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 Un jour comme tous les autres [Jezebel]

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MessageSujet: Un jour comme tous les autres [Jezebel]   Mar 6 Aoû - 23:41

      Un nouveau matin se levait sur Avondale, avec ses nuages gris soudain transpercés par le soleil, comme lacérés par la clarté. Travaughn eut un regard pour eux : trois jours plus tôt, sous la même lueur étincelante, il avait retrouvé la jeune Kathie, presque dix mois après leur dernière rencontre. Pas de doute, on vivait des drôles de temps.

      Sur le parvis de la Mairie, Travaughn achevait d’engloutir ses œufs au lard, un toast à la main. Les résistants d’Avondale avaient réussi à fracturer les portes d’un dépôt de vivres de la marine marchande, deux jours plus tôt, et depuis c’était l’opulence dans la ville. Accroupi sur les marches de l’hôtel de ville, et savourant son bacon à mains nues, Kane promena son regard sur leur petite communauté inflexible.
      Avondale avait autrefois été une belle banlieue, aujourd’hui déserte, et comme dépeuplée. La plupart des bâtiments amassaient la poussière, certains tombaient en ruines, les fils électriques étaient parfois coupés, et des bouches de gaz béaient à ciel ouvert. Mais ça, c’était pour l’extérieur de la ville : le centre, lui, avait été reconquis par les fidèles de Mitch Carold, le pasteur. Et là, c’était un autre décorum.

      La Mairie, le temple, le square, la concession Chrysler : voici le noyau dur de la nouvelle Avondale.
      La Mairie, c’était le cœur de la résistance, là où s’entreposaient les armes, et là où on recoupait les renseignements piratés sur les fréquences gouvernementales. On trouvait les radios clandestines, les registres militaires dérobés aux Peacekeepers, et d’autres trésors de guerre acquis à la sueur de leurs fronts.
      Le temple, c’était le royaume de Mitch.
      Le square, on y avait dressé des tonnelles, souvent à partir de tentes dérobées à l’armée ; à la différence près qu’on avait goudronné les blasons U.S. Army. Là-dessous, les cuistots tenaient la cantine pour toute la petite colonie : il y avait quelques tables, des chaises, et une vieille chaîne hi-fi grésillante.
      La concession Chrysler, enfin, c’était l’épiderme technologique d’Avondale : groupes électrogènes, générateurs, hydro-pompes, c’était là que s’entassaient les systèmes qui permettaient à leur petite communauté de tenir au jour le jour. On avait abattu les murs des show-rooms, et on y entreposait à la place toutes les pièces mécaniques et les composants électroniques qu’on pouvait rafler à l’extérieur de la ville.
      Autour des ces quatre points nodaux, et de quelques autres bâtisses également, les gars de Mitch Carold avaient tendu une large muraille de fortune : moitié palissade quand on trouvait du bois, moitié clôture sauvage quand on n’avait que du barbelé sous la main, c’était un rempart mal jointoyé, poreux et faiblard, mais traversé par un fort courant électrique — enfin, quand les générateurs n’étaient pas H.S. ... On avait même dégotté quelques caméras pour truffer ses abords, et certaines palissades étaient hérissées de tessons de bouteille. Ce n’était pas bien achevé, mais Travaughn avait bon espoir de boucler les défenses d’Avondale avant la fin du mois : c’était son job, c’était sur cette muraille qu’il passait ses journées.

      « Au boulot, souffla Kane. »

      Son bacon englouti, Travaughn se lécha les doigts et quitta les marches de la Mairie ; il traversa d’un pas vif le square, jusqu’à atteindre les portes centrales de la muraille. A cette heure matinale, Avondale se réveillait doucement, les premières têtes émergeaient de l’embrasure des portes ; bientôt, Mitch ferait jouer son premier son de cloche de la journée. Kane envoya quelques poignées de main à ceux qu’il croisait, et il pressa le pas.
      Au garde qui avait passé la nuit à faire le guet devant la muraille, Travaughn lança un salut amical :

      « La relève, mon gars. L’heure d’aller mettre la viande dans le torchon. »

      Travaughn allait passer la journée à tester les systèmes électriques de la porte, aussi pas besoin d’un planton pour lui faire de l’ombre durant dix heures. Si un type se pointait à la porte, Kane le verrait aussi bien.
      Enfin seul, le mécanicien, reconverti électricien pour l’occasion, déboulonna le panneau de sûreté du portail, révélant le cœur du système électrique. Tous les compteurs à zéro, pas une diode d’allumée : ça avait encore disjoncté. Pas vraiment au point, le barbelé sous tension.

      Kane cracha goulument à terre, épongea son front déjà ruisselant de sueur, et se mit au boulot.
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MessageSujet: Re: Un jour comme tous les autres [Jezebel]   Ven 9 Aoû - 18:15

-Ok les boys, on a une mission.

Cinq paires d’yeux se tournèrent sur le lieutenant. Son regard se porta sur chacun des membres de son escouade, trois jouaient aux cartes sur une table improvisé à partir du cul d’un tonneau de tôle, un autre avait levé les yeux de son livre et la dernière semblait tout juste se réveiller, comme toujours, si elle avait pu celle-là elle aurait dormit jusqu’à ce qu’il gèle en enfer. Le plus proche des joueurs réagit le plus rapidement et se leva pour le saluer, les autres suivirent son exemple plus lentement. Il leur fit signe de se détendre et la tigresse se rassit sur son lit l’air très peu concernée, alors que les autres restèrent debout semblant intéressés par cette nouvelle.

-On sera avec qui pour cette mission, demanda le joueur qui l’avait salué en premier. Mon lieutenant, ajouta-t-il avec retard.

C’était un jeune homme aux cheveux blond, aux yeux bleus et à l’air constamment triste, la genre de gueule d’ange à qui on donnerait le bon Dieu sans confession.

-Il n’y aura que nous. Enfin, d’autre sont déjà sur le coup mais on ne travaillera pas main dans la main.

Un rire éclata, cela venait d’un des autres joueurs, un type aux cheveux noirs et à l’air toujours moqueur.

