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 Vodkatastrophe {Conrad, Pearl & Grace}

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MessageSujet: Vodkatastrophe {Conrad, Pearl & Grace}   Lun 24 Juin - 22:29


Grace ferma les yeux un instant.
La nuit était déjà bien avancée. Le flot des premiers visiteurs s’était tari, laissant la place aux habitués et à l’ambiance familière du club. La musique pulsait à ses tempes, se répercutant dans des pulsations sourdes qui battaient au rythme de son sang. Elle pouvait presque ressentir l’excitation des clients, leurs espoirs et leurs désillusions, alors qu’ils se laissaient emporter par le flot et s’abandonnaient à la nuit. Elle était dans son élément.
Elle rouvrit les paupières au son d’une commande. Ce soir, elle se sentait comme un poisson dans l’eau. Parfois, la lassitude l’envahissait, et la nausée montait alors qu’elle regardait les corps s’effleurer dans les éclairs du stroboscope. Cette fois, point de nausée. Elle se sentait à sa place.

Le sentiment ne dura pas. Dans l’éclair blanc d’un éclairage brutal, elle distingua des yeux bleus au regard perçant. Retenant un claquement de langue nerveux, la jeune femme posa brutalement un verre sur le comptoir. Conrad était un paradoxe à lui tout seul. Une fois oui, une fois non, il entrait dans leur jeu de miroir avec une facilité déconcertante, soufflant chaud et froid aussi bien qu’elles. S’il n’avait pas été aussi foncièrement honnête, elle aurait pu penser que lui aussi était double – oh, idée improbable. Personne n’était comme elle, sinon l’autre, ce reflet agaçant.
« Hello, Conrad, » l’accueillit-elle avec un sourire, tournant le dos à sa mauvaise humeur en une élégante volte-face. Serait-elle Jilian l’aimable ou la peste ? Peu lui importait – lui n’appréciait probablement que la gentille. Que Pearl, et ses manières douces, ses sourires et son amour sans condition. Sans savoir que cette Pearl-là n’existait pas, pas plus que Grace la vilaine.
« Je te sers quelque chose ? » commenta-t-elle d’un ton enjoué. Pile ou face, tombe sur la tranche. Elle serait lumineuse, elle serait solaire, elle serait sourire et amitié. Elle se perdrait dans ses yeux bleus, dans sa fureur, et l’enfoncerait encore un peu plus dans l’océan de n’importe quoi qui composait sa vie. Leurs vies, à elle et Pearl. S’il ne pouvait pas les suivre … Il ne serait pas le premier.
Il fallait bien reconnaître, toutefois, que Conrad faisait preuve de ténacité. A leurs taquinerie, il répondait violemment, se rebellant contre ce qu’il devait percevoir comme – quoi au juste ? Des changements de personnalité ? Grace ne se posait pas la question. C’était comme ça. Elle avait depuis longtemps cessé de réfléchir à ce que les autres voyaient. Qu’on puisse les considérer comme deux entités distinctes, l’une noire et l’autre blanche, la laissait perplexe. Conrad, lui, n’aurait même pas à s’en soucier.

« Je te sers quelque chose. » Affirma-t-elle sans attendre une réponse plus détaillée. Se retournant, elle s’empara d’un verre au hasard, qu’elle remplit du premier liquide alcoolisé qui lui tombait sous la main. « Et voilà, » annonça-t-elle fièrement en le posant devant Conrad, « le premier verre est pour moi, ce soir. » Piètre tentative pour améliorer son image, avant une énième volte-face qui les laisserait tous plus confus qu’auparavant. Peu importait. Ce soir, elle était de bonne humeur et le partagerait avec le monde entier.
« Alors … Quoi de neuf ? » demanda-t-elle innocemment, un air espiègle dans les yeux.

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MessageSujet: Re: Vodkatastrophe {Conrad, Pearl & Grace}   Dim 30 Juin - 21:42

Quelle invention étrange de la nature que les jumeaux. Décider que deux personnes grandiraient ensemble et en même temps. Créer un lien particulier qui les unirait ou qui les détruirait. Faire de deux êtres des copies conformes et pourtant, leur attribuer des caractères différents. Pourquoi pousser la ressemblance et la symétrie de ces personnes pour y insérer un tel paradoxe ? Je ne comprenais pas mais je n’étais pas une divinité, je n’aurais donc jamais la réponse. Les jumeaux étaient si semblables comme un reflet dans le miroir. Parfois, ils pouvaient repousser les limites de la ressemblance jusqu’à adopter le caractère de l’autre. Pour certains, il suffisait d’un regard afin de comprendre l’autre. Un simple échange visuel et toutes les pensées étaient connus. Le lien était alors tellement fort qu’il était facile de devenir le frère jumeau. La connaissance de l’autre devenait soudainement mortelle pour la victime qui se laissait abuser par les apparences. Et moi, Conrad MacAndrews, étais l’une de ces victimes. La proie de jumelles dont je ne connaitrais pas leurs réelles identités avant longtemps. J’étais inconscient du jeu qui s’était instauré, du rôle de marionnette qui m’avait été attribué. Il m’arrivait de percevoir des changements caractériels que je mettais sur le fait d’une mésaventure survenue. Je ne cherchais pas plus loin. Je m’adaptais et réagissais de la même manière que cette Jillian.

D’un  regard, je sus que beaucoup d’hommes s’amusaient ce soir. J’essayais de m’imprégner de l’ambiance sans grand succès. Voir des femmes se déhancher devant des hommes qui les payaient n’était pas mon truc. Je ne voyais que des hommes irrespectueux des femmes et des femmes peu respectueuses de leur corps. Je venais uniquement ici pour les boissons et les conversations avec Jillian. Enfin, quand celle-ci était de bonne humeur, ce qui changeait à chaque fois. Cette femme était un paradoxe à elle toute seule. Elle pouvait être sympathique une fois et être totalement hargneuse le lendemain. Je ne la suivais pas dans ses sauts d’humeur, j’étais même agacé et je le lui rendais bien. Cela dit, maintenant, je nourrissais une théorie : cette fille avait peut-être des problèmes psychologiques. Dans le milieu du strip-tease, il y avait bien de la drogue qui circulait. Selon moi, elle en aurait goûté au point de transformer son cerveau en une éponge bonne pour la poubelle. Ma théorie restait encore à prouver mais j’y parviendrais un jour. En attendant d’avoir les preuves nécessaires, je me dirigeai vers le bar et m’installai sur un des tabourets. « Hello, Conrad. » Ca y était, la soirée pouvait commencer. Je tournai la tête vers Jillian, tentant un sourire. Je ne savais jamais comment l’aborder. Elle était une bombe qu’il fallait manipuler délicatement. Un mauvais mot et elle explosait, c’était selon les jours. Mais ce soir, Jillian semblait de bonne humeur, souriant.

« Je te sers quelque chose ? » Je ne serai pas contre. Ce soir, j’avais besoin de boire. J’étais sorti de mon antre juste pour ça. J’avais testé ma capacité de guérison qui se détériorait de plus en plus. Je ne parvenais pas à m’améliorer. Résultat, je m’étais entaillé volontairement le bras sans pouvoir cicatriser tout seul. J’avais fini par bander ma blessure et par sortir. De l’air frais et quelques verres étaient ce qu’il me fallait à ce moment précis. « Je te sers quelque chose. » Sans attendre une quelconque protestation de ma part, elle s’activa derrière le bar. Je devais avoir une mine affreuse ou elle avait dû prendre pitié afin de deviner ce que je souhaitais, je ne savais pas ce qui était le mieux. J’attendis que l’on me serve mon verre, regardant chacun des gestes de Jillian. Je fronçai un sourcil en la voyant verser de la tequila dans un verre de whisky. On ne pouvait pas dire qu’elle était la meilleure des barmaids. Elle avait dû être choisie pour son physique plutôt que pour son aptitude à servir le bon liquide alcoolisé dans le bon verre. « Et voilà. Le premier verre est pour moi, ce soir. » Je marquai une pause en détaillant le verre. Est-ce qu’il fallait également que je m’inquiète du réel contenu de ce verre ou que je lui fasse confiance ? Au vu de ses talents pour son travail, je n’étais pas certain que ce soit une bonne idée. Il valait encore mieux que je commande une bière. « Merci. » lançai-je sans conviction.

