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 Angel of Death ► Lorenzo

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MessageSujet: Angel of Death ► Lorenzo   Dim 7 Juil - 20:15

« Je suis tellement désolé… » Dernières paroles murmurées dans les cheveux de Maggie. Dernières paroles qui trottaient dans ma tête. Oui, j’étais désolé. Inconsolable de l’erreur que j’avais commise. J’avais accordé ma confiance à une personne. Simplement. Jamais je n’aurais cru cela capable de cette femme. Je la pensais bien attentionnée. Je la croyais encore dotée d’instinct maternel. Elle m’avait fait le plus beau des cadeaux en me demandant de prendre sa fille. Alors comment la soupçonner ? Elle avait dit vouloir renouer avec sa fille, vouloir la connaitre et voir ce qu’elle était devenue. Peut-être que la fille que Maggie était devenue ne convenait pas à sa mère. Peut-être que tout le problème résidait là. Je me rappelais encore quand cette femme m’avait abordé dans la rue. Sac à l’épaule, je me préparais à repartir après avoir aidé des résistants. Elle était venue à ma rencontre, sa fille derrière elle. Si au début, je m’étais montré retissant, j’avais réalisé que cette fillette deviendrait la personne la plus importante de ma vie. Je l’avais aimée, l’avais chérie, l’avais consolée comme si elle avait été ma fille de sang. Je lui avais ouvert les portes de mon appartement, la sauvant probablement d’une vie incertaine et d’une mère instable. Pendant toutes ces années, j’avais appris à aimer Maggie au point de ne plus imaginer ma vie sans elle. Pour moi, elle mourrait bien après moi. Elle n’aurait jamais dû mourir aussi tôt. Elle avait encore des choses à découvrir. Maggie aurait dû connaitre son premier amour, passer son permis, aller à l’université. Elle aurait dû mourir à quatre-vingt-dix ans. Elle n’aurait eu aucune raison de mourir avant. Aucune maladie, aucune tendance suicidaire. Sa vie aurait pu être parfaite si quelqu’un n’en avait pas décidé autrement.

Je n’arrivais pas à me lever, à quitter cette pièce qui avait vu les derniers instants de Maggie. J’étais hypnotisé par le sang qui s’était répandu sur le parquet. Du sang qui ne s’enlèverait jamais. Une tâche qui me hanterait. Je le savais déjà, dès lors que je déciderais de quitter cette pièce, je n’y mettrai plus jamais les pieds. Ce sera au-dessus de mes forces. Sous mes doigts, j’avais encore l’impression de sentir les cheveux doux de Maggie. J’avais encore la sensation de son corps contre moi. J’aurais tout donné pour être dans le déni. Tout sauf de souffrir. Mon cœur ne cessait de me faire mal. Les larmes n’avaient pas arrêté de couler jusqu’à ce que je sois incapable d’en produire de nouvelles. Tous les jours passés avec Maggie me revenaient à la mémoire, sous forme de flash. En trouvant son corps, je m’étais effondré. Ma vie ne serait plus la même car je n’oublierais pas ce jour. Je n’oublierais pas ce que cette femme avait fait. Cinq jours étaient passés depuis que je l’avais retrouvée. Cinq jours, c’était peu et pourtant, je savais à quoi ressemblerait mon quotidien à présent. Toutes les nuits, je serais incapable de m’endormir, le corps de Maggie sans vie me hantant. Tous les matins, je me réveillerais avec le sentiment de ne pas parvenir à bout de cette nouvelle journée. Tous les soirs, je me féliciterais d’avoir vécu une journée de plus. Entre temps, les heures seront vides d’activité. Il n’y aurait plus que le vide. Du bout des doigts, je frôlais l’endroit où Maggie avait trouvé la mort. Le vide. Est-ce que j’étais seulement assez fort pour survivre à ce vide ? Ces dernières années, elle avait envahi ma vie, elle l’avait rempli de petites joies, de passe-temps, de routines. Tout cela était ruiné.

Tout s’était envolé parce que sa mère avait décidé que vivre avec l’idée que sa fille était une sorcière était insoutenable. Qu’est-ce qui avait bien pu passer dans sa tête quand elle avait pris cette décision ? J’aurais pu lui poser cette question quand je l’avais croisée dans les escaliers de l’immeuble, courant et couverte de sang. J’aurais pu mais j’avais senti que quelque chose de plus important m’attendait avant. J’avais lâché tout ce que je tenais pour courir à l’étage. J’avais couru aussi vite que j’avais pu alors même que j’avais le sentiment que le temps passait lentement. J’avais couru, encore et encore, gravissant les marches deux par deux. Puis l’effroi. En entrant, j’avais vu Maggie. Elle n’était déjà plus la petite fille que j’avais connue. Elle était quelqu’un d’autre. Elle était le résultat de la haine de sa mère. Tout cela parce que j’avais été assez naïf. J’avais cru au bon Dieu. J’avais pensé que la mère qui avait abandonné son enfant ne ferait pas de bêtise. Quelle naïveté ! Quel crétin ! Aujourd’hui, je n’avais plus qu’une seule pensée : vengeance. Meurtre. J’allais la tuer. Elle payerait pour le crime qu’elle avait commis. Elle payerait pour la souffrance, pour la trahison, pour la haine. Elle payerait pour l’abandon de sa propre fille, pour son geste meurtrier. Elle payerait pour tout. Elle ne resterait pas impunie. Telle était ma conviction. Telle était ma volonté. Parfois, lorsque le sommeil me surprenait, je la rêvais morte, je la rêvais souffrante. La haine n’était pas une chose naturelle chez moi. Elle l’était maintenant.

Elle regretterait son geste. Sur ces pensées, je me redressai, m’appuyant sur les meubles aux alentours. Je n’avais pas bougé depuis cinq jours. En dévisageant mon reflet dans le miroir de la salle de bains, je me rendis compte que je n’étais plus le même. Tee-shirt maculé de sang, barbe de plusieurs jours, regard vide, sillons de larmes tracés sur mes joues. Je mis quelques instants avant de réaliser que c’était moi. Le nouveau Conrad. Le Conrad bon à rien. Le Conrad anéanti. Le visage angélique de Maggie s’imposa à moi, s’imprégna sur ma rétine pour ne plus partir. Les larmes se remirent à couler. « Pardonne-moi. » Je rouvris les yeux, au proie à une vague de colère. Refermant mon poing, je l’écrasai contre le miroir. Reflet brisé. Image anéanti. S’accrocher à ce que la vie avait été du temps où ma fille était là : belle. Ne pas oublier. Ne rien oublier. Je passai sous la douche. La première douche de ma nouvelle vie. La première de milliers d’autres. Je m’habillai rapidement, avant de m’apercevoir que des plaies s’étaient ouvertes sur mon poing. « Tu t’es fait mal, papa ? » m’aurait demandé Maggie. Elle était toujours là pour s’inquiéter, me répétant qu’il fallait bien qu’une personne le fasse. Dans ces situations, je lui souriais et lui disais que ce n’était rien. Cette semaine, c’était Maggie qui s’était fait mal. Elle avait vu sa gorge s’ouvrir sous la lame d’un couteau maternel. Mais ce n’était pas rien.