-Désolé, mon lieutenant, mais ils ont vraiment envie de voir ce truc réussir ? Non parce que là s’ils nous envoient, ça va être moche et pas forcément réussi, un nouvel éclat sarcastique lui échappa. Entre le gosse en mal d’amour, il désigna le gamin blond d’un mouvement de tête, le taré tueur d’enfant, il désigna du pouce un homme de taille moyenne qui ressemblait à un rat qui lui montra son majeur en réponse, le gamin qui n’a qu’une envie, s’envoler, il montra cette fois-ci le lecteur, un gamin d’à peine dix-neuf ans aux yeux rêveur, et la folle qui oublie comment mettre ses vêtements, il désigna Jezebel, c’est quand même vachement mal engagé. Sauf vot’ respect mon lieutenant.
-Tu oublies un chaton qui s’est fait pincé dans le mauvais lit, rétorqua le lieutenant doucereux. Les conneries du clown ne dispensent personne de se bouger le cul, tonna-t-il.

* * *

-Notre cible se trouve à Avondale.

Une vue aérienne d’Avondale vint accompagner une photo de Mitch Carold leur cible pour la mission.

-Faut que le travail soit bien fait. Le Rat, tu t’en occuperas avec Blanche neige.

Le type à face de rat et Jezebel hochèrent la tête.

-Les autres on leur dégage la voie faut faire un max de bruit et on va laisser des décos façon avertissement Sang-Pitié. Il faut que ça ressemble à un gang de pillard métamorphe et si vous avez le temps récupérez quelque prise de guerre dans leur réserve.
-Dites, mon lieutenant, votre vue d’avondale, elle est pas un peu vieille ?
-C’est bien ce que je me disais... Le Piaf. Reconnaissance.

Le gamin aux yeux rêveur commença à se déshabiller et le blond fouilla dans son paquetage pour en sortir une sorte de harnais avec un appareille photo au centre. Une fois que son camarade se fut transformé, il lui attacha le harnais et l’aida à s’envoler. L’aigle semblait avoir un peu de mal à se stabiliser mais finalement il prit rapidement de la hauteur pour pouvoir prendre des photos d’Avondale sans être vu. Le lieutenant semblait quelque peu contrarié.

-Chesh, le Rat vous me faite un petit tour pour voir de quoi il retourne.
-A pied ou à patte ?
-Peu importe. Vous faites pas repérer, c’est tout ce qui compte.

Toute l’après-midi, Le lieutenant regarda pensif les barrières qui entouraient Avondale. Jezebel et le blond firent une petite exploration autour de la ruine qui leur servait de point de chute pour le moment. Ne trouvant rien qui puisse leur laisser à penser que qui que ce soit ai envie de faire un tour dans le coin ils commencèrent à déballer les affaires que l’escouade avait réquisitionné pour l’occasion. Le Rat et Chesh revinrent peu avant la nuit, mais après le Piaf. Ils firent leur rapport alors que le lieutenant récupérait les photos du Piaf. Il ordonna au Chien et à Jezebel de monter la garde autour du camp et que le reste se repose, avant de se plonger dans l’étude des clichés d’Avondale.

* * *

-Redfern, appela le lieutenant.

Ca sentait mauvais ça. Le lieutenant ne les appelait jamais par leur nom en mission, surtout dès le matin. Soit il était en rogne contre elle, soit quelque chose le préoccupait. Et ce qui préoccupait le lieutenant n’était jamais bon signe pour leur santé à tous.

-Oui, mon lieutenant ?

Il entraina la jeune femme un peu à l’écart des autres.

-Le Rat est parties. On dirait qu’il a pété un plomb. Rattrape-le et ramène-le. Entier si possible.
-Il s’est passé quoi ?
-Un message du QG, ça l’a mis dans tous ses états.
-Ah ? Il a tourné comme Chesh le décrivait ?
-Va savoir. Ramène-le, il est partie vers Avondale. Faudrait pas qu’il fasse tout foirer.
-Ok.

Il commença à retourner vers le reste de l’escouade.

-Mon lieutenant. Pourquoi moi ?
-C’est pas d’en tes habitudes de poser autant de question.
-C’est pas dans vos habitudes de m’appeler Redfern.
-Tu as le meilleurs nez, fit-il avec un sourire, après le chien. Mais toi, tu sauras quoi faire le moment venu, le Chien est trop jeune encore, il se détourna de nouveau. Et avant de partir change toi, je pense pas qu’ils apprécient la visite d’une shadowhunter dans leur mur, même pour ça.

Elle acquiesça avant de se reprendre.

-Oui mon lieutenant.

* * *

Il s’était effectivement dirigé vers Avondale. Elle avait réussi à suivre sa trace jusqu’à l’enclos qui servait de barrière à Avondale. Il semblait qu’il avait sauté par-dessus les barbelées, un bon petit saut de quatre mètres. Elle ne comprenait pas comment il avait fait. Il avait dut prendre appuie sur quelque chose mais quoi ? Ou alors il était passé en-dessous et elle avait mal lu les odeurs. C’était aussi une possibilité, elle n’était que sous sa forme humaine. La jeune femme se mit à faire lentement le tour de la ville tout en réfléchissant. Arrivé à l’entrée principale du camp, elle avait décidé d’une ligne de conduite, encore fallait-il qu’elle sache convaincre. C’était pas gagné d’avance ça.
La skinchanger millénaire arriva en silence devant la porte depuis le côté, surprenant un peu l’homme qui s’affairait près d’elle. C’était partie. En espérant qu’elle n’oublie pas ses mots en plein milieu, ça pourrait devenir gênant.
Jezebel ne payait vraiment pas de mine, avec son jean délavé à moitié déchiré qui avait du en voir de belle, sa veste en toile un peu usé et un tee shirt gris passé qui lui collait à la peau. Elle dégagea une mèche de cheveux de son front en sueur et tira sur le col de sa veste en toile, dévoilant brièvement la crosse d'un pistolet sous son aisselle.