Je ne voulais pas ruiner ses efforts tout de suite pour être sympathique et surtout pour améliorer dans son métier. « Alors… Quoi de neuf ? » C’était à moi qu’elle posait la question. Au fil de nos conversations, elle avait dû comprendre que je n’avais pas une vie trépidante, entre mes cours d’histoire de l’art et mes entraînements afin de retrouver mon niveau de magie. Peut-être était-ce un réflexe professionnel. Il était connu que les barmaids étaient les confidents de leurs clients. Cependant, je n’étais pas du genre à me confier. « Je me suis coupé tout à l’heure et toi, tu ne sais pas faire correctement ton travail. » Je vidai cul sec ma tequila. L’alcool avait l’effet d’un anesthésiant. Je me penchai en avant pour piquer une bouteille de whisky qui trainait derrière le bar et m’en versa un fond avant de la reposer à sa place. Le geste m’arracha une grimace. Bordel. Je réfléchirais à deux fois quand j’aurais une nouvelle envie de me taillader le bras. Il fallait être masochiste mais après tout, c’était ainsi que mes parents m’avaient appris à travailler. Eprouver son propre corps pour s’améliorer. « D’habitude, la tequila se met dans de petits verres, avec une tranche de citron. » ajoutai-je avec pédagogie et non sans un sourire, histoire qu’elle ne prenne pas cette petite leçon négativement. Avec Jillian, on n’était jamais sûr de rien.

Je fis remuer le liquide ambré pendant quelques instants. Puis je bus mon verre de whisky. Il faudrait que je sois gentil ce soir. Elle semblait de bonne humeur et m’avait même offert la première consommation. Quoi demander de plus ? Il devait en faire autant, c’était la moindre des choses. « Et toi, Jillian, quoi de neuf ? De bonne humeur ce soir ? »
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MessageSujet: Re: Vodkatastrophe {Conrad, Pearl & Grace}   Dim 14 Juil - 22:29

Si elle se montrait lunatique, changeant de caractère comme de chemise au gré de ses errances et de celles de Pearl, elle n’était pas la seule. Conrad semblait s’accommoder de ces sautes d’humeur en les imitant. Et apparemment, ce soir, il était décidé à se montrer froid. Quand Grace, elle, était de bonne humeur … La chose avait de quoi la contrarier, même si elle avait été la première à instaurer ces étranges règles du jeu.

« Je me suis coupé tout à l’heure et toi, tu ne sais pas faire correctement ton travail. »
Le temps se suspendit, pendant une seconde, alors que Grace dévisageait Conrad avec surprise. Jillian s’évapora, l’espace d’un instant, alors qu’elle tentait de décider quoi répondre à ça. La logique aurait voulu qu’elle s’offusque – elle ressentit d’ailleurs une pointe d’irritation à l’idée que Conrad la prenne pour une enfant incompétente.
Elle regarda le verre d’un air interdit, alors que son … client ? Ami ? Accointance ? Bref, que Conrad se resservait, d’office. La scène était saugrenue, digne d’une série télévisée. Elle se sentit soudain stupide – qu’elle soit ou non une enfant incompétente n’entrait même pas en ligne de compte. Finalement, peut-être que sa place n’était pas là, ce soir ou un autre. Grace se contenta donc de hausser les épaules, retenant la litanie de protestation qui voulait franchir ses lèvres.

Bien lui en prit. Faisant fi de sa mauvaise humeur, le sorcier avait l’air d’avoir décidé d’abonder dans son sens et d’endosser l’habit du gentil garçon. « D’habitude, la tequila se met dans de petits verres, avec une tranche de citron. » Elle lui adressa un grand sourire, quelque part ravie de ce revirement. « Je note pour la prochaine fois. » Le silence s’installa pendant quelques instants. « D’habitude, on évite de se couper. Tu t’es battu avec des motards en fureur ? » Questionna-t-elle, goguenarde.

« Et toi, Jillian, quoi de neuf ? » Jillian. Elle poussa un imperceptible soupir. Il n’était pas dans ses habitudes de se demander que ce ça ferait d’être Grace, et pas Jillian, pour une soirée. Elle avait depuis longtemps fait le deuil de sa petite personne – elle était deux, que ça lui plaise ou non. Pire, elle aimait être deux, comme un animal aime l’air qu’il respire. Elle aurait juste aimé lui dire, rien qu’une fois, qu’elle était Grace – juste pour voir sa tête, son regard, et savoir enfin ce qu’il pensait d’elle. Sans se faire d’illusions, toutefois. Les gens aimaient Pearl. Elle aimait Pearl. La douce, la gentille, la complètement et irrémédiablement folle Pearl. Elle haussa les épaules.
« De bonne humeur ce soir ? » « Rien de neuf. Ma vie est un désert tout ce qu’il y a d’inintéressant. » Répondit-elle d’abord, avant de réfléchir à une réponse adéquate. Avouer que son humeur vacillait du contentement profond à l’agacement profond serait faire preuve d’un peu trop de sincérité et elle ne tenait pas particulièrement à se faire diagnostiquer comme schizophrène au bout de deux minutes de conversation. Elle avait bien assez de deux personnalités, merci. « Quant à mon humeur … Et bien, nous avons établi que j’étais une barmaid déplorable. J’imagine qu’il me faudra m’en remettre. Ou me trouver une autre vocation, » ajouta-t-elle malicieusement. « Je vendrais bien des bonbons, »  acheva-t-elle plus bas, sur un ton désinvolte. Ce qu’elle ferait, sans doute pas plus tard que le lendemain. Mais Conrad, lui, n’avait aucune idée d’à quel point elle était sérieuse.

L’attention de Grace, cependant, fut attirée ailleurs. Son cœur rata un battement, alerté par l’étrangeté de la situation. Ca n’était pas sensé se produire. Ca ne devait jamais se produire : des mois de slaloms et de va-et-vient risquaient d’être mis à mal par ce genre de bévue. Le regard fixé sur la silhouette de Pearl, qui s’était dessinée à côté de la porte, la sorcière posa brusquement son torchon sur le bar.
« Je reviens tout de suite. Ne bouge pas, d’accord ? » Siffla-t-elle, plus inquiète qu’en colère. Pearl. N’était. Pas. Supposée. Être. Là. Que s’était-il passé ? C’était son soir, songea Grace tout en s’éloignant, le ventre tordu par l’appréhension.

[désolée du temps de réponse, c'est un peu agité en ce moment ^^ Tu veux répondre d'abord, ou Pearl prend tout de suite mon relai ?]
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MessageSujet: Re: Vodkatastrophe {Conrad, Pearl & Grace}   Jeu 18 Juil - 17:56

La soirée commençait bien. Un mauvais verre pour le mauvais alcool, une pique, une femme, de la musique et encore de l’alcool. Que demander de plus ? Que le patron de ces danseuses - qui avaient oublié de s’habiller - arrête de me regarder parce que j’osais discuter avec l’une de ses employées les plus vêtues. Il devait se demander pourquoi je venais régulièrement rien que pour discuter avec la barmaid. Peut-être qu’il me soupçonnait de l’amadouer afin qu’elle rejoigne ma propre boite. Ou même que j’étais homosexuel. Et bien, qu’il se pose des questions ! Il n’aura pas les réponses tout de suite. Plutôt que de m’expliquer avec le gérant, je donnai une leçon à Jillian sur la tequila. C’était son métier, elle aurait pourtant dû savoir quel alcool allait dans quel verre. En tout cas, c’est ce que j’aurais attendu d’elle si j’avais été son patron. Il y avait des soirs où je la trouvais plus douée. Ce soir n’en était pas un. En fait, c’était selon son humeur. Toujours la même histoire. Sauf que Jillian était tout sourire, ce qui ne collait pas avec ma théorie. Je le lui rendis, content qu’elle ne le prenne pas mal. « Je note pour la prochaine fois ! » Le silence – enfin, autant qu’il pouvait en avoir ici – retomba. Elle s’affairait derrière son bar tandis que je buvais mon verre. Je me demandais pourquoi elle travaillait ici. Elle semblait être une fille intelligente. Elle aurait pu devenir commerciale, directrice d’un service, chirurgienne, scientifique, présidente ! Elle aurait pu trouver mieux que ce poste.

« D’habitude, on évite de se couper. Tu t’es battu avec des motards en fureur ? » J’eus un sourire en coin. Qu’elle était drôle ! Elle aurait pu être humoriste, tiens ! Mais après tout, j’avais peut-être la tête du gars qui s’était battu. Ce n’était pas un compliment. Cela dit, avec les soirées que je passais, il fallait s’y attendre. « Non, c’était… une expérience. » Elle n’avait pas besoin d’en savoir plus. D’autant que c’était vrai. J’avais expérimenté mes pouvoirs. Je n’étais juste pas précis dans ma réponse. Mon regard se perdit vers la rangée de bouteilles. Je ne m’étais jamais aperçu que la magie pourrait un jour me manquer. J’avais pensé que mon niveau était acquis et ne pourrait pas redescendre. La réalité était que j’avais retrouvé mon niveau d’avant Maggie. C’est en l’adoptant que j’avais gagné en puissance. Et elle était morte. Retour à la case départ. Je me focalisai sur l’instant présent, sur Jillian. « Rien de neuf. Ma vie est un désert tout ce qu’il y a d’inintéressant. » Je n’étais donc pas le seul à avoir un agenda vide et des amis qui se comptaient sur les doigts de la main. Encore une fois, je ne pus m’empêcher de penser qu’elle gâchait sa vie ici. Elle aurait pu accomplir de grandes choses plutôt que de servir de l’alcool à des obsédés. « Quant à mon humeur… Et bien, nous avons établi que j’étais une barmaid déplorable. J’imagine qu’il faudra m’en remettre ou me trouver une autre vocation. » Bon okay, j’aurais dû m’abstenir de la critiquer et maintenant, elle me le faisait payer. D’un autre côté, elle ne semblait pas au bord du suicide donc le mal n’était pas si profond. En plus, si ça pouvait la pousser vers un métier où son intelligence serait mieux exploitée, où était le problème ?

