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 Beautiful Lie ♦ Aurora.

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MessageSujet: Beautiful Lie ♦ Aurora.    Jeu 27 Juin - 21:53

" I'll explain everything"


Comme toujours lorsqu’il arrivait au Masquerade, la musique assomma Lorenzo, mais très bientôt, ses sens s’habituèrent, et ce fut pour lui un plaisir rare. Lui qui, chaque jour qui passait, restait constamment sur ses gardes, à tel point que c’était vite devenu pour lui un véritable automatisme, pouvait ici se laisser aller. Du moins n’était-il plus qu’à demi attentif à ce qui se passait autour de lui. La musique, l’éclairage, conçu pour cacher les défauts des uns, mettre en valeur les atouts des autres, tout ici était fait pour s’assurer que les clients qui entrent oublient leurs petites vies misérables, leurs problèmes qui n’en étaient pas vraiment, et ceux qui sortaient du bar restaient assommés par l’excès, maitre mot des lieux, des heures durant. C’était, en réalité, une piqure d’oubli, que tous s’offraient sans même avoir à prendre un verre, sans même avoir à regarder danser les serveuses, à peine habillées pour l’occasion. Et c’était bien sûr sans parler des danseuses, qui attiraient les regards de la plupart des hommes à peine un pied à l’intérieur. Passer le cordon de velours que soulevaient les vigiles à l’entrée revenait à pénétrer dans l’antre d’un diable ayant pour pêché capital préféré la luxure, et peut-être aussi la gourmandise. Gourmandise des yeux, des papilles, gourmandise du toucher, des peaux excessivement douces des serveuses qui ondulaient entre les tables, se faufilaient d’un client à l’autre, portant à bout de bras des plateaux sur lesquels étaient perchés seaux à champagne et verres de cocktails aux ingrédients rares, et aux prix vertigineux.

Mais Lorenzo ne venait ici ni pour boire, ni pour les danseuses. Après les vingt-six premières années de sa vie passées à supporter un père alcoolique – et l’alcoolémie dans la Venise du premier millénaire n’avait rien à envier à celle de notre temps – battant une mère bien trop soumise, il n’avait jamais réussi à passer outre le mépris qu’il avait pour toutes ces personnes qui noyaient leur quotidien dans quelques gouttes d’un liquide qu’ils payaient à prix d’or, se ruinant jusqu’au dernier dollar du même coup qu’ils ruinaient leur santé et trouvaient le courage de faire et dire des choses qu’ils n’auraient jamais osées en temps normal. Ils titubaient, parlaient d’une voix pateuse et n’étaient pas fichus de terminer leurs phrases, et ce comportement avait tendance à faire perdre à l’assassin son sang-froid, ce qui était plutôt rare. S’il y avait bien quelque chose qui le caractérisait, c’était justement le fait qu’il soit imperturbable.

Non, ce n’était ni pour l’alcool, ni pour l’oubli, ni pour ces danseuses bien trop dévêtues qu’il venait. Celle qu’il venait voir était debout, derrière le bar, et préparait boisson sur boisson, maitrisant les cocktails qui lui étaient demandés à la perfection, rapide et efficace. À sa manière, elle aussi maniait ses armes avec dextérité, et surtout, avec un véritable talent. Pour l’italien, qui n’aimait pourtant pas l’alcool, le spectacle n’en était pas moins un vrai plaisir pour les yeux, bien au contraire. Il observait Aurora, se repaissant du moindre de ses gestes, de la moindre des mimiques de son visage. Caché dans l’ombre, appuyé contre une colonne, il l’admira quelques minutes. C’était son habitude, chaque fois qu’il venait, le cœur battant à l’idée qu’elle ait appris la vérité à son sujet. Il savait que lorsque ce jour viendrait, il lui faudrait peut-être – et même très probablement – renoncer à ce qu’ils avaient construit à travers les années. Il lui faudrait accepter de perdre la seule personne qu’il ait jamais aimée, et le plus frustrant dans tout ceci tenait surtout au fait qu’il n’aurait aucun moyen de se défendre. Que pourrait-il bien dire, de toute façon ? Que ça n’était pas sa faute ? Qu’elle devait s’estimer heureuse qu’il n’ait pas assassiné au moins l’une de ses sœurs ? Rien n’était moins sûr. Une chose, en revanche, ne laissait pas de place au doute : dès lors qu’elle le regarderait, avec au fond du regard ce soupçon de dégoût qu’il percevait chez ceux qui étaient au courant de ses activités, il n’aurait plus aucune raison de continuer à avancer.

L’homme fort n’en était un que lorsqu’il était sûr que celle qu’il aimait le soutenait. Comment aurait-il pu savoir, en s’avançant vers le bar, l’ombre d’un sourire sur son visage pourtant maussade, que ce soir était celui qu’il avait toujours redouté ?
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MessageSujet: Re: Beautiful Lie ♦ Aurora.    Ven 28 Juin - 20:33


Une semaine s'était écoulée. Coupée du monde, révoltée par une trahison impardonnable. Son âme divaguait à travers les chemins sinueux de sa conscience. Son corps, lui, abandonné, ne bougeait plus. N'ayant le choix. Les bras et les jambes étendus le long de ce lit de larmes salées et de cris exprimant la rancœur d'une passion éteinte. Les yeux clos, l'imagination se jouait de son inconscient. Lui faisant voir le pire des spectacles. Une mise en scène chaotique, malsaine où elle retrouvait ses prunelles céruléennes. Malades, infectées, avides de sang, de malheur. Elle revoyait son regard, désespéré. Non, suppliant. Ses paupières se refermant doucement. Les traits de son visage devenant grossiers, traduisant une frayeur inquiétante, à la limite de la folie. Deux silhouettes frêles, féminines, inertes dans un coin de la pièce. Oubliées. Personne ne viendrait pleurer leur perte. Même pas elle. Même pas leur propre sœur. Sentiments intenses, d'une indignation déconcertante, hystérique. Aurora devenait aliénée, emprisonnée par sa démence. Victime de ses actes égoïstes et mortifères. Ne s'alimentant plus. Avalant des médicaments dont elle ignorait la substance et surtout les effets. Parlant dans le vide. Espérant en vain que quelqu'un lui réponde. Ce quelqu'un n'est jamais venu.