-Salut. Y aurai moyen que je puisse entrer ? Je cherche quelqu'un qui s'est introduit clandestinement.*

La métamorphe avait parlé sur un ton monocorde et vide d’émotion, elle avait toutefois un accent, pas très prononcé, mais qui indiquait clairement que l'anglais n'était pas sa langue maternelle. Son visage exprimait autant d’émotion que ça voix pourtant elle doutait, pas de ce qu’elle disait mais de toute la situation. Quelque chose dans l’histoire ne collait pas et elle n’arrivait pas à mettre le doigt dessus mais de toute façon ce n’était pas à elle de discuter les ordres.



[HRP : C'est moins classe mais c'est vaguement français]
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MessageSujet: Re: Un jour comme tous les autres [Jezebel]   Lun 12 Aoû - 22:11

      Midi était passé depuis longtemps, la journée était bien avancée déjà : Travaughn s’affairait depuis une demi-douzaine d’heures sur cette clôture barbelée, et son front ruisselait de sueur à présent. Le système électrique avait été rétabli sur l’enceinte d’Avondale, mais pour combien de temps ? Chaque jour apportait son lot de menaces, et sur les générateurs essoufflés de la petite ville, Travaughn avait déjà dû raccorder d’autres systèmes de dissuasion. Là, il étrennait des diffuseurs d’ultrasons récupéré dans un Sears tombé en ruines.
      Le précédent gros court-circuit avait été provoqué par un rat qui grignotait les barbelés électrifiés, aussi Travaughn devait-il veiller à ce que plus aucun rongeur ne vienne se faire les dents sur les palissades d’Avondale. Tournevis à la main, Kane réglait l’intensité du crissement suraigu de son dispositif : d’un œil, il observait une petite cage en fer posée à côté de lui, et dans laquelle trois souris blanches couinaient de douleur, les pattes rabattues pour tenter d’obturer leurs oreilles. Ces fréquences sonores-là, aucun adulte ne pourrait les percevoir, et elles troublaient à peine les gamins : mais pour les souris, c’était plus affolant que le feulement de dix gros matous. C’était cruel, mais c’était ainsi : déjà, quelques gerbilles et quelques rats détalaient entre les jambes de Travaughn, filant loin de la clôture d’Avondale.

      La fille qui apparut l’instant d’après, déhanchée dans l’encadrement de la porte d’Avondale, n’était pas du genre petite souris : plutôt belle plante rebelle, les feuilles un peu froissées par la pluie. Kane laissa son regard glisser sur le jean délavé, le T-shirt collé aux flancs par la sueur, et le front perlé sous ses mèches coriaces. Travaughn sentait du félin dans cette fille-là, et la vue furtive d’un holster de pistolet le confirma, calé qu’il était sous l’aisselle de la belle.
      Kane laissa tomber ses rats, s’épongea le front d’un revers de sa manche autrefois blanche, et fit quelques pas vers la gamine. Elle parlait dans un anglais exotique, bizarre, avec une pointe d’accent venu d’ailleurs. En tout cas, avec son timbre froid et ses paupières lourdes, la fille ne semblait pas à la joie, songea Travaughn.

      « Alors toi aussi, tu cherches McFerley ? lança Kane dans un sourire acéré. Il n’est pas passé incognito, ma jolie, on l’a flairé et on l’a pincé. »

      Winston McFerley. Un English, obèse comme un britannique, que quelques gars d’Avondale avaient serré deux jours plus tôt, alors qu’il rôdait aux abords des enceintes de la ville. Avec son visage bouffi et ses mains manucurées, ce type puait l’espion du Gouvernement à plein nez, c’était presque certain. Enfin, on avait eu beau lui refaire le portrait dans les grandes largeurs, McFerley n’avait pas avoué un seul mot ; mais la conviction de Mitch Carold était faite, on avait envoyé le Briton au trou, on l’aurait à l’usure. Ou peut-être bien qu’il était innocent, et qu’il finirait par claquer : de toute façon, avec ses 230 livres au plus léger, il ne pourrait jamais être utile en rien à Avondale.

      « Tu n’es pas la première à venir régler tes comptes avec ce gros enflé, grogna Travaughn. Hier déjà, on a eu un couple de maraudeurs qui voulaient lui briser les côtes. Paraît qu’une ordure du Gouvernement, dans le type de McFerley, avait envoyé toute leur famille au mitard. Enfin, ces deux-là, ils étaient pas bien sûr que ce soit McFerley qu’ils cherchaient... »

      Travaughn considéra la fille de la tête aux pieds : alors elle aussi, avec son jean blanchi et sa veste en toile de jute, elle était passée entre les gros doigts boudinés de l’English ?

      « Mais un agent du Gouvernement, c’est un agent du Gouvernement, hein, reprit Kane d’une voix légère. On ne refuse jamais de cogner dessus, pas vrai ? »

      A nouveau les yeux de Travaughn scrutèrent la fille sous toutes les coutures : avec son visage fermé et son front en sueur, seule et en vêtements légers dans les environs déserts de la Nouvelle-Orléans, cette gamine devait cacher pas mal de secrets sous son joli minois. Mais Kane n’allait pas la broyer sous les questions pour le moment : surtout avec une rescapée de McFerley ou d’un autre dogue du Gouvernement, mieux valait employer la douceur.

      « Tu veux que je te montre la cellule de McFerley ? proposa Travaughn avec un sourire aimable, en pointant la Mairie derrière son dos.
      Et il ajouta : Tu verras, on l’a choyé. »
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MessageSujet: Re: Un jour comme tous les autres [Jezebel]   Mar 13 Aoû - 21:39

Jezebel avait les oreilles qui sifflaient et c’était certainement pas naturel. Elle crispa les mâchoires et secoua la tête, comme si cela pouvait chasser le bruit affreux qui lui vrillait les tympans, ça commençait déjà à lui coller un violent mal de crâne. Le bruit cessa un instant avant qu’elle n’atteigne la porte et surprenne un type entrain de tripatouiller un panneau de contrôle un tournevis à la main et des rongeurs détalant entre ses jambes. Les rongeurs sentir la présence de la tigresse et firent un petit détour, ayant retrouvé assez de « présence d’esprit » pour se soucier d’autre chose que du bruit affreux.
N’ayant aucun réel plan prémédité, la jeune femme s’était dit qu’elle pouvait toujours demander gentiment et que si besoin elle pouvait préciser que le Rat était un tueur d’enfant. D’après ce qu’elle avait pu comprendre des conversations qu’elle avait eu avec Chesh, ça aurait peut-être un effet positif lui permettant de faciliter ses recherches.