« Je vendrais bien des bonbons. » Des bonbons ? Ce n’était pas vraiment ce que j’imaginais mais soit, au moins elle évoluerait. Et qui sait, elle se révélerait peut-être extraordinairement talentueuse ? Je ne casserais pas ses ambitions une nouvelle fois. Pas après lui avoir prouvé qu’elle ne savait pas servir les gens. « Je reviens tout de suite. Ne bouge pas, d’accord ? » Elle me fit relever la tête. Elle avait l’air d’avoir vu un fantôme. Un fantôme qu’elle ne voulait pas que je voie ou qui nécessitait une diversion une fois qu’elle s’en serait débarrassée, d’où l’ordre de ne pas bouger. Je jetai un coup d’œil par-dessus mon épaule, à la recherche d’un quelconque indice. Pas de fantôme à l’horizon, pas d’homme violent qui la fixait du regard. Rien à signaler. Je ne voyais pas ce qui aurait pu l’effrayer. Elle avait déjà quitté le bar lorsque je me retournai. Elle avait piqué ma curiosité. J’allais donc attendre sagement qu’elle revienne et me donne des explications. Ayant perdu mon rempart entre les strip-teaseuses et moi, je ne tardai pas à être abordé par une jolie femme. J’esquissai un sourire. « Vous n’avez pas froid, comme ça ? » Je lui tendis un billet pour qu’elle aille remuer son popotin sous le nez d’un autre homme. Elle ne se fit pas prier : être payé pour ne pas faire son travail est le rêve de tous. Je poussai un soupir. Et dire que j’avais été un père respectable. Voyez où je traînais maintenant ! Je terminai mon verre en attendant que Jillian revienne. D’ailleurs, elle ne tarda pas à faire son apparition. « Ca va ? Tu avais l’air pressé. »

J'ai répondu, du coup. T'en fais pas pour le retard, je ne suis pas pressé xD
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MessageSujet: Re: Vodkatastrophe {Conrad, Pearl & Grace}   Jeu 18 Juil - 23:55

La moiteur s’était abattue sur elle sans qu’elle n’y soit préparée. Cela n’avait rien d’habituel chez la jeune femme, rompue qu’elle était au climat inhospitalier de la Louisiane. Elle étonnait souvent par son indifférence aux caprices de l’humidité de l’air. Et pourtant, ce jour-là, une goutte perla au coin de ses lèvres qui s’étaient pincées et avaient pâli, de manière incontrôlable. Sa conscience de la température et de la moiteur de l’air s’était soudain accrue, comme si des mains invisibles venaient l’étreindre, l’enfermant dans un étau de l’emprise duquel elle ne pourrait jamais s’échapper. Un ruisseau s’était soudain formé entre ses omoplates, traçant un sillon brûlant comme l’acide. Gorge nouée, constantes vitales soudain élevées, comme si elle venait de prendre conscience que l’univers autour d’elle n’était pas amical, bien au contraire. Et c’était à peu de chose près ce qui s’était produit. Pourtant, elle sortait simplement du cinéma où elle venait de terminer son service. La routine voulait que ses pieds trouvent seuls le chemin de l’appartement où elle se laverait et essaierait de se délasser en occultant le fait que sa sœur travaillait ce soir au bar et qu’elle ne pourrait qu’attendre son retour en se demandant ce qu’elle aurait encore inventé cette soirée-là pour rompre la monotonie du quotidien – monotonie qui, en passant, plaisait parfois à la demoiselle dont il s’agissait en cet instant. Mais ce soir-là, ils prirent une voie différente, l’emmenant devant le Little Darlings. Ce choix avait été conscient, bien que dicté par cet état d’agitation avancé qui s’était emparé d’elle depuis qu’elle était sortie. Depuis qu’elle avait levé les yeux vers les passants qui se traînaient, âmes en peine dans la rue adjacente. Depuis que ses yeux avaient capturé cette silhouette qu’ils n’avaient jamais pu oublier. Depuis que son cœur s’était emballé, sa bouche asséchée. Depuis que le repos et le répit qu’elle avait tourné en débarquant en ville avaient volé en éclats. Depuis qu’elle avait compris que Liam était en ville.

Il fallait avertir Grace. C’était la seule pensée disponible dans l’esprit vidé de toute émotion de la jeune fille. Son corps avait sans doute tenu à protéger son cœur en prenant le relais, sans lui demander son avis, mais cela lui convenait, au final. Elle n’était pas prête à gérer cette situation qu’elle n’avait pas désirée et dont elle était pourtant responsable, au même titre que sa sœur. Réfléchir avec froideur et calme n’était pas au programme, bien que les rouages bien huilés des neurones ne se soient remis à tourner en arrivant à l’intérieur du club. Ils l’informèrent par exemple du fait que, fort heureusement, elle était vêtue de la même tenue que sa jumelle, cette habitude d’assortir leurs vêtements dès le matin étant définitivement une idée de génie aux vues de ce masque commun qu’elles portaient. Ils lui firent ensuite faire le tour de la pièce afin de la repérer. Ils lui dirent enregistrer sa présence mécaniquement. Ils préparèrent aussi les mots qu’elle allait lui dire, le minimum pour qu’elle reste le moins de temps possible et s’en aille avant que quiconque se rende compte que l’alcool n’était pour rien dans la présence de deux serveuses à la blonde chevelure. Malheureusement pour elle, ils en profitèrent pour l’informer de la présence d’une personne qu’ils avaient appris à mémoriser et à apprécier et qui se retrouvait être dans le même secteur de la pièce que sa jumelle. Evidemment. Étonnamment, la combinaison de Liam et de Conrad et de sa sœur en seulement l’espace de quelques minutes n’encouragea pas la jeune femme à retrouver ses esprits. Ses émotions, pourtant sagement canalisées peu de temps auparavant se remirent en mouvement, au moment précis où une main se posa sur sa taille et deux lèvres effleurèrent son oreille : Dis donc, ma jolie, tu étais où ? Je ne t’avais pas vue ce soir … Tu me servirais un verre ? Comme d’habitude...

Et comme d’habitude, Pearl esquiva la main baladeuse que sa sœur avait dû provoquer un des soirs où c’était son tour. Comme d’habitude, elle prit les devants pour regagner l’abri rassurant qu’offrait l’espace derrière le comptoir. Comme d’habitude, elle attrapa un verre à cocktail avec dextérité. Et comme d’habitude, elle commença à exécuter la recette du Bloody Mary pour le buveur assoiffé qui salivait déjà, surtout quand une jeune femme dévêtue, visiblement en quête d’une proie, vint se frotter contre lui. Parfait. Elle était sauve. Elle n’avait plus qu’à le servir et reprendre le cours normal de sa soirée. Ca va ? Tu avais l’air pressé. Ses yeux se levèrent et tombèrent dans l’azur de ceux de Conrad. Le contact lui fit l’effet d’une décharge électrique et elle se redressa soudain. Grace. Elle ne devait pas être ici. Quelques instants auparavant, elle observait la scène de l’autre côté. Où était-elle ? Que faisait-elle ici ? Je pensais avoir vu le patron me faire signe, mais je m’étais trompée. Désolée. Reprendre le cours d’une conversation que sa sœur avait commencée lui donna une vague nausée, à moins que ce ne soit le flash-back en chair et en os qui était venu s’inviter dans leurs vies de nouveau. Quelle importance cela aurait-il, en même temps ? La réalisation impeccable du cocktail achevée, elle poussa le verre vers l’ivrogne qui n’avait plus d’yeux que pour la poupée en plastique qui se collait à lui. L’attrait du femme aux yeux d’un homme … Il suffit qu’une autre passe pour y mettre un terme. La pensée était philosophique mais en rien erronée dans l’état actuel des choses. Revenant à l’habitué qu’elle préférait, elle se fit un devoir de le servir à nouveau. Elle le regarda un instant, avant de demander : Pourquoi reviens-tu ? Tu as horreur de cette ambiance. La question avait un goût amer pour la jumelle. Si elle avait adopté le jeu de sa sœur sans faire d’histoire, il n’en restait pas moins que leur première conversation, authentique, lui avait vraiment plu et qu’elle déplorait n’avoir pu la finir. Il était vrai que le moment n’était cependant sans doute pas aux épanchements mais plus à la survie. Grace avait disparu de son radar et elle essayait de la repérer sans se faire remarquer de son interlocuteur, ce qui était un art. Il fallait espérer que sa question ait de quoi l’occuper suffisamment pour qu’il ne remarque rien.
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MessageSujet: Re: Vodkatastrophe {Conrad, Pearl & Grace}   Jeu 25 Juil - 11:59

