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 À la croisée des chemins | Deirdre

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MessageSujet: À la croisée des chemins | Deirdre   Jeu 6 Juin - 10:40

Jadis, il avait été Roi.
Il était dès lors étrange pour February d'arpenter son royaume en ruine. Pas que le Bronx eut jamais été réputé pour ses hôtes quatre étoiles, mais le monstre ne pouvait s'empêcher de regretter l'époque où il régnait sur son gang.
Au détour d'un croisement, il marqua un arrêt, reconnaissant soudainement le lieu. Se massant la nuque, il leva les yeux au ciel, comme à la recherche du signe qui expliquerait cet heureux concours de circonstance. L'ancien nécromant errait en effet dans New York depuis plusieurs jours sans que l'idée de revenir sur le lieu de sa mort n'eut jamais effleuré son esprit. Adoptant un pas léger, il commença un siffloter, l'air perdu. Ses yeux sombres se promenaient sur la scène, à la recherche du moindre détail. S'engouffrant dans un immeuble, il suivait ce qu'il pensait être les pas de la brigade qui lui était tombé dessus, ce fameux matin. Il dut faire avec le délabrement général, grommelant que la chose aurait été plus simple avec ses deux bras dès qu'un obstacle un peu plus coriace que les autres le forçaient à se mettre dans des situations impossibles. À quoi servait-il de compter parmi les créatures les plus dangereuses de ce monde si un simple trou dans le sol vous forçait à prendre votre élan en espérant atteindre l'autre côté ?
Finalement, il parvint au troisième étage. Ralentissant malgré lui, il chercha des traces de la rixe. Ses doigts caressèrent chaque impact de balle, ses ongles griffèrent chaque tâche de sang et, à un moment, ses yeux s'embuèrent légèrement alors qu'il s'agenouillait là où elle était morte.
Ce fut, forcément, cet instant précis que choisit une petite souris pour se faufiler dans son dos...
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MessageSujet: Re: À la croisée des chemins | Deirdre   Jeu 6 Juin - 22:09

Dans le dos du jeune homme, la Nightkeeper était apparue à pas de loups. Il n’était pas souvent dans son genre de faire des entrées fracassantes dignes des plus grandes divas, sauf quand elle cherchait à le faire. Mais Deirdre n’avait aucune intention de ce genre alors qu’elle se trouvait dans l’une des anciennes bâtisses qui avaient autrefois abrité les activités criminelles de Miller et sa petite troupe. C’était par un hasard bien étrange qu’elle se retrouvait face à lui, et honnêtement, elle n’en croyait pas plus ses yeux que son esprit de se retrouver à à peine cinq mètres du premier homme qu’elle avait fait tuer. D’autant plus qu’il était aussi vivant qu’elle.

Les raisons de sa propre errance dans les rues de New-York n’étaient pas le fait d’actualité dont il fallait donc le plus se préoccuper : pour l’heure, February était revenu sur les lieux du crime, ou plutôt, là où toute sa vie s’était éteinte en bien moins de temps qu’il n’en fallait. Et c’était l’essentiel. Une odieuse machinerie bien huilée s’était produite ici, ça faisait bientôt cinq ans. Ils pourraient fêter ça en grandes pompes, songea cyniquement Deirdre en frôlant de sa paume de main gantée le mur. Inconsciemment, son esprit redessinait les images de l’époque. Elle n’était pas nostalgique, non ; c’était autre chose, sans savoir quoi précisément.

A l’époque, elle était encore jeune. Feb’ aussi, et pourtant, sans vraiment que les choses ne s’expliquent, il l’avait laissée s’immiscer dans sa vie, sans imaginer une seule seconde qu’elle puisse lui nuire et détruire tout ce qu’il avait entrepris. C’était un jeune caïd prometteur, et elle, Deirdre, s’était faite passer pour une gamine en recherche de sensations fortes, voulant prouver à qui mieux mieux qu’elle pouvait être une excellente femme de main.

Elle était là, et lui aussi. Cachée, l’observant faire, dans son coin, jusqu’à ce qu’elle sorte de l’ombre le plus naturellement du monde, se signalant par la voix, un peu tremblante. « Will ? » Elle glissa ses mains dans les poches de sa veste, son souffle expirant une brève nuée de vapeur. « C’est pas vrai. Qu’est-ce que tu fais là ? » murmura t-elle.

La question pouvait paraître absurde, car Deirdre n’avait pas besoin de regarder plus de cinq minutes l’endroit ou de fouiller trente secondes dans sa mémoire pour savoir pourquoi il était là. C’était peut-être le dernier lieu où elle avait abandonné February à son sort, sans aucun remord ni regret. Il n’était pas acceptable, dans sa vie, de vivre avec de tels ressentiments. En dépit de ce qu’elle avait partagé avec lui, la voix paternaliste de sa raison lui intimait que le jeune homme n’était pas digne d’une confiance réelle ou d’un attachement quelconque. Et pourtant, on le remettait sur son chemin. C’était comme une sorte de mise à l’épreuve étrange, irréelle, mais pourtant véritable. Miller n’était pas une illusion ou une vue de son imagination. De toute manière, elle n’avait strictement rien pris pour ça.