Jusqu'au jour. Cette journée pluvieuse où Judas, ce personnage étrange lui avait proposé un poste de barman au Masquerade. Au début, hésitante, elle avait refusé, craignant de revivre ses pires cauchemars entourée de cerbères aux babines perverses, et puis il l'a rassura. Vendant son club, lui affirmant qu'elle n'aurait pas à se dénuder comme les serveuses ou pire, comme les danseuses. Plongée dans sa misère, la métamorphe n'avait pas refusé deux fois. Acceptant le job, et depuis maniant les verres à cocktail à la perfection. Se plaisant dans cet univers de la nuit. Parfois, les mains insolentes qui s'aventuraient sur les cuisses tremblotantes des jeunes femmes défilant de table en table, la faisait sursauter. Emmenant avec elles, des souvenirs nauséabonds, où elle se revoyait enlacée par un inconnu. Un endroit bien trop distingué pour une jeune femme de son monde.

Et puis un soir, alors que ses doigts se glissent à l'intérieur des verres, elle se sent observée. Espionnée par des yeux d'une lueur qu'elle ne connaît que trop bien. Elle sourit. Rêvant de leur dernière rencontre, où leurs lèvres insolentes s'étaient entremêlaient, provoquant des étincelles. Cette fois-ci, la flamme sera particulièrement ardue à éteindre. Une flamme dévorante, effaçant toutes les possibilités d'un désir grotesque.

Elle se précipite. Tournant le dos à ce coin sombre qui provoque ses pulsations meurtrières. Admirant sa tenue. Une de ses nombreuses robes dérobées à une sublime créature de la haute société. Sa tenue vestimentaire la rend mélancolique. Une veuve à qui on a enlevé son époux. Injustice injustifiée. Elle en est devenue une. Oui, une veuve. Cet homme, n'est plus que la pâle copie de celui qu'elle a pu aimer un jour. C'est une ombre, une fausse représentation, un mirage nuisible. Le pire, c'est qu'elle en est convaincue. Se perdant de plus en plus dans les abysses de son amertume. Le tissu noir la rend discrète et élégante. Elle s’appuie sur le comptoir, prétendant prendre la commande d'un abruti qui vient d'avaler le contenu de son dixième verre.

Mais qui est-il ? Aurora ne le connaît pas. Son visage lui rappelle vaguement un homme qu'elle a connu autrefois. Elle reprend ses esprits. Espèce d'enfoiré. Pense-t-elle. Elle le détruit du regard. Voulant secrètement l'anéantir. Milles choses lui passent par la tête, essayant de retrouver un peu de quiétude, jusqu'à ce que la bombe à retardement finisse par éclater.

Leurs regards se croisent enfin, elle l'invite à s'installer sur le seul tabouret vide, celui face aux bouteilles de scotch. Un sourire maussade sur le coin des lèvres, elle se retourne à nouveau, se servant un whisky, buvant le liquide d'un trait, avant de le poser agressivement et faire face à l'assassin. Elle s'empare de sa main, glissant ses doigts entre ses phalanges. Son regard azuré vient se poser sur son amant. « Que me vaut cette visite surprise ? » Lui interrogea-t-elle, faussement joyeuse de son arrivée. « Je pensais que tu étais en mission... » Elle lâcha sa main, remplissant à nouveau son verre, le nectar commençant à lui brûler dangereusement les cordes vocales. Elle pose son verre, allume une cigarette, crachant la fumée sur le visage de son interlocuteur. « T'en veux une ? » Elle lui montre le paquet de cigarettes et pendant que ses prunelles bleutées admirent la splendeur du visage de Lorenzo, son esprit, lui, l'imagine en train de le déchiqueter. Pour l'instant, l'innocence et l'ignorance règnent. Qu'il prenne garde, elles seront de courte durée.


Dernière édition par Aurora A. Abatucci le Lun 21 Oct - 22:39, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Beautiful Lie ♦ Aurora.    Sam 29 Juin - 23:14

Elle savait. C’était la seule explication possible. Une chape de plomb tomba sur l’estomac de l’assassin, en même temps qu’un soulagement incompréhensible allégeait ses épaules. Un bien pour un mal, un pris pour un rendu, c’était une peur centenaire qui n’avait à présent plus lieu d’être, et qui était à présent remplacée  par une autre, plus une certitude. Celle que c’était la dernière fois qu’il la voyait, et qu’à présent, elle le détestait autant que chacune des familles de ses victimes. Sans un mot, il accepta la cigarette qu’elle lui proposait, l’alluma, et tira une longue taffe, fumant à son tour la fumée dans son visage. Il y avait dans son regard le défi de la femme blessée, furieuse, emplie d’une haine qui ne le trompait pas. Même ses doigts dans sa main avaient semblé des lames de rasoir au contact de sa peau, tant le geste avait semblé peu naturel. Peut-être avait-il craint cet instant trop longtemps pour ne pas le reconnaitre une fois sous son nez. Et il y était, au crépuscule de sa vie. Sans un mot, toujours, pensif, il fuma la cigarette, lentement, prenant son temps. Inutile de précipiter une fin qui, il le savait, viendrait de toute façon. Ils étaient italiens, avaient donc ce goût pour le mélodrame, et ils en tenaient un sacré, de mélodrame. La seule chose qui l’intriguait, finalement, résidait dans ce que pensait réellement la jeune femme, même si d’un autre côté, il n’avait pas la moindre envie de l’entendre cracher son fiel sur lui et l’abreuver de lieux communs tous plus blessants les uns que les autres. L’assassin était capable de sentiments, et il avait toujours su qu’un jour, ce serait sa perte. Il n’aurait jamais imaginé, en revanche, qu’Aurora serait le véhicule de cette perte. Comme moi, même les plans les mieux ficelés peuvent parfois avoir des accros de taille. « Comment l’as-tu su ? » fut sa seule question. Et bien sûr, il était à des années lumières de la réponse qui lui serait donnée.