Vous n’avez jamais eu la sensation d’être devant une personne que vous pensez connaître depuis des années mais qui, finalement, se révèle être un parfait inconnu parce que son comportement, sa manière de parler, ce petit rien qui le caractérisait à changé ? Hé bien, c’était la sensation dans laquelle j’étais. A chaque début de conversation avec Jillian, j’avais la sensation d’être devant une nouvelle personne. J’étais paumé. C’était comme si elle était des milliers de femmes en même temps. Comment est-ce que j’étais censé faire pour les distinguer les unes des autres ? Au début, notre relation avait pourtant été facile. J’avais rencontré une fille sympathique, souriante, pleine d’énergie. Et puis je l’avais croisé une autre fois et c’est à partir de là que les choses ont changé. Parfois, je revoyais la Jillian que j’avais rencontré. Alors je me disais que c’était bon, cette fois, qu’elle était de retour définitivement. Sauf que son double, son triple, son quadruple ou que sais-je revenait et je rencontrais une nouvelle Jillian. C’était étrange. Pourtant, j’avais toujours la même personne devant moi. La même Jillian. La même fille blonde qui servait des boissons toute la soirée. Je me faisais des idées. Elle changeait de caractère, évidemment, mais cela pouvait s’expliquer d’une manière ou d’une autre. Elle travaillait dans un bar, ça se trouve, elle se droguait ! Ou elle pouvait avoir des disputes avec des clients, être agacée par une de ses collègues, avoir des problèmes personnels. Les réponses étaient multiples. Pourtant, je cherchais toujours à comprendre pourquoi Jillian pouvait, parfois, paraître aussi différente d’un moment à un autre.

C’était une question à lui poser, tiens. Enfin, j’imaginais déjà sa réponse : « Tu as trop bu pour ce soir, Conrad, va te coucher ! » ou quelque chose dans le genre. Et franchement, je ne lui en voudrais pas. En atteignant la trentaine, il semblerait que j’avais perdu ma lucidité. Jillian revint derrière le bar comme si elle n’était jamais partie. Elle semblait tout de même préoccupée par un détail. Elle s’affairait à préparer un cocktail, rattrapant le retard qu’elle avait pu accumuler en s’absentant deux secondes. Je plissai les yeux. Elle était soudain beaucoup plus à l’aise, beaucoup plus à sa place. Et voilà que ça recommençait ! Je devenais cinglé, voire paranoïaque. Il fallait vraiment être fou pour penser qu’elles étaient dix derrière un seul visage. Le problème venait de moi et de personne d’autre. Je repoussai le verre encore plein. Mieux valait que je m’arrête là, sinon, j’allais bientôt voir Jillian en double. Au moins, je pourrais vraiment dire qu’elles étaient plusieurs. « Je pensais avoir vu le patron me faire signe, mais je m’étais trompée. Désolée. » Je hochai la tête, faisant mine de comprendre. Sauf que pas du tout. J’étais pourtant certain d’avoir vu son boss à droite et elle, partir à l’opposé. Soit elle mentait, soit j’avais vraiment besoin d’un séjour en hôpital psychiatrique. Elle servit le cocktail à un homme assis non loin, les mains trop occupées par une femme pour boire quoi que se soit. Je levai les yeux au ciel et me retournai vers Jillian afin de l’écouter.

« L’attrait d’une femme aux yeux d’un homme… Il suffit qu’une autre passe pour y mettre un terme. » Elle n’avait pas tout à fait tort. Certains hommes étaient de vrais animaux concernant le sexe et les femmes. Ils sautaient sur tout ce qui bougeait. Si en plus, ils pouvaient avoir une file d’attente de femmes prêtent à coucher l’une après l’autre derrière leur porte, ils seraient les plus heureux du monde. Au moins Jillian avait-elle conscience de cette réalité, elle finirait peut-être pas penser que sa place n’était pas dans ce bar. « Pourquoi reviens-tu ? Tu as horreur de cette ambiance. » Ah ! J’étais coincé. Je ne pouvais pas avouer à une personne que j’adorais envoyer bouler quand elle était irritable et insupportable que je venais rien que pour discuter avec elle. D’un autre côté, elle savait que je n’aimais pas mettre les pieds ici et que j’avais horreur du comportement de certains hommes. Alors quoi ? Qu’est-ce que j’étais censé lui répondre ? J’aurais bien gagné un peu de temps en buvant une gorgée de mon whisky mais je venais de me l’interdire. « Parce que la barmaid est sympa et que l’on peut avoir de bonnes conversations avec elle. » La vérité triomphera toujours, n’est-ce pas ? Je préférais encore ça que d’inventer n’importe quoi qui ne serait pas crédible. De toute manière, il n’y aurait eu aucune autre raison qui me pousserait ici. Je n’avais jamais croisé Jillian en dehors de son bar alors si je voulais lui parler, il fallait que je me déplace jusqu’à son antre. Et si cet antre était un club de strip-tease, ma foi, tant pis !

Je pris une inspiration. En fait, cet endroit me donnait la chair de poule. Il était la preuve que le monde ne tournait pas rond, que des femmes étaient dans une situation si critique qu’elles devaient sonner à la porte de ce genre d’établissement. Je n’étais pas idiot, certaines travaillaient ici pour le plaisir. Elles y trouvaient une certaine satisfaction. Mais ce genre d’endroits était aussi la preuve que les hommes pouvaient être des animaux, des personnes irrespectueuses, uniquement attirées par le plaisir de la chair. Je ne fréquentais pas ces bars d’habitude. Je n’avais pas besoin d’y aller draguer, d’abord ; ensuite, je ne draguais pas, je séduisais, nuance ; et surtout, j’avais assez de respect pour les femmes pour ne pas les payer ; pour finir, je n’étais pas assez désespéré en amour. Cependant, je venais. Une fois par mois, parfois plus. Jillian m’intriguait avec toutes ses personnalités. Avec elle, je pouvais avoir des conversations intéressantes. « Tu vas me prendre pour un fou mais des fois, j’ai l’impression que tu es plusieurs, que tu es différente une fois sur l’autre. » Lui dire ça était comme lui avouer que j’étais ivre ou fou, au choix. Sauf que je l’avais dit. Elle allait rire, je le sentais. Rire à en pleurer, à se tenir le ventre et à attirer les regards de tous. Je guettai ses expressions de la surprise, de la moquerie, un sourire, un rire. Allez, Jillian, dis-moi que je me fais des idées !
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MessageSujet: Re: Vodkatastrophe {Conrad, Pearl & Grace}   Mer 31 Juil - 23:00

Malgré son apparente décontraction, la demoiselle était tendue. Se retrouver dans son élément lui plaisait, ce n’était pas tant le souci. Quoi qu’on puisse en penser, et sans doute beaucoup de mal, c’était Pearl qui avait choisi cet emploi, la douce, délicate, mais aussi sanguine et triviale Pearl. Il lui fallait côtoyer des gens, elle avait besoin de sentir du monde, d’osciller au milieu des bouteilles. Les attraper, les faire tourner, c’était un jeu d’enfant, comme si elle suivait des intuitions au lieu de réagir. Pendant qu’elle conversait avec Conrad, elle continuait, machinalement, à remplir les verres, à encaisser, au fur et à mesure. Bien sûr qu’il lui aurait sans doute fallu un environnement plus respirable, moins enfumé, avec moins de femmes dénudées, moins de regards lubriques sur sa fine silhouette. Mais elle n’avait pas trouvé mieux pour l’instant, la gérante lui enseignait la magie … et certains clients valaient le coup de supporter les autres. Il ne fallait pas se voiler la face. Même si ce petit jeu qu’elles avaient mis en place, Grace et elle, ne leur laissait pas vraiment l’occasion de reprendre le fil de ce qu’ils avaient ébauché le premier soir, la simple rencontre de deux personnes ayant des points de vue convergents sur quelques sujets et pouvant par conséquent imaginer discuter pendant de longues heures, il n’en restait pas moins qu’elle avait appris à apprécier la présence de cet homme, même si la plupart du temps, c’était pour se montrer cassante avec lui. Elle ne pouvait pas en être certaine, mais elle devait l‘envoyer sur les roses bien plus souvent que sa jumelle, rapport au fait que Grace était une charmeuse, et devait regretter de ne pas avoir ouvert la voie, qu’elle lui ait parlé en premier. Et elle était plus amère, car, une fois encore, elle devait partager, ce qui l’enchantait de moins en moins. Mais leur vie était ainsi faite, et le pauvre Conrad n’y était pour rien. Seulement, n’aurait-il pas pu les différencier, juste une fois ? Se rendre compte de qui lui avait parlé ? Elle n’aidait sans doute pas beaucoup, prenant parfois ses distances, essayant de réengager la conversation soudain, mais elle ne savait pas comment se positionner. Il était difficile de s’y retrouver entre les deux ? Même une seule était peu évidente à suivre. Être une ou deux pouvait être profondément perturbant.