-Alors toi aussi, tu cherches McFerley ? un sourire barra le visage de l’humain. Il n’est pas passé incognito, ma jolie, on l’a flairé et on l’a pincé.

L’homme s’était approché avant de parler, essuyant son front couvert de sueur. La métamorphe laissa transparaitre une légère surprise. Elle ne se souvenait pas du vrai nom du Rat mais ça l’étonnait beaucoup qu’ils aient pu le repérer et le chopper comme ça, à part s’il en avait envie et vu sa façon d’entrer entre les murs d’Avondale, il ne semblait pas avoir envie de se faire repérer. Elle haussa les épaules, ça pouvait toujours devenir son excuse.

-Tu n’es pas la première à venir régler tes comptes avec ce gros enflé, grogna l'humain. Hier déjà, on a eu un couple de maraudeurs qui voulaient lui briser les côtes. Paraît qu’une ordure du Gouvernement, dans le type de McFerley, avait envoyé toute leur famille au mitard. Enfin, ces deux-là, ils étaient pas bien sûr que ce soit McFerley qu’ils cherchaient...

Le noir scruta la jeune femme de la tête aux pieds et quelque chose qu’elle ne sut identifier passa dans son regard. Elle avait encore du mal à comprendre les émotions humaines, elles la surprenaient toujours un peu qu’elles viennent d’elle-même ou des autres. Les réactions qu’elles pouvaient entrainer la perturbaient toujours.

-Mais un agent du Gouvernement, c’est un agent du Gouvernement, hein, reprit le noir d’une voix légère. On ne refuse jamais de cogner dessus, pas vrai ?
-Si tu le dis, commenta-t-elle dans un grommellement froid.

Jezebel sentait qu’il valait peut-être mieux pas qu’il sache qu’elle bossait pour le gouvernement que ces gens semblait exécrer, ça ferait un tas d’histoire et gênerait sa mission. Quelque part elle s’en foutait qu’ils aient tabassé un type qui pouvait être ou ne pas être du gouvernement, par contre s’ils commençaient à l’emmerder et l’empêchaient de faire ce qu’elle avait à faire, ils allaient pas être copain. Le fait qu’elle devrait surement à un moment ou un autre buter leur chef n’entrait pour le moment même pas en ligne de compte.

-Tu veux que je te montre la cellule de McFerley ? proposa le mécano avec un sourire et pointant un bâtiment dans son dos. Tu verras, on l’a choyé.
-J’aimerai autant voir McFerley plutôt que sa cellule.

Malgré ce que l’on pourrait penser, cette remarque n’avait aucunement vocation à être une boutade ou quoi que ce soit du genre. C’était tout simplement l’expression naïve d’une compréhension trop littérale des paroles du noir et s’il fallait convaincre, la métamorphe ne s’était toujours pas départie de son manque d’expressivité et d’émotion.

-Je te suis, déclara-t-elle laconique.

Bon, il semblait que c’était pas trop mal partie pour le moment et elle n’avait pas encore eu besoin de lâcher sa petite bombe. En même temps, c’était Chesh qui le qualifiait de tueur d’enfant ça pouvait être un peu plus compliqué que ça. Le chaton avait une certaine tendance à simplifier les choses pour les faire apparaître sous un jour qui l’arrangeait.
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MessageSujet: Re: Un jour comme tous les autres [Jezebel]   Lun 2 Sep - 15:27

      Un voile de surprise passa dans le regard de Travaughn, vite suivi d’un instant de doute ... puis il éclata d’un rire long, et guttural. Voir Mcferley plutôt que sa cellule, la gamine avait une sacrée dose d’humour dans la caboche.

      « T’es une marrante, toi, hein ? grogna joyeusement Kane, un sourire en coin. »

      Les lèvres arrondies, il poussa soudain un long sifflement à deux notes, qui résonna jusqu’à la concession Chrysler et les toits de la Mairie. Deux gros bras jaillirent aussitôt par le portail de l’hôtel de ville, une bouteille de soda à la main gauche, une barre de fer dans la droite. Avec leurs gueules menaçantes, leurs sourcils épais, et leurs mâchoires comme coulées dans le béton, ils n’étaient pas bien rassurants à voir. En d’autres termes, voilà la relève.
      Travaughn échangea quelques mots avec le premier d’entre eux, et il pointa ici ou là des détails du panneau électrique ou de la clôture. Lorsque tout fut en ordre, le mécano laissa les deux brutes faire le planton devant les portes d’Avondale, et il invita la fille à le suivre vers l’Hôtel de Ville.

      Avondale était une communauté sauvage, bâtie à la hâte, soudée seulement par les prêches virulents d’un Mitch Carold névrosé jusqu’aux tressautements de sa voix. Entre les murs salis et à demi-effondrés des baraques alentour, passaient et repassaient des visages plus ou moins familiers, qu’on ne reconnaissait jamais vraiment. L’arrivée d’une gamine mal fagotée aux côtés de Travaughn, voilà qui passa aussi inaperçu que si un cabot du quartier était venu renifler le composte-ordures, cette machine épaisse qui vrombissait contre un mur de l’Eglise.

      « Pour l’instant c’est calme, les gars sont au repos, commenta Travaughn en promenant son regard sur les environs. Depuis McFerley il y a deux jours, on n’a pas eu d’autre balourd du Gouvernement pour venir nous chatouiller. »

      Quelques montagnes de muscle, pour la plupart d’anciens dockers du port d’Avondale, patrouillaient tranquillement entre les quelques rues de l’Avondale reconquise. C’était pas mal de Latinos, ou bien des Afros. Autant dire que quand Mitch donnait de la voix dans la chapelle, ça écoutait la bave aux lèvres.
      Travaughn gravit les quelques marches de l’Hôtel de Ville, plongea à droite dans une volée d’escaliers descendants, et entraîna Jezebel sous terre, vers les anciennes caves de la Mairie. C’étaient des cellules sinistres, dans lesquelles quelques années plus tôt s’entassaient des légions de gratte-papiers maussades, plus gris encore que leurs buvards détrempés. En fait, Mitch et ses gars n’avaient fait qu’ajouter des barreaux, le reste était d’origine. Il y avait aussi une cage tout en plastique, pensée spécialement pour les métamorphes qui donnaient dans le rat ou la petite souris ; mais pour le moment, elle était vide.