Combien de nuits s’étaient écoulées, depuis cette nuit fatale où leur père avait ordonné à Lorenzo de tuer trois de ses filles ? Combien de nuits s’étaient écoulées depuis que l’italien désespéré qu’il était alors avait accepté les quelques pièces crasseuses qu’ils lui avaient données en échange ? Depuis lors, il n’y avait pas eu une seule nuit passée sans qu’il vive dans ses songes ce qui s’était passé la nuit suivante, lorsqu’il avait trouvées les sœurs, et avait ôté la vie à deux d’entre elles, sauvant la troisième lorsqu’il avait réalisé qui elle était. Les pires nuits qu’il avait passées n’étaient pas celles où il se réveillait en sueur, le cœur battant, et l’impression que l’on déchirait son âme, après s’être vu trancher la gorge des jeunes filles. Non. Le pire, c’est lorsqu’il rêvait que tout ceci n’était pas réel, qu’il n’avait pas ce secret à garder loin d’Aurora, et qu’à son réveil, il se devait de faire face à la réalité. Après cette nuit, il avait réalisé qu’il était coincé : il lui était impossible d’oublier ce qu’il avait fait, impossible de cesser de le regretter. Il était condamné, chaque jour de sa vie, à pleurer celles qui auraient un jour pu être ses belles sœurs, si sa vie avait été différente, si sa cupidité de l’époque, le désespoir dans lequel était plongée sa vie n’avait pas guidé ses pas vers un destin bien funeste. Alors il avait continué de tuer, espérant à demi que la culpabilité des meurtres suivants viendrait ensevelir celle du meurtre des sœurs Abatucci. Mais les choses n’avaient pas tournées comme il l’espérait, et jamais il n’avait pu oublier, jamais il n’avait été capable de faire le deuil. Pouvait-il expliquer cela à Aurora ? Rien n’était moins sûr. Elle était celle qui avait perdu ses sœurs et son amour en même temps, sans même le savoir. Il était celui qui avait consolé ses pleurs, à cette époque, celui qui l’avait serrée dans ses bras, et qui avait veillé sur son chagrin, tout en cachant la triste vérité : il était celui qui avait fait glisser la lame à peine assez affutée contre la gorge tendre des petites filles. Il y avait en revanche une chose qu’elle savait déjà : son père était bel et bien le commanditaire du meurtre.
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MessageSujet: Re: Beautiful Lie ♦ Aurora.    Lun 1 Juil - 3:18


Son unique présence écrasait son cœur déjà meurtri. Elle se sentait fiévreuse, apathique. Ne rêvant que d'une seule chose: chasser l'obscurité et lui dévoiler les raisons de son comportement bipolaire. Le bout de nicotine s'écrasait avec férocité entre ses doigts frêles. Elle continuait de polluer ses poumons avec acharnement, manquant de se brûler deux ou trois fois. Désormais, plus rien n'avait une quelconque importance. Rien n'était assez fascinant pour être vécu. Le monde se compressait. L'air lui manquait. Tout lui semblait étroit. Elle avait l'impression de devenir gigantesque. Toute l'accumulation de ses souffrances devenait un poids lourd à porter. Abattue. Lassée de se battre pour des causes perdues. Le goût d'un venin crapuleux lui attisait les papilles. Sa seule envie étant de le lui cracher dessus.

La nostalgie envahissait ses entrailles avec intensité, décidée à rester éternellement. Mémoire intacte lui offrant des images hautes en couleur. Époque lointaine, insaisissable, inoubliable... son épiderme touchant le sien, provoquant des sensations exquises. Envie oppressante de tout recommencer, rien qu'une seule fois, rien qu'une seule nuit. Fierté trop envahissante pour lui permettre de faire des folies. Gardant à l'esprit le goût de la trahison, goût amer, goût de l'Enfer. Révélation insoutenable dont elle avait été obligée de comprendre. Refusant d'y croire, se rendant à l'évidence qu'un tel mensonge aurait pu avoir des répercussions sur la relation avec la cadette. S'éloignant de ce bien aimé pour qui elle avait tant souffert. Tout donné. Le voilà, face à elle. Indomptable. Lui retournant son geste, la fumée de sa cigarette lui volant le peu d'espace vital qu'il lui permettait à cet instant.

Elle ne pu s'empêcher de rire. Un rire mauvais, envahissant la pièce d'une ambiance malsaine. Sa maladresse reflétait certainement la surprise quant aux tournures que la situation commençait à prendre. Il était abattu. Elle le voyait dans ses yeux. Elle s'en réjouissait d'avance. « Tu as oublié de nettoyer ton carnage, la troisième s'est enfuie. » Répondit-elle sèchement. Elle poursuivit son jeu, se mettant à ricaner, telle une hyène hystérique tombant sur une proie succulente. Elle le voyait comme une victime. Le dos au mur, sans aucune issue. Attaché à une roue qui tourne, soumis à ses envies. Elle l'observait, stoppant la course vers sa folie passagère. Réfléchissant. Son état d'esprit l’inquiétait. Jamais elle n'avait pensé de telles choses à son sujet. La haine montait, croissante, ardente, prête à exploser. L'avidité de l'assujettir à des injures mesquines devenait oppressante. Il n'était plus question de sentiments. Son geste n'avait rien effacé, mais sa confiance, il fallait la gagner.

« Tu as apprécié n'est-ce pas ? Me consoler face à mon désarroi alors que tu étais le protagoniste de mes cauchemars. » Cracha-t-elle, tel un serpent. « Avec tes paroles vides de sens. Me serrant dans tes bras, m'aidant à surmonter cette perte sans jamais avoir le courage de tout m'avouer. »  La patience était un don qu'on lui avait donné, si elle avait été une autre, une balle se serait déjà posée entre ses deux yeux. Le dernier trait de fumée se glissa entre les extrémités de sa bouche. Elle fulminait. Partagée entre l'amour qu'elle lui portait et la haine qui lui avait permis de visualiser le caractère de cet homme sous un autre angle. « Tu n'as jamais été autant misérable qu'en ce moment même. La couardise te colle à la peau. Cela te va si bien. » De loin, ils ressemblaient à un couple banal, échangeant quelques baisers. De près, ce n'était plus que deux inconnus, se défiant, provoquant des étincelles brûlantes entre leurs échanges. Aurora suffoquait. Sa carapace démontrait une femme sûre d'elle, insensible à ses charmes et encore moins à ce qu'il avait fait, réagissant naturellement comme si elle parlait d'un de ces nombreux types qu'il était chargé de supprimer. En réalité, son cœur saignait, souffrant d'une réalité absurde qui n'avait pas lieu d'être.