« Si je pensais te recroiser ici … Pourtant, aux dernières nouvelles, tu étais déclaré mort. » poursuivit-elle d’une voix blanche, s’avançant jusqu’à la moitié du chemin qui les séparait. Ses yeux s’étaient fichés sur lui, incapables de se détacher. On ne pouvait clairement pas deviner si déception ou haine il y avait ; en fait, tout dans sa réaction était justement crédible. L’incompréhension, l’hésitation, le trouble diffus dans son regard et dans ses propos. Elle devait jouer un double-jeu, celui de l’amie étonnamment heureuse de le retrouver - si tant est qu’elle puisse vraiment honorer un tel statut social. Deirdre ne pouvait rien faire de plus ou de moins ; c’était la seule stratégie viable pour tenir le mage noir éloigné de la vérité.

Au-delà de ça, son retour imprévu signifiait une chose claire : Will restait définitivement de l’autre côté de la barrière, et ce en dépit de la dernière nuit qu’ils avaient pu vivre. Ce n’était pas parce qu’on partageait une couette et un oreiller qu’on pouvait oublier les travers d’autrui, après tout. C’était simplement un moyen d’affaiblir l’ennemi pour mieux le coincer.

Son regard brun se perdit au sol un court instant. C’était ici qu’ils avaient aussi tué Charlotte, entre autres. Deirdre soupira avant de lever le regard au plafond. Intérieurement, son malaise était subtil mais présent, et elle aurait mille fois préféré retrouver Will ailleurs que dans cette bâtisse. Tout ici lui rappelait avec force de quelle façon elle avait brillamment trahi une dizaine de personnes pour réussir sa vie. Ses yeux remontèrent jusqu’au visage du jeune homme, remarquant alors un détail des plus frappants.

« Ton bras … Qu’est-ce qui t’est arrivé ? »
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MessageSujet: Re: À la croisée des chemins | Deirdre   Lun 10 Juin - 1:15

Il fallut plusieurs longues secondes au monstre pour réagir. Plusieurs longues secondes durant lesquelles il offrit son dos en pâture à la mage blanche. La voix, il l'avait reconnue. Il n'avait jamais oublié le timbre si particulier de la responsable de sa damnation. Il avait couvert ses mains de sang pour une seule et unique raison : Charlotte. N'était-il pas que justice qu'à l'heure où il l'avait trahie, tous ses péchers s'étaient retournés contre lui ?
« Will est mort, Deirdre. » Lentement, il se retourna jusqu'à finalement faire face à la demoiselle. Elle avait vieilli. Un sourire torve s'inscrit sur son visage alors qu'il se rendait compte qu'ils semblaient avoir le même âge désormais ; même, Deirdre apparaissait presque plus vieille que lui, alors qu'il était de cinq ans son aîné. Il la laissa s'approcher, laissant son propre regard glisser sur le corps agréable de son ancienne amante. Elle était la dernière femme qu'il eut jamais touchée. Il l'avait possédée, poussée par il ne savait quelle folie. Encore aujourd'hui, il se demandait parfois pourquoi. Elle n'avait pourtant rien à lui offrir. Rien que ne lui donnât déjà Charlotte, en tout cas. « Tu sais pourquoi je suis là. Tu ne peux pas l'ignorer. N'est-ce pas ? »
Il n'était pas sans savoir que Deirdre n'était pas sans pouvoir, elle aussi. Elle avait tenté de lui cacher, mais il était des choses qu'un mage sait, avec un peu d'entrainement. Aussi avait-il su. Quant à savoir, de la blanche ou de la noire, quelle magie elle pratiquait... C'était une autre paire de manche. La question était d'importance, pourtant.
Un sourire réapparut à la comissure de ses lèvres quand elle lui demanda ce qui était arrivé à son bras. Il leva son moignon, la manche de son long manteau retombant piteusement après le coude. « Celui là, tu veux dire ? »
Le monstre avait fait son deuil, mais il voulait bien convenir que la vision pouvait être impressionante. Il hésita à simplement lui dire la vérité avant de lui sauter à la gorge et d'en finir une bonne fois pour toute — sans savoir ce que la fin lui réserverait, bien évidemment — mais il y renonça. Deirdre appartenait à un passé qu'il n'avait jamais pu oublier et elle était peut-être la seule à pouvoir lui apprendre la seule chose qu'il voulait véritablement savoir, la seule raison qui pouvait le réjouir de s'être à nouveau égarré sur cette terre désolée. Aussi se décida-t-il de mentir. « On fait parfois des mauvaises rencontres, en Enfer. J'ai eu de la chance de ne perdre qu'un bras. » Il ricana légèrement. « Le pire, c'est qu'au moment où je me décide à finalement revenir, New York ne vaut guère mieux que sa jumelle apocalyptique. »
Rabaissant son membre amputé, il se retourna vers la scène du crime et fit quelques pas en avant, sous le regard sans doute sceptique de sa compagne d'infortune. Finalement, il poussa un soupir et mit un genoux à terre. Caressant le sol poussiereux de la paume de sa main, il reprit la parole. « Ils l'ont abattue. Juste ici. Elle est morte, pas vrai ? » Il n'en avait aucun doute, mais désirait quelque part en obtenir la confirmation. « Je veux savoir où ils l'ont enterrée. »
Et s'ils avaient décidé de l'incinérer... Mieux valait ne pas songer à cette possibilité.
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MessageSujet: Re: À la croisée des chemins | Deirdre   Lun 10 Juin - 23:09

Voilà précisément pourquoi elle n’avait guère été réjouie en apprenant les mesures du Gouvernement à l’égard des mages noirs maintenus « prisonniers ». Les libérer avait été une erreur. Il était stupide de croire que ces gens-là voudraient se racheter, qu’ils reviendraient sans vouloir se venger, qu’ils seraient lavés de leurs haines et de leurs rancœurs. Des puces ne suffiraient pas à garder ces animaux hors de leurs pulsions sanguines. Ils étaient seulement bons à être éloignés des innocents.