Il y a quelques mois, au cours d’une conversation, on m’avait dit qu’un tueur à gages officiait pour le gouvernement. Je m’étais dit que ce genre d’informations ne m’intéresserait jamais. Je n’avais pas recensé d’ennemi à éliminer, tel un parrain de la mafia. Alors j’avais écouté d’une oreille distraite, un sourire moqueur au visage. Maintenant, je regrettais de ne pas avoir mieux écouté. D’après mes souvenirs, le tueur était engagé par le gouvernement et il prenait ses ordres de mission directement dans leurs bâtiments. Il suffirait de le trouver là-bas. Cela semblait si facile, comme si ce genre de personnes pouvait vivre normalement au milieu de la population « normale » alors qu’il était susceptible de tuer n’importe qui sur demande. Avant de rencontrer l’homme, je passai par la banque retirer trois cent dollars, mon plafond maximal journaliser. Je les fourrai dans un sac de sport que j’avais emmené. Il fallait espérer que ce serait suffisant. Ces centaines de dollars n’étaient qu’une avance sur ce que je lui donnerais plus tard. Je refermai le sac, récupérai sa carte bancaire et m’éloignai du distributeur automatique. Je me sentais vide. Mes jambes me menaient à destination sans que je n’y pense. Un voleur bien avisé aurait pu me voler le sac, tellement je ne m’en préoccupais pas. J’étais sans énergie, sans vie. S’il n’y avait pas eu cette haine profonde, j’aurais oublié ce que je fichais ici et j’aurais couru retrouver le corps de ma petite Maggie. De toute manière, elle était entre les mains de la police, maintenant. Ils avaient une enquête à mener, des preuves à relever, des personnes à interroger. Je ne reverrais pas le visage de ma fille avant quelques jours. Je devais me contenter des images que j’avais d’elle.

Enfin, je sortis de ma léthargie. J’arrivai. Rien ne me disait que l’homme viendrait aujourd’hui. Il pourrait très bien être en vacances et ne revenir que dans plusieurs semaines, après tout, le travail de tueur en série payait bien, non ? Serrant davantage les anses du sac, je m’asseyais sur un banc, le regard fixe. J’étais déterminé à attendre le temps qu’il faudrait. L’attente ne ferait qu’augmenter sa colère et sa détermination. J’irais au bout. Je ferais payer à ce monstre l’atrocité de son geste. Trois heures après, le tueur arriva. Je le reconnus presque aussitôt grâce à la description que l’on m’avait faite de lui. Je pris quelques secondes de trop afin de m’assurer qu’il s’agissait bien de la bonne personne. Quelques secondes qui suffirent à l’homme pour entrer dans le bâtiment. Tant pis, le tueur finirait bien par sortir. Je me rapprochai de l’entrée du bâtiment. Une demi-heure plus tard, le même homme quitta les locaux du gouvernement. Cette fois-ci, je n’eus aucune hésitation et m’approchai de lui. « Excusez-moi, j’ai un travail pour vous. On peut en parler ailleurs ? » J’eus l’impression quema phrase sortait tout droit d’un film mais je m’en fichais. J’avais bien d’autres choses auxquelles penser.
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MessageSujet: Re: Angel of Death ► Lorenzo   Ven 26 Juil - 22:08

C’était une affaire de routine. De la même façon que d’autres rendaient visite à leur comptable, achetaient leur café dans un gobelet en carton avant d’aller travailler, ou déposaient leurs enfants à l’école après avoir passé tout leur temps depuis le réveil des monstres à lutter pour les faire manger, se laver ou encore s’habiller, Lorenzo avait ses obligations, et elles étaient bien moins plaisantes qu’un café à moitié tiède ou un gosse pleurnichard. Deux à trois fois par semaine, il se rendait dans les locaux du gouvernement, où lui étaient confiés ses ordres de mission. Chaque fois qu’il en ressortait, c’était avec le même mélange de résignation et d’excitation. Résignation car il n’avait aucun plaisir à l’idée de tuer des personnes – et peu lui importait de savoir de quoi ils étaient coupables, s’ils étaient seulement coupables, d’ailleurs. Il avait beau tout faire pour qu’elles ne voient pas venir leur mort, la plupart de ses victimes savaient qu’il ne leur restait que peu de temps à vivre, et quand bien même il s’assurait de ne pas les faire souffrir plus que nécessaire, voir des individus dont il ne savait rien rendre leur dernier souffle n’était pas ce qu’il y avait de plus réjouissant. À la résignation s’ajoutait l’excitation, bien plus morbide, bien moins avouable. Lorenzo tuait, c’était son talent, ce qu’il savait faire de mieux, et même s’il était profondément torturé par les remords de ce qu’il avait été amené à faire, par les souvenirs de victimes ensanglantées laissées dans le caniveau des centaines d’années plus tôt, il n’en était pas moins conscient que peu de personnes dans la ville – et probablement même dans le monde – étaient aussi talentueuses que lui dès lors qu’il s’agissait de convaincre d’illustres inconnus de rendre leur dernier souffle. Il maniait les armes et les poisons comme d’autres laissaient courir leur pinceau sur la toile, et chaque nouveau contrat proposé par le gouvernement au pouvoir était pour lui l’occasion de vérifier son talent. Jamais il n’avait failli, jamais il n’avait expérimenté la honte de revenir avouer à ses supérieurs qu’il n’avait pas été capable de remplir sa mission à bien.