« C'était lui, n'est-ce pas ? Qu'est-ce qu'il t'a proposé en échange ce scélérat ? » Le dégoût, le mépris, la douleur se confondaient. Elle ne savait comment l'exprimer, cette animosité incontrôlable. Sa répulsion était si intense qu'elle ne laissait place à aucune émotion. Elle avait du mal à l'admettre, mais à cet instant même, son souhait était de l'assassiner. Prendre le relais, lui rendre la monnaie de la pièce et le renvoyer à sa place: l'Enfer.


Dernière édition par Aurora A. Abatucci le Lun 21 Oct - 22:41, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Beautiful Lie ♦ Aurora.    Ven 19 Juil - 18:05

S’il n’avait été aussi abattu, Lorenzo aurait été furieux. S’il n’avait pas aimé Aurora si profondément, il l’aurait giflée, sans ménagement. Qu’importait qu’elle soit une femme, elle n’avait aucun droit de lui parler ainsi. Aucun droit de supposer de son ressenti, d’insulter ses intentions. Pourtant, il n’en ferait rien. Peut-être parce qu’en tout, elle avait raison, et peut-être parce qu’il avait attendu, craint et espéré ce moment, tout à la fois, des siècles durant. Il avait fait semblant, caché sa véritable nature aux yeux de la femme qu’il aimait, et l’avait regardée se remettre peu à peu de la perte de ses jeunes sœurs, tout en sachant qu’un jour, elle devrait se remettre de sa trahison à lui, et que la douleur serait plus forte que tout. Plus forte que leur amour, plus forte que les années qu’ils avaient passées à se soutenir l’un l’autre, que tout ce qu’ils avaient bien pu partager au fil du temps. Il se recula un peu, refusant cette proximité mensongère entre eux, et écrasa sa cigarette dans le cendrier. Les sourcils froncés, il l’écouta déverser son venin, le regard assassin et la bouche prête à attaquer, à mordre dès lors que sa propre garde serait baissée. Il la connaissait, savait à quel point elle savait être dangereuse, à quel point, parfois, elle l’impressionnait par ce regard de félin qu’elle posait sur lui. Prête à bondir, à lui arracher les yeux et à lui faire regretter d’être né. Il retint un sourire méprisant. Cela faisait déjà presque huit-cent ans qu’il regrettait le jour où il était venu au monde, dans un quartier misérable de Venise, d’une mère pathétique et d’un père violent. Depuis lors, chaque jour n’avait fait que confirmer son ressenti, et Aurora, si elle avait longtemps été un cataplasme, efficace s’il en est, contre cette douleur jamais tout à fait absente, était aujourd’hui le sel sur ses blessures, qui rongeait et approfondissait ses plaies, intensifiait sa douleur et lui donnait simplement l’impression que son cœur était à présent inexistant, réduit à quelque chose de sanguinolent, un amas de chairs boursouflées que rien n’aurait pu apaiser. Son regard se fit menaçant, tandis qu’il la fixait comme jamais il ne l’avait regardée. S’il devait être sincère, alors il était temps. Il était tigre autant qu’il était homme, et tout dans sa posture l’indiquait, à tel point qu’autour d’eux, mus par un instinct dont ils n’avaient pas conscience, les clients prenaient leurs distances, s’éloignaient, les contournaient. Personne de sain n’aurait fait preuve de suffisamment de témérité pour approcher un animal sauvage furieux, blessé. Les dents serrés, il planta son regard dans le sien, et susurra quelques mots à peine audibles, mais qu’elle entendrait sans mal. Elle était tout autant féline que lui, après tout. « Tu n’as aucune idée de ce qu’il s’est passé. Elle ne s’est pas enfuie. J’ai reconnu ton regard dans le sien, et j’ai compris. C’est la raison pour laquelle elle s’est enfuie. Crois-moi, Aurora. Quand j’ai décidé d’en finir avec quelqu’un, la fuite n’est pas une option ».