Et ça l’était d’autant plus à ce moment précis, où elle n’aurait absolument pas dû se trouver là. Elle prenait un risque, on aurait pu penser que ça n’avait pas la moindre importance, mais c’était tout leur univers qui risquait de vaciller si quelqu’un se rendait compte que non, il ne voyait pas double et qu’il y avait bien deux Jillian dans la pièce. Ce qui la mettait encore plus sur les nerfs. Ce qui avait fait qu’elle l’avait provoqué, espérant qu’il ne le prenne surtout pas mal et ne se lève pas en disant qu’elle avait vraiment un foutu caractère et qu’il ne reviendrait pas. Mais non. Parce que la barmaid est sympa et que l’on peut avoir de bonnes conversations avec elle. L’ombre d’un sourire passa sur ses lèvres, illuminant un instant son visage alors qu’elle feignait d’être absorbée par le chiffon qu’elle passait sur le comptoir. Ce n’était pas le moment, elle le savait, mais elle captura ces mots pour les garder pour plus tard. Elle s’était reprise et haussa les épaules avec négligence : Des conversations ? Je m’étais arrêtée à une, personnellement. Ses yeux remontèrent pour rencontrer les siens, brièvement. C’était peut-être un peu sec. Ça l’était généralement. Elle rajouta, pour faire bonne mesure : Mais oui, le temps qu’on la respecte, la barmaid a ses bons côtés. Et il l’avait toujours été, respectueux, malgré l’ambiance qui aurait sans doute pu donner des idées grivoises – non, qui donnait quotidiennement des idées grivoises à tout un chacun – jamais une parole déplacée ou un regard lubrique. Ce qui contrariait certains, qu’il s’approprie son attention pour ne rien en faire, mais qui convenait parfaitement à la jeune femme. Et en parlant de s’appropriait son attention … elle commençait à perdre de vue ce pourquoi elle était là. Parler à Grace et ce, de toute urgence.

Son regard quitta celui de Conrad pour parcourir la salle. Était-ce une chevelure blonde qu’elle venait de voir se glisser entre deux costauds dans le fond de la pièce ? Partait-elle vers les loges pour qu’elle puisse l’y retrouver en toute tranquillité ? C’était une option intéressante. Mais il y avait cet homme, en face d’elle. Certes, mais elle n’était pas en mesure de recommencer une quelconque discussion, même si elle s’était momentanément calmée. Il fallait qu’elle dise à Grace ce qu’elle avait vue et ensuite qu’elle s’éclipse dans la nuit ; car tels étaient les termes du contrat implicite qui les liait. Ce fut la résignation qui prit le pas sur le reste. Elle posa son chiffon sur le bar et allait sans doute décharger sa frustration sur le pauvre Conrad qui n’avait rien demandé quand il la coupa en plein élan. Tu vas me prendre pour un fou mais des fois, j’ai l’impression que tu es plusieurs, que tu es différente une fois sur l’autre. La gorge de la jeune fille se noua alors qu’un de ses organes se contractait pendant que l’autre tombait dans sa poitrine. Que venait-il de dire ? Ses iris accrochèrent les siens sans même qu’elle puisse les contrôler. La bouche sèche, elle se rendit compte de la dualité de ses pensées à cet instant précis. Il commençait à comprendre. Grace serait furieuse, et ce serait la fin de quelque chose. Mais il sentait qu’il y avait quelque chose. La reconnaissait-il comme être humain à part entière, quelque part en lui ? Un verre s’abattant sur le comptoir pour réclamer sa dose la fit sursauter et elle s’en saisit, détournant brusquement le regard. Quand elle eut fini, elle se tourna de nouveau vers son interlocuteur et ses lèvres esquissèrent le début d’une réponse. Est-ce que tu … Ses incisives accrochèrent sa lèvre inférieure quelques instants. …noterais ça ?

Quel genre de phrase était-ce là ? Rien de plus que ce qu’elle venait de dire : prendrait-il la peine de noter ses observations ? Ses changements d'humeur, les jours où il la trouvait différente ... Peut-être comprendrait-il tout seul … Nouveau mouvement de tête blonde. Cette fois, il n’y avait plus de doute. Elle avait repéré Grace qui partait vers la réserve. Elle ne la voyait pas. Elle se pencha, plaçant son visage à quelques centimètres de celui de l’homme et lui dit, très sérieusement : Tu es à la fois proche et à mille lieues de la vérité. Continue sur cette voie et nous finirons notre discussion. La première et la seule. Elle se dégagea sans plus de manières et quitta le bar, comptant sur le choc pour qu’il ne la suive pas. Elle se fraya un chemin à travers la foule, s’engouffra dans la réserve. Se retournant pour fermer la porte, elle déclara, face au battant, dos à sa sœur, qu’elle savait là : Liam est en ville … La bombe était lâchée. Elle ferma les yeux. Trop d’émotions pour une seule soirée …
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MessageSujet: Re: Vodkatastrophe {Conrad, Pearl & Grace}   Mar 6 Aoû - 11:56

Le cœur battant la chamade, Grace s’appuya contre la porte de la réserve. Elle se trouvait dans un état d’agitation auquel elle n’était plus habituée.
Abandonnant le contact réconfortant de la lourde porte, elle se mit à faire les cent pas au milieu des étagères, tentant vainement de mettre de l’ordre dans ses pensées. Quelle qu’ait été la raison de Pearl pour venir ici ce soir, ça n’était forcément pas un bon signe.
Jamais encore les jumelles n’avaient eu à rompre leur accord tacite. Celui qui voulait que tant qu’elles étaient dans la peau l’une de l’autre, cette vie leur appartenait. Si les conséquences étaient parfois délicates à gérer, Grace n’avait jamais eu à se plaindre de cette dualité. Elles étaient deux, elles étaient elles. Cela suffisait. Cela leur avait toujours suffi, cela devait continuer de leur suffire.
A la pensée que Pearl puisse vouloir se détacher d’elle et mettre fin à la comédie, sa sœur se sentit mal. La nausée la submergea tandis qu’elle se laissait glisser au sol, étourdie. Son cerveau la bombardait de sentiments contradictoires qu’elle aurait voulu faire taire une bonne fois pour toutes.

C’est alors que Pearl fit irruption dans la réserve, adoptant la même exacte posture que sa jumelle quelques minutes plus tôt. Pendant une fraction de seconde, les filles se dévisagèrent et Grace sentit sa vie lui échapper. Par pitié, songea-t-elle, ne me retire pas ça.

« Liam est en ville… » lâcha Pearl avant de retomber sans son mutisme.

Alors que les mots remontaient jusqu’au cerveau, la panique céda peu à peu la place à l’adrénaline. Liam était en ville. C’était une information qu’elle pouvait gérer.
Le métamorphe – skinchanger, les appelaient-ils ici – finirait probablement par retrouver les jumelles : la plus grande des villes ne résiste jamais bien longtemps à une bonne, vieille, envie de vengeance. Et quand il les retrouverait, Liam n’aurait sûrement qu’une envie, celle de leur faire payer sa transformation, survenue quelques années plus tôt. En attendant… Pearl était là. Pearl était là, et elle n’allait nulle part.

« Tout ira bi » commença Grace en se relevant, sur le point d’aller prendre sa sœur dans ses bras. Sauf que la porte de la réserve s’ouvrir, écrasant Pearl derrière elle, alors que la silhouette de l’un des managers se détachait dans l’encadrement.
La jeune femme esquissa une grimace sous les imprécations de son supérieur. Oui, elle avait abandonné son poste pour aller se réfugier ici. Non, elle n’attendait pas que les verres se remplissent tous seuls. Elle n’eut d’autre choix que de lui emboîter le pas, douloureusement consciente de la présence de Pearl, seule dans son cagibi, en proie à l’inquiétude.