      « Pas grand-monde là-dessous ces temps-ci, grogna Travaughn en promenant un regard sur la douzaine de cellules du couloir. On en a encore descendu trois au cimetière l’autre jour. Il nous reste deux comiques là-bas, des pillards, qui ont gobé une poignée de composants électriques l’autre jour. Pas de chance pour eux, c’est rare, ces trucs-là ... »

      Un rictus de vague dégoût passa sur le visage de Travaughn, sa peau noire devenue presque invisible dans ce couloir à peine pourvu de quelques loupiottes.

      « Alors on attend que ça ressorte, conclut Kane en dépassant la cellule des deux malheureux. »

      Au bout à droite, c’était la case de McFerley. Une belle cellule aux barreaux spécialement épais, avec quelques écriteaux pas bien polis pour encadrer la porte ferrée : la cellule spéciale du Gouvernement. Travaughn l’avait déjà dit une fois à Jezebel, mais il le répéta avec un grand sourire sombre :

      « Tu verras, ma jolie, on l’a soigné ton McFer... »

      Kane s’arrêta net, en plein milieu de phrase. La cellule était vide !
      Mais ce n’était pas une évasion, jamais l’obèse gouvernemental n’aurait pu se frayer un chemin entre les barreaux qui soit assez large pour son ventre. Kane sortit un trousseau de clefs qui pendait à sa ceinture, il en fit jouer une dans la lourde serrure d’acier, et les barreaux couinèrent pour s’écarter.
      Sur le sol, du sang, des traces de bottes, et quelques dents. Une chaise en bois pendait tristement, adossée sur trois pieds au mur : sa quatrième patte gisait brisée en deux, dans une petite flaque rouge un peu plus loin.

      « Sirè ... siffla Kane en reluquant les éclats de dents sur le sol. Il était tellement surpris, seules de vieilles injures créoles, du temps de son service à Diego Garcia, lui revinrent à l’esprit. D’autres sont passés avant toi, ma jolie, on dirait. »

      Aucun doute, McFerley avait dû subir une sacrée bastonnade, le sol encore dégoulinant pouvait témoigner. A l’heure qu’il est, le Britannique devait être soit alité à l’infirmerie, soit jeté dans une fosse en-dehors de la ville. Pas de cercueil, vu son tour de bedaine, ce serait gâcher du bois. De toute façon, pas de cercueil pour les larbins du Gouvernement, c’était la règle énoncée par Mitch.

      « Suis-moi, souffla Kane, on va te le retrouver. »

      Le mécano rebroussa chemin, reprit le couloir à l’envers, et remonta quelques volées d’escaliers. Bien vite ils avaient laissé derrière eux les caves de l’Hôtel de Ville, et ils s’étaient enfoncés dans les étages du bâtiment, là où s’organisait le cœur de la résistance d’Avondale. Quelques gars croisèrent leur chemin, jetèrent un vague regard surpris à Jezebel, mais saluèrent Kane d’un hochement de tête : l’ancien militaire faisait du bon boulot par ici, il devait avoir ses raisons de promener une gamine dans le saint des saints.

      Alors ils déboulèrent tous deux dans une large pièce, presque carrée, et envahie par des tables encombrées de notes et de papiers divers. Ce foutoir innommable, c’était l’antre des informateurs d’Avondale : le long des murs, en équilibre sur des tables croulantes, s’alignaient des postes de radio pirate, des comlinks du Gouvernement, et quelques machines ronronnantes qui crachotaient de temps à autre des feuilles de papier encodées.
      Mitch n’était pas là, ses seconds non plus. A vrai dire deux types seulement travaillaient là au moment présent, et l’un était si absorbé par ses relevés de données qu’il ne tourna même pas la tête lorsque Travaughn pénétra dans la salle d’informations.
      Kane avisa l’autre, et lui lança :

      « McFerley, l’espion, il est passé où ?
      – Infirmerie, je crois,
répondit un jeune type au large sourire fade. Sais pas vraiment.
      – Qu’est-ce qui lui est arrivé ?
reprit Travaughn.
      – Quelques types qui voulaient s’occuper les mains, je crois. Il paraît qu’ils ont retrouvé un container de pure Vodka russe sur la côte, pas loin d’ici, il fallait bien marquer le coup. Blake et Wood, les toubibs, je crois qu’ils vont y passer la nuit. L’est costaud, en fait, le British, il avait la carcasse solide. »


      Kane eut un haussement d’épaules. Peu importait que McFerley y reste ou pas, de toute façon, il ne devait plus y avoir beaucoup d’informations vitales qu’on ne lui avait pas fait cracher à coups de crosse. Mais une petite séance de bourre-pifs dans le cave, peut-être, voilà ce qui aurait pu dérider la gamine ... et en apprendre un peu plus à Kane sur son compte.

      « Viens avec moi, lança le mécano au type du service d’info, on va chercher l’Angliche, ou ce qu’il en reste. »

      Si le travail était déjà commencé, autant en profiter. Peut-être qu’il ne passerait pas la nuit, le Winston McFerley. Il vaut mieux battre le fer pendant qu’il est encore chaud, et c’est valable pour les espions également.

      « Reste ici, gamine, souffla Travaughn à la jeune fille aux grands yeux, et ne touche à rien. On revient de suite. »

      L’ombre d’un instant, le mécano avait hésité à abandonner cette inconnue dans le saint des saints d’Avondale. Mais bon, peu de chances que ce soit une espionne : c’était certainement juste une malheureuse.
      Dans le cas contraire, Kane l’aurait senti, non ?