Et c’était la vérité. Jamais, ô grand jamais, aucune de ses victimes n’avait pris la fuite. Il ne leur en laissait tout simplement pas le temps. Il était efficace, mortellement doué, et s’il souffrait de chaque mort, s’il se réveillait chaque nuit, en sueur, il n’en mettait pas moins son talent au profit du plus offrant. Il continua à parler, la voix froide, sans intonation, même si intérieurement, il bouillait. La serrer contre lui, l’empêcher de le haïr, tuer la troisième sœur, les pulsions se mélangeaient en lui, et menaçaient d’exploser, sans qu’il puisse contrôler quoi que ce soit. Si cela devait arriver, ce serait un carnage, ils le savaient l’un comme l’autre. Mais elle méritait de connaitre la vérité, et tant pis si l’endroit n’était pas idéal, si la musique lui tapait sur le système et si son odorait était agressé par la colère qui émanait du corps d’Aurora comme par la sueur des corps qui se déhanchaient sur la piste de danse. « Il est venu me voir, m’a tendu une bourse pleine d’or, et m’a demandé de tuer ses trois filles. Il était fou, mais riche, et j’étais désespéré. On crevait de faim, toi et moi, tu t’en souviens ? Il voulait qu’elles souffrent, il voulait qu’elles supplient. J’ai accepté, mais au fond, je savais qu’il n’en serait rien. Leur mort a été rapide. J’étais sur le point de trancher la gorge de ta troisième sœur quand j’ai compris, et… » Il s’interrompit. Aurora devait déjà le savoir. Ses larmes, ses regrets, ses sanglots, ses tremblements, et les suppliques qu’il avait adressées tant aux dieux qu’à la jeune fille effrayée avant de lui ordonner de fuir. La femme avait tort, en réalité. Jamais il n’avait été plus pathétique que ce jour précis, quand le ciel s’était écroulé sur lui sans qu’il ne puisse rien faire contre cela. Il en était responsable, en vérité. Il s’était excusé, encore et encore, avait demandé pardon pour la mort, pour le sang, pour leur peur, pour leurs larmes quand elles avaient compris ce qui les attendait, ces jeunes filles encore innocentes mais trop conscientes du monde injuste et cruel dans lequel elles vivaient. Il était resté de longues heures, agenouillé devant les corps sans vie, les genoux dans le sang, à se balancer d’avant en arrière, pleurant comme jamais plus il n’avait pleuré ensuite, pleurant son amour, pleurant leur innocente, pleurant le monstre qu’il était, maudissant cet argent comme cet homme qui avait voulu la mort de jeunes filles innocentes. « Tu as toujours su ce que je faisais de ma vie. Tu as toujours su comment je m’y prenais, tu as toujours su que je détestais que mes victimes souffrent. Et, surtout, tu sais combien je hais le sang. C’est depuis cette nuit-là. Tu ne trompes personne, ma douce, pas même toi. Tu savais, que c’était moi, tu l’as toujours su. Et crois-moi lorsque je te dis ceci : si j’avais su que ta sœur te retrouverait, te dirait la vérité et te volerait ainsi à moi, je l’aurais tuée la première, sans la moindre hésitation. » Il se redressa, repoussa le cendrier plus loin sur le comptoir, et sans lui laisser le temps de réagir, attrapa son visage entre ses mains. Ce serait la dernière fois qu’il aurait l’occasion de la toucher avant longtemps, et qu’elle ne soit pas d’accord n’y changeait rien. Il avait besoin d’elle pour affronter ce qui les attendait, quand bien même ils luttaient dans deux camps ennemis. Ses lèvres avaient le goût de la cigarette et de sa colère, et un grognement profond, celui du tigre, remonta le long de sa gorge. S’il l’avait voulu, mâle alpha qu’il était, il aurait pu la dominer. Mais malgré tout, malgré la peur, la colère, malgré l’amour, aussi, il la respectait bien trop. Il l’embrassa simplement, douceur étonnante au beau milieu de la tempête au cœur de laquelle ils se trouvaient, avant de murmurer contre ses lèvres. « T’aimer ne change rien au fait que si tu essaies de t’en prendre à moi, je rendrais les coups, Aurora. Je serais le premier à te soigner aussi, mais je rendrai chaque coup. Ne l’oublie pas. »

Puis il tourna le dos, et s’éloigna dans le bruit et les ténèbres. Il savait qu’elle le suivrait dehors. Ca n’était qu’une question de minutes. Il avait tout un paquet de cigarettes à fumer, et un briquet encore plein. Le prédateur en lui n’attendait plus qu’une chose : dominer sa femelle et la ramener à la raison. Et si ses propres pensées étaient moins machistes, l’idée n’était guère différente.
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MessageSujet: Re: Beautiful Lie ♦ Aurora.    Lun 7 Oct - 18:55


Culpabilité. Infamie crapuleuse que ses souvenirs essayaient de dissimuler sous une carapace en fer forgée. Laissant glisser cette dernière question sans vraiment désirer une réponse. Rien n'était complexe en réalité, mais les enjeux que tout cela entraînait mettaient en doute toutes les situations auxquelles elle avait envisagées. Son géniteur, fils adoptif de Satan, négociant une insignifiante somme d'argent avec celui qui avait su l'arracher des griffes d'une vie déplorable, sans avenir. Cela engendrait une possible rencontre, un possible échange, voir même une complicité diabolique. Tous deux portaient sur eux le masque de la honte. Une protection superficielle souillée par inaliénabilité de leur quiétude sans fin. Elle se cachait derrière ses chimères, se mordant la langue dont le venin empoisonnerait cette relation sans fond. Elle ne valait pas mieux qu'eux. Faisant  preuve de couardise, provoquant les événements sans en être véritablement consciente. Se voulant rassurante, priant Dieu de pardonner ses péchés.

L'ambiance autrefois chaleureuse, commençait maintenant à devenir lourde, pesante. La métamorphe se sentit mal à l'aise, se tordant dans tous les sens. Cet échange ne présageait rien de bon. Elle savait comment cela se finirait. Non, en réalité, elle n'en savait rien. L'attente avait été trop longue, l'avait usée, dénudée de tout espoir. Et le voilà. La fixant de ce regard perçant auquel ses prunelles chocolatées essayaient en vain d'échapper. Ces derniers temps, son humeur était instable. Faisant preuve d'une réelle bipolarité due au retour de sa cadette. La brune avait peur du pire. Peur de l'information grotesque que son cerveau pourrait lui envoyer, effrayée par la folie que ses stigmates pourraient lui pousser à faire.

Le verre se retrouva à nouveau rempli. Une cigarette s'était déjà glissée sur ses lèvres et les doigts de sa main droite ne cessaient de claquer contre le comptoir. Un geste qui inconsciemment voulut apaiser sa nervosité. Instabilité qu'elle prouva en jetant l'objet fragile contre le sol avant de se presser de le ramasser par peur que la patronne s'en aperçoive. Elle se releva, défiant son amant du regard. Et puis, dans un élan de fureur, son rire cristallin envahit la pièce. « Est-ce que tu te rends compte de la monstruosité de ton affirmation ? » L'interrogea-t-elle ne sachant pas comment réagir: montrer son incrédulité ou son hilarité ? Car ses dires lui faisaient ressentir les deux. « Quelle chanceuse Natascia d'avoir le même regard que le mien ! » Siffla-t-elle ironiquement. « Ha oui... tu es un expert dans la matière, personne n'échappe à tes griffes. Continue, enfonce le couteau dans la plaie et n'oublie pas de le remuer. » Après avoir craché la fumée de son bout de nicotine, Aurora écrasa le mégot sur la main du jeune homme. « Crie, fais-toi plaisir. Personne ne t'entendra. Après tout, personne ne les a entendues. »

Une voix cristalline envahit l'espace, faisant régner un suave silence. Une jeune femme aux faux airs de Marilyn Monroe éblouissait la salle, mettant en scène ses parfaites cordes vocales. La brune se remit au travail, séchant les verres à cocktail et servant ses clients, affichant un semblant de tranquillité. Il revenait à l'attaque, prêt à la faire succomber. Il l'avait choisie. Elle était devenue sa victime et c'était trop tard. Se retournant, elle craignait le pire. Ses tremblements provoquèrent la chute de quelques verres supplémentaires. Elle le connaissait depuis trop longtemps pour ne pas le craindre. Il fut un temps où ils furent d'exemplaires Bonnie & Clyde, mais ce temps était désormais révolu. Bonnie avait perdu son Clyde et elle n'était pas prête de le retrouver.