Pourtant, il avait déjà été amené à refuser certaines missions. Il se l’était promis, jamais plus il n’accepterait de tuer le moindre enfant ou femme enceinte. C’était là sa seule limite, et il n’accepterait pour rien au monde d’aller à l’encontre de cette règle qu’il s’était fixée. Pas de doute là-dessus, l’argent était capable d’amener les hommes à faire de drôles de choses – et il n’y avait rien de risible là-dedans, aussi paradoxale que cela soit. Tuer était certes un talent qu’il mettait à profit du gouvernement, et son compte en banque était suffisamment plein pour nourrir et entretenir confortablement plusieurs générations de descendants qu’il n’aurait jamais, mais il avait trop perdu à cause de fillettes tuées sans le moindre discernement. Avait-il conscience, à cette époque, de la gravité de ses actes, ou n’avait-il réalisé ce qu’il avait fait que lorsqu’il avait compris que ces jeunes filles étaient les petites sœurs d’Aurora, et qu’il avait, sans la moindre pitié, égorgé deux d’entre elles, les observant, le visage fermé et les mains maculées de leur sang, se vider de leur liquide vitale et rendre leur dernier souffle ? Même aujourd’hui, des siècles plus tard, alors que l’humanité avait tant progressé, que les hommes ordinaires avaient découvert l’électricité, inventé l’internet et entreposaient leur nourriture dans des réfrigérateurs, il n’avait pas la moindre réponse. L’aurait-il un jour ? Rien n’était moins sûr, et s’il était franc avec lui-même, il se devait de reconnaitre qu’il n’avait pas très envie de répondre à ce mystère qui pourtant ne lui laissait pas de répit.

Si on lui avait annoncé ce jour-là qu’il refuserait de tuer, il aurait probablement ri. Il ne refusait jamais les contrats du gouvernement – les intermédiaires auxquels il avait à faire savaient à présent qu’il y avait des limites aux demandes qu’il acceptait, et personne ne faisait le moindre mystère quant à ce que devenaient les missions qu’il refusait : il était loin d’être le seul assassin payé par le pays pour le débarrasser de ceux qui gênaient, qui protestaient un peu trop haut ou avaient les moyens financiers d’agir contre le gouvernement, et les autres n’avaient pas les mêmes exigences que lui. S’il continuait à recevoir ces missions, c’est surtout parce qu’il avait un don réel pour que les morts qu’il distribuait sur son chemin paraissent naturelles, ou du moins qu’elles ne ressemblent pas à de véritables massacres. Non, Lorenzo avait un goût prononcé pour l’utilisation de poisons, qu’il avait commencé à utiliser des années plus tôt, après que la simple vision du sang lui soit devenue insupportable. Il avait assez des cauchemars qui le réveillaient plusieurs fois par nuit pour en plus s’infliger la vision de ce liquide honni chaque fois qu’il pouvait l’éviter.

L’homme qui l’interpela correspondait en tout et pour tout à l’image qu’il se faisait de la perdition. Tout en lui respirait la faiblesse, mais l’italien ne s’y trompa pas, bien avant que ne soit prononcé le premier mot : il y avait une telle colère dans son regard, une telle douleur, qu’il ne pouvait se permettre de le prendre à la légère. Il n’appréciait guère qu’on l’interpelle dans la rue, parce qu’avec les années, il avait appris à faire corps avec le tigre avec qui il partageait sa tête, son corps, son âme, et qu’en tant qu’animal furtif, en tant que félin, sauvage, chargé d’une capacité de violence assez importante pour tenir à l’écart toute créature vivante suffisamment maline pour comprendre qu’elle prenait des risques en l’approchant, il préférait encore éviter tout affrontement. Il se fondait dans la masse, mais malgré ses efforts, il n’était guère difficile de deviner que cet homme pouvait être véritablement dangereux lorsqu’il le décidait. Et c’était la vérité. Du moment que Lorenzo décidait qu’un individu méritait de passer l’arme à gauche, il y avait fort peu de chances que ça n’arrive pas. À moins d’un miracle, rien ne pouvait jamais se mettre entre lui et ses victimes. Du moins, jamais très longtemps.

Aussi, lorsqu’il annonça qu’il avait un travail pour lui, Lorenzo fronça-t-il les sourcils. Il n’était pas difficile d’imaginer de quel genre de travail il s’agissait, et s’ils finiraient par en arriver là, chercher à savoir comment il avait su qui il était, et où entrer en contact avec lui n’était pas la plus grande urgence. Il était effectivement hors de question d’aborder ce sujet ici, et Lorenzo se contenta de faire vaguement signe à l’homme de le suivre. Par chance, un café dans lequel il s’installait régulièrement, et y lisait son journal tout en buvant un café italien de premier choix, était déjà ouvert, et ce malgré l’heure relativement matinale. Comble de la chance, il était désert, et suffisamment grand pour qu’ils s’installent dans un coin isolé sans risquer qu’on les dérange ou qu’on écoute leur conversation. Du coin de l’œil, l’italien observait l’inconnu : plus petit que lui, il était clairement moins puissant physiquement. Et puis, à l’observer, il n’était guère difficile de deviner qu’il irradiait habituellement de douceur, au contraire de l’assassin, qu’il suffisait de regarder un quart de seconde pour comprendre qu’il était mortellement dangereux. Il voulait qu’il tue pour lui, et si l’italien doutait qu’il soit capable de se permettre ses tarifs, il savait aussi que cet homme ne supporterait jamais d’avoir une mort sur la conscience. Pourtant, il y avait tant de douleur dans son regard, et même dans sa démarche, que l’instinct de protection de son tigre fut presque aussitôt éveillé. Il secoua légèrement la tête, luttant contre les frissons qui se répandant désagréablement le long de sa nuque, et d’un geste de la main, invita l’homme à s’installer à la table du café où il les avait menés. Après qu’ils eurent commandé un petit déjeuner – café sucré et nuage de lait pour Lorenzo, accompagné de toasts grillés et beurrés et de tranches de pommes et de pêches – l’assassin croisa ses bras sur son torse, et haussa un sourcil à l’intention de l’homme. « Mangeons, nous parlerons ensuite. J’ai bien trop faim pour réfléchir tout de suite ». Et surtout, surtout, il voulait en savoir autant que possible sur cet homme avant de prendre la moindre décision. Il n’avait pas l’habitude de prendre des décisions sur un coup de tête, et cette fois-ci ne ferait pas exception. Hors de question de refuser – ou d’accepter – de tuer sans savoir qui était cet homme. Etait-il équilibré ? Saurait-il garder le silence sur ce que faisait Lorenzo pour gagner sa vie ? Avait-il ce qu’il fallait dans le slip pour oser aller au bout de sa demande, et surtout, pourrait-il vivre avec une – ou plusieurs – morts sur la conscience ? Sur ce dernier point, le Skinchanger était presque sûr que la réponse était négative, mais il ne valait mieux pas parier. Ce n’était qu’une intuition, après tout. Restait une dernière question : était-il du genre à exiger que Lorenzo utilise certains outils plutôt que d’autres ? Si c’était le cas, la réponse serait irrémédiablement négative.