      Le mécano chassa ses hésitations, prit le type du service d’info avec lui, et ils dévalèrent ensemble les escaliers de la Mairie.
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MessageSujet: Re: Un jour comme tous les autres [Jezebel]   Mar 3 Sep - 21:27

Jezebel se laissa aller à un instant de perplexité, ne comprenant pas bien ce qu’il avait pu trouver de drôle dans ses paroles. Absorbée par son incompréhension et par l'intense effort qu'elle devait fournir pour saisir le sel de la plaisanterie, elle fut surprise par le sifflement qu’il lâcha, la faisant faire un léger sursaut. Son audition étant vraiment très bonne, le bruit lui avait massacré les tympans, pas autant que le sifflement aigu sur lequel il travaillait plutôt mais cela la laissa tout de même grimaçante secouant vaguement la tête pour essayer de chasser la gêne.
L’agression auditive fit sortir deux malabars de l’Hôtel de Ville qui arrivèrent d’un pas balourd en essayant de se donner l’air impressionnant. Jezebel n’était aucunement ému par leur air patibulaire et leur barre de fer, disons que quand on a déjà fait face à un ours en colère en costume d’Eve, il ne reste pas grand-chose pour vous émouvoir. Le visage toujours aussi fermé et ayant repris une neutralité proche de l’inhumanité, elle attendit que les trois hommes aient fini de converser et que le noir l’invite à entrer. Celui-ci la conduisit tranquillement vers l’Hôtel de Ville sans trop l’assommer de commentaire, ce qui lui permit de laisser errer son regard sur les patrouilles et la disposition de ce qu’elle voyait de l’Avondale reconquise par ces péquenauds. En plus de laisser traîner ses yeux un peu partout, elle se laissa à écouter et à renifler grappillant le plus d’informations possible avec tout ce qu’elle avait mais rien n’indiquait que le Rat était passé proche du chemin qu’elle empruntait.
Ils atteignirent le fronton de l’Hôtel de Ville, l’humain gravit les quelques marches qui menaient jusqu’à la porte et bifurqua brusquement sur la droite pour s’engouffrer dans une cage d’escalier qui menait sous terre. Jezebel s’arrêta un instant mal à l’aise. Elle n’aimait pas trop se retrouver sous terre, ce n’était pas une phobie mais plus une désagréable sensation d’inconfort qu’elle ne pouvait pas ignorer facilement. La métamorphe se fit violence, s'ébroua, emboîta le pas de son guide et s’enfonça dans les profondeurs obscures. Pour un humain, l’ambiance devait vraiment être sombre mais pour la skinchanger, la maigre lumière ne l’empêchait pas de très bien voir les barreaux alignés et la boite de plastique géante ressemblant à une gigantesque cage à rongeur. Son guide fit une remarque sur le peu de pensionnaire qui séjournait pour le moment et indiqua que deux d’entre eux s’étaient découvert un intérêt pour l’électronique et avait fait quelques expériences culinaires douteuses qui leur valaient d’avoir gagné leur séjour ici. Elle se retint de faire remarquer que ce serait surement plus simple de les ouvrir pour aller chercher le fruit de leur rapine. La métamorphe n’avait aucun espèce d’état d’âme quand à découper, torturer, ou faire toutes ces choses quelque peu salissantes et douloureuses à d’autre mais elle avait incidemment remarqué que dans beaucoup de situation parler ainsi rendait les gens autour d’elle quelque peu mal à l’aise voire carrément hostile et pour le moment elle n’avait pas besoin de devoir supporter une quelconque hostilité. Elle avait une mission à accomplir.
L’odeur cuivrée du sang lui chatouillait les narines depuis quelque temps déjà quand ils arrivèrent en vue de la cellule customisée du soit disant espion. Avant d’arrivé là, la jeune femme n’était pas certaine de qui elle allait trouver, maintenant elle savait très bien que ce n’était pas le Rat. Un, l’odeur ne correspondait pas et deux, certaines odeurs étaient bien trop vieilles pour qu’il y ait une quelconque correspondance. Mais n’ayant aucune certitude sur les réactions que pourraient susciter l’annonce de son état de métamorphe elle ne fit aucune remarque.

-Tu verras, ma jolie, on l’a soigné ton McFer…

Une cellule vide vint leur faire coucou, là où ils s’attendaient à trouver un moribond presque agonisant. Cette découverte laissa la blonde de marbre mais tira au noir un chapelet de juron incompréhensible avant qu’il ne se reprenne et invite Jezebel à le suivre pour aller à la recherche du sac à viande disparut. Ils remontèrent à la surface et continuèrent leur ascension dans les étages supérieurs croisant des gens un peu surpris de trouver la jeune femme sur les talons de l’autre mais aucun d’eux ne fit de remarque ou vint s’enquérir de la raison de cette petite procession.
Ils arrivèrent finalement dans une grande pièce où un certain nombre de table ployait sous le poids de papiers semblant posés au petit bonheur la chance. Contre les murs était calé d’autres tables qui, elles, supportaient le poids de différents appareils de communication, certain crachotaient de temps en temps des rubans de papier. Seul deux autres personnes étaient présentes et l’une d’elles était trop plongée dans son occupation présente pour ne serait-ce que remarquer les deux nouveaux arrivants.

-McFerley, l’espion, il est passé où ? demanda le noir.
-Infirmerie, je crois, répondit l’autre un sourire racornit tordant son visage. Sais pas vraiment.
-Qu’est-ce qui lui est arrivé ?
-Quelques types qui voulaient s’occuper les mains, je crois. Il paraît qu’ils ont retrouvé un container de pure Vodka russe sur la côte, pas loin d’ici, il fallait bien marquer le coup. Blake et Wood, les toubibs, je crois qu’ils vont y passer la nuit. L’est costaud, en fait, le British, il avait la carcasse solide.

Son guide haussa les épaules, comme un reflet un rien plus expressif de l’indifférente neutralité qu’affichait la métamorphe.

-Viens avec moi, lança le type à l’autre, on va chercher l’Angliche, ou ce qu’il en reste. Reste ici, gamine, lui souffla son guide, et ne touche à rien. On revient de suite.
-Ok, lâcha-t-elle avec un temps de retard.