Ses paroles eurent l'effet d'une balle. Le choc fut d'autant plus intense lorsqu'elle réalisa qu'elle avait pu toucher à cet argent sale à maintes reprises. Ces vulgaires pièces gagnées en échange des têtes de ses trois sœurs. Non seulement elle s'était enfuie comme une lâche, mais en plus elle fréquentait le meurtrier de son unique famille et gaspillait le pactole telle une égoïste insouciante. Elle eut envie de lui mettre son poing dans la figure. Pire, de l'humilier en faisant claquer la paume de sa main contre son visage angélique. Imbécile. Elle n'était qu'une petite sotte. Qu'avait-elle à répondre à tant de franchise ? Honnêteté qui l’inquiétait. Elle s'apprêtait à faillir, ses genoux tremblaient. Ses lèvres semblaient collées et sa gorge sèche, ne voulait plus produire le moindre son. « Comment peux-tu dire les choses aussi ouvertement ? Tu ne ressens donc rien ? »

L'ignorance. Totale. Elle se mit à ronger les ongles tout en le narguant du regard. Elle se sentait souillée, déshonorée par ses sphères bleutées posées sur sa personne. Son état d'esprit passait de la clémence à la colère. De la naïveté à l'impulsivité. Elle n'avait aucune répartie. La honte l'a submergeait petit à petit, montait d'un cran et la rendait candide. Aurora ne savait comment réagir face à ce bouleversement. Elle avait cru maîtriser la situation lorsque maladroitement, elle avait invoqué le sujet fâcheux. A présent, elle jouait à merveille le rôle du petit gibier prit dans les filets du grand méchant loup. Qu'avait-elle cru ? Qu'elle pouvait se ramener avec ses grands airs de femme indignée et remporter la partie ? C'était perdu d'avance. Elle lui avait accordé trop de confiance pour qu'il prenne au sérieux tout ce qu'elle pouvait lui balancer. Rien ne le touchait. Il ne ressentait rien. Sa question était en fait qu'une question rhétorique, elle le savait. L'humiliation qu'elle voulait lui infliger s'était retournée contre elle.

Le choix de ses mots la rendait perplexe. « Ta gentillesse m'éblouie, j'en suis touchée. Merci donc d'avoir épargné la souffrance à mes deux sœurs, je te suis éternellement redevable. » Cracha-t-elle lui jetant le torchon à la figure. La haine. Quel sentiment détestable. Comment pouvait-elle ressentir ce sentiment envers celui qui avait partagée toute une vie à ses côtés ? A quel point leur relation avait touchée le fond ? Depuis quand, ils en venaient aux mains ? Les goûtes de sueur coulant le long de son front trahissaient son angoisse. Elle n'en revenait pas. Elle avait l'impression d'être devenue la protagoniste d'un cauchemar aux allures de fin désastreuse. Et puis cette sensation, longtemps perdue. La perception de sa peau satinée contre ses joues. Ses mains si délicates et si sauvages. Pendant un instant, elle ferma les yeux, voulant se remémorer une époque révolue. Cet effet fut de courte durée, le côté assassin de son épiderme la révulsait.

Il ne lui laissa pas le temps de riposter, posant ses onctueuses lèvres sur les siennes. La skinchanger le repoussa, partagée entre le dégoût et le désir. Il s'éloigna sur un avertissement. Elle le suivit comme il l'avait espéré. Suppliant sa partenaire de la remplacer pendant quelques instants. Se rallumant une autre cigarette, la brune agrippa Lorenzo par le bras. Ses ongles se plantèrent dans la chaire du jeune homme. Ce fut à son tour de proférer des menaces. « Tu crois que tu peux débarquer comme ça et chercher à m'intimider avec tes faux airs d'homme invincible ? » Elle marqua une pause, scrutant les alentours par peur d'être surprise par l'un des patrons et risquer son boulot pour celui qu'elle caractérisait à présent d'ordure. « Il va falloir que tu revoies tes techniques. N'attise pas mon instinct animal. Je pourrais te déchiqueter et en faire mon repas. » Elle le lâcha brusquement. Confuse par ses propres paroles et perturbée par le ton de sa voix. Les balafres sont-elles intenses à ce point ?


Dernière édition par Aurora A. Abatucci le Lun 21 Oct - 22:43, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Beautiful Lie ♦ Aurora.    Mar 8 Oct - 17:46

Dehors, le vacarme provenant du bar était étouffé, comme masqué par des épaisseurs de ouate sans fin. Il n’en allait pas de même des ongles plantés par Aurora dans le bras de l’assassin : il pouvait sentir toute sa fureur, toute son impuissance dans ce simple geste. Collée à lui, elle donnait aux passants l’illusion qu’ils n’étaient rien de plus qu’un couple incapable de supporter la distance de l’autre, incapable même de se tenir à une distance raisonnable. Venue d’il ne savait où, la douleur se fraya un chemin dans le cœur de l’italien ; il l’avait crue incendiée par la colère, la fureur provoquée par les mots de son amante, mais visiblement, il avait fait erreur. La douleur était là, tenace, lancinante, et ne lui laissait qu’un répit de courte durée, repartant à l’assaut de son système, affamée de toute la peine qu’elle pouvait provoquer sur son passage.

