cette faiblesse en lui, contre laquelle il ne pourra rien faire. Tout ce qu’il voulait finalement était une vie indépendante, mais en gardant son frère à ses côtés. En tant que frère et non… Espion, majesté, roi, qu’importait.

« Je n’en attendais pas moins venant de toi. Toujours aussi psychorigide et à cheval sur les règles et le Gouvernement ? L'obéissance doit être destructrice à la fin, non ? »

Et un rajout d’ironie. Comme s’il ne pouvait utiliser que ça…


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