Et Will avait bien des raisons d’en vouloir au Gouvernement. S’il savait … Sûrement serait-il déjà occupé à la tuer, à la vider de son sang, à la faire souffrir comme ils avaient fait souffrir sa petite amie à l’époque. L’ignorance préservait Deirdre, qui, pour l’heure, se contenta d’hocher de la tête positivement en silence à sa question. Il pouvait faire autant de temps qu’il le souhaitait vivre dans le passé. Rien ne changerait pour autant et c’était peut-être mieux ainsi. Pauvre Charlotte, ruinée, trompée et tuée en une seule nuit …

« Oui. » La brunette l’observa sans ciller. « Ils l’avaient enterrée à New-York même. » Et, comme il devait l’imaginer, ce qui restait du cimetière se résumait à bien peu de choses : même les caveaux hors de prix et les pierres marbrées n’avaient pas résisté aux chocs.

En vérité, elle ne savait foutrement rien de ce qui était arrivé à la jeune femme post-mortem. Au mieux, peut-être avaient-ils incinéré le corps et gardé ses restes calcinés dans une de ces petites boîtes sans nom que personne ne vient jamais fleurir dans un cimetière. Will n’aurait jamais la véritable fin de l’histoire : Deirdre n’avait en aucun cas eu un jour la volonté ou l’intérêt de savoir ce qu’on avait fait de la dépouille de Charlotte. Non pas qu’elle eut ressenti à un quelconque moment de l’animosité envers elle, mais la jeune défunte n’avait jamais été qu’un détail pour sa mission. En revanche, elle s’était particulièrement bien documentée sur le déroulement du meurtre de Miller. Tout ça pour ça, songea t-elle inconsciemment.

Tous ses efforts s’étaient concentrés en quelques laborieux mois sur le personnage qu’elle avait face à elle. Qui respirait, qui parlait, qui s’animait même. Il avait l’air particulièrement amer de sa propre situation, comme si visiblement, la rancœur était restée tenace et incroyablement bien conservée malgré ces quelques années passées dans les Darkness Falls.

« Le seul endroit à des kilomètres vivable reste la Nouvelle-Orléans, maintenant. » se sentit-elle presque obligée de rajouter après un nouveau silence. Il le savait sûrement. A moins qu’il n’ait passé ces dernières semaines depuis sa « renaissance » à errer sans but, avec pour seule idée en tête celle de repenser à Charlotte. Les bras croisés sur sa poitrine, elle fit quelques pas, s’écartant de son ancien « comparse » sans cependant jamais totalement lui tourner le dos. « Il n’y a plus rien ici, Will, strictement rien, à part des ruines fumantes et la mort à tous les coins de rues. Tu devrais … » Venir emménager ? La bonne blague. Il était hors de question qu’elle héberge un criminel capable de lui faire la peau à tout instant. Deirdre n’en avait jamais douté : Will aurait pu la tuer comme il le souhaitait, même si elle ne se serait pas laissée faire, il avait toujours eu à ses yeux une part de danger imprévisible, instable. De là, la confiance ne pouvait jamais être totale entre eux. « Tu ne peux pas rester là à attendre quelque chose qui n’arrivera pas. » acheva t-elle, d’une voix qui se voulut douce.

« Comment ça se fait qu’on ne se soit pas revus depuis ? A quoi tu as passé ton temps, au juste ? » L’interrogation était naturelle. Presque enfantine. Mais quand Deirdre avait des suspicions, elles étaient rarement innocentes. Même si en apparence, elle était convaincante, c’était un jeu de dupes qu’elle commençait à mener.
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MessageSujet: Re: À la croisée des chemins | Deirdre   Lun 10 Juin - 23:28