Une inquiétude qui la toucha aussi quand elle se retrouva derrière son comptoir. Conrad. Dans la panique, elle l’avait presque oublié – qu’avait-il vu ou entendu ? S’il était resté assis sur son tabouret de bar, la probabilité qu’il ait aperçu Pearl était infime. Et même s’il ne l’avait pas vue, elle était partie comme une voleuse, sans mot dire, sans explications. Un nouveau cran de franchi dans la bizarrerie, qui n’aurait pas du se produire. Parce qu’elles ne devaient jamais – jamais – se trouver au même endroit au même moment. Elle lui adressa un sourire franc.
« Mon dieu, je suis désolée. C’est un peu la panique, ce soir, » continua-t-elle avec empressement. « Désolée, » répéta-t-elle en fixant un verre vide, soufflée par l’enchainement des évènements.
Il fallait qu’elle se ressaisisse. Prenant une inspiration, Grace commença à débarrasser le comptoir de ses déchets, tout en tâchant d’adopter une attitude normale. Elle devait trouver une explication en même temps qu’une excuse pour retourner auprès de sa sœur.
« Qu’est-ce qu’on disait ? » demanda-t-elle machinalement à Conrad, tout en agitant dans sa direction la bouteille de whisky qu’il avait entamée plus tôt.
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MessageSujet: Re: Vodkatastrophe {Conrad, Pearl & Grace}   Mer 7 Aoû - 9:59

Il y a des moments où l’on se dit que la folie n’est pas loin. Elle se cache à l’angle de la rue et n’attend que de vous voir pour vous sauter dessus. J’étais dans un de ces moments-là. Franchement, penser qu’elles étaient une dizaine était totalement cinglé. Qu’est-ce que ça leur apporterait de jouer le rôle d’une seule personne ? Rien. Elles s’ennuieraient, s’enfermeraient dans un chemin glauque et ne trouveraient aucune satisfaction à agir ainsi. Et comme je ne cessais de le penser depuis quelques minutes, Jillian était intelligente. Elle ne ferait pas cela. Elle profiterait de sa vie et aurait le travail qui lui plaisait. Donc barmaid. Chacun son plaisir, n’est-ce pas ? On ne pouvait pas dire non plus que mon métier était le plus passionnant du monde. Plein de gens troqueraient le métier d’enseignant d’Art contre celui d’acteur, par exemple. Mais moi, je n’échangerais pour rien au monde. Je me plaisais à admirer des œuvres lors de mes cours, à enseigner ce que je connaissais, de satisfaire la curiosité de quelques étudiants. C’était plutôt enrichissant. Jillian devait trouver la même satisfaction à travailler ici. Elle en apprenait sûrement plus que moi sur la gente masculine et sur le monde actuel. Elle devait entendre de nombreux secrets d’hommes ivres qui cherchaient un peu de compagnie. D’ailleurs, j’en faisais partie. Pas que je sois ivre mais je venais parler. Je ne cherchais rien d’autre qu’une discussion. C’était pathétique. J’avais l’impression d’être un de ces vieillards qui vous adresse la parole à l’arrêt de bus afin de débattre du le beau temps et du retard des bus. Non, je n’avais pas une très bonne image de moi.

« Des conversations ? Je m’étais arrêtée à une, personnellement. » Voilà qu’elle recommençait. Je levai un sourcil interrogateur. Je l’appréciais, ne pensez pas le contraire, mais j’avais vraiment du mal avec elle, parfois. Il m’arrivait de vouloir lui foutre une claque et le lendemain, de vouloir la serrer dans mes bras. Elle pouvait être tellement différente en quelques heures que ça en donnait le vertige. Il fallait suivre et moi, je m’accrochais difficilement. Je tentais de tenir le rythme même si mes nerfs étaient mis à rude épreuve. Je décidais de ne pas relever, ce n’était pas la peine. « Mais oui, le temps qu’on la respecte, la barmaid a ses bons côtés. » Ah ben quand même ! Vous voyez, pas besoin de lui répondre, elle revenait à la raison toute seule. Dans un lieu comme celui-ci où les femmes étaient davantage des objets que des personnes, il était difficile de se faire respecter. C’était un constat. J’avais pu le remarquer à chacune de mes visites. Voilà pourquoi je ne comprenais pas que l’on veuille travailler ici, se déhancher et servir d’exutoire aux obsessions de pervers. Bon okay, j’étais un homme et je n’étais pas dans la tête de ces femmes, je n’avais jamais joué leur rôle et ne savais donc pas les raisons qui les poussaient à venir tous les jours ici mais j’avais quand même assez de recul pour imaginer.

Une nouvelle fois, je vis l’expression de Jillian changer. Bon sang mais qu’est-ce qu’elle avait. Je me retournai mais ne vis rien. Elle m’inquiétait sérieusement. Si elle avait déjà problème, elle aurait dû savoir que je pouvais l’aider. On discutait depuis assez longtemps ensemble pour qu’elle me demande un service ou qu’elle se confie. Mais non. Elle gardait tout pour elle. C’est alors que je balançai ma théorie fumante. Le coup des dizaines de Jillian démoniques et angéliques qui se remplaçaient à tour de rôle. A sa tête, je sus que j’aurais dû m’abstenir. Un étrange silence s’installa. Okay. Elle allait me demander de partir gentiment, sans geste brusque et de prendre la direction d’un hôpital psychiatrique. Ce n’était pas comme ça qu’elle aurait confiance en moi. « Est-ce que tu… noterais ça ? » Noter quoi ? Qu’est-ce qu’elle me racontait ? Noter qu’elle avait des comportements et des personnalités différents ? Elle m’avait perdu. Je devais avoir les idées trop embrumées pour comprendre de quoi elle parlait. Elle se rapprocha de mon visage. « Tu es à la fois proche et à mille lieues de la vérité. Continue sur cette voie et nous finirons notre discussion. La première et la seule. » Et elle s’éloigna. Si elle avait voulu me plonger dans la perplexité la plus complète, elle avait réussi. Elle m’avait totalement embrouillé. Elle était plusieurs tout en n’étant qu’une personne. Mais encore ? Décidément, je supportais de moins en moins l’alcool.

J’étais perplexe. Je ne savais plus quoi penser à part que j’avais trop bu et que j’étais trop fatigué pour raisonner. En partant, Jillian venait de créer une inquiétude auprès des client du bar. Ici et là, on râlait parce que les verres étaient vides et on réclamait d’être servis. Un barmaid devait toujours être au poste, sinon, c’était la débandade. Mais elle ne tarda pas à revenir. Encore. Jillian disparaissait et réapparaissait comme par magie. « Mon dieu, je suis désolée. C’est un peu la panique, ce soir. Désolée. » Je ne pensais pas que la panique dont elle parlait concernait les buveurs assoiffés. C’était plutôt la personne qui la faisait flipper et l’obligeait à s’absenter. Visiblement, je n’aurais pas plus d’informations. Je poussai un soupir. De toute manière, puisque nous n’avions eu qu’une bonne conversation, elle ne devait pas me considérer comme un ami, mais plutôt comme un client. « Ne t’en fais pas. » En admettant qu’elle s’absentait afin d’effectuer un quelconque travail et que ce n’était pas la faute d’une personne, il était normal qu’elle coure partout. Jillian n’était pas ici en vacances, elle travaillait. Je venais discuter avec elle en connaissant les risques. Je n’avais qu’à m’en prendre à moi-même. C’était moi qui venais la déranger en plein milieu de son service.

« Qu’est-ce qu’on disait ? » « Tu disais que j’étais proche de la vérité, tout en étant loin. Je dois t’avouer que je n’ai pas vraiment compris mais puisque ça semble être un secret, n’en parlons pas. » Je disais ça mais je mourrais d’envie de savoir ce qu’elle avait voulu dire. Au moins juste pour m’assurer que je ne devenais pas fou. Sauf que si Jillian avait souhaité me révéler son terrible secret, elle l’aurait fait. Cependant, j’étais incapable de reprendre une conversation normale. Il y avait tellement de mystères autour d’elle qu’il était difficile d’en faire abstraction. « Et sinon, qu’est-ce qui te fiche les jetons comme ça ? » On ne pouvait pas mieux faire, niveau délicatesse. Pour ma défense, elle cherchait à me cacher toutes ses histoires alors si je voulais obtenir des réponses, il fallait la surprendre et ne pas lui laisser le temps de réfléchir. Je levai les yeux vers elle, sourire aux lèvres. Elle pouvait avoir confiance en moi, sauf que je semblais être le seul à m’en apercevoir.
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MessageSujet: Re: Vodkatastrophe {Conrad, Pearl & Grace}   Ven 23 Aoû - 23:19

Grace se sentait perdre pied, petit à petit. Elle n’aimait pas particulièrement perdre le contrôle, sinon de façon maîtrisée, dans des circonstances bien précises. Pas quand le monde menaçait de tourner à l’envers et que tout le monde, sauf elle, semblait s’en accommoder.
« Ne t’en fais pas, » ajouta Conrad, ajouta encore à son trouble. Pour lui non plus, les choses n’étaient pas censées se dérouler de cette façon.