Aurora, elle, n’était pas la femme qu’il aimait. Elle ne l’était, plus, en tout cas. Avait-il aimé une inconnue, toutes ces années, ces siècles, ou était-il celui qui, en laissant vivre sa plus jeune sœur, avait de lui-même détruit son âme sœur ? Il n’en savait rien, et n’était pas sûr de vouloir connaitre la réponse. Concentré sur sa cigarette, il essayait de ne pas fulminer, de ne pas la repousser brutalement, ou de ne pas juste l’embrasser, comme il en brulait d’envie. Ça n’était pas le moment, même si la part de lui-même qui persistait à aimer Aurora s’imaginait, un peu naïve, que peut-être elle se souviendrait. Tout ce par quoi ils étaient passés, leurs malédictions respectives, et celles qu’ils avaient combattues ensemble, main dans la main, sans jamais s’éloigner de l’autre. Peut-être comprendrait-elle sa détresse, peut-être se souviendrait-elle que c’était arrivé des siècles auparavant, et déciderait-elle que des centaines d’années d’amour comptaient plus que la seconde fatidique pendant laquelle sa lame avait tranché la gorge de ses sœurs, douces et innocentes, et déchirant la jugulaire comme on couple le beurre, avait libéré la vie de leurs corps encore trop jeunes pour seulement connaitre un peu la vie. Mais il n’en était rien. Pire encore, elle ne le prenait pas au sérieux. Ou peut-être le connaissait-elle trop bien pour, justement, se faire avoir par la fausse assurance qu’il affichait aux yeux de tous.

Il ressentait à peine la brûlure sur le dos de sa main ; ce n’était rien, comparé à celle que lui infligeait Aurora. Il profita de ce qu’elle se dégageait de lui pour susurrer à son oreille, soufflant la fumée le long de son cou. « Tu ne trompes personne, Aurora, pas même en m’insultant, et en prétendant que je ne ressens rien. Tu essaies de me ridiculiser, mais c’est toi que tu fais paraître idiote. Déteste-moi, essaie de me tuer, ou même de m’oublier, de vivre sans moi, ce dont tu es incapable. Fais tout ça, et plus encore, si tu le veux. Mais ne t’abaisse pas à prétendre qu’il n’y a rien en moi. »

Du bout de sa botte, il écrasa le mégot sur le sol, et repoussa Aurora d’un simple geste. Elle était légère, et pourrait le menacer autant qu’elle le voudrait : sa panthère n’était rien face au tigre de son amant, et de cela, elle était consciente. Grand bien lui fasse. Puis il se ravisa. Vif comme l’éclair, il agrippa son poignet, et l’attira à lui. Elle était plus petite que lui, et dans cette position, il lui suffit d’une inspiration pour être enivré par son odeur de femme forte et furieuse. Posant une main sur sa joue, il l’embrassa, dans un geste étonnant qui mêlait délicatesse et force. Le baiser ne dura pas assez longtemps pour qu’elle ait ne serait-ce que l’idée de s’échapper, mais les secondes s’égrénèrent, et avec elles les aveux qu’il ne pouvait pas faire à voix haute. La peur, la colère, après elle et après lui-même, la terreur qu’il ressentait à l’idée de la perdre, et l’espoir qu’un jour, les choses s’arrangent. Les cauchemars qu’il faisait, chaque nuit, depuis des décennies, et la crainte constante dans laquelle il vivait, se mordant les doigts dès qu’elle avait le dos tourné à l’idée qu’elle puisse le rejeter, le haïr pour un acte qu’il avait commis sans penser à autre chose qu’à les sortir d’une situation qui aurait raison d’eux, de leur santé, de leur psychique, et de leurs rêves. Les avait-il sauvés, ou les avait-il détruits ? Il n’en savait rien, et il était encore trop tôt pour le dire, mais il était inadmissible qu’elle s’imagine qu’il ne ressentait rien.

Lorenzo laissait simplement tomber le masque, se montrait à elle, nu et dépourvu de la moindre défense, et comptait sur leur baiser pour la ramener, au moins un peu, à la raison. Lorsqu’ils se séparèrent, il posa sur elle un regard bien trop brillant pour ne pas être rempli de larmes, et une fois n’est pas coutume, ne fit rien pour masquer sa faiblesse.

Puis, aussi doucement qu’il l’avait embrassée, il la repoussa, et murmura : « Va, maintenant, on doit t’attendre. » Puis il alluma une nouvelle cigarette, malheureux comme les pierres et incertain quant à ce qui les attendait. Lui qui détestait les imprévus, les situations mal maitrisées, se retrouvait exactement dans le type de cas qu’il exécrait. Il n’y avait pas de solution toute prête, pas de tour de passe-passe ni de poison à même d’effacer de l’esprit d’Aurora toute la haine, toute la douleur qu’elle avait à son égard, pas plus qu’il n’y avait de remède capable de débarrasser le jeune homme de ses remords, de la culpabilité qui le rongeait sans cesse depuis si longtemps qu’il avait cessé de compter les années. Du coin de l’œil, il l’observait, magnifique et fière comme jamais, elle ressemblait à une reine damnée issue de temps depuis longtemps oubliés. Il le sentait, l’instant était décisif. Et si ses larmes, réelles au demeurant, ne suffisaient pas à convaincre la jeune femme, alors même qu’elles coulaient librement sur ses joues, intensifiées par la lumière de la lune, alors rien ne pourrait jamais plus les sauver.
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MessageSujet: Re: Beautiful Lie ♦ Aurora.    Lun 21 Oct - 22:29