Lorenzo détestait qu’on lui dise comment faire son métier.
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MessageSujet: Re: Angel of Death ► Lorenzo   Lun 29 Juil - 18:30

Tueur à gage n’était pas le métier le plus glorifiant qui puisse exister. Ce n’était pas non plus le moins dangereux. Il demandait de l’entraînement, de l’expérience et du sang-froid. Comment cette idée de devenir tueur arrivait à l’esprit de quelqu’un, là était la question. Ce ne pouvait pas être une vocation car cela voudrait dire que le gouvernement ne surveillait pas assez les jeunes et ne faisait pas son travail – bon, on en avait déjà eu la preuve par le passé. Alors quoi ? Un simple concours de circonstances ? Un hasard ? Une coutume familiale ? Un besoin ? Qui savait combien de tueurs traînaient en ville, combien étaient employés pour tuer, combien y avait-il de victimes par jour. Ce n’était pas nouveau que le gouvernement se salissait les mains. Cependant, savoir qu’aucun citoyen n’était à l’abri était effrayant. Il suffisait d’un mot, d’un geste, d’un regard et c’était fini. Il y avait de quoi devenir paranoïaque. Conrad s’était tourné vers Lorenzo pour « s’occuper de son affaire ». Maintenant qu’il le voyait en vrai, sa vengeance devenait un peu plus réelle. Il la touchait presque des doigts. Il était à ça de voir le corps sans vie de la femme. Elle subirait le même traitement que sa fille. Et il était face à l’homme qui lui enlèverait la vie. L’homme était tel qu’on l’avait décrit à Conrad. Grand, blond, visage fermé, fin mais musclé. S’il n’avait pas l’air d’un tueur à gage, il n’était pas non plus rassurant. Tout en lui respirait la menace. C’était le genre de types qu’on n’embêtait pas.

Sur un signe de l’homme, ils traversèrent la rue avant d’entrer dans un café. Lorenzo se dirigea vers une table à l’écart, sans réfléchir. Conrad eut l’impression que ce n’était pas la première fois qu’il venait ici. Peut-être même qu’il y avait ses habitudes, dans le genre je bois un petit café avant de tuer ma prochaine victime. Un tueur calme et qui se fondait dans ses habitudes pour garder un visage humain. Le genre de tueur tellement calme que vous flippiez. Conrad ne devait pas être le premier client qu’il emmenait ici. Ils se dirigèrent donc vers une table à l’écart où s’installèrent. Sur le trajet, le professeur laissa sa fatigue faire une association d’idées et en arriva à la conclusion que Lorenzo était italien, qu’il connaissait le commerce si bien qu’il devait en être le propriétaire et que, par conséquent, il devait avoir un lien avec la mafia. Sauf qu’un mafieux ne travaillait pas pour le gouvernement. Il chassa cette pensée totalement loufoque pour se concentre sur le tueur. La colère et la haine revinrent aussitôt. Ces derniers jours, ces deux sentiments étaient son moteur. C’était grâce à eux qu’il avait eu la force de venir jusqu’ici. Il ne connaissait plus rien d’autres que ça. Colère, haine, vengeance. Ils seront les seuls sentiments que l’animeront jusqu’à ce que la femme soit morte. Morte et enterrée.

« Mangeons, nous parlerons ensuite. J’ai bien trop faim pour réfléchir tout de suite. » Manger, sérieusement ? Conrad n’était pas sorti de chez lui, n’avait pas traversé une partie de la ville avec des centaines de dollars dans un sac et abordé un tueur pour manger ! Il venait d’entrer dans un monde parallèle, ce n’était pas possible! Il avait dû se tromper de personne. Un tueur qui mangeait tranquillement des toasts ! Sérieusement. Avec la réputation de Lorenzo, il aurait au moins pu boire son café sans lait ! Il aurait eu l’air un peu plus impressionnant et crédible aux yeux de son futur client. Conrad fit un signe de la tête au serveur, lui annonçant qu’il ne voulait rien. Manger lui était insupportable. Il ne pouvait manger alors que Maggie ne le ferait plus jamais. Tant pis s’il avait perdu des kilos ces derniers jours, il n’avalera de la nourriture qu’une fois sa mère morte. Déterminé, il croisa les bras sur son torse et détailla l’homme. Même s’il buvait son café avec un nuage de lait et qu’il préférait manger plutôt que de négocier, il y avait quelque chose de mauvais en lui. Une aura qui retenait Conrad de partir. Cette impression qui se dégageait de Lorenzo faisait de lui un tueur. Sans cela, le professeur aurait crié à l’arnaque. Il s’aperçut que l’individu le dévisageait également. Ils se jaugeaient tous les deux en silence. Le tueur cherchait sûrement à savoir jusqu’à combien Conrad serait prêt à aller pour tuer une personne. Mais son prix était celui de l’enseignant. Il ne manquait pas d’argent et il payerait ce qu’il faudrait pour avoir sa vengeance.

Conrad attendit que le serveur pose une tasse et une assiette devant Lorenzo pour prendre la parole. « Vous aimez les enfants ? » Il devait savoir. Il était important pour Conrad que cet homme comprenne son combat, ses motivations et qu’il partage sa soif de vengeance. Ce contrat ne devait pas être une simple affaire parmi tant d’autres. Conrad n’attendit pas sa réponse. Il avait envie de parler. Il s’était tu depuis des jours, au point de presque oublier comment on prononçait les mots. Il avait besoin de se confier. Il reprit la parole. « Avant, je me fichais des enfants. Ils étaient des êtres fragiles et je ne me sentais pas capable d’en avoir. Pas assez attentionné, pas assez d’amour à donner, vous connaissez la chanson. Et puis, il y a eu Maggie. Un soir, je l’ai rencontrée. Elle était accompagnée de sa mère. Celle-ci a insisté pour que je prenne son enfant. Elle a dit qu’elle serait mieux avec moi, loin de la misère. Elle n’avait que quelques années et pourtant, son destin était déjà tout tracé : elle vivrait dans la misère. Alors j’ai dit oui. » En même temps qu’il racontait, Conrad revivait la scène. Il se rappelait de cette nuit dans les moindres détails. Il avait accepté sans même savoir dans quoi il s’engageait. Il avait dit oui alors qu’il n’avait pas d’expérience avec les enfants. Mais Maggie l’avait hypnotisé avec ses grands yeux et sa bouille d’ange. Elle méritait bien plus qu’une vie dans la pauvreté. « Vous savez, sa mère me semblait si courageuse et aimante. Il y a peu de mères capables de se séparer de son enfant pour son bien. Elle m’avait choisi parce que j’avais les moyens de m’occuper de sa… de Maggie. » Ses poings se serrèrent à la pensée de cette femme. Ce monstre. Il planta son regard dans celui de Lorenzo. Il allait peut-être lui couper l’appétit avec son histoire mais c’était un tueur, il avait du sang sur les mains, il avait vu d’autres. Conrad prit une nouvelle inspiration et poursuivit son histoire.

