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 Piégée | Pearl

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MessageSujet: Piégée | Pearl   Ven 4 Oct - 0:45


Piégée.

What I need is the dandelion in the spring.

Ma vie était devenue un véritable enfer. Il s’était passé trop de choses en trop peu de temps. Avondale, la résurrection de monsieur Kane, ma joie simple de retrouver sa voix et ses bras, ma trahison immédiate, la mort de Carrold, sa mort, mon retour à la Nouvelle Orléans, mon expédition solitaire pour dégoter cette petite fiole que je n’osais pas utiliser, ma blessure qui m'avait presque tuée. J’étais à bout. Affaiblie. Apeurée. Les survivants d’Avondale connaissaient mon visage. Les narcotrafiquants aussi. J’étais persuadée d’être devenue une cible et j’en avais perdu le sommeil, si bien que ma mine déjà peu avenante en règle générale s’était encore refermée. Mes cheveux gras collaient à mes tempes, formant une espèce de casque immonde. Je m’en arrachais parfois des poignets et si j’avais été une femme, une vraie, j’aurais été horrifiée de les voir partir aussi aisément.
Je fuyais les locaux du gouvernement ; je n’avais jamais été la bienvenue là-bas, de toute façon. J’étais trop différente, trop animale. J’étais tout ce qu’ils méprisaient chez les métamorphes et personne ne s’en était jamais caché. J’imagine que ça la faisait jubiler, elle. De me voir ainsi, dévastée, sans même qu’elle n’eut eu à esquisser le moindre geste. Il lui avait suffi de me livrer en pâture à cette institution impitoyable qu’était le Gouvernement. Je comprenais presque pourquoi certains humains avaient décidé de prendre les armes. Pourquoi ils n’avaient pu se résoudre à ployer l’échine. S’ils étaient traités moitié aussi durement que moi, la rébellion semblait en effet être unique solution. Je n’avais pas cette chance, quant à moi. Chaque fois que je sentais un début d’indignation germer en moi, les braises étaient soufflées par sa voix. « Tu leur obéiras et les serviras aussi bien que si c’était moi, » m’avait-elle dit et depuis, j’étais piégée.
Voilà, c’était le mot. Piégée. Après presque deux millénaires de vadrouilles, après vingt siècles de liberté simple et magnifique, après tout ça, j’en étais revenue à mon point de départ. Une animale en cage. Alors certes, il n’y avait aucun barreau aux fenêtres de mon appartement, prêté gracieusement par le Gouvernement, mais il n’en demeurait pas moins que j’y retournais toujours, poussée par cette force invisible qui m’avait tout pris. Il était un véritable taudis. J’entassais les vêtements et autres babioles que je volais çà et là en des pilles informes. Je laissais tout ouvert, de la porte jusqu’aux doubles vitrages, si bien que les murs étaient gâtés par la pluie et l’humidité. Et le parquet ! Un véritable carnage. J’avais trouvé plusieurs papiers sur ma porte, je n’y avais pas prêté garde. C’était une erreur, un regard m’aurait ainsi appris que j’étais menacée d’expulsion, mais même si j’en avais eu conscience, je n’aurais sans doute rien changé. J’étais acculée. Prise au piège.
Mes journées, je les passais dans les rues de la Nouvelle Orléans, en tant que chatte. C’était mon unique moyen de conserver ma santé mentale… enfin, vous comprenez l’idée. Pas sûr que les psys d’avant les portes m’eussent considérée jamais comme saine d’esprit. Mais toujours était-il que c’était toujours le même cinéma. Je me réveillais tôt le matin, bien avant l’aube, et troquait ma peau contre ma fourrure. Je déambulais, plusieurs heures durant, jusqu’à sentir mes os commencer à s’arc-bouter pour reprendre leur vraie forme. Je n’insistais pas et rentrais chez moi, m’étalant nue par terre, parfois contre une pile de vêtements sales. Je restais comme ça, incapable de m’endormir, craignant que mon biper ne sonnât. Il ne sonnait jamais, cependant, et je finissais par m’endormir bien après minuit. Pour me réveiller une ou deux heures plus tard. Hagarde. Épuisée.
Ce jour-là n’était pas différent de la veille et n’avait pas vocation à être différent du jour suivant. Je grimpai habilement sur les toits, jusqu’à atteindre mon balcon. J’abandonnai mon vrai corps pour reprendre celui de l’étrangère que j’étais condamnée à être. Je me laissai tomber à genoux, tremblante, le cœur au bord des lèvres, prête à vomir même…
Et je la vis.
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