Le mépris gagnait du terrain. S'immisçant avec hargne dans tous les pores de sa peau. Elle essayait de se débarrasser de ses vilaines blessures. En vain, celles-ci saignaient encore. Ses ongles abîmées gardaient les traces de sa peau satinée. Elle regrettait la façon dont elle agissait: son désir ardent de le faire souffrir d'avantage se faisait oppressant. Elle voulait lui infliger sa propre douleur, lui faire ressentir la peine à laquelle elle avait été soumise. Elle avait le vertige, cette angoisse permanente qui tordait son estomac. Aurora voulait cracher son cœur pour mieux le poignarder. Oublier ce regard, cette sensation de bien être qu'il lui procurait autrefois. Exténuée, elle perdait la force, l'envie de continuer à se battre. Pliant les genoux face à tant de désarroi. Lassée de sentir cet espoir pathétique qui ne faisait que provoquer une chute supplémentaire vers sa fin. Ses sphères bleutées qu'elle avait tant idolâtré, ne ressemblaient plus qu'à un précipice où les pointes lacérées des rochers n'hésiteraient pas à la planter une deuxième fois. Cette impression désagréable de courir vers sa propre destruction l'a rendait nerveuse. Et pourtant, elle ne cessait de vouloir s'y aventurer, se persuadant que ça ne pouvait pas être pire. Si, ça le pouvait et ça l'était. Le premier pas commençait par l'acceptation de sa présence. C'était déjà le cas. Elle lui avait permis de rentrer une énième fois dans sa vie. Cet âme voilé ne démasquait que ce qu'elle ne voulait pas voir. Inconsciemment, elle faisait défiler les événements marquants de son existence. Lorenzo, était le premier d'entre eux. Son apparition soudaine avait agressé ses prunelles, attisant sa haine.

Trop candide, trop égoïste. Pleurant sur son épaule pendant que ses mains assassines caressaient le creux de ses joues. Sous les traits d'un visage innocent, rongé par les ravages du temps, se cache une chaotique personnalité. Torturée, tourmentée par des cauchemars réalistes, luttant contre un état de démence qui la fait frémir. Les stigmates d'une fin douloureuse viennent dire sa souffrance. Forgée par une époque révolue, la voilà méfiante. Haussant les sourcils à la moindre rencontre, fermant les yeux sur une possible entente. L'intelligence qui règne en son sein accompagne l'ambition qui fait lever son poing. Toutes ses goûtes de sueur reflétant un travail acharné, un contrôle de soi exemplaire l'ont rendu colérique, voir grincheuse. Et sous sa langue aiguisée, le venin du sarcasme vient y trouver sa place. Un combat permanent contre son inconscient. Cet état d'esprit dépourvu de toute clémence, lorsque la rancune devient reine. Mais sous la carapace glacée d'une femme meurtrie, se dissimule un cœur au jardin fleuri. Un espace paradisiaque où son prénom y est gravé à vie. Il le sait, il en joue. Le voilà maître à nouveau, abattant ses dernières cartes, la poussant vers les abysses de ses pires frayeurs.

Elle se retient, serrant ses poings endoloris par un dédain qu'elle est incapable d'éclairer. « Tu me fais doucement rire. Depuis quand as-tu pris ces airs hautains ? Ce sont tes concubines et petits copains mendiants qui te l'ont appris ? N'essaye pas de te persuader toi-même de quelque chose qui désormais ne se produira plus. » Cracha-t-elle, levant la main en guise d'avertissement. Elle était ridicule. Pathétique de se cacher derrière une violence qu'elle ne maîtrisait même pas. « Tu as provoqué notre chute. Tu m'as changé. Le seul qu'il faut blâmer ici, c'est toi. Je suis peut-être la plus douée en mensonge... quoique, excuse-moi le trophée te revient. » S'interrompit-elle, affichant un sourire mauvais sur ses lèvres tremblantes. « Mais je refuse de jouer les hypocrites. Si tu es venu pour que je te console en te rassurant sur une possible entente, tu peux faire demi tour. J'ignore encore pourquoi je t'adresse la parole. Je n'ai pas l'habitude de gaspiller ma précieuse salive avec des bourreaux de ton genre. » Elle marqua une pause pour reprendre son souffle. Elle refusait de s'arrêter. Elle continuerait, jusqu'à ce qu'il soit anéantit, si ce n'était pas déjà le cas. « Dégage, va-t-en. Disparais, envole-toi, cours, j'en sais rien, mais casse toi d'ici. » Cria-t-elle le repoussant à son tour.

Il mit un terme à ce monologue empoisonné. Laissant glisser ses lèvres humides contre les siennes. La métamorphe se laissa guider par l'envie, le désir et ce sentiment qu'elle ne cessait de rejeter: l'amour. Les yeux clos, elle profita assez de l'instant présent pour ressentir encore une fois cette sensation qu'elle croyait perdue. Elle se sentait en sécurité, bercée par ses douces paroles et par ces délicieux baisers. Elle les savait sincères, mais pourtant elle refusait de le croire. L'échange fut de courte durée, trop courte à son goût, mais assez long pour déclencher sa colère. En réalité, les mots lui échappaient. Ils restèrent coincés dans sa gorge. Incapable d'émettre le moindre son. Elle se contenta de l'observer, allumant une énième cigarette. Étrangement, elle ne reconnaissait plus cet homme. Ce visage baigné par des larmes salées ne lui disait plus rien. Ils avaient touché le gouffre. Il ne lui faisait plus de peine. Tout ce qu'elle voulait, c'était le voir disparaître, partir en fumée.

La mélodie stridente d'une alarme qui résonne l'a sortit de sa torpeur. Ses yeux s'écarquillèrent et soudain elle fut bousculée de tous les côtés. Ils ressemblaient à des animaux sauvages, pris au piège. Luttant pour leur survie. Si pressés qu'ils ne pouvaient passer les portes. « Tu veux que j'y retourne ? C'est le seul moyen que tu as trouvé pour me tuer ? Tu ne pourrais pas le faire de tes propres mains ? » Ironisa-t-elle, criant pour se faire entendre. « S'il y a le feu, tu pourras l'éteindre avec tes fausses larmes. »

Le bruit prenait de l'intensité, arrachant ses tympans. Elle se boucha les oreilles, fermant instinctivement les yeux. Et puis, elle se remémora le début de la soirée, avant la rencontre avec Lorenzo. Elle avait pris son sac à main contenant toutes les économies qu'elle avait dérobé à une vieille dame du quartier français. C'était tout ce qui lui restait pour joindre les deux bouts. Sans réfléchir, la jeune femme s'immisça dans la foule.
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Beautiful Lie ♦ Aurora.

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