« Elle m’a offert la plus belle chose qui soit sur Terre. Même si Maggie n’était pas ma fille naturelle, je l’ai aimée. » Elle aurait déridé le tueur avec son sourire et son rire, s’ils s’étaient rencontrés, pensa-t-il. Quoique, Conrad aurait empêché Maggie de lui parler. Une petite fille et un tueur à gage, ce n’est pas franchement de bonnes fréquentations. Il inspira afin de trouver le courage de poursuivre, de prononcer ces quelques mots. Des syllabes douloureuses. « Et elle l’a tuée. » Sa voix s’était faite plus dure. Il sentait la colère bouillir en lui, plus forte que jamais. Il était en colère tout en étant fragile, en équilibre au bord du précipice. Il ne faudrait qu’un peu d’air pour le faire tomber. A contrario, il suffirait d’une bonne nouvelle pour qu’il s’écarte du gouffre. Il était bien déterminé à provoquer l’arrive de cette nouvelle. Sa dernière phrase restait en suspension entre eux d’eux. Une phrase révélatrice. Lorenzo allait l’aider. C’était pour ça qu’ils étaient là.
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MessageSujet: Re: Angel of Death ► Lorenzo   Ven 2 Aoû - 14:11

Lorenzo laissa l’homme parler. Il en avait visiblement besoin, et même s’il y avait une telle haine dans son regard qu’elle aurait doute pu brûler sa cible d’un simple coup d’œil, il y voyait surtout du désespoir, de la douleur. Tout en mangeant, il l’écouta donc attentivement, haussant parfois un sourcil sur un point de détail de l’histoire. Malgré la douleur perceptible dans ses mots, dans son intonation, malgré l’impuissance évidente qu’il paraissait ressentir, l’homme s’exprimait clairement, énonçait les faits d’une façon presque clinique. Là où d’autres se seraient taris d’éloges sur une petite fille assassinée, lui se contentait des faits : il l’avait aimée –et l’aimait sans doute encore, Lorenzo pouvait sans peine le concevoir – et ne l’oublierait jamais. Elle avait illuminé sa vie, et il avait, grâce à elle, réalisé que sa vie ne serait plus jamais la même. Abandonnée par sa mère à un inconnu, la petite fille avait connu sa part belle de bonheur, et avait su éveiller l’amour de cet homme dont Lorenzo ne savait rien d’autre qu’il avait le cœur brisé, et l’esprit en proie à un besoin de vengeance qu’il comprenait de mieux en mieux, sans pour autant le ressentir. Terminant son café, il repoussa son assiette, à peine entamée, et plongea la cuillère dans la tasse, produisant un tintement qui marqua la fin du discours de Conrad. « Vous voulez que je tue cette femme. » C’était, plus qu’une question, une simple constatation, qui peut-être laissa croire à l’homme face à lui qu’il accèderait à sa demande. Pourtant, il eut tôt fait de briser ses espoirs.

Il avait tué, et ce à plus d’une reprise, au cours de sa longue vie. Fut un temps, il ne pouvait s’empêcher de compter les morts laissés derrière lui, d’imaginer les familles éplorées, et la culpabilité avait paru se faire plus lourde à chaque vie à laquelle il mettait fin. C’était une torture qu’il s’imposait sans vraiment le vouloir, comme si son esprit avait été plus puissant que son instinct de survie, comme s’il y avait eu deux Lorenzo : celui qui n’avait jamais eu de sang sur les mains, qui avait rêvé en compagnie d’Aurora, et celui, désillusionné, qui savait que la vie tenait plus à un sac de pièces d’or qu’à quelques rêves proférés au clair de lune. Il avait compris la leçon, l’avait vraiment comprise, cette nuit-là, et n’avait plus rien eu qui l’avait retenu de commettre les pires atrocités. Du moins était-ce ce qu’il pensait avant d’être transformé, et lorsqu’il avait pu retrouver sa forme humaine, ça n’avait été que pour réaliser qu’il était incapable de tuer le moindre enfant.

Selon toute logique, cette femme méritait de mourir. Pour avoir tué sa propre fille, pour avoir brisé le cœur de cet homme qui n’avait en premier lieu rien demandé à personne. Elle méritait même de souffrir, et en d’autres circonstances, Lorenzo aurait été heureux de s’occuper de son cas. S’il était particulièrement attentif à abréger les souffrances de ses victimes désignées, il n’avait pas son pareil pour produire l’effet contraire lorsqu’il estimait que c’était nécessaire, et le moins que l’on puisse dire, c’est que cette femme méritait de connaitre les pires souffrances. Il suffirait d’un poison un peu plus fort que les autres, un peu plus exotique, pour que son agonie dure des jours, et qu’elle se voit mourir, lentement, dans des souffrances atroces qui cependant ne seraient jamais assez fortes pour qu’elle perde connaissance, ou même l’esprit. Non, tout au contraire, il pourrait s’assurer qu’elle resterait parfaitement consciente de ce qui lui arrivait, et ce jusqu’à ce qu’elle pousse son dernier souffle, que son cœur cesse simplement de battre, qu’elle le sente abandonner la partie, et qu’elle soit obligée de faire de  même. Il ne faudrait que quelques heures de préparation, et elle n’échapperait pas à son destin. Pourtant, quelque chose le retenait. Quelque chose l’empêchait d’accéder à la requête de cet homme dont il avait cependant pitié. Alors il parla, se lança dans une explication qu’il n’aurait jamais cru donner un jour. Son ton était indifférent, ou du moins, n’était pas celui d’un homme qui parlait de tuer une femme. Il n’y avait rien d’effrayant dans son ton, rien qui laisse à penser à quiconque écouterait uniquement l’intonation de sa voix que cet homme était le bras droit de la Mort. Et  peut-être était-ce justement ce qui était le plus inquiétant chez Lorenzo en cet instant précis. « Je pourrais la faire souffrir. Je pourrais lui faire regretter chacune des respirations prises depuis sa naissance. Ce serait un jeu d’enfant pour moi. Il suffirait de réfléchir ensemble à la mort la plus à même de lui faire regretter la mort de la fillette, ou de me laisser le champ libre. Peu importe.» Avant que Conrad ait eu le temps d’exprimer son accord, ou même d’ouvrir simplement la bouche, Lorenzo leva une main entre eux, et étouffa dans l’œuf toute envie d’intervention de la part de cet homme avide de vengeance et de souffrance. « Mais je ne vais pas le faire. Et vous non plus. Tuer cette femme ne fera pas revenir Maggie, croyez-moi. J’ai tué des enfants, dans le passé, et malgré les regrets que j’éprouve aujourd’hui, malgré les souffrances que j’ai endurées depuis, qui valent toutes les vengeances du monde, elles ne sont pas revenues à la vie. Jamais. Et elles ne reviendront pas à la vie, même si je souffre encore mille ans. »