February nota l'usage du temps. Ils l'avaient enterré, comme si elle ne l'était plus. L'idée qu'un maraud eut pu exhumé la demoiselle arracha un rictus mauvais au monstre, qui haussa finalement les épaules. Aux yeux de Deirdre, il était évident que le défunt mage noir ne saurait trouvé la dépouille de sa belle ; c'était sans doute mal connaître la psyché d'un monstre qui se moquait désormais des secondes qui pouvaient passer, aussi bien que des jours, des semaines, des mois et mêmes des années. Jadis, il avait lutté pour une cause qu'il pensait juste, se salissant les mains pour que d'autres les gardassent propres. Désormais, il n'était plus le même. Tout son être était corrompu, voué à la violence pure et gratuite, sans d'autres buts que sa satisfaction personnelle. La mort, la souffrance et la haine étaient son lot quotidien et il les dispensait dès que l'occasion se présentait, comme un exutoire à un monde qui n'avait plus rien à offrir. Alors, oui, il pouvait bien passer son temps à fouiller les centaines de cimetières de New York, à déchiffrer les milliers de pierres tombales, jusqu'à finalement trouver la bonne.
Si tant était qu'elle existait vraiment.
Retrouvant un visage impassible, February écouta les divagations de la mage, s'amusant presque de ses propos bon enfant... et plus encore de la phrase qu'elle avait manqué lâché entre eux. Il s'en amusa tellement qu'il se retourna vers elle. « Je devrai ? » L'accompagner ? Il ne pensait pas la demoiselle assez sotte pour avoir songé le proposer. Il était un homme différent, désormais. Elle devait bien le voir.
Esquivant la question, elle botta en touche en arguant la futilité de son errance. Il rit doucement à sa remarque. « Et qu'est-ce que j'attends, selon toi ? » Son rictus réapparaît, laissant présager le monstre qu'il est. Du masque d'impassibilité que Will abordait en permanence les dernières années de sa vie, February n'a plus qu'un reliquat brisé. Derrière les failles béantes apparaissaient les trémolos de sa folie. Il sourit, quand elle lui demanda ce qu'il avait bien pu faire, depuis son retour. Décidant que leur petit jeu avait assez duré et qu'il était temps de passer aux choses sérieuses, il préféra réorienter la question. « Will est mort. Charlotte est morte. Ni l'un ni l'autre ne reviendront. » Il n'était pas Will Miller. Will Miller avait accepté les ténèbres pour une raison. February, lui, n'avait besoin d'aucune raison pour s'en repaître. « Et toi, dis moi. Si tu étais morte ce jour là, tu serais revenue ? » Une lueur dangereuse danse dans son regard. « J'ai toujours voulu te poser la question sans jamais le faire. Sans doute pour respecter ton intimité. Mais je veux savoir, maintenant. » De sa main restante, il fouilla dans une poche de son manteau, en retirant une des fameuses puces... couvertes de sang séché. « Si je regarde, je vais trouver quelque chose comme ça dans ta nuque ? Ou tu vas essayer de m'en mettre une ? »
D'autorité, il décida de s'approcher d'elle. S'il n'était pas vraiment menaçant, il dégageait quelque chose d'inquiétant. Quelque chose qui n'avait pas de nom et qui n'aurait jamais dû quitter l'Enfer.
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MessageSujet: Re: À la croisée des chemins | Deirdre   Mar 11 Juin - 0:01

« A toi de me répondre. Will, ou, qui que tu sois devenu. » Un haussement d’épaules plus tard, la jeune femme ne souriait toujours pas, contrairement à son interlocuteur. On ne pouvait pas dire que pour une ancienne amie, elle faisait preuve d’un enthousiasme débordant.

A vrai dire, la mage blanche était sur la réserve, et elle avait toutes les raisons de l’être. A la façon dont Will réapparaissait dans sa vie, elle avait cette étrange et pernicieuse impression de déjà-vu où les rôles étaient cependant inversés. Elle se souvenait alors de la façon impromptue dont elle était également venue s’introduire dans la vie du new-yorkais pour mieux l’annihiler. Il y avait des similitudes, similitudes qu’elle se contentait pour l’heure de réfuter : Will ne savait rien. Pour le moment.

« Je te demande pardon ? » Oh, elle avait très bien entendu : Deirdre se contentait perfidement de gagner du temps pour réfléchir à toute vitesse. Elle n’avait pas pensé l’ombre d’une seconde que son ancien camarade puisse aussi rapidement retourner sa veste et vouloir passer au règlement de comptes aussi rapidement. Il avait la dent plus dure que prévu.

Et surtout, il n’avait rien perdu de ses manières rudes et sanglantes. De sa main, il lui dévoila une puce, celles-là même qu’on greffait aux anciens traîtres et aux mages de son acabit pour mieux les garder sous la coupe gouvernementale. Deirdre n’en avait bien évidemment pas, même si elle savait très bien ce que ça signifiait : il était au fait des pratiques usuelles du monde dans lequel il était réapparu, et il ne semblait pas partager l’opinion politique du moment. Drôlement surprenant.

« A qui est-ce que tu l’as arrachée, mh ? » Son regard noisette balaya alternativement la puce et le visage de Will, qu’elle avait l’air de découvrir une seconde fois. « Parce que tu crois que je vais te laisser m’arracher les chaires pour aller vérifier ? N’y vois rien de personnel, mais je ne vais pas être d’accord pour ça. Le Gouvernement surveille très attentivement ceux qui en portent, et triturer ces puces n’est vraiment pas une bonne idée. » Le ton cynique, la brunette ne manquait pas d’aplomb dans sa réplique. S’il voulait aller vérifier à la source ce qu’elle était, il pouvait toujours bien essayer. Deirdre n’avait pas attendu pendant cinq ans sagement dans son coin sans rien apprendre. Sa magie s’était développée, sa hargne s’était forgée, tout autant que sa capacité à en venir aux poings. Si la Shadowhunter devait mettre une raclée à Miller pour lui faire l’effet d’une douche froide, elle ne reculerait pas devant l’opportunité – à tort ou à raison -. La manière douce ne semblait pas avoir d’emprise sur lui, de toute manière.

« Je ne sais pas à quoi tu joues, mais tu devrais te calmer. Je ne suis pas contre toi. » finit-elle par lui intimer, restant parfaitement droite et stoïque face à lui alors qu’il se chargeait de réduire la distance sans broncher.