« Tu disais que j’étais proche de la vérité, tout en étant loin. » Grace s’arrêta un instant. Elle avait quoi ? En un instant, la soirée venait de franchir un cran supplémentaire dans le jeu de dupes. Elle n’avait rien dit de la sorte, ce qui voulait dire que Pearl, elle, avait dit quelque chose. Que Pearl était venue ici, à ce comptoir. A sa place. Leur place. Et que Conrad avait cru, comme à son habitude, qu’elles n’étaient qu’une. Sauf qu’elles avaient été vraiment deux. Et que s’il était incapable de déceler les différences, c’est qu’elles étaient encore plus douées qu’elles ne le croyaient pour se fondre l’une dans l’autre.
Grace haussa les épaules, tâchant de conserver un air décontracté en dépit de la chamade que battait son cœur. Bof, semblait-elle dire. « Je dois t’avouer que je n’ai pas vraiment compris mais puisque ça semble être un secret, n’en parlons pas. » Elle acquiesça. « Très bien. »
C’était un secret. Leur secret. Pourtant, en cherchant les yeux de Conrad, elle ne put s’empêcher de se demander ce qu’il avait compris, exactement. Pas vraiment compris. Les choses étaient pourtant claires : Pearl, avec son babillage, en avait déjà trop dit. Trop, ou pas assez. Dans les deux cas, ils ne pourraient en rester là. Se démasquer ou abandonner la bataille ? Les deux options présentaient les mêmes inconvénients : Grace perdrait ce qu’elle avait. D’un côté, Conrad ne les pardonnerait jamais. Ou peut-être qu’il pardonnerait à l’une, et pas l’autre – ce qui serait probablement pire. De l’autre, elles repartiraient à zéro, ailleurs, d’avec d’autres gens, d’autres amis. Toujours la même rengaine.

En proie à ses sombres pensées, la jeune femme servit mollement un autre client avant de leur verser à tous deux un verre. Si cette soirée allait continuer à partie en vrille, il allait lui falloir à boire pour l’affronter.
« Et sinon, qu’est-ce qui te fiche les jetons comme ça ? »
Peut-être même deux verres.
Grace manqua de s’étouffer. La tranquillité avec laquelle Conrad avait posé la question contrastait étrangement avec la violence de ses mots. Sa première réaction fut une colère offusquée : elle, avoir les jetons ? Je n’ai jamais les jetons, faillit-elle répliquer avec virulence.
Sauf que c’était faux.

La lassitude envahit la sorcière. Elle ne savait pas de quoi Jillian avait peur. Jillian était forte, Jillian était imbattable, Jillian était multiple et Jillian n’avait pas les jetons. « Hum… » marmonna-t-elle afin de gagner du temps. Elle pourrait l’envoyer bouler. Elle l’avait déjà fait. Elle ne le fit pas… Peut-être parce qu’elle se doutait, quelque part, que la fin approchait ? Ou que la fatigue parlait. « J’ai peur de me perdre, » chuchota-t-elle avec honnêteté, ravalant ses larmes.
De se perdre, de perdre sa sœur. Peu importait, c’était et c’avait toujours été la même chose. Elle soupira.
« Et toi ? De quoi as-tu peur, Conrad ? »
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MessageSujet: Re: Vodkatastrophe {Conrad, Pearl & Grace}   Jeu 29 Aoû - 15:02

La musique, les discussions, l’alcool et les odeurs des inconnus me fatiguaient. J’aurais dû boire mon verre de whisky chez moi, j’aurais été bien plus tranquille qu’ici. Sans compter que Jillian allait et venait. J’avais vraiment l’impression qu’elle avait vu un fantôme mais elle continuait à le nier. Ce n’était pas aujourd’hui que j’allais tirer quelque chose de son mutisme. Elle était toute en discrétion et en mystère. Elle pouvait paraître abordable et sympathique sans jamais vous révéler un secret. Elle vous faisait croire qu’elle était proche de vous alors que ça n’en était rien. Elle m’horripilait. Si je voulais tirer quelque chose de Jillian, il allait falloir que je sorte les grands moyens. Cela dit, je craignais d’apprendre son secret. Si ça se trouvait, elle était une meurtrière en série et elle se cachait ; elle pouvait aussi être une de ces femmes qui se mariaient, tuaient leur mari et empochaient tout leur argent. Elle pouvait être n’importe qui. Imaginez qu’elle ne s’appelle même pas Jillian ! Me mentir sur un truc aussi innocent que son prénom serait vraiment tordu. D’un autre côté, je ne serais pas étonné. Elle se protégeait, se construisait des remparts autour d’elle. Sa vie, c’était la sienne et celle de personne d’autre. On aurait pu penser qu’une personne aussi pudique sur sa vie ne travaillerait pas dans un tel endroit, et pourtant !

J’avais mal à la tête. J’avais besoin de prendre l’air mais laisser Jillian seule derrière son bar avec une personne qui l’effrayait ne me disait rien. J’étais curieux de voir la suite. Enfin, s’il y avait une quelconque suite. Il y avait de fortes chances pour que je me fasse des histoires sans queue ni tête mais pour le savoir, il me fallait rester sur place. Jillian semblait avoir perdu de son dynamisme, elle n’était plus aussi alerte que tout à l’heure. Elle nous versa deux verres. On en avait bien besoin. Chacun à notre manière, nous n’étions pas bien. Pour guérir ces deux maux, il n’y avait pourtant qu’une solution : l’alcool. Ce fut le moment choisi pour lui poser la question. Elle avait peur, je le sentais. A sa réaction, je sus que j’avais touché juste. Je vis une lueur de colère traverser ses prunelles. Tu es démasquée, ma belle ! Malgré le contentement que me provoquait sa réaction, je le cachais. Il ne fallait pas montrer de réjouissance à son « ennemie ». Je me contentais d’afficher un air décontracté, après tout, j’avais lancé ce sujet juste pour discuter, en aucun cas pour lui arracher les vers du nez. « Hum… » Pas très convaincant, Jillian, passe ton tour. Elle allait devoir trouver mieux si elle voulait se débarrasser de moi.

Qu’elle ne sache pas quoi répondre me confortait dans mon idée. Elle avait bien peur de quelque chose et comptait le cacher encore une fois. Pourquoi est-ce qu’elle devait toujours tout compliquer ? « J’ai peur de me perdre. » Son murmure faillit m’échapper mais je l’entendis clairement. Peur de se perdre. Tout le monde craignait cela. Cependant, sa réponse semblait étrange. Ce n’était pas la raison de ses disparitions répétées. Je la dévisageais, attendant la suite. Pour une fois, elle semblait sur le point de lâcher prise. Elle était tourmentée. Il y avait quelque chose de plus profond derrière sa phrase. « Et toi ? De quoi as-tu peur, Conrad ? » La conversation était tellement à l’opposé de l’ambiance qui régnait ici. Nous nous posions des questions existentielles, cherchant un sens à tout cela, essayant de comprendre qui était l’autre. A la question de Jillian, je sentis mon cœur se serrer. Le visage de ma fille apparut dans mes pensées. Ma plus grande peur s’était réalisée quelques mois auparavant. Ca aurait été prétentieux de dire que je n’avais plus peur de rien maintenant.

La peur était la faiblesse de chacun. Il suffisait d’en parler, de la pointer du doigt pour que quelque chose se passe chez l’autre. Je n’aurais pas dû en parler à Jillian. Elle avait bien assez de soucis sans avoir à m’ajouter sur sa liste. Surtout que maintenant, elle me retournait la question. « Peur de la mort. » lâchai-je. Bien des gens étaient morts et encore d’autres mourront. J’en ferai partie. J’avais même frôlé la mort quelques mois plus tôt. Je m’étais senti attiré par elle comme on serait attiré par un bon hamburger après deux mois de jeun. Je m’étais relevé tout doucement et j’avais pris mes distances avec elle mais la menace restait toujours. Il suffisait d’une nouvelle perte. Une nouvelle mort pour que je flanche. J’avalai une gorgée. « On devrait profiter de la vie plutôt que de nous morfondre, tu ne crois pas ? » Après tout, le pire semblait derrière nous même si le gouvernement n’était pas toujours bon et qu’une majorité de la population était dans une mauvaise situation, on aurait pu tomber bien bas. On aurait pu… mourir.
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MessageSujet: Re: Vodkatastrophe {Conrad, Pearl & Grace}   Mer 11 Sep - 23:22

« Peur de la mort. » Peur de la mort ? Elle n’eut pas à réfléchir longtemps. Sa fille était morte, elle le savait. Il l’avait dit à Pearl qui le lui avait dit – bref, d’une façon ou d’une autre, elle l’avait appris. L’avoir appris par des moyens détournés n’atténuait pas la tristesse de la chose. Pour une fois, elle laissa la compassion l’emporter sur le reste, tâchant d’imaginer ce par quoi Conrad avait du passer. Envisager, ne serait-ce qu’une seconde, que Pearl puisse mourir lui serrait le cœur. Elle refoula les larmes qui lui montaient aux yeux avant d’acquiescer solennellement. De temps à autre, elle était capable de compassion. Pearl qui lui déteignait dessus, probablement.
« C’est plutôt honorable, » répondit-elle à voix basse. Plutôt plus que d’avoir peur des araignées, en tout cas. Et franchement plus clair que sa réponse alambiquée à elle.