Ca n’était pas la seule raison. Il suffisait de voir cet homme pour réaliser qu’il était à deux doigts de s’écrouler. Il suffirait d’un rien pour qu’il pète totalement les plombs, qu’il perde pied avec la réalité et soit foutu une bonne fois pour toutes. Il n’était pas mauvais, ça, Lorenzo s’en apercevait. Et surtout, il avait peur. Peur de la solitude, peur de rentrer chez lui dans un endroit où Maggie ne serait plus jamais. Peur de voir du sang, et de se souvenir de celui de la fillette coulant à torrent sur sa peau claire. Peur de tout ce qui, d’une façon ou d’une autre, lui rappellerait qu’elle n’était plus de ce monde. Il serait hanté, et ce pendant des mois, des années, voire même jusqu’à la fin de sa vie. Ca n’était que le début, et si Lorenzo savait une chose, c’est que la douleur ne le quitterait jamais vraiment. « Vous ne vous sentirez pas mieux, si elle meurt. Croyez-moi. Que je sois celui qui met fin à ses jours ou pas, que vous le fassiez vous-mêmes ou confiiez cette mission à quelqu’un d’autre, le résultat sera le même : vous aurez du sang sur les mains, et aurez mis fin à une vie. De la même façon que l’aura fait cette femme. Qu’importe qu’elle soit coupable ou innocente. N’importe qui ne peut pas le faire, parce que ça détruit un homme, ça détruit une âme. » Je ne tuerai pas cette femme, mais si vous me le demandez, je vous aiderai à la détruire, à la faire punir, mettre en prison jusqu’à la fin de ses jours. La justice est encore la pire des choses qui puisse lui arriver.

Il se tut, se contentant d’observer Conrad, de ce regard qui avait plus du tigre que de l’homme. S’il faisait mine de devenir violent, s’il haussait ne serait-ce qu’un peu le ton, il aurait tôt fait de mettre fin à toute esclandre. Ce n’était ni le lieu, ni le moment, et il n’avait aucune envie d’être brutal avec cet homme qui souffrait déjà assez comme ça.
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MessageSujet: Re: Angel of Death ► Lorenzo   Mar 6 Aoû - 15:12

Conrad ne cherchait pas la compassion. La compassion ne faisait pas avancer les choses. La situation stagnait à cause d’elle. Il y avait ensuite la pitié, la gentillesse, mais il n’y avait pas d’avancées majeures. Non, il cherchait plutôt la compréhension. Si Lorenzo comprenait sa douleur, il voudrait l’aider. C’était tout simple. Pour cela, il suffisait de lui raconter son histoire. Conrad pensait que Lorenzo se lèverait de table, prendrait le sac et lui demanderait l’adresse de ce monstre. Il pensait que ça serait aussi simple. Enfin, avec un peu de chance, c’est ce qui pourrait arriver. Il fallait croire en sa bonne étoile. Il pesait chaque mot, chaque phrase. Il se replongeait dans cette histoire douloureuse. Il souffrait de raconter que sa fille était morte de la main de sa propre mère. Il souffrait de cette vérité. Envoyer bouler tous ses proches, sa petite amie, ne servait à rien. Ca n’évacuait pas la douleur mais il se sentait mieux. La colère avait besoin d’être exprimée et il n’avait pas d’autres moyens. Tout cela aurait pu être évité si Aeryn avait été là comme il le lui avait demandé. Elle aurait été présente quand la mère de Maggie aurait tenté de tuer la fillette. Peut-être même que sa présence aurait empêché sa mort. Il lui en voulait, tout simplement. Il lui avait toujours fait confiance. Il l’avait aimée. Mais aujourd’hui, c’était au-dessus de ses forces. Comment pouvait-il vivre avec elle ? Il y avait trop de souvenirs, trop de bons moments. A chaque fois qu’il posait le regard sur Aeryn, il avait mal. Il se rappelait les instants partagés, telle une vraie famille.

Alors Lorenzo devait tuer la mère de Maggie. Il était le seul espoir de Conrad. Il ne connaissait personne d’autres et était le seul qu’il contacterait, de toute manière. Si Conrad avait été assez fort psychologiquement, il aurait fait le sale boulot lui-même. Il y serait allé avec un couteau pour l’égorger de la même manière qu’elle avait fait avec Maggie ou une arme. Une balle dans le cœur. Il aurait eu une certaine satisfaction de le faire lui-même. Mais il ne s’en sentait pas capable. Il ne souhaitait pas s’abaisser à son niveau. Sa vengeance ne tenait qu’à Lorenzo. Et il ferait tout pour l’avoir. Conrad baissa le regard. Il avait terminé de raconter les dernières années de sa vie. Il attendait une réaction quelconque de la part du tueur. Une réaction encourageante, cela dit. Conrad devait être certain qu’il comprenait l’enjeu de cette vengeance. « Vous voulez que je tue cette femme. » Il avait compris. Un poids s’envola. Cet homme avait tout compris. Il ne faisait aucun doute qu’il accepterait de la tuer. Pourquoi en serait-il autrement ? Il en avait fait son métier et on ne refusait jamais de gagner un peu d’argent. D’ici quelques minutes, il allait lui demander quel prix il était capable de payer pour ce contrat. Conrad releva les yeux sur l’homme. Il allait tuer la mère de Maggie. Une espèce d’apaisement l’envahit. Justice sera rendue.