Il avait un regard à faire froid dans le dos. Visiblement, la perte de Charlotte l’avait bien plus acculé qu’elle ne l’aurait imaginé. Est-ce que la mort d’une femme pouvait à ce point détruire le peu de bonnes choses qu’il restait en vous ? A la mort de son propre frère, Deirdre était passée par toutes ces étapes significatives qui caractérisaient le deuil, et pourtant, elle n’avait jamais gardé le souvenir d’une férocité vengeresse aussi tenace. Elle avait été en colère, oui, mais elle avait éprouvé toute sa fureur en quelques mois et s’était rapidement rendue compte que la violence n’était qu’un échappatoire bien maigre et trop fatigant pour pouvoir continuer à vivre avec l’absence de Jaime.

Will n’avait pas accepté qu’on lui ôte son aimée aussi tôt. Et il n’était pas là pour déposer une simple rose sur la tombe de Charlotte, si tant est qu’il la trouve un jour. « Tu me fais peur. » lui souffla t-elle à la figure, son regard démentant pourtant odieusement ses propos alors qu’elle gardait les yeux plantés dans les siens. Il n’y avait qu’une poignée de centimètres entre eux et personne aux alentours pour interrompre cette tension palpable entre eux. Sa main n’avait pas besoin de se réfugier dans l’intérieur de son manteau pour sentir le poids de son arme contre elle, son corps et son esprit étaient tendus, aux aguets, comme prêts à attaquer au moindre faux pas.
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MessageSujet: Re: À la croisée des chemins | Deirdre   Mar 11 Juin - 0:20

Contrairement à ce que pouvait penser Deirdre, February était encore loin de se douter du rôle qu'elle avait pu jouer dans sa chute, cinq ans plus tôt. Sa colère n'était pas née d'un raisonnement logique mais d'un vague à l'âme, ses attaques n'ourdissaient pas une vengeance mais un défoulement. Le monstre avait besoin de violence, elle était devenue son moteur autant que sa Némésis. Autant dire que si elle jouait finement, les cachotteries de la belle resteraient inconnues au mage noir.
La puce attira bien évidemment son attention et February fit son possible pour « lire en elle comme dans un livre ouvert, » ou quelque chose s'en approchant. Malheureusement, si le mage avait quelques dons, la clairvoyance n'était pas de ceux là. Sinon, il ne se serait sans doute pas fait avoir en beauté. D'un geste calculé, il s'amusait avec la pièce électronique, démontrant à son interlocutrice que s'il ne gardait plus qu'une main, il savait parfaitement s'en servir. D'une pichenette, il envoya finalement son trophée dans le décor, obéissant à une injonction aussi peu réfléchie que celle qui l'avait poussée à arracher la colonne vertébrale de son dernier possesseur. Grâce aux paroles pleines d'enseignement de Deirdre, il savait désormais que cela avait un rapport avec les mages noirs et un certain gouvernement.
Il décida finalement de prendre à contre-pied la jeune femme, alors qu'elle lui mentait éhontément en prétextant une quelconque frayeur pour l'inciter à se calmer. Laissant quelques secondes filer, il poussa finalement un léger soupir accompagné d'un sourire qui ne voulait pas dire grand chose. « Mourir laisse des séquelles. Vivre en Enfer aussi. » Il écarta les bras en guise de bonne volonté — offrant à la vue de la mage blanche le curieux spectacle de la manche rattrapée par la gravitée — avant de tendre sa main valide. « Tu m'as manqué, Deirdre. Peu importe ce que nous avons fait, peu importe les tourments que cela m'a apporté. Tu m'as manqué. » C'était en partie vrai. S'il n'avait jamais nourri un quelconque ressentiment à l'égard de la jeune femme pour la nuit qu'ils avaient passé ensemble — ce n'était pas son genre — il ne pouvait pas dire qu'il s'en était réjoui et il avait passé bien des nuits à prier pour tout effacer, sans savoir à quelle divinité se vouer. Cela ne l'empêchait pas de se souvenir de leur étrange connexion. Il était loin, alors, d'envisager que cette fameuse nuit n'avait été qu'un jeu. Une mission. Un objectif à atteindre.
« Ce gouvernement, dont tu as parlé. Je devrai m'en méfier ? » Se massant la nuque, il rendit son espace personnel à Deirdre en faisant quelques pas en arrière. Pour l'heure, l'incongrue de la situation alliée à la chance d'en apprendre plus sur un monde qui ne l'avait pas attendu pour radicalement changé poussaient February au calme.
« Tu as mûri. J'imagine que les États Unis d'aujourd'hui ont ce genre d'effets, » ajouta-t-il finalement, démontrant une fois encore toute l'étendue de son ignorance. Bien entendu, Deirdre ne manquerait pas d'y voir un quelconque jeu... ou une occasion de le piéger à nouveau, peut-être.
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MessageSujet: Re: À la croisée des chemins | Deirdre   Mar 11 Juin - 23:28

Qu’allait-il faire ? La mage blanche n’avait pas des talents de devin infaillibles : ses pressentiments s’avéraient assez proches d’une réalité quotidienne lorsqu’il s’agissait de deviner si le feu allait rapidement passer au vert ou si Wags avait encore décidé d’uriner partout dans l’appartement, mais pour ce qui était d’élucider les machinations de Will Miller au travers de ses mirettes d’un noir d’encre, les choses n’étaient pas encore limpides. Et elles ne le seraient vraiment jamais, Deirdre ne se voilait pas la face.