La métamorphe eu une vague pensée concernant quelque effort pour essayer de comprendre en quoi consistait les interactions sociales qu’affectionnaient les humains mais la seule pensée de devoir fournir un tel effort lui donna envie d’aller se faire un petit somme. Elle prit le parti d’aller se trouver une chaise près d’une table pas trop envahie par la paperasse et de poser sa tête sur ses bras pour faire une petite sieste. Son plan fut arrêté par une odeur qui la surprit un peu, celle du Rat. Elle était la plus présente près du mur et de certaine des radios posées près de celui-ci. Il était passé par là sous sa forme animale. Maintenant qu’elle n’avait plus l’odeur des deux autres près d’elle, elle remarqua qu’il y avait peut-être aussi d’autres odeurs de skinchangers. Ca allait surement poser problème. Cette constatation l’aida à repousser la tentation de se changer en tigresse pour s’assurer de ce que son pauvre nez sous forme humaine avait peut être décelé, de plus l’autre occupant allait peut-être lui faire une crise de nerf si elle se mettait à changer juste à côté de lui et il était armé. Ce n’est jamais une bonne idée de rendre nerveux les gens armés. Elle se contenta donc de rester un instant immobile les yeux fermés essayant de se convaincre qu’elle n’avait pas rêvé.
Lâchant un soupir elle se saisi d’une chaise proche et s’assit dessus en ramenant ses jambes sous elle, elle posa un coude sur la table la plus proche et sa tête vint se nicher dans le creux de sa main. Indolente, elle laissa errer son regard sur les feuilles qui parsemaient la table près d’elle. Elle ne pouvait pas lire l’intégralité de certaine note mais elle commençait à se demander comment ils réussissaient à récupérer toutes ces infos. L’effort surhumain que lui demandait la lecture des quelques notes vainquis la maigre résolution de Jezebel qui se laissa aller à son hobby préféré, la sieste.

La jeune femme ouvrit les yeux alanguis et pourtant alerte aux bruits de pas qui approchaient. Un gros soupir lui échappa à l’idée qu’elle allait encore devoir supporter la compagnie de personne vivante.
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MessageSujet: Re: Un jour comme tous les autres [Jezebel]   Jeu 5 Sep - 18:37

      « Booya !... tonitrua Travaughn, juste avant de trébucher et s’étaler de tout son long sur le seuil de la salle des infos. »

      La fille avait été laissée peut-être quinze minutes, seule dans le saint des saints, avec pour unique compagnon l’informateur taciturne, qui triait les données sans décrocher la moindre syllabe, tournant son dos à Jezebel. Mais à présent Kane était de retour, suivi de près par l’informateur qui l’avait accompagné : et s’ils avaient marché lentement en remontant l’escalier vers le saint des saints, c’est que leurs mains étaient prises, et drôlement prises.
      Ces deux-là portaient Winston McFerley à bout de bras. S’ils devaient le porter, c’est que lui ne pouvait plus se porter tout seul : et pour cause, sa nuque avait été bizarrement retournée, et formait un angle sinistre avec le reste de son corps. Derrière ses dents toutes cassées, l’hémorragie de sa gorge achevait de salir les escaliers, à dégouliner sur le bois ancien de la Mairie.
      Travaughn avait voulu remonter le cadavre de l’espion pour que la fille puisse le voir, et reluquer le peu d’os encore entiers que les gars d’Avondale avaient laissé à ce soudard Gouvernemental. Le mécanicien espérait ainsi décoincer un peu cette drôle de plante qui ne parlait pas beaucoup, ou pas du tout, et n’avait même pas livré son nom.
      Mais voilà, l’Hôtel de Ville était un lieu ancien, secoué par la poussière, traversé par les mites et les cafards : des mois d’abandon n’avaient pas aidé à la salubrité, pas plus que l’occupation sauvage de Mitch Carold qui y avait implanté ses quartiers de bataille. Aussi, une belle dépouille fraîche qu’on trainait comme cela dans les couloirs, cela attirait son lot de chapardeurs et de rongeurs des pires espèces. Des éclairs de fourrure blanche ou grisâtre avaient jailli soudain hors des murs, dansant entre les pieds de Kane et de l’autre porteur.
      Et cela n’avait pas manqué : au moment où Travaughn accédait au sommet de l’escalier, et posait un premier pied dans le saint des saints, une souris bosselée alla se broyer sous ses bottes, faisant soudain chavirer le grand échalas Afro.
      D’où ce cri qui fait sursauter la salle des infos :

      « Booya ! »

      Le mécanicien s’était étalé dans les grandes largeurs. Son timbre guttural pesta contre les rongeurs de toute sorte, alors que deux petites rats se faufilaient entre ses jambes, allaient chaparder quelques copeaux de chair sur la carcasse du British, et puis s’éclipsaient derrière les piles d’archive du saint des saints, courant le long des murs. Leurs petites pattes cliquetaient tout autour de la fille, de Travaughn et des deux informateurs. En tendant l’oreille, on les aurait entendu couiner de contentement, une rognure d’ongle de l’obèse entre leurs pattes maigrelettes.

      L’informateur taciturne, celui qui n’avait pas desserré les dents jusqu’alors, se mit soudain à beugler ses grands dieux : voilà que des souris allaient grignoter des mois d’efforts, ronger une page ici, chaparder là une note essentielle à la Résistance. Maintenant qu’il avait commencé à donner de la voix, ce blafard, on ne pouvait plus l’arrêter. Pourtant Travaughn souffla quelques notes rageuses pour dominer son tumulte : les paupières plissées, et un doigt majeur levé bien haut dans l’air, Kane obtint que l’autre la bouclât.

      « Fichues bestioles, cracha le mécano en promenant un regard noir alentour, j’aurais dû y penser avant d’amener ce sac de graisse ... »

      A présent il devait y avoir au moins deux souris, peut-être plus, qui gigotaient derrière les rayonnages d’archives et les piles de paperasse. Evacuer McFerley ne servait plus à rien : les rats devaient avoir oublié ce gros adipeux made in UK, pour se concentrer sur le gueuleton en perspective que devaient représenter à leurs yeux rouges ces montagnes de feuilles de note.