« Je pourrais la faire souffrir. Je pourrais lui faire regretter chacune des respirations prises depuis sa naissance. Ce serait un jeu d’enfant pour moi. Il suffirait de réfléchir ensemble à la mort la plus à même de lui faire regretter la mort de la fillette, ou de me laisser le champ libre. Peu importe.» Conrad l’écouta, comme hypnotisé. Il ne se sentait pas forcément à l’aise avec l’idée de planifier la mort de cette femme. Il voulait juste payer et laisser libre court à « l’imagination » de Lorenzo. Il se fichait de comment le tueur se débrouillerait, Conrad souhaitait juste la savoir morte. Visiblement, l’homme avait tout compris. Il avait juste sur toute la ligne et ça ne pouvait que réjouir le professeur. Après la douleur et la haine de ces derniers jours, il se sentait libéré d’un poids. L’espoir était revenu. Le monde se porterait mieux, une fois débarrassé de ce monstre. « Mais je ne vais pas le faire. » Comment ça, il n’allait pas le faire ? C’était quoi ce bordel ? Ce gars était un tueur à gages, oui ou non ? Il n’était pas censé poser des questions ou refuser un contrat, bordel. C’était son métier. Conrad ne comprenait pas. Tout venait de s’écrouler une deuxième fois. Il se sentait de nouveau accablé par la tristesse et la douleur. La sentence était tombée. Lorenzo ne le délivrerait pas de l’image de cette femme. Il ne ferait rien pour lui. Absolument rien. Tueur à gages, tu parles !

« Et vous non plus. Tuer cette femme ne fera pas revenir Maggie, croyez-moi. J’ai tué des enfants, dans le passé, et malgré les regrets que j’éprouve aujourd’hui, malgré les souffrances que j’ai endurées depuis, qui valent toutes les vengeances du monde, elles ne sont pas revenues à la vie. Jamais. Et elles ne reviendront pas à la vie, même si je souffre encore mille ans. » De quel droit se permettait-il ? Si Conrad voulait tuer cette femme, il le ferait lui-même. De toute manière, il n’avait plus le choix, maintenant. Il fusilla l’homme du regard. Mais il se ravisa en l’entendant poursuivre. Lorenzo avait tué des enfants. Il n’avait vraiment aucune limite. L’instinct paternel de Conrad se réveilla. Comment pouvait-on assassiner des enfants ? Et dire que Lorenzo sortait ses grands principes ! S’il était capable de tuer des gamins innocents, il pouvait bien tuer une adulte criminelle ! Conrad perdait son temps ici. Il n’avait rien à foutre là. Il en voulait à cet inconnu d’être incapable d’exaucer le seul vœu qu’il avait. Il ne se faisait pas d’illusion, Maggie ne reviendrait pas mais il avait besoin de justice. Puisque la police ne pouvait rien pour lui, il était bien déterminé à avoir gain de cause à sa manière. Lorenzo avait été sa première solution mais tant pis. Il se débrouillerait. Il empoisonnerait cette femme. Après tout, verser un poison dans sa boisson ne devrait pas être trop compliqué. En tout cas, ça serait plus facile que de la tuer avec une arme. Ou il trouverait un autre tueur. Il s’en fichait. Lorenzo n’était pas un vrai tueur à gages, alors pourquoi s’embêter avec lui ?

« Vous ne vous sentirez pas mieux, si elle meurt. Croyez-moi. Que je sois celui qui met fin à ses jours ou pas, que vous le fassiez vous-mêmes ou confiiez cette mission à quelqu’un d’autre, le résultat sera le même : vous aurez du sang sur les mains, et aurez mis fin à une vie. De la même façon que l’aura fait cette femme. Qu’importe qu’elle soit coupable ou innocente. N’importe qui ne peut pas le faire, parce que ça détruit un homme, ça détruit une âme. » Monsieur avait des états âmes. Monsieur avait une conscience, maintenant. Lui qui tuait pour manger, vivre et boire son café. Non mais où allait le monde ! Ce n’était pas d’un tueur à gages avec des sentiments que Conrad voulait. Il voulait d’un professionnel, de quelqu’un qui comprendrait son but et qui ferait en sorte de l’atteindre. Il prit une inspiration pour se calmer. S’énerver ne l’aiderait pas à convaincre Lorenzo. Il devait trouver les mots justes. Les mots qui le feraient changer d’avis. « Elle est coupable. Elle l’a tuée et mérite de subir le même sort. » Il martela chaque mot. Il fallait que cette femme meure. Sinon, elle pourrait s’en prenne à n’importe qui. Elle était une menace pour la société. Conrad se pencha en avant et ne lâcha pas Lorenzo du regard. On lui avait vanté les compétences de cet homme, on l’avait décrit comme étant doué et capable de tout. On ne lui avait pas dit qu’il avait un cœur.

« Ne me dites pas qu’un tueur à des sentiments. Ne me faites pas croire que d’un coup, vous refusez de tuer une criminelle alors que vous avez tué des enfants. » Il n’y avait qu’une seule chose qui ferait oublier ses valeurs à Lorenzo. L’argent. Tout homme qui était payé pour tuer devait aimer l’argent, non ? Conrad était convaincu qu’il tenait LA solution. Avec ça, il le ferait flancher. Personne ne résisterait à des milliers d’euros. A part les gens honnêtes. Mais ce tueur n’avait rien d’honnête. L’appât du gain était le dernier espoir de Conrad. Après, il n’aurait plus qu’à quitter ce café et trouver autre chose. Sauf que maintenant qu’il avait fait le premier pas, qu’il avait pris contact avec cet homme, il ne voulait plus faire machine arrière. « Donnez-moi votre prix. Demandez moi n’importe quelle somme, je m’en fiche. » C’était la meilleure manière de se faire arnaquer. Néanmoins, Conrad ne s’en préoccupait pas. Il avait vécu en dessous de ses moyens depuis des années, perdre tout son argent ne lui faisait pas peur. Au moins, il serait en paix.
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MessageSujet: Re: Angel of Death ► Lorenzo   Sam 28 Sep - 18:43

Lorenzo arrivait à bout de patience. Cet homme commençait à sérieusement lui courir sur le haricot, et ne s’en apercevait probablement même pas. D’abord, il l’interceptait dans la rue, lui racontait sa vie, puis, essuyant son refus de mener à bien une vengeance qui ne lui ferait aucun bien, il se permettait de lui faire la morale. C’en était trop. Oh, bien sûr, l’italien le savait, il n’avait pas tout à fait tort : lui avait tué des enfants, et même si depuis plus de sept cent ans, il n’avait pas récidivé, son tort restait le même, l’horreur de son geste n’avait pas diminué d’un iota. Mais il savait ce qu’était la mort, et plus que quiconque, il savait qu’elle n’était rien de plus qu’une fausse solution. Un jeu auquel on soumet des innocents, les sacrifiant sur l’échiquier de la vie, sans jamais se demander si les conséquences seraient à la hauteur de ce qu’on peut imaginer. Seul le Gouvernement paraissait trouver un véritable intérêt aux assassinats commandés à l’assassin, mais le jeu, ici, était politique, et les enjeux étaient véritablement plus grands, plus importants que ceux d’un père au cœur brisé et à la rage chevillée à la taille, l’empêchant littéralement d’aller de l’avant.  Se venger, s’assurer que le responsable de son malheur ne ferait que le faire se retourner vers le passé, et réaliser que plus rien ne l’attendait dans le présent, que plus rien ne lui donnerait envie de se lever le matin, de se coucher le soir, et surtout, surtout, de continuer à vivre. Il ne serait rien de plus qu’une coquille vide. Et cela, il ne pouvait se le permettre.  La colère, la rage, la soif de vengeance n’étaient certes pas des sentiments très nobles, mais ils étaient là, ils existaient, là où la petite Maggie avait abandonné ce monde, et où ce ne serait plus jamais la douceur de son sourire qui permettrait à son père adoptif de trouver à la vie un quelconque intérêt. La rage l’animait, faisait battre son cœur, et si le goût dans sa bouche était amer, si son cœur était au bord de ses lèvres, il fallait qu’il comprenne qu’il n’y avait rien dans la mort de cette femme qui changerait sa situation actuelle. La mort n’était pas justice. La mort n’était rien de plus qu’un moyen de rendre le jeu plus simple. Plus définitif, aussi.