Pourtant, il lui rappela en peu de temps à quel point il savait retourner la situation d’un habile coup de main. Et aussitôt de se montrer radouci, ou au moins calmé par les paroles magiquement apaisantes de son interlocutrice. Avait-il inconsciemment compris qu’il ne pouvait pas encore l’affronter, ou était-il devenu plus lunatique avec les épreuves vécues ? Sa réaction la dérouta en tout cas, et elle se détendit tout aussi imperceptiblement, même si ses mots n’avaient rien d’agréable.

Lui manquer ? La franchise aurait voulu qu’elle lui réponde qu’elle n’avait pas eu le temps de s’inquiéter de son sort, et qu’elle aurait préféré qu’il soit toujours aussi mort que Charlotte. Mais le mensonge était de bien meilleur avis ; et si Will voulait jouer au jeu du plus imprévisible, elle était partante. Sans crier gare, la jeune femme ignora délibérément sa main tendue vers elle pour l’enserrer dans ses bras un très fugace instant, son corps brusquement calé contre le sien.

« N’en parlons plus, d’accord ? C’est du passé. On ne va pas ressasser ça indéfiniment. » lui argua t-elle d’un ton qui ne souffrait d’aucun refus ni contre-exemple, le regard perdu dans le dos de Will. Elle n’avait aucune envie de repenser à cette nuit-là. L’idée la mettait mal à l’aise, peut-être parce que c’était une frontière insondable mais pourtant bien révélatrice qu’elle avait franchie en couchant avec l’ennemi la veille de sa mise à mort. Il y avait de quoi se poser des questions sur sa conscience après ça. « Je suis juste étonnamment contente que tu sois là. » souligna t-elle le plus simplement du monde avant de se reculer de lui aussi subitement qu’elle s’était rapprochée de lui. « On m’a dit qu’on ne revenait pas forcément de là où tu étais, la surprise est d’autant plus grande. »

Le piquer par intermittence sur sa période d’errance « là-bas » pouvait être un premier indicateur ; de cette façon, elle saurait déjà si Will décidait de lui dire la vérité ou de lui mentir. Il pouvait être méfiant, il en avait tous les droits : de l’eau avait coulé sous les ponts. Il ne soupçonnait certainement pas à quel point, d’ailleurs, les choses avaient été bouleversées.

« Plutôt, oui. Ils ont décidé de suivre les mages noirs à la trace avec ce que tu tenais dans ta main. Ce matériel de pointe permet de savoir tous tes faits et gestes, et plus encore. » Deirdre mesurait avec prudence les informations qu’elle lui délivrait, ne manquant pas d’oublier certaines formalités en arrangeant la sauce pour que Will soit persuadé que la brunette était toujours son alliée et pas une ancienne branche désormais corrompue de son feu réseau. A elle de lui démontrer qu’il pouvait incontestablement compter sur elle. « Et surtout, elles sont devenues obligatoires. Alors pour l’heure actuelle, fais-toi discret. » Le conseil était clair et avisé : il n’avait pas intérêt à se montrer trop présent ou excentrique s’il décidait de signer son retour en ville. Le Gouvernement n’aimait pas les imprévus ni les trouble-fêtes.

Pour l’heure, la Shadowhunter venait enfin de trouver son nouveau rôle aux yeux du rescapé. Elle allait devenir son guide, le temps qu’il faudrait, pour le réhabiliter, lui faire croire à une vie normale, sereine et dénuée de tout danger. Il fallait le réapprivoiser pour le rassurer et lui redevenir le soutien indéfectible qu’elle avait pu être un temps. Et quand le moment serait opportun, quand la méfiance serait minimale, elle se débarrasserait de lui comme on s’arrache une écharde de la main. En serrant les dents, mais avec la ferme intention de ne plus jamais en être encombré.

« Les Etats-Unis, ou le temps, au choix. Cinq ans ont passé. » fit-elle remarquer avec une fausse sagesse évidente, l’ombre d’un sourire naissant enfin sur ses lèvres. « Ca changerait n’importe qui. D’ailleurs, ça t’a changé aussi. » La remarque, si elle ne fut pas explicitée, était pourtant lourde de sens. Au-delà des apparences physiques et de la perte d’un membre, l’américain qu’elle avait connu avait toujours eu des airs bravaches, mais il n’avait pas cette flamme obscure dans l’œil, pas cette dureté qui habitait chaque millimètre carré de son épiderme. Il était étrangement intact par sa jeunesse, et en même temps sensiblement différent par ce qu’il dégageait. Deirdre ne savait pas quel nom mettre sur cette sensation, mais elle le trouverait bien assez tôt.