      Travaughn réfléchit un instant, furieux contre lui-même, et les chevilles encore ankylosées par la chute. Puis il tourna les yeux vers l’informateur à côté de lui :

      « Va chercher les matous, il n’y a plus que ça ... »

      Ils n’allaient pas faire monter une paire de gros bras d’Avondale pour chasser les rats à coups de savate derrière les archives, le chaos aurait été total dans le saint des saints. On avait beau être une minuscule colonie à moitié sous-alimentée, la science de la débrouille avait nourri quelques belles initiatives dans la ville.
      L’instant d’après l’informateur réapparaissait avec deux grandes cages de fer rouillé, qu’il portait à bout de bras : derrière ces barreaux sales, peut-être d’anciennes cages à perruches, crachotaient et sifflotaient quelques matous pelés. Trois chats plus ou moins sauvages, qui totalisaient quatre yeux seulement pour trois têtes, et encore moins d’oreilles : ces bestioles décharnées avaient dû s’entredéchirer pour survivre ces derniers temps. Les gars d’Avondale avaient fini par les serrer et les enfermer dans une cage.
      Sciemment, on les nourrissait à peine. Pour qu’une fois libérés, ils dératisent à pleines gueules.

      « L’heure de la pâtée, minou, sourit sombrement Travaughn en faisant jouer les verrous et les portes des deux cages. »

      Aussitôt les chats bondirent, pistèrent les souris, et l’un d’eux en goba même une sans délai. Mais rapidement, alors que deux rongeurs au moins grelottaient encore derrière leurs piles d’archives, les trois matous cessèrent de s’intéresser aux proies. Feulant et ronronnant, ils se rapprochaient de la fille, et leurs miaulements désincarnés étaient comme un salut à un membre éloigné de la gente féline.

      Travaughn haussa un large sourcil aussi broussailleux qu’interrogateur.
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MessageSujet: Re: Un jour comme tous les autres [Jezebel]   Ven 6 Sep - 13:42

Jezebel entendait l’autre occupant de la pièce s’affairer derrière son dos mais ce n’était pas ça qui l’avait tirée de sa somnolence mais le bruit de deux paires de bottes peinant sous le poids d’une lourde charge. Un bâillement lui échappa, décrochant sa mâchoire dans un mouvement très peu humain. La métamorphe se leva de la chaise où elle s’était perchée pour dormir dans un mouvement d'une fluidité et d'une grace impossible pour une humaine. Elle se dirigea silencieusement vers l’entrée et arriva juste à temps pour assister à la magnifique pirouette de son guide et son atterrissage digne d’une brique volante. Un des rongeurs passa près de son pied qui vint se poser sur la queue de celui-ci dans un mouvement vif. La bestiole commença à couiner de terreur alors que l’humain qui lui avait si chaleureusement tenu compagnie faisait entendre sa douce voix pour agonir d’injure le noir. La jeune femme laissa les deux autres réglé leur problème et ramassa sa petite proie. Elle avait faim mais son estomac humain ne supporterait pas la chaire crue du rongeur. Dans un accès de frustration, elle brisa la nuque de l’animal et le laissa tomber à ses pieds.
L’odeur de barbaque fraiche qui se dégageait du gros lui serrait les entrailles et allumait les lueurs d'une faim déplacer dans ses yeux humains.

-Fichues bestioles, lâcha le noir l'air contrarié, j’aurais dû y penser avant d’amener ce sac de graisse...

Le regard dévoré par une faim qui n’avait rien d’humaine, elle se rapprocha du corps qui laissait gouter son sang aux pieds du jeune porteur. La skinchanger se força à détourner le regard et serra son poing gauche si fort que son bras commença à trembler,
ses ongles s’enfonçant dans sa chaire. La douleur sembla réussir à lui éclaircir les idées. Elle exhala un soupir douloureux et repris enfin son souffle qu’elle ne se souvenait pas avoir retenu. Jezebel se força à porter son attention sur le noir qui semblait des plus furieux.

-Va chercher les matous, il n’y a plus que ça...

Il s’était retourné sur l’humain qui l’avait accompagné. Celui-ci acquiesça le regard rivé sur la jeune femme, l’air pas tout à fait à l’aise. Il s’éclipsa après une seconde d’hésitation pour revenir avec trois bestioles dépenaillées à l’air plutôt revêche.

-L’heure de la pâtée, minou, fit dans un sourire sombre le noir alors qu’il libérait ce qui ressemblait encore vaguement à des chats.

Les trois parodies de prédateur mirent en déroute les troupes de rongeur, puis sans crier gare, ils abandonnèrent la bataille pour venir faire la cour aux jambes du jean de Jezebel. C’était surement l’odeur de la chatte en chaleur qui se tapait des siestes sur ses fringues qui les faisait agir ainsi. C’est pas comme si les chats et elle avaient un bon feeling. Elle n’aimait pas qu’ils pénètrent sur ce qu’elle considérait être son territoire et ils le lui rendaient assez bien en général. De plus ils auraient dut être d’autant plus furieux qu’ils étaient en chasse et pas toujours très partageur, du moins elle-même ne l’était pas et le tas de viande près d’elle était à elle, pas à ces demis portions à moitié mangée aux mites. Un grondement bas inhumain vint vibrer le long de sa gorge pour s’échapper en roulant, vibrant et menaçant d’entre les lèvres entrouvertes de la métamorphe. Le son fit s’arrêter les trois matous soudain méfiant, elle avança d’un pas qui fit reculer les trois chats d’autant. L’un d’eux laissa échapper un feulement énervé avant de tourner les talons et de s’attaquer de nouveau aux rongeurs.

-C’est pas le type que je cherche.

Les paroles de la jeune femme tenaient plus du grognement que de réel son intelligible. Elle se tourna vers le corps qu’elle poussa du pied pour le retourner.

-Trop gros. Le miens à que la peau sur les os. Et ça fait trop longtemps que celui-là se fait taper dessus. Le miens vient juste d’arriver… la nuit dernière.

L’accent de la métamorphe était très épais et clairement français. On pouvait aussi sentir quelques hésitations et un certain énervement. Enervement qui ne transparaissait que dans la tension qui nouait ses épaules et la façon dont elle parlait avec difficulté. Les émotions fortes lui faisaient perdre ses mots et la faim n’arrangeait en rien ses affaires, pas plus que l’odeur de viande fraiche qui lui chatouillait les narines.
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