Pourtant, en soi, Lorenzo n’en avait strictement rien à faire de ce que pouvait bien devenir cet homme. Qu’il cherche un autre tueur, si c’était réellement ce qu’il voulait. Qu’il tue la femme lui-même, tiens, et finisse ses jours dans une prison, où personne ne s’intéresserait jamais à la raison pour laquelle il avait choisi de passer à l’acte. Lorenzo ne voulait simplement pas être mêlé à cette histoire. Nul besoin que l’autre ait une quelconque conscience de ce qui se tramait réellement dans l’esprit du tueur, aucune nécessité qu’il comprenne que c’était un homme blessé à qui il s’adressait, un homme qui se mordrait les doigts, chaque jour de sa vie, d’avoir osé mettre fin à la vie d’enfants dont l’innocence brillait au fond de leurs pupilles, et à qui la vie aurait pu sourire encore de longues années s’il n’avait pas été aussi avide d’argent. Ce qu’il était toujours, il fallait bien le reconnaitre. Seulement, les choses étaient différentes. Et s’il tuait cette femme pour avoir tué cette fillette, Maggie, alors il pourrait tout aussi bien se jeter du haut d’une tour en espérant que cela soit suffisant pour le tuer : il ne valait pas mieux qu’elle. Loin de là.

Pour autant, le ton de l’homme ne lui plaisait pas. D’un geste rapide, il pointa le poignard qu’il gardait caché dans sa manche sur le genou de son interlocuteur. Sous la table, son bras paraissait simplement posé sur sa cuisse, et la lame était suffisamment fine pour ne pas être vue. En revanche, il suffirait d’un geste minuscule pour que la lame se plante dans le genou, et vienne se loger au cœur de l’articulation. L’homme souffrirait si intensément qu’il n’aurait sans doute pas la force de hurler, et s’il venait effectivement à crier, les clients continueraient de mener leur petite vie sans se soucier de lui : tous dans cette ville avaient fini par comprendre qu’il valait mieux se mêler de ses affaires, et que jouer au bon samaritain n’arrangeait jamais les affaires de personnes. Ce genre de mentalité était pour Lorenzo une aubaine qu’il ne lassait que rarement passer, même si, dans l’absolu, il préférait ne pas avoir à agir sous les yeux de témoins qui ne manqueraient pas de faire une description détaillée de lui, non pas aux services de l’ordre, mais à leurs amis, qui eux-mêmes transmettraient l’information à leurs proches, et ce qui était une anecdote finirait par se retourner contre le skinchanger.

« J’ai dit : non. Inutile de vous montrer insultant, vous seriez celui qui y perdrait le plus, pas moi. Vous ne me connaissez pas, alors vous avez le droit de garder votre jugement à deux balles bien au chaud entre vos deux oreilles, est-ce qu’on est bien d’accord ? »

Il avait tout intérêt à être d’accord, car Lorenzo n’hésiterait pas à se montrer un peu plus brutal. Ça n’était pas dans ses habitudes, mais dernièrement, la situation était vraiment pourrie, et il n’avait pas besoin que cet homme en rajoute encore un peu… Pourtant, une part de lui, que jusque-là il avait réussi à faire taire, se montrait de plus en plus têtue : il ne pouvait pas laisser un homme, dans un tel état de souffrance, dans ce besoin de faire passer sa colère, dans un état où la rage était presque maladie. S’il avait été un chien, la bave aurait coulé de ses lèvres, et il aurait montré les dents jusqu’à ce que le monde entier recule devant lui. Il était dangereux, imprévisible, et surtout, cet idiot risquait de se faire du mal à lui-même en tentant de se faire justice.  

« Je sais que vous souffrez. Et d’autres accepteront peut-être de vous aider à vous venger. Si vous leur proposer suffisamment d’argent – parce que croyez-moi, quelle que soit la somme dérisoire que vous avez sur votre compte épargne, ça ne me fera pas changer d’avis – ils accepteront peut-être. Le travail sera bâclé, elle se prendra une balle entre les deux yeux, et ne saura jamais combien vous étiez en colère, combien vous avez voulu votre mort. Elle aura une belle fin, elle ne passera pas sa vie à craindre votre revanche, elle n’aura jamais le temps de regretter son geste, de trembler pour sa vie. »

Aussi vite qu’il avait sorti le couteau, Lorenzo se leva, toute expression absente de son visage. C’était un masque de cire, qu’il modulait selon l’envie, et il n’y avait rien de plus à exprimer maintenant que la colère froide qu’il avait déjà laissée entendre à Conrad. Sans un mot supplémentaire, il sortit du café, le portefeuille de l’homme dans sa poche arrière. Il était incapable de se l’expliquer, ne le comprenait pas lui-même, mais il ne laisserait pas à cet inconnu brisé la possibilité de gâcher sa propre vie. Tant pis s’il devait s’en faire un ennemi, et si ça signifiait qu’il s’affaiblissait : c’était, du moins le pensait-il, le moyen de racheter les années d’errance et de morale bancale qui l’avaient mené là où il était aujourd’hui, le cul entre deux chaises et le cœur au bord d’un précipice. Il le suivrait, s’il le fallait, il l’empêcherait de commettre un irréparable qui le ruinerait, le briserait en mille morceaux, et ferait de lui une coquille vide depuis longtemps désertée par son âme corrompue. Pour la première fois de sa longue vie, Lorenzo s’apprêtait à sauver quelqu’un, et lui qui était un expert dès qu’il s’agissait de précipiter la fin d’à peu près n’importe qui se trouvait étrangement démuni.
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Angel of Death ► Lorenzo

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