« Tu t’es trouvé un nouveau nom, alors ? » Référence à son refus d’être appelé Will une fois de plus.
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MessageSujet: Re: À la croisée des chemins | Deirdre   Mer 12 Juin - 0:10

L'étreinte laissa un goût amère au monstre, qui ferma un instant les yeux. L'image d'une Charlotte affalée au sol, couverte de sang et agonisante à quelques mètres de lui, s'imposa à son esprit et il manqua vouloir étrangler l'impudente qui, pour la deuxième fois, cherchait à prendre sa place. Serrant le poing, il s'imposa pourtant le calme et finit même, après quelques secondes d'inaction, par passer son bras autour des épaules de la jeune femme. Son odeur n'avait pas tant changé que ça et les souvenirs brumeux de leurs ébats dansèrent à l'orée de sa conscience, comme autant de lutins farceurs qui s'amusaient à le tourmenter avec quelques félicités dont il se savait indigne. Cela ne l'empêcha pas, pourtant, de déposer un léger baiser sur la joue innocente.
La diablesse s'esquiva quelques instants après, retrouvant sa liberté et laissant un February légèrement déboussolé. L'affection et l'attirance qu'il avait éprouvé à l'époque étaient réelles, il n'en avait jamais douté. Jamais il n'aurait trahi Charlotte pour la première venue. Mais se rendre compte qu'elles revenaient le hanter, cinq années et une morsure de zombi plus tard... La situation lui arracha un sourire qui était presque tendre. C'était presque un soulagement que de se rendre compte que malgré tout le reste, il restait capable de ça. Aimer.
Mais pouvoir ne signifiait pas devoir et February savait qu'il était trop tard. Il était le monstre et n'avait aucune envie de faire machine arrière. Deirdre était Deirdre et elle avait, malgré elle et malgré lui, une place particulière. Mais Deirdre n'était pas Charlotte. Il ne lui ferait jamais confiance, ne se fierait pas à elle et ne compterait pas sur elle. Il était seul et seul il resterait.
« Tes questions resteront sans réponses, je ne te parlerai pas de l'Enfer. » L'étincelle malsaine brilla dans son regard, comme un défi à l'interroger plus encore. Comme pour enterrer le sujet, il lui fit signe de le suivre et ils commencèrent à sillonner le bâtiment en ruine. Pour Will, c'était l'occasion de se remémorer bien des souvenirs qu'il pensait perdu à jamais. Il avait vécu parmi ses heures les plus noirs entre ces murs, mais aussi ses plus beaux instants.
La conversation reprit, sur fond de préoccupation bien plus terres à terres. February apprit ainsi que les puces servaient peu ou prou à ce qu'il avait pu imaginer, même s'il ne pouvait qu'être surpris qu'une telle prouesse technologique put être possible. L'idée de recevoir en cadeau de bienvenu un de ces engins lui arracha un sourire sombre et il se retint de répondre à Deirdre quand elle l'enjoignit à la discrétion. Car, l'Enfer lui en soit témoin, February ne comptait pas être discret. Préférant à nouveau changer de sujet, il en revint à la pétillante magicienne, notant à voix haute ce qu'il avait repéré dès le départ : elle avait grandit. Mûrie. Elle lui retourna le compliment, si tant était qu'il en fut réellement un, et en profita pour lui demander son nom.
« À toi de choisir, répondit-il avec un sourire. Je ne me préoccupe plus de ces choses là. » Il avait, de fait, choisi et ce serait February. Mais February demeurerait une idée, une crainte, une peur des mortels de ce monde. Pas un visage, mais une menace. Pas une identité, une fin.
Ils arrivèrent finalement à une ancienne baie vitrée et Will put, à loisir, admirer l'état de New York. Perdue sous la neige, l'ancienne cité flamboyante faisait peine à voir. En vérité, elle n'avait pas grand chose à envier à l'Enfer. Cette pensée lui arracha un rictus mauvais. « Sortons. » Et déjà, il joignait le geste à la parole, sans se soucier de se savoir suivi ou non.
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MessageSujet: Re: À la croisée des chemins | Deirdre   Lun 17 Juin - 0:08

Ils marchaient, revisitant des vestiges d’une époque glorieuse pour Will et planquée pour Deirdre. Ces années-là n’avaient pas été les meilleures de sa vie, sans pour autant être les pires : elle n’avait pas le poste ni les avantages qu’elle possédait maintenant. Elle avait côtoyé l’inquiétude constante qui lui serrait le cœur comme un étau, ces suées passagères où on croit s’être fait démasquer. Maintenant, la seule impression routinière qu’elle éprouvait encore pendant ses missions était celle du froid mordant de New-York mêlé au dégoût de constater qu’il y avait toujours et encore plus de zombies et de créatures simplement bonnes à redevenir poussière.

Devant sa soudaine brusquerie, elle ne se démonta pas. Il en aurait fallu plus pour qu’elle soit intimidée. Pour autant, rien n’échappa à son œil noisette : ni les sourires narquois, ni les lueurs changeantes du regard de Miller. Ils étaient tout autant d’indices sur ce qui était responsable de sa réapparition en tant que tel.

« Comme tu le souhaites. Je comprends. » Oh, bien sûr qu’elle comprenait. Il y avait tant de raisons pour lesquelles il aurait préféré ne pas conter ses années de « non-vie » dans les Darkness Falls, tant pour ce qu’elles représentaient que ce à quoi elles étaient dues. S’était-il déjà demandé à qui cela pouvait-il être la faute ? Si quelqu’un les avait vendus ? Quelle suspicion avait-il, au juste ? En était-il seulement arrivé à une conclusion semblable ? Le flou total avec lequel Deirdre devait composer n’était pas sans dangers : elle ne pouvait pas se permettre de lui raconter n’importe quoi. Il lui fallait concevoir une version tangible des faits, sans elle. Trouver un responsable, mort ou disparu de préférence, à mettre à sa place.