« On devrait profiter de la vie plutôt que de nous morfondre, tu ne crois pas ? »« Profiter de la vie ? » Elle observa une courte pause. Elle ne se sentait pas particulièrement d’humeur à se morfondre. Elle était inquiète, oui. Mais Grace n’avait jamais été le genre de fille qui se terre dans son coin en se rongeant les ongles. La peur lui mettait un coup de pied aux fesses – une fois l’élan initial de panique passé. L’adrénaline faisant son chemin, elle se sentait plutôt énergique. Nul doute que Conrad, en revanche, ne voyait pas tout à fait les choses de cette manière. Quelque part, une petite voix lui soufflait que par profiter de la vie, il voyait un peu plus grand qu’une fin de soirée au Little Darlings.
L’idée méritait d’être envisagée. Profiter de la vie. L’espace d’un instant, Grace envisagea une vie de laquelle elle pouvait profiter. Une vie dans laquelle elle serait toute seule, où personne ne la confondrait jamais avec une autre et où chacune des conversations qu’elle tiendrait lui serait destinée. A elle. Sans que jamais, personne ne regrette qu’elle ne soit pas Pearl.
Un tableau idyllique et franchement improbable, aux accents amers. Tout ce qu’elle avait, c’était un bout de vie à partager. Un bout de vie qu’elle devrait rendre et disséquer, afin que la comédie puisse continuer. Malgré tout, Grace esquissa un sourire. Si elle se devait de partager cette soirée jusqu’au bout… autant la rendre mémorable.

« Entendu, »acquiesça-t-elle, « profitons de la vie. Par quoi tu veux commencer ? »
Il lui restait cependant un détail à régler. Un détail important, terré dans la réserve, qui était probablement dans tous ses états. Un détail auquel elle devait toute son attention et qui méritait tellement plus. Pearl était toujours dans la réserve. Grace ne pouvait la laisser là pour aller vivre sa vie. Pas ce soir. Pas maintenant. « Avant d’aller profiter de la vie, il me reste une dernière petite chose à faire. »  
Grace commençait à faire le tour du comptoir pour retrouver sa sœur quand elle s’empara machinalement d’un verre vide. La douleur fut immédiate : elle se retrouva à fixer d’un air stupide le verre brisé qui jonchait le sol. « Merde, » souffla-t-elle, un instant éblouie par le rouge. Tout ce rouge. Qui aurait cru qu’un verre pouvait faire autant de débris ? Levant la main d’un air incertain, elle constata avec dépit que le bout de verre qui avait ripé l’avait bien entamée, de la paume de la main jusqu’au poignet. Idiote, se morigéna-t-elle, alors que la sensation d’étonnement se dissipait pour laisser la place à la douleur.
« Désolée, » s’excusa-t-elle platement auprès de Conrad. « Je crois que je vais devoir attendre un peu pour… merde. »
A chaque pas, elle écrasait un peu plus de verre, attirant l’attention du barman qui se tenait à l’autre bout du comptoir. « Une prochaine fois, d’accord ? » acheva-t-elle en criant presque pour se faire entendre, alors que son collègue l’entraînait vers les locaux du personnel. Tu parles d’une soirée.
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MessageSujet: Re: Vodkatastrophe {Conrad, Pearl & Grace}   Mer 18 Sep - 20:10

La porte ne l’avait pas assommée mais peut-être Pearl l’aurait-elle préféré au simple trouble qui suivit le coup qu’elle reçut. Ses sens lui furent ôtés pendant quelques secondes, pas assez pour la faire tomber mais suffisamment pour la couper du monde l’espace d’un instant. Et la projeter en plein cœur du tourbillon que formaient ses pensées. Elle manqua de s’y noyer et, le souffle coupé, se retrouva au sol lorsque le battant fut retiré de son visage. Elle y resta, quelques instants. Son cœur battait à ses tempes et elle ne parvenait pas à se calmer. Même si Grace allait sans doute la rassurer, elle ne pouvait pas s’abandonner à la sérénité. Il y avait beaucoup trop en jeu. Liam avait été la première faille entre elles et elle le savait aussi bien l’une que l’autre même si Pearl avait caché tant bien que mal son attirance pour le jeune homme à l’époque, ne pouvant décider si elle était sincère ou simplement motivée par la jalousie de voir quelqu’un pour qui Grace pouvait exister pour elle-même. S’ajoutait à cela la culpabilité d’avoir secondé sa jumelle lors de sa transformation. Et, dans ce monde où elles n’étaient qu’une, cela était bien trop dangereux. Que leur voulait-il ? Et comment allaient-elles survivre ? Être deux, ne faire qu’une, c’était compliqué, bien trop compliqué. Et même si elles ne se voyaient pas évoluer autrement dans cet univers pour l’instant, il n’empêchait que cela n’avait rien de naturel et que cela allait finir par les détruire. Non, tout n’irait pas bien. Elles grandissaient, évoluaient et le jeu qu’elles avaient instauré il y avait bien longtemps n’était plus qu’un ensemble de règles éculées qu’elle ne savait plus comment manier.

Ce n’était cependant pas en restant là, à vouloir épouser le sol de béton de la réserve de son corps qu’elle allait y changer quoi que ce soit. Bouger n’aiderait pas non plus, cela étant, c’était bien vrai. Le risque de se faire prendre et que quelqu’un voie enfin qu’elles n’étaient pas celle qu’elles prétendaient être fut ce qui la décida à se relever finalement. Tous ses membres tremblaient et elle se donna une poignée de minutes pour reprendre son souffle. Il fallait qu’elle ait l’air parfaitement naturelle en sortant pour que personne ne lui pose de questions. Elle devait se fondre dans la foule, s’éloigner sans un regard en arrière, surtout pas vers le bar où Grace devait se trouver avec … Conrad. Nouvelle pause. Il commençait à saisir. Peut-être pas entièrement et elle ne l’avait sans doute pas aidé avec l’énigme qu’elle lui avait lancé sans le vouloir, mais il y avait des progrès indéniables. Elle ne pouvait le lui dire de vive voix, il devait le deviner et … à quoi bon ? Serait-ce vraiment une bonne chose qu’il l’apprenne ? Il n’y avait qu’à voir ce que devenait quelqu’un qui les avait appréciées pour qui elles étaient réellement et pas seulement cet être qui n’avait pas d’existence propre. Fermant les yeux, elle se força à prendre une grande inspiration. Cela faisait beaucoup trop pour une seule soirée et pour une seule personne. Grace aimait le chaos, elle, elle abhorrait tout ce qui pouvait ressembler de près ou de loin à du désordre et ce qui se produisait ne faisait qu’en mettre encore plus dans son existence déjà peu simple. Elle allait avoir besoin de temps pour prendre les choses une par une, régler les problèmes l’un après l’autre et elle devait le faire ailleurs.

La poignée lui sembla gelée et elle fut bientôt dehors avec cette impression étrange sur la main. Il n’y avait heureusement aucun membre du personnel en vue et elle put progresser rapidement dans la foule. Elle ignorait les appels intérieurs d’une voix inconnue lui demandant de se retourner, juste pour voir … elle ne les ignora pas indéfiniment. Ses dents ripèrent les unes contre les autres. Était-ce de voir Grace à la place qui était la « sienne » ? Ou de constater qu’elle n’y faisait même pas illusion, se blessant par la même occasion ? Ou … le picotement de sa main s’intensifia. Ou de savoir ce qui l’attendrait forcément en rentrant ? Elle se mordit l’intérieur de la joue jusqu’à ce qu’un goût ferreux ne la rappelle à l’ordre. Ses yeux effleurèrent Conrad et elle pria, silencieusement. Qu’il comprenne. Rapidement. Finalement, elle avait choisi. C’était trop de contraintes. Alors non, elle ne déferait pas les liens elle-même parce qu’elle ne le supporterait pas. Elle ne voulait même pas tout briser, n’étant pas certaine d’arriver à avancer après cela. Mais cela ne pouvait pas durer indéfiniment. Elle n’y survivrait pas. Tournant les talons, elle finit par passer la porte, sortant dans la moiteur de la nuit. Elle ne rentrerait pas tout de suite. Elle avait besoin de temps. A elle.
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Vodkatastrophe {Conrad, Pearl & Grace}

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