« Il te faudra bien un nom si … tu reviens. En admettant que tu le veuilles. » Se pourrait-il que Will choisisse de mener une vie faite de périls et d’incertitudes en allant ailleurs ? Ou en continuant de se promener sans but dans les rues dévastées de la grosse pomme jusqu’à ce qu’un indice du destin le guide jusqu’au corps inexistant de sa feue douce ? La Shadowhunter eut à cet instant la désagréable impression que s’il voulait revenir à la civilisation, il le ferait sans son aide et sans le lui dire. « Mais ça non plus, tu ne veux pas m’en parler, peut-être ? » poursuivit-elle sans même le regarder, d’une voix étrangement calme, un brin cynique. La brunette avait conservé ses traits d’impulsivité réguliers malgré les années.

« Je déteste cet endroit. » finit-elle par avouer alors qu’ils se retrouvaient au dehors, exposés au vent et à l’immensité désolante de la rue. « Ca fait combien de temps que tu traînes là ? Le pourcentage de survie ici n’est pas des plus élevés, d’après les infos. »

Plus elle y réfléchissait, moins elle comprenait. Son retour ne présageait rien de possiblement bon. Plus anxiogène encore, les incohérences commençaient à lui sauter au visage doucement, sûrement. Ce bras qu’il avait perdu, sa volonté de rester silencieux au sujet de ce qui avait bien pu lui arriver. Cette petite étincelle d’inconscience qui éclairait un visage pourtant loin d’être prêt à retrouver une joie quelconque. Cette absence, inexpliquée, et ce revirement. Ces silences cachés derrière des banalités en réponse à la plupart de ses questions.

Deirdre était prête à lui indiquer une autre route pour se situer en lieu plus sûr, avant de se mordre intérieurement la langue. Si elle agissait comme quelqu’un qui connaissait bien ces ruines, elle pouvait se montrer suspecte. Elle devait feindre de n’être pas plus avancée que l’égarée lambda, que le badaud curieux avide de voir ce que la destruction avait pu causer à New-York la flamboyante. « Tu sais où tu vas ? » questionna t-elle, un brin hésitante.
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MessageSujet: Re: À la croisée des chemins | Deirdre   Sam 22 Juin - 22:43

Elle comprenait ? Il sentit une vague de colère l'envahir à l'écoute de ces quelques mots. Deirdre ne pouvait pas comprendre, elle ne pouvait qu'imaginer. Serrant le poing, le mage noir laissa son regard trahir toute la véhémence des émotions qui l'envahissaient, non sans rester parfaitement stoïque du reste. Finalement, il sentit la tension qui lui nouait les épaules retomber. Et le défunt de se rendre compte, une nouvelle fois, qu'il n'était définitivement plus le même. Dans sa première vie, il avait été un homme posé et réfléchi, maître de ses émotions et capable de prendre les bonnes décisions. Depuis qu'il avait dû renoncer à son bras, tout avait changé et il était victime de sauts d'humeurs imprévisibles qui, invariablement, le menaient vers la colère. Comme si cette émotion plus que les autres devait gouverner sa vie.
« Je ne sais pas, Deirdre. » Il la sentait méfiante et savait que ses réponses ne l'aidaient pas à se construire une histoire crédible, aussi se contenta-t-il d'ajouter : « J'aime New York comme elle est maintenant. » S'il n'y avait pas eu le ciel, rien n'aurait permi de reconnaître cette grande pomme de l'autre, sa version infernale s'était en effet parée des mêmes teintes apocalyptiques. Il la regardait de temps en temps, alors qu'ils s'enfonçaient toujours plus dans les rues défoncées. Il haussa des épaules quand elle lui délivra ses états d'âme et rit doucement quand elle lui demanda depuis combien de temps il errait dans ces quartiers désolés. « Je ne sais pas. Le temps n'a pas la même signification qu'ici, dans l'Enfer. J'ai encore du mal à me faire à l'idée qu'il a à nouveau prise sur moi, alors compter les jours... » Il pouvait presque sentir son regard méfiant sur lui et secoua doucement la tête. « Je ne te force pas à rester, tu sais ? Ce fut un plaisir de te revoir, mais je comprendrai que tu aies mieux à faire. Dans tous les cas, si tu restes, tu vas devoir te faire à l'idée que je n'ai pas forcément toutes les réponses. Personne ne les a, sinon les Dieux eux-mêmes et ce n'est pas moi qui risque d'aller leur demander. »
Ils continuèrent à marcher, Will se laissant guider par son instinct plus que suivant un itinéraire bien précis. Deirdre dut s'en rendre compte et finit par lui demander quelques précisions. D'abord surpris — l'idée de but ne lui était plus vraiment familiaire, il avait fini par marcher pour marcher et rien d'autre — il réfléchit un instant, s'arrêtant pour regarder autour de lui. « Il y a un parc, pas loin. Très grand, avec un lac. J'aime bien m'y promener. Ce n'est pas un lieu... sûr, mais bon. »
Il n'avait pas à avoir peur. Il était le prédateur, il était le monstre. Il laissait la peur aux autres.
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À la croisée des chemins | Deirdre

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